^ 6-^Ç ANNALES DES SCIENCES NATURELLES. TROlSIÈlflE SÉRIE. ZOOLOGIE. lUrnUEBIB DE BOUnCOCNE E.T UARTIDET, rue J.,.eb . SU. 7.D. ■ ANNALES SCIENCES NATURELLES COMPRENANT LA ZOOLOGIE, LA DOTAMQUE , l'ANATOMIE et LA PHYSIOLOGIE COMPARÉES DES DEUX RÈGNES , ET l'histoire des CORPS ORGAINISKS FOSSILES ; POUR LA ZOOLOGIE PAR M. ItlIIilVE-EDYVARDS , y ^c^^ i ET POUR LA BOTANIQUE PAR ItllTI. AD. BROKCIVIART ET J. DECAISSE. S^roisicme Sérif. ZOOLOGIE. TOME PREMIER. PARIS. FORTIN, MâSSON ET C% LIBRAIRES-ÉDITEURS, PLACE DE L'ÉC0I,E-DE-MÊDEC1NE, 1, ANNALES DES SCIEWiCES NATURELLES. PARTIE ZOOLOGIQUE. RAPPORT SUR UNE SÉRIE DE MÉMOIRES DE M. A. DE QUATREFAGES , RELATIFS A L'ORGA- NISATION DES ANIMAUX SANS VERTÈBRES DES CÔTES DE LA MANCHE; (Fait à l'Académie des Sciences, le 13 janvier 1844.) PAR M. IHILNE-EDWARDS < . Les zoologistes, dans leurs travaux de recherches, suivent deux voies principales : les uns s'appliquent à compléter le grand catalogue des êtres animés , à mettre en évidence les signes exté- rieurs à l'aide desquels les espèces peuvent être distinguées entre elles, et à grouper celles-ci de façon à en rendre l'étude plus facile et plus fructueuse ; les autres, voulant pénétrer plus profon- dément les secrets de la nature , s'adonnent de préférence aux investigations anatomiques et physiologiques , cherchent à voir comment la vie , considérée sous le double rapport de ses mani- festations et de ses instruments , se modifie chez les divers ani- maux , et dirigent leurs obsei^vations vers les points qui semblent les plus propres à jeter quelque lumière sur, les lois de l'organi- (I) Les lecteurs des Annales des Sciences nuturelles verront facilement que les considérations présentées dans les premières pages de ce rapport ont été constam- ment notre principal guide dans le choix des matériaux dont se compose ce recueil. La nouvelle série que nous commençons aujourd'hui sera dirigée dans le même esprit ; et c'est afin d'en indiquer la tendance générale que nous avons placé en tête de notre premier volume cet article , bien que le public en ait eu déjà con- naissance par les comptes rendus des séances de l'Académie. H ME 6 MILXE-EDWARDS. — RAPPORT RELATIF sation animale. Les travaux de l'école descriptive sont d'une uti- lité évidente ; on peut même dire qu'ils sont indispensables à l'exis- tence de l'histoire naturelle; mais les résultats qu'ils fournissent sont loin de constituer cette science tout entière , et peuvent être comparés aux mots d'une langue qui seraient soigneusement in- scrits et définis dans un dictionnaire, sans avoir servi encore h la construction d'aucun édifice littéraire. La zoologie cultivée de la sorte est une étude aride qui exerce la mémoire plus que l'esprit, et qui , dans mon opinion , ne devrait être considérée que comme une sorte d'introduction à des investigations plus élevées. Mais il en est tout autrement de cette science telle que la comprennent les zoologistes qui , à raison de la direction de leurs travaux , con- stituent ce que j'appellerai l'école physiologique ; alors elle a pour objet essentiel la connaissance de la nature intime des animaux , et elle attaque , par conséquent, les questions les plus élevées de la véritable philosophie. Dans l'état actuel de la science, il est trois ordres de faits dont l'étude me paraît devoir contribuer le plus puissamment aux progrès de la zoologie envisagée au point de vue que je viens d'indiquer, et dont l'investigation me semble ]iar consé([uent de- voir mériter surtout l'intérêt et les encouragements de l'Académie. Une de ces catégories comprend les phénomènes de nutrition con- sidérée sous le rapport chimique ; une autre embrasse l'histoire du développement, soit normal , soit tératologique des êtres ani- més ; et à la troisième appartient tout ce qui est i-elatif à l'organi- sation des espèces inférieures , chez lesquelles on voit la machine animale se simplifier à divers degrés et offrir les combinaisons les plus variées. De ces trois branches d'études, la première est pres- que entièrement du domaine de la physiologie expérimentale aidée de l'analyse chimique; les deux dernières sont, au contraire, es- sentiellement anatomiques, et conduisent , par des routes diffé- rentes, vers un môme but. Ces routes, quoique bien distinctes jus- qu'ici , sont même en quelque sorte parallèles, et les progrès que l'on fait dans l'une d'elles sont nécessairement liés à ceux qui sont effectués dans l'autre; caries modifications embryologiques de l'individu coïncident dans certaines limites avec les modifications A l'ORGAMSATION des AMMAUX sans VEUTÈBIIES. 7 zoologiques imprimées aux divers représentants du type orga- nique auquel cet individu appartient ; et , par conséquent, pour apprécier toute la valeur des résultats fournis par l'étude de l'un de ces ordres de faits , il faut pouvoir les comparer rigoureuse- ment à ceux qui sont obtenus par l'examen des faits de l'autre ca- tégorie. L'étude des organismes inférieurs, de même que celle des organismes en voie de formation , est éminemment propre à nous éclairer sur la constitution fondamentale des êtres animés, à nous donner des notions exactes sur les connexions que ces êtres peuvent avoir entre eux , et à nous initier aux principes de la zoo- logie générale. Le perfectioimement de nos méthodes de classifi- cation est aussi en grande partie subordonné aux progrès que l'on fera dans cette double voie ; car ces classifications doivent être en quelque sorte l'expression figurée de l'ensemble de nos connais- sances relatives aux modifications imprimées par la nature à la constitution des animaux. Les formes zoologiques variées pres- qu'à l'infini , et dont le catalogue a acquis de nosjours des dimen- sions gigantesques, peuvent être comparées aux formes cristal- lines secondaires, dont on ne comprend l'importance et la loi que lorsqu'on remonte aux formes primitives qui les ont engendrées. Ce qui, dans le règne animal, correspond à la forme primitive des cristaux, c'est le tj^ie essentiel ou plan fondamental de l'organi- sation , type qui règle le mode de coordination des divers maté- riaux de l'économie, et détermine les caractères des grandes divi- sions zoologiques. Or, pour démêler ce type primitif au milieu des modifications secondaires qui , chez les animaux d'une structure complicjuée , en masquent souvent les traits principaux , et pour arriver ainsi à la connaissance des affinités naturelles, on ne peut en général mieux faire que de l'étudier, soit dans sa simplicité transitoire chez l'embryon, soit dans sa simplicité permanente chez les animaux inférieurs. Au premier abord, ces considérations pourront paraître étran- gères au sujet dont nous devons nous occuper dans ce Rapport ; mais il m'a semblé nécessaire de les présenter, afin de motiver l'importance que j'attache aux travaux de l'ordre de ceux qui ont été soumis au jugement de l'Académie par M. de Quatrefuges. En 8 MILXE-EDWAKWS. — «APPORT KKI.ATIF effet , les recherches de cet observateur ont pour objet de petits êtres qui ne présentent aucune particularité de mœurs propre à exciter la curiosité , et ne possèdent que des facultés des plus bor- nées , qui n'offrent ni les couleurs brillantes ni les formes bizarres ([ue les zoologistes descripteurs se plaisent d'ordinaire à signaler, et qui ne doivent remplir qu'un rùle bien infime dans l'économie générale de la nature. On pourrait donc se demander pourquoi M. deOuatrefages et les autres naturalistes engagés dans la même voie étudient de pareils animaux jusque dans les moindres détails de leur organisation , et ne se bornent pas , comme on le faisait jadis, k en donner brièvement le signalement extérieur ; pour- quoi , dans cette école, on attache tant d'importance à la connais- sance du mécanisme de la vie chez des êtres en apparence si peu dignes d'intérêt, et pourquoi on discute quelquefois longuement sur la place qu'il convient de leur assigner dans la classification naturelle? Mais, si l'on tient compte des observations (]ui précè- dent , on comprendra facilement la raison de cette |5rédilection , car l'on verra que c'est à la condition d'adopter une marche pa- reille que l'on peut légitimement espérer la solution d'un grand nombre des questions les plus fondamentales de la zoologie. D'ailleurs, si nous voulions montrer, par les résultats déjà obte- nus, ce que la science est en droit d'attendre de travaux dirigés dans cet esprit, les exemples ne nous manqueraient pas ; et, pour rappeler une partie des services rendus de la sorte, il nous suffi- rait de citer les noms de M. Savigny, en France, et de M. Ehren- berg, en Allemagne. Lorscjne , pour les animaux inférieurs , on se contentait d'une nomenclature raisonnée , et que l'on ne demandait à l'anatomie comparée que des notions superficielles sur la structure de ces êtres, on pouvait se borner à les étudier dans les musées, et à les disséquer à loisir, après les avoir conservés pendant longtemps dans quelque licjueur spiritueuse. Mais lorsqu'on a voulu les con- naître à fond , on a vu ([u'il était en général indispensable de les observer à l'état vivant , et comme la ])lupart de ces animaux habitent les eaux de la mer, on a dû aller les étudier sur place. C'est ainsi que quelques zoologistes ont été conduits à s'occuper, A l'oruamsation des animaux sa\s vertèbres. 9 spécialement de la faune du littoral de la France. M. de Quatre- l'ages est de ce nombre, et il a déjà communiqué à l'Académie les résultats de ses travaux pendant trois campagnes. En 1841, il est allé s'établir aux iles Chausay, rochers qui, grâce aux progrès de liiidustrie, sont aujourd'hui moins déserts qu'à répo([uu déjà un peu éloignée où M. Audouin et votre l'apporteur y ont com- mencé une série de recherches analogues. L'année suivante , M. de (^uatrefages a consacré plusieurs mois à l'étude des ani- maux marins d'un autre point de la côte de Normandie dont j'ai eu également l'occasion d'entretenir jadis l'Académie, et pendant l'été dernier, il a été chargé par le Muséum d'une mission à l'île Bréhat. Je n'ai pas à parler ici des collections d'annélides et de mollusques que M. de Quatrefages a formées pendant cetti; der- nière campagne et a déposées au Muséum ; je dirai seulement que, dans une des dernières réunions des administrateurs de cet établissement, ces collections ont été l'objet d'un rapport très favorable de la part de M. Valenciennes, qui , ainsi que tous les zoologistes le savent , est un excellent juge en pareille matière. Les travaux dont l'Académie nous a chargés de lui rendre compte portent sur des espèces variées appartenant aux trois grands types inférieurs du règne animal : les annelés, les mollusques et les zoo- phytes , et ces recherches ont été pour la plupart entreprises dans la vue de constater la manière dont ces types peuvent se dégrader ou se mêler sur les limites extrêmes de leurs domaines respectifs. Ainsi , dans un premier Mémoire qui a déjà été l'objet d'un Rapport favorable , M. de Quatrefages a fait voir comment les caractères anatomiques les plus saillants des Holothuries tendent à s'affaiblir ou à disparaître chez les Synaptes (1) ; et , dans un se- cond Mémoire, il nous a fait connaître l'organisation d'un polype (2) qui établit en quelque sorte le passage entre les Alcyoniens et les Zoanthaires, et c[ui montre combien la forme extérieure de ces animaux est (|uolquofois loin de traduire au-dehnrs les parficula- riti's de leur structure intérieure ; car la forme générale de ce zoo- phyte est à peu près celle d'un Actinien , et la disposition de ses (I) Voyez Ami. des Si\ uni., 1' série, t. XVII, |i lit. (2)Mén). surips Edwardsics; J«» (/cs.Sr »«(., 2" série, 1 WIII, p. 6.'). 10 MILXE-EDWARDS. RAl'l'ORT RELATIF parties intérieures rappelle tout-à-l'ait ce qui existe chez les Al- cyons. Un troisième travail , dont l'Académie nous avait également chargés de lui rendre compte, mais dont nous ne parlerons ici que très brièvement, M. de Quatrefages l'ayant déjà fait imprimer (1), porte sur un zoophyte que ce naturaliste a découvert, comme les deux précédenls, sur les côtes de la Manche, et qu'il désigne sous le nom cV Bieuthérie. Considéré isolément, ce petit être olIVe déjà des particularités de structure qui ne pourraient manquer d'inté- resser les zoologistes ; mais lorscju'on le compare aux Polypes , d'une part, et aux Médusaires, de l'autre, son étude acquiert une importance nouvelle, car il est , pour ainsi dire, un représentant de l'affinité qui existe entre ces deux classes d'animaux à l'état de larve, et qui s'efface par les progrès de l'âge. Les belles observa- tions de MM. Sars , Lowen , Sieboldt , Dujardin et van Beneden nous ont appris que, d'une part, les Méduses, avant d'arriver à l'état parfait, passent par un état comparable à celui (|ui est per- manent chez les Polypes hydraires, et que, d'une autre part, ces derniers, subissant dans les premiers temps de leur vie des méta- morphoses non moins considérables , ressemblent à des Méduses avant cfue de devenir des Polypes. Mais , jusqu'ici , cette double .affinité entre ces zoophytes nageurs et ces zoophytes .sédentaires ne semblait exister que chez les larves , et l'on ne connaissait pas d'espèces intermédiaires établissant le passage entre ces deux types secondaires. Or, l'Éleuthérie comble cette lacune dans le réseau zoologique, et pourrait presque aussi bien prendre place dans l'une ou dans l'autre de ces deux classes. M. de Quatrefages la considère comme étant un représentant perfectionné du type des Hydraires , et fonde son opinion sur la disposition générale de l'économie de ce petit être et sur la simplicité de sa structure intéiieure , tandis que votre Rapporteur croit y voir plutôt une Médusaire dont les formes permanentes seraient, à quelques égards, embryonnaires. Du reste , si je fais mention de cette dissidence d'i)|)iiii(in, ce n'est point parce que j'attache beaucoup d'impor- tance à la place que l'on assignera à l'Éleuthérie, mais pour mon- (I) Voyez Annales dcxSrienccs naturelles, 2' série, Zoologie, I. XVIII, p 270. A I.'OROAMSATION DJiS AMMALX SANS VERTÈBRES. 11 lier par ces incertitudes mêmes combien doivent être intimes les liens (|ue ce zoopliyte établit entre les deux types secondaires aux caractères desquels il participe. Un quatrième Mémoire du même auteur (1) est destiné à nous faire connaître des polypes qui se trouvent souvent sur les coquilles de buccins habités par des Pagures, et qui, au prenii(>r abord, ne semblent y constituer que des croûtes rugueuses et informes. Bas- ter et quelques autres naturalistes paraissent avoir remarqué ces corps ; mais on les a toujours confondus avec le Hydra sqiiamala de Mulli?r, et jusqu'ici on n'en avait étudié ni la structure ni le mode de reproduction. M. de Quatrefages en a fait l'objet d'une étude attentive, et a constaté ainsi plusieurs faits nouveaux dont l'intérêt est considérable pour la zoologie générale. Ces polypes, que notre auteur désigne sous le nom de Synhydres parasites , vivent, fixés par leur base, sur un tissu commun étendu en forme de lame et soutenu intérieurement par un réseau corné, analogue au polypier des Gorgones , mais d'une structure plus simple, et comparable à celle de la charpente solide des éponges. Chacun d'eux est creusé d'une grande cavité digestive analogue à celle des Hydres, et ne débouchant pas inférieuremcnt dans un canal commun , comme chez les Sertulaires. On pouvait donc supposer que les polypes rassemblés de la sorte en colonies étaient simple- ment agrégés par suite de la rencontre et de la soudure de la por- tion élargie de leur base, et qu'ils étaient tout-à-fait indépendants les uns des autres quant à l'exercice de leurs fonctions ; mais M. de Ouatrefages a constaté qu'il n'en est pas ainsi, et que tous les indi- vidus vivant en société sont unis entre eux par un système de canaux capillaires logé dans la profondeur du tissu basilaire com- mun et établissant des communications faciles entre leurs estomacs respectifs. Cette disposition, qui permet à tous les polj'pes d'une même colonie de profiter des matières alimentaires digérées par l'un d'entre eux, et qui rend leur nutrition commune, est tout-à- fait semblable à celle que j'avais observée chez les Alcyons, le Corail, les Gorgones, les Cornulaires, et quelques autres polypes de l'ordre des Alcyoniens, mais elle n'avait pas encore été signa- f I) VovfZ .fnn des ,Sr uni , 2' série, I, X\. p 2:UI. 12 iniL!%'E.EDWAKDI»>. — RAPPORT RELATIF lée dans l'ordre des Hydraires, et cette découverte de M. de Qua- trefages nous fournit un nouvel exemple de la tendance qu'a la nature à modifier, par des procédés analogues, les diverses séries zoologiques appartenant à un même type essentiel. Ici ce fait offre encore un intérêt particulier dépendant de la structure sin- gulière d'un certain nombre de polypes réunis de la sorte en touffes. Effectivement, M. de Quatrefages a constaté que, parmi les indi- vidus dont se compose ces singulières agrégations , les uns sont conformés de la manière ordinaire chez les Hydraires, et sont pourvus d'une bouche entourée de tentacules filiformes , de façon qu'il leur est facile de pourvoir directement à leur alimentation , tandis que les autres ne jîdssèdent ni bouche ni tentacules, et, par conséquent, ne peuvent puiser au-dehors les matières aiibiles né- cessaires à l'entretien de leur vie ; on ne comprendrait donc pas leur existence s'ils étaient isolés. Mais les polypes à tentacules fili- formes en sont pour ainsi dire les pourvoyeurs ; ils sont chargés de manger et de digérer pour toute la communauté, et, à l'aide du système de canaux dont il vient d'être question , ils distribuent aux individus astomes la nourriture dont ceux-ci ont besoin. Mais ces derniers, qui vivent en parasites , n'en remplissent pas moins un rôle important dans l'économie de ces singulières sociétés, car ils sont chargés d'une partie considérable du travail reproducteur, et paraissent être spécialement destinés à assurer l'établissement de colonies nouvelles. En effet, M. de Quatrefages a vu ses Synhydres se multiplier par trois procédés bien distincts. Tantôt le jeune individu provient d'un bourgeon qui se forme à lasurface du tissu basilaire commun, et qui se développe à peu près de la même manière que les bour- geons reproducteurs des Hydres et des Sertulaires ; tantôt des œufs comparables à ceux des Spongilles naissent dans l'épaisseur de ce même tissu commun , et d'autres fois on rencontre sur la portion libre des polypes des corps reproducteurs qui ne peuvent être assimilés ni à des bourgeons ni à des ovules, car ils se con- stituent par extcnsidii de tissu comme les premiers, et, de même que les seconds, ils se séparent complètement de l'individn-souche avant que de s'être développés en individus nouveaux. Les bour- A l'organisation des ammalx sans vertèbbes. 13 geons reproducteurs servent à augmenter la population de la colo- nie au milieu de laquelle elles se forment ; les œufs restent proba- blement enfouis dans le tissu basilaire après que l'hiver a amené la destruction des polypes dont celui-ci était couvert, et servent à en produire d'autres au printemps suivant; enfin icsbulbiles, devenus libres, sont facilement entraînés au loin par les courants, et venant ensuite à se fixer dans quelque lieu propice à leur exis- tence, s'y développent, s'y multiplient à leur tour par bourgeons, et y fondent une colonie nouvelle, de la même manière que nous avons vu les Ascidies composées propager au loin leurs sociétés sédentaires à l'aide de leurs larves mobiles. Or, les bulbiles sont produits exclusivement par les polypes astomes, autour du sommet desquels on les trouve groupés, et les polj'pes pourvus d'une bou- che ne paraissent participer en rien au travail de la génération. Les premiers sont donc des individus reproducteurs comme leurs voisins sont des individus nourriciers, et les particularités de leur structure semblent être une conséquence de ces rôles différents. Chez les polypes reproducteurs, les tentacules ne sont l'eprésentés que par des tubercules , et l'appareil digestif ressemble à celui d'un polype ordinaire dont le développement n'est pas achevé et dont la cavité stomacale ne communique pas encore au-dehors. Ces individus, qui , sous le rapport de la puissance génératrice, sont bien supérieurs aux autres , semblent donc avoir été frappés d'un arrêt de développement en ce qui concerne les fonctions de nutri- tion ou de relation, et leur existence étant assurée par leurs asso- ciés, toute l'énergie de leur organisme paraît se concentrer dans les instruments de reproduction. Rien ne peut faire penser que les individus nourriciers soient des mâles, et les astomes des femelles , et la division du travail fonctionnel entre ces divers membres d'une même communauté semble correspondre aux deux grandes classes de phénomènes physiologiques : les actes nécessaires à la vie de l'individu, et les actes destinés à assurer l'existence de l'espèce. La propagation par bulbiles que M. de Quatrefages a découverte chez les Synhydres est une forme du travail reproducteur dont il n'y avait pas encore d'exemple bien constaté dans le règne animal, et par conséquent ses recherches à ce sujet intéressent la physio- lli VUUiE-KnWlkKOH. — RAPPORT RELATIF logie générale aussi bien que l'histoire particulière des polypes. Il a étudié le phénomène avec beaucoup de soin, et il en a représenté les principales phases à l'aide d'excellents dessins. Une autre série de travaux soumis au jugement de l'Académie par M. de Quatrel'ages est relative à des mollusques qui appar- tiennent à la classe des Gastéropodes , et qui , pour la plupart , ont été confondus jusqu'ici avec les Doris sous le nom commun de Nudibranches, mais qui en ditrèrent beaucoup par k'Lu- sti'uc- ture intérieure, et qui s'éloignent même de tous les mollusques ordinaires par la dégradation de leur organisation. Sous le rap- port de la forme générale du corps , de la disposition du cerveau et de la conformation des organes générateurs, ces animaux res- semblent beaucoup aux autres Gastéropodes ; mais ils s'écartent considérablement du type normal de ce groupe ])ar la manière dont s'exercent les fonctions de la circulation , de la respiration et de la digestion. Une des grandes dilîerences physiologiques qui se remarquent entre les mollusques ordinaires et les animaux ar- ticulés dépend de la nature de l'appareil circulatoire, qui, chez ces derniers, est constamment réduit à un état d'imperfection plus ou moins grand, tandis que, chez les premiers, il est toujours bien complet et acquiert un développement très considérable. En elFet, chez les mollusques ordinaires , cet appareil se compose de deux systèmes de tuyaux membraneux réunis, par l'intermédiaire du cœur, à une de leurs extrémités , et communiquant entre eux au moyeu du réseau capillaire par l'extrémité opposée. Chez les animaux articulés, au contraire, un de ces systèmes manque tou- jours, et se trouve suppléé par les lacunes existant entre les divers organes; la circulation est au plus semi-vasculairc, et souvent elle est même entièrement vague et interstitiaire. Mais ces particula- rités physiologiques ne constituent pas un des caractères essentiels de l'un ou de l'autre type ; car j'ai constaté, il y a quelques années, ([ue, chez les Ascidies composées et plusieurs autres Molluscoïdes, la constitution de l'appareil circulatoire se rapproche de ce que l'on connaissait chez les animaux articulés, le système vasculaire pro- prement dit n'existant que dans la partie thoracique du corps, et ('tant remplacé par des méats ou lacunes dans toute la portion \ I.OIKiAMS-VTïON DES AMMAIX SA^S VERTÈIiliKS. 15 abdominale de l'économie ; et chez les Bryozoaires, (|ui, dans mon opinion , sont les représentants inférieurs du même ty|)e zoolo- gique, il n'y a plus de vaisseaux sanguins, et le liquide nourricier se trouve répandu dans les grandes cavités du corps. Jusqu'ici cependant on ne connaissait aucun mollusque proprement dit chez lequel la circulation ne fût pas complètement vasculaire, et l'on était loin de s'attendre à voir ce caractère physiologique s'efTacer dans l'un des groupes les plus élevés de cette division naturelle. Mais, en étudiant les Éolidiens et plusieurs autres gastéropodes d'une forme analogue, M. de Quatrefages a constaté ce genre de dégradation porté à des degrés variés. Ainsi , dans son genre Éolidine, il existe un cœur et des artères bien constitués, mais pas de veines proprement dites, et le sang ne revient des diverses parties du corps que par l'intermédiaire d'un système de lacunes irrégulières, disposition toiit-à-fait analogue à celle dont les crus- tacés nous avaient déjà fourni un exemple. Enfin , dans d'autres espèces , que M. de Quatrefages a découvertes sur les côtes de la Bretagne, le cœur et' les artères disparaissent à leur tour, de sorte que la circulation devient des plus incomplètes et ressemble à celle cju'on aperçoit chez les Bryozoaires. Ces modifications de l'appareil circulatoire entraînent pour ainsi dire à leur suite une dégradation correspondante dans la structure des organes de la respiration. Chez les mollusques ordi- naires, les rapports entre l'air et le fluide nourricier s'établissent par l'intermédiaire d'un réseau de vaisseaux capillaires très déve- loppé et disposé de manière à constituer des branchies ou des poches pulmonaires. Dans les Gastéropodes dont M. de Quatre- fages a fait connaître la structure, il n'existe rien de semblable : tantôt la respiration est simplement cutanée, et paraît s'exercer par tous les points de la surface du corps; tantôt, au contraire, elle paraît être plus ou moins complètement localisée et devenir l'apanage d'appendices particuliers qui recouvrent le dos de l'ani- mal ; mais , lors même cpie cette concentration du travail respira- toire est portée à son plus haut degré, il n'existe aucun réseau vasculaire semblable à celui dont les branchies ordinaires sont composées, et la nature supplée à l'absence de ces vaisseaux en l(i MILXE-EDIVABDS. — IIAPPORT RELATIF introduisant dans l'économie une combinaison organique que, jus- qu'en ces derniers temps , l'on croyait appartenir exclusivement aux Méduses et à divers Helminthes. En elîet, la cavité digestive donne alors naissance à un système de canaux dont les rameaux pénètrent dans les appendices branchiformes du dos de l'animal , et y portent directement les matières nutritives qui , après y avoir subi rinllueiice de l'air, doivent se distribuer dans les diverses parties du corps et y servir à l'entretien de la vie. Ce système vasculo-gastrique , dont j'avais déjà signalé l'existence dans un Éolidien des côtes de Nicc(l), a été étudié d'une manière très approfondie par M. de Quatrefages ; il paraît atteindre son plus haut degré de développement chez les Gastéropodes que cet obser- vateur habile a désignés sous le nom d'Eolidine; mais chez d'au- tres mollusques , construits d'ailleurs sur le même plan général , cet appareil se dégrade à son tour, et quelques unes des formes c[u'il affecte ainsi rappellent tout-à-fait la disposition de la cavité digestive chez certaines Sangsues et chez divers Planariées. Dans les genres Pavois et Chalide, par exemple, M. de Quatrefages n'a plus trouvé d'appendices rameux en communication avec la cavité digestive , mais seulement deux grandes poches dans l'intérieur desquelles les matières alimentaires pénètrent et séjournent pen- dant quelque temps. Le système nerveux de ces animaux est aussi moins parfait que dans les Gastéropodes ordinaires ; la portion céphalique de cet appareil n'offre rien d'anormal ; mais les ganglions postœso- phagiens ou ventraux , ainsi que la bandelette , ou commissure transversale, qui d'ordinaire unit ces ganglions entre eux et com- plète en arrière le collier œsophagien , manquent souvent. Enfin ces mollusques sont également dépourvus de ganglions labiaux . et par conséquent la disposition générale du système participe aux caractères du même appareil chez les Gastéropodes ordi- naires et chez les Tuniciens. Des particularités d'organisation de cette importance doivent nécessairement être représentées dans nos méthodes naturelles : aussi M. de Quatrefages a-t-il été conduit , par les recherches (1) Vovez Amialrx Hes Sdencef: nnlurcllcs, 2' série, Zoologie, t. XVIII, p. .3.30 A I.'Onr.AMSATION ni- s ATMMAIX SANS VEUTKP.nF.S. 17 anatomiqucs dont nous venons de rendre compte, h proposer l'é- tablissement d'un ordre nouveau dans la classe des Gastéropodes. Ce groupe, que notre auteur désigne sous le nom de l'hlcbenté- rées, pour rappeler l'un des traits les plus saillants* du type ordi- nique, a beaucoup d'analogie avec la division des Polybranches précédemment établie par M. de Blainvillc (1), mais en dllVèro sous divers rapports , et se compose déjà de plusieurs familles distinctes. Le genre Actéon , ((ue l'on avait jusqu'ici confondu avec les Aphysiens , doit y prendre place , et, suivant toute pro- babilité, il faudra également y faire entrer les (llaucus, les Pla- cobranches et tous les autres (lastérojiodcîs qui sont di'pourvus de poumons et de branchies vasculaires. Enfin, certaines Planaires viendront peut-être s'y rattacher. Les recherches de M. de Quatrefages sur les Gastéropodes phlébentérés conduisent, comme on le voit , à des résultats très importants pour l'histoire des mollusques; et parmi les travaux dont cette branche de la zoologie s'est enrichie depuis quelques années, il n'en est peut-être aucun qui renferme un nombre plus considérable de faits nouveaux et curieux. Elles font la matière de deux Mémoires, dont le premier a été lu k l'Académie le:22mai dernier, et dont le second a été communiqué par extrait dans notre dernière séance. Dans une troisième séiie de recherches, M. de (Juatrefages s'est proposé d'étudier plus comiDlétement qu'on ne l'avait fait jusqu'ici l'organisation des Annélides, et d'examiner comment le type dominateur de ce gi'oupc naturel se modifie et se dégrade , soit chez les espèces inférieures de la classe , soit chez d'autres vers que la plupart des zoologistes rangent parmi les Helminthes. Dans cette vue, il a fait d'abord l'anatomie complète d'une Anné- lide errante, l'Eunice sanguine , et celte monographie, qui nous a paru exécutée avec une grande précision, renferme plusieurs observations entièrement nouvelles : aussi aurais-je demandé la permission d'en entretenir l'Académie plus longuement, si le (1) \'mn DiriiniiHdirp lies Scii'iifrx ji^/»/'.//. s- , I X?a t'.innmission est d'avis qu'il serait très important de l'aire, sur l'anatuuiie et la physiologie des mollusques phlébentérés et des annélides propres à la mer Méditerranée , des recherches analogues h celles dont nous venons d'indiquer les principaux résultats, et elle ])ense que si l'Académie voulait bien charger M. de Quatrefages de ce tra- vail , elle rendrait ainsi un véritable service à la Zoologie. Elle a par conséquent l'honneur de demander le renvoi de cette propo- sition à la Connnission administi'ative. L'Acndi'mii' di''cif|(' que ce ren\'oi nur;i lieu. BltllSCIlET. — SIK l.liS ANOMALIES DU L'OS M VI.AIUE. 25 KECHEUCIIES DIFFÉKENTES PIÈCES OSSEUSES DU SQUELETTE DE L'HOMME ou DES ANIMAUX VEKTÉIiRÈS. DEUXIÈME MI^MOIRE (I). DE L'OS MALAIUE OU JUGAL. Far G. BRXSCHET, Mcnibic de l'Inslilut , prufotsL-ur d' jiijtuiiiip ù la I-jmlltî de nit-dcciiic de Piiiis, etc. Dans mes recherches sur les veines du tissu osseux, j'ai eu occa- sion d'examiner un nombre prodigieux de squelettes humains, et principalement de têtes sèches, appartenant à des sujets do tous les âges. Cet examen m'a fait rencontrer des dispositions singu- lières dans les os et dans le nombre des pièces qui les constituent. Déjà j'ai parlé de ces prétendues anomalies pour le stenmm et pour l'occipital , et aujourd'hui je viens rappeler aux anatomistes des anomalies analogues, mais propres à l'os de la pommetle ou os jiigal , os malairc Cet os est situé à la partie moyenne et latérale de la l'ace, enclavé entre l'apophyse du sus-maxillaire et l'apophyse zygoma- lique du temporal ; il concourt à former l'orbite, la fosse temporale et la face. Portai dit qu'il se tl(''vcloppc par trois points d'ossifi- cation, ce que la plupart des anatomistes ne veulent admettre, et.I.-l'r. Meckel. assure l'avoir toujours trouvé formé par un seul noyau osseux (2). Quelquefois cet os manque entièrement, ce qui, d'après la remarque du même anatomiste , établit une ressem- blance avec ce qu'on sait exister chez plusieurs Mammifères, tels que le "faurec, le Paresseux et le Fourmilier. En cela J.-Fr. Meckel n'est pas d'accord avec lui-même , car dans son dernier ouvrage {Vj il dit que le jugal est très constant chez les Mamnii- 0) Lo promifr miMiioin- , ayani pour ohjel le sternum, so trouve dans lo X' volume do la seconde série de ce recueil. (2) Mdllilrl (J'andlinnir, I I, p. Oiiu. (:!) Truite ijéiu-rot d'niutluinic cumparée, t- IV. p, 297, ^ I 95 ' 26 BKEStHliT. — SUll LES ANOMALIES fères ; il ne manque, suivant lui, que chez les Pangolins. Chez les autres animaux , il est presque toujours formé d'une pièce uni- que (1). Biunienbach (2) avait depuis longtemps observé que l'os malaire est divisé en plusieurs pièces chez beaucoup de Mammifères , par exemple chez la Loutre, le Castor, l'Opossum et le Cochon d'Inde. Dans un autre ouvrage (3) , le célèbre professeur de Gœttingue a modifié son opinion première et déclaré que l'os jugal chez ces animaux n'est qu'intercalé, comme pièce intermédiaire, entre l'a- pophyse du sus-maxillaire et celle du temporal , et qu'il ne prend aucune part à la formation de l'orbite. J.-F. Meckel (4) dit formellement que les animaux précédem- ment indiqués , ni aucun auti-e animal , le Morse excepté , n'ont deux os jugaux. Pour bien juger de l'état normal de l'os malaire et de ses pré- tendues anomalies , il faut le diviser en deux portions distinctes, une supérieure formant une apophyse montante , qui va s'articu- ler avec l'apophyse orbitaire externe du coronal, l'autre inférieure, arcboutée entre l'os sus-maxillaire et le zygoma du temiwral. Ces deux portions sont surtout très distinctes et bien séparées l'une de l'autre chez beaucoup d'animaux, mais ne se montrent jamais ou presque jamais chez l'homme, soit dans les premiers temps de la formation des os , soit lorsque ces organes sont ]mr\ cnus à leur dernier degré de développement. Dans son unité, l'os malairc humain est réellement formé des deux pièces dont nous jjarlons , confondues de telle sorte qu'elles ne paraissent pas, et (juc leur existence ne peut être admise que par analogie ou d'après les ano- malies dont nous allons par!i;r. Cependant il n'est pas sans exemple que ces deux pièces se soient manifestées à l'extérieur, et que la séparation en portion orbitaire et en portion malaire soit devenue évidente chez l'homme pour rappeler la disposition fondamentale. (1) Libi: cit. (2) Vergl. anat.,p. 28. (3) Geich. der h'iwclien , p, 217,218, etc. (i) Trailc général d'anatomie comparée , (. IV, p. 299 DU l'os MALAlllE. 27 C'est donc dans l'anatomic comparée et dans certaines préten- dues anomalies de composition des pièces du squelette humain qu'il faut chercher le véritable type de composition de ce squelette ; les anomalies , les monstruosités , ne sont que la persistance , le souvenir d'un état primitif que certains animaux conservent dans un état permanent. Ici encore l'anatomie pathologique vient s'é- clairer des lumières de l'anatomie comparée , et réciproquement. Nous admettons comme type originel et primitif l'existence de deux pièces distinctes constituant l'os malaire , se rencontrant réu- nies, permanentes et manifestes chez beaucoup d'animaux. Chez l'homme, ces deux pièces sont tellement confondues entre elles, qu'on ne peut plus , si ce n'est dans des cas exceptionnels formant ce qu'on nomme des anomalies, les distinguer l'une de l'autre. Dans beaucoup d'animaux , et nous ne voulons citer ici que les Mammifères, on ne trouve plus qu'une de ces deux pièces de l'os malaire , et presque toujours alors c'est la supérieure ou portion orbitaire qui manque. Ciiez l'homme, les deux pièces originelles réunies et confondues ne manquent jamais, tandis que, chez les animaux, une des deux pièces peut être absente, et parfois l'os en entier disparaît. Dans la disposition où la pièce supérieure ou portion orbitaire vient à manquer, l'os de la pommette n'a plus de rapport avec l'os frontal , et l'orbite a perdu en grande partie ou en totalité sa paroi externe. Il ne nous appartient pas de considérer les variétés de formes , d'étendue, de l'os malaire chez les animaux , n'ayant pour but dans ce mémoire que de di'montrer que chez l'homme on rencontre quelquefois l'os de la pommette formé de deux pièces, comme chez beaucoup d'animaux, l'une orbitaire, et l'autre sus-maxillo- temporale , en prenant pour guide les principales articulations de ces deux portions osseuses. Nous pouvons assurer que dans l'examen que nous avons fait, soit dans les musées d'anatomie , soit dans nos laboratoires de la Faculté , soit enfin parmi les os des Catacombes , nous n'avons trouvé qu'un très petit nombre de fois , sur des tètes humaines , l'os malaire composé de deux pièces. 28 BRESCnE'l'. — SLR LES A^O.nALlES La première fois que nous rencontrâmes cette disposition , il nous fut difficile de donner une explication satisfaisante de la com- position de cet os en deux pièces , les anatomistes s'accordant à n'admettre qu'un seul point primitif d'ossification. Alors nous fîmes les recherches dont nous venons de parler dans les grandes col- lections anatomiqucs ; nous fîmes préparer à la Faculté de méde- cine un grand nombre de tètes dont nous avions besoin pour faire l'histoire des canaux veineux des os du crâne , histoire que nous avons donnée dans deux ouvrages; enfin nous étudiâmes avec soin la disposition de cet os malaire dans les animaux vertébrés. C'est avec les résultats de ces recherches que nous composons aujourd'hui la présente note. Nous ne sommes pas le seul qui ayons trouvé et signalé cette formation de l'os de la ponnnettc de deux pièces chez l'iiounno. Edouard Sandifort ( 1 ) a parlé de cette rare et singulière dis- position , et il nous en a laissé une figure (2). C'est du côté droit qu'elle existait. De dix cas cjue j'ai observés, six étaient à droite, trois à gauche, et le dixième présentait l'anomalie sur les deux côtés. Je n'ai donc rencontré celte disposition sur les deux côtés qu'une seule fois sur une tète d'homme. Éd. Sandifort se borne à l'indication du fait, sans chercher à l'expliquer et à le rapporter ii une loi de l'ostéogénie ])our la con- firmer ou l'infirmer. Antoine Portai nous apprend , dans les notes qu'il a ajoutées à l'Anatomie de Lieutaud (^) , que l'os malaire se développe par deux ou trois points d'ossification, et, chose étonnante! il no parle j)as de cette circonstance dans son propre ouvrage sur l'anato- (1 ) Ed. Sandifort, Oisi'civid'um's anatomico-pallwloijicœ. Lu^'duni-Ualav., 1 779, lib. III, cap. vm, p. 41.3. (2) In facio sul.uraj rarissimp seso cxliiLicnt ; vidi Uinien dexiri lalcris osjugalo vcra sutura in binas partes, superiorcm et infcriorcm, divisum (talmla vm, fig. 7\ quod quum vix unquam observalur, dignum visum fuit, ut iconc iliustrarctur. In sinisirn latore pjusdem capitis talis sutiir.i non conspiritur, sed Ipvis.sinuim , nt vidctur, ipsius vcstigium. (.■)) .Imit, /iisfuc . l'tf l'aria, 1776-1777. DE !.'os mm.mrt;. 29 mie (1). Col te opinion do Portai sur la formation (U^ l'os de la pommette par trois noyaux osseux primitifs est en désaccord avec ce que rapportent les anatomistes anciens et modernes , et nous ne trouvons de favorable à cette opinion que ce que dit Spix (2) , qui a trouvé sur un fœtus l'os jugal divisé en trois pièces (3). J.-Fr. Meckcl (h) ne paraît pas parler d'après sa propre obser- vation : « Quelquefois cet os manque entièrement, ressemblance «frappante avec ce qu'on observe chez plusieurs Mammifères, » tels que le Tanrec, le Paresseux et le rourmilior. On l'a trouvé «partagé, par une suture, en deux moitiés, l'une antérieure, » l'autre postérieure, ou même en trois pièces. «Mcclcel fait mani- festement allusion ici à ce qu'ont énoncé Portai et Spix ; cependant il se trompe en énonçant qu'on a vu l'os malaire divisé en deux portions , l'une antérieure et l'autre postérieure : aucun anato- miste n'a signalé cette disposition. Il aurait dû dire en portion supérieure et en portion inférieure. La science en était à ce point sur l'os jugal , lorsque , dans la deuxième édition de YAnatomie comparée de Georges Cuvier, M. Laurillard, analomistc aussi savant que modeste et obligeant, a signalé de nouveau l'existence de cette formation de l'os jugal en deux i)ièces, disposition qu'il a trouvée sur l'homme et sur plu- sieurs Quadrumanes. « Au bord inférieur du jugal , nous avons trouvé sur deux sujets un os particulier, allongé et aplati, étendu (1 ) Cours (l'analomie mcdicuh' , ou EIcmeiils de ianalomic de ihniiime. Paris , 1804, t. I, p. 168. (2) Cfphaloijcnesis, scu capitis ossei, structura formntio et signiftcatio, etc. , auct. J.-B. Spix. Monachi, 1815. (3) Portai idem os in duo vel tria ossicula discretum in cmbryono reperiissese aperit. Spix ajoute qu'il conserve dans .son cabinet d'anatoniie un fœtus .sur lequel l'os malaire prfeenle trois ]iièces. Voici les paroles de l'anatomiste de Munich ; Quîo quidem opiiiio quamvis non ininierito multis adhuc dubiis exposita sit , confirmalur tamen et observatione alioruin virorum et fœtu aceplialico quem in collectione mea reruni naturalium asserve, et in quoos zygomaticum in illas très parles adhuc divisum conspici potest. — !^IV, p. 1!». (4) ^f(llule^ d'inwtomie ijénérnte et descriptire , t. I, p. G'j'j , traduction de MM Jourdan et Brcschet. Paris, 182:;. 50 BRE!i>C'nET. SLR LES ANOMALIES tout le long du bord inférieur du jugal , et s'articulant en avant avec rextrémité très saillante de l'apophyse malaire du maxillaire, et en arrière avec l'apophyse zygomatique du temporal , laquelle se trouve ainsi présenter deux sutures, une verticale avec le jugal, l'autre horizontale avec le second jugal, en faisant un angle pres- que droit avec la précédente. Dans les sujets où nous l'avons ren- contré, la forme de ce nouvel os, ses connexions avec les os voi- sins , sa proportion avec l'os malaire proprement dit , étaient les mêmes ; et comme nous avons trouvé dans certaines espèces de Singes une subdivision parfaitement semblable , nous sommes por- tés à la considérer autrement que comme une disposition pure- ment accidentelle (1). » M. Laurillard paraît considérer le jugal supérieur ou orbitaire comme la pièce principale , et nous ne pouvons partager son opi- nion, parce que cette pièce est la moins constante, tandis que la pièce inIV'rieurc se rencontre toujours lorsqu'il y a quelque trace de l'os jugal, et que, si elle vient à manquer, tout l'os malaire est alors absent , la partie supérieure ou orbitaire n'existant jamais seule, c'est-à-dire sans la présence de h, portion sus-maxillo- zygomatique. La pièce inférieure ou sus-maxillo-zygomatique est donc pour nous, et incontestablement, la portion principale de l'os. M. Laurillard sent avec raison que cette formation de l'os ma- laire en plusieurs pièces n'est pas accidentelle; mais il ne s'ex- plique point , ne la rapporte point à une loi générale d'évolution organique, et n'en cherche pas la démonstration dans les lois de l'ostéogénie. C'est ce que nous avons tâché de faire. Une circonstance principale de la question que nous traitons est de déterminer le mode d'ossification de l'os malaire et le nombre de noyaux osseux (ju'il présente primitivement. Eysson(2) prétend que chez l'enfant les os de la mâchoire supérieure ne présentent point ou presque point de différence d'avec ce qu'ils (I ) Leçnns d'anntomie comparée de G. Cuvier, 2'' édition , par MM. Fr. Cuvier et Laurillard. Paris, 1837, t. I, p. 381. (i) In infant ilnis ossa nullam aul saltem exiguam ab adultis agnoscunl discre- pantiam. — De ossibiisinfanUs , cap. 3. DE l'os malaire. 31 sont chez l'adulte. Kerkring fait remarquer avec justesse cju'il ne faut pas étendre cette proposition jusqu'au fœtus (1). Ce qu'il y a de certain, c'est que Kerkring, Mayer, Portai, Nesbitt, SenfT(2), font développer le malaire par plusieurs points osseux; et ce dernier assure que c'est la portion orbitaire du jugal qui présente le premier noyau d'ossification (S). Au troisième mois, suivant Kerkring, le malaire est osseux, tertio memejam osseum. Mayer et Portai parlent de la même manière ; mais c'est la portion inférieure ou maxillo-zygomatique (|ui présente le pre- mier point d'ossification. De cette dilîërence dans les observations de ces célèbres anatomistes , il faut peut-être en conclure que l'os malaire a manifestement deux points d'ossification, et qu'ils ne paraissent pas simultanément. C'est tantôt la pièce supérieure ou l'orbitaire qui se montre la première, et tantôt l'inférieure ou sus-maxillo-zygomatique qui se manifeste d'abord ]iar un point osseux (1). Nous espérions trouver d'une manière sûre la solution de la question dans le Mémoire si vanté de Béclard sur l'ostéose, et l'on est tout désappointé de voir qu'il se borne à dire « que les (1) Ad id saltem sotatis non esse extendendn. — Tlieodori Kcrkringii , Opéra omnia anatomica, etc. Lugduni-Balavorum, 1729 ; Ostegmia fœtuum, p. 233. (2) Noniiulla de incremeiilo ussium embr'jomim iii. primif: graviditatis mensibus. Halœ, 1801. (3) In undecima liebdomade parvuli ossis vesligium filiforme inter maxilla; supe- rioris et ossis frontis exlernam partcm invenimus (tab. ii, fig y) in mcdio margi- nis orbitalis, oscescere incipit. Prima ejus figura semilunaris est ; undique mem- branis cireumdatur. Aptinrom ossis hujus figuram duodecima liabemus liebdomade (tab. H, fig. 7). Altitudo lineam mediam superat, sed lalitudo adliuc, parva est. Inferior finis processui zygomatico longo ossis maxillaris superioris (vid. § 41 ) Innititur et cuni minimo processa posteriori apicem processus zygomatici (vid. § 30) fere tangit. Totum os versus os frontis adscendit, quocum membranis con- jungitur. At fignram taleni nondum tiabel, qualem paullo post perspicimus. Nil praeler ossiculum rarum semilunare reprœsentat , margineni orbita; externum for- mans. — § 55. (4) D'après Béclard , les os malaires se développent par un seul point d'ossifi- cation au iB' jour de la grossesse ; d'après Meckel, au commencement du 3" mois, et, d'après Senff, dans la 1 1* semaine seulement. Ils sont presque complets chez les fœtus à terme ; seulement les surfaces arti- culaires et les bords ne sont pas dentelés. — Hildebrandtet Weber, .lna(., vol. II. 32 nilEM'IlET. SUR LES ANOMMIES OS. nasaux commencent à s'ossifier avant le quarantc-cinquièmo jour chacun par un point, cl que les os jugaux s'ossilient à la même époque et de la même manière (1). )- On pourrait désirer des faits plus précis cl plus rigoureux ; mais, malgré l'obscurité qui reste sur ce point d'ostéogénie , il paraît certain que l'os malairc est formé de plusieurs noyaux os- seux primitifs ; et le fait une fois bien constaté , comme nous ve- nons de le voir, et par des autorités imposantes, nous pouvons expliquer le mode de formation des deux pièces dont est constitué l'os malaire chez quelques sujets humains et sur un grand nombre de mammifères. C'est la présence des deux pièces qui donne à l'orbite une paroi externe , c'est l'absence de la portion orbitaire c[ui fait que cette cavité est dépourvue de paroi externe, ainsi qu'on le voit chez beaucoup d'animaux. L'histoire des évolutions organiques, et l'anatomie comparée, donnent donc des lumières suffisantes pour expliquer cette dis- position de l'os malaire, qui présente parfois deux portions dis- tinctes et régulières dans leur forme, leurs rapports, leurs arti- culations, etc. J'ai examiné un grand nombre de squelettes de fœtus humains que j'avais fait jjréparer et déposer dans les collections de notre Faculté; j'en ai étudié d'autres appartenant à divers musées na- tionaux et étrangers ; enfin j'ai disséqué plusieurs fœtus très jeunes que je conserve dans l'alcool , et sur la très grande majorité je n'ai vu qu'un seul point d'ossification à l'os malaire : seulement , avec ce noyau primitif, très souvent j'ai reconnu que les angles de cet os, et surtout l'angle orbitaire, étaient encore cartilagineux, et plusieurs fois je l'ai vu s'ossifier d'une manière distincte de la partie inférieure de l'os. Dans un petit nombre de cas, j'ai dé- couvert deux points d'ossification, et parfois j'ai rencontré trois noyaux séparés à l'os molaire de ces fœ.tus. J'ai fait dessiner quelques uns de ces cas, et j'en donne ici la figure (IM. 7). D'après toutes ces considérations, on peut conclure : 1° Que l'os nialaire ou os de la pommelle, jiujal ou ii/gonmtiqiie, (1) AoKcrari /iiiiniiiN/i' mcilcciiir , cUintnjic , pimnimcie, etc., t. IV, p. 32'J. r:iris, 1819. DK I.'OS MM.\mE. 33 ost parfois divisé en deux ou trois portions par dos sutures, dans l'homme, quelques quadrumanes, et beaucoup d'autres mammi- fères ; 2" Que cette séparation , qui paraît être une anomalie ou mon- struosité, rappelle une disposition normale chez beaucoup de ver- tébrés, et s'explique par la persistance distincte des pièces ou noyaux osseux dont cet os est composé piiinitivement; 3° Que la structure de l'homme paraît, dans ses formes et le nombre des pièces du squelette, se rapprocher bcaucouji plus, soit dans les parties molles, soit surtout dans les parties du nez, de celle des animaux. Lorsqu'on étudie les dispositions organiques dans un âge plus tendre, et particulièrement pendant la période de la vie intra- utérine, alors on découvre de nombreuses preu\cs de l'unité de plan des formations organiques. Beaucoup de prétendues anomalies ou monstruosités ne sont réellement que la persistance d'un état antérieur, commun à beau- coup d'animaux pendant la vie intra-utérine, état qui disparaît avec l'âge ou qui se modifie grandement dans beaucoup d'ani- maux. Ces modifications peuvent devenir des caractères dont les zoologistes tireront grand parti. L'étude attentive du dévelop- pement des organes chez le fœtus de l'homme et des animaux est donc une source féconde de lumière pour la zoologie et l'anatomie pathologique. EXPLICATION DES PLAIMCIIES. PLA>CnE 7. Fig. 1 . Portion de ti'lc du squelette d"un Savoisien On reconnail que celte IcMe a été réduite de beaucoup. n — portion orbitaire de I os de la pommette. b — portion inférieure du même os; ces deux pièces s'articulent avec la- popliyse zygoniatiquedu temporal. Kig. 2. Tète du squelette d'un fœtus humain. r — ]iarlie inférieure de l'os de la pommette. d — partie moyenne de ce même os malairo. <; — partie supérieure du mime os n>aUiiro , s'élevant \ors la partie svipé- 3' série Zimu. T 1 (Jiinviei 1811). 3 34 BRESCIIET. — SUR LES ANOMALIES rieure et externe de l'orbite , et allant compléter la portion externe de la base de l'orbite. Fig. 3. Tête de fœtus humain. k — portion interne et inférieure de l'os de la pommette d'une tête de fœtus humain. l — portion externe du même os s'articulant avec la pièce précédente, avec la portion inférieure de l'os de la pommette , et avec le sommet de l'os de la pommette. m — portion supérieure ou apophyse orbitaire de l'os de la pommette. Fig. 4. Cette figure représente la têle d'un fœtus humain anenccphale. H — portion malaire ou inférieure de l'os de la pommette. On voit que cette pièce inférieure est placée entre lexlrémité de l'apophyse de l'os maxil- laire supérieur et le sommet de l'apophyse zygomatique. — portion orbitaire de cette même apophyse. p — partie interne de l'apophyse , formant le contour interne de l'orbite. Cette portion contribue à former l'orbite, et en avant à conslituer la partie interne de l'os de la pommette. Fig. 5. Tête d'un fœtus femelle humain anencéphale. g — portion zygomatique faciale de l'os de la pommette. )• — portion interne et supérieure de ce mêmeosjugal, concourant à former la partie la plus interne des parties qui sont dans l'os jugal. Fig. 6. Tête d'un fœtus de Sisge calutbicde (^Simia salœa). On voit que l'os de la pommette est formé de quatre pièces : une supé- rieure, une inférieure, et deux médianes. f — portion zygomato-maxillaire , allant de l'os temporal à l'os maxillaire supérieur. On doit voir que cette pièce est la plus constante. g — apophyse orbitaire, s'articulant avec le frontal. h — i — les deux pièces du centre : l'interne allant à l'orbite , et l'externe formant un bord où vient s'insérer l'aponévrose externe du muscle tem- poral. Fig. 7. Partie antérieure de la lête du Sisge callitriche [Simia sabœa). 1/ — : — os de la pommette. La partie inférieure est eu rapport en dedans avec le maxillaire supérieur , en dehors avec l'apophyse zygomatique , et en haut avec l'apophyse orbitaire. 10 — l'apophyse orbitaire , s'articulant avec la pièce précédente en bas ; en dedans avec l'os malaire, en haut avec l'os frontal : c'est l'apophyse orbi- taire. Ces deux portions sont bien distinctes ; une d'elles limite en dedans la cavité orbitaire , et en dehors la fosse temporale. Fig. 8. Alou.atte (Siniia seniculus). u — la pièce inférieure qui représente l'os de la pommette et qui s'articule, par son bord supérieur, en dehors avec le sommet de l'apophyse zygo- matique, et en dedans avec toute la base delà portion orbitaire En dedans DE l'os malaire. S5 et en bas , cette première portion s'articule avec l'os maxillaire supérieur, et l'n dehors elle forme l'arcade z\ gomatique. y — la portion orbitaire qui va s'unir a l'os frontal. Fig. 9. Jeune tête du Stentor kigee. ( — os de la pommette, s'articulant avec l'os maxillaire supérieur et avec le sommet de l'apophyse zygomatique. i' — apophyse orbitaire , s'articulant , par sa base , en avant avec l'os maxil- laire supérieur, en arrière avec l'os malaire et l'apophyse zygomatique, et par le sommet avec le frontal. Le bord interne forme le contour de l'or- bite, et l'externe donne attache à l'aponévrose du muscle temporal. PLAKCUE 8. ( Tuules les Ugurcs de celle plaoehc sout rcJuitcs de ticaucoiip, et diversemeol. ) Fig. 1. Tête du Focbmillier [Myrmecophaga). a — os malaire ou portion la plus constante de l'os, s'articulant en dehors avec l'apophyse zygomatique , et en dedans avec l'os malaire et une pièce osseuse. b ■ — ■ petite pièce osseuse située dans le point de réunion de l'apophyse zygo- matique et l'os malaire. c — pièce osseuse placée entre l'os maxillaire et le frontal. Fig. 2. Tète d'ORYCTÉBuPE [Orycteropusj, Myrmecophaga capensis. d — os malaire. e — portion placée entre l'apophyse zygomatique et l'extrémité externe de la portion malaire. Fig. 3. Tète de T.imanoer [MijrmecDphaya jubala , Buff. ). k — sommet de l'opophyse zygomatique resté libre. ( — portion osseuse représentant l'os de la pommette V — portion osseuse dirigée et saillante en arrière, et paraissant appartenir à l'os malaire. Fig. 4. Tète de Castor [Caslor fiber). h — l'os malaire. — i — portion osseuse placée entre l'os malaire et le corps du maxillaire supérieur. Fig 5. Tète de Porc-épic d'.\sie [Hysirix cristaUi). f — os malaire s'articulant en arrière avec le sommet de l'apophyse zygs- matique — g — et en avant avec une seconde portion malaire qui se pro- longe en haut pour aller s'unir à l'orbitaire. Souvent nous avons trouvé à la hauteur de l'os malaire une petite suture indiquant que cette portion se terminait en bas . sans se continuer avec la portion g. Fig. 6. L'UsAC [Bradypus didaclylus). m — os malaire, ne s'articulant que par sa partie moyenne et supérieure avec 1 os maxillaire supérieur. H — extrémité inférieure de cet os malaire libre , dépassant de beaucoup le â6 DrVERI\'OY. — SUR VTkE juchoirr niveau de larcaiie de la niSchoire inférieure , et portant une pièce osseuse distincte , une sorte d'épiphyse. — extrémité externe de cet os nialaire , libre et présentant aussi une por- tion osseuse libre, séparée du sommet do la portion zygomatique. Fig. 7. Tête d'Aï [Bradypns Iridaclylus). p — os malaire dépassant en haut l'orbite , qui est surmontée q — d'une portion osseuse. r — son extrémité inférieure , dépassant en dehors et en bas l'os maxillaire supérieur, vient sur la face externe de la mSchoire infériiniro faire une saillie en pointe, sur laquelle on voit une épiphyse. Fig. 8. Tête d' Hippopotame { Hippopotamus ampkibnis , L.) considérablement réduite, et dont les parties antérieure et inférieure n'ont pas été roiirésentées. s — portion postérieure de 1 os malaire. ( — portion antérieure ou maxillaire du même os. SUR UNE MACHOIRE DE GIRAFE FOSSILE DÉCOUVERTE A ISSOUDUN ( D(i>a,l.mtr.t 0<- l'I.idir), NOTES communiquées à l'Académie des Sciences , Scjuccs des 15 mai et 27 lloveni)>ic 1845 ; Par M. SUVERNOT. § 1". — Premiiye communication, du 19 »iaîl843. Cliaquc jour la science nouvelle des fossiles organi([ues , cette science fondée à la fois par l'esprit aiialytitiue , la critique sévère dans l'appréciation des faits , et les connaissances approfondies de G. Cuvier en ostéologic comparée, révèle au monde savant l'exis- tence de quelque espèce d'être inconnue parmi celles de l'époque actuelle. On est pour ainsi dire familiarisé avec ces découvertes qui nous montrent comme ayant vécu dans nos latitudes ou même bien plus au nord , des espèces qui n'existent plus (pie dans les climats brûlants des tropiques. Parmi ces restes d'animaux fossiles de la zone torride tiui ont été retrouvés en fouillant le sol do la France , il n'en est peut-être pas de plus étrange que celui dont je vais entretenir un instant l'Académie. Il appartient au genre ^l'/ra/î? et h une espèce qui dilfi'rait. par Dli (.IliVKK FOSSILE. 37 plusieurs caractères bien tranchés, de l'espèce vivant actuellement dans les contrées tropicales de l'Afrique. La mâchoire inférieure, assez complète et assez bien conservée, que je mets sous les yeux de l'Académie, m'a permis de faire avec certitude, d'après les données actuelles de la science, cette sur- prenante détermination. Cette mâchoire a été découverte et recueillie au mois de décembre dernier, dans la ville d'Issoudun, département de l'Indre, par les soins de M. Sartin , lieutenant commandant la gendarmerie de cette ville, qui l'avait adressée à M. de la Villegille, secrétaire du comité historique pour les monuments écrits de l'histoire de France. M. de la Villegille, par l'intermédiaire duquel j'ai eu l'occasion de déterminer et de décrire ce précieux reste fossile , a bien voulu me communiquer , dans une note écrite , les détails suivants sur les circonstances de cette découverte. « La ville d'Issoudun (ainsi que s'exprime dans cette note M. de « la Villegille) renfei'meuno lourtiu donjon ([uidalc du \ii' siècle, » et dont les fondations recouvrent une chapelle et d'autres con- » structions antérieures do plusieurs siècles. C'est dans un puits » placé dans une sorte de cour, derrière le chevet de la chapelle , « que des fouilles exécutées , au mois de décembre dernier, ont » amené la découverte de la mâchoire en question. » Ce puits a une profondeur de 20 à 21 mètres au-dessous du » sol primitif de la chapelle; la partie supérieure présente un rc\ê- » tement en maçonnerie , d'environ 4 mètres de hauteur ; le reste » est creusé dans le roc. Ce puits s'élargit à sa base et forme un » bassin alimenté par une source abondante. 1) Cette mâchoire a été trou\'éê dans l'eau , a\oc -des débris de » seaux et divers ustensiles de formes particulières. " Le puits était entièrement comblé; mais le remblai n'a pu >' avoir lieu qu'à une époque rapprochée, car, à la profondeur de " 16'", 60, on a rencontré un ornement en argent, dont le dessin » et la forme des lettres de l'inscription indiquent le W^ siècle ; et , » à 18 mètres, des jetons en cuivre. au\ armes de France et de >' Uauphiné, (|ui. pour la forme des lettres et de la légende, appar- S8 milTEBlVOÏ. — SUR HISE MACnOIKF. » tiennent à la même époque. Ils ne sauraient d'ailleurs remonter » au-delà de la seconde moitié du xiV siècle , puisque le Dauphiné » fût uni à la France en 1349. » Quoiqu'il soit très probable que ce fossile provienne du sol même où ce puits a été creusé, il faut avouer que les circonstances de sa découverte ne le démontrent pas indubitablement. Il sera sans doute nécessaire de faire des recherches ultérieures dans le sol même où ce ])uits est situé , afin de bien déterminer la nature de ce terrain , et de voir s'il ne recèlerait pas les autres parties du squelette auquel cette mâchoire a appartenu. On pourrait sans cela supposer qu'elle a été prise dans une autre localité et jetée avec les déblais qui ont servi à combler ce puits au xiv' ou xV siècle. Dans cette dernière hypothèse , à laquelle il serait juste d'objecter l'état de conservation de cet osse- mcnt fossile , il faudrait chercher à Issoudun , ou non loin de cette ville, la couche de terrain tertiaire , d'alluvion ou dediluvium , qui renfermait ce précieux monument de l'organisation antédilu- vienne. G. Cuvier a déjà, donné une sorte de célébrité au département de l'Indre , sous le rapport des ossements fossiles. Après avoir décrit ceux d'un genre de Pachydermes voisin des Tapirs , qu'il a nommé Lophiodon , lesquels avaient été déterrés près du village d'Issel, département de l'Aude, il détermine, dans la même sec- tion de son grand ouvrage sur les ossements fossiles, quatre espèces de ce genre, découvertes hJrgenton, petite ville du département de l'Indre , sur la Creuse. Ces derniers ossements étaient enfouis dans une marne durcie, encore remplie de Planorbes, de Limnées et d'autres coquilles d'eau douce. « Une seule de ces quatre espèces, » ajoute G. Cuvier, peut être considérée comme identique avec » une de celles trouvées à Issel , et , comme à Issel , ces restes fos- » siles sont accomjîagnés de Crocodiles et de Triomix , c'est-à- » dire d'animaux dont les genres sont aujourd'hui confinés dans » les rivières de la zone torrido (1). » 11 ne serait pas impossible que le fossile sujet de ce Mémoire (1) Recherches xur les ossements fossiles, t. II, «"partie, p. 188 et 194. DIS GIKAIK FOSSILE. 39 appartînt au même terrain marnoux à la surface duquel coulerait la source du puits de la tour d'Issoudun. Les fouilles ultérieures, qui pouri'ont être faites incessamment , me mettront à même d'apprendre bientôt à l'Académie, j'ai lieu de l'espérer, la solution de cette question. Il me reste h justifier ma détermination par une description détaillée et comparative de cette mâchoire inférieure. Un premier coup d'œil y fait rccoimaître facilement les carac- tères d'un ruminant de grande taille. Les deux branches en sont séparées. Cinq molaires existent du côté droit (fig. 3); il n'y a que la petite molaire qui manque, tandis que du côté gauche ( fig. 2 ) cette même dent et la suivante n'existent plus. L'extrémité de la branche droite a été brisée au niveau de l'al- véole de l'incisive interne. Un plus grand bout de cette extrémité a été conservé dans la branche gauche. On y voit des portions d'alvéoles des trois incisives externes (fig. 2 et 6), qui nous four- nissent un caractère essentiel sur lequel je reviendrai. Ici je fais simplement remarquer cjue les dents incisives man- (juent des deux côtés. Le contour de l'angle postérieur de chacjue branche a été assez fortement ébréché. Les -apophyses coronoïdes sont brisées, mais plus du côté droit que du gauche , et la face articulaire du con- dyle échancrée , surtout dans la branche gauche. Au premier coup d'œil , cette mâchoire m'avait paru être celle d'une grande espèce de Cerf. J'en jugeai ainsi par sa forme grêle et par la présence d'une petite colonne (fue j'avais remarquée entre les deux demi-cylindres dont se compose la première mo- laire permanente. Cependant j'avais saisi dès ce moment le carac- tère différentiel suivant : cette antépénultième dent avait seule cette petite colonne; la dernière molaire et sa pénultième en man- quaient, tandis qu'elles en sont pourvues dans les Cerfs. D'autres différences caractéristiques se présentèrent bientôt à mes observations entre la mâchoire inférieure de la plus grande espèce de ce genre que j'aie été à même de comparer, celle d'un Élan, et la mâchoire inférieure fossile que j'avais sous les yeux. 40 BlVEKXOl. SLU L.NE MAClIOlllK Ayant comparé , en premier lieu , ces deux mâchoires dans leur forme générale , nous avons d'abord remarqué ([ue la mâchoire de l'Élan présente un talon descendant à l'angle ])oslérieur de chaque branche , ({ui ne paraît pas avoir existé dans la mâchoire fossile. La portion sans dent, entre l'incisive externe et la petite mo- laire, est plus grêle dans celle-ci et plus aplatie. La surface arti- culaire, par laquelle chaque branche se joint par son extrémité h celle du côté opposé , est un peu plus longue. Le trou sous-mentonnier est vis-à-vis de la ligne cjui partage- rait celte articulation dans sa longueur, et même un peu en avant ; tandis que dans l'Élan il est , pour une partie du moins de son diamètre, un peu en arrière de cette articulation. Sa position re- culée dans cette espèce , et très avancée dans la mâchoire fossile , est très caractéristique. Enfin la dernière molaire est sensiblement plus éloignée du condyle dans celle-ci (|uc dans la mâchoire de l'Élan. 2° Les différences (jue présentent les dents ne sont pas moins remarquables. La dernière molaire, dans VEInii, a son troisième cylindre comi^lct et exactement de même forme ([ue les deux précédents. 11 est moins grand à proportion dans la mâchoire fossile, et l'on n'y distingue pas l)ien la jiurtion interne dont se composent les deux premiers cylindres; elle n'y est tout au plus (ju'à l'étal ru- dimcntairc. La deuxième et la troisième molaire de remplacement sont plus épaisses dans notre mâchoire fossile ; elles sont plus longues dans y Elan. Cette dernière a, dans le même animal, son second cy- lindre beaucoup plus grand dans l'Élan que dans la mâchoire fos- sile , oîi il est très petit. La face externe de toutes les parties de ces dents, (joe nous désignons comme des cylindres, s'approche plus de cette forme, dans cette dernière mâchoire , que dans l'Élan , où elle est plus saillante , et tend à fermer une arèle, du moins dans les trois mo- laires permanentes. Du côté inli'i'm^ . cliar|ue face correspondant à un demi-cylindre externe, dans TÉlau, pi-ésente deux enfonce- mi UIllAPE FOSSILE. il mcnls séparés par une convexité médiane verticale, et une seconde arête postérieure repliée au-dehors, et ayant l'air de recouvrir, comme une tuile, le bord antérieur du demi-cylindre suivant. Cette apparence est très sensible lorsqu'on envisage la série des dents par leur face triturante. Dans notre mâchoire fossile , cette forme ne se voit qu'au som- met de la couronne , et la convexité de chaque demi-cylindre ne tarde pas à s'étendre dans toute cette face , sans être limitée par deux enfoncements latéraux. Enfin l'arête postérieure du cylindre antérieur de chaque molaire est seule bien marcjuée. Il y a de plus une arête saillante en avant de chaque cylindre antérieur, un peu bas dans la dernière molaire et la pénultième , plus élevée dans l'antépénultième. On en voit aussi deux au-dessus l'une de l'autre dans la troisième molaire de remplacement , dont la supérieure , plus petite , est plus en dedans. Je trouve encore cette arête dans la seconde de ces dents. Rien de semblable n'existe dans l'Élan. Oji trouve encore, dans notre mâchoire fossile, des traces d'une semblable arête à la partie correspondante de la face externe de la seconde et de la troisième molaire de remplacement, de la pénultième et de la dernière molaire ; il n'y a c[ue l'antépénul- tième , si caractéristique par la colonne qu'elle présente entre les deux demi-cylindres externes , qui soit dépourvue de cette arête. L'Elan , comme toutes les espèces de Cerfs, comme les Jnti- lopes, comme tous les Huminanls, la Girafe seule exceptée, ainsi que l'avait déjà remarquée. Cuvier (1) , a l'incisive externe plus petite que la moyenne. Si l'on en juge par les alvéoles qui subsis- tent dans la branche gauche de notre mâchoire fossile , l'incisive externe devait être au contraire de beaucoup la plus grande. Les différences que nous venons d'indiquer distinguent notre mâchoire fossile, non seulement de VElan , mais encore des autres espèces plus petites du genre Cerf cjuc nous avons pu examiner. J'ai trouvé, au contraire, entre la mâchoire inférieure de la Girafe et celle fossile les plus grands rapports géni'i'iques. Il n'existe (I) Ossemcnls fossiles , t IV. p. 42 01VKR:\0ï. — SLîK UIVU maciioiiik entre ces deux mâchoires que quelques différences spécifiques. Cette double comparaison des ressemblances et des différences de l'une et de l'autre mâchoire m'a convaincu que j'avais sous les yeux celle d'une espèce détruite du genre Girafe. C'est ce qu'il me reste à démontrer en détail. Disons d'abord quelques mots de l'Age de notre Girafe fossile , à en juger du moins d'après son système de dentition. Elle avait toutes ses dents màchelières , c'est-à-dire six de chaque côté. La seconde et la troisième molaire de remplacement sont très peu usées, surtout la première, qui a encore son bord interne pointu. La dernière molaire est également peu usée. J'en conclus que l'individu auquel cette mâchoire a appartenu était adulte , mais encore jeune , quand il a péri , et que la Girafe fossile était une espèce moins grande que celle actuellement vivante en Afrique. Cette dernière conclusion est une conséquence de la comparai- son que nous ferons plus bas des dimensions respectives de leurs mâchoires. Je vais à présent comparer plus particulièrement le système dentaire de l'une et de l'autre espèce. J'examinerai ensuite la forme de ces mâchoires et leurs dimensions. Un caractère cjui m'a frappé au premier coup d'œil, et (jui existe seulement dans la Girafe , la petite colonne qui se voit à la face externe de la pénultième molaire , entre les deux demi-cylindres , et seulement dans cette dent à l'exclusion des autres , est très remarquable dans la Girafe fossile (fig. 2, n" 4, et fig. h). Les demi-cylindres de la face externe de chaque molaire ont une grande conformité dans les deux Girafes , et les différences qui s'observent k cet égard dans les numéros de ces dents et de ces cylindres- sont les mêmes, à très peu de chose près, dans l'une et dans l'autre. Je compare , à la vérité , une mâchoire de Girafe d'Afrique ayant appartenu à un individu dont les dents, un peu plus usées que celles de l'individu fossile , indiquent qu'il était plus âgé. Les trois demi-cylindres de la dernière molaire ont les mêmes DE (ililAFE l-OSSII.K. 43 proportions , la mèmn forme , extôrieuroment et dans leur surface triturante, sauf les différences qui proviennent de l'usure. Les deux de la pénultième sont un peu en crête vers le haut , dans l'une et l'autre espèce. De même, le premier cylindre de l'antépénultième a sa surface triturante plus arrondie, et le second plus triangulaire. L'une et l'autre espèce ont encore le second cylindre petit, pro- portionnellement au précédent , dans la seconde et dans la pre- mière vraie molaire de remplacement. Une crête qui existe en avant du cylindre antérieur, du côté externe de la dernière molaire et de la pénultième, à une hauteur plus considérable dans cette dernière, ne se voit plus, dans l'os- pèce vivante , dans cette même pénultième dent ; on en aperçoit une trace dans la dernière molaire. La face interne de la série des molaires , que nous avons dit montrer quelques différences qui la distinguent de l'Élan et du genre Cerf, est de même très conforme dans nos deux espèces de Girafe. De ce même côté interne , le demi-cylindre moyen de la der- nière molaire est séparé du demi-cylindre postérieur par un petit i-ebord. Ce rebord appartient, en bas, au cylindre moyen de cette dent , et se trouve plus réuni , vers le haut , au petit demi-cylindre postérieur. C'est cette partie que nous avons déjà indiquée comme un rudiment de la portion interne si développée et si distincte des deux autres cylindres de la même dent et de ceux des autres dents. Il y a encore , vers le haut , un rebord saillant dans le côté postérieur du demi-cylindre antérieur de la même dent. On en voit un, également dans la même position, dans toutes les dents précédentes, c'est-à-dii-e la quatrième, la troisième et la deuxième. L'extrémité postérieure du croissant que forme la coupe du se- cond demi-cylindre externe de la pénultième et de l'antépénul- tii'me molaires pénètre entre chacune de ces molaires et la sui- vante, et apparaît à la face interne comme une crête postérieure qui caractériserait ces dents. 44 Dl VKRXOÏ. Slili U\E MACllOIIlE Les crêtes si remarquables qui se voient en avant de chaque molaire, dans cette même face interne, existent dans les deux espèces. Enfin , pour compléter ces ressemblances , je crois devoir ré- péter ici que l'alvéole de l'incisive externe , qui subsiste dans la branche gauche de la mâchoire fossile, a une très grande pro- portion, en rapport avec la dent qui s'y trouvait implantée, et qui distingue si nettement le gem'e Girafe de tous les autres genres de Ruminants. Cette dent, qui n'a pas été conservée dans notre mâchoire fos- sile, se distingue, dans la Girafe d'Afrique, non seulement par ses dimensions considérables , mais encore par son tranchant au moins bilobé ou même semi-trilobé , c'est-à-dire divisé en deux grands lobes, dont l'externe peut être encore sous-divisé. Quant aux différences que présentent les dents màchelières dans l'une et l'autre espèce , on jugera facilement par leur exposé qu'elles ne sont que spécifiques. La troisième molaire de remplacement a une forme carrée, très épaisse de dehors en dedans, dans la Girafe d'Afrif|ue, qui n'est pas aussi marquée dans la Girafe fossile : aussi l'émail de la cou- ronne du second cylindre de cette dent est-il un peu plus compliqué dans la première de ces espèces. La seconde molaire de remplacement est aussi plus épaisse dans la Girafe d'Afrique. Le premier demi-cylindre , vu par sa face externe , est séparé en deux par un enfoncement dont on ne voit qu'une légère trace dans la Girafe fossile. La seconde molaire de remplacement forme , dans la Girafe d'Afrique , par sa face interne , deux cylindres très distincts , qui correspondent à chaque racine, et qui ont les mêmes dimensions. Cette dent, vue du même côté, a une forme très différente dans la Girafe fossile, qui se rapproche davantage de la forme de la suivante. 11 y a un grand demi-cylindre antérieur, aplati, et un posté- rieur beaucoup plus |)etit. La couronne de ces deux dénis présente à sa face triturante des différences correspondantes , même eu tenant compte de celles DE r.IR/\FK FOSSILE. /(5 que l'usure un peu jilus avancée do cette couronne, dans l'exem- plaire de la Girafe d'Afrique que nous avons pris pour sujet do comparaison. Mais il paraît diflicile de faire comiirendre ces dif- férences dans une description écrite; il faut qu'elle soit figurée pour les rendre évidentes. Le demi-cylindre antérieur des deu.\ième et quatrième molaires montre en arri(M'c, dans la Girafe d'Afrique, une petite racine outre la principale de ce côté; il y en a aussi une, en dedans, du côté gauche seulement , dans la seconde molaire de remplacement. Enfin, dans la Girafe d'Afrique, l'émail présente des sillons flexueu.x, irréguliers, ou plutôt des caimelures ([uc ces sillons li- mitent. Ces cannelures, plus saillantes à la face externe des dents qu'à leur face interne , se dirigent de haut en bas et de la partie la plus convexe des demi-cylindres de chaque dent vers les côtés, en se ramifiant ou se divisant et se rejoignant à dilïérentes re- prises. Une lame colorée en brun revêt l'émail de ces dents, sur- fout du côté externe, et subsiste plus longtemps dans les parties enfoncées qui séparent les cannelures. On en voit encore quelques traces dans la Girafe fossile, qui présente les mêmes caractères; on les observe d'ailleurs, mais moins prononcés, chez beaucoup de Ruminants, ainsi que la lame colorée ([ui vient d'être indi- quée. Nous ajouterons à ces détails les dimensions en longueui- des dents correspondantes de l'une et de l'autre espèce. DlSIENSmXi EN lOXGUEUn. GIB.IFE d'.»fhioic. GlR.\Fr. FOSSILE. 2' molaire ^0"',023 0"',023 y — ,028 ,02.j 4- — ,030 ,030 5' — ,032 ,030 6* — ,012 ,039 , Plus grande épaisseur de la 3' molaire. . i ,022 ,019 Relalivcnient à la lorme dos doux mâchoires ot aux différences ftp DIVEBXOÏ. — SUR UNE MACHOIRE qu'elles présentent sous ce rapport, différences par lesquelles nous terminerons cet exposé , on pourra les saisir d'un coup d'œil en comparant les objets mêmes ou leur figure, et beaucoup mieux que nous ne pourrions les exprimer, dans la description suivante. En général , la mâchoire fossile a des formes plus grêles , son contour est plus rentrant sous le condyle, plus saillant à l'angle postérieur de chaque branche. Son bord inférieur est presque dessiné en in renversé, c'est-à-dire qu'il est un peu rentrant en avant de l'angle, convexe sous les molaires, rentrant en avant des molaires , et assez droit vis-à-vis de la symphise. Ce bord a les mêmes sinuosités moins prononcées dans la Girafe d'Afrique. Le bord supérieur a une fosse large et jjrofonde ( fig. 1, a) en arrière de la dernière molaire , dans la Girafe fossile ; cette fosse est à peine marquée dans la Girafe d'Afrique. Dans celle-ci , la cavité que forment au-dessus de l'angle anté- rieur les deux branches réunies de la mâchoire est plus large ; en un mot, l'angle antérieur de la mâchoire est à proportion plus épais. Les mesures ci-après serviront à préciser d'une manière posi- tive quelques autres dillerences de forme entre ces deux espèces. Le trou sous-mentonnier est distant du bord alvéolaire de l'in- cisive externe , de 0"',025 dans la Girafe fossile; de 0"',057 dans la Girafe d'Afrique. La symphyse a 0"',120 de longueur dans la Girafe fossile , et 0"',161 — dans la Girafe d'Afrique. La hauteur de la tranthe montante, depuis la partie la plus élevée de l'apophyse coronoïde jusqu'au bord inférieur correspon- dant, est d'environ 0"',19l dans la Girafe fossile, et de 0"',225 dans celle d'Afrique. La hauteur de la mâchoire , vis-à-vis le cylindre moyen de la dernière molaire, est de 0"',017 dans la Girafe fossile, et de 0"U<)();^ dans la Girafe d'Afrique. DE GIRAFE FOSSILE. 47 La mâchoire fossile pouvait avoir, depuis le bord postérieur de l'alvéole de l'incisive externe jusqu'à la partie la plus saillante de l'angle postérieur, environ 0"',4G5; je dis, pouvait avoir, parce que, pour cette mesure, j'ai restitué la partie échancrée de cet angle, en partant des contours, qui sont entiers. Dans la Girafe d'Afrique, la même mesure a 0"',5'26. La distance entre le bord postérieur de la mâchoire et la der- nière molaire est de 0"',120 dans la Girafe fossile, et de 0"',136 dans la Girafe d'Afrique. Celle de la deuxième molaire, au bord alvéolaire de l'incisive externe, est de 0"',188 dans la Girafe fossile, et de 0"',215 dans la Girafe d'Afrique. Ces dernières dimensions complètent les différences que nous avons remarquées entre ces deux espèces de Girafe, et semblent indiquer que celles de la Girafe fossile étaient à peu près d'un sixième moindres que celles de la Girafe d'Afrique. Nous proposons d'introduire la première dans les catalogues méthodiques sous le nom de Girafe d'Issoidln, Camelopardalis Biturigum. §2. — Deuxième communication, du 27 novembre 1843. J'ai eu l'honneur de lire à l'Académie , dans sa séance du 29 mai dernier, une première Note sur une mâchoire inférieure de grand ruminant, découverte à Issoudun, département de l'Indre, au mois de décembre dernier. Quoique cette mâchoire soit un peu mutilée , que les incisives manquent , ainsi ([ue la première molaire de chaque côté et la seconde molaire du côté gauche seulement, je crois avoir démontré qu'elle présente d'une manière indubitable les caractères du Genre Gibafe. Ceux qui la distinguent , comme espèce , de la seule espèce vivante, reconnue du moins généralement par les naturalistes, ne sont pas moins incontestables à mes yeux. Je les ai déduits des dilTf'-rences sensibles que m'ont présentées /(S UL'VKUiWl. — SIU IMi MACIIOinii la forme et les proportions des os, celles de toutes les dents exis- tantes, et plus parlicLilièrement de la deuxième et de la troisième molaire. Cependant, si j'en dois juger par quelques observations qui m'ont été faites verbalement , relativement h l'espèce particulière que j'avais ainsi déterminée, mes convictions n'ont pas été uni- versellement partagées. C'est que, d'un côté, on n'avait peut-être i)as été sufTisamment frappé des caractères spécifiques que j'aimoneais avoir reconnus ; que , de l'autre , le bel état de conservation des os et des dents de la mâchoire d'issoudun , qui ne sont nullement pétrifiés ( c'est-à- dire pénétrés de matières terreuses étrangères à leur composition), avaient pu laisser dans le doute quelques personnes très éclairées à la fois et très réservées dans leur jugement, mais ([ui n'ont pas l'habitude de cette étude spéciale des ossements fossiles. Les renseignements que j'avais pu donner à l'Académie sur le gisement de cette mâchoire au fond d'un j)uits , sous les déblais qui avaient servi à combler ce puits , à ce ([u'on présume dans le xiv° siècle ou le xv" siècle, disposaient quelques esprits à regarder cette mâchoire comme ayant appartenu à un indiv idu de l'espèce encore vivante en Afrique , dont les débris osseux auraient été enfouis dans ce puits à l'époque des croisades. C'est pour jeter quelques lumières sur les points restés douteux dans l'esprit de plusieurs savants, lors de ma première communi- cation, que j'ai sollicité la permission d'entretenir pour la seconde fois l'Académie de ce sujet qui m'a paru l'intéresser. Je ne lui prendrai cfue peu de temps ])nur examiner rapide- ment les deux questions zoologiqiw et f/eofor/Zr/Kc ([u"il comporte, et que je serais heureux de jiouvoir diriger vers une solution défi- nitive, au moven des données nouvelles que je ])ossède en ce moment. Examinons de nouveau, en premier lieu, la question zuoloylijiœ, savoir : Si la mâchoire d'issomliin a réellement aiiparteyut à law espèce inconnue dans la science et non encore déterminée '/ Cette première question se compose de deux autres , qui lui sont pour ainsi dire subordonnées : DE GIR\FK FOSSILE. !^9 i° Les imiividvs des cnlhctions dr Paris et d'anfre.t Musées euro- péens onl-ils des cararlères spéciliijaes identiques'/ lit iiionlreiit-ils les mêmes caractères différentiels si un les compare ii ta Girafe d'Is- soudun ? '2° N'y a-t-il réellement qu'une espèce de Cirafe vivant au sud , à l'orient , à l'occident , et même au centre de l'Afrique? Jg n'ai d'abord établi jps caractères différentiels riilre la Girafe d'Tssoudiin et l'e^^pèce d'Arriqiic , que par sa romparaisoii avec une mficlioire provenant d'un indi\ida de j'Arrirpie nn'ridio- nale, dont rfio;e se ra|iprnrliail bcaneouji de celui de l'individu auquel la màclioire fossile a appartenu. Ses molaires soiil cepen- dant un peu plus usées. Cette usure plus ou moins grande des dénis luolaires ciiez les animaux herbivores en général , et chez les ruminants en parti- culier, qui raccourcit enfin la couronne de ces dents, lorsqu'elles ne croissent plus par la racine en proportion de cette usure , et rjui peut modifier l'aspect de la partie triturante , fait qu'on ne doit comparer sous ce rapport , pour être très exact , que des dents pro- venant d'individus à peu près du même âge; lors([u'il s'agit de déterminer ces ressemblances ou ces diirérences de détails, qui permettent d'affirmer ([u'on a .sous les yeux des exemplaires appar- tenant à une même espèce ou à des espèces dilïcrentcs. J'avais trouvé des différences très remarquables , soit dans les dents, soit dans les os, entre ces deux mâchoires, différences dont l'ensemble m'a paru suffisant pour caractériser deux e.spèces du même genre. Elles sont imprimées, p; 1148 et 1150 du t. XVI des Comptes-rendus. La plujiart frappent au premier coup d'teil , tant celles des os mandibulaii'es que celles des dents, toutes plus étroites à propor- tion dans la Girafe fossile. J'ai cru pouvoir déduii'e, de cette première et unique comparai- son détaillée, les conclusions que l'on connaît, dans la présomption qu'il n'e.riste qu'une espèce de Girafe vivante . quel que soit son lieu d'habitation, au midi , ;i l'orient et à l'occident , ou même au centre de r\h-iqu('. S'- série Zcioi. T I (J.invier 1S4 4 ) i 50 DUTERIVOY. SUR UNE MACHOIRE Mais, depuis ma première communication, j'ai cru devoir mul- tiplier, autant que possible, mes comparaisons et les étendre sura- bondamment aux individus de ces diverses contrées qui existent au Musée de Paris ou dans d'autres collections. Ainsi l'examen de deux autres mâchoires inférieures de Girafe , provenant également de l'Afrique méridionale, m'a montré toutes les différences que la première , de même oi'igine , m'avait déjà fournies, soit dans la forme et la proportion des os, soit dans celles des dents , à part leur usure plus considérable. Des différences également caractéristiques dans les os, pour leur forme et leurs proportions , et dans les dents , existent entre une mâchoire inférieure de Girafe du Sénégal ou de l'Afrique occi- dentale et celle d'Issoudun. Cette mâchoire du Sénégal provient d'un individu âgé , ainsi qu'on peut en juger par les dents molaires , qui sont très usées. La convexité du bord inférieur de chaque branche mandibu- laire, vis-à-vis la série des molaires, est de même beaucoup moins sensible que dans la mâchoire d'Issoudun. La hauteur de cette branche, vis-à-vis la dernière molaire, est plus grande que dans le fossile, tandis qu'elle est moindre vis-à- vis les deuxième et troisième molaires. La fosse de la branche montante , qui commence derrière la sixième molaire, est aussi beaucoup moins piononcée que dans le fossile. Quant aux dents , la rangée alvéolaire dos molaires est sensi- blement plus courte dans celle-ci , au point qu'en plaçant au niveau l'une de l'autre l'extrémité postérieure des deux dernières molaires du même côté , appartenant à chacune de ces deux mâchoires , la deuxième molaire fossile n'atteint que vis-à-vis la troisième mo- laire de l'exemplaire du Sénégal. Dans la comparaison de la forme des dents, autant f(uc j'ai pu en juger malgré l'usure beaucoup plus avancée de celles de la mâchoire du Sénégal, il y a un peu plus de rapports entre elles et celles d'Issoudun qu'entre celles-ci et celles du Cap ; cependant ce rapprochement n'empêche pas qu'il ne subsiste encore des diffé- rences sensibles et spécifiques, nutro colles des os mandibulairos , DE GIRAFK FOSSILE. 51 entre les molaires de la mâchoire du Sénégal et les molaires de la mâchoire d'Issoudun. Je ne pourrais guère les faire sentir que par des figures ou par la comparaison des objets eux-mêmes , à l'exception de leur plus grande longueur, qui vient, d'être indiquée par celle de tout le bord alvéolaire , dans la mâchoire du Sénégal. La deuxième molaire est plus longue que large dans la mâchoire du Sénégal ; elle est plus grande dans la mâchoire d'Issoudun. La troisième est aussi plus forte; dans la mâchoire du Sénégal. Restait à comjjarer avec la mâchoire fossile celles d'individus provenant de V^ffrii/ue orientale. Les collections du Musée de Paris manquant encore de sque- lette adulte de cette contrée, par suite du bonheur qu'on a eu de conserver à la Ménagerie la Girafe de .\ uhie , qui y vit en bonne santé depuis 1827, j'ai dû avoir recours aux collections étrangères. J'ai envoyé dans ce but ;i Londres et h Francfort des modèles en plâtre de la mâchoire d'Issoudun , tirés d'un moule très exact, que j'ai fait exécuter par M. Stahl , jeune artiste d'une grande habileté dans ce genre de travail. C'est à l'obligeance et à la science de M. Owen que j'ai eu recours pour la comparaison avec la Girafe de Nubie des collec- tions de Londres. II s'est empressé de la faire et de m'en envoyer l'intéressant détail, dont j'ai transcrit l'extrait suivant. J'avais prié M. Owen de diriger particulièrement son attention sur les points de comparaison qui , dans celles que j'avais été à même de faire , m'avaient donné des dillerences. Il les a toutes retrouvées dans la Girafe de Nubie ; il a de plus étendu à l'Élan ses études comparées , ce que j'avais fait en premier lieu pour éta- blir entre l'une et l'autre les différences générieiues. Mais la com- paraison de M. Owen fait sentir aussi quolcjucs ressemblances que je n'avais pas exprimées dans ma première Note. Voici les différences indiquées par notre honorable collègue. Il les a réunies dans dix paragraphes. 1" La mâchoire fossile d'Jssoudun iliffère de celle de Nubie par 52 UUVKKNOT. — SUR UNE .MACHOIRE une convexilé plus forte et plus régulière du bord inférieur de la partie occupée par les molaires. Il en est de même des mâchoires des Girafes du Cap et du Sé- négal. 2° Ce (jui est du à la moindre hauteur de la mâchoire fossile vis- à-vis la dernière molaire comparée à la hauteur de cette nuichnire vis-à-vis ks deuxième et troisième molaires. ' Nous avons vu que la hauteur de chaque branche mandibulah'e vis-à-vis la dernière molaire était aussi plus grande dans les mâchoires du Cap et du Sénégal , et ]ilus petite vis-à-vis les pre- mièi'es de ces dents. 3° L'enfoncement de la partie antérieure de la branche montante, qui Commence en arrière de la sixième molatre , est moins sensible dans la mâchoire de l\ubie. La même différence se voit dans celles du Ca]i et du S(''négal. 4° [m dilatation du bout de la mâchoire pour l'insertion des dents incisives commence, da7is le fossile, immédiatement en avant de l'orifice du canal dentaire, tandis que dans la Girafe de Nubie ce n'est qu'à un pouce en avant de cet orifice qu'elle se fait sentir. J'ai trouvé la même différence dans les Girafes du Cap. 5° La distance entre la première molaire et la sympht/se est plus grande dans le fossile. 0° La face externe de cette partie de la mâchoire , c'est-à-dire entre la molaire et la sijmpinjse , est plus convexe dans le fossile. Elle est plate et un peu déprimée dans la Cirafe du Ca]). 7° La hauteur de la branche montante depuis l'angle jusqu'à l'a- pophyse condyldide , comparée avec la longiwur de la sérii' des mo- laires , est moindre dans le fossile. 8° Proportionnéinent à l'étendue de la série des molaires , le fos- sile a la mâchoire plus courte et une plus courte symphyse. 9° La dernière molaire est relativement plus petite dans le fossile, et son lobe postérieur est plus petit et plus simple. 10° Les pénultième et antépénultième molaires s daiis iin> ('liial'e- du Cap. con- m: f;in\ri: iossilk. 53 firmoiil mes prcmicTO^ rnnc!nsio]is, que la mâchoire d'Issoudun a|)partient à une espèce distincte des Girafes originaires de l'est, comme du sud et de l'occident de i'Afritjue. Voici encore plusieurs mesures prises par M. 0\\ en sur LA GIBAFK DE M'BIE. LA G. d'iSSOIDUN. LLLAN. Lunijiuiir de la brancliu . montant ) au niveau de l'ouverture de». O'", 330 alvéoles 0-,i60 11". 430 /(/ des syniplu ses 0"',loO 0"',120 0"',0'J.j Id. du bord alvéolaire des molaires. 0", 1 73 o"M6.:i O'".l6o " Je n'étendrai pas ma comparaison à des points plus miiuiticux, » m'écrit M. Owen en terminant sa lettre , «' et je conclus en cxpri- )' mant ma conviction ([ue , dans ses caractères les plus essentiels, » le fossile d'Issoudun approche davantage du genre Girafe, mais » diffère d'une manière frappante des espèces existantes du sud » et de l'est de l'Afritiuc, et (|ue ses déviations tendent vers In >i .sous-genre Élan. >> Ainsi M. Owen irait encore plus loin (jue m(ji dans Tappréiia- tion des dilfércnces qu'il a trouvées entre la (îimfe de Auliic et le fossile rrissnudtm , et semblerait vouloir les élever à des carac- tères génériques. Les expressions de .«a lettre me paraissent aussi manifester l'o- lîinion f[ue les Girafes vivantes forment plusieurs espèces. .le n'ai pas de données suffisantes pour apjn'ofondir cette ques- tion ; mais ce que je vais en dire servira peut-être à mettre sur la voie pour la résoudre. D'après les renseignements fournis par M. R. Owen, je trouve les plus grands rapports dans la forme et 1rs proportions des os niandihulaires ctdesdi'iitr. entre \v^ Girafes 'le l'est et ilu midi de l'.^fri(jue. 54 m-\ERlVOY. — SUR U\E MACHOIRE Il n'en est pas de même de la (îirafe du Séuéf/al ; celle-ci a l'angle postérieur un peu descendant, ce qui n'est pas dans les exemplaires du Cap. Le bord alvéolaire des molaires est un peu plus long dans l'exemplaire du Sénégal, quoique la longueur totale de la mâchoire soit moindre. Cette moindre longueur est telle que le tranchant des incisives moyennes n'atteint que l'extrémité postérieure du bord alvéolaire des incisives d'une des mâchoires du Cap, lorsqu'on les met en parallèle, de manière que leur bord postérieur soit au même niveau. Dans les détails de la l'orme et des proportions de charpie mo- laire, autant que j'ai pu en juger, malgré l'usure bien plus avancée des dents appartenant à la Girafe du Sénégal , j'ai reconnu égale- ment quelques diiïérences entre celles-ci et celles de la Girafe du Cap : elles consistent partout dans leur plus grande longueur re- lativement à la largeur. Ainsi la comparaison de la seule mâchoire inférieure à laquelle je devais me borner pour la question à la fois zoologique et pa- léontologique que je cherchais à résoudre, m'a montré des diffé- rences sensibles entre la Girafe du Sénégal et celle du Cap, diffé- rences qui me paraissent assez im|)ortantes pour faire supposer, du moins , qu'il pourrait bien y avoir plusieurs espèces de Girafes vivantes, ainsi que le présumait déjà en 1827 M. Geoffroy Saint- llilaire (1), qui avait remar([ué des différences entre les Girafes du Cap, rapportées par Le Vaillant et par I^alande, pour les couleurs et la taille , et la Girafe de Nubie. A la vérité, des nuances dans la couleur du pelage ou des dif- férences dans la longueur des poils , telles que celles trouvées par ]\L J. Snndwall entre sept individus du midi de rAIVi(iue et au- tant du Sennaar et du Kordofan , c[u'il a pu comparer, jiuurraicnt h"e\pli([uer, ainsi que le pense ce savant, par les différences du climat. En effet, les individus au sud de l'Afrique ([ui ont été pris du 25 (I) Aunalcs des Sciences naturellrx , l. II, p. 222, et l'article Gibafe de M. F. Cuvier fils, qui a paru dans YHistoire naturelle des Mammifh-es , 61' livraison, t. VII, in-fol. 0E GIRAKK FOSSILE. 55 au 28" de latitude sud, ont lo poil ])ius long ; les taches fauves sont moins prononcées, sur un fond d'un blanc sale; tandis que ceux du Sennaar et du Kordofan, pris entre les ti'opiques, ont des ta- ches plus fauves, sur un fond blanc plus net ; leurs poils sont d'ail- leurs extrêmement courts (1). Des études multipliées sur beaucoup de têtes, appartenant à des Girafes des diverses contrées de l'Afrique, seraient nécessaires pour décider cette question , sur laquelle il est à désirer que M. de Blainville puisse répandre la lumière, lorsqu'il viendra à, la traiter dans son Ostéographie. Je passe à la question rjéologique de mon sujet. Disons d'abord deux mots de la belle conservation des os et des dents de la mâchoire d'Issoudun. Celte conservation n"a pas dû surprendre les naturalistes qui ont fait une étude particulière des ossements fossiles. Sans parler des mâchoires fossiles de Musaraignes découvertes l'an passé par M. Dunoyer dans les environs de Paris, dont les dents ont encore à leur pointe la belle coloration en rouge qui distingue plusieurs des espèces vivantes, je ne citerai qu'un exemple de fossile tout aussi bien conserA'é, que je prendrai dans mes propres observations. On m"a remis en 1812 une mâchoire inférieure d'Éléphant fos- sile, parfaitement conservée, avec les dents, qui avait été décou- verte dans une argile diluvienne , en creusant le canal du Rhône au Rhin , tout non loin du bief de partage des eaux de ce canal , près de Montreux , arrondissement d'Altkirch , département du Haut-Rhin. J'ai déposé cette mâchoire, en 1827, dans le Musée de Strasbourg, en prenant mes fonctions de directeur de ce Musée. Elle est, je le répète, d'une admirable conservation pour la substance osseuse et pour les dents , et ne le cède en rien , sous ce rapport, à la mâchoire d'Issoudun. Quant à la nature du terrain dans lequel la mâchoire de Girafe d'Issoudun a dû être enfouie, ma première Note lais- (I) Mémoire sur plusieurs Mammifères , extrait des Actes de l'Académie royal» desjciences de Slockholm pour 1842, p. 243. 56 IHVUKXOÏ. — SLll L.Mi .MACUOlKli sait une lacuiiu importante à remplir ^uc je n"ai pas dissimulée. Afin de la faire disparaître autant qu'il serait en mon pouvoir, je me suis hâte d'aller aux renseignements immédiatement après ma communication. Ma Note était du 29 mai : voici ce que m'écrivait, le 20 juin dernier, M. Sartin, lieutenant commandant la gendar- merie à Issoudun , auquel la science aura l'obligation d'avoir re- cueilli en prenn'er lieu, avec le plus grand soin, ce précieux débris de la création antédiluvienne : « J'ai trouvé cette mâchoire fossile dans le grand bassin du puits » en question, enfouie dans des terres mélangées avec le sol, qui » est du tuf. Les deux dents qui manquaient ont été recueillies » dans le fond de l'eau, à 0"',30 de profondeur et dans un banc » de tuf. C'est là où j'espère découvrir les autres parties du sque- » lette auquel cette mâclioirc a appartenu. » S'ils n'y étaient pas, ils doi\ent être à la naissance du roc, » d;ins le tuf, à l'endroit où le mur du puils élait démoli, sur une ). hauteur de près de 3 mètres et dans une circonférence de 5 mè- » très; ouverture par laquelle une (juantité de marne tertiaire et » de tuf est tombée au fond de l'eau. >, Peu de temps avant d'avoir obtenu de M. Sartin ces derniers renseignements, je m'étais encore adressé, par le conseil de notre honorable collègue M. Dufrénoy, à M. Mangeot, ingénieur en chef des ponts et chaussées du département de l'Indre , qui a bien voulu me répondre dès le 7 de juillet dernier, et me donner dans sa lettre des détails qui m'ont paru assez importants pour les comnuuiiquer à l'Académie. " M. Sartin m'a montré le puits au fond duquel il a trouvé la » mâchoire de C ira ff fossile, et m'a l'ail part de toutes ses con- >> jectures il cet égard ; mais nous n'iiAons pu ilescendre dans ce » puits , faute d'un treuil. D'ailleurs il faudrait préalablement épui- » scr beaucouji d'eau pour recoiuiallrc la terre jaune et le lut, dans » lesquels il y aui'ait des recherches à continuer. V La mâchoire de (Jii-afe reposait dans une argile jaune et prcs- )) que à la surface , puisque c'est en travaillant dans l'eau (lue les » manœuvi-cs de M. Sartin l'ont saisie avec les mains. >■ Cette argile formait le fond du puits: et en effet, puisqu'elle Dli OlUAl'K roSSlLE. ÔO » retenait l'eau , ceux (lui ont fait !(; puits ont dû s'arrêter à celle » couclic. » M. Sartin avait observé avec étonncment l'élargissement du » puits à la base, et n'a pas hésité d'admettre la préexistence d'une » caverne qu'on aurait régularisée. J'aurais voulu voir cette terre "jaune et vous en adresser des fragments, avec quelque peu du « tuf dont paiie M. Sartiji ; mais tout cela est enfoui sous une mon- » tagne de décombres , et il n'y a que de nouvelles fouilles (jui » puissent permettre d'en trouver; en même temps cju'on cherche- » rait à suivre la fissure ou la crevasse , dont je suis porté forte- » ment à admettre l'existence d'après les souvenirs de M. Sartin. » Tels sont les détails destinés à servir de supplément, sous le rapi)ort çjéoloyique , h ma première communication. L'Académie connaît dès h présent les difficultés qui existent pour en avoir de compl(''lement satisfaisants, et les moyens de lever ces difficultés, que je la supplie di' prendre en considération. J'ajouterai, en terminant, qu'à mon passage à Neufcliàtcl , en Suisse, au mois de septembre dernier, M. .hjassiz m'a fait voir le modèle en plâtre d'une dent incisive de grand Mammifère, dont l'original se trouve dans la collection de M. Nicolet, pharmacien à la C'haux-de-Fond , dent que noire collègue a déterminée comme étant l'incisive externe d'une Girafe fossile. On y trouve, en effet, les caractères si particuliers de forme et de \ olume que présente l'incisive externe de la Girafe. M. Nicolet l'a déeou\erte dans un terrain de mollasse. Enlin M. Owcn m'annonce dans le P. S. de son intéressante lettre, que le capitaine Cmti.k v et le docteur Vai.iîmicu ont décou- vert, dans le district inférieur de l'Himalaya indien, deux espèces de Girafes fussites, enfouies dans \e miocène ou terrain tertiaire moyen, avec des radies d'Hippopotames, de i\laslodontes, deSiva- Uierium, etc. Notre savant collègue ajoute qu'il a pu comparer ces fossiles et vérifier l'exactitude des déterminations de ces paléontologistes distingués de l'armée anglaise dans l'Inde. Ainsi, dans ces temps primitifs de notre planèle. la Girafe n'é- lail pas reslreinle comme à jjréseiil à une seule di's trois parties de 58 IVEWPORT. — SVSTÈMK NERVEUX ET CIRCdl-ATOIRE l'ancien continent; elle pouvait encore mesurer dans sa course rapide les plaines et les vallées de l'Europe et de l'Asie. EXPLIC/»T10!V DES FIGURES (Plascuf. 2). Fig. I . Mâchoire inférieure de la Girafe du Berri, Camelopardolis Biluriijum, Nob. , vue par le haut. Fig. 2- Brandie gauche, vue par la face externe. Elle n'a que les quatre dernières molaires. Fig. 3. Branche droite, vue par la face interne. Les cinq dernières molaires sont en place; la seconde moitié de la cinquième et de la quatrième a étééchancrée. ( Ces trois premières figures sont dessinées aux 2/5 de la grandeur naturelle.) Fig. i. Dernière ou sixième molaire, vue par sa face triturante; elle est encore très peu usée. Fig. 5. Quatrième molaire, vue par sa face externe, pour montrer la petite colonne placée entre les deux demi-cylindres. Fig. 6. Extrémité de la branche mandibulairc gauche, montrant les alvéoles des quatre incisives et la grande proportion de l'externe, numéro .4 de cette Ggure. MEMOIRE SUR r,A STRUCTURE, LES RAPPORTS ET I.E DÉVELOPPEMENT DES SYSTÈMES NER- VEU,\ ET CIRCULATOIRE , ET SUR l'EMSTENCE D'UNE CIRCUL.VflON VASCU- LAIBE CO.MPLtTE CHEZ LES MYRIAPODES ET LES ARACHNIDES MACROURES; FAR M. NE'WFOB.T. (Extrait (I).) Ce -Mémoire est le premier d'uiio série que lauloiir se propose de publier sur l'anatomie comparée et le développement tics systèmes nerveux et circulatoire chez les animaux articulés. Son but est en premier lieu d'étudier l'anatomie la plus délicate du système nerveux des Myriapodes et des Arachnides macroures , plus spécialement sous le rapport de la ( I ) Ce Mémoire important vient de paraître dans la seconde partie des Transac- tions philosophiques de ta Société roijate de Londres pour 1813 ; il se compose de 60 pages in-i", et est accompagné de 5 planches. Nous regrettons que le défaut d'espace no nous permette pas d'en donner ici la traduction, car ce travail paraît avoir été fait avec un grand soin , et renferme une foule d'obserx ations précieuses pour la science. R. DES MTBIAI'ODKS. 59 Structure du cordon nerveux et de ses ganglions, e( d'en dc'duire certaines conclusions relatives à la physiologie de ce systf-nie cl aux mouvements réfléchis ou s) inpathiques dans les animaux vertébrés. Il s'est proposé, eu second lieu , de démontrer l'existence d'un systèuie complet de vais- seaux circulatoires chez les Myriapodes et les Arachnides, et enfin de signaler l'identité des lois qui règlent le développement des systèmes ner- veux et circulatoire dans toute la série des animaux articulés, ainsi que la dépendance de ces systèmes relativement aux cliangements qui ont lieu dans les appareils musculaire et tégumentaire , dépendance qu'il a déjà signalée dans un mémoire antérieur, en traitant des changements qui se manifestent dans le système nerveux des Insectes. La première partie de ce mémoire a pour objet le système ner\eux. On y donne une description de ce système chez les (;liilognatlics. que l'auteur a été amené , d'après ses précédentes redierches , à considérer comme l'ordre le plus inférieur des Myriapodes et se rapprochant beaucoup des Amiélides. Jl déait les différentes formes que présente le système nerveux dans les principaux genres de cet ordre , dont les plus parfaits semblent se rattacher d'un côté aux Crustacés, et de l'autre aux vrais Insectes. Passant de cet ordre aux Géophiles , dernière famille des Chilopodes, qui présen- tent encore le type \erndfornie, il décrit le système nerveux de ces ani- maux ainsi que celui des Arachnides à queue , des Scorpions , des Scolo- pendres , des Lithobies et des Scutigères , dont la dernière tribu relie les Myriapodes d'un côté avec les Insectes vrais, et de l'autre avec les- Arachnides. A l'état adulte , le cer\ eau des Myriapodes ne parait formé que de deux paires de ganglions, dont la première donne naissance aux nerfs antcu- naires, et la seconde aux nerfs optiques ainsi qu'au collier oesophagien ; mais dans l'embryon d'un de ces animaux (le Necrophlœophapis longi- cornis), M. Newport va reconnu quatre paires de ganglions correspon- dants à un nombre égal d'anneaux, qui se réunissent alors pour constituer la portion mobile de la tète. La chaîne ganglionnaire sous-, dn iiiOnio que relie de la sério do cnmmissiirn trausversc rend compte des inouvcnicnls des parties situées sur le eôlé du corps o])posê à celui qui est irrité. IJaus les ganglions du cordon des Iules et des l'olj desnies, les fibres de la série longitudinale inférieure sont renllées en entrant dans les ganglions; mais elles reprennent leurs diamètres priniitil's quand elles les quittent, ce qui jette quelque lumière sur la structtn'e des ganglions en général. Dans le développement des ganglions et des nerfs dans ces genres, ainsi que dans le Géopliile , il se présente des changements send)lables fi ceux qui ont été décrits |)ar l'auteur pour les Insectes, savoir : une agré- gation de ganglions dans cerlains points du cordon et occupant la posi- tion de certains nerfs, qui d'abord existaient dans la portion ganglionnaire du cordon , mais qui ensuite ont été reportés à la portion non ganglion- naire. 1.0 cordon nerveux s'allonge, afin qu'il puisse suivre le dcvelop- penient du corps, qui acqidcrt successivement de nouveaux segments: et ce qui prouve que cette élongalion a lieu dans les ganglions, ce sont pré- cisénienl ces cliangements de posilion dans les noifs qui sont placés Irans- versalcment sur ces ganglions. L'aulcur conclut de ces faits qu(^ les gan- glions sont des centres de croissance et d'alimentation au.ssi bien que des centres de mouvements réllécliis, et qu'ils sont analogues au renflement du cordon dans les Aertébrés. Une série d'expériences sur l'Iule et la I.illiobie ont donné pour résultat que les deux ganglions sus-œsophagiens sont exclusivement les contres de la volonté, et peuvent être par conséquent rigoureusement considérés comme remplissant les fonctions du cerveau , de façon que , quand ces ganglions sont blessés ou enlevés, tous les mouvements de l'animal ont le caractère réiléchi. D'un autre côté, quand ces ganglions sont intacts, les mouvements do l'animal sont volontaires, et il existe une sensil)ilité pour Ja douleur. Toutefois il n'y- a pas de preuve évidente que la faculté sensi- tive ne réside pas non plus dans les antres ganglions. La seconde partie du luémoire traite des organes de la circulation. Dans tous les Myriapodes et les .\raclmides, le vaisseau dorsal ou cœur est divi.sé, connue chez les Insectes, en plusieurs compartiments, dont le nombre cor- resjjond à celui des segments abdominaux. .Sa portion supérieure est par- tagée iunnédiatemcnt, derrière le segment basilairc, on trois troncs dis- tincts; la portion moyenne, qui est la continuation du vaisseau lui-même, s'avance le long tb; rn'sopbago et se distribue à la tête même, tandis que les doux antres, passant latéralement à l'exlérienr et postérieurement dans une direction courbe, fonnent un collier vascnlaire autour de l'œsophage, au-(U'.ssous duquel elles s'iuiissent en un seul \aisscau, ainsi que M. Lord l'a le premier constaté dans les Scolopendres (1). Le vaisseau médian (I) Dtisos '^ f^iil des nl.i;ci'\;ilinris ;iiuilopucs. ( Voyez son Tniili' de phii^iiilniii,- 62 XEWPOBT. — SYSTÈME NERVEUX ET CIRCULATOIRE unique est placé au-dessus du cordon nerveux abdominal , et s'étend en arrière sur toute la longueur du corps , jusqu'au ganglion terminal du cordon, au-dessous duquel il se divise en rameaux distincts, qui accom- pagnent les nerfs terminaux à leur distrilnilion finale. Immédiatement en avant de cliaque ganglion du cordon , ce vaisseau détaclie une paire de troncs vasculaires, et chacun de ces troncs est suljdivisé en quatre vais- seaux artériels, dont chacun se rend à l'un des principaux nerfs qui pro- viennent du ganglion, et peut être suivi avec lui jusqu'à une distance con- sidérable. Parmi eux, le vaisseau le plus postérieur se réunit de nouveau avec le grand tronc médian au moyen d'une petite brandie, de manière que les quatre vaisseaux de chaque tôle forment avec leurs troncs un cercle vasculaire complet au-dessus de chaque reullcment ganglionnaire du cordon. Indépendamment de ces vaisseaux , qu'on peut considérer coinine le grand tronc artériel qui porte le sang directement de la portion anlérieuic du cœur aux niciiibrcs et ;i la surface inférieure du corps, l'auteur a découvert aussi dans cliaque segment une paire de grands vaisseaux artériels qui naissent directement de la surface posté- rieure et inférieure de chacune des cavités du cœur. Ces vaisseaux, il les a nommés urtircs sijstvmiqitcs , et il les a suivis dans le Scolopendre depuis la grande cavité du cœur, qui est située dans le pénullième segment du corps , jusqu'à leurs raniilicalioiis ulliiiies dans les membranes des grands vaisseaux hépatiques du canal alinieiUaire. Après que le sang a passé dans les artères , il revient au cœur dans chac|ue segment du corps au iiioyen de deux vaisseaux transparents, exces- sivement délicats, ([ui passent U' long des parois des segments , et com- nuiniqui'ut avec les ouvertures \al\ulairesde chaque cavité du cœur à sa surface supérieure, où tes ouvertures valvulaires sont situées, non seule- ment chez tous les :Myriapodes,uiais aussi chez les Scorpionides. Dans les Scorpions, le système circulatoire est plus complet et plus important que même dans les Myriapodes; le cœur, divisé, comme dans ceux-ci, en cavités ou chambres séparées, s'allonge à son extrémité en une longue artère caudale , et doimi' , au niveau de chaque chambre , une paire d'ar- tères syslémiques, précisément comme dans les Myriapodes. Os artères non seulement distribuent leur sang aux viscères, mais envoient leurs prin- cipales divisions aux muscles des parties inférieure et latérales du corps , ainsi qu'aux sacs pulmonaires. .\ la partie antérieure de l'abdomen , le cœur devient aortique, descend tout-à-coup dans le thorax , et immédiale- ment derrière le cerveau se partage en un grand nombre de gros troncs qui se rendent à la lète et aux organes de la locomotion. 1,'un de ces troncs, le postérieur, forme autour de l'œsophage un collier vasculaire, de compiirée, t. II, Montpellier, 1838 ; et AnnnU'S des Sciences milui-ellfs , 2° série, t. X, p. S7i.) R. DES MYRIAPODES. 63 la partie postérieure duquel naît le grand tronc artériel ou vaisseau super- spinal, destiné à conduire le sang à la partie posi('rieure du corps, comme dans les Myriapodes. Ce vaisseau passe au-dessous de l'arcade Iransverse du lliorax, et y est légèrement altaclié par du (issu fibreux, circonstance qui a i)robablement déterminé !M. Millier, qui a oljservé ce mode de structure en 1828 , à le considérer comme un ligament. En s'avançaut postérieure- ment le long du cordon nerveux, ce vaisseau diminue graduellement de dimension, jusqu'à ce qu'il arrive au ganglion terminal du cordon dans la queue, où il se divise en deux branches, (|iii sui\ent le trajet des nerfs termineux, et qui se subdivisent de nou\ eau avant d'arriver à leur dernière distribution. Indépendamment de ces parties, l'auteur a encore trouvé une structure fibreuse , qui entoure fermement le cordon et les nerfs immédialenient après qu'ils ont passé au-dessous de l'arcade du tliorax. Ues parois de cette gaine partent, en arrière, deux paires de vaisseaux qui rampent au-dessous des enveloppes péritonéalcs de l'abdomen, et se distribuent à la première paire de branchies, tn petit vaisseau passe aussi en arrière au-dessous de la veine cave , et , en s'anaslomosant avec l'artère spinale , il forme le commencement d'un vaisseau que l'auteur a décrit antérieu- rement sous le nom de vaisseau Sdus-spiiuil. Ce vaisseau s'étend le long de la face inférieure du cordon nerveux, conimuni(|ue directement par des vaisseaux courts avec l'artère sus-spinale, et jette à certaines distances de sa face inférieure divers gros vaisseaux s'unissant les uns aux autres, lesquels charrient le sang qui a circulé dans les segments abdominaux directement aux branchies, d'où il est ramené au cœur par un grand nombre de menus vaisseaux qui partent de la porlion interne postérieure de chaque bran- cliie , puis , s'unissant en troncs , passent le long des parois des segments , pour gagner les ouvertures valvulaires de la face dorsale du cœur. Dans la queue du Scorpion, il y aune communication vasculaire directe entre l'artère caudale et la veine sus-spinale , ce qui , d'après la direclion des vaisseaux, autorise à croire qu'il y a quelque diose de particulier dans la circulation du sang dans cette partie du corps. Kniin, indépendamment de ces vaisseaux , l'auteur a découvert un tronc artériel qui prend naissance à l'origine de l'aorte , au point où il descend dans le tliorax. Ce vaisseau passe derrière le canal alimentaire, auquel il est distribué en envoyant une branche au foie. PUBLICATIONS NOLVELÏ-ES. Traite des puénojii:m;s lÎLLCTiiu-niYsioLoiiiQL'Es des amhaix , par M. C. Matteuci'i ^ suivi d'Études a natomiques sur le système nerveux cl sur lUrgane électrique delà torpille , par M Sa\i. I vol. in-8 avec pi. Paris, ISii. Dans cet ouvrage important, M. Matlcucci rappelle d'abord les divers travaux qui depuis la grande découverte de Galvani jusqu'au moment actuel ont contribué aux progrès de cette branche des sciences naturelles : puis il décrit les divers instruments employés dans les recherches électro-pliysinlngi(pies et s'étend sur la méthode s suivre dans l'application du galvanomètre à l'élude des phénomènes physiologiques. Dans les chapitres suivants il traite de la conductibilité électrique des ditlércntes parties des animaux, du courant électrique musculaire et de ses lois , du courant propre de la grenouille , et des fonctions du système nerveux dans ces courants : puis il expose des vues théoriques sur la cause du courant électrique musculaire. Passant ensuite à l'examen des phénomènes électriques qu'oIVrenl les poissons, M. Matteucci envisage ce sujet sous le rapport historicpie et exiiérimenlal. Dans la seconde partie de son ouvrage il s'occupe de l'inlluence du courant élec- trique sur les animaux vivants ou récemuient tués, et il termine son travail par des considérations sur la relation qui peut exister entre le courant électrique et la force nerveuse, et sur les usages thérapeutiques de l'éleetricilé. Isniin l'appendice anatomi(|ue par iU. Savi contient une description très étendue du svstème nerveux et de l'appareil électrique de la torpille; des planches exécutées avec soin l'accom- pagnent , et on y trouve l'indication de plusieurs faits curieux ipii avaient écha|ipé aux recherches des autres anatomisles, et notannueut de II. J. Da\y, il qui l'on doit un travail important sur le même sujet. Cours de microscopik cumplémentaire des éicdes médicales: anatomie microsco- pique et physiologique des lUiides de l'économie animale, par M, ,1/. Duitiié; in-8, Paris, 18.14. Dans cet ouvrage, l'auteur s'occupe principalement du sang, du mucus, de l'urine, du sperme et du lait. Un allas destiné a accompagner ce livre paraîtra pro- chainement et olVrira une innovation intéressante , car l'auteur se propose d'y insérer un certain nombre de ligures exécutées à l'aide de procédés photographi- ques. Die siiiAFRiKANiscuEN f.RCSTACEEx ( deseri|)tion dcs Cpustacés nialacrnslracés du sud de l'Afrique), par M. h'nniss: in-i. Stutlgard. 1813. Cette monographie contient la description de pUisienis espèces nouvelles do Décapodes et d'Edrioplitluilnies ; elle est accompagnée de '■'< iilanches. Mémoire scr les termites ouservés a rochefort et dans divers actres i.iei'x du DÉPARTEMENT DE LA cii.vnEXTE-iM.ÉRiEiiiE , par. M. /iObc-Moiniu Saiutes, 18 43, et chez lioret , à Paris : in-8 . 1 2l'2 pages et I planche. Excursion entomologioce dans les muntvc-.nes de h vallée d'cisssc, par M. Li'on Diifniir. Pau, 1843, in-8, 118 pages; extrait du Bulletin de la .Société des sciences, lettres et arts de Pau. (Catalogue descriptif de 707 espèces de Coléop- tères trouvés dans cette localité.) coNsi ni; H axions SUR QUELQUES PRINCIPES RELATIFS A LA CLASSIFICATION NATURELLE DES AMMAUX, ET PLIS PARIlCULIÈnF.MKNT SL'U LA DISTHIDITIOX MÉTHODIQUE DES MAMSIIFÉBES; Far M. M1I.NX- ED^V^ARDS. ( Communiquées à l' Académie des Sciences, le 5 février ISii. ) Un des zoologistes les plus distingués de l'AnglcteiTc, M. Wa- terliouse, vient de publier un Mémoii-e très intéressant sur la classi- fication des Manniiil'èi-es (1) ; et en lisant ce travail , j'ai été frappé de la similitude qui existe souvent entre les opinions de fauteur et celles que moi-même j'avais depuis longtemps adoptées et ren- dues publiques jiar mon enseignement à la l'acuité des Sciences. Ce n'est pas ici une question de priorité que je veux soulever ; car bien certainement si M. Waterhouse avait eu connaissance de ce que j'ai pu écrire ou enseigner publiquement à ce sujet, il en aurait tenu compte avec la loyauté dont tous ses travaux portent l'empreinte; mais comme c'est en suivant des routes essentielle- ment difTérentes (|ue nous sommes arrivés c|uelquefois à nous ren- contrer, j'ai pensé ([u'il ne serait pas inutile de reproduire ici ce que j'ai dit ailleurs sur divers points de doctrine relafixement à la classification naturelle des animaux, et d'indiquer quelques uns des résultats auxc[uels ces considérations m'avaient conduit. Il est deux conditions principales que l'on doit chercher à rem- plir dans toute classification naturelle du règne animal : la pre- mière , c'est de ranger les animaux d'après le degré de cette sorte de parenté zoologique qu'ils ont tous entre eux, ou, pour me servir du langage technique , d'après leurs affinités respectives ; c'est-à- dire de les distribuer de telle sorte que les espèces les plus sem- blables entre elles occupent les places les plus voisines, et que leur éloignement soit en queUiue sorte la mesure de leurs dill'é- rences ; la seconde , c'est de diviser et de subdiviser le groupe (1] Observations 0)1 tlir Cliissificfitioii of IJic Mommolia {^Aiiiutls and Miifjaziiif of uiiliiriil hislnrij, n" LXXIX, p. :i99, décembre 1843). y série. ZuoL. T. 1 (Février -1 844). S G(j !«IIL^E-I:DAVARDS. SUii LA CLAS.SI1'1C.V'J I0^ N\l l IIKI.I.K ainsi l'uniié d'une iiuinirrc correspondante ;i l"inip(>r(aner relative des dilTérences introduites par la nature dans la constitution de ces êtres. Souvent les affinités naturelles sont tellement évidentes qu'elles ne peuvent être méconnues , même des observateurs les plus super- ficiels ; mais d'autres fois il n'eu est pas de même , soit parce qu'elles tendent réellement à s'effacer, soit parce qu'elles sont en quekjue sorte masquées par des modifications organiques qui frappent l'attention et qui en imposent aux classificateurs, sans avoir cependant une grande valeur zoologiquc. De là naissent quelquefois des difficultés très considérables dans les recherches de ce genre, et des divergences d'opinion qui nuisent à la stabilité de nos méthodes. Or, ces difficultés me semblent tenir en partie à la manière dont les zoologistes procèdent d'ordinaire dans l'étude de ces questions. Ils n'établissent guère leurs classifications que d'après la consi- dération des animaux dont le développement est achevé, et négli- gent presque toujours l'examen des états transitoires par lesquels ces êtres passent avant d'arriver à leur forme ]ii;'rmanente; tandis (jue, dans mon opinion, ce sont ces espèces de métamorphoses ([ui révèlent de la manière la plus certaine les véritables aflhiités naturelles (1). Des observations que j'ai eu l'iionneur de communiquer à l'Aca- démie en 1829, et qui se trouvent développées dans un Mémoire publié ([uelques années après (2) , m'ont fait voir que les change- ments de forme subis par les Crustacés dans le jeune âge tendent loujoiu's à imprimer à l'animal un caractère de plus en plus spé- cial , et il l'éloigner davantagi.' du type commun du groupe natin'el dont il l'ait partie, .l'ai constaté , par exemple, que parmi les Iso- ( 1 ) Depuis la coniniunicalion de cet écrit à l'Académie des Sciences , j'ai appris avec satisfaction que M. Flourens était arrivé de son côté à des opinions analo- gues aux miennes, et qu'il les avait exposées dans un de ses cours au Muséum. (2) 'N'oyez Olisermlions sur les ihumjements de forme 'iiie les divers Crusliieès éprouveiil ; lues à l'Académie des Sciences , le 27 mai 1 833 [Annules des Seienees naturelles, première série , t XXX , p. 360 , et même recueil , seconde série, . III, p. 321). DIÎS A.MMALX. G7 podcs, les particularités propres à l'espùcc ne se montrent que lorsque l'animal a déjà reçu ses caractères génériques , et qu'à une période moins avancée de son développement il offre déjà le mode d'organisation propre à sa famille , sans porter encore le cachet distinctif du genre auquel il appartient. J'ai établi aussi que les métamorphoses du jeune âge ne sont que la suite et le complément des modifications qui s'opèrent toujours dans la constitution de l'embryon , et qui , tantôt s'achèvent presque entièrement avant la naissance, tantôt au contraire sont loin d'é'trc arrivés ii leur terme dans certaines parties de l'écoiioniie , lorsque dans d'autres parties le développement est déjà assez a\ ancé pour que le petit animal puisse quitter les membranes de l'œuf et vivre dans le monde exté- rieur. Ces résultats s'accordent parfaitement avec les principes que le célèbre Bacr venait de poser dans un ouvrage (1) dont je n'ai eu connaissance que plus tard ; principes qui à cette époque ne reposaient guère que sur l'embryologie des animaux supé- rieurs, mais qui ont accjuis depuis lors des bases plus larges. ElTcctivement des faits nombreux sont venus de toutes parts con- lirmer la justesse de ces vues; et en jetant les yeux sur l'ensemble du règne animal , il est facile de se convaincre que ce qui est vrai pour les Crustacés et pour les Mammifères l'est aussi pour les autres classes. Les recherches de MM. Thompson et Burmeister sur les Cirripèdes, les observations de M. JN'ordmann sur les Ler- nées, celles de M. Sars et de plusieurs autres savants sur les Mol- lusques, les Acalèphes et les Polypes, laissent apercevoir une tendance analogue chez tous les animaux inférieurs; et pour s'as- surer (|u"il en est encore de même chez tous les Vertébrés, il suffit d'étudier, au point de vue de la zoologie, les beaux travaux ana- tomiques dont l'embryologie s'est enrichie depuis vingt ans, les écrits de MM. Tiedemann, Serres, Rathke, Vogt et BischolT, par exemple. D'après l'ensemble des faits que la science possède aujourd'hui, il est bien démontré que l'organisation de chacjue animal éprouve, soit dans son ensemble, soit dans certaines de ses parties, une (I) i'bi-r Eiiiii:ickcluiiijs(jL-schiiliU' dcr Thicru ; in- 4. Koninsber^', 1828-37. 08 MIIXE-EDWABDS. — SM'. I, \ CLASSIFICATION NATUlUil.LIJ série de modilicatioiis doni les unes upparlieiiiient exclusivement à l'espèce, et dont les aulres sont analogues à celles qui se mani- festent chez un nombre plus ou moins considérable d'animaux dilïércnts. 11 paraîtrait aussi que ces dernières, en ce qu'elles ont d'essentiel, sont communes à des ètresd'autant plus variés qu'elles occupent elles-mêmes, chronologiciuement, un rang plus reculé dans la série des phénomènes génésiques. Enlin il me sera, je crois, facile de prouver que la tendance générale de la nature esl de faire correspondre l'étendue de ces ressemblances primoi'diales des êtres en voie de formation , avec les divers degrés de parenté ou d'affinité zoologiquc que les espèces animales parvenues au terme de leur développement conservent entre elles. Les modi- fications qui se manifestent successivement dans la constitu- tion du jeune animal ou du germe dont il sortira sont celles qui déterminent successivement son existence connne membre de son embranchement, de sa classe, de sa famille. Je suis loin de croire qu'il y ait jamais identité entre les germes (1) ou les em- bryons d'animaux d'espèces différentes; mais il y a similitude, et cette similitude est d'autant plus grande qu'on remonte plus haut vers l'origine de ces êtres. Toutes les espèces qui dérivent d'un même type général se montrent d'abord avec la même constitution apparente ; les particularités essentielles du type secondaire se prononcent ensuite, puis celles dont l'importance zoologiquc est moindre, et ainsi de suite jusqu'à ce que chaque partie de l'orga- nisme ait acquis sa forme spécifique. On voit donc que, jiuisque les ressemblances entre les divers anijiiaux constituent une portion de moins en moins considérable dans l'ensemble des propriétés de ces êtres , à mesure r[ue ceux-ci s'approchent de l'âge adulte, on facilitera singulièrement l'étude des affinités naturelles, si, au lieu de s'en tenir à l'examen des espèces dont le développement est achevé, on prend en considé- (I) Des dilTorcnces se manifestant sous l'inHuencc de circonstances analogues , chez, des êtres qui jusqu'alors paraissaient identiques, supposent l'existence de ditîérences correspondantes dans Vi'inl (inlrrieiir de l'organisation. (Voyez à ce sujet les Considérations sur la philosophie de lanatomie, insérées par M. Chevreul dansleyoïiniu/ c/e» 5ai!ii)i(s, année ISiO. p. ji7, etc.) DES AMMAl'X. 69 ration leur histoire embryog<^ni(|uo ; r'cst do la sorte, je n'en doute pas-, que l'on parviendra de la manière la plus sûre à appré- cier la valeur relative des dilTérences qui se remarquent dans la structure des animaux , et à démêler les véritables caractères essentiels de chaque type organique. Pour les petites distinctions de genre à genre ou de famille à famille , il n'est pas toujours nécessaire d'avoir recours aux faits do cet ordre ; mais pour cir- conscrire d'une manière juste les limites des groupes d'un rang élevé , et pour rccoimaitre les relations des divers types entre eux , il me paraît indispensable de tenir compte des formes primor- diales, quelque transitoires qu'elles puissent être. C'est dans la constitution de l'embryon (ju'il faut chercher les caractères essen- tiels des grandes divisions zoologiquos, comme c'est dans la constitution de l'animal, parvenu au dernier terme de son déve- loppement spécifK|ue, c'est-à-dire presque toujours dans le mâle adulte (1), que l'on rencontre les caractères les plus tranchés de l'espèce. Une des premières quesl ions qui se présentent lorsqu'on cher- che à perfectionner les méthodes naturelles à l'aide des études cmbnologiques, est celle de la série animale, question qui a vive- ment préoccupé les zoologistes , et qui a été jugée de la manière la plus contradictoire par des hommes dont les opinions font au- torité dans la science. Pendant longtemps elle était restée tout entière dans le domaine des conjectures vagues ; mais elle a pour ainsi dire pris corps depuis que les anatomistes ont constaté la similitude qui existe entre les formes permanentes des organismes inférieui's et les états transitoires des organismes supérieurs en voie de formation, l iie certaine concordance entre la constitu- tion des animaux d'une structure plus ou moins simple et les états embryonnaires des animaux plus élevés avait été entrevue, mais mal interprétée par quelc|ues anciens naturalistes ; Ocken y a (I) Les animaux parasites font on frrncTal exception h cette réple : chez eux, c'est ordinairement la femelle (\\n présente de la manière la plus marquée les parti- cularités caractérislirpies de l'espèce ou même du genre; mais alors ces particu- larités consistent prcs(iue toujours dans le dé\ eloppement excessif et anormal de certaines parties. 70 InIL^'E-EDw,^Rns. — srn la CL\ssiFif;\TfO\ nvtirei.le ramené l'attention, et les travaux cle5I.Tiedcmann,de MAI. Geof- froy Saint-Hilairc , de ?.I. .Serres et de quelques autres savants, en ont déniontré Fimportance. La théorie des arrêts de dévelop- pement a été pour ces derniers observateurs un instrument puis- sant dans l'investigation des questions les plus ardues de l'anato- mic; et M. Serres a parfaitement peint l'aspeet nouveau que la question a pris entre leurs mains lorsqu'il a dit : « L'organogénie )> humaine est une anatomie comparée transitoire, comme, à son )) tour, l'anatomie comparée est l'état fixe et permanent de l'or- » ganogénie humaine (l).» S'il était vrai , comme la plupart des embryologistes semblent le penser, que, chez les animaux les plus parfaits, l'économie passe successivement par une série de formes correspondantes à tous les grands types que nous offre l'organisation définitive des animaux inférieurs; si ces derniers étaient en ((uelque sorte des einbri/uiis pcrinaiiPiils des premiers, il faudrait admettre, pour les types au moins, une série progr(^ssive et linéaire s'étendant depuis la Monade jusqu'à l'honniie; l'éiliclle des èlres imaginée par Leibnitz et Bonnet serait pour ainsi dire réalisée en ce qui con- cerne les types principaux, sinon pour les espèces considérées in- dividuellement, et les efforts des classificateurs devraient tendre à assigner à chaque groupe son véritable rang dans cette longue file zoologique. Mais, comme l'a très jiicn établi Baer, les choses ne se passent pas ainsi dans la nature, et, soit (|ne l'on compare cnlre elles d'une manière rigoureuse les diverses espèces i)arvenues à leur forme définitive , soit (|uc l'on considère les phases de leur déve- loppement , on rencontre à chaque pas des obstacles iiisurmon- tal)les qui s'opposent à la distribution sériale dont il vient d'être question. Est-ce à dire qu'à l'exemiile de Cuvier (2), il faut rejeter toute idée d'une classification naturelle correspondant aux divers degrés de perfectionnement des êtres animés? Non certes; mais (\\ Précis d'iinalomk transcemlnnlf , I. I, p. 90. Paris, 1842. (2) Voyez //is(. nat. des poissons, t. I, p. 568, etc.; et Leçons sur l'hislniiv nniii- relie des sciences, rédigées par M. Magdeleinedc Sainl-Agy, t. 111, p. 56. DF.S AMMVi:\. 71 spuliMiinit qu'il 1110 parait impossible de représenter à l'aide d'uni'. ligne les affinités zoologiques. Je suis très porti'^ à croire, que tous les animaux , ou , ce qui revient au même, les germes dont ils doivent naître, affectent dans le principe une l'orme analogue, celle d'une cellule peut-être; mais il me paraît évident que ce n'est pas en suivant la même voie' qu'ils passent de ceti'lal primordial à leur état définitif; ils avan- cent de front pendant un temps d'autant plus long qu'ils ont entre eux des affinités plus intimes; mais tôt ou tard ils s'écartent entre eux , et s'engagent alors dans des routes différentes , qui tantôt s'élèvent prescjue parallèlement entre elles, tantôt divergent plus ou inoins , et qui d'autres fois peuvent aussi faire retour sur elles-mêmes. C'est ainsi que l'embryoïi d'un mammifère, par exemple , ne présente jamais les caractères essentiels du type des Radiaires, des Mollusques ou des Insectes; il peut, dans l'o- rigine, être comparé à l'embryon de l'un ou l'autre de ces groupes avant que celui-ci ait reçu k- cachet de sa classe, ou même peul-être à l'é'tal permanent de queUiues zoophytcs inférieurs, tels que les Amibes; mais dès qu'il fait un pas de plus, il se con- stitue comme animal vertébré, et affecte des formes cjui ne se ren- contrent pas ailleurs dans le règne animal. Il s'avance alors dans une route qui me paraît être essentiellement distincte de celle où s'engagent les embryons appartenant aiLX autres embranchements zoologiqucs, et les modifications qu'il subit tendent à l'éloigner de plus en plus de ces derniers, qui cependant s'élèvent aussi de leur côté , et passent comme lui de l'état d'animaux inférieurs k celui d'animaux plus parfaits. Or, ce cjui a lieu pour l'ensemble du règne animal a lieu aussi , ([uoiqu'à un moindre degré, pour chaque embranchement , et ensuite pour chaque classe dont cet embranchement se compose. Ainsi les animaux vertébrés comparés entre eux présentent dans la- seconde période de leur développe- ment des phénomènes analogues à ceux que je viens de rappeler comme caractérisant le premier état de l'embryon de tout être animé, c'est-à-dire que pendant un certain temps encore ils se ressemblent entre eux, fjuelle que soit leur destination définitive, qu'ils appartiennent à la classe des IMammifères ou à celle des 72 mL\'E-EDn'ARns. — sra r.v ci. \ssiFic\Tro\ wtirei.i.e Reptiles, par oxomplo. Mais binntôt \n\r organisation subit des changements qui diU'èrent suivant les animaux , et , à raison des particularités qui se manifestent ainsi dans l'ensemble de leurs caractères , ils se partagent en deux ou en plusieurs groupes dis- tincts. Dès lors l'embryon d'un poisson ou d'un batracien ne peut plus être confondu avec celui d'un oiseau ou d'un mammifère, et par les progrès ultérieurs du développement, la différence entre ces êtres deviendra de plus en plus profonde. Puis, ce que nous venons de voir dans l'ensemble de l'embranchement des verté- brés, considéré au début d(? la carrière embryogénique, se répète dans chaque groupe secondaire , et plus tard ces groupes se divi- sent et se subdivisent à leur tour à mesure que la diversité orga- nique se prononce davantage. 11 en résulte que les métamorphoses de l'organisation embryon- naire considérées dans l'ensemble du règne animal ne constituent pas une seule série linéaire de phénomènes zoogéniques , mais une multitude de ces séries qui paraissent s'embrancher les unes sur les autres à des hauteurs dilférentes, ou plutôt qui sont réunies en faisceau à leur base , et qui se séparent en faisceaux secon- daires , ternaires , quaternaires , à mesure qu'en s'élevant pour approcher du terme de la vie embryonnaire , ils s'écartent entre eux et prennent des caractères distincts. L'application de ces principes d'embryologie ii la classification des animaux serait facile ; mais, pour arriver au but c|ue je me suis proposé dans cet écrit , il est nécessaire d'entrer dans quelques détails plus circonstanciés touchant le mode de développement de ces êtres ; car, à moins de bien poser ses prémisses, il est im- possible de discuter avec clarté, et, dans les questions de ce genre surtout, il est nécessaire de définir les termes employés, car les anatomistes varient entre eux quant à la valeur qu'ils y atti-i- buent. Les changements successifs qui s'opèrent dans l'organisation de chaque animal dépendent do plusieurs séries de phénomènes, qui peuvent être rangées en trois catégories principales. Ainsi il est essentiel do distinguer les procédés génési([aos à l'aide desquels les tissus se l'orniont dos phi''iiomèii(.s (ju'nlh'o l'i'rnniimio lorsque DES AMMALX. 73 ces matériaux nrganiques sont mis en œuvre pour constituer des instruments iiIiysiolof;ic|ues, et ceux-ci à leur tour ne doivent pas être confondus avec les modifications résultant de leurs combinai- sons diverses, et destinées à produire l'état final de l'être consi- déré comme unité zooiogique. Il y a donc parmi les phénomènes embryogéniques des séries que l'on ])ouri'ait nommer histogéiii- (jiies, oryanof/éiiiqitps et zoogcniques. Les séries liistogéniqucs se subdivisent suivant la nature du tissu à la formation duquel elles tendent, comme les séries organogéniques se distinguent d'après la nature de l'appareil auquel elles se rapportent ; enlin les séries zoogéniques dilïèrent à leur tour suivant les espèces dont elles détei-minent la constitution. Or, les divers termes dont se com- pose chacune de ces séries partielles paraissent être, pour chaque classe de phénomènes, d'autant plus semblables entre eux que le travail génésique est moins avancé. Ainsi deux séries de phéno- mènes histogéniques de même nom observées chez deux animaux différents ou deux séries de phénomènes dn cet ordre ayant des noms différents, étudiées chez le mémo indi\ idu, oll'riront d'abord un certain nombre de termes correspondants ; mais, à une période plus ou moins avancée, ces termes cesseront d'être analogues, et, en général , ces différences se prononceront de plus en plus à mesure que le produit approche de son état final. 11 en résulte que les différences qui existent entre des tissus adultes dont les pro- priétés paraissent semblables dans le principe peuvent dépendre d'une déviation dans la marche ascensionnelle des séries des phé- nomènes histogéniques; mais elles peuvent tenir aussi à un arrêt (le développement qui frappe l'un sans affecter l'autre, et qui rend permanent pour le premier un des termes de la série au-delà duiiuel l'autre continue à s'avancer; et il en résulte que, si l'arrêt se déclare à une époque où les séries étaient parallèles et les termes correspondants , il y aura analogie entre l'état permanent du tissu cjue l'on peut appeler inférieur et l'une des formes tran- sitoires par lesquelles aura passé le tissu supérieur avant c[uc d'avoir achevé son développement. Dans divers cas particuliers, ce même arrêt de dévelopiiement peut se déclarer à des époques \arié'cs du (ravail liistiioi>iii(|ue. et , ])ar ronsi'f[uent, on cunrnit la 74 lMIL!\'E-EDWARnS. — SIR LA CI.ASSIFIC\TION NATmEI.LE possibilité d'une suite de tissus permanents dont les formes cor- respondent aux états en quelque sorte emijryonnaires d'un tissu plus parfait, et il en r('sulterait ce que l'on pourrait appeler une série naturelle de tissus animaux. Mais cette suite naturelle ne comprendrait pas tous les tissus , et il devrait y avoir autant de ces files histogéniques qu'il y a de séries distinctes dans les i)lié- nomènes olferts jmr le travail constitutif de ces produits de l'or- ganisme , " et la direction de ces files pourrait être plus ou moins divergente ou même en sens inverse , car les progrès du dévelop- pement n'amènent pas toujours le perfectionnement du produit, et celui-ci peut de la sorte descendre au lieu de s'élever. Ce que je viens de dire relativement à la formation des tissus me paraît également applical.ile aux diverses séries de ph('nomènes organogéniciues; mais ici nous n'avons à nous occuper que de la comparaison des séries de mémos noms chez des êtres différents. Les premiers termes de ces séries se correspondent chez un cer- tain nombre d'animaux, mais ces termes deviennent dissemblables h, des hauteurs déterminées suivant les types ; au lieu de s'élever comme un faisceau , elles s'écartent alors entre elles et forment des faisceaux secondaires, qui à leur tour se diviseront et se subdi- viseront de plus en plus , à mesure qu'ils s'éloignent de leur point de départ commun. Enfin la même tendance se laisse encore apercevoir dans les séries formées par les phénomènes zoogéni([ues , ou , imi d'autres mots, dans les états par lesquels l'ensemble de l'économie animale passe avant d'acqui-rir sa forme ]iermanente, séries com])lexes qui résultent de l'assemblage des deux ordres de phénomènes plus simples dont il \ ient d'être question , mais qui revêtent des formes typiques variées longtemps avant que la plupart de ces derniers aient cessé d'être uniformes chez tous les animaux. Elïectivcment, les premiers termes d'un certain nombre de séries zoogéniques se correspondent toujours , tandis que les termes suivants deviennent d'autant plus dissemblables que les animaux chez lesquels on les observe ont entre eux moins d'affinité naturelle. Mais les diffé- rences qui. dans le principe, se nianil'cslent entre les embryons, ne portent pas également sur toutes les séries histologiques ou DES AMMALA. 75 organogéniques ; elles se de'claicnt dans une cm dans un jiotil nombre de ces séries, qui deviennent dès iers dominalriccs dans l'éconoinie et impriment au jeinio (Mre un cachet particulier ; les autres séries de mêmes noms peuvent continuer pendant un certain temps à être composées de termes correspondants chez des espèces dont la marche zoogéniquc s'est déjà écartée de la sorte, et cela j)araît même avoir lieu toutes les fuis que la divergence n'est pas devenue très considérable entre les directions suivant lesc|uelles s'opère le développement des organes dominateurs. Ainsi deux ou plusieurs animaux appartenant à des séries zoogé'ni(]ues dis- tinctes peuvent, quant aux parties de l'organisation dont l'impor- tance est secondaire , subir des métamorphoses analogues, et oITrir à diverses périodes de leur existence embryonnaire certaines formes correspondantes, malgré les dilfi''rences essentielles dont ils portent déjà l'empreinte. Si maintenant nous appliquons à ces séries zoogéniques la théorie des arrêts de développement, nous verrons quelle pourra être la concordance entre les formes permanentes de certains animaux, et les états transitoires de l'embryon chez d'autres espèces dont la carrière métamorphique est ])lus longue. Je ne connais aucune espèce qui à l'état adulte ne possède pas en propre certains caractères organiques, et qui présente avec l'embryon de quekjue autre animal une identité parfaite. La marche génésique de cliaque espèce doit donc s'écarter plus ou moins de' celle des espèces voisines; mais cette divergence pourra ne se prononcer ([ue dans la dernièi'e période de la vie embryon- naire, et ne déterminer que des diiïérences légères, de l'ordre de celles qui servent à la distinction des espèces ou des genres , par exemple ; et alors l'animal, frappé d'un arrêt de développement, pouira représenter, quant aux caractères dominateurs de son organisation , l'un des états transitoires communs à tous les em- bryons, dont la formation s'est effectuée de la même manière, jusqu'au moment oii la divergence s'est déclarée. Ces espèces à court développement jalonneront alors la l'oute suivie par celles qui les ont laissées en chemin, et constitueront des séries naturelles, correspondantes aux séries zoogéniques dont il a été question il 70 niLXE-EDWARDS. S[ R I. V CI, VSSri'ICAI ION WTl RRI.r.E y n quplc[Lics inslanis. Do mémo que celles-ri , elles représentent en quelque sorte un arbre qui, en sortant du sol, se sépare en plusieurs troncs, dont chaque tronc se divise ensuite en branches principales secondaires, et se termine par des ramuscules innom- brables ; mais de même que les feuilles dont un pareil arbre se couvrirait , les espèces animales ainsi produites ne pourront ja- mais, sans violation flagrante de leurs rapports naturels, être rangées en une seule ligne. Les animaux dont la carrière embryog(''nique est de longueur inégale constituent donc, sous le rapport de leur mode d'orga- nisation, une multitude de séries séparé'es entre elles par des caractères d'autant plus imjiortants que les dillérences dans leur marche zoogéni(iue sont plus anciennes et plus considérables. Dans ces séries, de même que dans l'embryon aux diverses périodes de son déveloi)pement, l'organisation tend en général à se perfec- tionner à mesure qu'elles s'élèvent, de telle sorte que les espèces les moins parfaites occupent les rangs les plus inférieurs ; mais ce perfeclionnement, qui a toujours pour résultat une division crois- sante du travail fonclionnel , ne se fait pas toujours de la même manière, et ce n'est pas en revêtant des formes semblables cjue des animaux engagés dans des routes zoogéniqucs essentielle- ment différentes s'élèvent. Ce qui , à mes yeux , caractérise la supé'i-iorilé dans une série (|uelcon([ue , c'est rciiijim'iilc jjIiis pro- fimih' du cachet propre à celle même série , cl raihiplulinn plus complète du plan orijan'Kjue ainsi constitué îi la dirision du tru- l'ail phipsiolo(]iijue. Ainsi , pour moi , les Railiaires les plus élevés dans leurs séries ne sont pas les espèces dont la forme se rapproche plus ou moins de celle des animaux binaires ; au contraire, ce sont les espèces qui, en réunissant dans leur économie le plus grand nombre d'instruments physiologiques divers, présentent au plus haut degré le caractère dominateur de leur série, c'est-à-dire la disposition radiée. Or, ce genre de supériorité s' ofitienl en gi'néral ]iar les progrès du (li'\cliippement, et par cons(''(|uent ce sont les espèces inférieures (|ui d'ordinaire représentent approximativement les formes embryomiaires les plus jeunes: mais il n'en i>st pas loujoiu's ainsi. Par les progrès du DliS AMM.VL'N. 77 clévelui)pi'iiiciil , riiry,anisatioii se drgi-;i(lr soinenl, cl !a iiiarcliu zoogéniquc leprésuiite alors une courbe dont le maximum ne correspond comme d'ordinaire à la foi-me permanente de l'orga- nisation, mais à l'une de ses formes transitoires ou embryon- naires. Pour les espèces appartenant à ces séries récurrentes , un arrêt de développement devrait donc amener un résultat contraire à celui qui est produit par la même cause dans les séries ordi- naires; les espèces les plus dégradées, et, par conséquent les plus inférieures, sont celles dont le développement s'est poursuivi le plus loin. Ainsi les larves ou embrv ons de Leniées sont des Crusta- cés plus élevés que ne le sont ces mêmes animaux à l'âge adulte ; et si leur dé\ eloppement s'arrêtait à cette période , ces singuliers animaux occuperaient un rang correspondant à peu près à celui des Cyclopes ; tandis qu'en achevant leurs métamorphoses, ils descendent au-dessous de tous les Crustacés ordinaires. C'est aussi un i)hénomène de cet ordre qui me semble déterminer les anomalies qui se remarquent chez les Spongiaires, et qui les éloignent des Polypes d'une part et de certains Infusoires de l'autre. Lorsqu'on cherche à démêler les affinités natui-elles qui p('u\enl exister entre divers animaux, cl que Ton appli(jue à cette étude les considérations tirées de l'embryogénie, il faut donc distinguer avec soin les formes zoologiques qui peuvent être assimilées à celles que produirait un arrêt de développement chez d'autres animaux de la même série, et celles qui résultent d'un dérelop- pemenl ircurrenl. C'est par la théorie des arrêts de développe- ment que l'on peut s'expliquer la forme du Lampyre fonelle, si dillérent de celle du mâle, et les caractères si remarfiuables des Sirènes, des AxoIdIIs ri dv:^ Protées; mais c'est par la tln'uiir des développements récurrents seuls que l'on comprendra commciit rOrnithorynque ac(iuiert son bec de canard et l'Orang son museau saillant. Si, au lieu d'interroger l'embryologie , on cherche à résoudre la question de l'échelle zoologiquc à l'aide de l'anatomie comparée (les animaux adultes ou même par la seule investigation des ca- ractères extérieurs de ces êtres, un arri\ e aussi au même résultat. 78 M1L1\E-ED\VAU1»S. — SLIl 1, \ Cl, \SSincAllO.N .NATtKIilJ.li ElTectivemcnt , on est encore conduit h reconnaître de la sorte l'existence , non d'une série unique, mais d'une multitude de sé- ries partii^lles, et cela non seulement dans le règne animal consi- déré dans soii enscmble,-inais aussi dans chaque embranchement, dans chaque classe, et souvent même dans les groupes dont l'im- portance est moindre, les familles et les genres, par exemple, i.es rapports que ces séries zoologiques ont entre elles sont aussi en- tièrement semblables aux rapports que j'ai signalés il y a quelques instants en parlant des séries de phénomènes zoogéni(iues ; et , si je ne me trompe , il y a même identité entre les résultats tournis par ces deux ordres de considérations. Les séries naturelles en zoologie ne sont autre chose à mes yeux que l'ensemble des êtres dont la direction génésique a été essentiellement la môme, mais dont le développement s'arrête à des périodes dillérentes , et les affinités naturelles sont déterminées par une marche plus ou moins longue dans une roule génési([ue commuuc. Mais, pour admettre celte conclusion , il faut étudier avec soin les caractères de V affinité zooloyiqiw , et ne pas confondre cetti\ sorte de parenté avec des ressemblances d'un autre ordre, ([ni se remarquent souvent chez des animaux dont le type essentiel est extrêmement différent , et qui constituent seulement des analogies plus ou moins importantes. 11 faut aussi distinguer entre elles les affinités directes de celles que l'on peut appeler des affinités colla- térales. Effectivement, lorsque la direction générale de la série de phé- nomènes zoogéniciues vii-nt îi changer, il y a tendance à la pro- duction de deux ou de plusieurs si'ries naturelles, dont la. distinc- tion est déterminée par les différences dominatrices ainsi inti'o- duites dans l'organisation; mais après c[uc ces dilférences se sont déjà manifestées, la marche des phénomènes histog(''niques pourra, comme je l'ai déjà dit, continuer ,"i être la même dans ces diverses séries, et une concordance semblable pourra persister d'une ma- nière plus ou moins complète entre certaines séries de phénomènes organogéniqucs de môme nom , ([ui, remplissant en quelque sorte un rôle secondaire dans la constilution de l'être, ne déterminent jias des caractères typiques essentiels. 11 en résultera que deux ou Di:s \MM\i\. 79 plusieurs do ces séries zoogéuitiues, quoi(|ue dislinrles, pourninl continuer à marcher presque parailèlement entre elles, cl oHVir des termes correspoudanls (juanl aux modificalions secondaires de l'organisme. Eiilin ce parallélisme el cette concordance de ternies semblables devra, suivant toute j)rol)al)ililé, èlre d'autant plus marquée que les dilTérences zoogéniciues auront exei'ci' une influence moins grande sur l'ensemble de l'être. Or, si l'on ap- plique h CCS considérations la théorie des arrêts de développement, on comprendra comment, dans diverses séries zoologiques, il peut y avoir des termes correspondants, ou , en d'autres mots, com- ment chacune des modifications secondaires de l'organisation qui s'observent dans une série naturelle pourra se répéter dans d'autres séries, et comment, par conséquent, les divers membres d'un groupe zoologi(jue auront des représentants plus ou moins com- plets dans les groupes voisins. Cette tendance de la nature à varier par des modifications cor- respondantes les types secondaires dans divers groupes dérivés de types essentiels plus ou moins dilîérents, avait été depuis long- temps entrevue par les classificateurs ; mais elle a été pour la pre- mière fois mise en évidence dans les écrits de Macleay (1), où se trouve déjà nettement inditiuée la théorie des représentants zoolo- giqiies, théorie qui a été ensuite développée par M. Swainsou (2), et qui me semble être appelée à rendre de véritables services ii la zoologie, bien que l'on en ait beaucoup aixisé, et qu'on la trouve d'ordinaire mêlée à des idées bizarres relatives à dii prétendues lois numéri(|ues (\u(\ la science ne peut adopter. Lorsque quelques unes de ces ressemblances organogéniques ou histogéniques secondaires, ou d'un rang plus inférieur encore, se montrent chez des animaux dont le plan général est d'ailleurs essentiellement dilTércnt, il en résulte de simples analogies qui ne sont indicatives d'aucune affinité réelle ; mais il en est autrement quand elles nous sont offertes par des espèces construites à peu (1) Horœ cnlomnluijivœ or Es^injann Aimiilosc (iniwnlK. London, 1819-1 H 21. (2) yi Trctilisc on the ijrnijruphij tiiul c/ds.si/irafm» of {iniiiiiils (^Ciihîjwl cijdu- pœdia), in-IS. Loiidon, ISio. l'url. 3 ; On Uie liisl priiiciples of nalural classifi- caUon. 80 MILXE-ED\V,VnD»». — Slli I, A CI.ASSII'IC VTION NATIRELLE près sur le nièiiic iiiodèk', quoique apparlenant à des séries dis- tinctes : elles sont alors rindice d'un parallélisme important à noter, et elles caractérisent ce que j'appelle Wifjinité collatérale, pour la distinguer des liaisons plus intimes, qui semblent tenir à des arrêts de développement agissant successivement sur une jnèmc série zoogcnique, de façon à déterminer la production d'une suite naturelle d'animaux où les espèces à court période em- bryonnaire représentent , quant aux caractères dominateurs, les états transitoires de l'organisation chez les espèces dont le déve- loppement se poursuit plus loin , liaisons que l'on peut désigner sous le nom dH affinités directes. Quelques exemples rendront ma jiensée plus facile à saisir. Les Sirènes, les Prêtées, les Axolotls, les Tritons et les Gre- nouilles constituent , à mes yeux , une série naturelle linéaire oii les affinités directes me semblent évidentes. Les affinités qui exis- tent entre les Marsupiaux, d'une part, les Rongeurs et les Insec- tivores, de l'autre, sont, au contraire, des alîmités collatérales; car ces mammifères appartiennent à deux séries naturelles parfai- tement distinctes. Ce sont aussi des allinités collatérales, mais à un degré plus éloigné, qui existent entre les Crustacés, les Arach- nides et les Insectes suceurs. Enfin il faut ranger dans la catégo- rie des analogies éloignées , qui ne décèlent aucune espèce de parenté zoologique , les ressemblances qui se remarquent dans la couleur des appendices tégumentaires chez les oiseaux de nuit et les Lépidoptères nocturnes, par exemple. L'inilucncc toujours croissante des caractères dominateurs, ou typiques, de l'organisation dans chaiiue série ou dans chaque groupe naturel, agissant en sens inverse de cette tendance au parallélisme dans la marche des phénomènes géuésiques secon- daires, nous explique pourquoi les ressemblances entre des êtres dérivés de deux types essentiellement distincts ne sont fortement prononcés que chez des espèces inférieures de l'une et l'autre série. Enfin ce serait peut-être aussi en appliquant ces considé- rations à l'étude des séries rccurrentcs que l'on arriverait à com- prendre comment certaines espèces d'un groupe naturel peuvent, en perdant quelques uns des caractères les plus saillants du type i>r;s wni u \. 81 coniiniiM , sr rap|ir(i('hi'r ili's loniics (li]iiiiiirilric(_'.s ilaiis d'autres groupes, et établir de la siirlc des liens accessoires entre deux ou plusieurs séries zo(>liigi([ues qui n'ont cependant entre elles au- cune parenté , les mollusques et les vers, par exemple. Mais ce serait prématuré d'entrer ici dans la discussion de ces (jueslions, et si je les signale, c'est seulement pour montrer comment j'en- visage les rapports qui existent entre les divers animaux, et pour expliquer comment j'ai été conduit à chercher à représenter ces rapports, non par une hgne droite, mais par une multitude de lignes dont les directions varient. Un groupe naturel considéré d'une manière générale peut, cenie semble, être défini en disant que c'est la réunion de tous les dérivés d'un même type : ainsi un embranchement zoologi(|ue comprend tous les dérivés d'un même type primaire, et chaque grande division de cet emj^ranchement se compose de tous les dérivés de l 'un des types secondaires résultant des modifications fondamentales impri- mées à ce type essentiel. Le type ])articulier à ime classe subis- sant à son tour des modifications d'un ordre inférieur donnera naissance à des types propres à des groupes nouveaux dont la réunion constitue cette classe; et, de même que la classe com- prend tous les dérivés de son type général, chacune de ces sub- divisions renferme tous les dérivés de ces types d'un rang infé- rieur. 11 y a donc des types de premier, de second, de troisième, de quatrième ordre, etc., et les groupes correspondant à chacun de ces types se composent de. tous les types d'un rang inférieur ([ui en dérive. Chaque groupe naturel , quel qu'en soit le rang , peut se com- poser d'un nombre plus on moins considérable de séries naturelles, qui y formeront autant di' groupes d'un ordre plus inférieur, et ces groupes secondaires pourront, à raison de leurs affinités res- pectives et de leur perfection relative, s'y placer parallèlement sur le même rang ou .s'y élever à des hauteurs inégales. Ils pourront aussi avoir entre eux des affinités collatérales très variées, suivant les combinaisons diverses dans la divergence ou le parallélisme de telle ou telle série de phénomènes organogéniques .secondaires, combinaisons par sLiite desquelles le type A pourra avoir de l'af- y- série. ZooL. T. I (Février I8li). 6 82 iHII>\E-EDWARDS. — SLU LX CLASSlliCAïlO.N NAlLUliLl.Ji fiHité avec le type B à raison de la similitude de ses caractères secondaires Z , se lier au type C par les pi'opriétés Y, au type D par des analogies de la série X , et ainsi de suite. Pour indiquer d'une manière figurée les rapports qui existent entre les divers groupes zoologiques, il faudrait, pour être exact, pouvoir distribuer ceux-ci dans l'espace et les lier entre eux par des lignes dont la direction serait susceptible de varier à l'infini. Ce ne serait pas une surface seulement , mais une figure à, trois dimensions, qui résulterait de l'ensemble de ces groupes. Cepen- dant, à l'aide des moyens graphiques ordinaires, on peut s'appro- cher beaucoup du but })roposé , et on y parvient, ce me semble, en distribuant les divers groupes zoologiques sur un plan à peu près comme le seraient des îles dans un vaste archipel , où , les distances entre les terres variant beaucoup, on distinguerait des archipels secondaires formés à leur tour par des groupes différents. C'est ce que j'ai essayé de faire dans un tableau dont je me suis servi dans mes cours publics depuis l'année I8/1I, et dont une portion se trouve jointe à cette note. J'y reviendrai dans quel- ques instants ; mais , avant d'entrer dans ces détails , je crois nécessaire de m' arrêter sur un point (jue j'ai souvent mentionné dans cet écrit, mais que je n'ai pu jusqu'ici discuter suffisam- ment : c'est la concordance qui existe, suivant moi, entre la marche des phénomènes génésiques et les divisions naturelles du règne animal. S'il est vrai que les caractères les plus essentiels de chaque type zoologique apparaissent dans l'embryon avant les caractères secondaires d'après lesquels les dérivés do ce type se subdivisent en groupes d'un ordre inférieur, il faudra que, chez les animaux appartenant à des embranchements distincts , il y ait des diffé- rences fondamentales dès la première période de la vie embryon- naire, Baer a , depuis longtemps , parlé de particularités géné- siques de cet ordre , mais elles ont jusqu'ici peu fixé l'attention des naturalistes; et quelques auteurs plus récents, qui à juste titre font autorité dans la science , en nient implicitement l'exis- tence, puisqu'ils admettent que des animaux appartenant à des embranchements distincts, peuvent représenter divers termes DUS AMMAUX. 83 d'uiiu seule et même série de formes embryonnaires; qu'un mol- lus(|ue , par exemple , correspond à l'embryon de l'homme et des autres vertébrés , dont le développement se serait arrêté de bonne heure (1). Pour juger de la valeur des applications ([ucje voudrais voir faire de l'embryologie à l'étude des aflinités zoologiqucs, Il faut donc avant toutes choses chercher de quel côté est la vérité , et examiner si , comme je l'ai déjà avancé plusieurs fois dans cet écrit, les ditférences zoologiqucs les plus fondamentales, c'est-à- dire les traits distinctil'^ des grands embranchements du règne animal , S(î prononcent elfectiv ement au début de la vie embryon- naire. Or , pour résoudre cette question , il suflit de comparer le mode de développement d'un animal vertébré quelconque avec les premières formes embryonnaires d'un animal annelé, d'un mol- lusque ou d'un zoophyte. En ciTct, le premier phénomène organogénique qui se montre dans l'ojuf d'un animal vertébré est la formation de la gouttière médiane, ou ligne primitive qui divise la portion centrale du blas- toderme en deux moitiés symétriques, et (jui, dans sa simplicité originelle, correspond déjà à l'appareil rachidien si compliqué des animaux adultes, appareil qui se compose de l'axe nerveux céré- bro-spinal ainsi que de la colonne vertébrale et des annexes, et qui n'existe que dans l'embranchement des vertébrés, où son rôle est évidemment dominateur ; rien de semblable à cette ligne primitive n'a été observédans l'oeuf des Crustacés, des Insectes, des Arach- nides, des Mollusques ni des Polypes, tandis que chez les Mammi- fères, les Oiseaux, les Reptiles, les Batraciens et les Poissons, elle no manque jamais. Ainsi le premier caractère rjui se prononce chez l'embryon des vertébrés est précisément celui qui domine dans l'organisation de tous ces êtres, et qui fait qu'aucun d'entre eux ne puisse désormais être assimilé avec raison ni à un niolkisqne ni à aucun autre animal des classes inférieures. D'autres particu- (l) Voyez Recherchex sur l'oiuilomie compara' des unimaux invertébrés I Annales lies Sciences natiirelles , deuxk'tni; série , 1834, t. II, p. 238), et Hecherclics sur l'cmalumie des Mnllnsfiiies comparée à l'ovologic ctù l'embri/ogénte de V Homme el des Vertébrés, \tir M. Serres (yjii». des Se. nat., deuxième série, 1837, t. VIII, |i. 16>j). 84 MILXE-EDWARDS. - SI II l-\ CLASSIFICATION \ \Timiil.Lli larités zoogéniques viennent bientôt s'ajouter à ce caractère fon- damental, et séparent encore davantage le type vertébré des types propres aux autres embranchements du règne animal. Mais comme ces caractères secondaires paraissent avoir moins d'importance dans l'organisation, il est possible ([u'ils soient inoins constants. Tels sont les rapports cjui .s'établissent entre l'embryon etlevitel- lus. Chez les vertébrés, ce dépôt de matières organisables est tou- jours placé du côté ventral du jeune animal, et se trouve en con- nexion avec la portion abdominale de son corps ; tandis que chez les animaux non vertébrés il n'est jamais placé de la sorte : en général, sinon toujours, il se trouve du côté dorsal de l'embryon, et lorsque sa position i)araît changer à cet égard, ses connexions n'en sont pas moins dilTi'rentes de celles que nous venons de ra])- peler, car il est alors en rapport avec la tête, et non avec l'abdo- men de l'être en voie de formation. Les premiers phénomènes (|ui accompagnent le développe- ment de l'embryon paraissent être également caractéristiques dans l'embranchement des animaux annelés. Là , le blastoderme n'a offert aux observateurs aucune trace du sillon vertébral , et les premiers linéaments de l'embryon se dessinent transversale- ment aussi bien que longitudiiialcinent, de façon à indiquer déjà c[uel sera le plan général de l'organisation. Ce qui me semble caractériser essentiellement le tyjie des Annelés, c'est la disposition symétrique des parties de chaque côté du plan médian dévelojipé suivant une droite, la division transversale du corps en zoonites, ou systèmes anatomiques homologues , et l'existence de centres nerveux ganglionnaires seulement. Ce dernier caractère se ren- contre également chez les Malacozoaires et les Zoophytes, et les deux premiers sont plus ou moins apparents dans la conformation des vertébrés. Mais la combinaison organique que je viens d'indi- quer ne me paraît appartenir qu'aux Crustacés, aux Myriapodes, aux Lisectes et aux autres animaux construits d'après le plan gé- néral qui est commun à ces trois classes. Or, c'est précisément l'indice de ce mode d'organisation qui se montre lors(|uc l'em- bryon commence à se constituer, et , par consé(iuent, dans l'em- branchement des Annelés, de même que dans la grande division DES AMMAIIX. 85 des Vertébrés, ce sont les caractères typiques essentiels qui, dans le principe, se montrent dégagés de tous caractères secondaires , et qui, dans la constitution ultérieure de l'individu, se présente- ront toujours au premiei' rang comme y étant appelés par droit d'aînesse aussi bien que par l'importance du rôle zoologique dont ils sont chargés. Nos coiniaissances relatives à l'embryologie des Malacozoaires sont extrêmement bornées ; mais , d'après le peu que nous en savons, on voit que dans cet embranchement les premiers phéno- mènes organogéniques diU'èrent en même temps de ce qui existe chez les vertébrés et chez les animaux annelés. Ainsi que je l'ai déjà rappelé, on n'a aperçu chez l'embryon des Mollusques au- cune trace de la ligne ou gouttière primitive, circonstance qui coïncide avec l'absence du système nerveux rachidien et des en- veloppes de cet axe médullaire dans ce grand embranchement. 11 n'y a également aucun indice de ces divisions transversales et de cette répétition longitudinale de parties homologues qui se rç- marquent chez l'embryon des animaux annelés ; et les diverses parties de l'organisation , au lieu de se constituer symétric[ae- ment de chaque côté d'un plan médian droit , paraissent tendre ù se grouper d'une manière incomplètement symétrique par rap- port à une ligne médiane courbe, de façon que le corps de l'ani- mal semble être pour ainsi dire tordu ou reployé sur lui-même. Ici les divers systèmes de l'économie paraissent aussi se dévelop- per d'une manière beaucoup plus indépendante les uns des autres que chez les vertélirés ou chez les annelés, et le travail génésique, au lieu de se prononcer d'abord dans le sens longitudinal, comme dans les deux embranchements précédents , s'étend circulaire- ment, de façon que le jeune être, en s'individualisant, n'affecte pas d'abord la forme d'une bande sarcodique, mais celle d'un disque ou d'un sac. Enfin, dans l'embryon des Zoophytes, il y a de même absence de tout vestige de gouttière primitive, et , de même que chez les Malacozoaires , le développement est circulaire ; mais le tissu sar- codicjue primitif, au lieu de s'étendre en une lame mince dont les bords se rapprochent peu h peu pour circonscrire des cavités et 80 MILNE-EDWABDS. — SUR LA CLASSIFICATION NATURELLE limiter ainsi le corps du nouvel individu, se constitue dès le prin- cipe en une masse arrondie, dans la profondeur de laquelle se creusent les cavités et se développent les organes spéciaux. Ceux- ci n'apparaissent que très tard, et , en se multipliant , se rangent circulairement autour d'un point ou d'un axe , de façon que le corps , d'abord plus ou moins binaire , prend bientôt une forme sphéroïdalc ou radiairc. Ainsi, dans chaque embranchement, le jeune animal présente, dès les premières périodes de son existence embryonnaire , un mode de conformation spécial , et ce cachet particulier est à mes yeux le caractère zoologique essentiel du type aucfuel il appartient. Nos classifications doivent être l'expression des divers degrés do la sorte de parenté qui se montre ainsi dans la constitution pri- mordiale des êtres, et le groupe des vertébrés, par exemple , doit comprendre, selon moi , tous les animaux dont l'embryon offre , dans le principe , un sillon rachidien et les autres caractères dont cette disposition est toujours accompagnée , que ces animaux ac- quièrent ou n'acquièrent pas des vertèbres, ou même un axe nerveux cérébro-spinal. Chez les uns , le type peut se compléter, et son empreinte peut devenir plus profonde , tandis que, chez les autres, il peut rester faible et confus ; mais chez tous il doit exis- ter une afihiité zoologique fondamentale dont il est indispensable de tenir compte. Nos connaissances embryologiques sont trop incomplètes pour que, dans l'état actuel de la science, il soit possible d'asseoir sur cette base la distribution méthodique des types secondaires ou tertiaires , résultant des grandes modifications imprimées par la nature à tous les types principaux dont il vient d'être question. Pour les Annelés , les Malacozoaires et les Zoophytes , nous devons nous en tenir pour le moment à ces résultats généraux ; mais nous pouvons aller au-del>'i en ce qui concerne les Verté- brés; et en appliquant à la classification de ces animaux les prin- cipes dont il vient cfêtre question , nous obtiendrons de nouvelles preuves de la concordance qui existe entre la chronologie des phé- nomènes génésiques et la hiérarchie des affinités zoologiques. Dans les premiers temps de son existence , l'embryon , avons- DES AMMAUX. 87 nous dit, présente les mêmes caractères chez tous les vertébrés; mais bientôt cette identité apparente cesse, et des ditTérences im])()rtantes se manifestent suivant les animaux dont ces embryons proviennent. Tantôt la totalité du feuillet externe du blastoderme entre connne ('h'Miiont constituant dans la formation de l'embryon , et celui-ci demeure à nu dans la tunic|uc vitelline; d'autres fois, au contraire, ce même feuillet du blastoderme acquiert un développe- ment beaucoup plus consid(''rable; sa portion centrale seulement entre dans la constitution de l'embryon , et sa portion périphérique est employée à la formation de tuniques qui s'interposent entre le corps du jeune animal et son enveloppe vitelline ; le sac amnio- tique se produit de la sorte ; et par suite de cette espèce d'exu- bérance génési(|ue, il se développe aussi en dehors de l'embryon un autre organe dont le rôle est également transitoire dans l'éco- mie, l'allantoïde. Si les principes que j'ai énoncés sont vrais, des dilïérences de cette importance, se prononçant à une époque oîi l'embryon com- mence seulement à se former, doivent correspondre à des diffé- rences considérablesdans la constitution permanente des vertébrés, et doivent être indicateurs de l'existence de deux groupes natu- rels secondaires. Voyons s'il en est réellement ainsi. Les zoologistes ne sont pas d'accoz'd sur le nombre de types secondaires ou classiques qui existent dans l'embranchement des vertébrés. La plupart des auteurs, à l'exemple de Cuvier, divi- sent ce groupe en c[uatre classes : les Mammifères, les Oiseaux, les Reptiles et les Poissons; mais depuis longtemps M. de Blain- ville s'est élevé contre cette marche, et a proposé l'établissement d'une cinquième classe pour recevoir les Batraciens, dont l'orga- nisation dans le jeune âge s'éloigne tant de celle des Reptiles ordinaires. Je ne m'étais pas d'abord rangé à l'opinion de mon savant collègue ; mais d'après un examen ])lus approfondi de la question, je me suis convaincu de la justesse de ses vues, et j'ai reconnu que dans une classification destinée à représenter les affi- nit(''s naturelles des animaux, il fallait en elîet ne plus confondre dans une même classe des êtres si dissemblables. il exi.ste donc parmi les vertébrés cinq types principaux, dont 88 MIMSE-EDWARDS. — SLR LA C,L,\SSII-IC VTION \ ATlREl.l.E les dérivés constituent : la classe des Mammifères, la classe des Oiseaux , la classe de Reptiles (proprement dits), la classe des Batraciens ou Amphibiens, et la classe des Poissons. Mais ces types sont-ils également éloignés entre eux , ou bien peuvent-ils à raison de leurs affinités réciproques se rapprocher inégalement , de façon à constituer deux ou plusieurs groupes ? Pour résoudre cette ciuestion , il suffit de les comparer sommairement entre eux. En elïet, nous trouvons d'un côté les Poissons et les Batraciens, qui , dans le jeune âge , sinon pendant toute la durée de leur existence , sont conformés pour vivre dans l'eau, et itossèdent des branchies pour y respirer; tandis que de l'autre côté nous voyons les Mammifères, les Oiseaux et les Reptiles proprement dits, dont la respiration est toujours essentiellement aérienne , et s'effectue dès la naissance au moyen de poumons. Tous ces derniers ont entre eux des liens multipliés dépendant d'analogies de struc- ture qu'il serait trop long d'énumerer ici , mais s'éloignent con- sidérablement des Poissons. Les Batraciens, au contraire, sont tous conformés d'abord à la manière des Poissons , et plusieurs d'entre eux conservent toujours une partie des caractères les plus remarquables du type ichthyologi(|ue; enfin le passage de l'un à l'autre de ces groupes s'opère par des nuances si graduées, que les zoologistes sont incertains sur les limites qui les séparent, et qu'aujourd'hui encore il est diflicile de décider si le Lépidosiren, dont l'organisation a été étudiée avec beaucoup de soin, est réellement un Poisson ou un Amphibien. Les vertébrés dont la respiration est plus ou moins com))léte- ment branchiale d'une part , et les vertébrés à respiration essen- tiellement pulmonaire d'autre part, semblent donc former deux groupes dont le rang est intermédiaire aux divisions d'embranche- ment et de classes proposées jusqu'ici ; et si nous comparons maintenant ce résultat obtenu par les procédés ordinaires de la zoologie aux résultats déduits des investigations ovologiques , nous les verrons se prêter un mutuel appui. Effectivement les Poissons et les Amphibiens , qui après la nais- sance ont entre eux des liens si intimes , ont un mode de dévelop- pemeiil analognp pendant qu'ils pont encore dans l'inlt-rieur de I i mes AMMAl\. 89 l'œuf, et dilïèrent sous ce rapport de tous les autres vertébrés; car , dans le grou])e l'ornié par ces deux classes , remjjryou ne porte ni allaiitoïde ni aninios, tandis que, dans l'autre division du même embranchement, les Reptiles proprement dits, les Oiseaux et les Mammifères , l'embryon est à peine distinct , que déjà il est pourvu de ces deux organes appeiidiculaires. Ainsi les vertébrés allantoidieiiH tl'Lme part et les vertébrés anul- laiiloidiens de l'autre jiart constituent deux sous-embranchements, dont les caractères se prononcent innnédiatement après que ces êtres se sont constitués comme animaux vertébrés, et dont les types restent désormais distincts (1). Ces deux groupes sont par- faitement naturels, et il me semble essentiel de les indiquer dans nos méthodes. Les Poissons et les Amphibiens continuent pendant longtemps à s'élever dans la même route zoogénique, et ces derniers , comme chacun le sait , ont encore après la naissance, à l'état de Têtards , un mode d'organisation pres(|ue ideiitique à celle des Poissons; mais à une cei'taine période cette route se bifurque, et les parti- cularités classiques se montrent par les modifications dilTérentes imprimées aux organes de la sensibilité , de la locomotion , de la circulation, etc. Pour les vertébrés allantoïdiens , la marche génésicjue paral- lèle est de moins longue durée : aussi les dilférences sont-elles plus profondes entre les trois classes formées par ces animaux. Les premières modifications qui se montrent dans la direction des phénomènes embryologiques paraissent avoir rapport au rôle que les parties transitoires extérieures sont destinées à remplir ; chez les uns la membrane vitelline tend à disparaître, dès que le blastoderme a donné naissance à des tuniques nouvelles, tandis que chez les autres elle s'unit à une portion de ces tuniques (1 ) Il paraîtrait même que les différences entre ces deux groupes remonteraient il une époque encore plus reculée , car dans les œufs des Poissons et des Batra- ciens on a constaté l'existence de plusieurs taches geniiinatives, tandis que, cliez chez les Vertébrés allantoïdiens , la vésicule de Purkinge ne semble en renfermer c|u'une seule: mais les observations à cet égard ne sont pas assez multipliées pour que nous puissions en tirer aucime conclusion , ol d'ailleurs nous ignorons quelle pciilAlre la valeur d'un pnreil cararlère 90 MIL^'E-EDWARDS. SLR LA CLASSIFICATION NATURELLE propres pour constituer le chorion, dont la surface se couvre bientôt de nombreuses vt^gétations organiques, tandis que chez les premiers la superficie de l'œuf n'olfve rien d'analogue. Cette différence est en rapport avec le mode d'existence du jeune ani- mal , qui chez les uns se sufTit déjà à lui-même , et ne tire pas sa nourriture du dehors, tandis que chez les autres il a besoin d'en recevoir de sa mère , et d'absorber ces matières étrangères par l'intermédiaire des membranes dont il est enveloppé. L'existence ou l'absence de villosités à la surface de l'œuf au début du travail zoogénique est , comme on le voit , liée à l'un des points les plus importants de l'histoire de l'embryon , et correspond avec des états particuliers de l'appareil reproducteur. Effectivement, là où l'œuf se couvre de ces appendices absorbants , il existe un utérus ou une chambre d'incubation , et la tendance à des rapports intimes entre la mère et son petit, qui détermine ces particularités de structure , se continuant par la suite, semble entraîner la nécessité d'autres organes éducateurs. C'est de la sorte que l'existence de mamelles coïncide avec le caractère ovologique que nous venons de rappeler, et que, dès les premières périodes de la vie, les Mam- mifères s'éloignent des autres vertébrés allantoïdiens. Ces der- niers continuent pendant plus longtemps à se ressembler entre eux , et ils conservent en effet t.oujoui's une sorte de parenté plus intime que celle existant entre les Mannuifères et l'une ou l'autre classe des vertébrés allantoïdiens ovipares. En eli'et , les Oiseaux et les Reptiles ont entre eux des affinités très étroites, et ces ani- maux semblent être tous des dérivés d'un même type zoologique particulier, bien qu'il y ait aujourd'hui entre ces deux classes un hiatus considérable. Dans l'état actuel de nos connaissances relativement au déve- loppement des animaux, il serait difficile de préciser le moment où l'embryon d'un reptile commence h différer de celui d'un oiseau , et de dire en cfiioi cette différence consiste primitivement ; mais la divergence dans la direction des phénomènes généricpies ne tarde pas à déterminer des modifications si considérables dans la con- stitution de ces êtres en voie de formation, qu'il devient impos- sible de les confondre entre eux , et que, par conséquent, les prin- DES ANIMAUX. 91 cipes dont je viens de faire l'application à la distribution génf^rale des animaux doivent être également apiilicables à la classification intérieure du groupe naturel formé i)ar les vertébrés allantoïdiens ovipares, ' En ce qui concerne les Mammifères , la science est assez riche de faits embryologiques pour nous permettre d'avancer davan- tage dans cette voie, et de montrer la concordance qui existe entre les afïïnités zoologiques et le parallélisme des phénomènes géné- siques. Les observations importantes de M. 0\\ en sur le mode de dé- veloppement des Kanguroos et sur la constitution du cerveau chez les Monothrèmes aussi bien c|ii(' chez les Marsupiaux , c'est-à-dire chez tous les Didclphiens , nous fournissent des éléments précieux pour cette investigation. Cet habile anatomiste a fait voir, en effet, que dans l'œuf de ces animaux les connexions entre l'embryon et l'utérus ne s'établissent très probablement qu'à l'aide des villosités du chorion et des vaisseaux vitellins, sans que l'allantoïde inter- vienne directement dans la constitution de ces liens organiques , et sans qu'il y ait, par conséquent, production d'un véritable pla- centa; tandis que , chez tous les Mannnifères ordinaires, les con- nexions entre la mère et l'embryon, établies primitivement à l'aide du chorion et de la vésicule ombilicale seulement , ne tardent pas à se compléter par le développement des vaisseaux allantoïdiens et la production des appendices placentaires qui en est la consé- quence. Le caractère génésique primitif de la classe des Mammi- fères paraît donc revêtir des formes différentes par les progrès du développement embryonnaire, et ces dilférences coïncident avec d'autres modifications non moins importantes dans la constitution des organes permanents du jeune animal : car, chez les Mammi- fères ordinaires, le cerveau de l'embryon se complète par la for- mation de la grande commissure transversale connue sous le nom de corps calleux , et chez les Mammifères qui , suivant toute pro- babilité, sont dépourvus de placenta, cet organe ne se montre pas, et l'encéphale conserve, à l'état parfait, une forme pour ainsi dire embi-yoniiaire. Or, les Mammifères oixlinaire.s, d'une part, et les Mannnifères didelphiens, de l'autre, constituent deux groupes na- 92 iWILIVE-EDWABDS. — Si;i\ LA CLASSIFICATION NATURELLE tiirels que M. de Blain ville (1) avait depuis longtemps caractérisés zuologiquement, et que tous les auteurs s'accordent aujourd'hui à admettre. Ainsi , là encore les afTmités naturelles coïncident avec la marche des phénomènes génésiques, et semblent même en être une conséquence. Ce qui caract(!rise essentiellement la sous-classe des Mammi- fères ordinaires , c'est , avons-nous dit , l'existence d'appendices placentaires et la structure de l'encéphale ; mais ces organes do- minateurs n'alïectent pas toujours la même forme , et des dill'é- rences dans des parties dont l'importance zoologique est si consi- dérable doivent , suivant toute probabilité , entrahier à leur suite des modifications profondes dans les propriétés de ces êtres, et devenir, par conséquent , à leur tour, dominatrices pour les types variés qui dérivent de vc type ])rincipal. Effectivement, les rapports vasculaires qui s'établissent entre l'allantoïde et le chorion, rapports ([ue déterminent les caractères des appendices placentaires, peuvent être rangés en trois catégo- ries : tantôt la totalité de la surface interne du chorion est envahie par l'allantoïde, qui envoie d'espace en espace des rameaux vas- culaires dans la substance de la tunique externe de l'œuf, et y donne naissance à de simples villosités ou à des cotylédons dissémi- nés dans toute son étendue; tantôt l'allantoïde s'enroule seulement autour de l'embryon, et tapisse ainsi le chorion sans atteindre aux deux pôles de l'u'uf, d'où résulte un placenta continu et de forme zonaire; enfin, d'autres fois encore, l'allantoïde ne s'étend pas de la sorte, mais s'étale circulairement sur un point de la surface interne du chorion , et y donne naissance à un placenta discoïde. Or, à en juger par l'ensemble des faits connus, ces trois formes de l'organe placentaire me jjaraissent correspondre ;i trois types distincts parmi les Mammifères ordinaires, et devoir caractériser, par conséquent , trois groupes naturels (2). (1) Prodrome il' une iiouivUr distribution siistématique du ri'giie animal [Bul- letin de la Soeièléphilomalique, 1816, p. 115. — Principes d'analomie comparée, I. I, table 2. Paris, 1822). (2) Sir Everard Home a riéjii appelé l'attenlion des zoologistes sur les différences qui existent dans la conformation du placenta des divers Mammifères , et il a mis AMMVIV. '.I,") Le placenta dis^oïdu se rencontre chez lus Biniani's, les Oua- drumanes, les Chéiroptères, les Insectivores et les Rongeurs. Les aflhiités qui existent entre les Bimanes et les Quadrumanes, et même entre ces derniers et les ChiMroptères, sont tellement évi- dentes qu'elles sont reconnues par tous les zoologistes. Les liens qui existent également entre les Quadrumanes et les Chéiroptères, d'une part, et 1(}S Insectivures, de l'autre, n'ont pas échappé à l'attention de quelques auteurs; mais, en général, on a considéré ces derniers animaux comme ayant avec les Carnix ores une pa- renté beaucoup plus étroite et comme ne devant pas en être sé- parés ordéniquement. Enfin , dans la plupart des classifications , les Rongeurs se trouvent relégués très loin des Insectivores, et séparés des autres Mainmif'ères à placenta discoïde par les Car- nassiers, chez lesquels le placenta est zonaire. Au premier abord, on pourrait donc croire que la coïncidence présumée entre les ca- ractères génésiques et les affinités naturelles ne se rencontre pas; mais un examen plus attentif de la ([uestinn me semble conduire au résultat contraire, et donner une nouvelle confirmation de la justesse de la thèse fjue je soutiens. Effectivement, abstraction faite de toute considération embryologique, l'intercalation des Carnassiers dans la série formée par les Bimanes , les Quadru- manes, les Chéiroptères, les Lisectivores et les Rongeurs, me paraît rompre les affinités les plus intimes, et être, par consé- quent , contraire aux principes de la méthode naturelle ; c'est un point ([ue j'ai cherché à établir dans mon cours de zoologie à la Faculté des Sciences , en 1841 , que j'ai indiqué dans un ouvrage élémentaire publié plus l'écemment (1), et sur lequel je suis heu- reux de me trouver d'accord avec M. Waterhouse (2) , qui , sans r.hcrclié à classer ceux-ci d'après le nombre de lobes dont cet organo se compose ; mais ce caractère étant mal choisi a conduit à des rapprocliements qui sont lout- à-fail inadmissibles (Voyez Lectures on compnrata-e un'tlomii, vol. III , p. 161. London, 18-23.) On doit aussi à M. FInurons des vues particulières sur la division des Mamnii- fiires d'après la nature des communications va.sculaires e\islant entre lefd'Iuset l'utérus de sa mère. (Vojez Annules des Heiniees niilurellex, i' série, t. V, p. 07.) (I) Cours élementii ire (l'hislnire naturelle, Zoologie, seconde édition, p. 319. [i) Obserr. on tlie vhissif. of ilaniinnlia , loc. cit. i)4 iniL:%E-EDn'ARI»K. — SLU I-.V CLASSiriC.Vl'ION NATLUELI.li avoir connaissance de mes idées à ce sujet, est arrivé au même résultat. La première considération qui milite en faveur de cette opinion est tirée de la conformation de l'encéphale chez ces divers mam- mifères. Effectiveinent , le cerveau d'un Rongeur diffère à peine de celui d'un Insectivore, et cet organe, examiné dans ce dernier ordre et dans le groupe des Chéiroptères, olTre les mêmes carac- tères principaux ; il existe aussi une ressemblance extrême entre l'encéphale d'un Insectivore et celui de certains Quadrumanes ; enfin le passage entre la forme de ce grand centre nerveux, chez ces derniers et chez les Mammifères les plus élevés , s'opère de genre à genre par des nuances graduées. Le cerveau d'un Car- nivore , comparé à celui d'un Insectivore ou d'un Chéiroptère, olfre, au contraire, des dilTérences des plus considérables : chez l'un, les hémisphères présentent , dans leur partie antérieure et moyenne , un développement transversal considérable , et leur surface est sillonnée par des circonvolutions nombreuses ; tandis que , chez les premiers , de même que chez les Rongeurs , cette portion antérieure se rétrécit et se raccourcit de plus en plus , et que les circonvolutions s'effacent de façon à représenter à peu près la forme embryonnaire d'un cerveau humain vers le cinquième mois de la vie utérine. Sous le i-apport de la structure du système nerveux , les Ron- geurs, les Insectivores, les Chéiroptères, les Quadrumanes et l'Homme me semblent former une série continue dans laquelle un même plan se présente à divers degrés de développement. Des considérations tirées de l'ostéologie viennent également à l'appui du rapprochement que j'ai proposé : ainsi une clavicule étendue de l'épaule au sternum constitue une espèce d'arc-bou- tant chez les Bimanes, les Quadrumanes, les Chéiroptères, les Insectivores et la plupart des Rongeurs, tandis que cet os manque ou se trouve réduit à l'état d'un vestige inutile chez les Carni- vores, de même que chez les Pachydermes, les Solipèdes et les Ruminants. La disposition des surfaces articulaires de la mâchoire inférieure dont dépend la direction des mouvements masticatoires est aussi très différente chez les Carnivores, d'une part, et chez les UliS AMJIALX. 95 (^uadi'umanes, les Chéiroptùres, les Insectivores et les Rongeurs, d'autre part. On remarque également chez les Rongeurs, les Insec- tivores , les Chéiroptères et les Lémuriens des points de ressem- blance dans la structure des organes de la reproduction , ressem- blances qui ne se rencontrent pas chez les Carnivores , et des ana- logies physiologiques non moins saillantes existent chez les quatre groupes que j'ai cru devoir rapprocher. Enfin, lorsque, sans tenir compte de l'organisalion intérieure de tous ces mammifères ni de leur genre de vie , on a égard seulement à leurs caractères exté- rieurs, on ne peut méconnaître les liaisons intimes qui existent entre les divers termes de la série c|ue je viens d'indiquer. Ainsi le passage entre les Lémuriens et les Chauves-Souris s'établit de la manière la plus naturelle par les Galéopitlièques, qui lient égale- ment les Quadrumanes aux Insectivores , et de ces derniers à l'ordre des Rongeurs , la transition la plus naturelle s'établit par l'intermédiaire des Musaraignes, d'une part, et la famille des Rats, de l'autre. Ces dernières affinités ont été depuis longtenips signalées à l'attention des zoologistes par mon savant collègue et ami, M. Isidore Geo(rroy-Saint-Hilaire(l), et ont même conduit M. de Quatrefages k proposer de classer les Soreciens en tète du groupe des Rongeurs (2). Ainsi , en étudiant à l'état adulte les Quadrumanes , les Chéi- roptères, les Insectivores et les Rongeurs, soit par les procédés ordinaires de la zoologie , c'est-à-dire par la considération des caractères extérieurs, soit par des investigations anatomiques et physiologiques , on arrive , ce me semble , à recoimaître que ces divei's nuunmifères constituent un groupe naturel dans lequel les Carnassiers ne peuvent prendre place sans rompre des affinités évidentes. Fit , pour se convaincre davantage des obstacles qui s'opposent aune pareille intercalation , il suffit de voir la discor- dance qui existe entre les zoologistes les plus distingués relative- ment à la place que les Carnivores doivent occuper dans cette (1) Voyei! l'article Musaraicsk du Dictionnaire classique liliisloire naturelle, t. XI, p. 313. (Paris, 1827.) (2) Thèse sur les caractères zoohijiiiues des Itonçjeurs, pur M. .\. de Quatrefages. (In-l°; Paris, 1810.) !)() MIL\i:-KU\VAKDK. — SIU I. A CLASSll'lCVllO.N .NATLKI; r.Lli série, car un a eu recours altcniativeiiieiit à toutes les combinai- sons. Ainsi Cuvier (l) place les Insectivores et les Chéiroptères dans l'ordre des Carnassiers, immédiatement à la suite des Quadru- manes, et range les Carnivores entre les premiers et les Rongeurs. M. de Blainville (2) a placé une portion des Carnivores de Cuvier entre les Quadrumanes et les Insectivores , tandis que les Chéi- roptères se trouvent relégués plus bas , sans cependant toucher encore aux Rongeurs, l-'rédéric Cuvier (3). tout en conservant la place que son illustre frère avait assignée aux Insectivores et aux Chéiroptères, en forme un ordre particulier, que M. Uuvernoy(ù) a divisé ensuite en deux ordres distincts. M. Isidore Geoffroy- 8aint-Hilaire a maintenu le ra])prochement généralement admis entre les Chéiroptères et les Quadrumanes, mais a placé les Carni- vores entre les Chéiroptères et les Insectivores, à la suite desquels il range les Rongeurs (5). Enfin, le prince Musignano a réuni en série les Chéiroptères, les Insectivores et les Rongeurs, tout en les séparant des Quadrumanes par les Carnivores, les Eden- tés, etc. (G). C'est qu'elfcctivement ces rapprochements sont tous commandés par la nature des choses, à l'exception de ce qui tient à la place, si variable, assignée aux Carnivores de Cuvier, et que, pour mettre d'accord, quant aux points essentiels, les divers auteurs dont j'ai cité les opinions, il suflit de retirer ce groupe de la série formée par les dérivés des cinq types ordéniques sur les affinités desquels je viens de rappeler l'attention. (1) Rrgne animal , t. I. (2) Voyez lluUelin île la Soriélé philnmaiuinc , I 8 1 6 ; et Vrinripcs il'iiiuiluiiiic comparée, lab. 3. (3) Dictionnaire des sciences naturelles, art. Zdoloime, t. LIX(I829). (4) Tableaux des ordres, des familles et des genres de Mammifères adoptés par M. Duvernoy; rédigés sous ses yeux, par M. Lereboullet. Mèni. de la Soc. d'Iiist. nul. de Strasbourrj, t. II, partie 3 (1831). (3) Voyez Iieepsake d'histoire naturelle, par M. Cil. d'Orbigny, part. viii. Cette marclie a été également adoptée par M. de Blainville. (Voyez Classificalion des ^famm^fères ; Annales d'anatomie, t. III, p. 268 (I 839). ) (6) Synopsis verlebratorum sijstenmtis. Cette marche a été également suivie , à peu de chose près , par M. Gervais , dans l'article Zoologik de l'ouxrage intitulé : Un Million de fnils. (Paris, 1843.) l>i:S VMMU\. ù' Ainsi les R(-iiigiMirs , 1rs Insi.'ctivoi'os , les (llii'iroplrrcs , Ifs Quadrumanes et les Bimanes, forment parmi les Mammifères à parturition ordinaire un groupe naturel distinct ; mais pour carac- tériser cette division d'une manière nette, il ne suffit pas des tendances organiques (|ue l'on y remartiue chez les animaux adultes; il faut remonter vers l'origine de ces êtres, et alors on voit apparaître clairement les signes de cette sorte de parenté zoologique. En elfet, ce groupe correspond i)récis(''ment à l'une (les divisions rhez li.'S([uclles j'ai signali'. il y a quel(|ues instants, l'existence de particularités ovologiques très remarquables ; car tous les Mammifères ;i ])lacenta discoïde y ])rennent place, et jus- qu'ici on n'a rencontn'' aucun Rongeur, Insectivore, Chéiroptère ou (Juadrumane, chez lequel ce caractère , dont l'espèce humaine oin-e aussi un exemple , ait man([ué. Les Mammifères à placenta dilfus me semblent constituer égale- ment un groupe bien naturel ; en elfet , les animaux ciiez lesquels cette disposition des appendices vasculaires du chorion a été observée, appartiennent aux ordres des Ruminants, des Pachy- dermes , des Edentés et des Cétacés. Or les liaisons qui existent entre ces animaux sont bien connues des zoologistes, surtout depuis que M. de Blainville a appelé l'attention sur les rapports (jui exis- tent entre les Pachydermes et les Siréniens ou Cétacés herbivores. Enfin les Carnivores et les Amphibies se distinguent de tous les précédents par leur placenta zonaire ; mais des trois groupes ainsi caractérisés, la division des Mammifères à placenta discoïde me paraît être plus éloignée de celle-ci que ne l'est la division des Mammifères à placenta diffus, et le passage de l'une à l'autre me semble établi par le Daman, qui, dans la série des Mammifères à placenta zonaire , représente le type iU':i Pachydermes ordinaires dans la séi-ie des Manuiiifères à placenta dilfus, et le type des Rongeurs dans la série des Mammifères à placenta discoïde. 11 y aurait donc parmi les Mammifères à parturition ordinaire ti'ois types génésiqucs principaux , dont les dérivés constitueraient autant de groupes zoologiques intermédiaires entre les divisions primaires de la classe et les divisions ordéniques; et dans chacun (le CCS groupes les déi'ivés de ces types jirincipaus constitueraient :i'' sc'-rii' , Zooi.. T. I. (l''(''\Tit>r mil.j 7 I Tor. / .-.i.,.- o.H \ <' .t.i^// ^/V ^//.t//v/////^// //^/////^ //, ^/,., , ///////r///./ /,//,'//^.,_ OES AMMVLX. 99 les (li\(ns (l(^irrc''s (ralliiiiti'' ciiio les aiiiniaiix V('rli'l)ri''s ollVciit entre eux et ia place f[iii leur appartient, à raison di' la perfec- tion plus ou moins considérable de leur organisation. J.c défaut d'espace ne m"a pas permis de graduer suflisaniment les distances entre divers types , ni d'élever toujours ceux-ci proportionnelle- ment à leur rang zoologique ; mais ce tableau , tout incomplet qu'il est , sufTira , je crois , |)our donner une idée approximative des véritables rapports naturels de ces animaux, et sera plus fidèle (|uc ne pourrait l'être toute méthode linéaii'e. DESCRIPTION DE QUELQUES DENTS FOSSIUIS DE POISSONS rnnivKKs Aix E^Vlno^3 de staoit.li , dans la pnuviscE d'aliieb; Far M. VALXNCIENNXS. Non loin d'Alger et de Sidi-Ferruch , lieu devenu célèbre par le débarquement de l'armée française, à l'époque de la conquête de notre nouvelle colonie , on trouve Staoueli , endroit dont les Français conserveront aussi le souvenir , puisque c'est près de là qu'ils établirent leur premier camp , pour se rendre , par une route qu'ils protégèrent de leurs batteries , vers la capitale de la Régence, dont ils se rendirent bientôt maîtres. Tous les voya- geurs s'accordent à dire que la campagne environnante est aussi agréable que pittoresque ; elle ofïre aussi au naturaliste et au géo- logue plus d'un intérêt scientifique. M. Medùiii , lieutenant de vaisseau de la Jiiarine royale, en .se ])romrnant autour de Staoueli , di'couvrit dans le calcaire sur l('(|uel cette ville est assise des dents fossiles, qu'il rapporta en France. A son retour à Paris , il les remit à M. Lenormant , membre di? rinstilut. O savant , xoulant satisfaire au goût très vif que le jeiine fils de M. Ciuizot a pour la géologie, lui donna ces fossiles pour sa collection, déjà commencée avec autant d'ac- tiviti' (|ue de .sigacité. Ayant vir consiilti'' sur la nalui'e ûo ces fossiles, je reconnus 100 VALEXCIKWES. — SI P, Ql EI.Ql i;S DKMS lOSSIIKS bipiitôt leur inti'rrt scirnliliqtio , et jo demandai la [n'ijnission de les décrire. Le calcaire où ce? dents ont été trouvées a été observe et déterminé par les travaux géologiques de M. Rozet el de 'Vl. l'uilloii de Boblaye, dont la géologie regrette la perte récente et inattendue. (^e calcaire madr(;poi'i(|Ui> existe à la partie toul-;i-l'ait supé- rieure (les terrains tertiaires subapenniiis de la ('été d",\rri(|ii(^ ; c'est la Brèche blanche à co([uilles s|)atisées d'Oran. M. Boblaye l'avait ol)serV(''e sur plusieurs points des environs d'Alger, et ce savant géologue la plaçait au même étage (|ue la couche conte- nant les Poissons l'ossilesd'Oran. La plus grosse de ces dents est tranchante et comprimée comme une incisive humaine : elle aune couronne convexe en dehors; la partie supérieure de lu l'ace inleiiie est un ])eu Concave, et la base est convexe. Elle est haute do 0"',Oll, et large de 0"',012; la racine n'a que 0"',005 de hauteur. La couleur de l'émail de cette dent est jaunâtre, avec c|uel([ues taches noirâtres, ])lus foncées sur le tranchant de la couruinie. Llle est représentée l'I. 1 _/, (ig. 1. l ne seconde dent , semblable à une incisive , a la couronne également convexe en tlehois. plus concave sur toute la l'ace interne; elle est plus ]ieti1e , car elle n'a de hauteur ([ue ()"',009, et de largeur que 0"',0()7 ; la racine a 0"',()04; l'émail est aussi jaunâtre , mais avec de grandes marbrures noires. Elle est l'ppré- sentéePI. 1 J, fig. ± Une troisième dent , l'I. 1 .7, lig. l\, à couronne comi)riniée, n'a plus la forme n'gulière des deux précédentes, fi' un des bords est rectiligne, et l'ait avec le bord tranchant un angle di-oit ; l'autre bord suit une ligne brisée di> dehors et dedans , dont l'angle est vers la milieu de la hauteur de la couronne ; d'où il résulte ([ue la hauteur de la dent est de 0"',()0S, et (|ui' la largeur mesurée de la base est de 0"',0()9 ; que celle i)ris(> à l'angle ren- trant n'est plus que de 0"',O0G, et celle du bord supérieur, 0"',004. L'émail est presque entièrement noir. Je trouve maintenant deux très petites incisives qui ne doivent pas appartenir à la même espèce que les précédentes. I)K l'IlISSONS. 101 J.'unn d'cllrs, l'I. I ./, 11^. /|. a, une cnuroiino do iiifMiic loi-iiic que celle représentée fig. '2 : elle est convexe en dehors , et tout-H-f'ait concave en dedans ; la hauteur de la couronne est de ()"',003 , et la larg'eur de 0"',0()!2. f.a couleur est toute noire, l ne autre dent comprimée, PI. 1 ./, fig. 5, n'a plus le bord tranchant ; h milieu fait une petite saillie , de sorte que la cou- ronne est terminée par une sorte de petit chevron ; elle est d'ail- leurs de même hauteur et de même largeur que la |)récédente. J'observe ensuite des. dents coniques s(Miiblables aux canines de nos Daurades ; la plus grande , l'I. \ J . lig. (), est un peu cour- bée en dedans; sa hauteur est de ()"',0](), et la largeur du cône à la racine a 7 à 8 millimètres. Puis j'en ai une autre bi'aucou]) ])lus basse, PI. 1 ./, lig. 7, car la hauteur n'est c[uede 0"',00G, tandis ([ue la base a encore ()"',008 de diamètre. 1/émail de ces deux dents est noir , a\ ec un cercle jaune à la base. l ne autre de ces dent^ coniques devient encore plus surbaissée, PI. \ /, fig. S; elle conduit évidemment aux formes des dents molaires et arrondies. I.a base a 0"'.()00 de diamètre, tantlis que la hauteur n'a ((ue fl"',003. Toutes les autres dents ont la couronne arrondie, comme nos dents de sparoïdes ;i molaires en pavés ronds et grenus. L'une d'elles, PI. 1 ,/, lig. 9, a encore de la hauteur; elle est de 0"',0()8; la largeur est de ()'",010. Cette dent forme par sa couleur un bel onyx , (■onipos(^ de cercles alternativement noirs et jainies ; le centi-e de la couronne (Hait noir. Ine seconde à couronne ronde est beaucoup plus aplatie , PI. 1 ./, fig. 10 ; le plus grand diamètre est de 0"',0l/| ; la hau- teur n'est que de 3 à k millimètres. J>e dessus de la dent est d'un beau jaune, et la base de la couronne est entourée d'un cercle blanc. Je trouve une troisième molaire dont le cercle est un peu irré- gulier; son plus grand diamètre est de 0"',009; sa hauteur de 0"',()0/i. La couronne, d'iui jaune plus foncé, a deux cercles noirs; elle est représentée PI. I ./, lig. 11. Lnlin il y en a trois 102 ¥alexcii::\m;s. — slu oi iîi.oi i:s dknts fossii.ks autres beaucoup plu5 petite?, PI. 1 A, 11g. 12, 13, 14; leur dia- mètre varie de 3 à 4 millimètres ; elles sont un peu irrégulières. Il faut maintenant conclure de l'examen de ces dents , que nous avons sous les yeux les restes de plusieurs espèces de genres dif- férents de Sparoïdes a dents en pavés arrondis. En eiïct, les dents, fig. 1, 2, 3, h, 5, sont celles de poissons du genre Sargue. Il ne me paraît pas probable que les dents , fig. 1,2, soient de la même espèce ; il y a trop de dilTérencc de grandeur entre elles pour atlmettre que l'une, fig. 1 , serait une grande dent mitoyenne, et l'autre , fig. 2 , une dent latérale. Je trouverai encore une raison de cette dilTércnce spécifi([un dans la forme et les propor- tions de la dent , fig. 3 ; celle-ci est une dent latérale de l'es- pèce , qui avait pour dent incisive mitoyenne celle qui est repré- sentée fig. 2. La dent figurée n" 4 est aussi celle d'un Sargue très petit ; et je n'oserais dire si celle de la figure 5 est de la même espèce , ou si elle est difi'érentc. Ce dernier poisson n'était pas ])lus grand que nos Sargues ordinaires, vivant actuellement dans la Médi- terranée. Quant aux deux premières espèces, elles étaient beaucoup plus grandes. Ainsi , en compai'ant la largeur et la hauteur des dents de nos Sargues à leur longueur, et en établissanl par une proportion la longumir du corps des Sargues fossiles que je viens d'indiquer , on peut admettre que ces poissons avaient 1 mètre à 1 mètre 1/2 de longueur ; cette taille est beaucoup au-dessus de celle des Sargues actuellement vivants sur le globe , mais elle n'est pas supérieure à celle de plusieurs autres Sparoïdes. Les molaires, fig. n" 9, 10, 11, 12, 13 et l/j, appartiennent aussi à des Sargues , parce que les petites molaires des Daurades sont en général plus coniques, et que les grandes sont ellip- tiques. D'ailleurs si les dents de ces Sargues fossiles avaient entre elles les mêmes proportions que celles de nos Sargues \ivants, il y a lieu de présumer que l'on n'aurait pas encore trouvé les plus grandes molaires de ces poissons. Les fossiles représentés, n"" (5. 7 et S. sont analngues aux UI-; POISSONS. 103 dents coniques de nos Dauiadfs ((Iln'ysoplirys). 11 nie paraît probable qu'elles sont toutes trois de la même espèce de poisson, dont la longueur aurait pu être de 70 à 80 centimètres ; nous con- naissons plusieurs Daurades, même sur la cùte (FAlVitiuc, dans le golfe de Guinée , qui atteignent à cette taille. Toutes ces dents ayant été trouvées près d'Alger , j'ai eu l'idée de désigner les espèces perdues aujourd'hui , et auxquelles elles ont appartenu, par des noms tirés de ceux de la géogra|)liie an- cienne de cette province : aussi je propose de nommer ces poissons : " L'un Sarfjus Jomnitanii.i , fig. 1 : L'autre Saryiis Rusticctin'Uiiiu.s. fig. 2 et 3 ; Le troisième Sargus Silifensis , fig. 4 et probablement fig. 5 ? L'espèce de Daurade pourrait être appelée Chryxophnjs .trae- naritana. La même collection renferme aussi une dent de la famille des Squales , remarquable par sa bonne conservation ; elle a la forme d'un triangle isocèle à bord lisse, dont la base a 0"',()/il, les côtés 0"',055 , la hauteur 0"',0/i8 ; une des faces est très convexe, l'autre est tout-à-fait plane. Cette dent est d'une espèce qui appartient au genre Oxvr.iin v d'Agassiz, puisque les bords sont lisses et sans aucune dentelure; elle est très voisine de l'espèce figurée dans l'ouvrage des Poissons fossiles , vol. V , pi. 33, n° 7 , sous le nom (VOxyrhina Maiitcl- lii. Mais je trouve que les ondulations des bords ne sont pas assez semblables pour croire que ces deux dents aient appartenu à deux poissons de même espèce. Je propose alors pour ce nouveau Chondroptérygien le nom de Od-yrhina .A umida. Il est bien entendu que pour caractériser convenablement ces espèces , il faut attendre que de nouvelles recherches aient fait connaître une plus grande partie de leur squelette ; ce sont au- jourd'hui de simples renseignements que nous voulons donner aux naturalistes (iiii se rendront :i .'^taoueli. 104 URIBI. — OliSlCia \TIO.NS EXPLICATION DES FIGURES (Punche I J) Fi^. 1. (I, (leni du Siirfjiix .Inmiiildiiini , vue dn face. Fig. I . h, lu mônio, vue par le tranchant de la couronne. Fig. 2. a, dent incisive moyenne du Stiriius Itesiirrurilainis , vue de face. Fig 2. b, la môme , vue par le tranchant de la couronne. Fig. 3. Dent incisive latérale do la même espèce. Fig. 4. n, dent incisive moyenne du Saros oHnrts (li's ]iliysi(il()p;i>t('s miidpfiirs ont mi-- en (''vidciicc l'existence de jjarasife.s rirniit dans le saiip; (\p^ aiiiiiiaiix ; oi Jiotis avons mi'ini' prouvé loul féeeiiiineiit avec Al. f)elari)iit. devant l'Académie, l'existence d" Kniihi'e considiM-ahle de \ ers cir- culant dans le sang- des Mainiiiii'ères. On sait (|ue les Vers dont il s'agit sont tous du i/pinv Filairc ; il est donc du plus p,rand in- térêt pour la science de savoir si le sang des animaux contient ( I ) En insérant ici celte Note de M. tjruliy, je crois devoir dire que l'existence du Trvpanosonie comme espèce zoaloijhinf ne me seinble nullement prouvée ; je suis niéuie porté à croire que les corps décrits sous ce nom ne sont pas de véri- talilcs animaux , mais des produits de l'organisme, qui . pendant un certain temps après leur individualisation, conservent de la coniraclililé, comme cela arrive pour (le petits fragments de tissu garnis de cils viliratiles , par exemple. S'il en était ainsi, il faudrait probablement les comparer aux Spermatozoïdes piuiot qu'à des Helminthes. li. KLU i.ii lin l'wosuMii UL awii. 105 pliisirurs espèces d'Eiitozoaires, aussi bien que leurs intestins, et si on diiil attriJKicr leur existence dans le sang à un certain état |iliysiologique , ou bien à un état ])athiilngique quelconque. Pour arri\er à n''S()udre cette question, j'ai l'ait de nombreuses re- cherches sur le sang des animaux, cl j'id trouvé (/u'Il circule dans le sang des (jrenouilles une nouvelle espèce d'Hiematrizitaire , qui, à cause, de ses formes et de ses mouvements particuliers, mérite d'attirer l'attention des physiologistes. L'Haematozoaire dont je parle ici se trouve dans le sang des gre- nouilles vivantes et adultes , pendant les mois du printemps et de l'été. Son cor|)s allongé est a|)lati, transparent, et tourné comme une tarière (PI. 1 /i, fig. 1 , 2, etc.). Sa partie céphalique est terminée en filaments minces et allongi's ; sa partie caudale se termine également en filaments pointus. La longumu' de l'animal est égale , 'i0-8l) .,,. , , , 5-10 .„. a -rr^ç.-^ milhmetres: sa largeur a Tjnnr niilnm. ; la partie ce- lilialique filamenteuse , pointue , est douée de la plus grande mobilité. La longueur du filament (('phalique est égale à 111—12 — -"- niillim. ; son c(irj)H est allongé, rqilati et dentelé, comme une Innie de scie, sur toute la longueur de l'un de ses bords. Il est, comme je l'ai mentionné ci-dessus, lisse, et tourni' deux ou trois t'ois autour de son ax(^ . comme une tarière ou un tire- bouchon : c'est ])our(|ui)i je proposi' di' nommer cet Haîmato- zoaire : Trvi'axosomic (I). La lo'comotion du Trypanosome est très remarc(uable : d'abord on doit admirer la rapidité avec laquelle il remue chacune de ses parties, pour |iroduire le mouvement autour de son axe longitu- dinal , c'est-à-dire le mouvement de la tarière , et ensuite l'adresse qu'il met à éviter tous les obstacles qu'il rencontre dans sa niarrhe. On ]ieut compter ([iiatre mouvements autour de son axe par secrjude , et l/i,4()() circonvolutions par heure. Lors(iue cet animal est en repos, il se contracte de telle sorte qu'il foi-nie un cylindre com])acte et lisse, dont l'un des bouts est arrondi, et l'autre termini' en pinci'uu, (I). l'I. 1 //, fig. (i. Au (I) Tr;|]aiic)i) , Uiriurc, 10(3 UKt'Bl. — OUSi;ilVAllO>S SLR LIi iin l'ANOSOMK DL SANG. premier abord on croirait qu'il s'agit d'un animal d'une autre espèce , tant sa l'orme est changée ; mais en l'observant pendant qu'il se contracte , on voit qu'il se place de manière que le bord lisse de son corps forme la surface et le bout arrondi du cylindre ; tandis que les appendices se trouvent en partie enfermés et com- primés h l'intérieur du cylindre, et constituent, en outre, avec leurs pointes ofiilées, l'autre bout en forme de pinceau. Les Trypanosomes de sang ne sont pas aussi communs que les Filaires. Sur cent drenouilles on en rencontre chez deux ou trois; et dans chaque goutte do sang il se trouve deux ou trois de ces animalcules. On les rencontre quelquefois dans le sang des (ire- nouilles avec les Filaires ; mais ces derniers sont toujours i)lus nombreux, Les jeunes rirenouilles n'ont point de Trypanosomes dans le sang. On les voit plus souvent dans le sang des femelles que dans celui des niàles. Ces observations, jointes h celles de MM. Valentin (1) et filage (2) , mettent hors de doute l'existence de différentes espèces d'animalcules dans le sang des animaux à sang froid. Leur forme particulière et les mouvements dont ils sont pourvus prouvent que ce sont des aniiualcules de sang proprement dits, et non des animalcules d'un tissu quelconque entraînés par hasard dans la circulation; ce (|ui paraîl d'aulanl plus vraisemblable, (|u'on ne les rencontre januiis dans aucune substance solide de l'animal , de sorle qu'on peut les considérer connue des Enthelmintozoaires de sang. Les organes des drenouilles ainsi infestés, examinés attentivement, ne présenlenl aucune lésion pathologique. Ces animaux n'offrent même aucun symptôme d'une maladie quel- conque; et comme on rencontre ordinairement ces vers chez les adultes, il en résulte qu'on doit avec raison attribuer leur pré- sence à un état particulier, mais physiologique, de ces animaux adultes. (I) MulliTS, Archir., ann. I8il , p. 135. M. Valonlin a dccouvcrl dans lo smgd'un Salmo un Hamia'ozoairo particulier, qu'il dit appartenir au genre Amœba Ehrenbpi'ïïc [i] MulloiN, 'iiehic. I.S12 , p I 'tH. M. Gluuo a vu diins le cœur d'une gro- nouilli' un ; ni; 'aliiilc |)jr;ii:iili<'r avec fryi-i ap|)endices laléraux. UOODKIR. — Slll l.liS SIAKS DliS CIlUUPÎiDIÎS. 107 EXPLICATION DES FIGURES (Planche I li). Fif.'. I. Trfipnunsomii siinijuinin à trois lours (le spire. Fig. 2. Trj panosome à deux tours de spire. Fig. 3. Trypanosome à un lourde spire. Fig. .4. Trypanosome en forme d'iiydro. Fig. 3 et (). Trypanosnmo en forme de cylindre. Fig. 7. Trypanosome en forme d'anneau. >'OTE SLR LliS SEXES ET EUS OltliANES DE L,\ nEPRODLCTlO.N DES ClRUlrËDES; Far M. H.-S.-S. GOODSIR (I). On n'a pu s'assurer jusqu'à présent d'une manière positive si les sexes sont séparés cliez les Cirripèdes ou si les organes iiiàlos et femelles sont réunis chez un même individu, et les opinions relatives à ce sujet sont en même temps très nombreuses et con- tradictoires. Il n'y a pas deux auteurs qui s'accordent dans leur manière de voir à cet égard , et cette contradiction suflit pour remettre en doute toutes les hypothèses qu'on a avancées jusqu'à présent sur la nature des organes reproducteurs chez ces ani- maux. Jusque dans ces derniers temps, les C-irripèdes ont (Hé regardés comme des mollusques, et c'est là la cause de tant de confusion et d'incertitude. liunter, le premier auteur qui ait examiné ces animaux avec un peu de soin, expose ses opinions relativement aux organes de la génération de la manière suivante : « Les Balanes sont proba- blement tous des hermaphrodites de la première classe, c'est-à- dire de ceux qui se fécondent eux-mêmes, car je ne leur ai jamais trouvé deux espèces d'organes (jue j'aie pu cioirc êlre l'un mâle et l'autre femelle. » Puis il décrit ce qu'il sup|iose être la portion tubuleuse du testicule, les vaisseaux déférents et le pénis, mais (I) Oh thr sc'jrs, urijaiis oj rriiniiliiilii}!! mut ilcn'lopiiciiniii of Cirriiiiiiti [Edin- liiiijli lien: l'liilusnj>liieat Joiniiiil. avril I8l:i, p SS' 108 tiOODsiR. — siK u:.s si;\i;s sans l'aire iiiontiDii {l'im ovaire. La méprise do Hunier i-elativenieni à la véritable nature de ces organes paraît di'penclre de ce qu'il n'avait examiné que des individus non fécondés. Cuvier avance la même opinion relativement à riiermaphro- disme des Cirripèdes; mais il difTère de Hunter dans ses vues sur l'anatomie et la physiologie des organes générateurs. Les par- ties que Hunter suppose être les testicules sont regardées par Cu- vier comme des ovaires ; les conduits déférents du premier sont des oviductes pour celui-ci. et l'organe décrit par Tlunter sous le nom de pénis devient pour CuviiM' un oviscape. Ce deriiiei- zoologiste suppo.se cjue les o^ufs sont fi'-condés pendant leur trajet le long de l'oviscape , et il a conçu cette opinion en voyant l'organe c|u"il croyait être l'ovaire rempli de petits granules qui lui paraissaient èlre des œufs. • D'autres auteurs, parmi lesquels se trouvent sir pAcrard Home, pensent que les parties déjà mentionnées, et que Hunter et Cuvier ont [)ris pour les organes uniques de génération, sont .simplement les organes mâles; c|ue l'ovaire est situé dans le pédoncule, et que la fécondation a lieu au moyen de l'organe (|ue Ifunter ajipelle le pé'uis. Cette opinion relative à l'existence des ovaii'es dans le piVloncule de l'animal est inexacte. Cette méprise a été commise évidemment par le fait ([u'on a ])u trouver dans cette partie du corps des œufs après leur sortie des ovaires; mais ils y sont déposés par l'ovùscape, pour y séjourner ius(|u';i l'époque à laquelle ils seront assez mûrs pour être expulsés hors du corps de la mère. De plus, on n'a[)ercoit dans cette partie de l'animal aucune struc- ture glanduleuse fa\orable à l'hypothèsi' dont il vient d'être (|uestion. En examinant ces diverses opinions, nous trouvons que celle de (>uvier se rapproche le plus des faits en ce qui concerne les or- ganes femelles de génération. .Si l'on prend .sur les rochers, au mois d'avril . une Balane commune [Bdianiis halaiwides). et qu'on exa- mine l'animal renferuK'' dans son intc'-rieur, on y voit les oviductes (ou les organes que Hunter avait appelés des conduits déférents) rem|)lis d'un nombre immense de très petits granules jaunes : ce sont les œufs. Après un certain espace c'e temps , ces œufs par- ni;s f.iniui'kniis. 109 courPiil li.'s nviductes cl rciviscapc (un i»'')!!.-;, .siii\aiil Huiilri'), et (le la sorte parviennent dans l'intérieur de la cdciuilli' , ou plutôt dans la cavité qui existe entre le corps et le manteau de Faninial. Les œufs sont rangés en masses irrégulières, et dis- jiosi's connne jiar couches au fond de cette cavité, iju'ils leni- jîlissent quelquefois complètement. A cette saison, l'oviscape est constamment recourbé en bas et en dedans, le long du côté droit du corps (le l'animal. Ia's oaifs sont, connue nous avons déjà dit, d'une forme s]iliéri(iue |)endant qu'ils sont renfei'més dans les ovi- ducles ; mais à mesure (|u'ils eji écha|)pent, ou peu de temps a|)rès, ils deviennent ovoïdes, étant plus |i(iinlus à leur extrémité posté- rieure qu'il leur extrémité antérieure, (juand les leufs sont assez mûrs pour être expulsés du corps de la jnère (ce qui \)eui être au moment même ou peu de temps après que le jeune animal s'est fait jour k travers les parois de l'ovisac), ils sont entraînés suc- cessivement par des courants déterminés par la rétraction des cirrhes. On voit , d'après ce (|ue nous venons de dire , (|ue l'opinion de Cuvier touchant la nature des granules cju'il avait observés dans l'ovaire est exacte : ce sont en elfet des œufs. Ainsi l'organe ([ue Hnnter a piis pour le testicule est un ovaire véritable. l,a seule partie qui semblerait pouvoir remplir les fonctions d'un organe fécondateur est la portion tubuleuse en forme de trompe , dont la portion basilaire offrirait , selon plusieurs auteurs , une structure glanduleuse d'ajjrès laquelle on a cru qu'elle remplissait les fonc- tions du testicule. Cependant rien dans cet organe n'offre une structure glanduleuse ni aucune apparence de nature k appuyer cette (jpinion. On voit donc , d'après ces remarques, c[ue cet animal . qu'on a considéré jusqu'k présent connne hermaphrodite , n'olh'e que des organes générateurs essentiellement femelles , et que les organes mâles manquent compli'tement. \ous devons donc conclure, d'a- près ces considérations : 1° que les Cirripèdes ne sont pas herma- phrodites et que les sexes doivent être distincts, et 2° que le mâle doit exister comme individu séparé et distinct. M. .Î.-V. Thompson, dont l'opinion, relativement à l'histoire de no UOODSIR. — S( Il l.HS SF.XKS CCS aiiiinaiix , est du plus grand poids, dit , on |)ariaiit d'un |)r'lil animal ayant l'aspecl d'un crustaci', et qu'il a reconnu plus tard pour être la larve des Balanes : « Certaines circonstances m'ont fait croire que ce sont des larves de quelques crustacés , ou (puisqu'on a déjà établi que les Cirripèdes sont des crustacés) les mâles de ces derniers animaux, car je n'étais pas disposé à croire que chez ces êtres les deux sexes sont réunis dans un même individu. On )Knit remar([uer encore en t'a\cur de cette manière de voir que les mâles d'un grand nombre de crustacés sont d'une petitesse remarquable comparés aux femelles de la même espèce, et c(ue l'aspect du mâle est très dilférent de celui de la femelle, comme dans les Caliges et les Bopyres ; enfin que, chez certains autres , les mâles sont rares , et se montrent seulement à une cer- taine saison de l'année. » Le même auteur dit encore : « Devons- nous conclure , d'après toute l'histoire de ces animaux , qu'ils ont les sexes réunis ehez un même indicidu'/X ne telle assertion, en discordance avec ce que nous voyons chez tous les autres Crus- tacés, est bien propre à nous inspirer des doutes. » M'étant donc assuré C[ue les Cirripèdes n'étaient pas hermaphro- dites , et voyant en même tenijis qu'à raFï^on de l'organisalinn des jeunes ou des larves, ces animaux sont de véritables Crustacés , et de plus ayant de\ ant moi les opinions de M. Thompson , j'ai été conduit à supposer que les sexes doivent se trouver sur des indi- vidus distincts, et que le mâle existerait sous la forme d'un Crus- tacé Syphonostome inférieur analogue aux Lernées. Le mâle des Lernées se trouve toujours attaché près des oviductes externes, et, dans quelques cas, sur cette partie du corps dans laquelle l'ovaire se trouve, comme dans V.tnchorella imcinata. Cela étant ainsi , j'ai pensé que le mâle des Balanes se trouverait dans une situation analogue. Conformément à cette supposition , l'oviscape a été examiné avec soin chez un très grand nimibrr de Balanes et dans toutes les saisons de l'aimée, mais inutilement : rien ayant la forme d'un animal distinct n'a pu être découvert. Cependant, au commeiicenn'nl de mai I8/10, pendant que j'examinais quelques individus tlu Ihdaiws balanoides, dans l'es- pér^uice de voir mes suppositions conlirmi'es, j'ai trouvé un petit r)i:s ciMiiipiinKS. I I 1 corps f lianni non sur les oviscapi's , mais sur k' rorps de ranimai, ifiimédiatement au-dessus des ovaires. Ce corps adhérait avec assez de ténacité, et en le plaçant isolément dans un vase d'eau de mer , on voyait qu'il était vivant, et qu'extérieurement il res- semblait beaucoup à une Lernée. Par un examen plus approfondi , je me suis assuré (|U(> la partie antérieure du corps de ce petit être est grêle et crustacée, et composée de six articles. Les yeux , au nombre de deux , sont noirs , luisants et ])édonculés. Les antennes sont au nombre (te (|iiatrr , et (livrent presque toujours des mouvements contiiuiels. Par suite d'une disproportion appai-ente des deux portitiiis de son corps, cet animal est complètement impropre à la locomotion ; n)ais le segment antérieur ou testacé se balance coiitinuellenient d'avant en arrière et d'arrière en avant. Dans la conviction que j'ai que cet animal n'est rien autre que le mâle du Balane , je vais en donner une description détaillée. — f oyezPl 15 6', fig. 1. Tout l'animal est d'un jaune paille, le segment antérieur ou testacé étant d'un jaune un peu plus clair que les autres parties. Le corps, comme j'ai déjà dit, est comjiosé de deux portions, l'une antérieure et l'autre postérieure ; la ]n'eniière est grêle , tes- tacée , et à six articles ; la portion postérieure du corps, non arti- culée , est volumineuse, charnue ; lobulée et contractile; elle (jlfre également plusieurs prolongements charnus , qui en appa- rence correspondent à des pattes. Sur la ligne médiane , en arrière, l'ait saillie un appendice long et charnu semblable à une queue. La partie antérieure de cette portion du corps ollVe trois lobes , et fait saillie au-dessus et au-devant de la portion testacée, qu'elle cache complètement , quand l'animal se trouve dans sa position naturelle. Le premier segment de la portion testacée est le plus volumi- neux des six, et a une forme demi-circulaire. Il pente l'apijareil masticateur, deux paires d'antennes, les deux yeux, une paire d'organes fortement ck'ntè's en forme de peigne, et une paire de niejubres, allongés , aigus et semblables à des grill'es. Pig. 'l. Le.s yeux sont gros , luisants, noirs et jn-donculés , et autant 112 tooDsiB. — siii LES si:\i:s qu'on a pu s'en assurer, ils sont jusqu'à un certain ])nint mobiles. La preniière paire des antennes , celle qui est antérieure , est formée de chaqui> côté d'un seul article large et aplati semblable à une écaille , et dont l'extrémité est garnie de sept ou huit llla- ments longs et déliés, dont les deux premiers sont à deux articles. Les antennes externes sont formées de neuf articles , dont les deux ])remiers peuvent être considérés comme le pédoncule ; les sept derniers sont plus grêles et plus déliés , et ont tous à leur extrémité antérieure une épint; ; le neuvième est armé à son extrémité terminale do deux ou trois épines très longues et très déliées. lia bouche se lrou\e à la partie postérieure de ce segment ; elle paraît être organisée ]iour la succion ; mais à raison de la petitesse extrême de cette partie , sa forme n'a pas encore été complète- ment déterminée. Unp écaille très fortement d(''ci)upée en peigne s'élève de chaque côté de la base de la première paire des antennes, tout près de la ligne médiane , et couvre ces appendices ; leur bord postérieur est armé de sept ou huit dents allongées , aiguës et très fortes. Une autre paire de forts appendices sem- blables à des griffes prennent naissance également de la base des antennes antérieures et se dirigent en arrière. Les pattes sont au nombre de dix, cin([ de chaque côté. Chaque patte est formée de six articles, dont le dernier est armé d'une forte gritfe terminale. Celles des première , seconde et troisième paires sont un peu courtes, et leur dernier article est sphéri(]ue ; la quatrième paire est volumineuse et forte ; la cinquième est beau- coup plus grêle. Ces membres sont en ajiparence impropres à la locomotion, et sont en général rétractées et ])loyées sur la surface abdominale , à l'exception de la dernière paire , qui semble être toujours en mouvement. Les quatre segments moyens du corps ont leurs bords externes infléchis sous le corps, de façon à atteindre à une petite distance de la ligne mi'-diane ; leurs bords postérieurs sont fortement dentés en peigne, de la même manière qui' le sont les organes situés à la base de la première paire des antennes. Cette structure riKs r.i[ii!]i'i;nES. 113 est é\ ideminent destii>ée à permettre au mâle de se cramponner fortement à la femelle dans l'acte de la copulation. Les organes externes de la génération sont situés à la base de la dernière paire de pattes (fig. 6) ; ils sont articulés, et un canal délié, le conduit déférent, s'étend do la base de chacun de ces organes jusqu'à la surface dorsale de ce segment, pour gagner le testicule, qui est probablement situé vers la partie charnue du corps. La partie charnue du corps est formée de trois portions , sépa- rées les unes des autres par des étranglements semblables à des cols, (jui la divisent en trois sections égales entre elles. La pre- mière est à trois lobes, comme nous l'avons déjà dit; la seconde offre deux appendices semblables à des bras situés de chaque côté, et simulant pour ainsi dire des extrémités antérieures. Ces appendices se dirigent en arrière et s'amincissent graduellement pour se terminer ensuite en pointe. La troisième ou dernière section de cette ]>artie molle du corps offre des appendices ayant la même apparence que les prolongements dont nous venons de parler; et de plus un troisième appendice en forme de queue, naissant sur la ligne médiane , et placé par conséquent entre les deux autres appendices. En parcourant cette description, nous ne pouvons qu'être frap- pés de certains points de ressemblance entre ces animaux et les laives décrites par M. Thompson ; ce sont des caractères impor- tants, tels que des yeux pédoncules, etc. L'animal qui nous occupe se lie encore aux autres Crustacés par des affinités nombreuses ; il ressemble aux Lernées par son corps mou et charnu , et aux Crustacés supérieurs par ses yeux à pédoncule et par ses antennes. Il ne peut guère y avoir de doute, d'après les recherches de M. Thompson relatives aux métamorphoses des Cirripèdes, que ces animaux se rapprochent des Crustacés. Le seul point qui rend ces ra])ports douteux est le caractère tiré de l'hermaphrodisme supposé des Cirripèdes ; car une des grandes distinctions fonda- mentales entre les articulés supérieurs et les articulés inférieur.* est l'existence de sexes séparés chez les premiers, et l'hermaphio- dismc chez les derniers. Or, d'après cette considération, il semlilait V s(Tie. Ziioi.. T. I (Février 18H'- '* 11 /l (ilOODSin. — SIT. LES SRXKS impossible de réunir les Cirripèdes aux Crustacés, qui , vn effet , ont été, jusque dans ces derniers temps, considérés comme appar- tenant à deux classes séparées. Mais si nous regardons l'animal décrit plus haut comme le mâle du Balane, la seule objection valable qu'on puisse opposer à l'opinion que les Cirripèdes sont des Crustacés disparaît , et la question se trouve complètement résolue. On peut avancer plusieiu's objections conti'o l'opinion que cet animal est le mâle du Balane : ainsi on peut demander pour- quoi on ne l'a ])as ol)servé depuis longtemps. Mais la réponse à cette question est l'acile. Il est un fait constant dans l'histoire des (Crustacés, c'est que les mâles d'un grand nombre d'espèces ne sont visibles que dans certaines saisons, et qu'une seule féconda- lion sullit pendant plusieurs générations. Ces faits sont connus, et ont {'té' constatés précisément chez les espèces de Crustacés à côté des(|uolles il faut ranger les Cirripèdes. Ces l'aits sont par con- séquent propres à nous fortifier dans notre opinion relativement à la place que les Cirripèdes doivent occuper dans une classifi- cation naturelle du règne animal. Le mâle du Balane se montre, sans doute , ii certaines saisons seulement. Pendant la saison des amours, la partie postérieure du corps, qui paraît renfermer les organes de la génération, se gonfle, et, après que la fécondation a eu lieu, ces organes s'atrophient jusqu'à la saison suivante. En regardant donc cette supposition comme la vérité, on ne doit pas s'étonner que la partie antérieure du corps, si déliée, ait pu écha])per à l'observation , ayant été en- sevelie dans le corps de la femelle. C'est encore un fait curieux , el favorable à notre manière de voir, que, chez les Balanes dont les Q'ul'ssont arrivés jusqu'au manteau, le mâle ne se rencontre pas; on ne l'a trou\ é (pie chez ceux (jui n'ont pas été fécondés en appa- l'ence. Comme il y a un grand nombre de points de ressemblance entre cet animal et les crustacés, examinons actuellement quelques unes de ces analogies. Notre animal a, en général, beaucoup de rapports avec les Ler- ni'es; mais c'est |irincipalenient avec les Cernées apparlennnt aux ni;s cinnii'Kni-s. 115 tribus de» l'li'ga,( ll.l.l'.S. 1 1'.) Pectinidées, el non aux Margaritacées. M. Phillips s.'est aperçu, quand il a publié cette espèce, qu'elle était très voifine du genre Lime et autres Pectinidées. La structure des Brachiapodes est plissée d'une manière particulière, et, dans lesTcrébratules vraies, toutes les lames sont perforées de trous déliés qui percent toute la coquille. Dans une section transverse , on voit ces perforations s'élargir à mesure qu'elles s'approchent de la face interne, où elles forment des ouvertures infundibulilbrmes bordées par un prolon- gement membraneux du manteau qui adhère à cette surface interne de la coquille. Dans une espèce vivante, la Terebraliila psiltacea, les perforations manquent; mais, dans cette espèce, la structure de la charnière est aussi différente, et la rapproche d'une division particulière des Brachiopodes fossiles [.Itrypa Dolman). La plu- part des Térébratules fossiles, qui sont profondément plissées, manquent aussi de perforations, et il est j)robable qu'elles consti- tuent un groupe distinct. En terminant, le docteur Carpenter signale quelques particula- rités de structure que présentent les Échinodermes qui ont été mentionnées par M. Agassiz dans sa ^lonographie. Les placjues calcaires d'un Echinun consistent en nombreuses lamelles minces, réunies entre elles par de petits colliers ; et comme ces lamelles sont percées de trous sur toute leur surface, il en résulte qu'en quelc(ue sens qu'on opère une section, on aperçoit un réseau déli- cat. Cette structure, qui domine dans toutes les parties solides des Échinodermes, explique la facilité avec laquelle ils absorbent les liquides. ^\. Carpenter a aussi présenté des ligures de diverses formes très élégantes de structure dans les épines de diirérenîes espèces de Cidaris et dans les plaques qui forment la coloime de divers Pentacrinites fossiles et vivants , et (|ui font \ oir que chaque espèce possède un arrangement dillVTciit dans les particules in- ternes. Cette structure est bien conservée dans les espèces fossiles, quoi([uc possédant un clivage particulier el cristallin. (Journal (le r Institut, n" 5.')0, 32 fév. 18/ii.) 1-20 LKBERT. UECIlKllClIliS RECHERCHES SUR L'OSTÉO-CÉNÉSIE ; ïar M. le docteur LEBERT. I'i\i;mikr jikmoire (1) : DE Ll FORiHATIOIV DL' TitL. Les sciences médicales ne constituent ([u'une partie des sciences naturelles ; mais ayant suivi en général une marche assez isolée de ces dernières, beaucoup de doctrines y existent encore que la physiologie de la nature organique a depuis longtemps réfutées. On peut se convaincre de la vérité de cette assertion en jetant un coup d'œil sur son langage métaphorique , sur sa terminologie peu rationnelle , et sur une foule de lois encore assez généralement adoptées en pathologie, parmi lesquelles nous citerons entre autres celle delà transformation des tissus morbides , loi que nous chercherons ailleurs à combattre. Depuis que l'observation exacte a commencé à être plus géné- ralement suivie , cet isolement de la pathologie tend de plus en ])lusà cesser, et la médecine comme science s'appuie davantage sur les notions exactes de la physiologie. Mais les premiers pas sont seulement faits dans cette voie, et tant (|ue la médecine et la chirurgie ne chercheront pas pour toutes leurs doctrines fonda- mentales les bases dans la physiologie, tant, en un mot, que la physiologie pathologique ne sera ])as élevée au rang d'une science généralement cultivée, tous les elïorts de rapjirochemenl et d'ap- plication resteront stériles et n'auront (|u'une portée restreinte. Pénétré depuis longtemps rie ce bi^'^oin , nous avons l'ait depuis plusieurs annexes un grand nombre de recherches clini(|nes , exjié- rimenlales el microscopiques, sur diverses parties de la patholo- gie . dans lesquelles non* avons surtout tâché de comparer les (I ) (le U\n jil \ioiU diMii' piililii', a\ei' Ions les (U'Uiils ilosnhsi'nalimis sur les- quelles hi iKirlie |Killi(iliij;i(|ue s'ii|ipiiie, dans les tiiiialrs ilr ihininjiv. 1. X. sMi I, (jSTi;o-(iiiMisii';. I"2l ;ilt(''i'ali(iii.s morbides des organes et des tissus avec leur sti'utluie iiioléeulaire et microscopique à l'état sain ; et pour mieux com- prendre la valeur de ces éléments , il nous a fallu , comme com- plément de cette anatomie raisonnée , étudier tout particulière- ment l'organogénie et l'histogénie dans l'embryon. Cherchant de cette manière à toujours nous tenir dans le domaine de l'observa- tion positive, et à ne tirer de nos expériences c[ue les conclusions rigoureusement déduites des faits, nous avons reconnu une analo- gie bien grande entre beaucoup de formations ])athoiogiques para- sitiques et la formation primitive , l'embryogénie soit du règne animal , soit du règne végétal. Nous avons ainsi de plus en plus reconnu que la ])athologie ne constituait nullement un ordre de phénomènes ijarticulier , un règne de la nature à part , comme s'exprimait d'une manière plus spirituelle que juste un célèbre médecin allemand (Autenrieth ansichten ùber Xatur und Seelen- leben) ; mais que les altérations morbides des organes , jusqu'aux dégénérescences les plus destructives, n'étaient qu'une série de phénomènes soumis aux mêmes lois physiologiques ([ue tout le reste de la nature orgain'que. Le travail dont nous allons communiquer ici un extrait four- nira un exemple de l'application de nos principes pathologiques. I>es détails de ce Mémoire sur la formation du cal , basés tout entièrement sur nos propres observations , intéresseront plutôt les chirurgiens que les naturalistes : aussi omettons-nous ici les obser- vations rapportées dans les annales de chirurgie française, eu nous bornant à donner surtout le résumé physiologique de nos re- cherches laites en partie sur des animaux , surtout des lapins et des cochons de mer , en ])artie composées d'observations recueil- lies dans les liôijitaux. Kn examinant le membre lésé ((uinze heures après la fracture, nous trouvons un (']ianchement sanguin récent avec déchirure des muscles profonds et du périoste, détachés de la surface de l'os sur une étendue de plusieurs lignes ; la moelle et la membrane médul- laire contiennent aussi du sang infiltré et épanché. A quarante-cinq heures, ré|)anchemeMl superficiel sous-culané offre un aspect plus li(|nide et plus sim^mix (|iie relui f|ui se trouve entre les parties '1212 LEBEar. — liKciiJiivciiiis plus profondes , et qui oll'ro davantage les caractères de caillots. Les extrémités des muscles déchirés sont arrondies et enflées ; le périoste, toujours décollé, offre des bords frangés, ayant contracté à sa surface des adhérences avec les muscles ambiants ; entre ses fibres se trouve une exsudation granuleuse ; entre le périoste et l'os, on rencontre déjà aussi une exsudation plastique liquide, jaune, contenant des globules de 0"',0033 ; les fragments n'ont point éprouvé de changements , la moelle est enflannnée et gon- flée ot dépasse le niveau des os fracturés. A quatre jours, l'épanchemcnt sanguin est en partie résorbé; les muscles déchirés adhèrent au périoste et forment a\ec lui la cap- sule qui emboîte la fracture . ce qui rapproche à la fois la solution de continuité et du ])érioste et de l'os. Le ])érioste lui-même est rouge et vasculaire. L'exsudation entre lui et la surface de l'os a pris une consistance gélatineuse , et au moyen du microscope on y reconnaît rléjà les fibres et les globules du cartilage : la surface dénudée de l'os est plus vasculaire, et paraît participer à l'exsu- dation osséo-plasticiue; la surface des fragments, ainsi f[ue la membrane médullaire, ne participe ])as encore à ce travail; l'hypérémio médullaire a diminué. A six jours, Tecchymose sous-cutanée est en grande partie ré- sorbée ; les muscles et \v. périoste sont ])our ainsi dire cicatrisés par une substance fibrinciise et granuleuse intermédiaire, .[/adhé- rence entre le périoste hypéréniié et les muscles persiste ; le cal a pris la consistance du cartilage , ne montrant plus que dans peu d'endroits l'état mou et gélatiniformc à teinte jaunâtre. Les élé- ments microscopiques du cartilage , surtout les corpuscules qui lui sont propres, deviennent tout-à-fait évidents : l'extrémité libre des fragments, ainsi ([iie la membi'aiie médullaire, ne montre pas de traces du cal. A sept jours, tout l'épanciiemenl a disparu . à l'exception de quelques vestiges autour de la fracture. Lu tissu cellulaire libro- vasculaire réunit solidement les muscles déchiivs ; le cal montre une structure réticulaire et un commencement d'ossification et de formation de canaux. Entre les extrémités libres des fragments se trouve un fjt'sii i-ouge, lihrini\ rt gi'i'uu. ti'ès vasculaire: ta surlace SI II i>'osrÉo-(;ii.MÎsiii. I"i3 dp l'iis rsl ramollie, et les vaisseaux f|iroii renconlre dans le cal Sont fournis soit ])ar le périoste, soii par la surface de l'os. La niemlirane médullaire , qui avait fourni la substance entre les fragments , ne contient pas d'éléments du cartilage. A dix jours, nous trouvons le cal en pleine voie d'ossification ; sa structure dans les parties ossifiantes est ])oreuse. canaliculée et alvéolaire , et les réseaux des canaux contiennent dans leur inté- rieur des sels calcaires , tandis que les alvéoles contiennent en- core des globules du cartilage, dans l'intérieur desquels cepen- dant les sels calcaires sont déjà déposés sous forme de granules; l'ossification est moins avancée du côté du ])érioste que vers la surface de l'os. La substance rouge et vasculaire entre les frag- ments ])rovenant de la membrane médullaire , tend à contractea' de» adhérences de plus en plus intimes avec le cal. A dix-huit jours , nous voyons l'ossification encore bien plus avancée ; les canaux longitudinaux et transversaux tendent à se joindre, pour former la substance s])ongieuse de l'os nouveau. Les globules du cartilage passent de plus en plus à l'état de cor- puscules osseux. La substance entre les fragments a contracté des adhérences intimes ave le cal. A vingt-deux joiu's, l'ossification est à peu |irès complète ; elle est surtout jilus avancée près de la surface de l'os ({u'immédia- tement au-dessous du périoste. Le cal a en\ahi non seulement la surface libre des fragments, mais il oblitère même la cavité de l'os , où la membrane médullaire lui adhère intimement. A trente-trois jours , nous ne i encontrons plus de traces d'é- panchement ; tous les muscles ont repris leur jeu libre et leur mouvement ; le périoste est revenu h son état normal ; la masse du cal a déjà considérablement diminué ; son ossification est com- plète, il est plus vasculaire que l'os ancien ; le canal médullaire est oblitéré dans une certaine étendue pnv un cal solidement ossi- fié. La moelle de l'os est dans son état normal. A quatre mois enfin, nous trouvons le canal mi'dullaire rétabli, et le cal diminue au point que l'os au niveau de la fracture n'-olfre guère plus de volume que dans le reste de sa longueur. Dans le courant de nos observations sur le cal . nous a\ ons cité 12^1 • LEBERT. — iiii(;iii;nciii;s plusieurs faits intéressants de formation pathologique du cal, dont voici les traits principaux : 1° Dans un cas , une vive inflammation de toutes les parties qui entouraient la fracture a eu pour conséquence une entrave telle de la formation du cal , que l'intérieur de la capsule renfer- mait à peine quelques vestiges de cartilage, et que presque tout son intérieur était rempli d'un liquide rougeàtre contenant beau- coup de globules de sang déformés , et tant le périoste que les muscles , et les parties superficielles dans un état d'hypérémie inflammatoire. 2" Dans un autre cas , dans lequel le cal était très difforme , des tendons entiers passaient à, travers sa niasse , et au milieu de sa substance existaient deux cavernes remplies de matière tuber- culeuse , qui étaient entourées d'une membrane fibro-cellulaire de nouvelle formation. 3" Un fait intéressant d(î guérison d'une fracture avec formation d'une fausse articulation! : une substance ligamenteuse unissait les fragments recouverts et entourés de cartilage ossifiant en pe- tite quantité. 4° Un dernier fait de rai pathologique fort remarquable enfin est la promjjte résorption du cal déjà assez solidement formé chez un enfant qui avait succombé à la variole , survenue dans la (]ua- trième semaine aiirès la fracture. Probablemeut dans ce cas la variole a eu jxiur suite l'infiaunnation de toutes les parties qui en- touraient la fractui'i? , et de là sa disparition presque complète. Nous arrivons à présent à la théorie générale de la formation du cal , qui , chez l'homme , est la même que pour les Mannni- fères , offrant seulement des différences plus ou moins notables pour le temps. Les os reçoivent à l'état normal de nombreux vaisseaux , qui passent en grande partie par le périoste avant de se ramifier dans la substance de l'os. Ces vaisseaux ont le double but d'entretenir leur nuti'ition et de ])résiiler à leur accroissement lent, mais con- tinu., ainsi qa'k la résorption des parties qui doivent faire place à de la substance osseuse nouvelle. Rappelon:^ de |)lus les triiits principaux de la formation icelalc SIR I.'OSTliO-fiKNKSIi:. 125 (Jp l'os. Dans l'embryon de poulet , par exemple , on commence à en voir les premiers vestiges bien dilTércnciés vers le sixième jour. Avant cette épof|ue , le cinc[uième jour , leurs contours sont déjà visibles ; mais leur substance est encore composée de globules organo-plastiques , élément commun dans le principe ta tous les tissus et à tous les organes. Depuis le sixième jour, nous voyons tous les os constitués par du cartilage montrant une substance intercellulaire homogène et des globules cartilagineux. Plus tard, se forme dans la sub- stance intercellulaire des canaux une vascularité abondante qui s'y ramifie; les canaux se remplissent de sels calcaires, et ainsi la substance osseuse prend son origine du cartilage, sujet sur lequel nous avons fait des observations très détaillées dans les diverses classes d'animaux vi-rlébrés, et que nous C(jninunn'(iuerons plus tard dans un travail s|3écial. Or, ces deux éléments , savoir : la formation embryonale des os et les phénomènes principaux de leur nutrition , constituent la base de la régénération des os lésés, de la formation du cal. L'é- panchement des éléments du sang qui survient immédiatement après la fracture n'a rien à faire avec la sécrétion spéciale du cal. Cette dernière n'a lieu que lorsque la réaction inflammatoire a commencé à passer, et même une inflammation trop vive en em- pêche ou en retarde le développement. Cependant Tinllaunnation primitive n'est pas sans quelque utilité pour la formation du cal. En réunis>>nnt |)ar une substance granuleuse gluante toutes les parties qui entourent la fracture, elle forme des attelles élastiques, qui, précédant les attelles cartilagineuses et osseuses que la nature prépare, ont au moins, outre c[uelque mérite contentif, celui de circonscrire d'une manière nette les limites de la nouvelle sécré- tion. La première période de la formation du cal commence donc par une exsudation provenant essentiellement des vaisseaux qui, chargés, avant la fracture, d'entretenir la nutrition de l'os, ren- ferment phis particulirrement les éléments futurs du cal , mais dan» un état de dissolution parfaite. Ces (''N'-ments, en sortant des vaisseaux pai' l'xosmose ca|)illaire, sont surtout fournis par les 'J26 LEBERT. — iiKCiiEnciins SI p. i.'osTi':o-r;i';M;sii:. vaisseaux du périosle et de l'os , à l'endroit oii le périoste a été détaché, mais ni par la surface libre des fragments ni jmr la mem- brane médullaire. Cette exsudation, d'abord licjuide, ensuite gé- latineuse , est le vrai sarcode du cal , qui , par son origine et par son développement ultérieur, montre c^u'il renfei'uie di'Jà virtuel- lement tous les éléments de l'os nouveau. La seconde période est l'organisation cartilagineuse de cette exsudation li(|uide, que nous appellerons osséo-jilastique. La ma- tière lic|uide devient de plus en plus compacte et organisée ; la couleur jaunâtre passe à une teinte blanche et lactescente; sa substance contient beaucoup de corpuscules du cartilage analogues à ceux de l'embryon , et de nombreux réseaux canaliculés , ainsi que des vaisseaux provenant du périoste et de l'os. La troisième période est l'ossification du cal. Nous apercevons d'abord au milieu du cartilage un certain nombre d'îlots de sul)- stance ossifiante , qui , du reste, ne sont nullement accompagnés d'tnie vascularité particulière correspondante. Ces îlots finissent par se réunir en une trame réticulée et aréolaire , et par envahir toute la substance du cal ; les globules du cartilage se remplissent de granules calcaires, et finissent i)ar se transformer en corpuscules de l'os. In fait sur lct|url nous ne pouvons pas assez insister est (jne le cal prenant son origine de l'espace entre l'os di''nu(lé et le périoste , f(jurni par les \ aisseaux des deux , procède de dehors en dedans, atteint l'espace qui sépare les fragments, et finit par en- vahir et par oblitérer des deux côtés le canal médullaire. Le rôle que joue pendant tout ce temps la membrane médullaire n'est que tout-à-fait secondaire , et consiste seulement dans le développe- ment de vaisseaux , et d'une substance fibreuse qui , allant pour ainsi dire à la rencontre du cal, ne fait que cimenter, d'un côte- son union avec le cal, et d'un autre côté avec les jiarois de la cavité médullaire, l^es vaisseaux tlu périoste et de l'os y jouent donc le rôle ])rincipal ; ceux de la membrane médullaiie, un rôli^ tout-à-fait secondaire, dans la sécrétion et dans l'ossification du cal. La quatrième période commence ])ar l'ossification complèli^ de l'exsudation osséo-|)laslique; elle se termine par la disparition ZOOLOGIE. — l'iiix nn; i'u'.vdiîmif. des scikncks. 127 d'une graiidp |)aili(> de sa masise ot par le rétablissomont du canal niéduliairc l,e cal diminue à mesure (|u'il devient plus solide ; la substance cartilagineuse y disparaît tout-;i-fait ; les aréoles se dé- M'ioppenl davantage ; la circulation y devient plus facile et ])lus continue, soit en ilehors. du côté du i)érioste, soit en dedans, du côté de la membrane médullaire, et nous ne voyons pas moins diminuer le cal extérieiu' c|ue l'inti'i'ieur. Nous avouons que d'at- tribuer sa résorption partielle h l'action de la membrane médul- laire est une hypothèse bien séduisante , mais qui ne nous paraît pas rigoureusement démontrée, vu que le cal placé entre le périoste et l'os ne diminue guère en beaucoup plus faible proportion (|ue la partie du cal contenue dans le canal médullaire. La formation du cal est donc, en résumé, une régénération fietale de l'os l('sé. PRIX IIELATIF A L\ ZOOI.OGIi; PROPOSÉ PAlt l'académie DES SCIENCES. L'Acadéiiiie propose pour sujet du siauil prix des scieuros plijsiques, qiii sera décerué, s'il \ a lieu, dans sa séance pul)liqiu>de IH'k";, lacpieslion sui\ anle : Vèmontii'}- par une élude noiitcUe et apprnfondic et par la discr'iplinn , accompuijnêe de figures des orgmirs de lu reprodiirlion des deux sexes , dans les cinq classes d'animaux vertébrés , l'analogie des parties qui constituent ces organes , la marche de leur dégradation , et les hases que peut y trouver la classification générale des espèces de ce tijp ■. Ine espèce bien rlioisie dans cliaque classe, et telle que les fais avancés puissent étie vérifiés et appréciés facilement : par exemple, un lapin ou un coclion d'Inde pour la classe des Mammifères; un pigeon ou un galli- nacé pour celle des Oiseaux ; un lézard ou une couleuvre pour celle des Rcpliles; une grenouille on une salamandre pour celle des Anipliibicns, et enfin une espèce de carpe , de loche ou même d'épinotlie et de lam- proie pour celle des Poissons : animaux que l'on peut tous se procurer partout en Kurope , sullironl sans doute pour fournir aux concurrents les bases de la dénionstralioii demandée par l'Acad('mie ; toutefois ils devront s'aider babilemcut des faits accpiis à ce sujet, dans l'état actuel 128 l'IBMr.VTlONS NOt VEM.ES. rie la science de l'organisation, sur des animaux plus rarement à la portée de l'observation, comme les Uidelplies, les Ornilliorliyiuiues, les Haies cl les Myxinés, sans la considcration desquels, en effet, la dcmonstralion resterait nécessairement incomplète. Les ■Mémoires devront être parvenus au secrétariat de l'Institut avant le 31 décembre 18/i5. IHIUMCATIOXS NOtVliLLES. TnAiTh complet ili' Vanittojttif , ih' tu fjhiisiotofjic et (tr lu puZ/io/uy/V ilu fujstèDic nervetix arébrn- npiiwt , par M. Fovili.e. ln-8. Paris, 1811. Dans le volume qui vient de paraître , M. Foville traite de l'anatoniio du sys- tème nerveux, et s'allaclu' spécialcnicnt à faire connaîln; le cours des faisceaux médullaires dans l'encéphale et le.< menons de communicaliiin (|U(' ces parties ont entre elles. Son livre est, sans contredit, un dos plus reuiarquables qui aient paru sur ce sujet , et l'atlas qui l'accompaiine est d'une Iros hollo exécution. Histoire s.ktcrei.le (/es tniiniaux aiiiis vcrtcbres , par L.\m.vrck: nouNclle édition, augmentée de notes , par MM. Deshaves et Milse-Edwards. Cette publication avait été retardée par le voyafje de M. Desliayes en Algérie, mais se poursuit mainlonant ot paraît devoir être promptemont achevée. Le 9' volume , qui vient de paraître, est consacré aux Mullusipios do la famille des Macrostomes , de celle des Plicacés. des Scalariens , dos Tuibinacés, des Cana- liferes et des .Xilées. C'e.st à M. Ue.shaves qu'on on doit la révision. DiPTÉBES exotiques iioiiveiiii.y VII jH'ii roHiiiis , par M. Macocart. ln-8. Tome II , partie 3. (^e fascicule , extrait des Mémoires do la Société des Sciences de Lille , est accompagné de .■}•') planches, ol termine l'ouvrage. Recherches sur les Podiirelles , par M. Nicolet. Dans ce travail (qui est extrait du fi" volume des Mémoires de la Société hel- vétique des Sciences naturelles, imprimé ù Neufchâlel), l'auteur décrit avec beaucoup de détails l'organisation dos Podurelles , et donne les résultats de ses observations sur l'embryologie do ces insectes ; enlin il termine sa monographie par la description des genres et des espèces. Ce Mémoire est accompagné do 9 planches. .». DE QlATREFAtES. — SI II LICS MOl.r.l SOI KS . KIC. 1 '20 I MIÎMOIRK Sur l«s GASTÉRoroni'S l'ui.iciiKMKiits [Plilehenlcruta Nob. ), ordre nou- veau (le la uvi' sur le reste (lu corps, et passe en arrière au gris de lin. Ouaiid la Zépliyrine est en niarclie, elle porte ses tentaculrs antérieurs étendus hori- zontalement en avant; les postérieurs soni toujours plus ou iniiius relevés. En arrière de ces derniers, on voit deux yeux d'un gris violàtre. Mais ce qui Trappe au' premier coup d'œil dans ce Mol- lusque, ce sont ses nombreux cirrhes branchiaux sortant des deux côtés du corps d'une façon en apparence toute irrégulière , et l'en- velop])ant pour ainsi dire comme dans du duvet. A la partie anté- rieure (lu corps et sur les côtés de la tète , on n'en trouve qu'une langée. Au reste , ces cirrhes se ressemblent entièrement partout , et sont évidemment de inênie nature. Ils sont d'une forme irrégu- lièrement ovoïde et allongée (1) ; leur surface est couverte de bosseluies irrégulières; ils sont extrêmement transparents, et dans leur intérieur on aperçoit un vaisseau iri'égulirr Ijrunàtre (2). Ces cirrhes se détachent au moindre contact, si bien qu'il est dif- ficile de manier ([uelque temps l'animal sans l'en dépouiller en- tièrement. J'ai toujours trouvé les Zéphyrincs, lors des basses marées , tapies dans quelques anfractuosités des roches granitiques de Saint- Vast ; leurs tentacules , n'étant plus soutenus par l'eau , retombaient alors sur elles, et les empêchaient de se mouvoir. Placées dans des vases dont je renouvelais l'eau de temps à autre, elles y ont vécu deux ou trois jours. Ces Mollusques sont des ani- maux nocturnes, aussi bien que les Eolidincs. Pendant le jour elles restaient tapies à l'ombre des fucus que j'avais placés dans leur vase ; mais le soir elles se mettaient en mouvement , et parcou- raient leur prison en tous sens, tantôt en rampant contre ses parois , tantôt en rasant la surface du licjuide. Si je projetais sur elles la lumière de ma lampe, concentrée par une lentille, elles s'arrêtaient, se pelotonnaient , hérissaient leurs cirrhes, et finis- saient par se remettre en marche en changeant de direction, pour éviter l'éclat de ces rayons, qui évidemment les faisaient sou iTrir. Ces faits seuls sulliraient pi.iur prouver (|ue ces animaux sont sen- fi) l'i. ;;, li-. II. :■>' l'i •;. li-. II. b 132 A. DE Ql*TRKF.%ftES. — SI.R LES MOMASQ! Kf; sibles à l'action de lu lumière , lors même que l'organisation des yeux que nous décrirons plus loin pourrait laisser quelque doute à cet égard. Je n'ai pu étudier avec tous les détails que j'aurais désiré ap- porter dans cet examen l'organisation de la Z('pli\rinc. La grande mollesse de ses tissus apportait. à la dissection des didicultés extrêmes, et le défaut de transparence ne me permettait pas d'employer le compresseur avec le même avantage que dans l'Eolidine ; enfin le petit nombre d'individus {[ue j'ai eus à ma disposition m'a encore empêché de porter mes recherches aussi loin ([ue je l'aurais voulu. Plusieurs di'Iails m'ont écha|)p(' : je n'ai pas une certitude entière relalivement à d'autres, mais je ne l)arlerai ici que des faits dont je suis parfaitement sûr. ]i' appareil digestif de la Zéphyrine nous présente d'abord un orifice buccal fort étroit , donnant dans une cavité qui occupe presque toute la largeur de la portion antérieure de l'animal en arrière des tentacules (1) ; cette cavité est fermée en arrière par une grande masse musculaii'e de forme arrondie . dans la- (|uelle sont implantées les màchoii'es. Celles-ci ("2) consistent en deux grosses dents coi-iiées laléi'ales; leur forme est (-elle d'ime ])yramide irrégulière, courbé-c de manière à présenler la con- cavité en dedans, ti'oïKpu'e , aplatie et tranchante à l'extri'miti'' antérieure. Des deux côtés on observe une gouttière profonde, oii s'insère un puissant muscle abducteur (3). î-e bord su])é- rieur externe de cette gouttière se prolonge obliquement en ai- rière, et forme une véritable apophyse latérale, l/extrémité pos- térieure, tronquée obliquement de dehors en dedans et d'avant en arrière, semble s'enfoncer avi milieu des fibres musculaii-es circulaires qui jouent le rôle de muscle adducteur (4). IMus en arrière on trouve une couche musculaire dont les fibres s'attachent de tontes parts aux parois mêmes du corps, et forment une espèce (I) PI. l, lig. I,el l'K (i) PI. 3, Hg. I, <■,(■. (.1) Pi. 5, fio-, I, e,f. (4) PI. 3. fi?. I. /./. (asriiuoi'0])i;s iMii.iiisKMihiiis. 133 cil- (liaphrjif^nic (|ui si'^iiari' celle jii-emière porlion du IiiI)l' digestif de la grande ea\ité alKloniiiiale (1). V.i; muscle, par ses contrac- tions, doit ni'cessairemenl ramener la bouche en arrière, en même tem]is (]u'il piiusse les inàrhoires en avant ; et il me semble jjro- bable que ces derniers peuvent arriver ainsi jusqu'à l'orifice buccal proprement dit. Enfin, pour compléter cet appareil masti- cateur, la paroi supérieure de la cavité buccale porte une petite plaque cornée , placée à la hauteur du point oii se joignent les tranchants des deux dents latérales (2). La cavit('' buccale se rétrécit entre les deux mâchoires , et tra- verse la masse buccale en formant un osophage très é'Iroit , ([ui s'élargit bientôt et présente la forme d'un entonnoir (3). Ici se trouve dans mes observations une lacune ([ui' je n'ai pu remplir entièrement. Je émis aiuiir n'cniuni (|U(.' cet o'sophagc donnait dans une ])oche arrondie et fermée en arrière , d'oîi par- taient des deux côtés les troncs que je décrirai tout-à-l'hcure (i) ; mais je n'ai pu reconnaître d'une manière suffisante sa forme et ses dimensions : aussi je n'en aurais pas parlé , si la description et les dessins donnés par M. Milne-Edwards de l'appareil digestif des Callio|)ées ne se trouvaient pleinement d'accord avec ce que je n'ai |)u (ju'enin'i-oir ; si d'ailleurs ce f[ue je d(''crirai plus loin chez les Actéons ne me portait pas à penser que la représentation f[ue je domie ici approcln' au moins de fort près de la vériti'. (Juoi (ju'il en soit , on trouve rhry, la Zi'plni'ine , des deux côtés du point iiii semble se terminer l'a-sophage , deux canaux assez grêles qui se bil'ur(|uent bientôt, l'une de leurs divisions se por- tant en avant cl l'autre en arrière (5). Ces deux troncs longent les côtés du corps en serpentant ; l'antérieur arrive jusque dans le voisinage de la bouche , le postérieur jusqu'à l'extrémité de la cavité abdominale , où il se réunit avec celui du côté opposé. Sur leur trajet ces troncs donnent naissance à des rameaux qui , eux- (l)PI. s, li^'. ].,;. (2) PI. .5, liK. 1, ,/. (H) PI. o, (ig. 1, U (H PI. l, lig. I, /.. (.H) l'I. i, lig. 1, , fl?. I. (î) PI. 8, flg. Il, (3) Jo dois faire ici uno observalion relative h l'apparfil gi^nital de l'Eol'diiie. Il cal évident que je me suis trompé dans la détcmiiiialion que j'ai donnée de ses parties, et que j'ai pris le testicule pour l'ovaire, ce qui s'explique par l'état de vacuilé nii éhiient ces organnR Inrs do mes observalion?. 11 no peut y avoir de rio'jtes pour la nouvelle délerniin.ilion que je propose , puisqu'elle a clé faite sur des individus en éiat de i;eslalion. (i) l'I. e. lig, \11. (;.\STiii\i)i'oui;s l'iu.iiiJii.MÉiuis. 133 ))osait d'une enveloppe générale assez épaisse et parfaitement distincte, au-dessous de laquelle on trouvait une matière hyaline semblable îi du blanc d'œuf, mais beaucoup |)lus ferme (1). Au milieu de cette matière était creusé un canal qui renfermait les œufs, pressés les uns contre les autres et irrégulièrement dévelop- ])és (2). Chacun d'(nix ])()ssédait une en\elo])po propre, un albu- men abondant et un vitellus de couleur jaunâtre. Je n'ai pu y dis- tinguer ni tache de Wagner ni vésicule de Purkinje , sans doute à cause do l'ojiacité du vitellus. ].e diamètre du cordon était de près de 2/3 de millimètre; celui de l'enveloppe générale, de 1/80 de millimèlre environ. La couche de matière hyaline servant de four- reau aux œufs avait une épaisseur de 1/5 de millimètre. La couche albumincuse |)ropre à chaque vitellus variait d'épaisseur sehjn le- développement de ce deriiicr. Enfin les vitellus les plus avancés avaient au |)lus l/(j de millimètre. Le système nerveux de la Zépliyrine est presque entièrement semblable à celui du l'Éolidine, au moins à en juger par le cer- veau, ainsi que par le nombre et la position des troncs qui en par- tent, car mes observations n'ont pu s'étendre plus loin. Le cer- veau est placé sur r(rsophage, en arrière de la masse buccale (3) ; il est composé de quatre masses, disposées en deux paires laté- rales , et réunies sur la ligne médio-dorsale par une bandelette étroite et fort mince (4). De ces masses centrales partent des troncs nerveux en même nombre que ceux que j'ai décrits dans l'Éolidine, La seule différence consiste en ce que les nerfs de la cinquième paire [nerfs gi'nilo-cardiiKjucs) (5) se détachent directe-, ment du cerveau , et ne naissent pas d'un tronc commun avec ceux de la sixième paire {iwrfn iiilesliimux). La bandelette qui complète le collier œsophagien naît également ici des deux masses latérales (G) ; mais cllfi est encore plus grêle et plus mince (|ue (i)Pi. 6, ng, XI, b. (2) PI, G, fig. XI,c. (3) Pi. i, fig. I. f. (4) Pi, 6, fig. I. (5) PI. 6, fig. I, S. (6) PI 0, li;; I, au. 13(3 A. «E QlATRKrAUES. SI» LliS MOI.I.L SQ L liS dans rÉolidiiii: , et l'cumeau qu'elle forme est beaucoup plus large et presque assez ouvert pour que la niasse buccale pût le traverser en se portant en arrière. Enfin j'ajouterai que je n'ai rien pu dis- tinguer dans la Zéphyrine qui ressemblât au petit système nerveux buccal de l'Éolidine ; mais cela tient peut-être uniquement au défaut de transparence des partii'S. Pour compléter ce que j'ai à dire relativement au système ner- veux de la Zéphyrine , il me resterait à parler des organes des sens ; mais je préfère renvoyer à la seconde partie de ce mémoire pour l'exposé des faits relatifs à ce sujet. Je pourrai ainsi procé- der par voie de comparaison. Je me bornerai donc à dire ici que, dans le Mollusque qui nous occupe comme dans tous ceux dont je vais faire l'histoire, j'ai trouvé des organes de vision , et d'auti-es (jui sont très iirobablcment des organes d'audition. Je n'ai rien vu dans la Zéphyrine qui put être considé'ré commi; représentant l'apiiareil circulatoire. Je n'y ai distingui' Jii co'ur, ni artères, ni veines, ([ueUiue soin C|U(> j'aie mis à les chercher. Si ce fait élait isolé' , je ])ourrais croire (|ui' l'ojiacilé des parties a dérobé ces organes à nn's l'eclierches ; mais nous le verrons se reproduire dans d'autres Mollus([ues voisins ([ui laissaient peu à désirer sous le rapport fie la transparence. Je crois donc pouvoir alliiiner que l'appareil circulaloin maïupie ici totalement. Jl existe bien en arrière, dans la cavité abdominale, un organe ovoïde, allongé, dont je n'ai pu reconnaître exactement la na- ture(l); mais il n'a ]ias la nutiiulre analogie avec le cieur, (|ue j'ai vu si distinctemeni dans rivilidine ; jafnais je ne l'ai vu s(! contracter. H me semble plus probabh^ que c'est une dépendance de l'appareil digestif, peul-i''lre ini cIo.kiiic dont la conniumica- tion a\ec les porlions antérieures du tube inteslinal m'a écha])]ii''. Je suis d'autant plus porté à admettre cette opinion que j'ai cru y reconnaître ini orifice s'ouvrant postérieurement au-dessus du pied. Enfin , en parlant des Actéons et des Actéonies , je signa- lerai quelques circonstances qui viennent à l'apjîui de cette ma- nière de voir. Si des observations ultérieures la confirment délini- (I) l'I. i, li". I, c. i;Asn;ii(H'oiji,.s l'iii.iiiiii.Nïiîitiis. - *•'■ ■ \'.V] ti\t'iiii'ul . il laudi'a ajmitcr aux caractères du genre l'existeiice d'un aiuis ))osl('rii'iir et dorsal (1). L'examen de la Zéphvrine, nial.a;ri'' tout ce ([u'il laisse encore à désirer, nous l'ournit m'anmoins des faits sulfisaiils pour justifier la création du genre. Aux caractères ([ue nous avons trouvés flans les formes extérieures s'en joignent d'autres, qui , tirés de l'ana- tomie, nous paraissent avoir encore plus de valeur. Nous croyons pouvoir les résumer de la manière suivante , en nous bornant à ceux sur l'existence desquels il ne saurait exister de doutes : Hou- che armée de deux fortes dénis cornées, laléndes, tranchantes à leur e.riréntilé, et d'une jdaqne cornée palatine : apitareil (/aslro-rascii- lairc. donnant naissance ii un très fjraiid nomhre de cwciiins ipii pénétrent dans les arrhes du corps; cerveau présentant (juatre masses distinctes. ^ II. — ticiirc .\i;rÉox (Okcu). On sei-a sans doute surpris de voir placer les Actéoiis d'Okm dans le voisinage des Éolides. Kii ellV-t , depuis Moiilagu , ciui dé- couvrit et décri\ it le premier un de ces petits Mollusc[ues sous le nom d'./plisiu riridis, tous les malacologistcs se sont trouvés d'accord pour jïlacer ces Gastéropodes dans le voisinage des Aplysies. Telle est, eu particulier, l'opinion émise par Cuvier dans une note de son Jiègne animal. !\I. de lîlainville forme avec les Actéons la section C de son grand genre Aplysie. Enfin M. San- der Rang, dans son grand travail sur les Aply.siens, place égale- ment les Actéons dans ce geiuv^ , et |)araît même pencher à les i'a|)porter aux Aplysies ])roprenient dites. Plus tard cependant , dans une note de son Manuel de Malacologie, il les range à côté du riarobranche de >"an-Hasselt , dans une famille particulière (1) Depuis la mlaclion de ce Iravail , M. Milne Edwards a bien voulu me communiiiucr le croquis fait par lui à Xice en \ 839, et représentant un mollusque très voisin de la Zépin rine. Il ne pouvait y avoir de doute sur la position de l'anus, qui formait sur la lijjne médio-dorsale et en arrière un bouton légèrement fes- tonné et proéminant d'une manière très sensible. On voit combien celte observa- lion rnnlirnie ce que j ai dit de la position de lanus. et chez lÉolidine, et chez le inij||ii deux genres. 2" .\ctéon é'égant [Acteon elerjaHS Nob. ] (1), Quoiqu'il soit souvent difficile de séparer les espèces d'un même geiu'e chez les animaux mous, où la forme varie à chaque (I) IM. :i. li- ui. 1/lU A. WK giATKKrAWKS. — SLK LliS MOLI.LSQLliS instant et où la roloration n'a le plus souvent rien de fixe, je crois pouvoir regarder l'espèce dont il s'agit comme bien distincte de la précédente. Les formes extérieures sont à peu près les mêmes ; cependant les proportions sont en général plus sveltes. Le corps s'étend davantage en arrière entre les deux lobes foliacés , et ne se termine pas aussi brusquement. Les yeux sont aussi ])la,cés plus en arrière des tentacules , et au lieu de se rapprocher de la ligne médiane du dos, ils s'en écartent et se montrent bien davan- tage sur les côtés. Leur couleur est également violacée ; mais on ne voit tout autour aucune trace des deux cercles colorés cjue nous avons décrits chez l'Actéon vert. La partie antérieure de la tète et les tentacules sont d'un violet rose; cette teinte se fond en arrière et sur les côtés avec une teinte d'un vert jaunâtre , qui devient ])lus foncée en arrière , sur le dos et sous le ventre. Tout le corps ainsi ([ue les lobes branchiaux sont parsemés de petites perles bleues et roses très niar([uées. Enfin les plus gi'ands indi\idus que j'ai rencontrés ne dépassaient pas 7 à 8 millimètres en lon- gueur. J'ai trouvé cette jolie espèce dans les fucus de l'île de Tati- hou , placée sur les côtes de la Manche en face de Saint-Vast- la-llougu(\ Elle y est bien moins commune que la précédente ne l'est à Brehat , car je n'en ai trouvé que trois individus pendant un séjour de deux mois. La manière de se la procurer, ses mœurs, ses habitudes, etc., ressemblent entièrement à ce que j'ai dit de l'Actéon vert. C'est rAcli''(in (Mégant (|ui a fait le sujet des obser- vations anatomi([ues que je vais rapporte)-. L'organisation des Actéons rap]3elle à beaucoup d'égards celle des Zéphyrines, malgré les grandes différences extérieures qui séparent ces deux genres de Mollusques. Chez eux l'orifice buccal est très étroit , et se prolonge en un canal court qui aboutit à la cavité buccale (1) ; celle-ci , au lieu des fortes dents cornées que nous avons trouvées chez la Zéphyrine, renferme une sorte de langue cartilagineuse d'une structure fort singulière : elle se com- pose de pièces articuli'es, dont l'ensemble présente assez bien (I) l'I, 1, n-. II. f; \sii';iiOi'ODi;s i'iii.i';iti;Mi';ni';s. 1/|1 raspofi d'uiip rnloiiiK' vertébrale, dniil les a|)i))iliys('s l'ijini'iisi's seraient très fortes relativement au curps même des vertèbres (1). Cette ressemblance est telle que je crus d'abord cjue c'était bien réellement le sc[uelette de quelque petit ])oisson {(ue j'avais sous les yeux, et qu'il m'a fallu un examen très attentif ('l les termes de comparaison loiu'nis par d'auti'os Mnllusi|ues pour reconnaître savéritalile nature. Cette langue est implantée au fond de la cavité buccale et du côté gauche ; de là elle .se porte en avant, se re- courbe et revient du côté droit jusciu'au fond de la même cavité. Telle est du moins la position dans laquelle je l'ai toujours vue , lorstiue l'animal était contracté et a])lati entn^ les verres du com- presseur ; les mu.-cles de la masse buccale la mettent en mouve- ment. l n ai'.sophage très court et très étroit sr'pare la masse buccale d'une sorte de poche qu'on peut regarder comme l'estomac , et qui en remplit probablement les fonctions (2). Cette poche pré- sente à peu près l'aspect d'une demi-s|)lière , dont la convexité serait toui'iu'e en arrière , et dont la largeur est |)lus considérable f[U(; celle de la masse buccale. Ocs deux côtés de cet estomac sortent deux canaux , dont l'un se ])orte en a\ant jusque près de la bouche , tandis que l'autre, bien plus considérable', arrive en serpentant jusqu'à l'extrémité postérieure (3) ; celui-ci est placé à la base des appendices foliacés , qu'on a pris pour le manteau des Actéons. 11 y a ainsi deux canaux antérieurs et deux posté- rieurs : les premiers n'ont qu'une ou deux ramifications très petites, et portent des deux côtés de petits c;ecums amjHillifoi'mes, (|ui sont ])lacés sur leur trajet comme les feuilles le long d'un l'ameau; ils communiquent ensemble entre les deux tentacules (i). ],es canaux postérieurs donnent tout le long de leui' trajet un grand nombre de branches (ô) ; cesbi'anches ]K' présentent de cie- cums ampulliformes qu'à leur côté aiit(''riein'. I.es troncs d'où elles (1) l'I. l.fig. M, et l'r o, lig. III. (2) PI. i, lig. H, h. (3) PI, 4, fis. ll.r.r. (i] PI, 4,lifr, II, f.5> PI t, (i;;. II, ./,(/, 14'2 A. DK QVATREF.tGKS. — SIR LES MOM.l SOIES émanent fournissent en outre du côté interne deux grands ra- meaux qui se bifurquent et s'étendent sur la ligne médiane (1) ; ils se rejoignent enfin et forment en arrif're une anse , d'où par- tent encore deux autres petits rameaux dirigés d'avant en arrière. A la partie postérieure du corps des Actéons, on voit un or- gane analogue à celui que nous avons signalé chez les Zéphyrincs, mais plus gros et de forme ovoïde (2). 11 m'a également semblé y reconnaître une ouverture , s'ouvrant en arrière entre les replis branchiaux ; de plus , j'ai cru distinguer un canal étroit et sinueux, se rendant de la poche stomacale à cet organe énigmatique. mais que, dans les Actéons connue dans les Zéphyrincs, je suis porté à regarder comme un cloaque (3). Le cerveau de l'Actéon se compose aussi de quatre grandes masses disposées en deux paires latérales, lesquelles sont réunies par une bandelette étroite et mince. Les nerfs qui en partent conservent la disposition symétrique signalée dans l'Eulidine et la Zéphyrine : leur distribution est toute semblable. Je n'ai pu reconnaître l'existence du ganglion et des filets buccaux. L'opacité des parois du corps m'a empêché de porter plus loin ces observations ; toutefois je crois être certain (|u'il n'existe chez les Actéons ni cu'ur , ni vaisseaux, ni organe respiratoire i)ropre- ment dit. Aux caractères zoologi(iui's déjà mentionnés, nous pouvons donc ajouter les suivants, piiiprunlés à l'organisation interne : Bouche (/(iniic d'uiu' laiif/iK' raiiilafjincuse inficchic dans un plan transversal ; une poche stinnacale d'où partent quatre troncs rami- fies ; cerveau compmé de ijuatre masses ijanrjlionnaires disliîictes. Genre AcTÈoxn; {.\cteoiii({ \ob. ). Le nouveau genre que je propose ressemble aux Actéons i)ar l'existence d'un corps court prolongé en quelque sorte en arrière (l)PI. i.rig. II. (2) PI 4. lig. II, c (3) Celle UM-miiiaisoii do l'inteslin dans un tubercule creux rappellerail enlié- remeiil ce (|ue M. Uisso a flil de son Klysie, qu'avec M. Uan;r nouscroxons exln^- niemenl \nisiiie (1rs Aciéons |iro|irenieiil dils. G\STÉIiOI'ODi:S PlILÉBEÎNTÉmiS. 1 /|3 )3ar Ips expansions Iji'ancliialus; mais ici ces derniers organes, au lieu d'être minces eU comme foliacés , sont épais , présentent un rebord arrondi, et se terminent en arrière par une portion com- mune presque conique. Voici , du reste , le résumé des caractères qui peuvent ser\ ir à rcconnaitre les Mollusques appartenant à ce genre : .icléonie [Acleonia). Tète distincle, comme élargie sur les côtés par deux crêtes épaisses qui laissent une échancrure en avant, et se prolongent en arrière pour former deux tentacules assez courts; deux yeux en arrière des tentacules ; corps à peine plus lariii,i:iii;\Tiîiuis. 1/|5 mais il sp dilale (■onsidi''ral)lcnii'nt sur les points occupés par les œufs, et en même temps ses parois s'amincissent. On voit un nom- bre variable d'œufs réunis comme dans une espèce de poche ou de capsule commune, et entourés d'une matière entièrement trans- parente. Ces œufs sont très iné;j;akMm'iil développés. Dans la même capsule, on on voit dont le vitellus, de couleur jaune, est ])res(jue entièrement opaque, et permet à peiiie de distinguer la vésicule de Purkinje (l). I.e diamètre des plus grands atteint en ce cas près de 1/5 de millimètre; mais je dois faire oliservcr ([u'ils n'ont pr(jbal)lenienl ])as ac(|uis encore tout leur dévelo|)pement , |)uis- qu'on n'y distingue ni albLuiiine ni en\ eioppe propre. .\ côté de ces grands vitellus, on en voit d'autres d'une teinte plus pâle et d'un moindre diamètre, d'autres oii les vésicules de Purkinje se montrent entourées à peine de quelques granulations jaunâtres; enfin j'ai rencontn' (|Lii'l((uefois les \ésicules de Purkinje entière- ment isolées (2). Malgré les très grandes ressemblances organif[ues que je crois avoir recomiues entre l'Actéonie et les Actéons proprement dits, je n'en pense pas moins ([ue les caractères extérieurs signalés plus haut autorisent la création de ce nouveau groupe au moins comme sous-genre. (jeiire A.MPnORl.NE {.imi/lwriiia Vol).). Le genre dont nous proposons ici l'établissement présente des rapports évidents avec les ïergipes de Cuvier et les Calliopées de M. d'Orbigny, par la forme d(.'S appendices branchiaux; mais le nombre et la forme des tentacules ne |)ermettent pas de les con- fondre. D'autre part , la forme et la disposition des branchies les distinguent complètement des Flabellines, qui leur ressemblent par le nombre des tentacules, mais ((ui ])orlent en outre des ap- (I) Pt 0, (i-. Mil, c.r. (âj J'ai olisci-vo lies fuils eiUiiToment somljlaljles rlans la formation des a-ufs de cerUliiis Mollusques Acépliules, de plusieurs AuLicMides, etc. Jecoinpte du reste revenir avec délai! sur ce sujet en publiant mes reclierclies sur les Annélides, les Néinerles, etc .!■■ série. Zurn, T I (.Mars ISitl. 10 l/lC) A. DE 4Jl ATUKEAftES. — SI li T.KS MOl.l.l SOI i;,S ppiidices labiaux l'iiniim^ lis Erilidcs ot les C'iaM)lii]p?. Voici les caractères du f.>;eure AiiiplioriiiL' : . I iii]>liorliic ( hii])liiiriiiay Télé bien distincte, plus grosse (jiie le corps, portant (juatre tentacules ; corps plat supporté pur un pieil ijui le ilé]iasse en arrière ; appendices branchiaiw fuslfinmes 'nu ovo'ides , peu nombreux, disposés sur deux liijnes parallèles des deux cok's du corjis ; orifice f/énital ù droite en avant des appendices branchiun.r ; deu.v ijeux placés fort en arrière des ten- tacules postérieurs. Je n'ai observé qu'une espèce appartenant à ce genre, et le seul individu que j'aie eu en ma possession a été trouvé parmi des fucus par M. Camille Dareste , étudiant en médecine, (|iii l'Iait \ciiu me joindre dans l'ile de Brrhat [loiu' étudier les animaux marins. L'Aniplioi'ine d'Albei't [J nijylwrina Jlberti Nob.) (1) n'a guère plus d'un millimètre de longueur. .Sa télé est plus grosse et sur- tout, plus haute ([ue le corps. Celui-ci va en diminuant d'avant en arrière, et se termine par une pointe ellilée. Le pied accom)iagne le corps dans toute son étendue , le dépasse en arrière , mais n'arrive pas tout-à-fait jusqu'à la bouche. Les tentacules anté- rieurs sont en forme de cône allongé , et arrondis à leur extrémité ; l'animal les porte étendus presque horizontalement lorsqu'il marche. Les tentacules postérieurs ont une base large, et sont presque cylindriques ; ils sont aussi plus longs et plus gros que les antérieurs. En arrière , et assez loin de leur base , on voit les yeux ])lacés un peu sur le côté, et d'une couleur vio- lette très foncée. Le nombre des cirrhes branchiaux était de cinq du C(Mé droit et de six du côté gauche. Je présume que , par quelque accident , l'animal avait perdu l'un de ces deux der- niers. Ces cirrhes sont alternativement plus petits et plus grands. Les premiers sont fusiformes . et les seconds presque ovoïdes. Tout l'animal est d'im beau blanc mal , et sa surface semble légèrement rugueuse. On voit seulement un large cercle d'un jaune d'or au milieu des tentacules et vers l'extrémité des cirrlie (1) PI, a, lifc'. V. lies cvsriinoponES piii.iînK\TKRi';s. 147 lirancliiaux. Sur la Vii^uc iiK'diaiir du (Ids, il oxisle aussi une série (le taclu'S di' lurllic coulctu'. I.os Zi'pliynui's, lus Actéons et les Actéonies offrent dans leur appareil digestif une très grande analogie ; mais rAmphorine s'écarte considérablement de ce type. Nous trouvons ici, il est \rai, un orifice extérieur donnant dans une large cavité, ainsi ([ue nous l'avons signalé dans les trois genres ])récédents (1) ; mais la niasse buccale que renferme cette cavité présente des pailicukuilés foutes nouvelles. KWr est d'uni- forme assez réguliè- rement ovoïde (2), et creusée elle-mènic d'une seconde, ca\ité, qui commuiii1.6, (ig. II. (i) PI. B, lig II, 1 . — La (Irsi^'iuilinn des troncs nervcu.t que j'emploie ici est emprunléc ii mon Mémoire sur 1 Éolidine. (Voy. .lu» ifcs .S. nul., i' série, I .\1\, p l'I ; 150 A. Dl': V^'A'I'RI-'PACiES. SUR SKS MOLLlSQlliS interne de la masse ganglionnaire à laquelle il appartient , et la seconde paire {premier nerf lentaculairc (l) ) est beaucoup plus distante de la première. La troisième paire [second nerf tentacu- laire) manque , mais elle est remplacée par un rameau qui part ob.). Je ne connais aucun mollusque de l'ordre des Nudibranches avec lequel on pût confondre les animaux de ce nouveau groupe. On en jugera par l'exposé des caractères suivants : Pavois {relki). Corps liinaciforme porté sur un pied e cerveau des l'avois nous ]5résente un second exemple de la fusion en une seule des deux masses ganglionnaires que, chez l'Eolidine , etc. , nous avons trouvé exister de chaque côté ; cepen- dant cette fusion n'est pas aussi entière que chez les Amphorines, et le ganglion externe ne paraît pas avoir autant perdu dans ce mouvement de contraction {'2). En rcvanciie , le nombre des troncs nerveux qui partent de ce cerveau est considérablement réduit. La première, la seconde et la troisième paire de nerfs sont ici repn''- sent('es ]iar une seule parlant du Ixird ant(''rieur du cerveau (.'i) ; la, (|Uiitrième paire (iicrfdpliiiiic) et le nerf acousti(|ue existent , et leurs origines sont seulement un peu plus éloignées (/|). Aux deux LÙt(''s du ei'rveau , nous truu\ ons les nerfs de la septième paire qui ne paraissent jiasaNoir subi de grands changements (5) ; mais en arrière nous ne trouvons plus (|ue deux paires de nerfs (0). Il est vrai que l'externe se bifurque bientôt , et nous verrons plus loin comment on doit interpréter physiologiqucment cette circonstance anatomique, (1) Voyez dans les Compti'S-ycndns 'septembre 1813] les détails que j'ai com- muniqués sur co sujet à l'Académie des Sciences. (2) PI. 6, fig. III. (3) PI. 6, fi- m, I. (i)Pi. 6,.rig m, i,.i. ; i\f.. (3) PI. 6, fig. 111,7. '6^ PI. «. li;:. lit, 6,(i : 8.8. CASTIÎIIOI'ODKS l'IlI.KHKNTlililîS. 155 D'iipi'L'S CLMiui |)i'écè(le, on \(iit, qur , iiKli-pcndamnii'iit de sps caractères extérieurs , le genre Pavois en présente d'autres qu'on peut résumer ainsi : Masse bvccale renfermant une lanyiie transver- sale ; wsciphafie très Ion;/ ; estomac armé de (juatre mâchoires; in- testin en forme rie sac irrégulièrement boiirsoiijlé ; cerveau ne pré- sentant ([lie deux niasses ilistinctes. Genre Chaude {Chalidis \ol).). Ce genre présente dans ses formes extérieures quelques rap- ports avec les Pavois ; mais il en dilTère surtout parce que le pied , fort petit, n'occupe c[u'une piu'tion de la lace \enti'ale, Chai ide [Chalidis). Corps hnuicipirme . aplati en dessous à la partie aMtérieiire et moi/enne , arrondi et ii peine un peu déprimé dans son tiers postérieur; lélc bien distincte, piuianl , un lieu du tentacules, deux larges crêtes latérales qui se perdent en arrière sur les côtés ; pied arrivant à peine jusqu'à la bouche, et cessant d'être distinct un peu au-delà de la moitié antérieure du corps. Je n'en connais f|u'une seule espèce, la Clialide azinre [Chalidis cœrulea Nob.) (l). Ce petit niollusciue, long à peine de deux millimètres, a les crêtes eéphali(|ues tivs dévelojipécs, et, lorsqu'il marche, il les tient i-clcvées. Son corps est légèrement renflé vers le milieu du dos; aplati en dessous juscjue vers le milieu du ventre, il s'arron- dit peu à peu, et se termine prescjuc en cône mousse. Le pied est à peine mnr(|ué, et toul-à-fait transparent. Le corps cl la tète sont d'un violet foncé. Le bord des crêtes eéphaliques est orné de petites perles blanches ; on en voit aussi quelques unes vers la partie postérieure du corps, doni la teinte passe au grisâtre. Un peu en arrière du milieu du dos, on en voit tiuelques unes d'un jaune d'or. J'ai trouvé plusieurs fois la Clialide azurée dans les fucus où abondaient les Pavois. .Ses habitudes sont exactement les mêmes. L'organisation des Chalidcs est au moins aussi simple ([ue celle I l'I. :i, IL'. VII, 15G A. DK QlA'i'KEFAtiiEfii. SLIl IJiS AIUI.I.L SQLliS des Pavois. A la bouche proprement dite succède une niasse buc- cale d'un volume assez considérable, etpn'senlant une cavité ar- rondie (1). Cette cavité buccale est armée d'un appareil mastica- teur tout diUi'rent de ceux que nous avons décrits jusqu'à ce moment : il est formé de trois branches se réunissant à angle droit sur la ligne médiane et à la portion antérieure du palais (2). Les deux branches latérales se portent d'avant en arrière en suivant la courbure de la cavité, et descendent de chaque côté jusque vers le fond de la cavité ; elles sont légèrement ondulées, et les bords présentent des espèces de pointes très mousses (3). La branche médiane ne s'étend pas aussi loin en arrière; les pointes margi- nales en sont beaucoup j)lus prononcées, et il s'en trouve sur la ligne médiane d'autres plus petites qui correspondent aux pre- mières (4). Ce singulier aj)pareil est extrêmement tlexible, et se prête à tous les mouvements que lui impriment les muscles envi- ronnants. En arrière de cette masse buccale, on trouve un œsophage as- sez long, à parois épaisses , renflé dans son milieu; la cavité qui .se trouve au centre reproduit ces formes extérieures; il aboutit à un sac intestinal formé de deux grandes poches allongées qui s'étendent de chaque côté, d'une extrémité à l'autre de la cavité abdominale, et sont réunies .sur la ligne médiane par un boyau court et gros en communication avec l'o'sophage (5). Ici , non plus que dans les Pavois , je n'ai pu découvrir la moindre trace d'anus. Le cerveau de la Chalide ressemble sous bien des rapports à celui des l'avois ; mais il se rapproche, en outre, de celui de l'Am- |)li(>i'ine par la fusion complète des d(Hix ganglions lati''raux, fusion qui semble se faire en partie aux d(''pens du ganglion externe, ici comme dans le Mollusque que nous venons de nommer (6). Eu (1) PI. l.lip. IV, (,. (2) PI. i, fig. IV. (3) PI. 5, fig. VIII, o,«. (i) Pi. S, fig. VllI, /,. (o) PI. l, lig. IV, ce. (6) PI. 6, lig. IV. r; \sTi';iiOi'ODKs i'iii.i';i!i;\TKrii':s. 157 effet, on \oil qin' li's nerf* npti(|UL's ont leur oi'isine lorl en do- liors, de nièmi' cjne les nerl's acousticjue?, qui sont ici tort courts. Une autie ressenililance avec l'Anipiiori^ie consiste en ce que je n'ai 1)11 (li'terniiner d'une m;inière positive s'il existait une bande- lette complétant le collier crsophagicn, ci jp crois qu'elle nian((ue. D'ailleurs, comme dans les l'avois, il n'y a en avant qu'une seule paire de nerfs, et deux en arrière. Ouant aux nerfs de la septième paire, ils se trouvent ici comme dans l'Amphorine. Nous résumerons de la manière suivante les caractères que nous fournit l'examen anat()mi(|ue des (Ihalides : Masse buccale aiiiioc d' un ajipan'il iiiusliculeiir cardlafjiiiPii.r à trois liranchcs. dont (leur lutc raies cl une médiane [jalatinc: point il' estomac pro- prement dit: intestin forme de deux sacs allonf/és réunis sur la liyne médiane; cerveau composé de dcn.v masses seuleinenl. DElXIËnK PARTIE. niîGANES DES SENS — HISTOGRAPHIE. § I. Ori/anes des sens. Tous les naturalistes accordent aux ani- maux, même à ceux que leur organisation relègue au plus bas de l'échelle, le sens général du toucher. Ils sont é-galement d'accord pour regarder ce sens comme résidant plus particulièrement dans les appendices qui, chez les Mollusques, se voient aux côtés de la bouche ou dans le voisinage de la tète. Les quelques observations qu'il m'a été possible de faire chez des animaux aussi petits et à mouvements aussi lents que ceux que je viens de décrire con- firment celte manière de voir. Il m'a paru, en outre, que les cirrhes branchiaux des Zéphyrines, des Amphorines, étaient également le siège d'une sensibilité tactile assez grande : il suffisait de froisser très légèrement l'un de ces appendices ])our que l'animal s'arrêtât et semblât hésiter dans sa marche. Mais si tous les naturalistes accordent le toucher aux animaux les plus inférieurs , il n'en est pas de même dès qu'il s'agit des autres sens, de la vue, par exemple, et surtout de l'ouïe. Je crois pourtant qui' les ob-er\ntions suivantes laissei'ont peu de doutes lÔH .%. DE Ql-ATREFIOES. — SIR LES MOM.l SOI r.S sur l'existence de res deux sens eliez les animaux f|ui nous oreu- peut(l). Nous avons vu ((ue la pluparl de nos |)etits Alollus((ues étaient nianirestenient sensibles à l'action d(.' la lumière. Nous avons ap- j)elé jjeu.c les p(jiuts colorés placés dans le voisinage de la tète. En examinant ces jjoints à un grossissement cousidéral)le , ils se pn'sentent d'oi'dinaire sous la forme d'amas de pigMiient irrégnliè- reiuent circulaires, au centre des(|uels oji aperçoit un espaci' libre de pigment, et plus ou moins transparent (2). [.ors(|ue l'animal est placé sous le compresseur, on distingue, mais le plus souvent avec quelque peine, un cordon ti'ansparent qui aboutit au-dessous du pigment (3). En faisant varier la position de l'animal, en aug- mentant ou diminuant la pression , en étudiant surtout un grand nombre d'individus, on linil par l'econnaitre ([ue l'amas de pig- ment entoure une sorte de caiisule. à la partie supérieure de la- quelle se trouve une petite sphère li'ansparenle réfi'actant très for- tement la lumière (4). A la base de la capsule s'épanouit un nrrf que j'ai bien des fois suivi jusqu'à son origine à la surface du cer- veau. Cet ap])areil est recouvert par les ti'guments qui, sur ce point, forment une li'gère saillie, et dans l'épaisseur desquels est logée la petite sphère (ô). Il me semble iinpossible de ne pas re- connaître ici tous les caractères d'un appareil destiné à la vision, de ne pas regarder la sphère transparente comme un cristallin , la capsule comme formant le globe de l'œil, le nerf comme jouant le rôle d'un véritable nerf optique. Remarquons en outre qu'ici, ( I ) Mes premières observations relatives aux orpanes des sens chez ces Mollus- qnes datent du mois de septembre I8i2 , et furent faites à Saint- Vast , sur la Zépliyrine, MM. Duvernoy, Milne-Edwards , Doyère , ont eu communication de mes dessins. Si je ne suis pas entré a cet égard dans de grands détails en décrivant l'Éoiidine. c'est que je n'avais pas a ce sujet d'observations faites directement sur cette dernière-, mais dés ce moment je ne doutai pas qu'elle ne fût aussi bien pourvue que les Mollusques voisins, et je suis confirmé dans cette manière de voir par mes rccliercbos de IS'i.'i. (3) m. 6, tig. VII. (î) PI. «,fig. VII. (» PI. 0, lig. V. (;ij PI, ti, lig. VI. .i,u. (;ASTi';ii()PODi;s l'iii.iiBFATÉnKS. tôil comiiin dans rFJciitlu'rie, la natuic sciiil)li' a\uir coiiihiin'' Ir.-; rorps n'IViiigiMils coinnio nous le l'aisons iious-iiièines pour oblciiii- l'a- clironiatisnie. Les téguincuts dans les(|UL'ls se luge le cristallin forment ainsi nne leiitilk' divergente, tandis que le cristallin lui- même doit l'aire cun\ erger fortement les rayons lumineux. Dans rActcon, j'ai cru reconnaître une seconde capsule qui en- vironnerait l'appareil précédent : de plus, le pigment laisserait ici le cristallin presque à nu (1). Les proportions des diverses parties de l'œil varient assez sen- siblement dans nos jietits Mollus(]ues. Le cristallin, dans les l'avois, a l/oO (le millimètre; 1/20 environ dans les Chai ides. Dans l'Acléon, il n'a guère que 1/30 de millimètre ; ici, en outre, le globe de l'œil est beaucoup plus allongé que dans tous les autres. Le nerf optique varie de longueur selon la distance qui sé])are les yeux du cerveau : aussi est-il très 'court dans l'Ampliorine (2), et très long dans les Challdes et les Pavois (3). Toujours il existe vers le milieu de son trajet un rendement semblable à celui c[ue j'ai décrit dans l'Eolidine, et, en arrivant au globe de l'œil, il s'é- ])ate , et présente la forme d'un cône dont la base représente la rétine. Dans le renflement et dans cet épatement , sa substance devient très légèrement globulineuse . tandis qu'elle est transpa- rente et homogène comme du cristal partout ailleurs. L'organe qu'avec M. de Siébold je regarde comme le siège de l'audition chez les Gastéropodes (4) se retrouve chez tous les Mollusques que je viens de décrire (ô). 11 est en communication (Il PI. 6, fig. V. (2| PI. 6, fig. H. (3) PI, 6, fig. III. i'i) Lors de mes premières observations sur le sujet qui nous occupe (septembre et octobre ). Cette petite sphère présente des stries noires, très fines, rayonnantes, résultant de jeux de lu- mière jiroduits par des plans partant de son axe, et selon lesquels elle se divise lorsc[u'on cherche à l'iVi-aser, ainsi (jue l'a fort bien recoimu M. de.Siébold. Elle est dans un état continuel de tréuuila- tion rapide , tel (|u'au premier moment on pourrait croire (|u'el|e tdurne sur elle-même. Ci^ mouvement est bien évidemment sous l'inlluence de la vie, comme la contractilité organique, ])ar exemple , car il ccs.se lorsqu'on a désorganisé suffisamment les tissus. On ne peut donc, dans aucun cas, le confondre avec le (l)?l. fi.fig. H ellifï. III. (2) PL 6, fig. IX. /). (3) PI. «, fiîï. VIII. (4) PI. G, tig. X. (5) PI. 6, fig. IX, c. (6) PI. 6, lig. \\. f (;\sTi':ROPoni;s pin.KnEMÉnKS. Kll simple mouvement brownien; d'ailleurs la grosseur de la s|)hrre s'opposerait à cette explication de son mouvement. § II. Ifi.stiH/iajjliie. Les ((''gnnicnls des Mulhis(|ucs dont je viens de faire l'histoire rappellent prescpie entièrement ceux que j'ai décrits dans l'Éolidine. Chez les Aciéons, les Actéonies et les Am- phorines, je n'ai même pas de différence sensible à signaler ; mais chez les Pavois et les Chalides, j'ai trouvé entre la couche homo- gène trans])arentc externe {cpidenne'/') et la couche granuleu.se interne [ileniie':') une couche de cellules ])arfaitement caractérisée.^. Ci's (■(■lliik's(l) sont de forme allongée, pressées les unes contre les autres; leur diamètre longitudinal est de 1/60 à 1/70 de milli- mètre; le diamètre transversal est environ de 1,150 à 1/200 de millimètre. .Nous trouvons un second exemple très marc[ué de cette structure cellulaire du derme ;i l'extrémité des cirrhes bran- chiaux des Zéphyrines ; là, cette couche, qui est à peine distincte sur le reste du cirrhe, augmente presque subitement d'épaisseur, de manière à avoir jusqu'à 1/30 de millimètre. Alors, de même que dans les Chalides, on \oit sous la couche épidermique une couche de grandes cellules très bien caractérisées, dans l'intérieur desquelles on distingue de petites granulations. Ces cellules, moins allongées que les précédentes, ont jusqu'à 1 50 de millimètre de diamètre transversal (2). Chez tous ces Mollusques, le corps est couvert de cils vibratiles. J'ai déjà dit ailleurs que je regardais ces singuliers organes comme servant à la locomotion des Mollusques, lorsqu'ils sem- blent ramper en prenant un point d'appui sur la surface même du liquide. Je me suis de plus en plus confirmé' dans cette idée en observant .sous un grossissement assez considérable les manœuvres de r.^mphorine. Il ne peut d'ailleurs rester de doute à cet égard lorsqu'on voit les Actéons , les Actéonies, et surtout les Pavois et les Chalides, se mouvoir en tous sens dans le milieu même du li- quide sans faire aucun mouvement apparent , et d'une manière (|)P1. fi. (ig XV, c. (2) PI. fi, Uii. \Vl,n,(/. 3'smp Zn»i. T. I (Mmis IS4i'. Il 162 \. DE QI'ATRKFAtiKS. — SCR I.KS MOI.l.l SQCHS qui rappelle eiitirrement celle de certaines fausses l'iaiiaires, des Néniertes, etc. La matière colorante c[ui donne aux animaux ([ui nous occupent les teintes quelc|uet'ois si vives qu'ils pri'sentent uTa paru exister dans la couclie dermi(|ue. Le plus souvent on dirait f[ue la matière même des granulations est uniformément colonie; mais dans cer- tains cas on trouve aussi des ]iigments distincts, et dont les carac- tères varient. Ainsi, dans rActéonie, ce pigment se présente sous forme de petites plaques irrégulièrement hexagonales, ayantjusqu'à 1/50 de millimètre en diamètre , et formées par la réunion de petits points (Tun violet noii'àti'c (I): ces pla([ues sont séparées par des intei-\ ailes où on n'observe (|u'une légère teinte jaunâtre. I^e pigment l'ouge et violet auciuel les tentacules de l'Actéon élé- gant doivent leurs couleurs est foi'iué d(^ cellules ou vésicules à parois distinctes (2). Ces jiarois sont incolores ; mais on trouve dans leur intérieur une sorte de noyau à peine transparent et d'une vive couleur violacée ou carminée. Le diamètre de ces cellules colorées varie de 1/150 à 1/250 de millimètre; elles semblent communiquer entre elles par un lacis de canalicules irré- guliers ayant au plus 1/900 de millimètre en diamètre : il s'en trouve aussi qui sont entièrement isolées. Je ferai remar- quer en passant la ressemblance frappante que cette disposition offre avec celle des Ostéoplustes (3). C'est aussi dans l'épaisseur du derme f|uesont logées les espèces (1) W. (i, lig XIX. (2) PI. 6, fig. XX. (3) Depuis ta rédaction de ce tjuon \ieiit de lire, .MM. l'revosl de Genève el Lebert ont signalédè.'s faits entièrement seml)lables dans le pigment des grenouilles : ils ont de plus montré que ce pigment provenait toujours de cellules qui, d'abord isolées, se ramifiaient plus tard , ce qui cadre parfaitement avec les détails que j'ai exposés plus haut. Cet accord entre des naturalistes dont les observations ont été laites (1 une manière indépendante, a des époques et dans des circonstances très dissemblables , me semble donner aux résultats obtenus une véritable certitude. Remarquons en outre qu'il résulte de ces faits réunis que le pigment se forme de la même manière chez les Vertèbres et chez les Mollusques Knfin , si on se rap- pelle ce que j ai dit de ces mêmes petits organes chez les Edwardsies et chez les Sjnaples, on sera conduit a étendre ce mode de formation jusiiu'auv Rayonnes I (;\siiîiiOPODi:s I'iii.i;iik\ti';hks. ICt^ (11' vf'vnios f)U piMifsdc (li\i'i-srs n)ii|i'iii-s([ui' ikjus avons signalées (liez plusieurs de nos Mollusc|ucs; nous avons vu qu'elles iHaient bleues, et d'un aspect chatoyant (]ui rappelle un peu celui du clin- quant chez les Actéons. Tel est en clTet leur aspect lorsqu'on les observe à un grossissement de 50 à 60 diamètres et par réflexion ; mais lorsqu'on les examine par trans|iarence , la couleur bleue disparaît, et se trouve remplacée par une teinte très faible d'un jaune orangé ; si bien qu'au premier abord on a quelque peine à reconnaître ces organes. C'est, je crois, la première fois ([ue ce phénomène de la variabilité des teintes, selon qu'on observe par réflexion ou par ri-lVaction , est signalée dans le règne animal. En employant un grossissement plus considérable , on ne tarde pas à se convaincre que ces petites taches colorées ont une tout autre utilité que celle d'orner nos petits Mollusques ; ce sont de véritables organes de sécrétion , chargés probablement de jji-o- duirc la mucosité qui enduit sans cesse le corps de ces animaux. Sous un grossissement de 200 k 300 diamètres , chacune de ces verrues se montre formée par un amas de cellules ovoïdes , pour- vues d'un conduit excréteur qui traverse les téguments et vient s'ouviir à leur surface, où Ton parvient sans trop de peine à dis- tinguer leur orifice. Ces cryptes muqueux sont transparents, ovoïdes, allongés. Dans l'Actéon , ils ont de 1/25 à 1,35 de milli- mètre de long sur 1/60 ou 1/70 de large. La substance qui les remplit est homogène, et d'une teinte orangé pâle. Dans les perles blanches de r.\ctéonie , on trouve des cryptes tout semblables , mais un peu plus gros et surtout moins allongés (1). La substance qui se trouve dans l'intérieur est incolore , granuleuse , et réfracte fortement la lumière. Le conduit excréteur en est sinueux , et n'a pas plus de 1/250 à 1,300 de millimètre de diamètre. J'ai trouvé encore des organes semblables dans le pied de mes Mollusques ; mais ici ils m'ont paru ])lus profondément enfoncés , au moins chez les Chalides , oii j'ai pu les observer a\ec le plus de facilité. Ils sont placés au milieu de la gangue que traversent en tous sens les libres musculaires, comme nous le verrons plus bas (2) ; (I) PI. fi. lii;. XXI. {■>) PI. li.li-. XVII, /-. \C)fl A. DE QIATREFAGES. SIP. I.KS MOLLISOlIiS leur volume m'a ]iaru plus variable et leurs formes ])lus arrondies ; j'en ai vu quelques unes qui m'ont paru manquer de conduit excréteur. Ces diverses observations me semblent justifier pleine- ment la détermination que j'ai donnée des organes d'aspect glan- duleux dont j'ai signalé l'existence parmi les fibres du pied de l'Éolidine. Dans mes précédents Mémoires j'ai cherché avec soin à mon- trer les diverses variations que subit l'élément musculaire; l'exa- men de nos petits Mollusques nous en fournira de nouveaux exemples. En général, on peut dire que, chez tous, l'état dans lequel se présente cet élément rappelle beaucoup ce que j'ai signalé dans l'Éolidine ; mais il semble pourtant devenir de plus en plus rare , et les organes (|u"il l'orme semblent de moins en moins caractérisés à mesure ([u'on les observe dans les espèces qui s'é- loignent le plus du type primitif des Gastéropodes. Ainsi, dans la Zéphyrine , les couches musculaires du pied rappellent entière- ment celles de la même partie dans l'Édlidine ; mais dans le reste (lu C()rp"s , les deux couches sujierposées ne jjré'senteiit |)lus à beau- coup près la même régularité ; en même temps , les libres s'éloi- gnent considérablement les unes des autres et deviennent bcau- cou]) plus rares. Ces libres sont entièrement isolées, semblables à des filaments de cristal traversant la gangue g('Miérale (1) ; leur diamètre est d'environ l/!200 de millimètre, et elles se]réunissent en se soudant les unes aux autres sous des angles divers. Cepen- dant, les deux couches restent distinctes par la direction de leurs fibres , et parce que les fibres de l'une ne se soudent jamais avec les libres de l'autre. Dans les l'avois et les Chalides, les couches musculaires du C(nps deviennent vraiment dilliciles à distinguer. Dans le pied lui-même, (jui, à raison de ses l'onclions. est encore la partie du corps où l'action musculaire est le plus nécessaire, et par consé- quent celle oii les muscles sont le mieux caractérisés, on ne trouve plus qu'une trame irrégulière assez semblable à celle dont j'ai si- gnalé l'existence dans les Synhydres (2). Ces fibres musculaires (I) PI. 6, fig. XVIII, l,,l,.li. (i) PI. 6, fig Wlt, r.c.r. <; \sii:it()iM)i)i:.s l'iii.iiiiii.Miiitiis. 105 ]ii' siiiil |iliis(|iie (les lihiiiiciils ii-i'('f!;uliers, ayaiil à |>i'iiii' dans le iiiilii'ii (Ir leur li;ijet 1/500 di' ]iiilliiiiétre , se soudant les unes aux autri.'s par de larges épaleinents et se croisant dans toutes les dii'ections. Il m'a éti' iiii|)ossil)le ici de distinguer les deux couclies Idiigiliidiiiale et transvei'sale. Ces libres soni d'ailleurs ici, comme dans le reste , des corps dissi'minés dans une gangue granuleuse transparente (1). Je n'ai trouvé de masses musculaires vraiment dignes de ce nom que dans les masses buccales. Ici le jeu des màciioires néces- site une dépense de force considérable , et par conséquent des muscles puissants : aussi l'élément musculaire s'y caractérise-t-il bien dasantage. Cependant, même clie/, la Zépliyrinc, je n'ai trouvé là que de ces muscles en stries , dont les fibres ne se distin- guent que par les jeux de lumière que produit la rélVaclion, et qu'on ne jieut isoler les unes des autres. La ligure ei-j(jinte repi'o- duit assez bien l'aspect de ces muscles (2). La dégradation de la forme sous laquelle peut se montrer l'iHé- ment musculaire se voit encore fort bien dans les cirrhes bran- chiaux . où il forme une couche ])lacée sous les téguments. Dans la Zé|)hyrine , cette couche musculaire consiste en fibres aplaties extrêmement irrégulières (o), et dont on distingue pourtant deux couches , l'une longitudinale , l'autre transversale ; cette dernière est composée de fibres gén(''ralement ])lus faibles que celles ([u'on trouve dans la pi'emière , fait ([ue nous avons rencontré partout où nous avons eu à distinguer deux couches destinées aux mêmes fonctions c|ue celles-ci. Dans l'une et dans l'autre ces fibres sont entièrement trans])arentes et homogènes: leur tissu présente seu- lement çà et. là quelques petites granulations, et il devient globu- leux aux points d'attache des diverses fibres entre elles. L'intestin, quelle que soit d'ailleurs ,sa forme, m'a toujours sem- blé coiriposé d'au moins une couche musculaire comprise entre deux couches transparentes et homogènes , dont l'externe repré- sente le pi'ritoine et l'interne la muqueuse. Cette dernière est fil l'I, i;,liK- XVII pt XVIll, n.a.ii. 2) PI. li, fi^. XXII. ,.i, ri. (i, lig. XVI. r,e,c. H)() A. DK <}rATRHI-'A«K«. — SI li l.KS MOI.I.I SOI KS couverte de cils vibratilos (jui, dans l'œsophage en particulier, sont sou\ent très faciles à apercevoir : on les voit par nionients s'agiter , en produisant k l'œil l'eiïet qui résulterait de touffes d'herbes allongées mises en mouvement par un courant très rapide. Le liquide que renferme la cavité générale du corps rappelle entièrement celui de l'Éolidine ; il est transparent , et l'on y voit de petits corps irrégulièrement arrondis et mamelonnés , plus denses, et réfractant plus fortement la lumière. Ce liquide res- semble donc entièrement au sang d'un grand nombre d'Inver- tébrés. Le sac intestinal de mes Mollusques ne m'a jamais rien mon- tré qui permît de juger du genre de leur nourriture ; il était ordi- nairement rempli par un li(iuide incolore , où nageaient de nom- breux corpuscules de naluiM^ indéterminée. Dans les Chalides , j'ai trouv('' ce liquide prescjuc semblable à une énuilsion , et rem- pli de granulations assez régulières de 1/200 de millimètre au plu? (Tmi jaune roussàtrepar transparence. l'our terminer l'exposé de ces notes relatives à riiistologie de mes petits Mollusques, il me reste à dire un mol de la structure des ovaires. J>es parois de ces organes, examinées dans une Ac- téonie i^n ('tat de gestation . |irésentent une structure franclK^nenl cellulaire. On distingue extérieurement une couche transparente , probablement une sorte de couche péritonéale (I) ; mais toute la substance de l'ovaire est composée de cellules irrégulièrement hexagonales assez égales entre elles , et dont le diamètre est d'en- viron 1/75 de millimètre. La substance qu'elle renferme réfracte la lumière à la manière des liMitilles divergentes (2) : ce (|ui pour- rait induire en erreur au premier coup d'n'il , et faire admettre l'existence d'un nucléus dont je n'ai d'ailleurs trouvé aucune trace. (I)P1. 6, lig. XIV, a. (2) l'I. 6, lig XIV, b. (..vsiiiitol'olJi.s l'iii.iiiii'.Mi.itii.s. 107 rKOI'iilK.nK P.tltTIE. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. — AFFINITÉS ZOOLOGigUES. Les Mollusques dont je viens de faire riiistf)ire me semblent mériter toute l'attention des zoologistes. Voisins d'animaux cjue tous les natinalistes placent dans la classe des Gastéropodes, nous les voyons conserver le caractère extérieur et le faciès général d'où est tiré le nom de ce grand groupe ; mais en même temps nous voyons leur organisation s'écarter de telle sorte du type pri- mitif , que les principaux appareils de la vie se modifient profon- dément , et que deux de ceux qu'on regarde généralement comme essentiels à l'embranchement disparaissent complètement. Dans l'Éolidine, l'appareil circulatoire se réduit à un cœur et des ai'tères : les veines dis))araissent , et avec elles les oi-ganes res|)i- ratoires proprement dits. Ils sont supjMéés par un tube intestinal (lui n'i'st plus chargé seulement d'extraire des aliments un rlii/lc propre à emùchir de nouveau le sang apprauvi , mais ([ui doit en outre faii-e subir au produit de la digestion un degré de plus de préparation, et le soumettre immédiatement au contact de l'air ; les organes de la digestion sont donc chargés en partie des fonctions respiratoires. Dans la Zéphyrine, dans les Actéons et l'Actéonie, le co'ur, qui, dans l'Éolidine, ne remplissait plus que les fonctions d'iui agent de mélange, disparaît , et entraine avec lui le reste de ra|)pareil circulatoire. Le tulx" digestif se ramifie encore plus que dans l'Eolidine; il ])résente des mouvements (jui rappellent les pulsations du cu'ur. l^'s fuiiclions de la respiration semblent lui être entièrement dévolues ; mais probablement que di'jii la peau en général acquiert sous ce rapport une grande importance , et que la respiration n'est pas localisée uniquement dans les cirrhes branchiaux. Dans l'Amphorine, nous voyons ces ramifications di- minuer de nombre en augmentant de volume, disposition qui doit entraîner une plus grande partici|)ation de la peau aux actes respiratoires; mais il existe encore des appendices extérieurs dans lesquels pénètre l'intestin : et quel ipie soit le lôle <|ue jouent les 168 .\. Dt: QIATBEFAWES. — ■ SUi I.liS MOI.I.lSOUiS téguments clans la respiration , cette tonctiun ne leur a])partient pas encore en entier. Enfin, dans les Pavois et les Chalides, tout appendice extérieur disparaît ; l'intestin semble se concentrer en une ou deux grandes poches : il en revient probablement à n'agir que très secondairement dans la respiration , et la peau seule reste chargée de cette importante fonction. Ainsi le fait qui domine dans les modifications qu'a éprouvées le type des flastéropodes pour donner naissance aux Mollusques que nous venons d'examiner, c'est le transport des fonctions res- piratoires aux organes d'alimentation et aux téguments, c'est-à- dire qu'une fonction qui , chez les Gastéropodes ordinaires , s'exé- cute à l'aide d'appareils spéciaux, s'ajoute ici h celles dont sont déjà chargés d'autres organes. Ces considérations nous permettent d'apprécier avec justesse les affinités zoologiques de nos Mollusques. Rappelons d'abord deux principes développés surtout par M. Milne-Edwards, et dont l'iii!- portance nous semble n'avoir pas été suffisamment sentie jiis([u"ici. On peut, je crois, les formuler ainsi : i" Tout animal est d'autant plus élevi'' dans ri''clicll(.^ des êtres que chez lui la dixisinn du tra- vail fonctionnel est |jortée plus loin. 2" Toutes les fois ([u'un ani- mal s'écarte de son type primitif et se modifie de telle sorte que, les fonctions demeurant les mêmes, le nombre des a]ipar(^ils des- tinés à leur accom|ilissement diminue, cet animal se défjrcule ; il devient animal inférieur relativement aux autres êtres qui déri- vent du même type. Or, les Éolidincs, les Calliojx'es, les Zéphyrines, etc., sont si bien des Mollusques Ciastéropodes par leurs formes extérieures, que tous les naturalistes les ont rapportées à ce grand groupe. On aurait rertainemeiit assigiK'' la même place aux Pavois et aux Chalides; cependant les caractères anatomitiues de ces animaux les excluent non seulement de la classe des (iastéropodes , mais encore de reml)i'anchement des Mollusques. Mais nous avons vu que ces caractères nouveaux résultaient de la disparition des appareils circulatoire et respiratoire, de la dif- fusion du liquide nourricier dans la cavité générale, du transport des fonctions de respiration aux organes digestif et cutané. Nous (;Asiiiiioi'oi)i:s i'in,i':i!i;.\riîi\iis. KH) t|t'\(iiis (Idiic , d'après ce qui priV-rdo , rogardr-r mis uMimau\, non pascdmmo formant uno classe rt un onibrancliemi'nl distincts, mais seulement eomme des Molliisi/nrs Gastéropodes ilv(jr(iilés , c'csl-;i-dirc des Gastéropodes inférieurs. L'embranchement- des Mollusques nous offre di'jà un exemple de cette défjradali(jn de type dans les Ascidies composées. Dans rembranclicment des Annelés, la classe des Crustac/'s nous en présente un second encore plus frappant , et qui i)robablement offre une très grande analogie avec ce qui existe chez les Gastc- l'opodes. Dans l'ordre des Entomostracés, nous trouvons une dé- gradation déplus en plus prononcée du type primitif , et la série (jui en résulte, bien ([ue n'ayant pas encore été étudiée avec détail jusque dans ses derniers ternies, est ])oiu'tant di'-jà t'ort nombreuse. Or, je crois que tous les zoologistes s'accordent à regarder les Entomostracés comme formant un groupe distinct. La manière la ]ilus rationnelle de leur assigner une place dans la nomenclature est de les considérer comme un ordre de la classe des Crustacés. Nous pourrons donc agir de même pour nos Gastéropodes infé- rieurs, et les rihniir dans un ordre particulier de la classe à la- (|uelle ils a]iparli(Muient, ordn^ pour lec|uel je proijose le nom de i'lilébentéi'('>s {l'hli'ljenterata \ob.). Plusieurs genres déjà coninis de Mollusques Gastéropodes me paraissent devoir prendre place dans ce nouveau grou|)e. Je cite- rai en particulier les Cavolines, les Eolides, les Calliopées, les Tergipes, les Glaucus , etc. Il est probable que tous ces genres et ceux qu'on découvrira par la suite ne se rapportei'ont pas exacte- ment au même type lorsqu'on connaîtra suffisannncnt leur orga- nisation, et (|ue l'ordre des Phlébentérés devra se diviser en plu- sieurs familli'S. xNous pouvons dès à piv'sent en (''tablir deux bien distinctes. Dans l'une, les fonctions respiratoires sont exercées, au moins en grande partie, ])ar l'intestin ; dans l'autre, ce sont les téguments seuls qui en sont chargés. Ces différences physiologi- ques se traduisent ail-dehors par des caractères tranchés. Le tube digestif des animaux appartenant à la première famille est plus ou moins ramifié , et ses divisions se prolongent en cœcums dans des appendices extérieurs de nombre et de forme variables. J>'in- 170 A. I»E V>''l'l'KEFAUt:!!>. SLU LES MOI.LlSyllES testiii des animaux appartenant à la seconde lamille est , au con- traire , fort simple : il consiste en un petit nombre de grandes poches contenues dans la cavité abdominale, et il n'y a plus d'ap- pendices extérieurs : de là les noms d'Enlérobranches [Enterobran- chiala) et de Dermobranches [Dcrmobranchiatu) que je propose pour ces deux groupes secondaires. De ces deux familles, la première est jusqu'à présent de beau- coup la plus nombreuse. Indépendamment des Éolidines, des Zéphyrincs, des Amphorines , elle renferme à coup sûr les Éo- lides , d'après le Mémoire de MM. Aider et Hancock; puis les Calliopées , d'après ce que nous a appris M. Milne-Edwards , et probablement les Cavolines, les Glaucus et tous les autres genres \ oisins. C'est aussi à ce groupe que je rajjporterai les Actéons et les Actéonies. En elîet, ces deux genres possèdent le caractère es- sentiel, la ramification de riiUesliii , et dillèrent des genres que je viens de nommer, surtout en ce que chez eux les appendices , au lieu d'être isoh'-s, sont réunis et pour ainsi dire soudés de manière à tbrnier une sorte de rame lat(''rale. On [iDurrait les r('uiiir dans une tribu particulière en y joignant les iMacubranches,aveclesquels, comme l'a fort bien observi- M. Sander Rang, les Actéons parais- sent avoir une grande alliiiili'. Cette trii)u poui'rait pvi'iidre h' nom de Réniibranclies [llcinibranchiald). Jia seconde lamille ne renferme que deux genres, les Pavois et les Chalidcs, et n'a nul besoin d'être sous-divisée en tribus. \m tableau sui\ ani présente le résumé des divisions ((ue je viens d'indi(|uer. (;Asrrîi\<)i'()i)i;s l'iiiiinnNiiinKS. 171 ORDRE. FAMILLES. ri\inUS. CENRES. Eolide. Eoliiline. ,, j • i. , i Zc'plivrine. /Appendices isoles, plus ou moins I , ; I '^r •! 1 Amphorine. ( nombreux. \ n ir ■ _ . \ Lalliopee. , Intestin ramifié A ENrenouBANCiiKs prophemem dits i ^,„,„,y„ç , Mollusques , i"","'='^' ' , dans des ap-, gastéropodes ^^^^^.^^^ ^^j',,^ se prolongeant! f (;;„„(■„«.? /;/(■. 1 . l rieurs. . circulation \i7^.rj„nBnANCiiES. f Appendices réunis en forme de iinpartaite ^ \ rames ou nulle , j \^ ENTlinoBll.\SCIIES RhMlUR.lNCllES privés d'organes respiratoires Jlmpslin trcssim-\ Iiroprement I I |)le , on forme I de poches peu / dits. f ''« V""'^^^ P«^^" r ( Pavois (j [ nonilireuses. Phlébemérés l'»'"' fl'.'iPP'-n- <•■ r nonilireuses. > ■ ,., ,. , ^ i.,-., ,1., ,, f I (.lialide. die. extérieurs. \ Deiimodrasches On voit ([uo l'iirdre des Gastéropodes Plilt''bentérésr'ompfpnd lin certain nonibfo de Mollusques plaei's ]iar Cuvier dans ses Nudi- branches, mollusciues que l'illustre auteur du lUijnc animal n'a- vait, pu distinguer conipl(''tement des Deris et autres genres voi- sins, faute de connaître suirisaiiinient leur organisation. M. de Blainvillc (Hait arrivé . par des considérations d'une autre nature, à établir son ordre des Polybranches, dont une des l'ainillcs , celle' des Polybranches télracères , correspond exactement k notre tribu des Entérobranches proprement dits. Malgré cette similitude, je n'ai pas cru pouvoir conserver ici le nom donné à ce groupe par M. de Blain\ille , parce que ce nom est emprunté à un caractère uniquement comparatif, et destiné à dilléreiuier la ).)remière famille des Polybranches de la seconde famille, celle des Dicrres. Je ne serais, au reste, nullement surpris de voir rentrer dans les Phlébentérés quelques uns des Mollusques rangés par M. de Blainville dans la famille des J'oh/hranrlips ilicéirs. En elTet , en étudiant avec soin les anatomies (|ue Cuvier a données de la Syllée et des Théthys, il m'a semblé reconnaître (|uc les animaux de CCS deu.\ genres oll'raient (.le grandes analogies avec ce que j'ai 172 A. »K 4jl ATREVAtiES. — SI li I.liS llUI.I.LSQLliS dôcrit dans le iM('nioire arfuel. La principale dilTémnce consiste- rait dans la pn'sence d'un grand t'oie aiidoniina! . foie dont nous n'avons rcnconti'é l'analogue dans aucun de nos Phlébentérés. Peut-être, en étudiant de nouveau ces Mollusc[ucs avec les nou- veaux termes de comparaison df)nt nous disposons aujourd'hui , trouverons-nous dans les deux genres que je viens de nommer le chaînon intermédiaire destiné à rattacher les Mollusques phlében- térés aux autres Nudibranches. Si cette prévision venait h se réa- liser, on voit que l'ordre des Phlébentérés absorberait les Poly- branches do M. de Blainville, à l'exception des Tritonies, qui sont bien de véritables Nudibranches. Néanmoins l'ordre des Pohj- lirimches ne saurait être conservé tel qu'il a été' caractérisé par le ci'lèbre naturaliste que je \ iens de citer : car il ne comprendrait ni la tribu îles Enlérobranclies Hémibranches ni la famille des- Dermobranches. Dans le tableau r[ui précède, j'ai réuni dans la même tribu l'Éo- lidine, la Zéphyrinc, les Calliopécs, etc. : c'est uniquement. ])our ne pas multiplier les divisions outre mesure. 11 est probable, en ctret, ([u'on devra former un groupe à part pour ceux de ces Mol- lusques qui ])réscnteront un tube digestif à tronc central pourvu de branches latérales, et qui possèdent encore un cœur et des ar- lèi'es. Toutefois nous ne devons pas nous exag(''rer l'importance de ce derniiM' caractère. Dès l'instant que le (-(rur n'est plus, comme "dans l'Eolidine, (|u'un instrument destiné à. agiter et à mélajiger, pour ainsi dire nH'canif|uement. la masse sanguine, on ne peut le regarder comme remplissant un rôle aussi élevé que lorsqu'il est le point de départ de deux cercles circulatoires, et (jue la respira- ti(in, et par suite la nutriti(ni, sont directement sous sa dépen- dance : aussi le voyons-nous manquer ici dans des animaux très voisins sans que sa disparition entraîne de grandes modifications organiijues. C'est là un exem|)le frappant de la variabilité d'im- portance ([ue peuvent ]3résenter les organes et les fonctions (|ui s'y rattachent. C'est en outre un de ces faits qui prouventqu'on ne saurait établir de classifications vraiment naturelles en attribuant au même appareil organique pris comme caractère la môme valeur dans tout le règne animal. f; \STi!iioi'oni;s iMii.iiiii;N'n:iiKS. I7.'^> Il osl sans diiuti' iiiiililc i.\r l'aiiv iciiian|ai'i- ici la dégradation progi'('ssi\e que j)n''S(3ii(ent les MullLis(|ues dunt j'ai fait l'histoire, depuis J'ÉuJidiiie jusqu'aux Chalides. H manque certainement des termes intermédiaires, que nous découvrirons peut-être un jour ; mais il est permis de penser que le type des Gastéropodes ne pour- rait pas subir de simplification plus grande sans se dénaturer com- |)létement et donner naissance à un type nouveau. C'est, enelVet. ce qui a lieu très probablement. Au-delà des Chalides, j'ai trouM'' des animaiL\ pi'ésentant avec elles de grandes analogies, mais si- rattachant aussi aux Planaires et aux Infusoires, a\ec les((uels on les a jus(|u'ici conlondus. Mais j'ai besoin de ciim|)léter les l'e- cherches que j'ai déjà faites sur ces derniers représentants du type des Gastéropodes avant de rien publier sur ce sujet. Dans le Mémoire c|ue j'ai publié sui' l'Étjlitline, j'ai fait ressortir les rappoi'ts cjui existent entre ce Mollusque et les Rayonnes ou les Articulés. Sans répéter ce que j'ai dit à cet égard, j'ajouterai que les points de ressemblance se multiplient par suite des nou- veaux faits c[ue je \iens d'exposer. L'estomac aveugle des Zéphy- rines, des Actéons, des Actéonies, d'où partent les ramifications à la fois intestinales et respiratoires, ra|)pelle exactement ce qui se voit chez la pliipail des Médusaires. La même réfiexion ^'ap- pli([ue à l'Amphorine, où l'eslomac n'existe ])as, et où la division de l'intestin commence dès la niasse buccale elle-même, dont la cavité remplit très probablement les fonctions du viscère qui a disparu. Les rapports avec l'embranchement des Annelés se maintiennent également bien dans toute notre série de Molluscjues, par suite de la disposition symétrique et binaire de toutes les parties, à l'ex- ception toutefois de l'appareil reproducteur, ((ui, ici, comme chez rÉolidinc, fait seul exception à la tendance gé'nérale. Nous trou- vons même ici des termes de rapprochement qui manquaient chez l'Eolidine. Telles sont, en particulier, l'existence des mâchoires latérales qui arment la masse buccale, et surtout les dents cornées, fortes et tranchantes de la Zéphyrine, qui rappellent à la fois les mandibules de certains Insectes et les dents de quelques Annélides: aussi est-ce avec ces derniers que la famille des Rnti'robranches ■17/| A. »E QrATREF.lUEJÏ. — SI U I.lîS .MOI.l.l SQIKS présente le plus d'affinité. Les Dermobranclies , par leur organi- sation plus simple, ])ar leur forme générale , par la disposition de leur appareil digestif, par leur corps entièrement couvert de cils vibratiles, se rapprochent, au contraire, des Annelés inférieurs, des Némertes et des Planaires. On a vu que dans l'Éolidine il existait autour des cœcums ab- dominaux une substance particulière qui en épaississait considéra- blement les parois, et que j'ai cru pouvoir regarder comme le foie. On retrouve f[uelque chose d'analogue dans les genres que je viens de décrire, et le tissu des rames latérales des Actéons m'a semblé formé précisément par cette substance. Les petits cœcums très multipliés qui couvrent comme des espèces de villosités l'intestin et les grands co'cums des Amphorines. rappellent la forme externe sous laquelle se montrent les appareils glandulaires réduits à leur plus sim]ile expression. Dans les l'avois et les Chalides, mais surtout dans les premiers, les parois du sac intestinal sont opaques et épaisses, et je crois qu'elles sont réellement enveloppées par le foie, qui ne formerait ainsi c[u'une lame. Si ces conjectures sont vraies, on voit ciue ce viscère subirait en quelque sorte toutes les vicissitudes de l'intestin , et se vamifierait ou se contracterait en même temps que lui. Au reste, ce fait serait une conséquence de l'annihilation de la circulation. Le foie , qui est en rapport, d'une part, avec cette fonction , et, d'autre part, avec la diges- tion, doit être entièrement sous la dépendance de cette dernière fonction du moment que la première disparaît. M. Alilne-Edwards a remarqué le premier que la dégradation du type des Mollusques semble entraîner la concentration des masses nerveuses cérébrales vers la face supérieure du corps , tandis que, chez les Annelés, cette même dégradation s'accom- pagne d'une disposition contraire , les centres nerveux se portant à. la face inférieure. Dans le résumé que j'ai publié de mes re- cherches sur les Némertes, j'ai fait connaître un exemple remar- quable qui vient à l'appui de cette proposition eu ce qui touche aux Annelés. Le Mémoire actuel nous en présente mi second non moins frappant, relatif aux Mollusques. Déjà, dans l'Rolidine, cette tendance était nKiiiifrste : elle se pronnncr^ (huantage dans les Zé- r; ASTiînopoDKS i'iii.kdkmkuiLs. 175 phyrines, les Actéons, les Actéonies, par la disparition thi saii- glionbucral. Enfui elle est portée à son maximum dans l'Amplio- rino, oii les deux ganglions latéraux se fondent en un seul, et surtout dans les Pavois et les Chalides, oii la bandelette sous- œsophagienne n'existe niiMiie ])1lis, spIoii toute a))parence, ce qui rend le collier a-sopliagien incomplet pii (lessoit.s. On voit qu'il y a ici un parfait antagonisme avec ce qu'on trouve chez les N'é- mertes, où c'est, au contraire, en dessus que le collier œsophagien reste incom])let. Si la plus grande concentration des masses cérébrales vers la face dorsale du corps est un signe d'infériorité chez les Mollusques, nous devrons considérer l'Amphorine comme ])lacéc au-dessous des Éolidines, des Zéphyrines, des Actéons et des Actéonies. Nous trouvons, en elfet, que le reste de son organisation s'accorde avec cette manière de voir. Son appareil digestif est beaucoup plus simi)le; les ramifications en sont moins nombreuses ; mais surtout il est grandement simplifié par l'absence de l'estomac , dont les fonctions s'ajoutent très probablement à celles de la cavité de la masse buccale. ÎNous trouvons en outre déjà que les troncs ner- veux c[ui partent du cerveau sont moins nombreux que dans les genres précédents. Mais c'est surtout dans les Pavois et les Cha- lides que cette réduction va le plus loin, et cette circonstance s'ac- compagne de toutes les autres qui indiquent des animaux réelle- ment inférieurs. Ainsi , pour n'en rappeler qu'un exemple, nous avons signalé dans ces deux derniers genres la fusion des nerfs de la sixième et de la huitième paire, c'est-à-dire de ceux qui , chez l'Éolidine , se rendent , l'un à l'appareil gastro-respiratoii'e,- l'autre aux téguments. Ce fait anatoinique s'explique aisément : ici , où les fonctions de la respiration appartiennent aux organes cutanés, où il y a réunion de deux fonctions, il n'est pas étonnant de voir les nerl's, ([ui présidaient isolément à leur accomplissement lorsqu'elles étaient distinctes, subir la même loi et se réunir en un seul dès qu'elles-mêmes semblent se confondre sur un mr^me point de l'organisme. Dans aucune des considérations précédentes, je n'ai fait entrer l'u ligne dr compte rabspiiei' ou la pr(''sence de l'anus, non plus 176 \. DE ir l'orifice anal , alor.s même qu'il existe bien r(''clleinent ; l'inijjossibilité où je me suis trouvé de distinguer la |)ortion rectale de l'intestin , nous apprennent au moins que cette ])ortion du tube digestif doit être d'un très petit calibre. Nous trouvons ici une confirmation de plus des analogies déjà tant de fois signalées par nous, entre les Mollusques Phlében- térés et les Annelés. En effet, sous ce rapport, l'organisation de nos Gastéropodes se rapproche singulièrement de ce (lu'on \oit chez les Sangsues, chez certaines Planaires , chez les Nymplions. La ressemblance deviendra surtout frapiiante , si on suppose que dans l'Amphorine un canal étroit .*e rend de la masse buccale aux organes énigmali(|ues placés en arrière, on passant entre les deux grands sacs lati'raux. En cHet , cette organisation rappellerait presque entièrement la disposition de la partie postérieure du tube digestif dans les Sangsues. Le Mémoire c|u'on \ient de lire ('tail termine'' dejiuis ]ilus d'un mois et les planches étaient h la gravure , lorsque j'ai eu connais- sance de la Notice de MM. .Toshua Aider et Albany Ifancock (1). J'ai vu avec grand plaisir que les observations recueillies par les (1) Notice of a Britisli species of CuUiopœii (d'Orliigny) and of four lunv spf- cies of Enli.i, wilh oliservalions of tlie develnppemenl and structure of Niidibran- chiate Mollusca ; by .losliua Aider and Albany Hancocli, Esqrs. — The Anniils and Hliigiiziiienf luihinil liisloni. Octob. 1813. (aSTlÎROI'ODKS l'IILÉBKNTlÎRKS. 177 deux savants anglais confirmaient presque, tous les poinis essen- tiels de la description ([ue jai donnée de l'Éolidine. Ces messieurs l'ont toutefois quelques remarques auxquelles je demande laper- mission de répondre. MM. Aider et Hancock regardent l'Éolidine paradoxale comme appartenant au genre Éolidc : ils la raj:iprochent d'une des es- pèces qu'ils ont décrites. Mais je ferai remar([iier que l'Éolidine manque de tentacules latéraux on labiaux , ainsi ((ue je l'ai dit dans la caractéristique du genre ; et tous les zoologistes ont jus- ((u'à présent considéré la présence ou l'absence de ces appen- dices comme fournissant des caractères vraiment généri(|ues. Les savants anglais assurent que l'aïuischez lesÉolides se trouve placé sur le côté , mais sans entrer à cet égard dans les détails qui auraient pu nous indiquer les rapports de cet orifice et de la por- tion d'intestin qui le précède immédiatement avec l'appareil gastro- vasculaire. Ces messieurs n'auraient-ils pas pris l'orifice génital pour l'anus? Leur opinion fùt-elle vraie pour l'Éolidine, pourrait- on l'appliquer aux Mollusques que je viens de décrire dans ce Mé- moire actuel ? Je ne le crois pas. 11 est évident que ce groupe de Molkiscjues encore trop peu étudié renferme des organisations très diverses, et je crois que ce n'est qu'avec beaucoup de prudence que l'on doit conclure d'une espèce à l'autre , alors même que les formes extérieures présentent le plus de ressemblance. Les carac- tères extérieurs des Chalides sont presque les mêmes que ceux des Actéonies , et pourtant on a pu voir combien il y avait de diffé- rences réelles entre ces deux genres. Quoi' qu'il en soit , j'ai déjà dit plus haut comment et pourquoi la question de l'existence et de la position de l'anus dans les Mollusques Phlébentérés me semblait devoir être réservée jusqu'à plus ample informé (1). Les naturalistes anglais observent que je parais avoir entière- ment méconnu les organes de l'audition. Ils ont raison en ce qui (I) Ainsi que je l'ai dit plus liaut, M. Milne-Edwards a vu de la manière la plus positive l'anus placé sur le dos et sur la ligne médiane chez un Mollusque Ires voisin de ma Zéphyrine. Le croquis qu'il a bien voulu me montrer ne laisse aucun doute à cet égard. Cette observation vient confirmer ma manière de \oir. en même temps qu'elle infirme celle de MM Aider ol Hancock :i' série. Zooi., T. I ,Mar.- ISll,. li 178 A. DE QUATREFAliES. — SIR LES MOLLUSOl'ES concerne l'Éolidine ; mais j'avais reconnu leur présence dès 1812 chez les Actéonset les Zéphyrines. J'ai montré les dessins qui les représentaient à MM. Milne-Edwards , Duvernoy , Doyère , après mon retour de Saint-Yast-la-Hougue ; mais à, cette époque je n'avais pu suivre le nerf acoustique jusqu'à son origine dans le cerveau, et ne connaissant pas encore le travail de Siébold sur l'organe auditif des Gastéropodes , je n'avais pas voulu publier mes observations avant d'être bien certain que cet organe, quel ciu'il fût, communiquait avec le grand centre nerveux. Cette con- duite était la conséquence de la règle que je me suis imposée ,' de faire imprimer le moins possible d'observations incomplètes. Des motifs semblables m'empêchèrent d'entrer dans de grands détails l'elativement aux yeux de l'Éolidine ; je n'ai décrit et figuré que ce que j'avais vu chez cet animal. Cependant j'avais dès cette époque le dessin ci-joint (1) de l'oeil de la Zéphyrine ; mais je vou- lais être bien certain , en multipliant mes observations , que je n'avais pas été trompé par quelque illusion d'optique. La ques- tion me paraissait valoir la peine d'être mûrement examinée. Tant de naturalistes ont nié l'existence d'yeux proprement dits chez les animaux inférieurs , que je croyais ne devoir pas risquer d'encourir ici le reproche de légèreté , en publiant des faits dont l'exactitude m'aurait laissé le moindre doute. Les différences d'organisation que j'ai signalées dans ce Mé- moire me portent à admettre qu'il peut en exister encore de tout aussi considérables parmi les Phlébentérés que je n'ai pu étudier. Cette considération me fait grandement hésiter à regarder comme une erreur ce que MM. Aider et Hancock disent de l'orifice qui se trouverait, selon eux, à l'extrémité des papilles, ou cirrhes bran- chiaux des Éolides. Je n'ai rien aperçu de semblable dans l'Éoli- dine. Cette disposition anatomicfue ne saurait exister dans ceux de ces Mollusques où les cœcums gastro-\asculaires se terminent à une certaine distance de l'extrémité du tube qui les renferme sans y tenir par aucun pro\ongemcnt (Zéphyrines, Amphorines) ; encore moins pout-on admettre qu'il existe quelque chose de sem- (1)P1. G, fig, V. (asTiinopoDi-s i'iilébiîntkrés. 17*.I bhibli- clipz les l'avois et les Clialides. Les naturalistes anglais n'auraieiit-ils pas été trompés par la di/flueiicc de l'animal qu'ils examinaient ? Lors([u'on n'est pas tn''s familiarisé avec l'étude des animaux inférieurs , on pourrait croire bien souvent qu'il y a crpuhioii . alors qu'il y a seulement affaiblissement de la vie , et par suite désagrégation, rliffluencc , d'une partie de leur corps. Toutefois , je n'expose ici que des doutes; mais si le fait avancé par ces messieurs était reconnu exact , je crois qu'il me serait per- mis d'y voir une confirmation des analogies que j'ai signalées entre les Eolidines et les Méduses , analogies que les naturalistes anglais semblent portés îf. contester; car, dans ce cas, il y aurait chez les unes et les autres un orifice buccal , un estomac , un intestin ramifié , et autant d'anus pour ainsi dire qu'il y a de i-amuscules extrêmes dans l'appareil digestif. E\PLICATIO\ DES PLANCHES. PLA>CIIE 3. Fig. I. — Zéphïrixe. Kig. II. — AcTÉos vERi [Acteoit viridis, Oken ; Aplysia viriclis, MonI ) Fig. m. — AcTtox ÉLÉGANT {^Acleoii cfpgaiis). Fig. IV. — AcTÉOMF. sÉNESTBE [Acleuiiiu seneslra). Fig. V. — AsiPHORisE d'Albebt [AmphoriiHi Alberti). rig VI. — Pavois couhosné [Pella cornnala). Fig. Vil. — CnALiDE AZURÉE [Cliulidis rœruleii). l'Lwcni! h. Fig. I. Orgaiiisathu dex Z(^phyriiies. — ri, masse buccale montrant ses deux fortes dents latérales; (/, poche stomacale d'où partent les grands troncs gaslro-vasculaires: c,c, les troncs gastro-vasculaires ; rf,(', ramifications du système gaslro-vasculaire qui pénètrent dans les appendices respiratoires; e, organe indéterminé {cUmiiuc' — Par erreur du graveur, il est marquée dans la figure); (, cerveau. Fig. II. OrgauisutiuH des Actions. — h, masse buccale dans l'intérieur de laquelle on distingue la langue cartilagineuse latérale; 6, poche stomacale; (■,!■, les troncs gastro-vasculaires; d,d, leurs raniifications et leur terminaison (Ml cnecums (sur lanimal vivant et libre ce» cnxunis sont plus multipliés et 180 A. DE QL'ATREFAGES. — SUR LES MOI.r.CSQCES plus rapprochés (iiio dans la ligure ci-jointe); c, organe indéterminé {ckxKine?)-, f, cerveau. Fig. III, Orrjanisalion des Amplioriiies. — « , masse buccale atec sa langue car- tilagineuse longitudinale. Les autres lettres ont la même signification que dans les deux figures précédentes. Les cinq petites masses qui représentent en e l'organe énigmatique que je suppose pouvoir être le cloaque sont plus rappro- chées que dans la gravure, et se touchent tout en restant bien distinctes. On voit d'ailleurs que les troncs gastro-vasculaires de laZéphyrine et de l'Actéon sont représentés ici par deux grandes poches abdominales , et que leurs rami- licalions à petits cœcums nuilliples se sont changées en un petit nombre de grands caecums qui pénètrentdans les appendices respiratoires, Kig, IV. Orgiinisnlinn ilrs CImliilcx. — ;> lations confuses; (i, glande composéo de vc'siculesinucipaifs, doul (luelque» unes paraissent dépourvues de canal excréteur, tandis que ce conduit est très ma- nifeste chez d'autres; f,c, fibres musculaires très déliées, homogènes et se soudant les unes aux autres en divers sens. Fig. XVIII. Tissu (le la face supérieure du mrps îles Zéphijriiies ru niiatii)ii de riii''niatosi' dans les Batra- ciens ont été faites sur les œul's et les lar\ es cl(>s deux espèces de (IrenouiUes les plus communes de notre pays, la Rana escnlenla et la Rana temporaria. La première, ayant des œufs d'un blanc jaunâtre sur une moitié et d'un brun assez foncé sur l'autre, oflVe dans ses larves plus de transparence et plus de facilité à observer que l'autre, qui est d'un noir uniforme à l'état d'œuf et à celui de têtard. Pour les périodes un peu plus avancées de la formation des vaisseaux et des globules du sang , nous avons fait nos re- cherches sur les larves des Tritons, très propres à cette étude à cause de leur transparence. Pour bien coniprendre les éléments f|ui concourent îi la première formation des organes de la circulation, il est nécessaire d'étudier l'œuf avant la fécondation et dans ses premières phases de déve- loppement. Ce dernier point est important ; car une des dilTérences les plus marquées entre le développement du Batracien et celui du Poulet consiste en ce que, dans ce- dernier, comme dans l'œuf du Mammifère , tout le premier travail de développement se fait dans le blastoderme, constituant une vésicule, une enveloppe propre à l'embryon dans ses premières évolutions. Dans le Ba- tracien, au contraire, la vésicule germinative, développée de très bonne heure dans l'œuf non fructifié , disparaît après la féconda- tion, et ne joue plus aucun rôle direct dans la formation de l'em- bryon. Nous commencerons donc ces recherches par quelques obser- vations sur le développement de l'œuf, et nous passerons ensuite à l'étude des éléments qui constituent l'œuf fécondé, et ces der- niers nous éclaireront sur l'organogcnésie primitive en général, et surtout .sur celle de l'hématose. .; ~rrip, Zoni.. T I (Avril ISl'.V I :J 10/| PRÉVOST i:r lkbrrt. — st li t,\ form\tio\ T. L'œuf de la Grenouille avant la féeondalion. On trouve dans l'ovaire des Grenouilles des ovules de grandeurs bien dillerentes : les plus grands ont jusqu'à 2 millimètres de dia- mèlre, tandis que les])lus petits en ont à peine l/l/i (0""",072) et paraissent presque diaphanes lorsqu'on les examine avec un faible grossissement microscopique. Tous ces œufs sont entourés d'une enveloppe , d'une espèce de follicule , qui fait partie de l'ovaire , et dans lequel on voit, dans ceux c(ui sont un peu plus avancés, une vascularité bien évidenle. La vésicule germinativc paraît c|c bonne heui-c, et on la voit même dans les œufs les moins avancés ; elle croît dans la même proportion que l'ovule ; son diamètre varie entre les 2/5 et les 2/3 de celui de l'ovule entier (1). La forme des très petits ovules est ou sphéroïque ou ellipsoïde , tandis que plus tard la forme sphérique est constante. A mesure qu'ils grandissent, ils prennent une teinte jaunâtre. La membrane d'enveloppe fournie à l'œuf par l'ovaire (voy. l'I. L\ , fig. 1 a) ne montre point de structure bien distincte; elle forme un limbe ti'ansparent, ((ui , dans l'ovule représenté sur la planche, est de 0""",/| à ,08 de largeur. Dans l'intérieur de l'ovule, entre son enveloppe propre el la vésicule germinalive, apparaissent de bonne heure des vésicules diaphanes de ()""", 04 à ,048, assez rapiirochées les unes des autres, se touchant par leur périphérie, et devenant par cela en ])artie angu- leuses (PI. L\, fig. 1 (I, lig. 2) ; dans leur intérieur on voit un petit noyau de G-"', 008 à ,012, rond (PI. L\, fig. Id, fig. 2bh), placé plutôt vers la périphérie qu'au centre, montrant dans beau- cou|i de globules, dans son intérieur, un noyau secondaire, un 1 1 66, la vésicule germinalivp avait l)T)ansunovuledeO'"" .1166 — — ,148i — — ,23/0 — — ,26o0 — — ,2915 — — ,3180 — — .3'>00 — ,4 000 0'" "',0636 dp diani ,oyni — ,13-23 — n ,1325 — ,1590 — ,1378 — ,2000 — 2,000 — DES OUCA.NES IIK I.A CIKCl I.VriON. li)5 nurlûoln. Os noyaux dcvieiiiieiit suiloul visibles lorsqu'on aplatit légèrement l'ovulu en le recouvrant d'une lame mince de verre. Les globules entourent la vésicule gerniinative sans cependant exister dans son intérieur. Cette dernière, déjà visible dans l'ovule intact , y occupe une position assez rapprochée de la surface r^orsiju'un comprime avec précaution un certain nombre de petits ovules fraicliement sortis de l'ovaire, on voit souvent des vésicules germinatives libres et non endommagées, après avoir quitté l'ovule, que la compression a fait éclater (PI. IX, fig. 3). Nous avons déjà vu que leur dia- mètre était considérable pnv rapport à l'œuf qui les renferme. La vésicule germinative de la Grenouille est ou ronde ou légèrement ovale; elle est formée d'une membrane parfaitement transparente, dans l'intérieur de la([uelle il existe un petit nombre de globules à contours marqués et à contenu opalescent, de 0""",005k()' ,0075, et en oirtre un certain nombre de granules presque moléculaires de ,0025 à ,00/|. A une période plus avancée, l'œuf a en grande partie perdu sa transparence ; dans son intérieur, on reconnaît beaucoup de petits granules et de petits globules de 0"'°',00/|. à 0""",008, à contours marqués, presque carrés, mais à angles très arrondis (PI. 1\, fig. 4), de plus, beaucoup de vésicules transparentes entourées de granules et de petits globules et comme roulées dans ces divers éléments (PI. ]\, fig. 5). Ces globules constituent aussi un certain nombre dagrninations irrégulières, dont une partie est entourée d'une membrane d'enveloppe ( PI. L\, fig. 6) ; leur diamètre varie entre 0' ,0!2/| et ',06; ils olïrent les caractères et l'aspect des globules vitcllins, que nous décrirons plus tard. En conij)rimant légèrement des œufs presque par\eiuis à leur maturité, la vésicule germinative sort ordinairement intacte, et on peut même la faire rouler entre deux plaques de verre sans la faire éclater. Dans son inté-i-ieur, on ne voit que les granules et les pe- tits globules déjà signalés, mais en beaucoup plus grand nombre, et se groupant d'une manière plus serrée \ers son milieu. Parfois on y aperçoit l'apparence de vésicules diaphanes, mais pas d'une nimiière bien certaine. 190 PRÉVOST ET LEBERT. — SIT. \.\ F0HM\TIO\ Si nous clii'iclinns à présent à nous rendre compte de la i'or- mation des diverses parties de l'œuf de la (îrenouille, nous trou- vons d'abord un follicule ovarien , ([ui renferme une vésicule dia- phane, dans la([uelle se forme de boiuic heure une vésicule secon- daire, comme une espèce de noyau : c'est la vésicule gcrminative. Entre les deux se développent comme premier élément du vitellus des vésicules diaphanes de 0""",0i à ',048, dans l'intérieur desquelles on reconnaît un noyau muni d'un nucléole. Plus tard les vésicules diaphanes primitives disparaissent ; leurs noyaux persistent, et c'est en partie autour d'eux que se groupent les autres éléments du vitellus. A cette époque le nucléole disparaît. L'enveloppe et le contenu cellulaire des grands globules diaphanes perdent leur asi^^'l uniforme, et si^ transforment en granules mo- léculaires et en globules opalescents en forme de paillettes. Ces derniers éléments se groupent sous forme d'agminations, soit seuls, soit autour de petites vésicules qui ne sont que les noyaux plus di'veloppés des cellules diaphanes primitives, et une partie d'entre elles finit par être entourée d'une membrane d'enveloppe, et par fiirmer ainsi les globules vitellins, tandis que les autres persistent à r('lat d'agmination. La vésicule germinative grandit avec l'o- \ule entier, et contient ])rincipalement des granules et de petits globules. Sa nutrition, ainsi c|ue celle de l'œuf entier, paraît dé- pendre des matériaux (jui leur sont amenés par les vaisseaux ova- riens. La vésicule germinative se transforme après la fécondation. Comme nous tenons essentiellement à déterminer les él(''ments de l'œuf fécondé c[ui forment les organes de la circulation et sui'tout les globules ilu sang , nous passerons sous silence la foi- ination des sillons et les autres changements produits pendant les premiers jours, poiu' nous occuper de la descri])tiou des éléments globuleux , qui constituent la base des gi'onpements et des trans- formations des tissus et des organes de l'embryon. II. Globules (le l'œuf fiiictilié de la Grenouille, et leurs premières nu'laniorplioscs. I,es éléments c|ui composent l'œuf friictilié dans lequel l'em- bryon commence à se développer sont : 1" Des granules molécu- UliS ontiANJiS Uli LA i;llUU i.VllON. 197 laires de 0""",0012 à 0""",0025 se trouvant ou à l'étal \\\n\' ou comme éléments des autres globules; ils oITrent le mou\enienl tournoyant décrit comme moléculaire (fig. 7, a,a,a). 2° Des globules assez aplatis, tenant le milieu entre la forme ovale et la forme carrée , mais à angles parfaitement arrondis, ayant des contours très marqués et une couleur uniforme opalescente; ils sont plus longs que larges ; leur diamètre longitudinal varie entre ',0087 et 0""",01, tandis que le transversal n'en a (jue ()""", 005 à ()""", 00(52. Ces globules, que nous appellerons globules primitifs (voy. PI. 1\, lig. 7), se trouvent isolés, et entrent pour tme bonne partie dans la composition des grands globules. 3° De grands globules (PI. ]\, lig. 8) grisâtres, d'une forme ou sphériciue , ou ovale, ou irrégulière, se rapprochant de la forme carrée, entou- rés d'une membrane d'enveloppe hyaline , Une , homogène, non grenue . cjui n'entoure pas toujours son contenu d'une manière seri'ée, montrant à sa surface des segments de sphères différentes (PI. IX, fig. 8, «). Leur dimension varie, dans ceux ([ui sont ronds, entre 0""",5 et 0""",0875 ; dans les globules non sphériques, le diamètre longitudinal va jusqu'il ,125, tandis que le transver- sal varie entre 0""",075 et ,0875. Tn certain nombre de ces grands globules est dépourvu d'une membrane d'enveloppe , et n'est composé que d'une agmination des globules simples. Lors- qu'on comprime de grands globules , auxquels nous donnerons le nom de globules vitellins, on voit qu'un bon nombre d'entre eux, C[ui déjà auparavant olfraient un centre plus transparent que la cir- conférence, contiennent une vésicule hyaline (PI. 1\, fig. 8, b et 9) parfaitement diaphane et sans contenu, de 0""", 025 à 0""", 03, ronde, ou sphérique, ou lenticulaire. La position de ces vésicules, qui occiipiMit la placi' des véritables noyaux, est ou au centre ou jilus rapprochée de lu surface. On voit aussi de ces vésicules, dia- phanes , libres, non enlom-ées de globules en paillette (lig. 10, hj),b). Plusieurs de ces vésicules diaphanes sont entourées de glo- bules primitifs sans enveloppe commune (fig. 10, a,a,a). Par juxtaposition, les globules vitellins s'aplatissent et deviennent anguleux, et en général ils sont plus serrés les uns contre les au- tres pendant les premiers temps du développement qu'antérieure- 198 PRÉVOST m I.KBKKT. — .SL II l.A l'OUMMION ment. Ce goiit eux c[ui constituent la masse vitelline , ([ui est bien distincte de l'enibivyon. Plus tard , ils correspondent au feuillet iiiuqueux ou végétatif de l'embryon de l'oiseau, et on peut très bien saisir le moment de leur première transformation en intestin. 4° On voit aussi dans l'œuf de cette époque des globules granu- leux de ,0125 à 0""",()25 (PI. I\, fig. 11), composés d'une simple membrane et de granules moléculaiies. 5° L'élément le plus important de cette époque , ce sont les globules, qui consti- tuent plus particulièrement les premiers rudiments de l'embryon et surtout la partie animale , celle qui correspond au feuillet séreux de l'oiseau ; nous leur avons donné le nom de globules organoplas- tiques(voy. PI. l\, fig. 12). Ils sont parfaitement spli(h-ir[ues , do 0""",()2 à 0""",03, d'un jaune brunâtre ou d'un brun ])lus ou moins foncé, composés de granules, de globules simples, et d'une vésicule transparente qui en constitue le noyau; elle a de ()""", 0125 à 0""",0175. Ces globules dilTèrent suivant qu'ils contiennent plus ou moins de globules primitifs ou de granules; ces derniers mon- trent un mouvement tournoyant et moléculaire manifeste dans l'intérieur du globule même. Le noyau n'en contient point, et tous les granules ou les petits globules se trouvent entre la membrane d'enveloppe et ce noyau. Ils remplissent celte place tantôt d'une manièi-e comjilète et serrée; tantôt ils s'y trouvent en bien moins grande quantiti'. Dans la larve noire, ces globules sont un peu jilus grands; leur diamètre varie entre ()""", 025 et 0""",0;i25; lein' couleur est aussi plus foncée; il y existe surtout des granules de pigment noir vers le bord des globules. Ces globules forment pendant assez longtemps la partie essen- tielle de l'embryon, et ils se transforment ensuite dans les divers éléments primitifs des tissus, \otre but principal , en donnant l'a- nalyse de ces divers éléments de l'œuf fécondé, est d(> montrer quels sont les éléments de l'organogénésie primitive en général, et surtout ceux des globules sanguins en particulier. Comme il est très important de déterminer la place qu'occupent ces derniers parmi les premières métamorphoses moléculaires, nous jetterons d'alxn'd un coup d'œil ra])ide sur la formation ti'gumenlaire et ses appendices \ihrali|es. ainsi f|ue sur l'apparition et les métanior- i)Ji.S OliGA.MiS Dl, I.A ClUCll.AilO.N. 11;'.) phoses des matières coloi-aiites ; nous parlerons ensuite ilu passage des glolDuies organoplastiques et de leurs éléments en globules des muscles, de la corde dorsale et du cartilage, et nous termine- rons ce court aperçu par riiistoire de la formation des globules du sang. 1" Mcnibnirics (l'eiivt>lop|M' cl cils \ilirHtili'S. I^a membi'ane ifenveloppe de l'œuf de la (jreuouille avant la fécondation était simple, hyaline, finement grenue, non compo- sée de globules, l-n des premiers actes qui suit la fécondation est la séparation des globules vitellins et des globules organo- plastiques , acte qui est |)robablement en rapport intime avec la formation des sillons. Dès le commencement de ce travail une partie des globules organoplastiques forme d'abord une espèce de couche corticale, qui se condense ensuite eu membrane d'enveloppe, dont la struc- ture olfre un aspect pavimenteux par la compression , l'aplatisse- ment et le rapprochement de ces globules, conséquences néces- saires de l'expansion uniforme de l'œuf qui se développe. Dans les larves jaunes de liaiia esculenta , les divers éléments de la membrane ne sont pas très distincts : on y voit des globules gri- sâtres alterner avec des globules bruns; on n'y voit point les globules diaphanes, et on ne reconnaît pas même distinctement le contenu granulo-vésiculeux des globules organoplastiques. Dans les larves noires de Ratia temporaria , par contre , on dislingue parfaitement dans cette membrane d'enveloppe tous les éléments des globules isolés : seulement on recomiaît dans leui' intérieui' beaucoup de granules pigmentaires noirs (PI. IX, fig. 13) ; et nous voyons en général que, dès le commencement, la membrane d'en- veloppe contient dans ses vésicules organoplastiques des prin- cipes pigmentaires , bruns dans la lianu esculenlu , noirs dans la lianu temporaria. Un des phénomènes les plus curieux à cette époque est le mouvement vibratile qu'on remarque de très bonne heure autour de l'ii-uf el h tout(^ sa stuMMce , dans les deu\ espèces de larves niriitidnni'es. .Nous y a\iins :itfiuie à une première formation 200 PRÉVOÏiT Kl LKBERT. SLll I.A 1•0RMAT10^ épithéliale , dont les fonctions sont peut-être de protéger le jeune animal dépourvu de tout organe de défense. Le mouvement con- tinuel que ces cils entretiennent autour de lui tient non seulement l'eau en mouvement , mais il empêche aussi les petits Infusoires de l'eau ambiante de s'en approcher et de les endommager. Ce mouvement vilM-atile , signalé par Vogt comme phénomène per- sistant pour les branchies de W-ihjles obstetricans , est, chez celle de la Grenouille, général et répandu sur toute la surface du corps, précédant, du reste, le développement des branchies; mais il est vrai que nulle part il n'est aussi apparent qu'autour de ces der- nières. (Juoique nous ayons étudié tout ce qui se rattache à ce phéno- mène avec le plus grand soin , nous n'avons pas pu découvrir des cellules particulières garnies de cils vibratiles , comme on les ob- serve sur l'épithélium de plusieurs membranes muqueuses. Nous n'avons pu voir que des cils très déliés, ayant à peine 0""",0012 d'épaisseur, paraissant sortir de la surface cutanée, et entretenant autour d'eux un mouvement tournoyant si fort . que non seule- ment les globules moléculaires . mais même les globules organo- plasticjucs en sont tenus dans un mouvement perpétuel, au moins tant que les cils continuent à vibrer. Dans une lar\e de 7 millimètres de longueur, nous avons vu un double bord à la membrane d'enveloppe (fig. 14) ; l'intérieur (fig. 14, a) était noir, l'extérieur plus clair (fig. H, b) ; entre les deux un limbe étroit , transparent , contenant une série de très petits globules (fig. 14 , c,r,c) ((ui correspondent aux cils vibra- tiles , qu'on voit distinctement tout le long de ce bord et étant peut-être les points d'implantation. Mous avons enfin reconnu distinctement un mou\ement vibratile gi'iiéralsans tournoiement, soit de granules moléculaires, soit de globules tout autoiu- de l'em- bryon , dans un têtard ([ui avait plus d'un centimètre de lon- gueur, et dans lequel la circulation était déjà bien établie. î" Globules et réseaux pigmentaires. Nous avons vu que les globules organoplastiques qui compo- sent la membrane d'enveloppe montrent de bomie heure les UliS OUGAMiS DE I. V C111CLI,A1I0>. 201 traces du pigment. Pour bien comprendre le développement des divers appareils pigmentaires chez les Batraciens , il faut <|ue nous passions en revue les globules complets rontenant du pig- ment , ensuite les globules déformés devenant étoiles , et enfui les réseaux pigmentaires. Dans les très petits têtards de 5 millimétrés de longueur, on \ oit surtout dans la peau un certain nombre de globules , bruns chez la/?, esculenta, noirs dans la /{. temporaria, qui commencent à passer de l'état sphérique à des formes moins régulières et à avoir de petits prolongements latéraux , comme ]Dremier com- mencement de la forme étoilée (PI. IX , fig. 15). Dans les larves noires on voit dans beaucoup de globules la matière pigmentaire , qui, dans cette espèce, est en général ]ilus abondante que dans l'autre , se grouper d'un côté autour du noyau , tandis que l'autre côté du globule n'est pas coloré, (lette même matière colo- rante noire se conserve même encore pendant (|uelque temps dans diverses espèces de globules métamorphosés, entre autres dans les premières fibres musculaires. Dans les yeux des très jeunes tê- tards, les globules pigmentaires conservent plus longtemps le type de la forme s)3hérique des globules organoplastiques primitifs; ils ne se déforment pas pour prendre un aspect étoile , mais leurs contours sont seulement moins réguliers par la juxtaposition et la compression qui en résulte ; ils ont de 0""",0!25 à 0""",03 de dia- mètre , montrant dans leur centre la vésicule diaphane , et une matièi-e colorante d'un bleu noirâtre devenant parfois violet par compression , et occupant surtout la périphérie. Nous trouvons donc les éléments des pigments jaunes , bruns et noirs de bonne heure dans les globules organoplastiques, le pigment bleu-noi- ràtre dans les globules qui composent l'intérieur des yeux (pig- ment de la choroïde , de l'uvée, etc.) ; et nous trouvons enfui un troisième principe colorant qui nous occupera seulement plus tard : c'est la matière colorante du sang. Ainsi, dans de très jeunes larves l'on voit des globules conte- nant du pigment qui commencent seulement à se déformer. Dans des larves peu avancées, d'un centimètre de longueur et au- delà, nous voyons beaucoup plus de cellules organoplastiques 202 PRÉVO»>T lil LEBEB'i'. — SIU LA iOK.M.VllON pigmentaires déformées (PI. IX, fig. 16); celles qui ont déjà la forme étoilée bien prononcée ont jusqu'à 0""",033 de longueur sur environ 0""",005 de largeur. Ces globules déformés et étoiles com- muniquent ensemble par un réseau très fin , qu'on peut bien distinguer sur toute la surface de la queue; les mailles ont de 0""",015à0""",03de diamètre , du reste aucune forme régulière ; leurs bords , composés partout de deux lignes , laissent dans bien des endroits un intervalle qui dépasse à peine 0""",0025. Ce réseau contient surtout de la matière colorante noire , et occupe une place assez superficielle. Au-dessous de lui se trouve un autre réseau à peu près composé de la même manière , mais contenant surtout de la matière pigmentaire jaune et offrant des mailles beaucoup plus larges. Dans une Salamandre éclose depuis plusieurs semaines, nous avons trouvé le pigment de la queue extrêmement développé. Les cellules étoilées, d'un jaune rougeàtre couleur de sang, pourraient induire en erreur et être prises pour un commencement de vais- seaux capillaires ; mais nous verrons plus tard que ces derniers ne se développent jamais d'une manière centripétale. Le pigment jaune et le pigment noir paraissaient développés dans des- réseaux différents ; les centres pigmentaires avaient ou la forme étoilée ou un aspect frangi' à franges multiples et rapprochées , ressemblant aux houppes des coiffeurs , s'anastoniosant les unes avec les autres au moyen de canaux étroits et irréguliers , ne montrant que peu de coloration. Fn résumé , les globules pigmentaires ne sont donc qu'une transformation de globules organoplastiques qui se déforment , et pi-eiment ensuite une forme étoilée , puis un aspect frangé, et qui continuent h communiquer le? uns avec les autres au moyen de canaux , produits peut-être par la substance iiiterglobulaire qui a persisté après le décollement des globules. ^' Origine des fibres musculaires. Les premières fibres musculaires sont aussi une transformation direct<^ ^('s globules orgai)oplasli(]ues primitifs: cl Irur mifiiuc DliS OIK.A.MCS J)li I.A CIUCLI.AIION. 203 est une des observations les plus int(''ressantes de rembryologie, du Batracien, d'autant plus c[uc, dans l'iruf de l'iiiseau et du niannnitt're , cet acte est très diflicile à r)l3ser\ or dans son prenn'er principe. Dans la lar\(" de h à ô millimètres, ])eu de temps après la pre- mière apparition du groupement des globules organopiastiqucs en plaques vertébrales et en corde dorsale , on aperçoit des mou- vements spontanés du jeune animal , ayant d'abord lieu dans le sens de l'axe longitudinal , et constituant de simples contractions, montrant bientôt des mouvements latéraux, (]u'on peut facilement exciter en touchant le têtard avec une aiguille métalli([uc et au moyen du galvanisme. Eh bien, ces mouvements, qui précèdent même la formation des premiers vestiges des organes de la circu- lation et celui des globules sanguins , sont déjà produits i)ar de véritables fibres musculaires. On en aperçoit d'abord transversale- ment sur le trajet de la corde dorsale , et ensuite des deux côtés sur les plaques vertébrales (PI. \, llg. 17, b,b,b). Ce ne sont dans le principe que des globules organopiastiqucs allongés des deux côtés, devenant d'abord ovales et prenant ensuite la forme de cylindres arrondis à leurs deux extrémités (PI. X, fig. 17, a,a,a) ; ils contiennent dans leur intérieur des globules simples rangés en lignes, et offrant un aspect monilifomie ; ils ont jusc[u's cellules embryonales se grou- )) peut dans une direction longitudinale en une corde; (|ue leur ). membrane disparaît , tandis ([ue les granules qui étaient situés » le long de leurs parois persistent dans la disposition déterminée » par leur membrane d'enveloppe, et qu'ensuite la masse qui com- » posait avant le contenu cellulaire se transforme en blastème se- » condaire, dans lequel se développent de nouvelles cellules, le.s » véritables cellules de la corde. » (EnlwichTluiii/x-Geschirlile îles Àhjles obslPtriniiis . p. 49 et 50.) ni;s ORcwF.s nu r.\ circllatio.n. 207 Après avoir jeté un coup (l'œil sur les diverses transformations primitives des globules organoplastiques , nous arrivons à celle qui est de beaucoup la plus importante. C'est même pour mieux la faire comprendre que nous sommes entré dans les détails qu'on vient de lire. Origine el dévoloppeniciU des globules du sang. Déjà., avant que la première circulation du sang soit établie, on observe parmi les globules organoplastiques un certain nombre de globules qui contiennent beaucoup moins de petites vésicules et de granules que les autres, et qui montrent plus distinctement le jioyau diaphane : ce sont les premiers globules du sang. Leur res- semblance avec les autres globules embryonnaires est du reste telle, qu'il faut les avoir vus circuler pour bien reconnaître leur nature. Dans les petits têtards de 8 à 10 millimètres, la première cir- culation devient apparente dans les branchies ; c'est dans ces der- nières qu'on voit circuler les globules que nous allons décrire. Un bon moyen pour voir ces globules du sang isolés est de mettre un peu brusquement une lame de verre mince sur le têtard intact, étendu sur une lame de verre plus épaisse ; on voit alors sortir du corps, et surtout près du coeur et des branchies, un assez grand immbre de globules, que leur peu de contenu et leur coloration jaunâtre font reconnaître comme des globules du sang. On les \ oit même au commencement encore collés ensemble. Nous passerons à présent à la description de leur développe- ment successif. J)ans un têtard d'un centimètre de longueur dans lequel la circulation dans les branchies était déjà bien établie, envoyait bien le cœur à l'endroit du corps où la partie animale se réunit à la vitelline, un peu en dessous de la tète. On voit, outre la circula- tion des branchies, une autre circulation se l'épandant dans le tronc ; il n'y en avait pas encore dans la queue. Le li([uide circulant of- li-ait déjà une teinte légèrement jaunâtre. Il était composé de glo- bules ])our la plupart ronds, quelques uns ovales, de ',02 à 0""",().'i (i'I. \. tig. 20), formés d'uni' iiicmljrane extéi'ieure Une 20S PRÉVOST RI I.EBERT. — St lî I, V FOUMATIOX et parfaitement diaphane , d'un noyau également diapliane, de 0""",0125 à 0""",0175, ordinairement rond, central ou excen- trique, entoui'é d'un certain nombre de granules moléculaires et de globules en paillettes, de 0""",005 à 0""", 0075, libres entre la membrane d'enveloppe et le noyau. Ces premiers globules du sang ne paraissent donc être autre chose cjuc des globules organo- plastiques dépouillés d'une partie de leur contenu granulo-vésicu- Icux, et il est possible que ce dernier se soit liquéfié et exosmosé à travers la paroi cellulaire externe pour former le S(''rum du sang. Le principe colorant paraît contenu en partie dans les granules et les vésicules de l'intérieur des globules, et il paraît qu'analogues aux autres animaux vertébrés, à l'oiseau en particulier, leur pre- mière apparition est postérieure à celle des voies de la circula- tion, du cœur, des branchies et des vaisseaux, et , comme nous le diMnontrerons par la suite , postérieure à la formation d'une membrane hémoplastique. Dans cette première période, on trouve encore tous les passages entre les globules organoplastiques presque tout-à-fait remplis de leur contenu et à leur état primitif, et d'autres à peu près vides et diaphanes , comme un coup d'ail jeté sur la fig. 20 , PI. \ , prouvera mieux que toute descrip- tion. Oh apei'çoit parfois une variété de globules de 0""",03 à ,0375, dans lesquels il existe, outre les globules et leurs noyaux, une membrane d'envelop|)e accessoire (l'I. \, fig, 20). Dans un têtard de 11 milliin. de longueur dans lequel la cir- culation était bien établie, et dans lequel on voyait déjà une aorte, des veines caves, beaucoup de vaisseaux collatéraux , surtout au- tour des vertèbres, et en outre la circulation branchiale, les glo- bules du sang (l'I. \, lig. 21) olfraient l'aspect suivant : ils sont ou ronds ou ovales, avec toutes les formes intermédiaires. Le dia- mètre des globules ronds variait entre 0""", 0175 et 0""", 0225; dans les globules ovales, la longueur était de 0""", 0225 à 0""", 0275 sur 0""", 015 à 0""",0175 de largeur. J-es noyaux sont générale- ment ronds; leur diamètre varie entre 0""", 01 et ()""", 01 25. ha place du noyau est presque toujours en dehors du centre ;, mais nulle part il ne touche le bord , et il en est partout éloigné au moins de 0""",005. T^e noyau est diaphane, et s'il paraît grenu et DES ORGANES DK I, V CIRCII.VTION. 209 marbré dans quelques uns, c'est parce qu'on le voit dans beaucoup de globules à travers les granules et les vésicules qui le recou- vrent, et parce que sa transparence fait en même temps voir ceux de ces éléments qui se trouvent au-dessous de lui. Les petits glo- bules en paillettes qui se trouvent entre le noyau et la membrane d'enveloppe varient de diamètre entre O""",O05 et 0"'"',01 ; leurs boi'ds sont d'un noir tranché ; leur contenu est d'un blanc grisâtre légèrement opalescent. 11 y a en outre tout autour du noyau beaucoup de granules moléculaires de 0"'"',0012 à 0""",0025 , Tes uns et les autres montrant un mouvement tournoyant et molécu- laire dans l'intérieur du globule sanguin ; leur nombre varie entre 15 à 20 et 80 à 100. La coloration jaune-pâle paraît due en grande partie à la teinte de ces petits granules. A mesure que les globules du sang se développent, ces divers éléments disparais- sent, et la matière colorante se trouve alors généralement répan- due dans le contenu cellulaire du globule. En général , les petits globules disparaissent avant les granules , ce qui leur donne une teinte jaune-rougeàtre uniforme. Dans un têtard un peu plus avancé, de 12 millimètres de lon- gueur, ayant déjà une ([ueue latéralement aplatie, et ne nageant plus sur le côté, la plupart des globules sanguins sont déjà ovales (PI. X, fig. 22) ; cependant il y en a encore un certain nombre de ronds; ces derniers ont de 0"'"',0225 à 0""",0275, tandis que les ovalaires ont 0"'"',0275 de longueur sur 0""",0145 à 0' ,0150 de. largeur. Les vésicules de l'intérieur ont disparu ; mais les granules existent encore en assez grand nombre , montrant le mouvement moléculaire dans l'intérieur des globules , et masquant même le noyau, qui devient visible par l'évaporation du liquide dans lequel il nage, et même instantanément lorsqu'on y ajoute une goutte d'acide acétique ; les noyaux se montrent alors ou ronds, de 0""",01 , ou ovalaires, de 0""",0125 de long sur 0""",0075 de large, parais- sant finement granuleux dans quelques uns ; la position du noyau est, au contraire, ou plus ou moins rapprochée de la cir- conférence, (ju'elle ne touche cependant pas. Dans les têtards, enfin , qui ont déjà poussé les pattes , les glo- bules du sang ont à peu près l'asped de crux de la rirenouille :r siTip. 'Aj beaucoup plus petites que les cellules du sang primitives , tout- >' à-fait remplies du contenu moléculaire, ou plus ou moins vides. » A mesure que Fembryon se développe , le contenu solide des » cellules disparaît ; et bientôt celles-ci sont presque tout-à-fait » transparentes , ne montrant plus c[ue quelques granules molécu- « laircs dans leur intérieur. A celle époque, on commence à voir )) une ombre fuie dans l'intérieur de la cellule : c'est le développe- >i ment d'un noyau ; la forme de la cellule est encore ronde , » quoique aplatie ; sa couhnu' est d'un jaune pâle , et ce n'est que » leur grand noinbre qui donne au sang sa couleur écarlate. La » forme elliptique des globules sanguins ne paraît que vers la fin M de la vie embryonnaire. » [Ehltoickelunys-Geschkhle desJiytes, page. 70.) Plus loin , page 73, M. Vogt s'exprime ainsi sur le même sujet: Il est vrai que je n'ai vu cette transformation ni chez le Pois- son , ni dans le Batracien , et probablement de longtemps aucun observateur ne verra directement dans le sang circulant la mem- brane d'enveloppe du globule sanguin éclater et laisser sortir le noyau , vu qu'on ne peut même pas , dans l'embryon trans- parent du poisson, suivre le même globule sanguin sur une cer- taine étendue de son trajet. Mais les raisons suivantes parlent pour la probabilité de la formation décrite : 1° La grandeur à i peu près égale du noyau des globules du sang primitifs et des i globules sanguins , tels que nous les voyons plus tard. Il est vrai ' que je ne puis indiquer pour cette proportion que l'estimation à ■ la simple vue , n'ayant pas pris des mesures plus exactes , parce ■ {[ue je manquais de micromètre ; mais je crois ne m'ètre point ■ tri)mp(''. 2' l n second argument se trouve dans la disposition > des noyaux. Au conuncncemeut on voit très bien les noyaux des > globules sanguins primitifs ; plus tard , lorsqu'il n'existe plus > que des globules sanguins plus petits , qui se remplissent de I nouveau d'un contenu nutritif, il est impossible de découvrir les ) noyaux, et on ne les reconnaît de nouveau ([u' après la résorption ) du contenu nutritif et qu'avec le développement de la forme ) nuiriiiiuhiirr. Si les petites cellules se formaient par contraction 212 PRÉVOST r.r i.ebekt. — sur i.v formation » des cellules piimilives plus grandes , ne devrait-on pas alors » apercevoir toujours également bien ce noyau ? » A cette manière de voir nous ferons les objections suivantes : 1° Nous avons pu suivre tous les passages entre les globules or- ganoplastiques primitifs et les globules du sang jusqu'à leur déve- loppement complet , et nous avons vu que les petits globules de leur intérieur étaient d'abord résorbés , qu'ensuite les granules mol('culaires disparaissaient aussi , et que le terme de leur déve- loppement était la forme ellipsoïde , à laquelle ils n'arrivaient que par toutes les formes intermédiaires entre celle-ci et la forme sphériciue. D'un autre côté , nous n'avons jamais rien vu dans le développement des globules sanguins du Batracien qui indique la disparition de la membrane d'enveloppe et le développement du noyau ; et pourtant l'opinion de M. Vogt nous était bien con- nue à l'époque où Jious faisions nos recherches, et elle venait d'une source trop estimable pour ne pas fixer toute notre attention. Du reste , M. Vogt avoue lui-même ([u'il n'a observé ces phéno- mènes d'une manière directe ni chez le Poisson ni chez le Ba- tracien. 2" M. Vogt insiste beaucoup sur la diminution du diamètre des globules du sang et sur le rapport qui existe entre les dimensions des noyaux des cellules sanguines primitives et les globules du sang secondaires tout entiers : or, dans la (îrcnouille, ces propor- tions ne sont nullement aussi dilVérentes. Nous avons vu que les globules sanguins, à l'époque de li'ur première apparition, avaient de 0""".02 a 0""",03, et f[ue leurs noyaux \ariaient entre ',0125 et ()""", 0175; plus tard, lorsque le contenu granulo-vésiculaire des globules avait considérablement diminué , leur diamètre était de ',01 75 à 0""",0225, et dans les globules ovales la longueurétait de ,0225 à 0""",0275 sur 0""",0 1 50 à 0""',0 i 75 de largeur ; le diamètre du noyauàcette époque variait entre 0""",01 et0""",0125. Le têtard dont ces dernières mesures ont été prises était fort peu développé ; il n'avait qu'un millimètre de longueur de plus que celui qui fait le sujet des premières mesures ; dans l'un et dans l'autre nous voyons encore tous les passages entre les glo- bules organoplastiques et les globules sanguins. Dans des têtards |)i:S OIK/AMi.S 1)1-; l.A CIIICI I.VIION. 21.") eiiliii ([iii avaieiil clcjà ixnissr les (|ualrp patios, et (|iii avaient une eirculatinn cnmplète cl les globules sanguins à l'i'lat de déve- loppenienl cuniplel, nous trouvons les globules généralement ova- lairesde ,02 à 0-",0225 de longueur surO ',0125à() ,015(1 de largeur, et le noyau de 0""",0075 à 0""",01. Ainsi la diirérence de diamètre entre les globules sanguins primitifs et ceux qui sont arrivés à leur développement complet n'est pas bien considérable, et s'explique facilement par la résorption de leur contenu, qui probablement sort par exosmose à travers la pai'oi globulaire pour contribuer à la formation du sérum du sang. D'un autre côté, le globule sanguin compléta des dimensions tout-à-fait dilTérentes du noyau des globules primitifs. Du reste , M. Vogt avoue ne pas s'être .servi du micromètre : sans des mesures minutieusement exactes, il nous parait ]ionrtaiit impossible d'arriver à des résultats assez justes pour en d(''duire des ai'guments dans une ([ucstion aussi importante. 3" M. Vogt insiste sur la disparition du no\au ajnès que la membrane d'enveloppe des globules iiriniitifs n'existait plus , et sur la réapparition du noyau après le développement plus avancé des globules sanguins secondaires ; mais nous avons pu parfaite- ment bien distinguer et apercevoir ce noyau dans toutes les phases de l'évolution du globule du sang. A mesure que le sérum, dans lequel les globules nageaient, s'évaporait . le noyau devint plus généralement é\ ident , et l'acide acétic|ue le lit toujours presque instantanément paraître. Il" Il est évident (|ue les globules du sang, pendant le premier temps du développement , ne constituent qu'une petite portion de leur quantité innombrable à une épocpie plus avancée du têtard : or, comme il s'en forme continuellement, nous aurions dû, ayant soumis ces larves à une observation aussi suivie , rencon- trer quelquefois des noyaux sur le point de devenir globules san- guins , ou au moins dans un degré inférieur. Ne voyons-nous pas dans les tissus fibreux toutes les formes intermédiaires entre le g|iil)ule et la libre , passage connu sous le nom de cellules fusi- formes ? mais jamais nous n'avons rencontré dans le sang des formes intermédiaires. Les globules blancs et ronds, aujourd'hui 214 PRÉVOST liT LEBERT. — SLll L\ lOK.MATlO.N généralement connus , ne constituent nullement ni des noyaux ni des formes intermédiaires ; mais ils sont une tout autre espèce de globules, cori'cspondant probablement à une autre combinaison d'éléments chimiques. 11 est probable que la formation secondaire des globules du sang se fait d'après une loi générale que nous chercherons ailleurs à établir, savoir, que les cléments du sang sont pompés par les vaisseaux, et entrent par endosmose à travers leurs parois, mais à l'état tout-à-fait liquide , et que ce n'est qu'entré dans les voies de la circulation que se forment dans ce liquide les globules sanguins , comme vésicules dans lesquelles le noyau est ou déjà formé ou ne se forme que plus tard. ()uant au foyer de la formation du sang dans les têtards, nous manquons d'observations directes , et nous serions disposés à adopter l'hypothèse émise par M. Vogt , que c'est l'enveloppe , le feuillet muqueux du vitellin qui en fournit d'abord les éléments, et qu'à une époque plus avancée le foie joue le rôle important dans la formation du sang. Nous montrerons plus tard, dans nos obser- vations sur la formation du sang dans le Poulet, combien cette supposition a de probabilités en sa faveur. IV. Formation du cœur, des tjraiicliics et (tes \ aisseaux. Un des caractères distinclifs du di''\ eloppeinent cli^s Ueptiles et surtout des Batraciens est raiiiiarition tardive du cœur et des organes de la circulation on général, (jui , dans les animauv supé- rieurs, se forment de très bonne heure, dans le Poulet, par exemple, dès le commencement du second jour d'incubation. Les larves de la (irenouille ont quitté la glaire ; elles commencent à avoir , non seulement des mouvements spontanés , mais même déjà les muscles du mouvement volontaire assez développés ; la corde dorsale, les plaques vertébrales et bien d'autres organes sont formés , lorsque le cœur et les branchies n'existent encore que dans leur première ébauche. Dans des têtards de 7 à 8 millimètres, dans les(juels il n'\ a du reste pas encore de circulation , qui ci'pendani nagent déjà sur le côté, on voit entre les branchies, (|ui conunencent à de\enir DliS Omi.V.NES Dlv I.A ClllCLI.AllON. 215 apparentes extérieurement , une espèce de canal (l'I. \, lig, '2I\), reiillé en g dans son milieu en forme de cul-de-sac , ayant presque la forme d'un estomac, ne montrant pas distinctement son passage dans des vaisseaux , compose dans son intérieur de globules organoplastiqucs , qui paraissent pourtant entourés d'une enve- loppe propre. A mesure que l'embryon grandit, le cœur se développe davan- tage, et la communication avec les autres organes de la circulation devient plus apparente. 11 occupe la place où la partie animale et la partie végétative de l'embryon se touchent, entre la partie an- térieure du vitellus et la base de la partie céplialique do la larve, et entre les deux branchies. Avant d'offrir des contractions rliythmiques et régulières , il montre un mouvement oscillant et comme péristaltique ; de bonne heure on voit un(^ inflexion dans le canal cardial, indiquant la séparation entre l'oreillette et le ventricule ; une beaucoup plus faible martiue l'endroit oîi le bulbe de l'aorte prend son origine du ventricule. On y distingue de bonne heure aussi une enveloppe propre , le premier vestige du péri- carde. La substance du cœur, dans ces premières phases de déve- loppement (fig. 30), est formée de globules organoplastiqucs, assez rapprochés les uns des autres, de ',025 , composés d'une membrane d'enveloppe, de quelques globules en forme de paillettes en petit nombre , et de la vésicule diaphane interne peu distincte ; ces globules sont placés dans une substance inter-cellulaii'e qui contient beaucoup de petits globules primitifs. La surface de la substance du cœur paraît irrégirlièrement réticulée ; et c'est sur- tout à la partie corticale que les globules commencent à prendre des formes allongées. L'aspect total fait déjà l'impression d'un commencement de fibration , quoiqu'on ne puisse pas encore distinguer des fibres. Dans des têtards un peu plus avancés (d'un centimètre de lon- gueur) , dans lesquels la circulation branchiale est déjà bien éta- blie, le ca'ur offre des contractions régulières; le ventricule et l'oreillette sont nettement séparés (PI. X, fig. 25), le bulbe de l'aorte n'est pas encore bien distinct. La communication entre le cœur et les branchies est plus facile à aj)erccvoir. Le cœur est 216 PRËVO!«T El LEBERT. — SLH I.A KOUMATION déjà entouré d'un péricarde , même dans l'animal vivant , assez lâche. La consistance de la substance du cœur a notablement augmenté , et la compression l'élargit sans beaucoup l'endomma- ger. Dans sa substance on ne reconnaît presque plus l'enveloppe des globules organoplastiques , et il paraît même que ce sont plutôt leurs noyaux qui constituent en partie la substance ; ils sont devenus plus granuleux dans leur intérieur , et n'ont conservé leur transparence que vers le milieu ; dans la substance inter-cel- lulaire , autour d'eux , on remarque de nombreux granules molé- culaires et de petits globules en forme de paillettes. A cette époque, le sang arrive dans les branchies par des artères ; il en revient par des veines , qui se réunissent pour ver- ser le sang dans des vaisseaux , qui se rendent à l'aorte. Dans des têtards plus avancés , il ne survient plus beaucoup de changements dans les parties qui constituent le cœur : seule- ment le bulbe de l'aorte, l'oreillette et le ventricule se démarquent davantage (PI. \ , fig. 26) ; les éléments riui le composent sont encore en partie des globules organoplastiques (PI. X , fig. 3J , a,a) de 0""",0175 à 0""",020() , paraissant presque incolores et ne contenant dans leur intérieur que des granules et un noyau , souvent peu distinct, de 0""",0050 à 0""",0075; on ne voit pas encore des faisceaux de fibres bien régulières, mais des cellules fusiformes allongées (PI. X , fig. 31 , h, h) , n'ayant que 0""",007.'ï de largeur sur ',02 à ()""", 03 de longueur , montrant dans leur intérieur des granules et dans plusieurs un noyau. Nous avons donc affaire ici au passage des globules organo- plastiques déjà modifiés en cellules allongées et fusiformes , con- tenant encore des noyaux, qu'on n'aperçoit plus à mesure qu'elles se transforment davantage en éléments musculaires. La substance inter-cellulaire est encore abondante à cette époque , et on y re- connaît encore des granules et de petits globules primitifs ; elle paraît formée de globules organoplastiques qui ont perdu leurs membranes cellulaires. Le canu' d'une larve sur le point de pous- ser les pattes, montre, ùté avec soin , encore des contractions rh^thmi(iues sous le microscope , phénomène connnun en général , mais intéressant pour ce cas particulier, parce (|u'on voit, à chaque DES oh(;\m;s \m i.v ciiicu.vrioN. 217 contraction , du sang se répaiulrp dans des vaisseaux (jui se trou- vent dans la substance du cœur. La forme extérieure du cœur bien développé se distingue par la netteté de ses diverses parties , et surtout par la formation de la pointe du cœur (PI. X, fig. 27). Les globules organoplastiques sont, à cette époque, très pâles et moins nombreux ; on y voit déjà un certain nombre de faisceaux musculaires bien foimés , granu- leux dans leur intérieur , mais ne montrant pas encore des fibres primitives ; on y voit de plus beaucoup de formes intermédiaires entre les globules et les faisceaux. Nous n'entrerons pas dans plus de détails sur le développement ultérieur de la substance muscu- laire du cœur; d'un côté , ce sujet est étranger à celui du travail actuel ; d'un autre côté, nous nous réservons de publier des détails plus complets là-dessus dans un autre Mémoire. Avant de jeter un coup d'œil sur le développement complet de la première circulation des Batraciens , il nous faut dire deux mots sur le développement des branchies. N'ayant pas suivi leur première évolution . nous remplirons cette lacune en citant à ce sujet l'excellente descri|3tion qu'en donne M. de Baér dans la Physiologie de Burdacli (t. IIÎ , p. 162). " Le bourrelet ([ui est destiné à former les branchies se creuse " d'impressions parallèles, dirigées de haut en bas , qui devien- » nent de plus en plus profondes, et qui finissent par produire » (juatre fentes pénétrant jusque dans la cavité digestive, etsépa- » rant quatre arcs branchiaux, dont le plus antérieur est le plus )' petit. Avant que les fentes aient pénétré d'outre en outre , il » s'élève , des arcs branchiaux, de petits tubercules ([ui commen- » cent à paraître de haut en bas , et qui ne tardent point à s'al- " longer en feuillets branchiaux.» A ces détails, M. Rashke ajoute encore l'observation sui\ante : « Derrière les boiu-relets destinés aux cornes de l'hyoïde , il se " forme de cha([ue côté un épaississement analogue de la meni- " brane |)roligère, qui produit d'abord une petite saillie verruci- " forme, puis bientôt après une seconde, derrière la première et >' lui [)eu au-des-ious d'elle. Dans l'espace d'un petit nombre de 218 PRÉVOST Kl LBBERT. — SLll 1,1 l'Oll.MATlO.N » jours, pendant lesquels ces saillies s'allongent beaucoup , clia- » cune d'elles pousse de son côté , tourné vers le bas , d'autres )) saillies analogues, jusqu'à ce que le tout ressemble à une crête » dont les dents sont d'inégale longueur et assez espacées. Cepen- » dant, à l'époque où le fruit se dégage des enveloppes de l'œuf, » cette crête, qui est la branchie , n'a ordinairement encore que » quatre ou cinq dents [loco cihtlo). » Dans des têtards sur le point de sortir de la glaire , qui ne les entourait plus que comme un sac mince et membraneux, nous avons vu les branchies encore enveloppées sous la peau , mais déjà divisées de chaque côté en trois lobes tournés en bas, paral- lèles à l'axe du corps. Dans des têtards un peu plus développés (de 7 à 8 millimètres de longueur) dans lesquels la circulation n'est pas encore établie, les branchies commencent à être bien visibles extérieurement, comme des franges. En les étendant , on voit qu'elles sont compo- sées (voy. PI. X, fig. 24, c,c) de trois branches, dont chacune se subdivise en trois lobes secondaires ; l'extrémité de chaque lobe est parfaitement arrondie, et autour d'elle on observe un mouvement vibratile très vif. Chaque frange des branchies est composée des éléments suivants ( l'I. X, fig. 29). Le bord mince est garni de cils vibratiles , autour desquels il y a un mouvement tournoyant et moléculaire vif. Dans la substance des branchies, on ne voit encore ni vaisseaux ni globules sanguins , mais partout des globules or- ganoplastiques de 0""",02 à ()""", 0,3, bien remplis de granules moléculaires et de petites vésiculi^s ; ils ont un aspect opaque qui masque leur noyau diaphane. Dans quelques globules, la mem- brane d'enveloppe est partiellemiMil bombée, et son contenu ne la remplit (lu'incomplélement. Les globules, ([uoique assez rap- prochés les uns des autres , ne le sont [loLU-tant pas au point de devenir anguleux par juxta-position, et ils se trouvent partout en- tourés d'une substance intercellulaire granulo-vésiculaire ; leur teinte est d'un jaune rougeàtre. A mesure que les branchies grandissent , les granules et les vésicules diminuent; les globules, ainsi (|ue la substance inter- cellulaire, deviennent plus dii(,phanes: ensuite les globules s'é- DES OROA.NliS DU LA CIUCCLATIO.N. 219 carteiit au bord, des deux côtés, pour laisser entre eux l'espace (juc doivent occuper bientôt les vaisseaux. La première circulation ne les creuse pas ; elle peut leur donner une forme plus régulière ; mais les voies lui sont préparées d'avance , et il est infiniment probable que les vaisseaux se forment dans une membrane liémo- l)lastique qui , à cause de l'épaisseur de l'embryon , n'est pas aussi distinctement visible que dans l'embryon de l'oiseau, et qui n'olTre, pour ainsi dire, qu'une expansion membraneuse rudimentairc au- tour du vitellus et sous la membrane d'enveloppe, disposition qui est aussi plus évidente dans le poisson. La circulation commen- çante est très simple. Une artère branchiale envoie dans chaiiuc lobe un rameau qui se subdivise dans chaque lobule , descend le long de son bord, restant cependant toujours à une certaine dis- tance de l'extrémité libre du lobule ; puis elle se replie, et devient veine ; ce n'est que plus tard que de plus petits vaisseaux aug- mentent les communications, mais en se formant de la même manière. S'il est intéressant de suivre le développement de cette circu- lation , il ne l'est pas moins de voir comment elle disparaît, et comment , par cela môme , ces organes , privés de leur liquide nourricier et vivificateur, finissent eiL\-mèmes par disparaître. Nous avons fait ces dernières observations sur les crochets des larves de Salamandre et sur de jeunes Salamandres noires des Alpes. Le crochet, surtout bien visible dans les larves de Triton qui viemient d'(''clorc , ])rend son origine de])uis le corps , près des \eux, au-dessous des branchies; il a environ 1/18 de millimètre de largeur, et est composé dans son intérieur de globules orgaiio- plastiques hyalins et peu remplis ; il contient dans son intérieur un arc vasculaire qui, près de l'extrémité du crochet, se replie |)our devenir veine ; aucune branche collatérale ne va de cette petite artériole à la veinule correspondante , et nous avons là la circulation du sang dans sa plus simple expression. Dès la fin du second jour, le crochet a à peu près disparu , et voici comment : le rami'au vasculaire a décrit un arc toujours moins allongé, ne nioninuil d'abord la circulation que dans les doux tiers, ensuite 220 PRÉVOST i;t lebert. — sir. i.a Foiiinrio.N dans la moitié , ensuite à peine dans le tiers du crochet , et finis- sant par laisser celui-ci entièrement privé de circulation ; alors il se flétrit de plus en plus, et, à la fin du second jour, il paraît à peine comme une légère saillie externe. La. Salamandra alra des Alpes est ovovivipare comme les autres Salamandres terrestres ; mais elle a cela de particulier qu'elle ne porte que deux petits à la fois (au moins autant que nous avons ])u l'observer jusqu'à présent). Ces deux petits sont très dévelop- pés et très grands au moment de leur sortie du corps de la mère. Ayant souvent sorti de ces petits vivants par une espèce de section césarienne , ces animaux ont parfaitement bien continué de vivre. Ils avaient des bi'anchies très développées, dont la longueur, la finesse, l'étendue, et la couleur, d'un jaune rougeàtre, offraient un fort contraste avec le corps noir luisant de ces petits animaux. A leur sortie, la circulation était complète jusque dans les ex- trémités des branchies , et il y avait un très grand nombre de ca- pillaires; mais bientôt la circulation s'arrêta dans les plus petits vaisseaux et dans les plus éloignés du tronc. Cette oblitération gagna de proche en proche des vaisseaux plus considérables, et, au bout de quelques jours, et à mesure que la circulation pulmo- naire devint plus complète , ces belles branchies n'offraient plus que l'aspect de franges ditformes et flétries. Nous revenons à présent à l'étude du cann- et de la circulation il un état plus développé c|ue (('ux que nous avons signalés précé- demment. Voici connnent nous avons observé la circulation dans une larve de Triton éclose depuis douze jours, et ayant déjà les extrémités antérieures développées. l,a larve couchée sur le dos montre le jeu de la circulation régulier, rhythmique et non interrompu. L'oreillette se trouve placée sous le ventricule; elle communique avec ce dernier ])ar un canal ou rétrécissement de sa substance ; on distingue bien aussi la pointe du cœur. Le ventricule a dans les moments d'ex|)ansion 3/10 de millimètre de largeur, et se rétré- cit d'environ un tiers de son diamètre dans les mouvements de contraction. Le sang, dans le ventricule et l'aorte, est d'un rouge écarlate ; tandis que dans le bulbe, dans l'oreillette et le système DKS ORfiVNES DE L\ CIRCl LATION. i2-21 veineux, il est d'un rouge, plus foncé. Le canal par lequel le \cii- ti-icule passe dans le bulbe a 2/1 1 de millimètre de longueur sur I/ll de largeur. Les mouvements de systole paraissent se conti- nuer dans le bulbe, dont les contractions servent peut-être de ren- fort à la ])ression exercée sur le sang pour le jeu de la circulation. Du bulbe p:irt un tronc artériel qui se divise dans les branchies et donne aussi des rameaux à d'autres parties du cor])s \ Disines des braïuhies. Cela t'ait que les veines branchiales coiniiuMiiqiienl aussi avec d'autres veines du corjis, à part leur refour aux branches qui se réunissent de nouveau après leur sortie des branchies pour former le tronc de l'aorte, qui ensuite se ramifie dans toutes les parties du corps, l^e sang est ramené de ces dernières par des troncs veineux à l'oreillette , dont les contractions suivent , à un très court intervalle dont nous n'avons pas pu exactement appré- cier la durée , celle du ventricule. Nous renvoyons pour plus de détails sur ce sujet à l'excellent travail de Rusconi sur les organes de la circulation des larves de la Salamandre a(|uatique, ouvrage dont nous avons reproduit le dessin le plus important dans la vingt-huitième figure de notre planche, en y ajoutant les di''(ails explicatifs traduits également de l'ouvrage cité. Les voies principales de la circulation une fois établies, il se forme de tous les côtés des vaisseaux de communication , et on est frappé de leur prompte augmentation. 11 nous importait beau- coup d'en étudier le développement , parce que , d'un côté, cela jette un grand jour sur la formation des capillaires chez le Batra- cien en général, et , d'un autre côté, cela nous donne (juelques indices sur l'origine des vaisseaux de nouvelle formation dans l'in- flammation et dans divers produits morbides. La partie la plus propre à ces recherches est la queue, tant poiu- la Grenouille que pour le Triton. La circulation bi'anchiale et celle du tronc est déjà assez com))lète, tandis que la queue n'en montre pas encore de traces. On n'y voit , des deux côtés de la corde dorsale, que des globules organoplastiques , d'abord serrés et pi'esc[ue o|)aques, ensuite de plus en plus transparents, et deve- nant anguleux par juxta-position. Ces globules s'écartent, comme dans le? bi'anchies. ))Our donner origine aux vaisseaux, ((ui se :222 PRÉVOST ET LEBERT. — Sri! I, V FORMATION rorment comme des arcs collatéraux passant d'une petite artère directement à une veine ; entre ces arcs secondaires s'établissent ensuite des arcs tertiaires de connnunication , allant toujours du système artériel au système veineux, et ainsi de suite. La dimen- sion des capillaires varie entre 0""",0167 à 0""",0250 de largeur; leurs parois sont partout distinctes , et nulle part on ne voit errer des globules du sang dans la substance de la queue. Dans les plus fins capillaires, on ne voit qu'un liquide incolore, sans glo- bules , et ces vaisseaux blancs des anciens , quoique existant eu petit nombre, sont pourtant démontrés par l'observation directe. Dans d'autres petits capillaires, on ne voit passer les globules qu'un à un et à des distances assez éloignées, même alternative- ment du sang sans globules et d'autre qui en contient peu ; en- suite, dans des capillaires un peu plus larges, on les voit passer un à un, ou deux au plus de front, mais pas régulièrement dans une suite Jion interrompue. Les capillaires les ))lus petits ne prennent une teinte jaunc-rougeàtre que lorsque la circulation s'arrête, et dans le plasma on y reconnaît encore pendant assez longtemps les globules intacts. Ce n'est que dans les troncs vas- culaires plus volumineux que le .sang présente la couleur rouge qui lui est propre. Des observations exposées dans le courant de ce Mémoire ré-. sultent les faits suivants : 1" La vésicule germinative se voit de bonne heure dans l'ovule de la Grenouille ; elle disparaît après la fécondation. 2° Les éléments qui constituent l'œuf non fructifié se forment de la manière suivante : l'ovule peu avancé contient des vési- cules à noyaux; l'enveloppe et le contenu cellulaire de ces vési- cules se transforment en granules et en petits globules, qui forment des agglomérations soit entre eux, soit autour des noyaux dévelop- pés, qui , à leur tour, se sont transformés en globules diaphanes. Ces agminations s'entourent pour la plupart de membranes d'en- veloppe, et ainsi se forment les globules vitellins. l/œuf parvenu à sa maturité est donc composé de granules , de petits globules I DUS ORGANES DF, I.\ CIRCl I.ATrOX. 223 d'agminations groupées en partie autour de vésicules diaphanes, et de globules vitellins , contenant tous ces éléments , qui entou- rent la vésicule germinativc. 3° L'œuf fructifié contient les éléments' suivants : a, des gra- nules de ,0012 — 0""",0025 ; b, des globules primitifs aplatis, d'une forme obiongue, de 0""",0087 — 0""",0i de loiigueui- sur 0""",()05 — ',0002 de largeur; c, de grands globules de 0""", 05— 0""", 0875 et au-delà, formés de granules et de globules primitifs, groupés autour d'un noyau diapiiane de 0""",025 à 0"'"',03: ce sont les globules du vitellus, correspondant aux glo- bules du jaune de l'œuf de l'oiseau. Ce qui augmente encore cette analogie , c'est qu'on rencontre quelquefois une cavité centrale dans son intérieur , semblable à celle , remplie de globules blancs , • qu'on trouve dans l'œuf de l'oiseau. Un certain nombre de ces globules n'ont point de membrane d'enveloppe ; il , des globules granuleux de O'"'", 0125— 0""", 025; e, des globules de ,02— 0""",0o, contenant des granules en mouvement moléculaii'e dans leur intérieur, de petits globules, et un noyau diaphane de 0""",0i25 — 0""",015. Ces globules, que nous appelons organo- plastiques, constituent la base de la première formation du sang, de tous les tissus et de tous les organes. 4° La séparation des éléments de l'œuf en globules vitellins et en globules organoplastiques est un des premiers effets de la fécondation. 5° La membrane d'enveloppe de l'embryon est formée, à sa partie interne , de globules organoplastiques aplatis par suite de l'expansion de l'œuf, qui est la consi''(]uence du développement ; ces globules renferment de très bonne heure des grains pignien- taires. 6° L'embryon de la Grenouille offre sur toi^te la surface du corps des cils vibratiles , qui ne sont pas des appendices de cel- lules épithéliales. On les o])serve encore chez des embryons d'un centimètre de longueur. 7° Le pigment se forme dans des globules organoplastiques. Dans la choroïde, dans laquelle il est d'un bleu noirâtre , les glo- bules gardi'iit leur forme à peu ])rès ré(;ulière: dans la peau , les '2'2li PRÉVO«>'r lîT LEBERT. — SIR I,\ I-OP.VATION globules qui renferment le pigment prennent une l'orme irrégu- lière et aplatie , avec des prolongements latéraux qui , plus tard , offrent tout-à-fait un aspect étoile et ensuite une disposition fran- gée ; ils continuent à communiquer les uns avec les autres au moyen de canaux , et ainsi se forment les réseaux pigmentaires. 8° Les muscles du mouvement volontaire se développent chez le Batracien avant ceux des organes de la circulation ; ils tirent leur origine de globules organoplastiques, qui s'allongent et se groupent par faisceaux ; leur contenu granuleux et vésiculaîre se transforme en fibres primitives. 9° La corde dorsale se forme de noyaux des globules organo- plastiques. Les vésicules diaphanes grandissent, en absorbant les granules et les globules primitifs qui les entourent. Dans quelques Reptiles , dans les larves de Triton entre autres , il se forme des noyaux dans l'intérieur de ces grandes cellules. Le long de la corde dorsale on voit un bord composé de petites vésicules dia- phanes et de granules qui se prolongent entre les plaques verté- brales ; il paraît unir ces dernières à la corde elle-même , et former ainsi peut-être un conmicncement de cartilage. 10" Les globules du sang constituent une transformation directe des globules organoplastiques. Ces derniers se dépouillent d'a- bord d'une partie de leur contenu granuleux et vésiculeux ; ceux de ces éléments qui restent dans leur intt'rieur preimcnt une teinte jaunâtre, ensuite ces globules deviennent ellipsoïdes. Les petits globules en paillettes disparaissent avant les granules , et à mesure t[ue ces derniers diminuent , la teinte jaune de\ ient rougeâtre et uniforme par tout le globule. I/opinion (|ue les globules du sang tii'cnt leur origine des noyaux des globules organoplastiques nous paraît contraire à robservation ; la formation des globules blancs du sang appartient à une époque bien postérieure. 1 1° Le cœur ne se forme dans le Batracien qu'après que les organes du mouvement volontaire ont acquis un certain degré de développement. Il est d'abord constitué par un canal renflé dans son milieu, placé à la jonction de la partie vitelline et organique avec la partie animale de l'embryon. Les premiers mouvements ne sont que des oscillations faibles et des contractions comme Dics oiu. \m;s m; r. \ cinr.iLATioN. 225 péristaltiques : bientôt se \oit la ?i''|iaration de l'oreillette et du ventricule ; plus tard le bulbe de l'aorte devient distinct , et lors- que toutes les parties sont bien marquées , la pointe du cœur prend la forme qu'elle doit garder. Les mouvements sont devenus de plus en plus énergiques et régulieis ; le péricarde a entouré le cœur dès la première démarcation de l'oreillette et du ventricule. 12° La substance musculaire du cœur était d'abord formée par des globules organoplastiques intacts , ensuite leurs parois ont en partie disparu ; leur contenu a constitué une substance inter- médiaire granuleuse; leurs noyaux se sont allongés, et ont passé par l'état de corpuscules l'usiformes à celui de cylindres arrondis , dans l'intérieur desquels se forment plus tard les fibres primitives. Dès que la substance du cœur a acquis quelque solidité , on y reconnaît des vaisseaux qui président à sa nutrition et à son ac- croissement. l.V Les branchies paraissent d'abord comme de simples bour- relets entre les fentes branchiales, ensuite elles sont régulièrement trili)bées; et après avoir pénétré les téguments, chaque lobe se subdivise en trois l(ibules allongés. Leur surface est garnie de cils vibratiles ; leur substance est formée dans le principe de globules organoplasti(iues , qui , au moment de l'établissement de la pre- mière circulation , se groupent et s'écartent d'une manière très régulière. 14° Il est probable que les premiers vaisseaux se forment dans une membrane hémoplastique, oudans quelque chose d'analogue, se répandant depuis le cœur dans toutes les parties dans lesquelles la première circulation s'établit. 15° La circulation dans le crochet des larves de Triton, très simple, vu que l'artère se replie directement en une veine , cesse, ainsi que celle des branchies, par retrait et par disparition des vaisseaux, ce qui amène l'atrophie et la flétrissure de ces organes. 16" La première circulation fœtale complète dans les Batra- ciens est, en peu de mots, la suivante : le sang veineux, passant de l'oreillette dans le ventricule, se répand par le bulbe de l'aorte dans les branchies , donnant cependant des vaisseaux aussi à d'antres parties ([u'à ces organes rps|iiratoires ; ce sang veineu.x 3'-s('M-iiv Z.ioi.. T. I .Avril ISil.) 13 226 paÉvosT jet lebert. — sur i.v formation devient artériel dans les branchies , et retourne en bonne partie , après avoir donné aussi des branches à diverses parties ambiantes, de chaque côté , dans un tronc qui aboutit à l'aorte ; de là le sang parcourt toutes les parties du corps et revient à l'oreillette par les gros troncs veineux. 17° Le cœur, pendant l'acte de la contraction, diminue d'un tiers de son diamètre ; sa contraction est aussi visible d'une manière active dans le bulbe de l'aorte, qui , sous tous les rapports , paraît être un renfort du centre de la circulation. 18° Les capillaires se forment toujours d'une manière centri- fuge , et toujours sous l'inlluence de la circulation générale : ce sont des arcs secondaires , tertiaires et ainsi de suite , qui vont d'une artériole à une petite veine. Jamais nous n'avons observé, dans l'embryon des animaux vertébrés , des vaisseaux se for- mant indépendamment de la circulation générale et finissant par y aboutir. 19° L'observation démontre l'existence des capillaires trop petits pour permettre le passage des globules sanguins : dans d'autres un peu plus grands on \ oit jjasser tantôt du sang qui contient des globules, tantôt un liquide incolore qui n'en renferme point. 20° Les deux plus grands avantages des études embryologiques dans les Batraciens consistent : 1° dans le grand diamètre de leurs globules organoplastiques , qui permet de saisir tous les détails de leur transformation ; 2° dans le développement complet de la circulation branchiale, qui nous rend compte de l'état rudi- mcntaire de ce genre de circulation dans l'embryon de l'oiseau et dans celui du mammifère. Kilos sont en même temps, comme nous le démontrerons ailleurs, très intructi\ es pour comprendre la formation et la structure des pouninns de l'embryon et de l'a- dulte. E\PMCATIO\ DES PLANCHES. PLANCHE IX. Fig, H . L'œuf de la Grenouille dans l'ovaire, peu avanci' dans son développement. a, membrane d'enveloppe fournie par l'ovaire. nns oiî(.\m;s m: i.\ (■.iRr.Li.\Tio\. 227 6. envplo|ipe propre ili' Id'iif. c, vésicule gcrniinalivc. d, (/,(/, globules (lia|)hanos de l'ovule. e,i\c, noyaux (le ces globules. Fig. 2. Les globules diaphanes de lovule. «,«,", globules. l>,b,b, noyaux. c,r,f, nucléoles. Fig. 3. La vésicule gerniinalive isolée. o, membrane d'enveloppe. I>,b,b, vésicules et granules de son intérieur. Fig. 1. Globules et granules de l'ovule plus avancé. Fig. -j. Vésicules transparentes entourées de granules. Fig. 6. Globules de lœuf non fruclilié , bien développés. Fig. 7. Globules [irimitifs (stéariques, ou globules en forme de paillettes) entourés de granules moléculaires. (1,0, a, granules moléculaires. b,b,b, globules primitifs. Fig, 8. Grands globules du vitellus isolés. a, globule vilellin à circonférence irrégulière. b,b,b, vésicules diaphanes ou noyaux intérieur,*. Fig. 9. Grands globules vitellins réunis. Fig. 10. — ii,<(,fi, vésicules diaphanes entourés de globules primitifs sans mem- brane d'enveloppe. b,b,b, noyaux vitellins transparents isolés. Fig. I { . Globules granuleux. Fig. 12. Globules organuplastiques. Fig. 13. Globules organoplasliques tégumentaires de Rana ti'mjmrcirm . conte- nant des grains de pigment noir. Hg. li. La peau garnie de cils vibratiles. '!,«, bord interne. b,b, bord externe. c.c, granules d'implantation. iSIX£AlXT. — OONSlDliKAlJO.XS SI II I.'aI.IME.M ATIO. 229 moyen : il,il,d,'o\igènc et l'hydrogène qui manquent dans la somme des pro- 232 BOtSSIlVCiAULT. — CO^SltlKU.\l■lO^S duits n'ont, pas disparu exactement dans les proportions voulues pour former de l'eau ; l'hydrogène en excèspèse de 20 ;t23 grammes. Il est vraisemblable que cet hydrogène des aliments s'est trans- formé en eau en se brûlant , pendant la respiration , aux dépens de l'oxigène de l'air. La perte en carbone, qui est très considérable dans les deux expériences , puisqu'elle s'élève à plus de 2 kilogrammes , doit être attribuée à l'acide carbonique qui se forme dans l'acte de la l'espiration et de la transpiration. En négligeant la quantité de ce principe qui a dû s'échapper par la transpiration cutanée à l'état de combinaison organique , on trouve qu'eu vingt-quatre heures , chacun des deux animaux mis en observation a produit cn\ iron 4 mètres cubes de gaz acide carbonique supposé à 0" et sous la pression de 0"',76. Ainsi , pendant la respiration , le carbone et l'hydrogène des aliments ont disparu en donnant naissance , par le concours de l'oxigène de l'air, à de l'acide carbonique et à de l'eau, précisé- ment comme s'ils eussent été brûlés. C'est qu'un animal peut réellement être considéré comme un appareil dans lequel s'opère une combustion ; il s'en dégage con- stamment du gaz acide carboniciuc et de la vapeur d'eau, connue il en sort d'un fourneau où l'on brûle de la matière organi([ue, du bois, par exemple ; dans les deux cas, il se produit de la chaleur : la comparaison n'a rien de trop exagéré. Tout animal élève la température de sa masse au-dessus de celle du milieu où il vit, et l'excès de cette température .sur celle du Iluide ambiant est en quelque sorte proportionnel à l'activité de sa respiration , ou , si l'on veut, à l'intensité de la combustion. Sous l'influence de l'oxigène absorbé , les principes solubles du sang passent par une suite de modifications dont la dernière est l'acide carbonique qui s'exhale dans l'air, et c'est par cette voie qu'une partie du carJione originairement contenu dans les aliments e.st versée dans l'atmosphère, après avoir rempli une fonction importante, celle d'enti-elenir dans l'être vivant la chaleur néces- saire à son existence. Ainsi . loin de prélever aucun principe dans 1 air qu ils l'espirent, les animaux lui fournissent continuellement SLH I.'U.l.MKM'ATIO.N DUS A.MMAUX. 233 du caibuiie. La nourriture est dnnc la source unique où les êtres vivants puisent la matière ([ui entre dans leur organisation ; et comme l'aliment primitiC des animaux réside dans les végétaux , les herbivores doivent nécessaireinent trouver dans les ])lantes qu'ils consomment les éléments qu'ils assimilent. La constitution matérielle des êtres animés doit donc se raj^procher et même se confondre quelquefois avec colle des végétaux. En effet, bon nombre des composés organiques ternaires et ([uaternaires des deux règnes olfrent la ]ilus grande analogie ; as.sez souvent leur identité est parfaite. (Certains corps gras d'origine animale ne dilfèrent aucunement des graisses végétales ; l'acide margarique qu'on retire de la graisse de porc a exactement la composition de l'acide margarique fourni par l'huile d'olive. Cette analogie se maintient pour les principes azotés quater- naires. Il paraît y avoir, en effet, identité, comme on peut s'en convaincre en examinant les résultats analytiques obtenus par MM. Dumas et Cahours. (L'auteur indique ici la composition et les propriétés de [ilu- sieurs matières appartenant au règne animal et au règne végé- tal : de la fibrine, de l'albumine, de la caséine, de la gélatine, des graisses, do quelques sels terreux et alcalins qui constituent la trame des tissus des animaax ou les fluides qui les pénètrent. Puis il examine successivement ces dilTérents tissus, et la constitution des cheveux , du sang , du lait et du beurre.) L'identité de composition et de propriétés qui semble exister entre certaines matières tirées des deux règnes conduit naturel- lement à penser que les animaux ne créent point les substances qui entrent dans leur organisation , mais qu'ils les trouvent toutes formées dans les aliments : d'où il faut conclure (|ue les herbi- vores assimilent directement plusieurs des principes immédiats des végétaux , en ne leur faisant subir que de légères modifica- tions , et que les éléments des tissus , des fluides animaux , préexistent, dans les plantes cjui contiennent, en outre, les phos- phates terreux qui forment la base des os. La nourriture des herbivores doit donc toujours renfermer , et renferme en elfet constamment, f[uatre ])rincipes essentiels qui. 2'èl\ «OVSSlKGIkVLT. — COISSIDÉKATIOAS par leur l'éuiiioii , constituent l'aliment normal , à savoir : 1° une matière azotée comme l'albumine , la caséine, le gluten : c'est là très probablement l'origine de la viande ; 2° une matière huileuse, ou se rapprochant tout au moins de la nature des corps gras ; 3° une matière à composition ternaire , du sucre , de la gomme , de la fécule ; 4° des sels , particulièrement des phosphates de chaux , de magnésie , de fer. Cette composition mixte , que doit nécessairement offrir une plante fourragère , justifie les idées géné- rales émises par le docteur Proust sur l'alimentation. Cet habile chimiste établit que le lait est l'aliment normal , et que tout régime alimentaire doit participer plus ou moins de sa constitution ; c'est- à-dire qu'indépendamment des phosphates , l'aliment doit réunir une substance azotée, un principe non azoté, un corps gras, pour équivaloir au caséum , au sucre , au beurre. Ce principe fondamental , r/nc les animaux trouvent leur propre substance dans les aliments qui les nourrissent , peut éclairer le pra- ticien dans l'alimentation des herbivores; car si la viande, la graisse, les os, existent à peu près tout formés dans les fourrages, il est bien évident que les plus convenables sont précisément ceux ([ui , sous le même poids , contiennent le plus de ces divers maté- riaux de l'organisation. (La proportion d'azote contenue dans les matières végi'tales, acceptées connue nourriture par les animaux , indi(iue la valeur nutritive des fourrages , et permet de calculer la quantité d'albu- mine , de viande , renfermée dans l'aliment analysé. En clfct . toutes les substances végétales examinées jusqu'à présent ren- fei'ment des principes azotés ; on sait , en outre , que les aliments exempts d'azote sont insuffisants ; qu'un régime non azoté amène le dépérissement et la mort des animaux ; que la qualité d'une farine augmente avec la ([uantité de gluten qu'elle contient ; que les légumineux d(jivent leurs propriétés nourrissantes à leur richesse en principes azotés , en viande.) Par toutes ces considérations, j'ai admis que la propriété ali- mentaire des végétaux réside surtout dans leurs matières azotées, et que, par conséquent, leur faculté nutritive est proportionnelle à la (juatUiié d'azote (jui entre dans leur romposititm. Par ce qui pré- SIR l'alimentation des AMMAIX. 235 cède on a pu remarquer que , néanmoins , je suis loin de croire que les matières azotées sont suflisantes pour réaliser l'alimenta- tion; mais il est de fait qu'un aliment végétal fortement azoté est généralement accompagné des antres éléments organiques et inor- ganiques qui concourent à la nutrition. (Le dosage de l'azote renfermé dans les fourrages peut donc servir de point fixe pour apprécier comparativement leur faculté nutritive et conduire à trouver des nombres qui expriment les rapports en poids , suivant lesquels ils peuvent être substitués l'un à l'autre : ces nombres sont de véritables éiiuivalents nutritifs. Le foin étant l'aliment le plus généralement employé, c'est à lui qu'on compare les autres nourritures végétales , et c'est lui qu'on a pris pour base des équivalents , en déterminant les quantités pondérables de fourrages qui peuvent remplacer 100 parties de foin en poids. J'ai choisi, pour terme de comparaison de mes analyses , le foin ordinaire de prairie, contenant 1,15 d'azote et 11 pour 100 d'eau.) La fixation de la valeur nutritive des fourrages , par la déter- mination de l'azote , est loin d'être à l'abri d'objections : cette méthode tend à donner des équivalents trop bas, parce qu'elle est sujette à porter un peu trop haut la quantité de viande conte- nue dans les fourrages. L'azote recueilli dans l'analyse peut pro- \enir, pour une très faible partie , des nitrates qui se rencontrent dans les plantes, et qui ne sont d'aucune utilité à la nutrition. Généralement cette cause d'erreur ne peut exercer qu'une inlluence à peine appréciable; mais il est des feuilles, des racines qui, venues dans certains terrains même très peu salpètn's, sont assez riches de nitrates. C'est à cette circonstance que j'attribue l'ano- malie offerte par les feuilles de betteraves champêtres. Par la détermination de l'azote , on se borne uniquement à éva- luer la quantité de viande renfermée dans un fourrage ; c'est bien certainement là la matière qu'il importe de doser, c'est celle qui existe en proportion moindre , et son abondance ou sa rareté dans un aliment décide, à n'en pas douter, du plus ou moins de valeur nuli'iti\e que l'on doit lui reconnaître. Les auli'es substances non azotées, comme le sucre , l'amidon, la gomme, forment la niasse 236 BOl'SSIKGAULT. — C0.>SlDEri\T10.\S du végétal alimentaire , et se trouvent presque toujours en grand excès par rapport à la substance azotée. Ces matières sont les auxiliaires indispensables de l'aliment végétal. Dans l'acte de la digestion , la fécule amylacée se transforme en gomme et en sucre, qui sont alors absorbés directement. Les substances grasses se divisent à l'infini , et , en s'émulsionnant , donnent naissance au tissu adipeux ; mais la fibre ligneuse , à l'état où elle se rencontre dans les plantes, ne paraît pas concourir d'une manière bien effi- cace à la nutrition : on la retrouve presque intacte dans les déjec- tions des animaux. Ces principes admis , on conçoit qu'il n'est pas indifférent qu'à proportion égale de matière animalisée , un fourrage contienne en plus de l'amidon , du sucre ou du ligneux. Les propriétés nour- rissantes de l'amidon et de ses congiMières concourent évidemment k l'alimentation , tandis que le ligneux se comportera comme un corps inerte, exerçant tout au plus une action mécanique, en contribuant à la division du bol alimentaire ou en servant en quelque sorte de lest. Le foin et la pomme de terre, amenés au même état de dessic- cation, contiennent, à peu de chose près, les mêmes proportions d'azote, 1,3 et 1,5 pour 100, c'est-k-dire environ 8 1/2 pour 100 de viande. Dans la pomme de terre sèche, les 91 1/2 restants sont formés prcsc[ue en totalité par de l'amidon. Dans le foin, il existe au contraire dans le n'sidu une forte pro- portion de ligneux. Ces faits sont de nature à expliquer pour- quoi , malgré le même contenu en matière animalisée, la pomme déterre peut réellement être un peu plus nutritive que le foin , dans la supposition vraisemblable où le ligneux ne serait d'aucune utilité dans la nutrition. Pour doimer aux équivalents théoriques toute la précision désirable , il conviendrait donc de déterminer, pour chaque espèce d'aliment, la quantité de matière organique qui échappe à la digestion ; c'est un travail que j'abor- derai dans une prochaine occasion. A l'aide de cette nouvelle donnée , on aurait jiour chaque fourrage trois éléments qui per- mettraient de comparer leur valeur nourrissante , à savoir : la proportion de la substance azotée ; celle de la matière non azotée. SIR I. \r.IME>TAT[0\ DES AMHAI X. 2S/ sucre, gomme, amidon, pectine; enfin, le contenu en principe inerte, qu'il faudrait nécessairement défalquer du jjoids des rations alimentaires. La détermination de l'azote ne permet pas d'apprécier les diverses substances non azotées nutritives qui entrent dans la constitution d'un fourrage, ou plutôt elle admet, ce qui est loin d'être rigoureux , que ces substances sont le complément de la viande qui s'y trouve. C'est là , il faut le reconnaître, un inconvé- nient de la méthode que j'ai proposée ; mais cet inconvénient n'a pas la gravité qu'on pourrait lui supposer au premier abord, par la raison que la faculté nutritive de la substance azotée, qu'il importe surtout de doser exactement, est incomparablement plus grande que celle de l'amidon, du sucre ou des graisses qui existent sans exception dans les aliments. (La théorie et la pratiqu(î arrivent c|uel([uefois à des résultats assez divergents dans l'appréciation de la faculté nutritive des substances alimentaires ; c'est ainsi qu'elles ont besoin de nou- velles expériences pour décider si les fourrages consommés en vert nourrissent plus que les mêmes fourrages fanés, et qu'elles attribuent une valeur différente aux tourteaux des oléagineuses, bien qu'elles s'accordent toutes deux à leur reconnaître une grande vertu nutritive.) J'ai cru devoir insister sur le désaccord qui se manifeste entre les résultats de l'analyse chimique et ceux recueillis par l'obser- vation, parce qu'il me parait dépendre d'une circonstance parti- culièi-e qui se présente fréquemment dans l'alimentation du bétail, et dont il est très important de tenir compte : je veux parler de l'inlluence du volume de la ration alimentaire. Les aliments végétaux ont à peu ])rès la même pesanteur spé- cifique; elle est un peu supérieure à celle de l'eau; le volume de la ration dépend donc de son poids. On conçoit qu'une ration formée par un fourrage extrêmement nutritif, et qui, par cette raison , aurait très peu de volume, présenterait de graves inconvé- nients. Un cheval de labour de taille ordinaire exige, d'après ce que j'ai observé dans plusieurs occasions, environ 12 à 15 kiloor. d'alimentssolides, et 12 à \l\ kilogr. d'eau toutes les vingt-quatre :2;^S BOlK^illVGAVLT. — CONSIDÉRATIONS heures. Le volume de cette ration, n'-duit par la mastication à l'état de bol alimentaire, est à peu près de 27 décimètres cubes. Si au fourrage ordinaire on substitue un aliment cincj fois plus nutritif, comme le tourteau, par exemple, la ration sèche, d'après la règle des équivalents , serait réduite à 3 kilogr. , et son volume total deviendrait 16 décimètres cubes. L'animal ne serait pas rempli ; il éprouverait, sans aucun doute, le sentiment de la faim. Si , au contraire , on substitue un fourrage peu nourrissant , de la paille de froment , ayant pour équivalent 500, les 15 kilogr. d'a- liment sec deviendraient 75 kilogr. , et la ration est alors beaucoup trop volumineuse pour iHre consommée dans un jour. Dans la nutrition d'un animal , on doit donc prendre en sérieuse considé- ration le volume des aliments. Il faut, de toute nécessité, que l'estomac soit suffisamment chargé, lesté, comme on dit ordinai- rement. En donnant seul un fourrage très substantiel , il convient, quel que soit son pouvoir nutritif, de l'administrer en quantité telle que le volume soit suffisant ; et alors , comme il arrive avec le tourteau donné dans cette condition, la consommation n'est plus en rap])nrl a\cc l'équivalent nutritif. (Pour étudier la valeur nutritive comparée des aliments, il faut apprécier leur influence favorable ou désavantageuse par l'amplitude des variations du jioids des animaux mis en expérience. Mais les résultats obtenus peuvent être erronés si l'on ne tient compte d'ailleurs de certaines circonstances, telles que l'effet de l'addition d'une nouvelle dose d'aliment à un ordi- naire déjà suffisant pour l'entretien ; l'état de division, de crudité ou de cuisson, dans le([uel les substances ont été administrées: l'inégalilé du travail auquel sont employés les individus qui font l'objet des recherches; l'insuHisance de la durée des diffih'ents régimes auxquels ils ont été assujettis ; le nombre d'aïu'maux soumis à l'observation, cai' plus les tètes sont nombreuses, plus il y a de chances pour c[ue Terreur puisse se compenser.) Une autre cause d'erreur, dont j"ai eu l'occasion de m'aperco- voir dans le cours de mes expériences , paraît dé|)endre du poids de la ration alimentaire. A égalité de valeur nutritive, les rations lieuvent avoir des poids très différents : un régime composé d'ali- SI n i.'alimentat(on dks animai'v. '239 mcnts secs, comme le foin et ravoine, pèsera beaucoup moins que son éciuivalent en racines , en tubercules ou en fourrage vert. Si , après avoir entretenu des animaux avec des aliments secs , on sulîstitue une nourriture aqueuse , on remarque aussitôt un accroissement notable dans leur poids. Le changement est trop subit et sou\ent trop considérable pour ([u'on puisse songer à l'at- tribuer à la nutrition ; c'est un lest qu'on a introduit dans le corps des animaux, et (jui persiste, bien qu'en sul)issaiit des variationji, pendant tout le temps qu'on administre le nouveau régime. Dans le cas opposi; , quand un équivalent nutritif ]i('sant est remplacé par un équivalent plus léger, on observe le phénomène inverse : le poids des animaux baisse subitement. Ces changements brusques jettent de la perturbation dans les résultats, et on doit juger défa- vorablement la méthode qui consiste à se contenter d'une seule pesée à la fin de chaque observation faite sur un- régime alimen- taire. J'ai commis cette faute avant d'avoir su apprécier son in- fluence. Pour arriver à des résultats dignes de toute confiance, il convient de nourrir les animaux pendant deux ou trois jours avec la ration ([ue Ton veut étudier, afin de les lester : c'est alors seu- lement qu'il faut faire la première pesée ; c'est alors que com- mence l'expérience ; et, après l'avoir continuée pendant un temps suflisamment iirolongé pour atténuer autant que possible l'incer- titude qui résulte des variations accidentelles du poids , on pèse de nouveau, pour constater l'eflet favorable ou contraire du régime qui fait le sujet des recherches. Il est à peine nécessaire de rap- |)eler que l'augmentation ou la permanence du poids des animaux sur lesquels on expérimente ne sont pas toujours des signes sufli- sants iiour affirmer que le régime actuel est supérieur ou égal en iMCuUé nutritive à celui ([ui l'a précédé. On doit en outre tenir compte de plusieurs circonstances accessoires, de difliM-ents carac- lèi'cs, en un mot, de l'élat des animaux. Ainsi, il faut noter l'as- pect du poil, le plus ou moins de vivacité , de gaieté ; la nature (les déjections, l'état du ventre, l'aptitude au travail pour les bètes de somme, la quantité de lait pour les vaches laitières. Ce- pendant , en thèse générale , il paraît (|u'un élat stationnaire ou une li'-gèi'e aiigmenlaliiin de poids . chez les adiilles . siinf des 340 BOi'ssiXGAiXT. — co\sidi';r\tio\s caractères presque toujours on fav(?ur du fourrage qui les lait naître; tandis qu'une perte est constamment un signe d'une ali- mentation insuflisante pour le travail ou pour les produits qu'on en exige. , (J'ai entrepris des expériences dans la vue de déterminer la valeur nutritive de plusieurs fourrages. Dans le tableau que je dresse des équivalents nutritifs, j'ai réuni à la suite des nombres théoriques ceux qui ont été donnés ])ar les observateurs dont les résultats sont parvenus à ma connaissance.) Selon ces équivalents, les légumineux seraient doués d'une faculté nourrissante bien supérieure à celle du froment. On sait, en effet, cjue les haricots, les pois, les fèves, peuvent, dans l'ali- mentation , suppléer en quelque sorte à la viande; mais la diffé- rence indiquée est tellement considérable, qu'elle pourra sur- prendre les personnes qui n'ont pas eu occasion de réfléchir sur la ([uestion qui nous occupe. C'est qu'en général , on est toujours disposé à considérer comme très nutritives les .substances c[ui entrent habituellement dans le régime alimentaire. Le fait est, cependant , que les tubercules, les racines, les graines des céréales, sont assez peu nourrissants. .Si les animaux hi'i'bivores s'entre- tiennent et engraissent avec un semblable régime , cela est dû à ce que leur organisation leur permet de consomuKn- une quantité considérable d'aliments. Je doute fort qu'un homme s'cxercant à un travail pénible puisse se nourrir uniquement avec du pain. Je n'ignore pas que l'on cite des contrées où la pomme de terre, le riz , forment la nourriture exclusive des habitants ; mais je crois que ces citations sont incomplètes. En Alsace , par exemple, les paysans associent toujours aux pommes de terre une forte pro- portion de lait caillé. Quel([ues voyageurs rapportent que les Indiens des hautes régions des Andes vivent seulement de pommes de terre ; cela est inexact. A Quito, l'aliment quotidien du ]iraplp est le locro, mets composé de ponnnes de terre et d'une forte dose de fromage. Le riz est prôné comme un aliment des plus nourris- sants. J'ai longtemps vécu dans les pays qui produisent du riz, et cependant je suis bien loin de le considérer connue une nouriitiu'e substautielle. Je l'ai toujours vu, dans l'usage oi-dinaire. rempla- SI 11 i."ai.imi;\tation des amaiai a. 2/|1 cer le pain , o[ lorsqu'il n'est pas associé à la viande, on le con- somme avec du laitage. On ne cesse de répéter C|ue le riz est runi([ue nourriture des naturels des Indes orientales ; il ne jjaraît pas cependant qu'il en soit tout-à-fait ainsi. Je citerai à ce sujet les observations d'un médecin très éclairé qui , durant une résidence dans l'Inde, a fait une étude particulière des mœurs et des habitudes des Indiens de Pondichéry. Voici ce que rapporte M. Lecfucrri sur leur régime alimentaire : « La nourriture est presque entièrement végétale ; le riz en fait » la base; les castes inférieures seules mangent de la viande » Tous mangent du Aar/ Le kari , composé de viande, de M poisson ou de légumes, se mêle à du riz cuit avec très peu d'eau. » Il faut avoir vu les Indiens manger, pour se l'aire une idée de » l'énorme quantité de riz qu'ils engloutissent dans leur estomac. » Il serait impossible aux Européens d'en manger autant à la fois: » aussi trouvent-ils que le riz ne les nourrit pas , et conservent- » ils généralement l'usage démanger du pain. >> § 11. Ue la matière inorganique des aliments. Nous reirouvons dans les animaux les substances minérales dont nous avons constaté l'existence dans les plantes. Les os, comme nousl'aNons vu, contiennent une proportion considérable de phosphate de chaux. Il faut donc que les éléments de ce sel , l'acide phosphorique et la chaux , fassent partie de la ration ali- mentaire : c'est là un point sur lequel tous les physiologistes sont d'accord ; mais ce qu'on n'a pas encore déterminé , c'est la quan- tité précise de matière minérale qui doit entrer dans la nounùture. Les analyses des cendres que j'ai rapportées montrent que si les aliments végétaux contiennent tous à peu près les mêmes principes organiques, ils les contiennenten proportions fort diverses. Ainsi, la pomme de terre , le froment , l'avoine , les fèves , renferment beaucoup moins de chaux c[ue les trèfles, les pailles des céréales, les pois. Les acides phosphorique et sulfurique, les alcalis, ne sont pas moins variables ; de sorte que l'on est conduit à se demander :!' série Z(iui.. T. I (Avril 1844;. 16 242 BOUSSISieAKLT. — CONSIDKIl.VTIONS si une ration formée de tel ou tel aliment apporterait k l'animal qui la consommerait la dose sufTisante de principes inorganiques qu'il doit assimiler journellement , et (|ui sont indispensables pour l'entretenir dans un état satisfaisant de santé et de vigueur. On peut facilement arriver à la comiaissance dos principes minéraux nécessaires dans l'alimenlation , en les déterminant dans les rations, dont une, longue expérience a prouv(; l'eflicacité. Cependant, connue il y a tout lieu de croire que , dans nombre de cas , les substances minérales se trouvent en excès dans la nourriture, j'ai pensé qu'il pouvait être utile de rechercher, à l'aide de l'analyse , la nature et la proportion des éléments inor- ganiques cjui sont réellement assimilés par un individu, afin d'avoir un minimum qui pût servir de base dans les supputations qu'on aurait à faire sur ce sujet. Mes expériences ont été entreprises dans deux circonstances que je considère comme étant celles où l'assimilation est la plus ra)3ide et la plus complète ; en elTet , les observations oui eu pour objet un veau en pleine croissance, et une vache laitière c[ui avait été saillie. Il résulte de ces recherches que , dans la nutrition d'un veau et d'une vache qui est pleine , il y a une partie des substances )niné- rales provenant des aliments qui reste définitivement fixée, pour concourir à l'accroissement ou à la formation de l'individu. Chez \\n animal adulte , il était à présumer que cette fixation définitive de })rincipes inorganiques n'avait point lieu, ou qu'elle était bien moins considérable , et qu'on devrait retrouver dans les déjections et les sécrétions tout l'acide phosphorique , toute la chaux , etc. , qui avaient été introduits par les aliments. C'est , au reste , ce que confirme l'expérience faite sur le cheval , el dans la((uelle les sub- stances minérales rendues ont balancé presque exactement les substances minérales reçues. Toutefois , de ce que les matières inorganiques expulsées journellement de l'organisme sdut ii très peu près égales en quantité, et semblables par leur nature à celles qui font partie des aliments consommés, il ne faudrait pas en conclure qu'un individu adulte pût se contenter d'une nourriture qui en serait privée. Comme la matière organique , une fraction de la matière inorganique des iilanles s'assimile d'abord dans sii! r,"u,i«i:NT\Tio\ iii:s vmmaux. :2/|.'i l'organisme, et entre pour un certain temps dans la constitution d'un être vivant , avant d'en être rejetée. Aul doute qu'un anima! qui recevrait un régime alimentaire dans lequel , par exemjjle , il n'y aurait pas une quantité suffisante de chaux , d'acide phos- phorique , etc. , n'éprouvât des symptômes fâcheux qui se termi- neraient évidemment ])ar la mort, si un sémblal)le régime était continué. Ainsi, pour les animaux en pleine croissance , il ne faut pas négliger de s'assurer si le régime sulistantiel qui leur est admi- nistré est . en outre , capable de nourrir le système osseux. Peut- être qu'en dirigeant l'alimentation du jeune bétail ou des jeunes chevaux , de manière à réduire ou à exagérer l'introduction de certains éléments inorganic[ues à l'aide de la nourriture, on par- viendrait à faire subir aune race telle ou telle modification ; peut- être aussi les règles empiriques c|ui sont recommandées pour diminuer la charpente osseuse du bétail , pour faire prédominer le tissu musculaire ou le tissu adipeux, sont-elles fondées sur les proportions d'acide phosjihorique , de chaux, de magnésie , etc., contenues dans les divers régimes. On trouvera probablement un jour ([ue l'art de Backwell s'explique par la composition des cendres des fourrages. Au reste , les sels calcaires et alcalins qui sont nécessaires à l'alimentation ne proviennent pas exclusivement de la nourriture. L'eau ingérée par les animaux en fournit une quantité qui n'est pas à négliger , quand on cherche à apprécier dans leur ensemble les matériaux qui concourent à la nutrition. Ainsi , un cheval, une vachi'. (|ui boivent dans un jour 16 à 50 litres d'eau, prendraient, s'ils étaient abreuvés avec une source aussi pure que l'est celle du puits artésien de Grenelle ,■ 2'", S à 7 gr. de sels dans lesquels doniiiici-ail le raibonate de chaux, l ne eau moins pure apporte- rait une jjroportion de sels bien plus élevée ; la Reuvronne, par exemple , en fournirait dans les mêmes circonstances 9 gr. et 26 gr., dont la moitié serait du carbonate calcaire. Ce sont là des minima, car il s'agit ici d'eaux filtrées ; celles qui sont troubles tiennent souvent en suspension une quantité de matières terreuses supérieures à celle qui est dissoute ; c'est ainsi que dans une 244 L. DCFOl'R. — ANATOMIE DES DIPTÈRES. expérience laite sur une vache laitière , j'ai constaté que les sub- stances minérales prises avec l'eau de l'abreuvoir s'élevaient à 50 gr. par jour. Toutelbis, il est douteux que, même dans le cas le plus favorable, la chaux apportée par la boisson suffise pour alimenter le système osseux d'un animal en voie de croissance ; mais chez les adultes, la résorption des éléments des os paraît s'elïectuer avec une telle lenteur , d'après les recherches de M. Flourens , qu'on trouvera probablement qu'il ne faut qu'une dose fort limitée de principes calcaires pour réparer les pertes qu'elle occasionne. L'importance de l'intervention des principes inorganiques des aliments étant admise, il convient de tenir compte de ces prin- cipes dans la composition d'un n'gime alimentaire. Il existe une certaine relation entre la proportion d'azote et celle de l'acide phosphorique contenues dans les substances alimentaires ; géné- ralement, les plus azotées sont aussi les plus riches en acide , ce qui semble indiquer que, dans les produits de l'organisation végé- tale, les pho.-;pliales appartiennent particulièrement aux principes azotés , et qu'ils les suivent juscjue dans l'organisme des animaux. (Le § III est consacré à des considérations sur la présence de la matière grasse dans les fourrages et sur l'engraissement. — • T,a partie physiologique de ces considérations, qui complètent le chapitre de l'alimentation , a (''lé déjà reproduite dans ces Àn- mh's (1) ). AXATOMIE r.ÉNÉRALIÎ DES DlPTfCRES; Far M. LÉON DUFOUR. Les Diptères forment dans la classe des Insectes hexapodes un des ordres les plus populeux. Par la structure et la composition de leur bouche, ils sont destinés à sucer, à lécher un aliment liquide, mou ou pulvérulent. Le Cousin, laTipule, la Mouche , malgré leur frêle existence , sont, aussi bien que les plus grands (l) /lmiiif''s i/i's Scifini'S iialiiyfllfx, 2' série, t. XIX, p. 3ol. L. DUFUl'R. — WAIOMII-; DKS DiriÉUIvS. 245 insectes , puurvus de tous les appareils organiques propres à la conservation de l'individu et de l'espèce. La nature semble avoir voulu les venger du vulgaire dédain en les dotant d'une orga- nisation viscérale qui les rattache d'une manière si admirable aux animaux considérés comme les plus parfaits, qu'on peut leur adapter la nomenclature anatomi([ac consacrée pour ceux-ci depuis des siècles. Leur splanchnologie est même plus facile , plus docile au scalpel , comme si cette facilité était entrée dans les calculs de la Providence pour nous manifester et nous faire admirer les prodiges de ses créations. Dans la revue anatomique des Diptères , dans cette analyse rapide d'un ouvrage de longue haleine , où nous avons consigné les dissections et les dessins de près de deux cents espèces choisies dans tous les groupes naturels de cet ordre , ouvrage dont l'Aca- démie des sciences a daigné tout récemment \ otcr la publication dans ses Mémoires , nous allons exposer successivement les appareils de la sensibilité, de la respiration , de la digestion et de la génération dans les deux sexes. (JHAI'ITRE I. MPAREIL SESSITIK. Le système nerveux dans la Mouche , comme dans l'Homme , perçoit les impressions extérieures, transmet la sensibilité et préside à la faculté motrice ; il est pareillement composé de centres nerveux et de paires de nerfs qui émanent de ces centres. Les auteurs qui , avant nous , ont voulu s'élever à des généralités sur la composition du système nerveux des Diptères, sont tombés dans des erreurs flagrantes que nous avons signalées dans l'ouvrage précité. Le cerveau des Diptères , hermétiquement renfermé dans une enveloppe crànieiuie fibreuse , est formé , comme dans l'homme , de deux hémisphères égaux continus par leur base. Il émet des paires régulières de nerfs pour les organes des sens (bouche, palpes, antennes, yeux, etc.); il se prolonge hors du crâne en un cordon rachidien. Mais celui-ci , au lieu d'être double comme dans les autres ordres d'insectes , est simple , et c'est là un fait positif, une vérité anatomicjue que nous avons le premier 'llllj L. DliFOlîR. — VN.VI'OMIIC DUS DIPTÈRES. établie. Dans son Irajet , ce cordon offre un (ni plusieurs ganylions ou centres nerveux. Le nombre de ceux-ci varie suivant les familles, et est d'autant plus considérable que les oi'ganismes sont plus parfaits. De ces ganglions, les uns sont thoraciffues et fournissent les nerfs cruraux et alaires, les autres abdomimui.r et émettent les paires de nerfs splanchniques ou viscérales. Indépen- damment et en dehors du chapelet des ganglions rachidiens , il existe aussi un ou deux jjctits ganglions comparables au ganglion semi-lunaire des grands animaux : c'est le système nerveux stomalo- yaslrique de Brandt. En suivant le cadre diptérologique si heureusement établi par Latreille et suivi, perfectionné, par les Meigen , les Macquart, etc., nous trouvons que la famille des Culicicleset celle des Tijmlaires, considérées à bon droit comme ayant une prééminence organique , ont un chapelet de «e»/' gan- glions rachidiens , trois thoraciques soudés ensemble, et six abdo- minaux distincts et séjiarés. C'est un fait bien singulier que l'existence dans les larvt's des Tipulaii'es , non de neuf , mais de (iitzc ganglions. — Dans les Tahanions et k» Slraliomijden , ainsi que dans les Tlicrrridcs et les Lcptidcf; , il n'y a que sept gan- glions , un thoi'acique et six abdominaux; mais la masse de ces centres nerveux contrebalance prescjue le nombre. On retrouve dans \es^^-hiliqucs et les ninnhjliers hi mémo composition numé- rique de la chaîne ganglionnaire que dans les Tipulaires. Dans quelques larves d'Asiliques, nous avons rencontré trois ganglions de plus que dans l'insecte ailé. II n'existe dans la brillante famille des Sijrjjhidcs que trois ganglions rachidiens, dont un seul est tho- i'a(i(]ue. — Le ScciiopiDiis, diptrrc d'un I iiccrta' spdis pour les clas- silicateurs, a un système nerveux (|ui ne ressemble ni à celui des .Syrphides, qui le précédent, ni à celui des Conopsairi's. f|ui le sui\(^nt ; il a cinq ganglions rachidiens. Les Cnnopsaires n'en ont (jue deux , et ils se font remarquer par le trait bien insolite de n'avoir pas la même distribution dans les deux sexes. Dans les jEstrides et les Miisrides miijptérées , il n'y a qu'»« seul ganglion rachidien, tandis (|u'il y en a d(.'u\ et pai'fois li'ois dans les Muscidcs ar(diji>lcrccs. L. DUFOl'R. — A.NAIOAIIK DliS Dll'IKldiS. "llll CHAPITRE II. — Ai'PARKir. respibatoibe. Un seulappareil cumule dans les Diptères , ainsi que dans les insectes en général , la double fonction de la respiration et de la circulation. Dans l'immense majorité des animaux , la molécule nutritive a besoin , pour servir à la réparation , de recevoir le baptême de l'air ; mais dans les animaux supérieurs, c'est le sang qui, dans sa course circulatoire, vient recueillir le bénéfice de l'oxigènc dans un appareil circonscrit de respiration , tandis que dans les insectes c'est ce principe vivifiant qui , dans ses mille canaux aérifèrcs, va dans tous les tissus chercher et imprégner les éléments nutritifs ; telle est la véritable , la seule circulation dans les Insectes hexapodes. Dans un Mémoire qui est en ce moment en voie de publication à l'Académie des sciences , nous croyons avoir fait raison de l'organe que les auteurs ont imprudemment appelé vaisseau dorsal. Les stigmates ou ostioles respiratoires des Diptères sont, les uns, Ihoraciques, au nombre de deux paires, les autres, abdominaux, au nombre de cinq ou six paires. Ceux-ci sont ou seijinentaires , c'est-à-dire placés sur les côtés des segments dorsaux (Mus- cides , etc.), ou inlerseijmentaires , occupant la membrane souple qui unit les segments du dos à ceux du ventre (Culicides , Taba- niens, Asiliques, etc.). (}uant aux trachées, ou vaisseaux aérifères, elles sont, ou tabu- laires élastiques, terminées par des ramifications essentiellement nutritives , ou utriculaires membraneuses , destinées à engouffrer l'air comme des aérostats pour le vol ou la progression atmosphé- rique. LesDiptèresà vie très active, à vol soutenu et bourdonnant, sont poui'vus de ballons abdominaux qu'ils insufflent à volonté [Culicides, Tipulaires , Tabanicns, Syrphides, Muscides calyp- térées , etc.); ceux à hal^itudes sédentaires et paisibles, à vol court , intermittent et muet , à teintes sombres du corps , sont privés de ces ballons (Muscides acalijptérées, etc.). 248 L. DrFOlW. ANATOMIE DES Dll'TÈRES. CHAPITRK m APPAKEIL BIGESTIK. La composition do l'appareil digestif des Diptères diffère sur- tout de celle de cet organe dans les autres ordres d'insectes , par l'existence presque universelle d'une pause pédicellée. La lon- gueur respective du tube alimentaire dans la série des genres est intéressante à étudier , et présente de curieuses différences depuis le Cousin , où elle égale tout juste le corps de l'insecte , jusqu'à l'Hippobosque, où cette longueur dépasse huit à neuf fois celle de ce Diptère. Cette progression croissante de l'étendue du canal digestif , à mesure que l'organisation est moins élevée , est un fait aussi piquant que rigoureusement établi. Les glandes salivaires existent dans tous les Diptères, et se font remarquer par leur simplicité : c'est pour chaque côté un seul boyau tantôt filiforme , flcxueux ou reployé , ou pelotonne , parfois très long, tantôt ovalairc. Il s'unit par son col efférent à son congénère, pour la formation d'un condinl e.vmteur unique qui verse la salive dans la bouche. Le tube alimenlaire débute par un œsophage court et fin. La panse , placée à la terminaison du celui-ci et toujours au côté gauche, devient le réceptacle du liquide alimentaire et est favo- rable à la rumination. Elle a un réservoir , le plus souvent bilobé, quelquefois simple , et un col tubuleux fort grêle. Dans un petit nombre de Diptères des derniers degrés de l'échelle [Teichomyza, Drosoplula,eU:.) , il existe un véritable ^c.v('er à parois calleuses. Le ventricule chylifique forme la plus grande longueur de tout le tube, et c'est lui qui habituellement se reploie en circonvolutions favorables au séjour et à Télaboiation du liquide alimentaire; son origine est simple dans quelques Tipulaires et dans les dernières Muscides acalyptérées. Elle est munie de deux tmtrses ventricu- laires dans les Tabaniens, AsiUijues, Stratiumydes, Bombyliers , Dniichopodes, Scénopiniens , etc.. de quatre de ces bourses dans les Sj/rphides; enfin elle est en forme de godet ou de bourrelet orbiculaire dans les Coiwpsaircs, \gs Mi(scides. — Les vaisseaux hépatiques ou biliaires sont presque toujours au nombre de quatre. l. DIIFOl'R. — A.NAlOMlli DES Dil'TÈUES. 249 raiTDK'nt de cinq (Cidicidcs). Ils ont leurs bouts flottants, excepté dans les grandes Tipulaires, où ils forment deux anses fixées par les quatre bouts. Leur insertion a lieu uniquement à l'extrémité postérieure du ventricule , ce ([ui ne laisse aucune ambiguïté pour les attributions physiologiques. Cette insertion a lieu tantôt par les quatre bouts isolés , tantôt , et c'est le plus souvent , par deux canaux cholédoques latéraux, rarement par un seul [Stratiom\jdes). La bile est ou jaune , ou blanchâtre , ou violacée. ].' intestin , séparé du ventricule chylifique par une valviile comparable à l'iiéo-cœcale des animaux supérieurs, est d'abord grêle, puis se renfle en un rectum où sursaillent quatre boutons charnus, ou orbiculaires, ou conoïdes. Ainsi que dans les autres ordres d'insectes, on trouve dans les cavités viscérales des Diptères un tissu adipeux splamhnique , destiné et à protéger les organes contre les secousses, et à fournir des matériaux nutritifs. La quantité de cette pulpe graisseuse est d'autant plus considérable que les insectes ont un genre de vie plus sédentaire , plus retiré. Elle se présente ou sous la forme de sachets polymorjihes plus ou moins anastomosés entre eux , ou sous celle de granules sphéroïdes fort petits , isolés et libres. Les Muscides acalyptérées olTrent cette particularité que, indépen- damment du tissu adipeux ordinaire, elles ont sur la paroi ventrale, au-dessous des viscères, une couche graisseuse blonde ou cho- colat. Les glandes dites excrémentitielles sont fort rares dans les Diptères ; cependant nous en avons découvert dans les Sepsidées, petites Muscides vibratiles qui exhalent un parfum souvent agréable. II existe dans les deux sexes , siu- la paroi supérieure du rectum de ces insectes, une (jlande odorifique bilobée, dont le produit, est expulsé par l'anus. Il existe aussi sur le rectum de VOchtera une grappe glandulaire d'une teinte jaunâtre, dont nous ignorons les fonctions. 250 I.. DlFOn». — ANATOMlli DES BinÈRES. CHAPITRE IV. APPABKIL GENITAL. Artici.k I. — Appareil génital mâle. Tout aussi bien que l'Homme , le Cousin et la Mouche ont des organes binaires et symétriques pour la sécrétion et la conser- vation du sperme , tels que testicules , conduits déférents , vésicules séminales; ils ont, pour l'émission de cette liqueur prolifique , un canal éjaculateur , un pénis , et de plus une armure copiilatrice. Tous ces organes olfrent des configurations qui se modifient à l'infini, et qui fournissent à l'investigateur qu'anime le feu sacré de la science l'occasion de constater , d'admirer les ressources si diversifiées de la nature pour atteindre un seul et même but. Nous allons essayer une statistique de ces mille conformations. 1° Testicules. — Dans les insectes des autres ordres , ces organes sécréteurs du sperme sont souvent multicapsulaires; ceux des Diptères sont toujours simples et unicapsulaires. Ordi- nairement sé])arés, indépendants l'un de l'autre, ils sont, dans les _ Ésiliques , renfermés tous les deu.\ dans une enveloppe com- mune adipo-membraneuse , dans une sorte de scrotum, ainsi ([ue dans un grand nombre d'Hyménoptères. Blancs dans quelques genres [Culex, Tiputa, etc.) , ils sont revêtus, dans l'immense majorité, d'une tunique colorée, fauve, chocolat ou jaunâtre. Hs sont oblongs , cylindroïdes , droits dans le Cousin ; ovoïdes ou pyriformcs dans les Tipula, Tabanus, Thereva, Uolichopus , Sepedon , Telanocera, etc.; en hameçon dans YEphippium , le lj)xocera ; en longue massue infléchie dans leStratiomys ; eni'oulés en spirale dans les Isiliis , Stachijnia , Platusloma , Teichomyz-u , Piophila ; sphéroidau.K dans les Empis, .Estnis, Tachina: d'une extrême petitesse et ovoïdes dans les Bombylius . liiojngia ; ])res([ue sessilcs dans le Scenopinus ; filiformes et agglomérés dans le C'onops; en calebasse dans VEurigasler; fusiformes dans les Ocyptera , Dolichocera , Scatopharja ; capillaires , plus longs que le corps et en spirales concentriques, dans le Drosophila; (|uatrc ou cin([ fois plus longs que l'insecte et pelotonnés dans VJIipjiohosca. li, DL'FOUB. — VWlO.Mlli DES DII'TKKES. 251 •2° Conduil déférent. — Chargé de transmettre le sperme aux vésicules séminales , il est le plus souvent capillaire ; mais sa lon- gueur varie beaucoup , et parfois il est nul. Dans les Culex et Tipida, il oflVe en arrière un renflement ohlong ou ellipsoïdal, faisant l'ofTice d'épididyme et analogue à ceux que nous avons fait connaître dans les Hyménoptères. Celui des Tabanus et Plalys- toma est uniformément capillaire et plus long que le testicule ; il a deux fois la longueur du corps et est aggloméré dans léBeris; il n'est pas plus long que la glande dans les Siraliomys etSarçjus ; bulbeux à son origine dans les Chrysomyia et f'appu; filiforme et coloré dans le Boiiibytius ; presque mil dans les Thereixi et Micropeza; capillaire et long dans le Lepti.s; plus court que le testicule dans les Dolicltopus , Sepedon . Telaiwcem . Ulidia; capillaire, brun et assez court dans les liamplioinyia et Syrplnis ; nul dans les Scenopinns et Connjj.s ; h peine de la longueur du testicule dans ï^sfrus ; ca]iillaire et plus long c[ue cette dernière glande dans les Tacliiim, Ocypteia , CaUiphora, Lucilia, etc.; plus court et brun dans les Siphona et Lispa ; incolore et court dans les Idia , Rhyncomyia, Sarcophcuja , Musca ; d'une excessive briè\'eté dans le Chyliza ; court et décoloré dans les Scatophaya eUrlalis; court et coloré dans le Sepsis : en utricule sphcroïdal dans le Piophila; n'étant que la continuation du testicule dans rflippohosra. ô° fésiciiles séiiiiiialcs. — Elles sont destinées au séjour, à l'élaboration de l'Iianieur prolifl(|ue. et donnent insertion aux conduits déféi'ents, un peu avant le point où elles confluent ensemble pour la formation du canal éjaculateur. Le plus sou\ eut il n'y eu a (|u'iuie paire , mais parfois elles sont au nombre de deux ou de trois i)aires ; elles ont des formes très variées. Celles du Culex sont grosses , ovoïdes; elles ont dans les Tipidaires une forme, une position insidieuses , et il faut jwur les mettre en évi- dence une patience éprouvée ; elles sont d'mie tcMuiilé capillaire et presque entièrement enfermées dans un fourreau commim fili- forme, courbé eu crosse, d'un jaune jjIus ou moins safrani'. Les Tnbanii'ns les ont splii''i'oïdales et contigui-s; les Sirafiitiiiyili's, Axiliipirs, Dolirliiipiis, Syrjihidefi , liliformcs llexueuscs ou même 252 L. DIFOIIR. — WVTO.VIll-: DKS DIPTÈKKS. reployées. Il y en a trois paires dans les Empis , une seule dans les Cyrlus et Bombylius , mais longue et pelotonnée dans ce dernier. Celles du Sceiuipinus sont deux boyaux capillaires ; elles ont la même finesse dans le Coiiops , mais sont reployées. Dans WEstrus, ce sont deux utricules arrondis; elles sont ovales ou elliptiques dans les Echinomijia , Sericocera , Rhyncomyia , Hylemyia , tandis que les Sarcophaga et Lispa les ont filiformes etployées; VOcypIeraAes a longues et fort grêles; le Prosena, en massue courbée en crosse ; les Idia , Lucilia , Calliphora , oblongues ; elles sont nulles dans les Anthomyzides et un bon nombre de Muscides. Celles de la plupart des Dolichoceres sont longues et en fil. Le Sepedon les a courtes et un peu renflées au bout. On en voit deux paires dans les Chyliza et Ortalis , l'une filiforme longue, l'autre plus courte dirigée en arrière. Celles du Scalophaçja sont fort grêles; celles de I'Î-'/k/w, capillaires et entor- tillées; celles du Drosophyla, oblongues et rétrogrades ; enlin celles de Y H ippobosca , capillaires et bifurquées. /l° Canal cjaculatein: — 11 forme le tronc, l'aboutissant des organes précédents , et ses fonctions sont indif[uées par sa déno- mination. J'^ort court dans le Cousin , il est capillaire et assez long dans la Tipule ; celui du Tabaiius est moins long que le conduit déférent ; celui des Subula et f'appo, grêle et long ; il est court dans VEphippium, le Sargus ; court et bulbeux à son origine dans le Stratlomys ; plus gros que les vésicules séminales et long dans rjsiiu.i; plus court dans les Laphria et Dasypogon; très court dans les Einpis; de la longueur du conduit déférent dans les Bombylius et Thereva ; court et fin dans le Dolichopus. Celui de la T'oluvella a une forme cylindroïde, et un développement vésiculaire qui est un acheminement pour un réservoir spprina- lique , indépendant des vésicules séminales et existant dans un grand nombre de %r/j/nV.s-. Le canal éjaculateur est plus long que le testicule dans le Scenopiims ; très fin , mais court et bulbeux à son origine dans le Conops ; ployé en deux anses et renflé à son extrémité dans V/Eslrus ; médiocrement long et filiforme dans les Ocyptera, Rhyncomyia, Hylemyia, Lispa; bulbeux à sa nais- sance dans les Gonia, Sarcophaga, Lucilia, Calliphora, etc.; L. DliFOl'R. — AN MOMIE DKS DII'TKRES. 253 fort long , flcxueux ou i-cployé diuis la Mouche nriliiiaire , et les Muscides, qui manquent de vésicules séminales. Cette longueur, ces replis ont les attributions physiologiques de ces dernières. Enfin , le canal éjaculateur de rHippiéosca est fort gros et fonoïde. 5° Armure coptilalrice et pénis. — L'armure copulatrice est un organe ou mieux un instrument ingénieusement compliqué , destine à s'adapter aux parties sexuelles externes de la femelle pour l'accomplissement de l'acte copulatif ; elle est la garantie de la conservation des types , la sauvegarde de la légitimité de l'espèce. Nous n'entreprendrons pas la monographie de cette merveilleuse armure , qui varie comme les espèces, et dont nous avons esquissé un bon nombre dans notre ouvrage précité. Qu'il nous suflise de dire qu'elle se comi)ose de pièces préhensives cornées, de configurations multipliées à l'infini, de forceps, de volselles qui protègent et dirigent le fourreau de la verge. Ce l'uurreuH (car le pénia est bien dillicile à constate)-) offre aussi sous le rapport de sa forme, de sa structure et de sa situation, des modifications qui piquent à un haut degré la curiosité. Cet étui est le plus souvent situé au centre de l'armui'e ; mais il est un assez grand nomlwe de genres où il se trouve placé en évidence en dehors de la base de cette armure. Dans la Tipida , c'est un long filet brun , corné , élastique , qui rentre dans le corps en se roulant , et dont le bout qui tient lieu de prépuce est bilabié. Celui des Tabaniis est lancéolé ; il se termine en bouton ovalaire dans le Slratio)nys , en trident dans VJsiliis , en crochet à double griffe dans la f'olucella; il est habituellement extérieur, et eiu'oulé en disf(ue rond dans les Platystomo , Orlalis , Sepsis, Plopliilfi. Article II. — Appareil génital femelle. Les organes femelles de la génération des Diptères ne sont pas moins diversifiés dans leur forme et leur structure que les organes mâles, et ils présentent avec ceux-ci une remarquable conformité de composition. Ainsi. Ins oralres correspondent aux Icsticiiles , 254 L. DUFOl-R. — ANATOMIE DUS DIPTÈRES. ils sécrètent ou jîréparent les éléments générateurs: le calice et le col des ovaires représentent les conduits déférents et les vésicules séminales, ils conservent, élaborent et transmettent les germes; Voviiluctc est , comme le canal éjaculateur , un organe éducateur et en même temps le tronc de tout l'appareil ; enlin Voviscaple et la ciilvp sont comj)arables à l'armure copulatrice et au pénis. 11 y a de plus dans la femelle, sur le trajet de l'oviducte, un appareil particulier de sécrétion , la gkiiule sébifique. L'immense majorité des Diptères est ovipare , mais un certain nombre de genres est vivipare ; enfin la petite famille des Pupi- pares, qui termine cet ordre , n'accouche ni d'œufs ni de larves , mais d'une chrysalide. Avant de dérouler cette longue chaîne de modifications anatomiques , disons que l'appareil génital femelle des Di])tères présente dans la même espèce, suivant l'état de vir- ginité ou suivant les divers stades de la gestation , des change- ments insidieux dans le développement et les rapports respectifs de ses parties constitutives, en sorte que, pour arriver à la vérité, il est indispensable de multiplier les autopsies. Cet appareil est celui dont les entomotomistes se sont le moins occupés; ce (jui nous a déterminé à traiter avec quelques détails cette statistique splanchnologique. 1" Ovaires. — Constanmient binaires . ils présentent, suivant les groupes , des différences de composition et de -structure. On y distingue les gaines ovigères. qui sont uni , bi , tri, f[uadri ou mul- tiloculaires; le calice , qui peut être axai , inférieur ou postérieur; enlin le col . dont la longueur est variable. Le plus ordinairement ils se fixent dans le thorax par un ligament suspenseur , et les gaines ovigères se terminent fn'quemment par un filet. Ils peuvent avoir la forme générale ou d'un faisceau, ou d'im épi, ou d'un plateau , ou d'un sac. Les ovaires des 6')(//f(V/e.s-, Tipulaires, Tabaniens , Slratio- nigdes , Asiliem , sont en forme de sac ovale ou oblong ; les gaines ovigères , innombrables et plus ou moins serrées , sont implantées à la périphérie des ]iarois d'un calice axai ou central. Ces gaines sont uniloculaires et dépourvues de filet terminal dans les ri//('.c. Tipiilii . ('crojjldliis, Sciara . niiiipliKs . Psyclinda , t. DUFOl'R. — ANATOJllF. DKS DII'TBBES. 255 Panyonia; biloculaires dans les Tabamm, Sargxis , Ëphippium , Bcris; qLiadri ou (|uinquélociilairos dans les Macrorcrti . MijcHn- filiila, Àsilus, Empis. Lo col pst court. La plupart des Boni- lii/liers ont les ovaires en plateau ou en rondelle , garni de gaines ovigères fort nuiltipliécs , disposées en séries concentriques et subuniloculaires. Ceux des Usia et Phtiria sont en sac ovalaire avec des gaîiies Iriloculaires dans le premier genre , uniloculaircs dans le second. Ils sont aussi sacciformes dans V.l nlhnt.r . garnis de gaines innonibral)les, fort serrées , courtes, uni ou bilocu- laires. I.e col est long. (Juoicjue, dans les Dolichopus, Thcrcra, Chnjsopila , Rhae Hhijncoinyia constitue une ano- malie dans les Muscles par ses ovaires, qui , au lieu d'être en plateau, sont en faisceau ovale-oblong , formé d'une douzaine seulement de gaines ovigères uniloculaires. A'ous trouvons aussi dans le groupe des AiHlwmijzides [J ricin, Opinjva, IJspa, Hyleniyia, Anlhomyia , etc.) de remarciuables tlissemlilances dans l'appareil qui nous occupe. Ainsi les ./ricia, Spilogaster , lÂspa , Peyoïiiyia ont des ovaires en faisceau assez lâche , plus ou moins oblong , d'environ douze gaines ovigères allongées , tri- loculaires , un calice postérieur et un col fort court, l^es ovaires des Ophyra, Hydrotea, Jntlwiiiyia, sont en plateau, comme dans la généralité des Muscles. Nos investigations entomotomiques ne nous ont pas appris jusqu'à ce jour que les Muscides ucalyptérées comptassent dans leurs rangs des genres vivipares , comme nous en avons rencontré dans les Muscides calyplérées. Les ovaires des Sepedon, Tetonovera , Chyliza , Curdylura, sont en faisceau ova- laire de vingt à trente gaines multiloculaires , à calice postérieur , à col court ; cette même configuration d'o\ aire s'observe dans le lj)xocera, mais avec dix ou douze gaines seulement, à trois ou quatre locules. Le faisceau est subglobuleux dans le Platysloma , de plusieurs centaines de gaines biloculaires , mais le calice est central ; ce qui nous porterait à penser que l'ovaire est sacci forme, si le col n'était pas très court. Nous trouvons dans VOiiulis cette L. Dl'FOlR. — ANATOMIE DKS DIPTÈRF.S, -257 même composition , mais avec des gaines tri ou qiiadriloculaircs. Dans les Sepsis , Cheliynslcr , i\ emopoda , il se l'ail de singulières évolutions, selon les progrès de la gestation. L'ovaire, très avancé, a la forme d'un plateau, comparable à celui des Muscies; les gaines, fort multipliées, sont uniloculaires ; du centre excayé du plateau part un écheveau pyramidal effilé, formé par les longs filets des gaines. Le Teichomyza a un ovaire en faisceau de vingt à vingt-cinq gaines allongées subquadriculaires , avec un calice postérieur et un col bien marqué. Les ovaires du Pinphila et des Sphérocéridss sont ovalaires, garnis à leur paroi supérieure seu- lement d'une quarantaine de gaines subtriloculaires ; le calice est inférieur, et le col a prescjue la longueur de l'ovaire. Ceux de YOcIdera sont en faisceau court à gaines subquadriloculaires. Le faisceau est plus oblong dans les Aotiphila, Ephyilra , Droso- phila, mais les gaines ont le même nombre de locules. Ceux des llidia et Lonchœa ressemblent à ceux du Plalystoma ; ils sont ovalaires , composés de centaines de gaines ovigères très serrées, uniloculaires, à calice postérieur, à col fort court. Ils sont dans les Phora oblongs , de vingt à vingt-cinq gaines peu serrées uni ou biloculaires. Le dernier groupe du cadre diplérologique , celui des Pupipares, auquel appartient Vllippobosca , a pour chaque ovaire une sorte d'utérus ovalaire, à parois consistantes et élastiques , destiné à loger un seul œuf ou ovule. La larve intra- utérine qui en naît s'y transforme en chrysalide, et en est expulsée sous cette forme. 2° Oviducte. — Cet organe , dont nous respectons la dénomi- nation dès longtemps consacrée , a des fonctions diverses et com- plexes ; il est, comme nous l'avons déjà insinué , le tronc tubu- leux , la souche des ovaires et de leurs annexes. 11 sert sans doute à éconduire ou les œufs à l'époque de la ponte, ou les larves chez les Vivipares, ou les chrysalides chez les Pupipares; mais il est aussi un vagin lors de l'union des sexes , et au temps du part il devient le réceptacle plus ou moins passager d'humeurs soit tenues en réserve , soit directement sécrétées ])ar des organes ou des glandes , qui les uns et les autres s'insèrent sur ses parois. Nous comprendrons donc dans une même exposition toutes ces 3' série. Zoni.. T. I (Mai 1844). 17 •2âH I.. DIFOIR. ■ — ANATO.MIE DES DIPTÈRES. parties. A son origine, l'oviducte reçoit immédiatement des cols des ovaires les œufs à terme, c'est-à-dire loi'squ'ils ont acquis toute leur croissance ; mais , hàtons-nous de le dire , ces œufs ne sont pas encore fécondés , quoiqu'ils aient sans doute été mis en éveil par la commotion copulatricc. Justpie là ils ont grandi de leur propre vie, ils se sont développés par une faculté innée , sans imprégnation prolifique, ou, pour me servir de l'expression de M. Loew , ils n'ont qu'une existence végétative. C'est après avoir franchi cette origine de l'oviducte (fue les œufs viennent recevoir soit l'ablution si'minale , soit un enduit conservateur, en passant à portée de rcmbouchure des réservoirs ou des glandes insérées à ce conduit. Les recherches de Von Siehokl, de J. ^lullcr et surtout de M. Loew, ont sans doute contribué àdiminuei' les incertitudes physiologiques sur ces organes ; mais elles sont encore loin d'avoir dissipé les nôtres. Ces auteurs ont distingué dans cet appareil, souvent fort compliqué , un receplaculiim xeminis et des caisseaiix du mucus. Depuis plus de vingt ans nous avons donné à l'en- semble do ces organes le nom de glantlc sébipque , et quoiqu'il ait peut-être une signification trop exclusive , nous nous sommes décidé , après bien des hésitations , à le maintenir provisoire- ment ; toutefois , nous sentons le besoin de recourir à de nouvelles investigations spéciales pour éclairer cette intéressante question. Pour riniclligence de notre statistique anatomif(ue et pour la con- cordance (le la nomenclature des savants précités a\ec la nôtre , il est indispensable de dire que leurs vaissean.r du mucus sont [)our nous la f/lamle proprement dite , et nous considérons leur receptaciiliiin seminis comme les réservoirs de cette glande. Nous déclarons que dans plusieurs espèces , et tout récennnent (mars '18/ii) sur un fiamplwmyia , nous avons très positivement constaté les connexions intimes, l'insertion directe, la continuité anatomi([ue de la glande avec les réservoirs. Avant la publication du Mémoire remarc[uable de M. Loew , nous avions consacré le nom d'iirhlcelles aux parties qu'il appelle capsules ijland uli formes , et(|ui ciin^lituent l'organe essentiellement .Sf*rre7ei(r. Pour n'avoir plus à y \v\ enir, nous réservons exclusivement cclli' (li'iiomination (Vaihicelles à ces glandes, le plus souvent triples, rondes ou len- I,. DITOIR. — A\\TO«IU DES DIPTÈRES. 259 ticulaires, de texture comme pulpeuse , ayant un centre noir oU brun. Nous exposerons bientôt la diversité des formes et du nombre de ces orbicellcs. Ils sont presque toujours pédicellés, c'est-à-dire munis d'un col ou conduil efférent capillaire, à insertion ou centrale ou apicale : on les trouve f(uelc(uefois sessiles. Nous dirons aussi une fois pour toutes que les réservoirs sont ordinai- rement doubles , un de chaque côté. Nous n'oserions pas assurer que ces réservoirs ne cumulassent ])as la double fonction de la poche copulatrice d' Audmiin , receplacuhim semmis de Von Siebold j et d'une sorte de vessie dépositaire de la matière si''bacéc , sécrétée par les nrbicelles. Le Cousin a l'oviducle court, les cols des orbicelle.H longs ei flexueux, »;! .se;// réservoir ovalaire. L'oviducte des 'J'ijmlaires est court et large. Les orbicelles de la 7'/;;. olcracea sont ovoïdes, entièrement bruns: les cols, à insertion apicale, se réunissent tous trois en arrière en un seul tronc , tandis que les orbicelles dans les Ctenophora et Xyphvra sont en bouton rond et à col rentrai. Les réservoirs ont la forme d'une massue courbe atténuée en arrière. 11 n'y a dans le Macrocera que deux orbicelles ovales , noirs, sessiles; les réservoirs sont conoïdes oblongs. Au lieu d'orbicelles, le Mycetophila a deux vésicules globuleuses incolores, à col foit long et un seul réservoir. La glande sébifique du Ceroplatus s'insère à la paroi inférieure de l'oviducle : comme dans le genre précédent, il existe deux vésicules sécrétrices inco- lores, ovalaires, à parois épaisses , à cols brusques et courts; les réservoirs sont fusiformes, pellucides, de la longueur de l'ovaire. L'oviducte des Tabaiiiens est court ; la glande sébillque s'insère à sa paroi supérieure ; les orbicelles sontoblongs, subspatulés, à col apical fort long, courbi'' en anse dans le Tabanus , bien plus court dans le Pangonia; les réservoirs sont de longs boyaux fili- formes, flexueux ou reployés. Tout cet appareil dans le Beris ressemble à celui du Tabanus. Dans les Straliomi/s {Ephippium), au lieu fie vi'ritables orbicelles, on trouve deux organes de forme et de structure insolites, l'un en vésicule globuleuse incolore à parois épaisses avec un col fort court , l'autre un boyau de même texture fléchi eu ansi» et bulbeux à son insertion, à la jiaroi supé- 260 I.. DtFOrR. — ANVTOMIE DES DIPTÈRES. rieurede l'oviducte ; les réservoirs sont comme dans les Tabaniens, mais plus grêles. I.a forme primitive et en quelque sorte fonda- mentale des orbicellcs a éprouvé dans le Sargus une altération bien plus considérajjle , car ces organes sécréteurs sont remplacés par trois longs filets tubulcux , flcxueux , et dans le Chrysomyia par des vésicules oblongues; les réservoirs de l'un et de l'antre sont comme dans le Stralioimjs. Le J'appo a pour orbicelles trois vésicules ovalo-globulcuses , surmontées d'une espèce de. caron- cule centrale et à cols capillaires ; les réservoirs sont longs et fili- formes. L'oviducte des ÀHiliques est court , et les orbicelles sont, comme dans le Sargus , représentés par trois longs filets enroulés en cercles concentriques , adhérents ensemble jîar une membrane hyaline , blanchâtres dans le fMphria , roux avec l'extrémité noire dans le Dasi/jmgon. Les réservoirs sont filiformes dans W'isilus, courts et spatules dans le Laphria , en vésicule clavifornie dans le Dnsi/pogon. La glande sébifif|ue des Emjiith's diffère beaucoup des précédentes; une seule vésicule arr(jndie à centre noir remplace les orbicelles, et son col capillaire reçoit à sa terminaison les réservoirs filiformes. L'oviducte des Bombyliers est court ; les orbicelles sont conoïdes , à cols médiocrement longs , aboutissant tous trois à une souche commune courte ; ceux du B. cruciatus sont dilatés au milieu, tandis ([ue dans le B. ctenophorus i\s sont fort longs , courbés en anse et adhérents ensemble ; les réservoirs sont oblongs ou pyriformes. indépendamment de la glande sébi- fi([uc, il existe dans les Bombyliers et même dans les Anthrax doux très longs vaisseaux simples, capillaires, subdiai)hanes, rcployés , comparables à une glande svrifique. L'élude de la manière dont ces Dii)lères d(''i)osent leurs œufs nous l'clairera sans doute sur les fonctions de ces organes. Dans VI sia, ainsi que dans les Anthrax , les orbicelles sont ronds , à cols médiocre- ment longs dans le premier , très courts dans le second ; les réser- voirs de VUsia sont filiformes, ceux de V Anthrax en massue courte. Le Thercva a des orbicelles subglobuleux incolores, à longs cols capillaires, excepté l'intermédiaire qui est fort court. Le Léptis n'a pour orbicelles ([u'iine seule glande à trois courtes digitations conniventes , et à un seul col capillaire long. La glande I-. IH l'OI R. — AWrOMIli DliS mi'TÈKliS. 261 si'biliquc du DolirliDiHis a une striifturo , une composition oxcep- tionnclies ; il n'y a pour orliiceilcs qu'une seule vésicule ovale ou oblongue , incolore , à fort long col capillaire , faisant plusieurs circonvolutions, et offrant avant son insertion un renflement ellip- tique ; les réservoirs sont deux boyaux simples , arqués , atténués en col très fm. L'oviducte des Syrpliides est assez long, tubu- leux. Les orbicelles des Volucella, Syrphtis , Rlihir/ia, Sphero- phoria, ont la forme et la structure ordinaires, avec des cols capil- laires. Ceux du Milcsia [Cmliroiiiforniis) sont ovoïdes, à col apical , à deux réservoirs en longs boyaux filiformes atténués en arrière. Ceux de VErislalis teiia.r ont la forme de deux élégants arbuscules, à ramifications fort nombreuses capillaires. La glande sébifique du iSrennpiniis ne dé-ment pas l'originalité de ce Diptère. Au lieu de trois orbicelles, il n'existe f(u'unc seule vésicule glo- buleuse incolore, effilée en un col capillaire ; les réservoirs con- sistent chacun dans les nombreuses circonvolutions d'un brin excessivement long , élastique, terminé par une capsule oblongue, grisâtre , adhérente par un bout à la vésicule ; les orbicelles sont comme à l'ordinaire dans le Platijpeza, et les réservoirs , simples et allongés. Dans les Conops et Mijopa vous trouvez quatre orbi- celles rapprochés par couples, deux cols capillaires et deux réser- voirs filiformes. Il n'existe dans le Stachynia que deux orbi- celles longuement pédicellés, et des réservoirs ovales étranglés au milieu et rétrécis en col. Parmi lesMuscides Calyptérées , les Tachinaires , qui , comme nous l'avons dit , sont vivipares , ont la glande sébifique située au bout du long réservoir ovo-larvigère. Dans VEchinnmyia rjrossa , les trois orbicelles sont implantés sessilement, inci'ustés sur une souche commune fort courte, tandis que dans VE. nihe.tcpiis il y a trois cols distincts. Les réservoirs en massue oblongue sïnsèrent évidemment à cette souche. Les orbicelles du (,'onia sont ovoïdes, à centre gris, à cols capillaii-es longs , h l'éservoirs lilifoi-mes flexueux. Les Siphima et Masirpiri n'ont que deux orbicelles s|)héroïdes, tout-à- fait noirs dans le premier, où ils sont en apparence sessiles , mais munis dans les deux de cols capillaires. Il y a dans le Siphona des réservoirs ovoïdes pédicellés ; ils sont oblongs , cylindroïdes , dans 262 L. DlFOl'U. — A.NATOMIE DES DIPTÈUES. le Masicera , et ils rocoivent directement les cols. Dans les Gyninosoma et P/ia.sia , les trois orbicelles sont i^lobuleux , gri- sâtres , contigus , à cols capillaires , à réservoirs oblongs atténués en cols. Dans les Dexia et Sarcophaga , qui sont vivipares , les orbicelles sont ovales, bruns, penchés, comme pendants, les cols uniformément capillaires dans le premier genre , fusil'ormes dans le second ; les réservoirs sont en longue massue dans le Deriu , ovalaires dans l'autre. L'oviducte des Muscies est assez long ; les Idia , Rhynconiyia , Lucilia , ont trois orbicelles à cols capillaires ; ils sont sessiles dans le Callipliora ; les réservoirs sont cylindroïdes , allongés , plus longs et filiformes dans le Calliphora et Lucilia violacea. Les Anlhomyzides w\i un ovitlucle dilaté en arrière en rcservoir oviyère ; les orbicelles sont subsessiles dans les .liilhomyia et Aricia urbana ; leurs cols sont assez longs, capillaires dans les Spiloyasler , Lispa , Aricia iiiiptiiiclala ; ils sont l'enflés en arrière en vésicule ovale dans le Peyomyia; les réservoirs sont généralement filiformes , cependant on les trouve ovalaires dans le Lispa. Dans la famille des Muscides acalyplérées, le Sepedon ne nous a olTert aucune trace d'orbicelles , et pourtant il y existe deux réservoirs filiformes renflés en arrière. Le Tela- nocera sticlica n'a ([iic deux orbicelles enchatonnés dans un même eapiliile pi'dicelli' : il y en a trois distincts dans le 7'. araluria ; li'urs réservoirs sont ovalaires, atténués en col. Les Do.cuccra et Sapninyza ont l'oviducte renllé en réservoir ovigèn^ allongé ; il est oviiïde dans \r Cordylura. Il n'existe que deux orbicelles ses- siles dans ce dernier genre et le Lo.rocera ; il y en a trois à longs cols capillaires dans le Sapromyza ; les réservoirs sont comme dans les Telanocera. 11 y a dans YHelomyza quatre orbicelles rapprochés par paires, et chaque paire n'a (lu'iiii col caiiillairc fort long. L'oviducte des Ortalidées et des Scpaidécs a une longueur proportionnée à celle de l'oviscapte, qui est destiné à s'allonger beaiiC'iup, et il est rentlé en arrière. Dans les Plalystuma et Ortalis. les orbicelles ternes ont de longs cols capillaires, avec des iM^servoirs allongés, plus ou moins dilatés au milieu. Des trois orbicellesdu Cheliyaster, deux ont des cols capillaires, et l'intermé- diaire est sessile. \ous n'avons pas aperi'u les réser\ oirs. Le Calo- L. Ulfr'OlR. — A.MTOMlli DES DIPTÙRIiS. 263 bala , qui a l'oviductc beaucoup plus court que les précédenls , ne nous a oITert que deux orbicelles à col capillaire. Le Teichomijza n'a pour orl)iceiies que deux vésicules subglobuleuses incolores à col capillaire. Nous ne lui trouvons qu'un seul réservoir tle la forme d'une capsule oblongue avec un col brusquement capillaire et court. L'oviducte du Piophila petaùonis a, comme dans les groupes précédents, un renflement [)ostéricur. On ne lui découvri; qu'un seul orbicelle scssile , tandis qu'il offre deux paires de réservoirs, l'une en boyau allongé, flexueux, pédicellé, l'autre ellipsoïdale, munie aussi d'un col capillaire. h'Llidia a un ovi- ducle long et gros , fléchi en double anse et atténué en arrière. Des trois orbicelles, deirx aboutissent à un seul col, et le troisième à un autre. Ces deux cols s'insèrent chacun à un réservoir ovoïde muni d'un fin conduit excréteur, uni à son congénère pour la for- mation d'un tronc conmiun qui s'insère à l'oviducte. Comme on le voit, les orbicelles et les réservoirs forment ici un seul et même appareil. Le Lonchœa a trois orbicelles sessiles : ceux-ci sont rem- placés .dans le Phora par une seule vésicule. Les réservoirs sont longs et flexueux. Enfin dans la dernière famille des Diptères , celle des Pupipares , Vllippobosea a un oviducte cylindroïde de médiocre longueur, et du chacjuo côté un arbuscule rameux comme dans VErislalis tenax. 3° Oviscaple et œufs. — L'oviscapte , ou l'instrument destiné' à émettre les œufs au-dehors et parfois à les insérer dans un milieu plus ou moins résistant , est aussi le réceptacle du vagin , de la vulve et de l'anus. Dans plusieurs Diptères , il est nul ou presque nul ; dans d'autres il est rétractile , et ne se met en évidence qu'au moment de la ponte ; enfin il est des genres oii il est , au moins en partie , constamment en évidence. Dans son type le mieux caractérisé, il se compose de deux , de trois , rarement de quatre ou de cinq tuyaux , qui s'engaînent les uns dans les autres comme les tuyaux d'une lunette d'approche; il se tcniiine le |j1us souvent par des lenlaciden ndcaires d'un ou do deux articles , qui fonctionnent soit dans le coït , soit dans la ponte , ou comme régulateurs des mouvements propres, ou comme instruments de préhension. 204 !.. niFoi'n. — anatomiiî des dii'Tkhes. L'oviscapte du Cuiisinei des Tahanicm est excessivement court ou nul. Celui des grandes Tipulaires, du Ceroplatus, des Empis , se termine par deux lames cornées, tenant lieu de tentacules vulvaires, et coniparai)les au sabre des Sauterelles. Celui des Stratioinydes a trois tuyaux engaînés , et des tentacules bi-arti- culés. Il est plus long que l'abdomen dans le Fappo, rétractile et de cinq tuyaux. Dans le Leptis, il semble formé par les trois derniers segments abdominaux atténués ; les tentacules sont bi- articulés. Celui du DoUchopm se compose de trois, peut-être de quatre tuyaux rétractiles , dont le dernier offre une série pectinéc de dix dents ; les tentacules sont uni-articulés , cornés , ce qui suppose une manœuvre particulière pour l'insertion des œufs. Dans les Syrphides (Folncella) il y a trois tuyaux engaînés , et des tentacules uni-articulés, ovales, velus. Il est prescjuc nul dans le Srenopimis , et les tentacules ressemblent aux précédents. Les Muscides calyptérées et les Dolichoceres en manquent. Il y en a un long dans le Plati/storna et les Tephritides , formé de deux tuyaux rétractiles grêles , pouvant se loger dans un étui corné toujours apparent ; il n'y a pas de tentacules vulvaires. Les œufs des Diptères ne sont pas d'une couleur, d'une confi- guration uniformes. Cénéralement ils sont blancs ou jauiràtres ; mais on en trouve d'un noir d'ébène luisant dans les Tipula, Cteimphora , Pachyrrhina , Ceroplatus , Laphria, Dioctria; ceux de VOchtera sont noirs et striés. Ils sont allongés , conoïdes, dans le Cousin ; ovales ou oblongs dans les Tipula, Rhyplius, Taba- nieiis , Beris , AsUiques , Bombyliers , Syrphides , Muscides rali/plcrérs; allongés et atténués en avant dans les J'nppo, Loxo- rera, Chyliza , Phitysloma , etc.; globuleux dans les Bychnda, Ceroplatus, Ephippiuni , Saryus, etc.; hémisphériques, avec un bourrelet circulaire , dans le Cymiiosoma. PRÉVOST ET LEBI^RT. — SIT. I,\ l'OliMMION , KIC. '205 MÉMOIRE SUR LA FORMATION DES ORGANES DE LA CIRCl'LATION ET DU SANG DA.NS 1,'EMBRY0> DU l'OlLET; Far MN. PRÉVOST et HEBERT, Docteurs eu nK-iiccine. Dans notre précédent Mémoire nous avons tracé l'histoire du développement de l'hématose dans les Batraciens , et nous avons surtout cherché à déterminer les élihiients auxciuels les organes de la circulation et le sang surtout devaient leur origine. Nous sui- vrons une marche analogue dans l'exposition des faits relatifs au même sujet pour l'embryon de l'oiseau. Mais dans cette classe d'animaux vertébrés cette formation est bien plus compliquée , et son étude et sa détermination rigoureuse sont d'autant plus importantes , que l'embryon de l'oiseau, se dé- veloppant sous le rapport des organes de la circulation et du sang d'une manière très analogue à celui du Mammifère, renferme le type de l'établissement de la circulation des animaux vertébrés supérieurs en général , de même que le Batracien fournit le type pour les classes inférieures des vertébrés , les Reptiles et les Poissons. Nous partagerons ce Mémoire en trois parties : dans la pre- mière , nous examinerons le développement de l'œuf et les divers éléments qu'il renferme avant l'incubation; dans la seconde par- tie, nous donnerons les détails de nos observations sur les chan- gements successivement observés, pendant l'incubation, dans les éléments qui concourent d'une manière directe ou indirecte à la formation des organes de la circulation et du sang ; dans la troi- sième partie enfin , nous donnerons en abrégé l'histoire générale de cette évolution, telle qu'elle résulte du dépouillement exact de nos observations. rREMIÈRP: PARTIE. Du développement de l'œuf de Poulet , et des divers clémens qu'il renferme avant la fécondation. L'ovaire est une membrane repliée sur cllc-mcmc, dont la face et le bord libre s'étendent dans la cavité abdominale, et dont la 266 PRÉVOST ET LEBERT. — SUR LA FORMATION face celluleuso , repliée sur elle-même et contractant des adhé- rences qui l 'empêchent de s'ouvrir , reçoit entre ses deux feuillets les ovules et les vaisseaux nombreux qui concourent au dévelop- pement des ovules. Les plus petits œufs de l'ovaire de la Poule sont entourés d'une membrane vasculaire assez épaisse , dont on a de la peine à isoler les ovules. Les plus petits que nous ayons examinés avaient à peine un tiers de millimètre ; leur forme était sphérique , leur contenu granuleux , leur membrane d'enveloppe intimement adhé- rente au follicule vasculaire qui l'entourait ; la vésicule germina- tive y existait déjà , et il est probable que c'est la première partie sécrétée de l'ovule , qu'ensuite vient le vitellus finement granu- leux, et seulement après, la membrane d'enveloppe du jaune, qui, comme d'autres enveloppes cellulaires, ne paraît être qu'une con- densation périphérique. Dans des ovules un peu plus grands et plus faciles à détacher , la vésicule germinative avec sou entourage opaque occupe à peu près le tiers de l'ovule tout entier , et même dans les ovules en-^ core un peu plus volumineux , la cicatricule avec la vésicule trans- parente de Purkinje dans son milieu occupe la moitié de l'ovule et au-delà. Déjà à cette époque les granules encore très petits tendent à former des agglomérations , parmi lesquelles on recon- naît quelques vésicules graisseuses. Les ovules sont encore pres- que incolores , ne tirant que légèrement sur le jaune. Les ovules de 5 à 7 millimètres sont entourés d'un follicule plus développé , sur lequel ont \oit de nombreuses arborisations vasculaires ; la membrane du vitellus s'en détache plus facilement, l'dvule entier offre la teinte jaune mais encore pâle, le dévelop- pement oléagineux de son inti'Tieur a fait des progrès. Le jaune est composé en grande partie de granules de 0""",001 à ,0012; on y voit en outre des vésicules graisseuses ou hui- leuses de 0""",002 à ()""", 005, et un certain nombre de grands globules du jaune de 0' ,04 à 0""",064 , formés par des agmina- tions de petits granules dont la périphérie s'est condensée par counuence en membrane d'enveloppe du globule. Dans le centre du jaune allant vers sa surface à la cicatricule , DKS OlUiA.NLS Dli LA CIRCliLAilO.N. ^(17 on voit déjà une petite cavité remplie de globules blancs de 0"'"',03 àO ',01 , renrermant dans leur intérieur de petites vési- cules de ,0033 à ,00(3. Dans un œuf prêt à sortir de l'ovaire , le jaune est en grande imrtie composé de ces globules volumineux. La cicatricule n'a pas suivi l'accroissement du jaune, elle n'a que quckjues millimètres de largeur. L'explication de ce résultat de l'observation nous paraît facile. La cicatricule avec son contenu globuleux et la vési- cule germinative attendent pour se développer et pour grandir l'action de la liqueur ijrolifique ; l'embryon s'y forme alors aux dépens du jaune de l'embryotroplie , qui , ne subissant i)lus beau- coup de changements de volume, se métamorphose dans les divers organes ; il faut par conséquent que sa quantité soit d(''jà sufTisamment abondante au moment de la fécondation , tandis que la cicatricule n'a pas besoin d'être volumineuse. Dans cet œuf le centre de la cicatricule , la vésicule de Pur- kinje , paraissait former un trou avant la dissection , à cause de sa transparence et de son aplatissement par la membrane du jaune. Autour d'elle se trouvaient des granules, des vésicules et des globules transparents de 0""",0t à 0""",0'15, dont quelques uns seulement étaient finement granuleux dans leur intérieur ; c'étaient les globules de la cicatricule incomplètement di''velo|)- pés , ressemblant aux noyaux diaphanes des globules vitellins et organoplastiques de l'embryon des Batraciens. Nous passons sous silence la formation de la coque de l'œuf et de la membrane du teste , ainsi que les cordons appelés chalazes, éléments étrangers au but de notre travail ,' et nous arrivons à la description de l'œuf fécondé et au commencement de l'incubation. Leblanc de l'œuf ne montre aucune structure bien distincte au microscope ; il est composé d'une substance hyaline , homogène et amorphe. Dans les chalazes il paraît irrégulièrement strié , et, par places, finement grenu, effet simplement produit par la coagu- lation. La membrane qui enveloppe le jaune doit probablement son origine à une confluence et à une condensation périphérique des éléments du jaune; elle a une structure finement grenue (PI. M, 268 PRKVOK'I' Ml I.KBI'lRl'. — SI:R LA FOllMATION fig. 1) , et montre par places une disposition fibreuse ; ces fibres sont très fines et parallèles. Les globules du jaune recouvrent de toutes parts sa surface interne , mais on distingue bien sa compo- sition striée et finement ponctuée , lorsqu'on la lave dans de l'eau tiède avec un pinceau fin. Le jaune de l'œuf est composé de trois espèces de globules : 1* de très petits granules de 0"'"',001 à 0""",002 (PI, XI, fig. 2) , à contours irréguliers, paraissant dans quelques uns transparents au centre ; leurs contours sont assez marqués ; leur teinte , jaune dans leur ensemble , vue h l'œil nu , paraît noirâtre sous les forts grossissements microscopiques. Dans leur intérieur on ne recon- naît aucun élément particulier ; ils montrent un mouvement mo- léculaire très vif : nous leur avons donné le nom de granules du jaune. 2° Après avoir passé par l'état d'agminations, un grand nombre de groupes de ces granules finissent par constituer des globules volumineux, que nous appelons les grands globules granu- leux du jaune (PI. XI, fig. 3). Ils sont régulièrement sphériques, d'un diamètre considérable, variant en moyenne entre 0""",02 et 0""",06, allant même quelquefois jusqu'à 0""",1 ; ils sont d'un jaune plus pâle que les granules isoli's. Dans leur intérieur ils sont plus ou moins remplis de granules moléculaires ; jamais ils ne contiennent de noyaux ; ils sont très élastiques et flexibles, et ne deviennent pas anguleux par juxta-position , tant que le jaune reste liquide ; ils éclatent facilement , et font alors sortir des gra- nules , qui, à l'état intact des globules, montrent dans leur inté- rieur un mouvement moléculaire. 3° On trouve enfin dans le jaune des globules graisseux de ,005 à 0"'"',02 (PI. XI, fig. 4), ayant l'aspect opalisant qu'ils olfrent habituellement; du reste, aucune structure interne. Outre ces globules , on remarque dans le jaune des gouttelettes d'une huile jaune, qu'on peut en faire sortir en plus grande quantiti' par la compression. La cavité centrale du jaune . stu' laquelle nous reviendrons à l'occasion de l'œuf cuit, est remplie d'une substance blanche ; elle s'allonge vers la cicatricule , ne formant pas cependant un canal régulier. Les éléments microscopiques qui la composent sont en partie DES ORGANES DR I.A CIRCULATIOX. 2G9 des globules graisseux et albumineux , mais pour la plupart de grands globules granuleux, paies, blaucs , décolorés; on y voit de plus des globules conteiianl dans leur intérieur de petites vési- cules. Il paraît cjue les éléments do la cavité sont à peu près dépourvus de l'huile jaune , qui se trouve abondamment dans le reste du vitellus. La cicatricule de l'œuf prêt au développement forme une vési- cule aplatie , ayant une paroi d'enveloppe partout distincte , dont la partie supérieure touche la cavité de la membrane d'enve- loppe du jaune , sans cependant lui adhérer ; sa face inférieure repose sur le jaune. Sa vésicule centrale, la vésicule geniiinalive, dite de Purkinje , n'est pas bien visible dans l'œuf mûr propre au développement , vu que tout autour d'elle , si toutefois elle persiste, dans un espace restreint , il s'est formé une quantité proportion- nellement si grande de divers éh'ments globuleux , que la cica- tricule en a pris l'aspect d'une tache blanche très peu transpa- rente. Il nous importait de détemiiner rigoureusement tous les élé- ments globuleux qu'elle renfermait : aussi avons-nous étudié ce point important avec une attention toute spéciale. La membrane d'enveloppe elle-même n'olhe point de structure bien appréciable ; les globules qu'elle renferme constituent les variétés suivantes : 1° l)e très petits globules semblables à ceux du jaune de ',001'2 à 0""",0025, que nous appellerons les gra- nules de la cicatricule ; leur couleur est blanche ou légèrement jaunâtre ( fig. 5 ). 2° De petits globules isolés , bien dis- tincts, à contours marqués (fig. 5) de 0""",0028 à 0""",0054, à bords nettement dessinés , à contenu égal et transparent ; nous les nommerons les petits globules de la cicatricule. 3" Des agmi- nations composées du groupement des granules , et surtout des petits globules de la cicatricule , quelquefois accidentellement rassemblés autour d'un globule un peu plus grand, qui cepen- dant ne constitue pas un véritable noyau (fig. 5). Les agnn'na- tions, dont les éléments sont comme collés ensemble , ont tantôt une forme irrégulière, tantôt approchant de celle d'une sphère plus ou moins régulière ; leur coloration est d'un jaune légèj'cment '210 PRÉVOST ET LEBERT. — SLR LA FORMATION verdâtre ; nous les désignerons sous le nom d'agminations de la cicatricule. 1° Des globules à membrane d'enveloppe très distincte, dont le diamètre varie entre 0""",0'2 et 0""",04. Ils n'ont point de noyau distinct ; ils sont plutôt composés des mêmes éléments que les agminations que nous venons de décrire. En efl'et , ils ne dif- fèrent de ces derniers que par leur confluence en membrane d'enveloppe à leur périphérie (PI. XI , fig. 6) ; quelquefois on rencontre une forme de ces globules (fig. 6) paraissant renfermer de véritables noyaux, dont le diamètre va jusqu'à 0"'"',016, placé tantôt au centre , tantôt vers la circonférence , et montrant dans son intérieur des granules et de petites vésicules; mais nous n'y avons pas alTaire à un véritable noyau. Le même phénomène que nous avons signalé pour le passage des agminations sans enveloppe aux globules de cette espèce , et que nous appelons globules agminés de la cicatricule , se répète dans l'intérieur des globules , et nous voyons une conlluence concentrique , mais nous n'y avons plus affaire à un noyau développé , au milieu de ces vésicules de divers diamètres. Le contenu des globules agminés est formé en partie par des vésicules , en partie par des granules ; leur couleur est jaunâtre, ils s'aplatissent par juxta-position, sans cependant devenir anguleux. 7)° De même que les agminations de petits globules seuls ou celle des globules et des granules finissent en bonne partie par devenir des globules nettement isolés des parties ambiantes , de même les granules forment aussi dos groupes dont un grand nombre finit par former des globules granuleux (PL XI, fig. 7). Leur dimension varie entre 0""",()2 cl ()""", O." de diamètre, qu'ils dépassent rarement. Le mouvement moléculaire des granules est bien visible dans leur intérieur. Leur couleur est plus pâle , d'un blanc jaunâtre. En nageant, ces globules, que nous désignerons sous le nom de globules granuleux de la cicatricule , pour les dis- tinguer des globules granuleux, beaucoup plus volumineux, du jaune, changent de forme, et, lorsqu'ils rencontrent un obstacle, ils deviennent pyriformes ou ovales , mais ils reprennent ensuite leur forme sphérique. 6° Il existe enfin dans la cicatricule une espèce de globules al- DES ORGANES DE I,.V CIRCLLATIOX. 271 bumineux ressemblant aux cellules graisseuses , ayant de ,0051 Ji0""",0"2, des contours très marquns, un contenu ou opalfsccnt ou irrégulièrement granuleux (PI. \1, lig. 8). Beaucoup de ces globules contiennent un noyau dans leur intérieur, cjui a jusqu'à 2/5 du diamètre du globule entier; en moyenne, 0"'"',005. Sa position est plus rapprochée do la péripiiérie que du centre. On voit plus de noyaux dans les globules plus petits que dans les grands de 0"'",015 à 0"'"',02, dans lesquels nous n'en avons point aperçu. On en rencontre un certain nombre qui paraissent déchirés et fendillés par la compression exercée sur eux pendant la préparation microscopique. Ce fendillement ne les vide point , et ils gardent leur forme et leur contenu , ce qui fait supposer que ce dernier est plutiM de consistance gélatineuse que liquide. Nous leur donnerons le nom de globules gélatiniformes. La cicatricule non incubée montre, dans toutes ces diverses es- pèces, des globules irré'gulièrement mêlés ensemble, et entourant ainsi le champ que doit occuper ])lus tard l'embryon , mais qu'on ne peut pas distinctement voir avant l'élargissement du blasto- derme sous l'influence de l'incubation. Lorsqu'on soumet les œufs à la coction au point d'arriver à une coagulation complète , à avoir l'œuf cuit dur, on trouve un chan- gement assez remarquable dans le jaune. Au premier aspect , il paraît tout composé de cristaux étroitement juxia-posés, dont la forme se rapproche de celle du prisme hexaèdre ( PI. \I, fig. 9), ayant juscju'à 0""", 1 de longueur. En ajoutant de l'eau à ces cor- puscules de forme cristalloïde, ils deviennent plus ou moins ronds, et on voit alors tous les passages entre le polyèdre et la sphère ; on reconnaît en même temps que leur intérieur est finement grenu. Nous n'y avons donc pas alfaire à une véritable cristallisation , mais à une évaporation do la substance huileuse, qui, dans l'œuf non cuit, empêche les globules du jaune de prendre des formes anguleu-ses, et dès que, de nouveau après la coction , un liquide leur est interposé, ces corpuscules reprennent la forme de sphères. La cicatricule prend par la coction un aspect bleuâtre , dû pro- bablement au cyanure de fer ; on la voit f[uelquefois entourée d'un halo bl;nirhàtre. Dans ses globules, on n'nporcoit pas bpauc(iu|)de '212 PRÉVOST ET LEBERT. — SUR LA FORMATION changements; seulement un certain nombre de globules paraissent déformés. On recomiaît en même temps, par la coction, l'existence de couches concentriciucs dans toute la sphère du jaune , et dont les démarcations sont moins foncées que le reste du jaune. La membrane d'enveloppe du jaune n'en subit point de changement. La cavité centrale , bien visible dans l'œuf cuit dur, garde son aspect blanc et son état demi-liquide ; il n'est pas survenu de changement dans ses globules. Si nous cherchons à nous rendre compte de la formation des éléments de la cicatricule, nous pouvons dire, en général, qu'elle les tire du jaune par absorption. La cavité centrale , le cumulus et les parties qui l'entourent paraissent y jouer un certain rôle et contribuer à la litiuéfaction et à la séparation des éléments desti- nés à entrer dans la cicatricule. Dans le liciuide absorbé par la cicatricule se déposent des granules moléculaires et de petits globules. Ces divers éléments se réunissent pour former des ag- minations irrégulières. Ensuite s'établit à leur bord une espèce de confluence d'où naissent les membranes d'enveloppe des glo- bules, et c'est ainsi cjue les agminations vésiculeuses forment les globules agniinés et que les agminations purement granuleuses forment les globules granuleux. Comme les éléments primitifs de ces derniers sont très petits , et que la matière y est par consé- quent très finement divisée, leur organisation est plus rapide, et on y voit moins de formes intermédiaires que dans les agminations composées de vésicules et de petits globules. SECONDE PARTIE. Observations sur le développement dos organes de la circulation et du sang dans l'œuf incubé. Pour éviter des répétitions , nous donnerons dans chacune de ces observations le résumé de tout ce que nous a\ons noté pour les mêmes heures de l'incubation dans les divers et nombreux œufs examinés. Rappelons en même temps que, pendant les premiers jours de l'incubation , il existe de nombreuses variations indivi-. duelles dans les progrès du développement. Nous nous sommes DES ORGANES DE LA CIRCILAÏIOX. ^73 servis dans nos expériences de la chaleur animale, bien plus sûre dans ses résultats que l'incubation artificielle. PiiEMiÈnE OBSEBVATios. — Œuf iiicubé depuis 12 heures. La cicatricule a 9 millimètres de diamètre ; le limbe ou l'aréole vasculaire en a de 3 à 4; l'aréole transparente est pyriforme, ayant 4 millimètres dans sa partie la plus large, 2 1/2 dans la plus étroite. Dans l'aire transparente, on distingue deux parties, qui du reste ne sont pas nettement séparées l'une de l'autre; l'ex- térieure, celle (jui se trouve vers le bord , est plus transparente, et on n'y voit que de petits globules graisseux et des granules ; l'autre ])artie de l'aire est composée d'une masse plus opaque, plus granuleuse , d'un blanc grisâtre , ayant à peu près la forme d'un bouclier dont les bords ne sont pas nettement tracés : c'est la partie encore presque amorphe de l'embryon futur ; elle est composée de globules de 0""",0125 (PI. \I, fig. 10), seulement bien distincts avec de forts grossissements et lorsque l'eau qui entoure la préparation commence à sécher ; ils sont ronds, presque incolores, composés d"une membrane cellulaire (10, a,a,a) et d'un noyau , qui occupe d'une manière excentrique presque les deux fiers de leur intérieur ; ils montrent de plus dans ce noyau un ou deux nucléoles (10, c,c,c) ; les globules entiers paraissent comme roulés ou enfarinés de granules moléculaires, ce qui rend leur étude plus diflicile. Ces cellules , sur lesquelles nous reviendrons encore plus tard , forment pendant les premiers jours , par des groupements divers, tous les premiers organes de l'embryon , ce qui nous a engagés à leur donner le nom de globules organoplas- tiques. Nous verrons plus tard qu'ils jouent le même rôle impor- tant dans le développement du poulet que nous leur avons re- connu dans notre premier Mémoire pourThistogénie du Batracien : seulement , étant moins grands et moins faciles à voir dans l'em- bryon de l'oiseau , il nous a fallu en étudier tous les détails dans le Batracien avant de bien apprécier leur nature dans le poulet. Si la circonférence de la première masse embryonnale n'est pas nettement limitée, nous trouvons par contre déjà une démarcation nette de sa substance dans son milieu. Là on voit , dans les deux 3' série Zimm.. T I (Mai 18l4j. ts 274 PRÉIOST HT LEBERT. — SUR I,A l'ORlI \TIO\ tiej-s inférieurs de l'aire embryoniiale, de tlia(|iie(ùté, deux bandes étroites, blanchâtres, légèrement saillantes, et s'aplatissant vers la périphérie. Entre ces deux bandes , on aperçoit un vide f[ui , par places, a jusqu'à 0'""', 002 de largeur, dans lequel et au fond du(|uel on n'aperçoit point de globules organoplastiques ; en Ims, cette bande vide à forme cylindrique passe jusque tout près du bord de l'aire transparente ; en haut , elle n'atteint qu'à peu près les deux tiers de l'embryon , et finit là où bientôt apparaissent les plis de la partie céphalique, et là la bande viilc se termine indis- tinctement dans une masse globuleuse. On y apiu'çoit déjà les traces des premiers |)lis transversaux. Les deux rebords saillants entre lesquels la bande vide se trouve placée |)araissent être la masse dans laquelle se forment bientôt après les premières ])laques vertébrales ; leur intervalle ne paraît être autre chose qu'un écar- tement des masses embryonnaires destinées à la dualité de la for- mation pi-iniiti\e des |iartics de l'axe de l'embryon, et bientôt après nous voyons le vide remplacé par une gouttière. f^es globules de l'aréole opaque ou vasculaire sont très sernîs autour de l'aire transparente , dont le bord est cependant assez nettement limité. Les éléments globuleux qui composent l'aréole opaque sont les suivants : 1° De petits globules moléculaires de 0"'"',0025, transparents au centre, sans structure intérieure ; ils y existent proportionnellement en petite quantité; on les voit isolés ou entourant la surface d'autres globules plus grands. "2" Des glo- bules de 0""",0025 à ,05/|, libres ou composant en jjartie l'in- térieur des autres globules, dont on peut les l'aire sortir intacts par la compression ; leurs contours sont fortement marqués; leur intérieur est légèrement opalescent, ayant dans ([uchiues uns un aspect granuleux fin ; ils ne contiennent point de noyaux. Ces globules existent en très grande quantité. 3" Les grands globules de la cicatricule, de 0""",02 à ,0375, contenant dans leur inté- rieur un certain nombre des globules précédents, (|uelquefois plu- sieurs petits groupés autour d'un plus grand. Un certain nombre de ces agminations de petits globules manquent de membranes d'enveloppe ; d'autres enfin contiemient pres(|uc exclusivement des granules moléculaires. Ces derniers se trouvent surtout au DES ORr.AMiS DE I.A ('.IRCIL\TI0\. "275 bord vitellin de l'aréole opaque. !i" On voit enfin un certain nombre de globules graisseux do 0"'"',0(J8/( ii ()""", 017 à l'état inlucl ou fendillés et déchirés. Comme résumé de cette observation , se présente tout naturel- lement l'importante question : (Juels sont les premiers change- ments de l'œuf produit par la fécoiulation et développé par le commencement de l'incubation ? Ouoique ce sujet soit un peu étranger à notre travail actuel , nous croyons pouvoir répondre en quelques mots par l'exposé suivant. Dès les premières heures de l'incubation, la cicalricule s'élargit et se différencie en deux parties, qui peut-être sont des sphères aplaties concentriques. La partie interne constitue le véritable sac embryonnal, dans l'intérieur duquel on voit apparaître les globules organoplasti([ues, qui paraissent être un des premiers et des plus importants etïets embryogéniques et moléculaires de la féconda- tion. Ces globules .-^e groupent surtout vers l'intérieur de la vési- cule interne de l'aire transparente et embryoïmale ; leur premier groupement distinct se fait par dualité en deux moitiés qui con- stituent les lames vertébrales, entre lesquelles reste un vide en forme de gouttière, ayant distinctement deux bords; c'est le trait embryonnaire des auteurs, trait qui a donné lieu à tant de dis- cussions , et sur lequel nous reviendrons plus tard. La ])lace de ce vide, qui disparaît plus tard, est occupée dans la suite par les centres nerveux de l'axe, surtout par la moelle épinière et ses diverses enveloppes; il paraît que les centres nerveux et leurs in-adiations périphériques se forment dans l'axe longitudinal du corps, tandis que le système circulatoire est destiné à en occuper toute la partie transversale. Le second effet le plus saillant de la fécondation est l'ccartement des globules de l'aréole muqueuse vers la circonférence de l'aréole transparente. Nous verrons plus tard que Ma fonction jde cette membrane et des globules qu'elle renferme est la formation du sang. Du reste, ces globules mêmes oui subi peu de changement. DiLixitMF, oii9F,n\ ATios. — ORuf incubé depuis 1 8 heures. Au-dessous de la cicalricule , on voit deux halos. Les halos 276 PRÉVOST ET LEBERT. — SUR I.A FORMATION sont formés par la partie blanche, qui est disposée dans le jaune en couches concentriques. I^orsque le jaune, par l'absorption de l'albumine, devient plus fluide, les globules blancs de ces couches montent à la surface et forment les halos. Ils sont blanchâtres ; la substance vitelline entre eux est déprimée; la masse blanche, le cumulus , qui se trouve au-dessous du milieu de la cicatricule a 3 millimètres de diamètre ; il est déprimé au milieu. Entre le germe , légèrement concave et soulevé , et les halos existe une espèce de cavité ramullaire. La cicatricule entière a 13 millim. ; l'aréole embryoanalc en a 5 de longueur sur l 1/2 à 3 de largeur ; elle est encore pyriforme. Le limbe est déjà bien marqué, et il olfre bien moins de densité et d'opacité que la partie de l'aréole vasculairc plus rapprochée de la trans]jarente; le fond de cette dernière est assez généralement couvert de globules organo- plastiques. du reste peu distincts à cause des nombreux granules qui les entourent de toutes parts. Le capuchon céphalique commence à être manifeste. La bande vide de l'axe se continue en haut jusc|u'à lui, et en bas jusque tout ))rès du bord de l'aire ; dans son trajet , les deux lignes qui la limitent latéralement tendent à se rapprocher, et paraissent même soudées par places, pour former une véritable gouttière destinée à recevoir la moelle épinière. IJ^< globules de l'aire vasculaire n'ont point subi de changement de structure, mais bien un com- mencement de dilTérence de groupement : les grands globules qui contiennent les petites vésicules graisseuses colorées sont plus rajjprochés de l'aréole transparente, tandis que les grands globules granuleux et les vésicules albumineuses et graisseuses se rapprochent davantage du limbe vitellin. En résumé, nous n'avons ici à noter que l'augmentation du dia- mètre du germe, son soulèvement au-dessus du cumulus et la tendance du vide médian à disparaître pour former une gouttière médiane, et enfin la tendance de séparation en aréole vasculaire et en aréole vitelline ou limbaire. ÏHOisiKME OBSERVATios. — ()Kuf iiicubé ilepuis 21 heuTes. La cicatricule a 2 centimètres de diamètre. L'aire transparente J)liS ORI.ANKS 1)1-; I.V i;lltCLLVTIO\. 277 a (j millimètres de longia^ur sur 1 1/2 à 2 de largeur; la place que doit occuper le sinus circulaire est bien marquée , elle ren- ferme un cerclp de 6 millimètres de diamètre ; on distingue net- tement le caiîuclion cépiialique c|ui entoure la tête sous l'orme de membrane, premier vestige de l'amnios, présentant une échan- crureversle milieu du sommet de la tète. On voit de clia([ue côte du corps des plaques vertébrales au nombre de six paires , la gout- tière entre deux est soudée; en bas, on voit le sinus rhomboïdal en forme de lancette, et au-dessous de lui, correspondant à l'ex- trémité inférieure de l'axe du corps, on voit en<;ore un vide bordé de deux lignes assez rapprochées , se continuant à peu près jus- qu'à la partie inférieure du bord de l'aréa. La partie inférieure du capuchon se replie vers la fin du tiers supérieur de l'embryon et remonte en haut , laissant le tiers supérieur beaucoup plus trans- parent ((ue la partie inférieure , qui n'est pas du tout diaphane et ne mérite nullement son nom; son fond, ainsi que les premiers groupements de plaques vertébrales, est composé de globules organoplastiques , qui paraissent recouverts à leur surface de granules très fins ; la présence de ces globules devient surtout bien apparente lorsque la préparation commence un peu à sécher. La surface externe de l'aire transparente parait recouverte d'un réseau à mailles anguleuses et irrégulières , laissant entre elles des espaces vides et diaphanes. C'est probablement la partie de la membrane d'enveloppe des globules agminés, dont les globules ont été écartés vers le bord, et ces mailles sont peut-être les en- droits où ces globules ont été décollés (PI. \T, fig. 12). A la jonction du tiers supérieur avec le tiers moyen de l'em- bryon, à la jonction des plaques vertébrales avec la partie cépiia- lique, au-dessous de l'endroit où le capuchon se replie, se trou- vent les premiers vestiges du cœur. Nous remarquons ici d'em- blée qu'il ne faut pas prendre pour les branches du cœur les plis latéraux du capuchon céphalique, erreur commise par la plupart des auteuis , et c|ue nous avions commise nous-mêmes pendant longtemps, ce qui nous a rendu ['(Hude du di'veloppement du cœur bien plus difficile. Ces plis contiennent , il est vrai, une partie du cd'ur, mais de la manière indiqui'i,' sur notre troisième planche. (l'I. Mil). 278 PRÉVOST Jil LEBERT. — SI H LA l'ORM VTION Les plis latéraux sont séparés l'un de rautn- ])ar un inlenalle de 0"'"',/|()5 ; leur largeur est de ()""", 009 ; vers l'enibiyon ces deux branches remontent latéralement en haut et en dedans ; mais tandis que l'arc inférieur, la voûte commune de ces deux branches, est i)art'aitement distincte et forme la partie inférieure du capuchon céphalique, le premier vestige du cœur lui-même est placé au-dessus de la convexité de cet arc entre les deux branches de l'amnios (PI. \11I, fig. 1) ; sa masse se contient latéralement uu ]ieu dans ces derniers, mais pas bien loin; il a une direction plutôt conforme à l'axe de l'embryon ; il remonte en haut dans un court espace , et des deux côtés on remarque ses parties latérales, indiciuées seulement en ébauche; elles ne sont nullement formées, el se perdent indistinctement dans la substance de l'embryon, au milieu des globules organoplastiques. En dehors , les deux plis du capuchon paraissent aussi se perdre dans une masse grisâtre et iuiageuse, k travers laquelle il est d'abord dilllcile de les suivre plus loin ; mais en examinant avec suite , en ôlant une grande par- tie de l'eau qui entouTe la partie microscopique, en l'examinant alternativement par sa face supérieure et par l'inférieure, on voit (riuic manière , il est vrai , pas tout-à-fait distincte , une appa- l'cnce , comme si ces deux branches se perdaient dans un coni- menrement de canaux vasculaires. Les globules de la cicatricule n'ont pas subi beaucoup de changem(?nts. Ainsi . en résumé , nous observons l'apparition des pla(|ues ver- tébrales, le développement du caiiuchon ci'-phalique, et un fait de la plus haute im])ortance, l'apparition presque simultanée des pre- miers vestiges du cœur et de la première trace de canaux vascu- laires coïncidant avec la démarcation (jue doit bientôt occuper le sinus terminal. Oi athième oiisEBVATiON. — Œiif inciilx- tlopuU 28 luMires. Jja cicati'icule a 18 millimètres de fliamètre , l'enibrym en a Gde lonniiiur ; l'aire transparente est d'environ 1 millimètre plus longue ; la place du vaisseau terminal est bien marquée ; le capu- chon cépliali(iue et les plaques \ertébrales sont bien distinctes, la bande vide de l'axe existe encore sans être compli'tement soudée, et divise surtout encore en deux la partie inférieure de l'aire trans- UliS OUGANES UE l,A CIRCLLATJO>. '279 parente. l>e cœur (PI. XIII , fig. "2) est devenu très distinct. On voit bien les deux branches qui paraissent communiquer avec les canaux vasculaires , et vers le milieu desquels, au-dessus di^ la voûte de l'amnios, se trouve le cœur lui-même. Les vaisseaux forment un nîseau, dont la limite extérieure est marquée par la place que doit occuper le vaisseau terminal, et vers l'intérieur de l'embryon cette limite est formée par le cœur lui-même, ou plutôt par les branches amniotiques qui le cachent, et qui ont été si sou- vent prises pour les branches du cœur. Dans les vaisseaux on ne distingue pas encore des parois dou- bles, et ces canaux ont des diamètres inégaux ; les intervalles entre eux sont presque transparents , recouverts ou de petites vésicules graisseuses ou de quelques globules organoplastiques. 11 va sans dire que , n'étant pas encore bien manifestes dans Taire transpa- rente, on a de la peine à suivre ces canaux vasculaires dans le feuillet globuleux ou hi'moplasti([ue , dans lequel on voit cepen- dant déjà des arborisations un peu plus transparentes que le tissu globuleux ambiant. Le centre du feuillet, qui contient ces canaux du feuillet angioplastique , est donc le cœur, dans lequel il n'y a pas encore de contraction , mais dans lequel on voit la tendance au commencement de la formation d'une cavité close (PI. XIII , fig. 2, d); les deux branches (PI. XIII, fig. 2,a,a) se réfléchissent k angle obtus, en haut, du côté de la partie céphalique de l'em- bryon. Malgré toute l'attention que nous avons donnée à ce sujet , nous n'avons pas pu voir, à cette époque de l'incubation , la partie montante des branches se fermer pour constituer une cavitf- close. Nous avons donc ici l'apparition indubitable du feuillet vascu- laire, prenant son origine autour du cœur, qui est son centre, pour aller jusqu'au sinus terminal qui en constitue la périphérie ; et nous voyons distinctement les voies de la circulation préparées antérieurement à la formation du sang lui-même. Avant d'aller plus loin dans nos descriptions , il est nécessaire de jeter un coup d'œil sur les diverses parties qui, à cette époque, constituent le germe. L'aire transparente (PL M, fig. 13, a.n) est la partie dans laquelle se forme l'embryon . et comme elle est loin de méi-iti-r |r 280 PRÉVOST i;t leburt. — • sik l\ koumahon nom de ti'ans|)areule, nous lui doiineruns le nom d'itire ou d'aréole embryonnale. Elle est entourée de la membrane globuleuse (l'I. XI , fig. 13, b,b), l'aréole muqueuse ou vasculaire des auteurs. Gomme nous croyons nécessaire de distinguer soigneusement dans la for- mation du sang la partie qui fournit les éléments du sang de celle qui l'absorbe par ses canaux , nous donnerons à la membrane globuleuse le nom d'aréole hémoplastiquc ou de membrane hémo- plastique ; elle est , pendant les premiers jours , limitée en dedans par l'aire embryonnale (_'t en dehors par le vaisseau terminal, en dehors duquel elle se prolonge, mais y contenant plutôt des glo- bules albumineux et granuleux que les vrais globules vésiculeux hémoplastiques. Le limbe de la membrane hémoplastiquc (PI. \1, fig. 13, c,c) a reçu le nom d'aréole vitelline, que nous lui conser- verons. Après la disparition du vaisseau terminal , cette dernière se confond avec la membrane hémoplastique. Nous savons d'après les beaux travaux de M. Baér , adoptés par la plupart des embryo- logistes modernes , que la partie supérieure , le feuillet supérieur de l'aire transparente, se transforme dans la partie animale de l'embryon, feuillet qui a reçu le nom de feuillet séreux , que nous appellerons feuillet supérieur ou séreux (PI. \I, fig. 1/|, a), tandis que le feuillet inférieur, le feuillet muqueux (PI. XI, fig. 14, 6), se transforme dans la partie végiHative de l'embryon, et nous lui conserverons le nom de feuillet inférieur ou muqueux. Entre ces deux feuillets se développe le feuillet vasculaire (Pi. XI, fig. 14, c,f), qui depuis le cœur s'étend jusqu'au vaisseau terminal. Pour ne pas le confondre avec la membrane globuleuse hémoplastique, nous lui donnerons le nom de feuillet angioplastique , parce que c'est dans ce feuillet que se forment les vaisseaux qui absorbent et pompent pour ainsi dire, dans les globules de la membrane hémo])lastique , les éléments du sang provenant en dernière ana- lyse du jaune transformé. Nous arrivons ainsi à la distribution suivante des parties du germe. En procédant transversalement de dedans en dehors, nous avons ( PI. XI , fig. 13) au centre l'aire embryonnale ( PI. XI , fig. 13, «,(() ; autour d'elle, jusqu'au vaisseau terminal, l'aire hémoplastiquc (PI. XI, fig. 13, h,b), et en dehors d'elle l'aire lim- OliS OUCVMiS DJi l.\ i;lllCLI.AT10\. 281 baire ou vilelline (PI. XI, fig. 13, c,c). En faisant une conpe verticale par le milieu du Taire embryonnale (PI. \1 , fig. l/i), nous avons, comme ])artie supérieure, le feuillet animal (PI. XI, fig. li, rt) ; conime partie inférieure le feuillet végétatif (PI. XI, fig. lli, b) : et comme partie intermédiaire le feuillet angioplas- tique (PI. XI, fig. 14, c,c), dont le cœur est le centre (PI. XI, fig. lli, (!) , et le sinus terminal la limite externe (PI. XI, fig, l/i, e,e). Cinquième obsebvation, — Œuf incubé depuis 32 lieures. La cicatriculc a 2 centimètres de diamètre ; elle est soulevée comme un verre de montre au-dessus du cumulus, et on reconnaît l'existence d'une cavité remplie de liquide entre les deux. En en- levant la cieatricule , on voit l'aréole vitelline recouverte de gra- nules du jaune , tandis que la portion qui se trouve en dedans de la partie qui correspond au sinus terminal n'en montre point , nouvelle preuve de l'existence de la cavité et du liquide qu'elle renferme. Ce fait a, du reste , été signalé et bien exposé par M. Serres (Coin pie-Rendu de l'Institut, avril 1843). La place que doit occuper le canal terminal est déjà signalée par un bord élevé. Le réseau vasculaire est bien visible ; les canaux les plus petits ont de 0""",02 à 0'""',025 de largeur ; du reste, le diamètre des mêmes capillaires varie dans les divers points de leur trajet (PI. XI, fig. 15). On peut voir distinctement que les vaisseaux commen- cent tout près du c(cur, et quoique encore séparés par des gra- nules et des globules, on voit bien le parallélisme entre les canaux vasculaires et les branches qui renferment le cœur. On ne voit encore nulle part des globules sanguins. Dans quelques endroits, on aperçoit déjii la tendance des vaisseaux à établir des voies de communication , des anastomoses ; on les voit d'abord pousser une légère saillie latérale ( PI. XI, fig. 16, a et b, et fig. 18) ; dans d'autres , on voit un éperon du côté du vaisseau voisin ( PI. XI , fig. 17), et cet éperon finit ou par l'atteindre, ou par rencontrer un autre éperon provenant du vaisseau avec lequel l'anastomose doit s'établir (PI. XI, fig. 19). Les interstices entre les canaux ont parfois une forme ronde ; d'autres fois ils sont o\ aies ou irrégu- 282 PBÉVOJliT ET LEBERT. — SUR LA FORMATION liers. Cette forme arrondie des interstices a donné lieu à l'hypo- thèse erronée que les vaisseaux se formaient de cellules propre- ment destinées k cet usage. Le cœuv(l'l. XIII , fig. 3) a fait des progrès dans son dévelo])pement. f.es branches latérales qui ren- ferment le cœur à leur jonction paraissent se continuer avec les vaisseaux de l'aréa ; en haut, les parties latérales du cœur se sont rap])rochées au point qu'elles ont fini par se rencontrer et par former en apparence une espèce de cavité close , qui paraît se terminer en haut en une pointe mousse qui, sur un des côtés, forme une ligne courbe non interrompue ; mais , du côté opposé , elle forme, à peu près dans son tiers supérieur, une inflexion qui est le premier indice de séparation en oreillette et en ventricule ; la hauteur du cœur à cette époque est de 0""",'2ir) ; l'écartement des deux branches du capuchon est de 0""",I98 ; à sa partie su- jiérieure, près de la pointe mousse, la largeur du cœur n'est que de 0""",054 ; celle des branches elles-mêmes, près de leur ori- gine, est de 0""",0Î). Le cœur, à cette époque, offre l'aspect d'un bonnet pointu un peu recourbé vers sa pointe; à l'endroit de la jonction entre le cœur et les branches, on remarque souvent des plis transversaux, qui forres|K)ndent à la place de deux côtés où le cieur touche les plis latéi'au\. Oiiant aux globules de la cica- tricule , nous ik^ voyons pas beaucoup do changement. On voit (le plus en phis distinctement que tous les organes sont composés de globules organoplastiques, qui sont surtout bien manifestes dans les plaques vertébrales (PI. XI, fig. 11), qui existent au nombre de sept paires , et offrent déjà une forme carrée bien régulière. Leur structure , examinée avec un fort grossissement de 500 dia- mètres, réfute d'une manière palpable l'opinion émise même par des embryologistes de promii^r in('rit(> , savoir, qu'à cette époque les divers organes sont comp(is(''s (Tuiie masse plastique granu- leuse et amor|ilie. Les grands globules de la cicatricule n'ont pas changé : seule- ment, vers le bord de l'aire transparente, on en voit un assez grand nombre sans membrane d'enveloppe constituant de simples agminations. La dilTérence entre l'aire vitelline et l'aire hémoplastique do- niiS OlUIANES l)K LA OIRCl LATIO^i. 283 vient de plus en plus apparente, et la première contient pi'es([iie exclusivement, mitre les globules graisseux, de grands globules granuleux de fl""",()02i à ()""", 04, pâles, tandis ([ue la majorité fies globules de la membrane hémoplastique est d'une coloration jaune, parfois rougeàtre, et remplie de vésicules. Cette observation n'offre de nouveau que le rapprochement des branches montantes du cœur pour former une cavité ; du reste, toutes les parties, seulement ébauchées à 28 heures, se difl'érencient davantage ; les interstices entre les vaisseaux sont plus marqués, et nous voyons déjà la tendance à de nombreuses anastomoses ; le sinus terminal forme un rebord élevé, et la mem- brane hémoplastique est bien plus différente de l'aréole limbaire que précédemment. Sixième obsebvation. — OKiif couvé depuis iil heures. Le cœur n'a point subi de changement ; on n'y reconnaît point de globules sanguins ; le réseau des vaisseaux capillaires , gém-- ralement visible, l'est surtout au bord de l'aréa embryonnale , et là on aperçoit, dans quelques capillaires, des globules de sang en petite quantité, mais bien distincts et bien différents de toutes les autres espèces de globules. Nulle part on n'en voit en dehors des vaisseaux capillaires. Ces globules ( PI. \II, fig. 22) ont 0""",008o à 0""",0125 ; ils sont parfaitement ronds , légèrement aplatis . encore presque incolores, ne montrant pas distinctement un no\au tant qu'on les observe dans les capillaires, et on n'en voit qu'une faible apparence (PI. \1I , fig. 22 b.b) lorsqu'ils sont sortis des vaisseaux. Ils sont bien différents de toute autre espèce de glo- bules que nous avons examinés jusqu'à présent, et ils ne se voient que dans le réseau vasculaire clos de tous les côtés, et dans lequel on n'observe aucune autre espèce de globules. Le cœur, qui est en communication de plus en plus manifeste avec les premiers vaisseaux , ne montre point encore de contractions ni aucun mou- vement quelconque. Nulle. pai't on ne trouve des formes inter- médiaires entre les divers globules de la cicatricule et ceux du sang. Cette observation est suiloul intéressante . parce qu'elle nous 284 PRÉVOST Kl' I.KBKKl'. — SUR 1,A FORMATION montre la première apparition non douteuse des globules du sang, et cela dans l'intérieur des vaisseaux formés antérieurement. Septième OBSEnvAiiON. — Œuf couvé depuis 35 heures. Jié blastoderme a 22 millimètres, l'aire embryonnale en a 7, elle a encore sa forme de biscuit; l'embryon a (5 millim. de longueur, l'aréole limbaire a 5 millim. de largeur. Le cœur, soit qu'on l'ob- serve par la face supériem-e, soit par l'inférieure de l'embryon, est encore situé dans le milieu du corps du petit poulet et près des replis du capuchon céphaliciuc (PI. Mil, fig. 4). La ])artie la plus étroite du cœur (PI. Mil, lig. l\, r) est tournée en haut, le CŒ'ur entier a la forme d'iui casque dont la partie supérieure surplombe sur la courbure inférieure gauche. Les branches inférieures qui renferment et cachent la base du cœur (PI. XIII, fig. 4, d,d,d,d) ont ,135 de largeur, et de chacune d'elles paraissent sortir des branches qui se dirigent vers l'aréole hémoplastique. La hauteur totale du cœur est de 0""",045 ; à sa base, à sa partie la plus large, il a 0""",036de largeur; en haut, là où il se continue dans la partie plus étroite , il n'a (|ue ,145 de largeur ; le cœur ne paraît plus fermé en haut^; il se continue dans un canal qu'on ne peut pas suivre plus loin à travers la couche de globules organoplastiques de la partie céphalique de l'embryon. A cette époque, la sépara- tion en oreillette et en ventricule s'est déjà opérée , mais l'oreil- lette (a) est encore plus volumineuse que le ventricule (6). Le calibre des canaux vasculaires varie entre 0""",014 et ()""", 056, et il est surtout à remarquer que les canaux varient de diamètre dans les divers points de leur calibre, et plusieurs montrent des éperons latéraux qui tendent à se rapprocher d'autres éperons provenant des vaisseaux voisins. Ces prolongements finissent dans quelques uns par se rejoindre et par établir des anastomoses. Beaucoup de vaisseaux , déjà entièrement perméables au sang, paraissent rétrécis dans leur milieu et évasés vers leurs deux ex- trémités. Les globules du sang n'existent encore qu'en petite quantité ayant les dimensions indiquées ; on les voit ou isolés ou réunis en groupes , mais nulle part ni collés ensemble, ni s' aplatis- sant par juxtaposition; leurs contours sont nets, mais très pâles. DES ORG\NES DE L\ CIRP,! FATION. :2S5 ce qui les distingue déjà au premier aspeet des petits globules graisseux qui se trouvent sur Taréa et cjui ont des contours très marqués. Nous indiquerons plus tard leur différence avec les globules organoplastiques. La forme des globules du sang est aplatie et lenticulaire; ils sont irrégulièrement transparents, en- core dépourvus de matière colorante, ayant plutôt une teinte d'un blanc bleuâtre que d'un jaune rougeàtrc. Le réseau fin et superfi- ciel que nous avions déjà noté s'étend sur toute la cicatricule. Les canaux vasculaires peuvent être aisément suivis jusqu'au bord élevé du vaisseau circulaire , et quoiqu'on ne distingue plus aussi bien le feuillet angioplastique dans l'aire hémoplastique que dans l'aire embryoïmale , on voit poui'tant un réseau plus transpa- rent parmi les globules, réseau qui marque les places où les vais- seaux ont écarté les globules , et nous avons réussi même plusieurs fois à isoler la membrane angioplastique des couches des globules qui l'entouraient, et non seulement dans l'embryon du poulet, mais même dans celui du mammifère, comme nous l'exposerons ailleurs. Nous voyons donc dans cette observation la tendance du cœur àse séparer en oreillette et en ventricule , un développement plus complet de la membrane angioplastique , des anastomoses entre ses canaux, et une augmentation des globules sanguins. Toutes les voies et tous les éléments de la circulation sont préparés , et nous approchons du moment où la circulation non seulement atti- rera le développement , mais où les transformations moléculaires purement cellulaires se combineront avec des transformations médiates au moyen du sang. HiiiiKME oiisERvAiiuN. — Œuf iiicubé tlopuis 36 heures. La cicatricule a 26 millim. d'étendue ; l'embryon a 7 millim. de longueur ; le cercle veineux est déjà marqué , sans qu'il y ait de circulation; le cœur est placé sur le côté gauche , sur lequel il fait saillie ; le capuchon céphalique est bien développé , et le pèlerin a commencé à se former. On voit très distinctement tout le corps de l'embryon composé des globules oi'ganoplastif|ues; ils constituent aussi la substance du C(pui'; tout le l'imd de la partie 286 PBÉVOST ET LEBERT. — SUR LA FORMATION inférieure de i'aréa embryonnale en est aussi rempli. A sa surface, on reconnaît encore le réseau fin et superficiel , composé de mailles irrégulières de quatre à cinq lignes doubles qui les bordent; dans les mailles mêmes, on n'aperçoit aucun contenu : c'est ce même réseau fin que nous avons déjà indiqué vers la 28° heure de l'in- cubation. La communication directe entre le cœur et les vaisseaux est encore masquée par un nuage de globules et de granules plastiques. Les globules sanguins, qui, à 34 et à 35 heures d'in- cubation , n'étaient visibles que dans les œufs dans lesquels l'in- cubation avait été parfaitement normale et non interrompue , sont plus généralement visibles. La circulation n'est pas encore bien établie k cette époque. Dans quelques préparations , on voit cepen- dant déjà le cœur dans un commencement de mouvement de contraction , se caractérisant par une ondulation oscillante , par un mouvement qui ressemble en petit au mouvement péristal- tique des intestins. Dans le li([uide qui se meut , ou plutôt qui est ballotté dans son intérieur , on ne voit pas encore de globules sanguins ; les mouvements du cœur s'étendent au-X vaisseaux les plus rapprochés. C'est dans les cicatricules de cette époque f(u'on est encore exposé à tomber dans l'erreur de prendre les interstices et les éperons des vaisseaux pour des cellules qui forment les vaisseaux par leur réunion, opinion émise par un physiologiste très distin- gué (Schwann, Mikroscopiche Untersuchungeii , etc. , Berlin 1839, pag. 182-91). Mais en suivant attentivement la formation des vaisseaux , nous sonniies portés à regaider comme origine des premiers vaisseaux une espèce de décollement de la membrane du feuillet angio])lastique , décollement causé par le liquide qui s'y introduit par endosmose. Les interstices entre ces canaux ont quelquefois une forme ronde ou ovale , d'apparence cellulaire ; mais ce ne sont que des endroits dans lesquels aucun décolle- ment n'a eu lieu. La formation des anastomoses par les éperons s'explique très bien par notre manière de voir. Nous nous sommes convaincus que les premiers globules sanguins se formaient en toutes pièces dans les vaisseaux et . en général , dans les voies de la circulation, mais ni comme des noyaux qui s'entoureraient d'une DES ORGANES DE LA CIRCULATION. '287 paroi cellulaire, ni par des agrégations des globules agininés. Nous voyons donc à 30 heures le premier commenceinont de la circulation , et il est important à noter ([u'au moment où le cœur commence à osciller, il y a déjà depuis plusieurs heures des globules de sans;- à la périphérie, ce (|ui réfute l'hypothèse qu'on pourrait émettre pour la formation des globules sanguins, savoir, qu'ils sont des globules organoplastiques détachés de la paroi interne du cœur et poussés dans les vaisseaux par l'impulsion du cœur. Cette hypothèse est d'autant plus séduisante ([u'il existe quelque rapport entre ces deux espèces de globules , et que cet état est celui du développement des cellules sanguines dans le poisson, comme nous le savons par les belles recherches de MM. Agassiz et Vogt sur le développement de la Palée. Neuvième oesebvatios. — Ciîuf incubé depuis 39 heures. Le blastoderme a 32 millimètres d'étendue, l'aire vasculaire en a 10; l'embryon a 7 millimètres de longueur. Le cœur (PI. Mil, fig. 5) forme sui' le côté une saillie qui ressemble h un demi-ellip- soir; il a 0""",003 de hauteur sur 0"'"',2/i3 de largeur; il se contracte régulièrement: la circulation est bien établie (juoique encore faible et lente , mais les contractions sont rhythmiques et régulières. Au premier abord, le anir paraît se continuer directement dans Ips branches latérales de Tamnios, et pour iiidiquer cette disposition \]oiis avons ajouté la fig. (5 de la troisième planche (PI. Mil), ligure destinée aussi à montrer comme on se méprend facilement dans l'explication des branches de Famnios qui, paraissant être en continuité avec le cœur, ont été prises pour des parties inté- grantes de ce dernier. Mais en faisant une dissection soignée , en examinant surtout cette heure si importante sur un assez grand nombre d'œufs, on voit que le milieu de la voûte de l'amnios ren- ferme l'oreillette (PI. XIII, fig. 5, a), qui n'a point de continuité avec les branches latérales. Cette oreillette montre déjà une ap- parence bilobée, et elle est beaucoup plus petite, par rapport au ventricule, qu'à 35 heures. L'oreillette se rétrécit légèrement pour se continuer dans le ventricule (PI. Mil, fig. .'), h), qiii. lui si-iil. forme la saillie latérale qu'on aperçoit sur le rôtégiiuclic di' li'in- 288 PRÈVO.ST ET LEBERT. — SIR lA FORM\TIO\ bryon ; en haut, le cœur se recourbe de nouveau en dedans, et on y voit déjà le premier vestige du bulbe de l'aorte (PI. \1II, fig. 5, c) qui se termine en deux ai'tères (f/,rf) qu'on ne peut plus suivre en haut. Les vaisseaux vont jusqu'au sinus terminal , qui est très marqué, et, c[uoiqu'il soit encore trop masqué parles grands glo- bules qui l'entourent pour y voir circuler le sang , on peut pour- tant par la dissection en faire sortir les globules sanguins, dans lesquels on voit bien alors un noyau d'environ 0' ,005 placé vers la circonférence ; ils commencent à offrir une teinte jaunâtre ; leur diamètre entier varie entre ',008 et ,012 ; on peut bien les distinguer des globules organoplastiques du fond de l'aire em- bryonnale. Les globules de la cicatricule n'ont pas subi beaucoup de changement. Nous voyons à 39 heures la circulation bien établie et dès ce moment les globules sanguins prendre une teinte jaune -rou- geàtre. Dixième odservatuin — Œuf couvé depuis 42 heures. Le blastoderme a 30 milliin. de diamètre, l'aire vasculaire a 11 millim. de largeur, l'embryon a 8 millim. de longueur. Le cœur (PI. XIII, fig. 7 et 8) se contracte très régulièrement, et la circulation est manifeste jusque dans le canal terminal; la saillie latérale du cœur sur le cùté gauche est de 0""",3I5 de largeur sur un peu plus de hauteur, tandis que précédemment la partie su- périeure, l'oreillette (PI. XIII, fig. 7 a, et 8 a), était très large, et la partie inférieure, le ventricule (PI. XIII, fig. 7, i et 8, 6), très petit; il s'est établi plus d'équilibre entre les parties veineuse et artérielle du centre de la circulation , mais il y a déjà prédo- minance du développement du cœur artériel. Le bord interne du ventricule s'est raccourci , tandis que le bord externe s'est allongé; il paraît communiquer des deux côtés avec les vaisseaux qui con- duisent latéralement le sang dans le vaisseau terminal et le ra- mènent en haut et en bas de celui-ci à l'oreillette; le bulbe de l'aorte (PI. XIII, fig. 7, c et 8, c) commence à être bien formé, et même on voit distinctement sa division en vaisseaux appelés bran- chiaux, qui se réunissent de nouveau pour former le tronc com- mun de l'aorte (PI. XIII, lig. 8, d et e). DES ORGANES DE LA CIHCLLATIOX. -IHU Le cœur, à cette époque, est tout composé des globules plasti- ques; il \ apparaît déjà un bord de 0""", 002 de largeur, bord (|iii constitue le péricarde. Dans les contractions du cieur qu'on peut encore suivre pendant un certain temps sous le microscope et même avec de forts grossissements, on voit que c'est toute la masse de la substance du cceur ((ui se contracte; Ce mouvement paraît plus manifeste au milieu qu'à la circonférence; on voit bien que la contraction à cette époque ne consiste pas en un mouve- ment de molécule à molécule, dans une attraction et répulsion des globules organoplastiques, mais ces derniers, au contraire, gar- dent toujours leurs distances res|)ectives parce qu'ils ne sont nul- lement libres , mais entourés d'une matière intercellulaire fine- ment granuleuse. Cette substance , qui est le premier rudiment de la masse musculaire du cteur, possède donc déjà les fonctions, la virtualité des muscles longtemps avant d'en avoir acquis la forme régulière et complète. C'est à cette ('poque que nous avons surtout examiné la comparaison entre les globules sanguins et les globules organoplastiques dont voici le résultat : Les globules sanguins ont en moyenne 0""",01 à 0""",012 (PI. \II, fig. 22 et 23) ; ils sont d'un jaune rougeâtre, aplatis , nummulaires , munis d'un noyau excentrique , qu'on ne voit pas tant qu'ils sont dans les vaisseaux ; leur ensemble olîre toujom-s une teinte plus ou moins rougeâtre. Les globules organoplastiques , par contre , qu'on voit au fond de l'aréa, dans les vertèbres , dans lesquels ils ont une disposition rayonnée, et dans le cœur, ont à peu près la même dimension (PI. XI, fig. 10) ; mais partout leur couleur est d'un blanc grisâtre, comme cendré ; ils sont souvent comme enfarinés de granules ; ils sont composés d'une vésicule blanchâtre et d'un noyau plus ■foncé ; ils donnent par leur ensemble un aspect granuleux, gris et nuageux, qu'on ne retrouve jamais dans les globules sanguins; ils existent au-dessus et au-dessous du feuillet angioplastique. mais jamais dans sa substance , et non seulement les détails de leur organisation en sont différents, mais surtout aussi tout l'en- semble de leur aspect ; et si un observateur peu habitué à l'obser- vation des petits globules aura toujours de la peine à distinguer S' série Zooi.. T. I. (Mai 1841.) 19 290 PRÉVOST ET LEBERT. — SFR LA FORMATION des globules dont le diamètre n'est pas bien différent , l'observa- teur exercé distinguera au premier coup d'oeil partout les globules organoplastiques des globules sanguins. Les globules de la membrane hémoplasticiue, à cette époque, ont de 0""",024. à 0"'"',04 ; ils sont beaucoup plus désagrégés, et, au bord de l'aire cmbryonnale, ce sont plutôt des agminations de petits globules graisseux que de vrais globules. Quelques uns des . globules sont presque entièrement rem])lis de granules. Le caiial vertébral est fermé à cette époque, et à sa surface il paraît trans- versalement strié d'une manière irrégulière. Nous voyons donc dans cette observation la première circula- tion bien établie ; elle est auriculo-ventriculairc simple ; elle a lieu entre le cœur et le vaisseau terminal , la limite de l'aire hémo- plastique. Si nous comparons à cette époque la circulation cm- bryonnale de l'Oiseau avec celle du Mammifère, nous trouvons que le jaune , le vrai embryotrophe , cori'espond aux éléments fournis par la matrice, que la cavité centrale, avec ses arborisa- tions et ses halos, est la partie intermédiaire entre l'embryotrophe et la membrane hémoplastiquc; nous voyons de plus que cette aréole hémoplasticiue , dont les globules tirent leurs éléments de l'embryotrophe, correspond au placenta fœtal , vu ([ue d'un côté elle fournit à l'embryon les éléments du sang par l'intermédiaii'p du feuillet anginpiastique , tandis que d'un autre côté elle pompe ses propres éléments du jaune et de sa cavité centrale , et, dans l'Oiseau , une absorption , une endosmose cellulaire remplacent l'échange des matériaux nutritifs efl'cctué ])ar des vaisseaux dans le fœtus du Mammifère. Onzième observation. — (lîuf couvé depuis 48 heures. Le blastoderme a hk millimètres ; la membrane hémoplastique a 13 millimètres de largeur; l'embryon a 9 millimètres de lon- gueur. La circulation est parfaitement bien établie , et le cercle veineux offre, outre sa surface creuse dans la substance de la mem- brane globuleuse, des parois parfaitement indépendantes. Le cœur ( PI. XIII, fig. 9) fait encore saillie du côté gauche, et il a augmenté d'étendue; il offre ()""", G3 de hauteur sur ()""", 72 de saillie latérale: à sa partie infi''i'icure , on voit l'oreilleite, (|ui DES OnOANES DE I.A CTRCl r.\TIOV. 291 reçoit les veines qui reviennent du vaisseau terminal , soit depuis en haut, le long de l'axe céplialique, soit depuis en bas, d'abord obliquement, et ensuite le loiif^de la colonne vertébrale. L'oreil- lette (PI. XIII, fig. 9rt et lOo) montre dpjàla disposition bilobée, premier rudiment de l'oroillotte simple, se divisant en deux. Le ventricule (PI. Mil, fig. 9 6 et 10 i) est encore saillant sur le côt(5; mais , tandis que son bord interne s'est encore raccourci davan- tage , l'externe a augmenté ; il s'est bombé par .son milieu, et on reconnaît déjà sa pointe ( PI. XIIl, fig. 10 c). Entre l'oreillette et le ventricule, la substance du cœur est un peu rétrécie , et (orme comme une espèce de col f[ui aboutit au ventricule , beaucoup plus large que l'oreillette. Dans le petit poulet vivant, le rapprochement de l'oreillette et du \entricule est plus prononcé que lorsqu'on a étendu ces parties ])ar la dis- section; il est encore augmenté parla position, à tel point qu'une partie du ventricule et du bulbe de l'aorte sont à cette époque situés derrière, et à peu près parallèles à l'oreillette. Le bulbe ( PI. \III , 11g. 9 c et 10 (/) est bien développé et con- formément au plus grand développement général du cœur artériel sur la portion veineuse ; le bulbe de l'aorte est presque aussi grand que l'oreillette entière; il envoie le sang latéralement, à travers le feuillet angioplastique , dans le sinus terminal , et pourvoit déjà le corps et les fentes branchiales surtout avec des artères ; et c'est peut-être la circulation branchiale qui existe au commencement de la vie embryonnalc qui explique en partie la raison du fort déve- loppement du bulbe. Le péricarde , à cette époque , est déjà bien marqué ; mais le cœur est encore composé de globules organoplas- tiques ( PI. XII, fig. 31) cimentés ensemble par une substance in- ter-cellulaire. Dans l'intérieur du cœur, on distingue bien les glo- bules sanguins , qui, même après la mort, y forment un plasma rougeàtre. Dans les vaisseaux , la couleur du sang varie, suivant leurs calibres , entre le blanc jaunâtre et le jaune tirant sur le rouge. Les globules du sang ont peu changé ; mais il s'en trouve déjà à cette époque quekiues uns d'ovalaires. Leur nombre a con- sidérablement augmenté, ce qui s'explique par le travail continuel de la membrane hémoplasti(|iie. f[iii pompe les matériaux du sang 292 PRÉVOST ET LEBERT. — SUR L\ FORJUTION et les transmet par imbibition à la membrane angioplastique, d'où ils se répandent dans le torrent de la circulation. Cette dernière, considérée dans ses rapports avec le sinus terminal, rappelle in- volontairement la veine porte. Tous les capillaires contiennent des globules sanguins. La communication de gros troncs muscu- laires avec le cœur n'est plus douteuse. Les plus gros troncs, près du cœur, ont jusqu'à 0""",1G de largeur; les plus petits n'ont que 0"'°',016 ; les capillaires continuent à offrir des diamètres différents dans les divers points de leur trajet. Dans un vaisseau, par exemple , le milieu n'avait que 0"'"',016 de largeur, tandis qu'une des extrémités en avait 0""",05, et ra,utre 0""",056. On reconnaît déjà deux parois distinctes dans le vaisseau ( PI. XII , fig. 21), et, comme au microscope on voit plutôt une coupe hori- zontale de la forme cylindrique des vaisseaux, cela se traduit à l'œil sous forme de deux lignes parallèles dont l'interstice varie entre 0""",0025 et ()""". 0033. On voit non seulement de nombreux éperons qui tendent à établir des anastomoses, mais, même dans des capillaires, cet éperon se termine en cul-de-sac en forme d'une petite boule. Les globules agminés de la membrane hémoplastique ont con- tinué à perdre leur enveloppe, et leurs vésicules se groupent , ainsi que des globules entiers , sur les parois des vaisseaux. Avec l'ac- croissement du ))()ulet et du blastoderme leur nombre augmente , parce qu'il s'en forme toujours de nouveaux par absorption des éléments de l'embryolrophe ; ils paraissent, du reste, moins serrés et moins rap])rochés les uns des autres. Ainsi, en résumé, nous voyons le cœur et la cirnilation se développer davantage , les vaisseaux nnuiis d'une double mem- brane d'enveloppe , les globules sanguins augmenter de nombre et de coloration ; ils commencent à prendre la forme ovalaire, et en même temps se désagrègent en partie, s'éloignent les uns des autres, mais ils augmentent aussi de nombre. DuiiziKMF. onsEnvATiuN. ■ — (Hùif inciibc' (l(>p\iis ii.'i lipiires. 11 n'y a pas beaucoup de changemeni pdiir les (liineiisions du lilastoderme . ni pour la l'orme du cn'ur. UliS OWiANKS UK LA CIKCDLAllON. 293 Les globules du sang (l'I. XII, fig. 21) offrent imi moyenne à cette époque ,01 , 'A ils uni par conséquent un pi'u diminué de diamètre; il y existe un noyau cxrciitritiue (PI. Xll, lig. 24, hji.li) de 0""",005 à ()""", 0075 , (■ontenantdans son intérieur quelquefois un graïuile de ,0025 , et d'autres fois même autour de celui- ci , plusieurs petits granules (l'I. \I1 , fig. 24, r,c,c) tout-à-fail moléculaires , dont , dans quelques uns , plusieurs existent même entre la paroi cellulaire externe et le noyau , ce qui rappelle la disposition fort analogue des globules sanguins du Batracien. Dans plusieuis globules sanguins, j'ai même vu deux noyaux (PI. XII, fig. 24 , (1,(1). L'eau en général les fait gonfler, et rend leur enveloppe très transparente ; l'acide acétique produit le même effet , mais beaucoup plus promptemcnt. Tous les organes à cette l'poque sont comjjosés de globules organoplastiques à noyaux ; mais dans plusieurs, on ne voit distinctement que ces noyaux , tandis que dans d'autres on voit toutes les parties c[ui constituent ces noyaux. Dans le co'ur, on ne voit pas distinctement l'enveloppe des globules, et on voit plutôt des noyaux de 0""",0073 contenus dans des mailles rondes ou ovales et un peu allongées , mais étant disposées dans une substance intercellulaire granuleuse , de ma- nière que leur observation est assez difficile , à cause de l'aspect diffus de l'ensemble. L'enveloppe du cœur montre déjà une struc- ture fibreuse, et l'ensemble du cteur olVre un aspect strié, dont les forts grossissements microscopiques à cette éjioque n'analysent pas bien les éléments. On voit très bien les fentes branchiales , trois de chaque côté ; la moelle épinière paraît bien marquée ; la corde dorsale est com- posée de beaucoup de globules organoplasti([ues , et d'une sub- stance intergiflbulaire finement granuleuse ; elle est entourée d'une couche organoplastique moins serrée , offrant un réseau de fibres qui renferment des globules de 0""",0075 à ,01 , contenant dans leur intérieur un granule de 0""",0016. iiCS plaques verticales , assez développées à celte époque, sont formées de globules organoplastiques de ,0125. d'un blanc grisâtre, renfermant un noyau de 0""",0056 à 0""", 0075; dans 294 PKÉV4>!«T m liEBERT. — SUR L/V FORMATION ce dernier , un ou deux granules de 0""",001C à 0""",0025. Ces globules se touchent , au point de devenir anguleux par juxtapo- sition , et ils ne sont entourés que de peu de substance interglobu- laire granuleuse ; ils sont parfaitement ronds, et l'eau ne les altère nullement. Nous voyons donc à 55 heures les globules de l'embryon com- mencer à se différencier ; les globules sanguins ont légèrement diminué de diamètre , et nous y avons noté deux variétés intéres- santes, l'une contenant un certain nombre de granules dans son intérieur , l'autre ayant deux noyaux. La différence entre les glo- bules sanguins et les globules organoplasticjues devient de plus en plus manifeste ; et c'est dans les plaques vertébrales , dans les- quelles les éléments du cartilage doivent bientôt paraître , que nous voyons ces globules le mieux caractérisés , et les premiers éléments du système osseux sont donc constitués par ces globules plastiques. TnKizitMF. OBSERVATION. — Œiif inciilié depuis (iO heures. Le blastoderme a 45 millim. de diamètre ; la circulation est ' bien établie , et le cercle veineux a sa forme tout-à-fait complète. L'aire vasculaire a 15 millim. de diamètre; l'aire transparente a 11 de longueur sur 5 à 9 de largeur ; la circulation ])ar les vais- seaux oniplialo-mésentériques est régulière. ij(; cœur, l'embryon étant couché sur le côté gauche , est situé à gauche de l'embryon ; la partie qui doit correspondre à sa ])ointe n'est pas tournée en bas, mais elle est encore latérale ; c'est répo(|ue à laquelle le cœur a la forme d'un 8 de chiffre (PL Mll.iig. 11). Les oreillettes (PI. Xlll.fig. 11, a, et 12, «, a), d'une forme bilobée bien distincte, ont 0""",3() de largeur; elles sont [ihicées en arrière et en bas par rapport au ventricule , et par c( nséquent |)lus rap|ii-iicht'es de la colonne vertébrale que ce dernier ; ensuite vient un léger rétrécissement de la substance du cœur, (lui correspond au jiassage des oreillettes dans le ventri- cule (PI. XIII, fig. Il , b, et 12, h), et qui a ,27 de largeur ; cette partie se dirige de gauche k droite, en remontant légèrement de bas en haut , dans la direction de lu partie (•('phali(|ue de l'ein- niis owa.Mis uk la cinci latioîn. 2'.(5 brynn. La partie ventriculairc du cœur (PI. XllI, llg. H, r), c|iii a près d'un millimètre de largeur sur 0""",423 de hauteur, se re- courbe en arrière de haut en bas et de droite à gauche, et l'ori- gine des artères croise légèrement la partie postérieure charnue des ventricules , qui sont placés en mi-profil ; ensuite la partie des ventricules qui passe dans les vaisseaux (PI. XIII, fig. 11 , d] tourne de nouveau de bas en haut et de gaucho à droite , au-de- vant de l'oreillette , qu'elle entoure en arrière. La circulation est vivo dans l'aorte , qui envoie, depuis le bulbe, son sang dans les artères branchiales , (|ui se réunissent pour former le tronc de l'aorte, dont la bifurcation s'étend dans le cercle veineux. A cette époque, on commence à voir la division du ventricule en deux, et ou voit h côte de l'aorte un vaisseau (PI. Mil, fig. H , e, et I'2, e) assez large , dans lequel on ne \ oit ])as encore de sang , et le ventricule droit (PI. Mil , fig. 12 , d) est placé au-devant du gauche , étant beaucoup plus étroit dans le sens vertical , et lon- geant la partie supérieure moyenne et antérieure du cœur; et il paraît qu'il est constitué par une séparation transversale, corres- pondant au plus grand diamètre transversal du cœur, que nous venons d'indiquer de la dimension d'environ 1 millimètre , mais n'occupant guère que la moitié' de ,423, que nous venons de noter comme la liauteur des ventricules. L'artère pulmonaire et l'aorte sont encore si rappi'ochées , qu'il n'est pas question d'un canal artériel. Le sang , qui passe dans le bulbe de l'aorte , suit l;i grande courbure du cœur , dans lequel on aperçoit la formation de la pointe du cœur(Pl. \lll,ilg. 11,/', et 12, f), qui ajipar- tient essentiellement au ventricule gauche. Le cœur à cette époque est encore tout composé de globules organoplastiques, entourés d'une substance granuleuse. Le péricarde (PI. Xll , fig. 33) est bien marqué , fibreux déjà par places ; il montre surtout des glo- bules pâles , plus grands que ceux du cœur. Il n'existe pas encore de faisceaux musculaires dans le cœur , mais le tissu estélasfiqut' et contractile, propre aux fonctions musculaires. On distingue très bien à cette époque les fentes branchiales. C'est le moment favorable pour jeter un coup d'œil sur l'am- nios, qui uiïre !» forme suivanlo ; il entoure la partie supérieure 496 PRÉ\OST KT LKBEKT. — SLIi LA FOUMATIO.N céphalique et dorsale de l'embi-you comme une membrane qui , sans lui être accolée , suit ses contours et forme une espèce de bord transparent; il suit cette disposition jusqu'au-dessous du cœur, où , coninie nous verrons bientôt , il se replie en liaut et en arrière ])ar un feuillet externe. Le feuillet intei'ue suit toutes les formes et toutes les parties de l'embryon jusque un peu au-dessous de la bifurcation de l'aorte. Là, il forme une espèce de voûte de laquelle partent en bas, de chaque côté, deux piliers ou plutôt deux plis, les mêmes qu'on a si souvent confondus avec les branches du coeur lorsqu'ils étaient placés plus haut , et qui se perdent en bas à la partie inférieure de la colonne vertébrale ; un feuillet mince et simple , qui est leur continuation , se dirige en bas et entoure la partie inférieure de l'embryon. A la région du cœur un feuillet interne de l'amnios se réfléchit au-devant du bulbe de l'aorte ; de là il monte en haut et forme une large poche dans laquelle le cœur paraît renfermé, et ce feuillet réfléchi passe sur la pointe gauche de la forme de biscuit de l'aire transparente , il contourne ensuite la tête, restant toujours aune certaine distance de celle-ci, puis il suit la colonne vertébrale jusque près de la bifurcation de l'aorte. Depuis là il n'est plus bien distinct; mais un pli semi-lu- naire, qu'on voit parallèle à l'extrémité inférieure de l'embryon , fait supposer qu'il entoure tout l'embryon comme un large sac k peu près concentrique au feuillet interne de l'amnios, qui forme une voûte, une ouverture ])rès des grands troncs artériels prove- nant de l'aorte. Dans l'aréole vitelliiK^ ou le limbe on distingue des vésicules graisseuses et des globules granuleux blancs et de moins en moins serrés à mesure ([u'on approche du bord externe. Les globules autour de l'aire vasculaire, en grande partie granuleux , ont de ()""", 032 il 0""",()r)6 ; en dedans du vaisseau terminal les globules liémoplastiques ont dcO ',()0"2 à 0""",003, ayant exceptionnelle- ment jusqu'à ,0S5et au-delà, et contenant plutôt des vésicules (jue des granules dans leur intérieur. Dans les parties où le sang revient par les veines, entre le vaisseau terminal et l'aire em- hryonnale , on voit déjà l'apparence des plis de la membrane du jaune se dessiner, et lesglobules du feuillet nuuiueux sont encroûtés UliS OltGA.NKS UK I.A lUKCL LAllOfS. 2U7 de petits globules, ce qui indique c(uc ces places sont le siège d'un travail eiidosmodique. Les giol)ule,s du sang à cette époque unt en moyenne 0""",012. Partout des anastomoses tendent à s'établir entre les vaisseaux. Les globules organoplastiques sont les mêmes. Nulle part je n'en vois sur les Ilots entre les vaisseaux, qui parais- sent plissés et recouverts de granules et de petits globules grais- seux. Le feuillet angioplastique paraît situé sur un autre plan que les globules organoplastiques. Du reste, nous avons pu parfaitement bien débarrasser une |)artie du feuillet angioplastique des éléments globuleux de la membrane hémoplastique. Cette observation est très intéressante ; elle montre la forme nouée du cœur , si difficile à bien comprendre ; nous voyons de plus la première séparation du cœur en deux centres du cercle circulatoire ; nous voyons, en outre, l'amnios à peu près complet, mais les globules organoplastiques et nutritifs ont éprouvé peu de changement. Avant d'aller plus loin, jetons un coup d'œil sur la circulation de cette première épotjue de la vie embryonnalc (PI. \A' A). Quoique, à ces heures, la division du cœur en deux parties, auricule et ven- tricule gauche et auricule avec ventricule droit , se soit déjà for- mée, la circulation est encore auriculo-ventriciilaire simple. De- puis la partie auriculaire du cœur , le sang est poussé dans le ventricule gauche , et nous avons vu , non seulement dans l'em- bryon vivant , le sang suivre le grand bord du co'ur sans toucher le ventricule droit , mais nous possédons même un spécimen de notre collection , dans laquelle tout le ventricule gauche est rem- pli de sang coagulé , tandis que le droit est diaphane. Depuis le ventricule le sang passe dans le bulbe , de là dans les artères branchiales qui contournent l'oreillette et se réunissent pour for- mer l'aorte, qui descend le long de la colonne vertébrale, vers le tiers infé-rieur de laquelle elle se divise en deux grands troncs, qui se divisent eji un plexus ; en passant sur l'aire embryonnale ils se dilatent beaucoup. Ces vaisseaux marchent en se ramifiant vers le sinus circulaire; mais quelques uns n'y arrivent pas, et retour- nent à l'auriculc par des veines ((ui ne sont (|u'unc continuation !298 PRÉVOST KT LEBERT. — Sl'K I.\ FORMATION non interrompue des artères. Les deux troncs principaux vont, ens'étendant transversalement, jusqu'au vaisseau terminal, d'où le sang revient au cœur par plusieurs troncs veineux dont deux distincts (ou un seul formé par leur réunion), passant au-devant do la partie occipitale de. la tète, tout près de l'œil, derrière l'aorte, versent leur sang dans la partie auriculaire du cœur. De la même manière les petites veinules de la partie inférieure de l'aire vasculaire se réunissent en un ou deux troncs veineux qui remontent le long de la colonne vertébrale de l'embryon, en croi- sant les artères latérales, et ils se réunissent pour arriver dans le côté gauche de la partie auriculaire du cœur. C'est ce sang , pro- venant d'en haut et d'en bas dans les oreillettes, qui est ensuite poussé dans le ventricule gauche, OiATonziiiME ODSERVATios. — OEuf incubé depuis 72 heures. Le blastoderme a bien augmenté d'étendue ; le vaisseau termi- nal commence à disparaître, il est déjà interrompu par places. L'embryon est tout recourbé et fait une forte saillie sur le blasto- derme. Dans le cœur (PI. \1V, fig. 13, ik et 15) on voit bien les deux oreillettes, mais il existe encore une espèce de lobe moyen (PI. XIV, fig. lli, c) entre les deux, qui fait saillie surtout dans le sens do la hauteur. La pointe du cœur (PI. \1V, fig. 14, eet 15, d) com- mence à être manifeste, appartenant au ventricule gauche et n'é- tant pas située dans l'axe de l'organe , mais un peu à droite. Le ventricule droit (PI. MV,fig. 13, (/et 15, c) a pris un peu d'accrois- sement , de même cpie le bulbe de l'aorte , mais toutes les quatre pai'ties essentielles du cœur étant formées, il ne reste plus que le développement de leur forme et de leurs fonctions; nous n'avons par conséquent point de changement bien notable à indiquer. Le cœur conserve encore sa forme en 8 de chitTre, les ventricules se tournant au-dessous des oreillettes ]iour faire contourner ces dernières à leur partie supérieure par les artères aorte et pulmo- naire. La hauteur totale à cette époque est de 2 millim. ; celle des ventricules de 1 ,002, leur largeur de 1 ',00/| ; celle des oreil- lettes de ,085 ; clHIc du bulbe de l'aorte de ,00(3, DES ORGANKS DE LA GlUCliLATION. 2i)9 On distingue dans le péricarde une structure fibreuse et fusi- formc. Le cœur offre un asjicct finement granuleux et prcs([ue amorphe; il renferme des globules organoplastiques ( PI. \ll, fig. 32) très pâles, de 0""",015, contenant dans leur intérieur un noyau de 0'""',0075 à 0""",01, situé en dehors du centre, et con- tenant dans l'intérieur 1,2, jusqu'à 3 nucléoles; on aperçoit aussi beaucoup de ces nucléoles libres. En recouvrant le cœur d'une lame mince de verre , on lait sortir beaucoup de ces glo- bules intacts ; on les distingue ti'ès facilement des globules du sang par leur transparence et leur aspect pâle, par l'absence de coloration jaune , par leur diamètre plus considérable. Dans la substance intercelkilaire granuleuse qui entoure ces globules organoplasticjues, on en reconnaît un certain nombre qui com- mencent à s'aplatir et à s'allonger. La structure du cœur montre déjà une tendance à l'état fibreux dans son aspect général , sans qu'on puisse encore bien en saisir les éléments. Les globules sanguins, à cette époque, ont 0"'"',012, et con- tiennent un noyau placé en dehors du centre de 0'""',005, entouré, dans un certain nombre de globules, de granules tout-à-fait ana- logues à ceux qu'on rencontre dans les globules sanguins des larves du Batracien. Pour la plupart , les globules sanguins sont encore ronds; maison commence déjà à rencontrer un assez grand nombre de globules elliptic[ues. Comme dans les Batraciens, ce changement de forme nous paraît bien plutôt tenir à un déve- loppement particulier des globules eux-mêmes que dépendre de l'apparition ou du développement de quelque organe important de l'économie. Les globules sanguins ont déjà une teinte jaune-rougeàtre pro- noncée. Kn faisant une dissection soignée sous le microscope, et en enlevant les couches de membranes et de globules qui recouvrent le.s vaisseaux dans l'aréole vasculaire, près du vaisseau terminal , on parvient à voir les vaisseaux à parois nettes et remplies de glo- bules sanguins unis ensemble par la membrane angioplastique , •expansion membraneuse, fine, presijue transparente, visible entre les vaisseaux. 300 PRÉVOST ET LEBERT. — SUR I.A FORMATION Nous avons donc à noter à cotte époque l'état encore organo- plastique globuleux du cunn-, la formation de la pointe, le déve- loppement plus avancé, soit dans ses dimensions, soit dans son intérieur ; de plus , le commencement de disparition du cercle veineux, la démonstration directe de la membrane angioplastique par la dissection, et, quant aux globules du sang, nous les voyons déjà passer à l'état elliptique ; nous reconnaissons de plus des granules dans leur intérieur. Ajoutons en passant que les plaques vertébrales, à cette époque, sont composées des mêmes globules organoplastiqups que presque tous les organes de l'embryon. Arrivés à présent au terme où la première formation des organes de la circulation et du sang est, sinon complète, au moins disposée avec tous ses éléments et en pleine fonction vitale , nous complé- terons les détails sur les points les plus importants, en donnant des observations d'heures moins rapprochées que pendant la première période, pendant laquelle les changements se suivent si rapidement qu'il faut nécessairement rapprocher les distances entre les faits observés. yiiNziKMr. ouskuvaiios. — Oliuf incubé depuis quatre jours. Le blastoderme rntnui'e unv bonne partie de l'anif; l'aréole vasculaire a !ik millimètres de diamètre; le vaisseau terminal s'elface de plus en plus, ([uoiqu'il soit encore partout visible. Le cœur (PI. MV, fig. 17) conimence à avoir la pointe tournée en bas; il n'offre plus la forme nouée en 8 de chiffre; ses deux parties qui se croisaient, les oreillettes et les grandes artères avec le bulbe sont un peu plus éloignées , ce qui qui fait que le cœur a déjà en partie la forme qu'il doit garder. Les deux auricules paraissent situées l'une devant l'autre; le ventricule droit a pris de l'accroissement ; l'artère pulmonaire passant à droite des oreillettes a i""",2 de largeur ; l'aorte n'a que ',l\. Le péricarde est bien distinct , formant une enveloppe lâche autour du cœur. La substance est encore composée de globules organoplastiques, mais dont les membranes cellulaires n'existent plus en bonne partie, et ils sont entouré's d'une niasse abondante de substance DES 0RG4?1ES DE TA CIRCULATION. 301 granuleuse ; on reconnaît de plus une disposition musculaire de faisceaux s'entrecroisant les uns les autres , et laissant entre eux des mailles assez larges; dans leur intérieur, on ne reconnaît point de fibres distinctes, mais plutôt un aspect confus et granu- leux; ces faisceaux ont jusqu'à 0""",02,'i de largeur. Nous n'avons pas pu jusqu'à présent saisir le passage direct entre les globules organoplastiques du poulet et les faisceaux musculaires du cœur, et il n'est pas impossible que les globules se liquéfient en bonne partie, et que ce soit dans ce blastoderme que se constituent d'a- bord les faisceaux , et, dans l'intérieur de ces derniers, plus tard, les fibres primitives des muscles. La formation par l'intermédiaire des globules fusiformes ne serait pas impossible ; mais elle paraît en tout cas ne pas être ici le seul mode de formation ; elle est plutôt propre à la formation de tous les tissus fibreux et à celle du péricarde. Les vaisseaux sanguins , à cette époque , ne sont pas encore tout-à-fait calibrés; mais ils offrent en général un aspect beaucoup plus régulier. Le sang a une teinte rouge écar- late dans les artères, un peu plus foncée dans les gros troncs veineux. Les ghjbules du sang ont déjà une teinte jaune-rougeâtre prononcée ; on en voit un grand nombre d'elliptiques, et quoique les divers œufs varient dans la proportion des globules ronds et des ovales, il parait pourtant (|u"avec le développement complet du cœur, les vésicules du sang tendent aussi généralement à prendre la forme qu'ils doivent garder. 11 est un fait important à signaler pour montrer toute la dillérence qui existe entre la pre- mière formation du sang dans l'embryon et celle dans l'organisme sorti de l'état fœtal : c'est que les globules sanguins qui se forment sans cesse pendant toute la vie ne montrent plus la forme ronde de transition, mais d'emblée la forme ellipticfue. Les globules ronds ont, au quatrième jour, 0""", 0125 de diamètre; leur noyau, 0'""',005 ; les globules elliptiques ont 0'""', 015 de longueur sur ',01 de largeur ; le noyau n"a guère changé de dimensions. Les globules agminés de la cicatricule , à cette époque, ont perdu en partie leur membrane d'enveloppe, et ne forment plus, surtout au bord de l'aire transparente, c[ue des agminations plus ou moins lâchement unies. IMus vers le rentre di' l'aire vasculaire, 302 PRÉVOST ET LEBERT. SUR LA FORMATION les globules sont un peu plus rapprochés et un peu moins dés- agrégés; mais on voit beaucoup d'intersections vides, soit entre les groupes de globules, soit même entre des globules plus ou moins isolés (PI. XII, fig. 28 et 29). Les globules de l'aréole lim- baire sont granuleux, blanchâtres, avec une enveloppe fine, mais distincte , mêlés de beaucoup de globules graisseux , et existant en général en moins grand nombre à mesure qu'on s'éloigne du vaisseau terminal. Le jaune est devenu beaucoup plus liquide qu'il n'était pendant les premiers jours de l'incubation. En résumé , nous voyons donc le blastoderme s'étendre de plus en plus sur le jaune , ce qui a pour conséquence l'efTacement du sinus circulaire; le cœur est arrivé à peu près à son développe- ment complet ; quant à sa forme et quant à sa structure , elle est devenue musculaire d'une manière bien plus évidente qu'antérieu- rement, et nous avons dans le canu", qui, dès la trentième heure , était entré en fonction énergique, un nouvel exemple de ce que la fonction , la virtualité d'un tissu , peut préexister au développe- ment complet de tous ses éléments. Dans le sang , nous voyons une tendance à avoir des globules elliptiques ; la dilïérence de co- loration entre le sang veineux et le sang ai'tériel commence égale- ment k devenir plus ésidonte. A mesure, enfin, qu'il se forme davantage de sang dans l'embryon, les globules agminés, quoique renouvelés par la transformation des éléments du jaune, mon- trent cependant moins d'agrégation de leurs éléments et une juxtaposition beaucoup moins serrée. Seizième obsebvatios. — Œuf incubé depuis six jours. Le cinquième jour est peu important sous le rapport hémo- plastique. Nous l'avons donc passé sous silence , et nous donne- rons des détails sur l'hémoplastie comparée à d'autres formations au sixième jour de l'incubation. Le blastoderme entoure l'œuf en grande partie ; le cercle vei- neux a disparu ; les globules du feuillet hémoplastique sont à peu près dans le même état que dans l'observation précédente , c'est- à-dire moins rapprochés les uns des autres , et tendant même à se désagréger dans leurs éléments intérieurs. Les vaisseaux se DES ORGAKES DE LA CIRCCLATIOX. 303 ramifient librement dans toutes les directions sur le blastoderme, et on voit des veines qui suivent le trajet des artères ; le calibre des vaisseaux est partout net et parfaitement régulier. Le blastoderme n'offre pas encore rasjK'ct troué et réticulaire qu'on reconnaît plus tard à un de ses feuillets. Le cœur offre des dimensions plus considérables , soit en épais- seur, soit en hauteur, qui est de près de 3 millim. Les oreillettes sont bien formées, le ventricule droit fait une plus forte saillie sur le gauche, au-devant et à la partie supérieure et moyenne duquel il est placé ; la pointe du cœur, très bien formée , appartient ce- pendant tout entière au ventricule gauche. L'aorte et l'artère pulmonaire, quoique rapprochées, paraissent communiquer par le canal artériel. La manière dont le ventricule droit est placé fait voir que la séparation a été faite plutôt par une cloison transver- sale dans le sens de la largeur du cœur que dans un sens vertical dans l'axe de l'organe. Pour mieux comprendre la position du cœur à cette épocjue, par rapport aux parties qui l'entourent, il sera bon de jeter un coup d'œil sur la figure 21 de la planche \1V. Le cœur est représenté dans la position naturelle ; le sternum étant enlevé, on voit dans a et 6 l'oreillette, c le ventricule gauche, d la pointe du cœur, e le ventricule droit, /"l'artère pulmonaire, y le tronc innominé, /( la trachée-artère, i et k ses divisions, / l'aorte, m l'œsophage et n la carotide droite. Dans la figure sui- vante (PI. \1V, fig. 22) on voit dans a l'aorte descendante , b le conduit artériel allant de l'artère pulmonaire à l'aorte, c le ven- tricule droit , d le ventricule gauche , e,e l'artère pulmonaire, et f la courbure de l'aorte. Le cœur s'y voit un peu tourné en avant et sur son côté droit , pour montrer le conduit artériel. Dans la figure 19, planche XIV, nous avons seulement repré- senté le cœur avec ses parties essentielles, mais un peu moins avancé , seulement de lûO heures , tandis que les figures 21 et 22 sont de 15G heures. Vu par le côté antérieur, on voit dans a et b les oreillettes, en c le ventricule gauche, d la pointe du cœur, c,e le bulbe de l'aorte, et /",/■ l'artère pulmonaire. Dans la qua- trième figure (PI. XIV, fig. 20) eniin on voit le cœur par sa face postérieure: o et 6 les oreillettes , c le ventricule gauche, d, le M)ll PRÉVOST ET LEBERT. — SUR LA FORMATION bulbe de l'aorte, e, le ventricule droit, /'. l'artère pulmonaire. Jetons à présent un coup d'œil sur la structure du cœur. Tant les oreillettes que le ventricule offrent l'aspect rougeâtre particu- lier aux muscles; les auricules cependant sont plus minces et plus membraneuses que les ventricules , et le gauche paraît plus volu- mineux et plus charnu que le droit. De nombreux vaisseaux sillon- nent la substance du cœur et y entretiennent une circulation active , qui fournit les matériaux à son développement musculaire complet. J^e péricarde constitue une membrane séreuse bien or- ganisée formée par des fibres complètes et des corps fusi formes. La substance du cœur, non seulement sorti du corps du fœtus, mais même détaché partiellement du cœur entier, offre encore des mouvements soit rhythmiques , soit simplement ondulatifs de contractions musculaires, et cela nous met à même de constater ce fait très important , que la contraction consiste en un mouve- ment uniforme de toute la masse , mais imllement en un rappro- chement ou changement quelconque de position relative des élé- ments qui en composent la trame. La texture fibro-fasciculaire de la substance musculaire est loin d'être complète, et on voit encore, outre les faisceaux incomplets, un certain nombre de globules or- ganoplastiques et des formes intermédiaires , telles que des cel- lules allongées et fusiformes. En comprimant fortement le tissu sous le microscope on reconnaît déjà un certain nombre de fibres primitives granuleuses. Les globules paraissent plutôt être les noyaux des globules organoplastiques que ces derniers en to- talité. Les globules du sang sont en bonne partie elliptiques ; cependant il y en a encore un certain nombre de ronds , ayant en moyenne de 0"'"',0125à 0"'°',015 de longueur sur 0"'"', 01 de largeur; leurs noyaux de 0"'"',004 à 0"'"',00G ; ils sont granuleux dans son inté- rieur. Le foie étant un des organes les plus importants à cette époque, et jouant un certain rôle dans l'entretien de l'hématose, a natu- rellement attiré notre attention toute spéciale. Dans un poulet de 140 heures d'incubation, il se montrait comme annexe de l'intestin ; il avait 3 millim. 1/2 de largeur sur 3 DES ORGANES DE LA ClRCtLATION. 305 de hauteur ; sa forme était aux trois quarts spliérique ; on voit très bien la place où il prend origine à l'intestin (PI. XII, fig. 3i, a) ; sa couleur est d'un blanc jaunâtre, tirant légèrement sur le rouge. Au microscope , on le voit déjà avec un faible grossissement très vasculairc ; mais les vaisseaux neVonstituent pas la seule base de sa trame : on y remarque un réseau de canaux (PI. \1I , fig. 34 , 6,6,6) qui ont en moyenne de 0""",045 à ,05G de largeur . laissant entre eux des mailles qui ont jusqu'à 0""",06 de largeur ; les divisions de ces canaux se font sous des angles très obtus , ce qui donne aux mailles une forme polygonale. Les vaisseaux sanguins entourent les mailles et les canaux de tous les côtés. Au bord du foie , ces derniers deviennent plus fins, et on reconnaît de nombreuses anses terminales. Il est probable que du côté des intestins , ces canaux se réunissent en un canal plus grand ; la vésicule du fiel n'existe qu'à l'état rudimentaire. Lorsqu'on examine la substance du foie préparée par tranches très fines et avec de forts grossissements de /i80 diamètres , on y reconnaît , comme base de son parenchyme , des globules de 0°'"',01.5 à 0""",03, et quelquefois au-delà (PI. \II, fig. 35), par- faitement sphériques , contenant un ou deux noyaux excentriques de 0°'°',005 à 0"'"',0075, qui contiennent d'un à deux nucléoles marqués , ou plusieurs petits granules. Entre les noyaux et les parois cellulaires existent aussi de forts petits granules en mouve- ment moléculaire. Quoique l'observation directe ne l'ait pas encore prouvé et ne puisse le ])rouver que difficilement, il est pourtant infiniment pro- bable que les grands globules qui, à cette époque, forment la base du parenchyme hépatique , et qui ont beaucoup d'analogie avec ceux qui entourent la membrane angioplastique, ne sont pas ex- clusivement destinés à fournir par transmission aux canaux men- tionnés les éléments bilieux , mais qu'eux-mêmes jouent un rôle actif dans la production continuelle des globules du sang, et que le foie a , outre la sécrétion de la bile, même pendant toute la vie , une fonction analogue , qui conserverait les fonctions d'une mem- brane hémoplastique permanente , mais servant alors ])lutùt comme organe purificateur du sang, tandis que . pendant la vie .!■■ siTip Zmii T 1 (Mai IX'f '.V 20 SOf) PRÉVOST F.T LEBERT. — SUR I.A FORltl \TIO\ enibryonnale , il paraît même jouer un certain rôle dans sa for- mation. Disons ici' en passant que le sixième jour est un des plus im- portants sous le rapport de l'histogénésie. C'est à cette époque que nous avons commencé à distinguer d'une manière évidente les éléments de la corde dorsale, du cartilage et des os, des muscles et d'autres tissus. C'est à cette époque aussi que Haller dit avoir observé la première ébauche des os (Haller , Sur la fnr- matimidu cœur dans le Poulet. Lausanne, 1758, pag. 21S). En résumé , nous voyons donc dans cette observation un neur musculaire en pleine fonction , le canal artériel , la circulation pulmonaire établie , et les rapports des vaisseaux avec la trachée- artère et l'œsophage déjà les mêmes que dans l'animal déve- loppé. Les globules sanguins sont presque tous elliptiques. La circulation par le vaisseau terminal , véritable veine porte primi- tive, a cessé; et nous avons d'un côté une membrane hémo- plastique externe entourant presque tout l'œuf , et d'un autre côté probablement quekiue chose de tout-à-l'ait analogue dans le foie. L'organogénésie et l'histogénésie , à, cette époque , se sont sudi- samment différenciées ])our avoir remplacé les globules organo- plastiques primitifs par une transformation de plus en plus diver- gente. Dii-sEPTiKME OBSERVATION. — Huitième jouf de l'incubation. Le blastoderme entoure l'œuf tout-à-fait ; il offre un aspect troué particulier (PI. Ml , fig. 30) , et des réseaux de globules hémoplastiques renferment des mailles qui en sont complètement dépourvues. Le cteur (PI. \1V, tig. 23 et 2ù) a encore fait des progrès : il a 4 millimètres de hauteur sur 3 d(^ largeur : mais les oreillettes occupent jiour la hauteur à peine le tiersdu cieur entier : elles sont devenues plus larges, et leurs api)endices latéraux ont davantage la véritable forme des oreillettes ; le ventricule gauche est plus grand que le droit. Dans la substance du cœur, la forme musculaire commence à être de plus en plus évidente. Avec de faibles grossissements , on no reeoiniaît pas en<'ore la disposition on faisceaux. DES OliGWES DE I, V ClKCl I. \ÏIO\. ;Î07, Dans le péricarde on reconnaît oncorc des corps l'usilmines , contenant un noyau granuleux. Dans quelques endroits , les fais- ceaux musculaires et les mailles se voient très bien , et donnent à l'ensemble un aspect réliculairc ; mais dans d'autres endroits il offre plutôt un aspect granuleux, dans le(|ucl on dislinguo un grand nonibi'e d'r'lénieiits globuleux . surloul beaucoup de noyaux des globules oi'ganoplastiques de U ,000/1 à ,0085, et des corps fusiformes à côté des libres granuleuses. Les corps fusi- formes ont jusqu'à ,0!24 de longutnn- sur ,()()5G de laigeur ; par places , ils tonnent par agrégation un vrai tissu l'usiforme. Dans le blastoderme les artères paraissent calibrées, et beaucoup plus égales et plus régulières que les veines. Les globules du sang (PI. XIl, fig. 25) sont cncon; en partie ronds, mais en majorité ellij)ti(iucs, et on voit encore toutes les foi'nies intermédiaires. Les globules ronds ont jusqu'à ,0125 de diamètre, tandis que les elli)Miques ont ',015 à ,018 de longueur sur 0""", 0085 à 0""",0H de largeur; leurs noyaux va- rient entre 0""",005 et 0""",0056, étant tantôt granuleux dans leur intérieur, tantôt rcnl'eruiant un nucléole de 0""",002 à 0""",0025. Entre l'enveloppe externe des globules sanguins et le noyau, on voit parfois des granules moléculaires; la position du noyau est tantôt centrale , tantôt en dehors du centre. L'acide acéticjue dissout promptement la membrane externe et la m;itière colorante du sang, et laisse le noyau incolore, mais à contours marqués. Lorsqu'on examine à cette époque les globules sanguins dans de l'eau, ils perdent la matière colorante, et la paroi externe reste gonllée et incolore, avec un noyau plus foncé, mais nulle- ment rouge non plus ; le noyau paraît même queUiuefois diminuer de volume. 11 paraît donc que, comme dans le Batracien, la ma- tière colorante du sang est contenue dans le globule entre sa paroi et le noyau. Avant de disparaître complètement , une partie de cette matière colorante se voit encore comme une zone autour du noyau. (Juelquefois, mais rarement, un seul globule sanguin con- tient deux noyaux. On trouve dès cette époque encore une autre espèce de glo- bules dans le sang, globules blancs. di''pourviis de matières colo- 308 PRËVO«>T F.T LEBERT. — SrR lA FORM\TIO\ rantes, de 0""',0056 à 0""",0085, aplatis, minces, nummulaires, légèrement biconvexes ; quelques uns montrent un noyau ; de plus, on y voit des granules moléculaires. En résumé , nous voyons donc le cœur bien formé n'ayant pas atteint sa structure parfaite. C'est en dehors du plan de ce travail de suivre plus loin les recherches sur sa muscularité. Mais la contractilité du coeur précédant de beaucoup le développement complet de sa muscularité , nous a souvent rappelé involontaire- ment l'état de la matière Organique, soit des animaux inférieurs, soit dans les tissus en voie de formation que M. Dujardin a dé- crits sous le nom de sarcode. Le sang olfre dès à présent trois espèces de globules : des granules moléculaires , de petits glo- bules blancs et aplatis (PI. XII , fig. 26), et des globules plus grands, pour la plupart elliptiques, renfermant un noyau, et la matière colorante du sang ])lacée entre la paroi cellulaire et le noyau; ce dernier ne paraît pas en contenir lui-même. Ajoutons que le jaune devient de plus en ]ihis vis(|ueu\ et liqLiide à mesure ([ue le développement fait des [irogrès. Nous terminons ici nos observations sur la foi-mation des or- ganes de la circulation et du sang dans l'embryon du poulet. Nous donnerons dans notre pi'ocliain mémoire l'histoire générale de cette formation . telle qu'elle résulte des faits observés. E\PMCATIO\ DES PLANCHES. j'i.vNcni; \i. Fi;;. 1 : Membrane d piivcldppo du jaune. Fig. 2. Granules du jaune. Fig. 3. Grands globules du jaune. ,(. Globules isolés R Globules unis ensemble. Fig. 4. Vésicules graisseuses du jauni'. Fig. 5. Agminations globulifornies de la cicatrieule. Fig. 6. Globules agminés de la cicatrieule. Fig. 7. Globules granuleux de la cicalricule. Fig. 8. Globules gélaliniformes de la eicalrieule: (1,(1, a, petits globules renfermant un nowiu; b.h.h. arands globules sans noyau\ ; c,i-,r. globules tendillés Fig. 9. Grands globules du jaune piciianl un aspeel erislalloïde parla eoetion DliS OKGAMSS Dli I.A CIKCULATIO.N. 30'J Kig I (I Globules organoplastiques de l'embryon du poulet. (i,a,o, parois cellulaires; li,b,b, no\au\ : i-,c,c, nucléoles : heures. aelb, les oreillettes ; c, le ventricule gauche ; li, la pointe du cœur ■ c. le bulbe de l'aorte ; f, l'aorte : g, le ventricule droit : h, origine de l'artère pulmonaire ; i, artère pulmonaire. Fig. 18. Cœur d'un embryon de 108 heures. aelb, les oreillettes; c, le ventricule gauche : d, la pointe du cœur ; i\ le bulbe; f, ventricule droit; (/, artère pulmonaire. Fig I 9. Cœur d'un embryon de I 40 heures , vu par sa face antérieure. Il el b, les oreillettes: <■, le ventricule gauche: il, le ventricule droit: ii,e, l'aorte: f,f, l'artère pulmonaire. Fig. iO. Le même cœur vu par sa face postérieure. aelb, les oreillettes ; c, le ventricule gauche ; ((, le bulbe de l'aorte; c, le ventricule droit ; /, l'artère pulmonaire. Fig. 21 . Cœur d'un embryon de 1 S6 heures , vu en place (/et 6, les oreillettes; c, le ventricule gauche: d, la pointe du cœur ; c, le ventricule droit ; /■, l'artère pulmonaire ; g, carotide gauche ; tronc inno- niiné; /i, trachée-arlère ; ieXk. ses divisions : I. l'aorte: m, œsophage; n, la carotide droite. Fig. 2i. Cœur d'un embr\on de l 'ili heures: le cœur est \u de côté et par sa partie droite. L\>c,iii; \\ \. La circulation dans un embryon de poulet de (iO heures d incubation n, la partie auriculaire du cœur;»', l'oreillette gauche: n ", l'oreillette droite: h, le ventricule gauche ; c. le ventricule droit ; c', l'artère pulmonaire : cl. le bulbe de l'aorte ; f, tronc de laorte : ij, bifurcation de l'aorte; h, les deux grandes artères, qui vont de l'aorte au sinus terminal; i.i.i, tronc veineu.5 descendant le long de la tête et allant à l'oreillette ; /,/, embou- chure de ce tronc dans le cœur: m, m et ii, troncs veineux allant en montant du sinus terminal à l'oreillette; o. embouchure de ce tronc dans le cœur WIVKRI^Ol. — SI II l,\ IMHiCll.lli DK SIKINVM. '.'l\o OBSERVATIONS POl n SlORVir, A I.A CONNAISSANCK DU DEVEr.OI'I'KMKM Dli I.A POKCILIK DK SIT.INAM [POLClLl.-l /iVlilNAMF.NSlSS'w..): PBÉCÉDÉES DUSE ESQUISSE niSTOBIQl'E DES PRINCIPAVX IBAVAUX SIR LE DÉVE- LOPPEMENT DES POISSONS AUX DEUX PREUIÈRES ÉPOQUES DE LA VIE. (Communiquées à l'Académie des Sciences, séances (les l 'j et 22 avril 1844) Par M. BtrVERNOY Ainsi que le titre que je \ieiisde lire riiidi([ue, j'ai divisé mon travail en deux parties. Dans la première, qui est historique, j'ai tracé une esquisse des principales publications faites sur les phases successives du développement des Poissons; la plus an- cienne ne date que de quatorze années. Je remonte cependant un peu plus haut, pour rappeler quelques traits importants de ce développement, que la science naissante avait signalés. La seconde partie se compose de fragments pour servir à l'histoire du déve- loppement des Pœcilies. PHEMIÈRE PARTIE. ESnuISSE HISTORIOliE. Le dé\eloppement et les métamorphoses des corps organisés, en général , et des animaux en particulier, sont devenus depuis quelques années une des parties les plus cultivées de leur histoire naturelle, surtout le développement dans l'œuf, qui comprend l'ovogénie et l'embryogénie. Beaucoup de naturalistes et de phy- siologistes distingués s'en sont occupés : les uns ont saisi avec habileté l'occasion d'observer qui s'offrait inopinément à leurs regards ; les autres l'ont t'ait naître avec plus ou moins de saga- cité et de suite. Les Poissons , et surtout les Poissons osseux ovipares , se prê- taient peut-être plus que toute autre classe à ce genre d'observa- tions : on peut féconder leurs œufs artificiellement, et suivre immédiatement les changements produits par la formation du germe (|ue \ienl d'opérer la fécondation. Les œufs des Poissons 314 DtJl'ERWOV. — suit LE DÉVELOPl'EMJiiM sont bien préférables, pour l'étude de ces premiers changements, à ceux des Oiseaux , à cause du temps plus ou moins long qui s'écoule toujours, chez ceux-ci , entre la fécondation et la ponte. Voilà sans doute pourquoi on n'a pu jus([u'à présent y décou- vi'ir lu singulier phénomène du sillonnement du vitellus, dont MM. Prévost et Dumas ont fait connaître pour la première fois , en lH2/i, toute la suite et les détails, dans l'onif de la Greiwuille Inerte, au grand étonnement des physiologistes, {[ui ont pu remar- quer depuis lors que le premier trait en avait di'jà été observé et figuré par Swammcrdam (1). Les membranes de l'œuf des Poissons conservent de la trans- parence : on peut observer à travers la sérosité albumineuse ([ue renferme leur chorion tout ce qui .se passe à la périphérie du vitellus. La peau de l'embryon ou du fœtus reste également transparente , et permet d'étudier les premiers linéaments de l'organisme et ses complications successives. Au contraire , la peau des Ihitracieiis, qui se colore immédiatement et s'organise ou se matérialise beaucoup plus tôt , rend les observations d'or- gauogénie , chez ceux-ci , bien plus difficiles , malgré la faculté que l'on a de les étudier immédiatement après une fécondation artificielle ou naturelle. Knfin, dans l'analyse des phénomènes concernant l'ovogénie dus Poissons , l'esprit est dégagé de toutes les (|uestions qui se sont élevées , dans ces derniers temps , sur l'origine et lès rap- ports de l'amniosou sur le développement de l'allantoïde. On sait que ces enveloppes du fœtus n'existent pas chez les Vertébrés pourvus de branchies durant la piemière ou les premières époques de leur vie , ainsi que M. Dutrochet l'a recomni dès 1814 , et que M. Cuvier le démontrait, en 1815, dans le rapport si remar- .quable qu'il fit à cette Académie au sujet du travail fondamental de notre savant collègue sur les Enveloppes ihi fœtus, et dans le Mémoire particulier sur i'Oliuf des Mamitiifères qu'il ]iublia à la suite de ce rapport. Dans riiistoire des découvertes faites ' (1) Biblia nalurœ, pi. XLVIII, fig. 7 el 8. • — On doit aussi à M. de Bai-r les observaUons les plus détaillées sur ce phénomène (Arrhii-cs de J. Millier 'pour IS.U, p. 481 olsuiv., et pi, XI). DE LA POECII.lli m: SUllIINAM. 315 durant le siècle actuel sur l'ovogénie des Vertébrés, il est aussi nécessaire de remonter à celles qui renferment ces travaux qu'il est indispensable, pour être juste, de reconnaître que tous ceux, d'embryogénie ou d'organogénie , publiés depuis 1800 , surtout û'urganogénie humaine, ont eu pour base fondamentale et pour point de départ les Fragments sur le développement du fœtus humain , publiés à Halle, cette même année 1806 , par I". Meckel, devenu depuis si célèbre ; fragments dont la plupart des obser- vations avaient été faites au Jardin des Plantes . dans le labora- toire de M. Cuvier. J'avais moi-même suivi journellement ces ob- servations, ainsi que l'exprime l'auteur dans sa préface, avec le double intérêt de la science et de l'amitié. Ce n'est pas, comme l'on voit, dès aujourd'hui <|ue je me suis occupé de ce sujet du dé- veloppement et des métamorphoses. Dans une note écrite le 27 novembre 18'27, ([ue je conserve, M. (Cuvier me le recom- manda pour la nouvelle édition des leçons que nous devions faire ensemble. C'est pour comprendre dans mon dernier volume de cette nou- velle édition l'histoire du développement et des métamorphoses de tout le règne animal que j'en ai fait depuis plusieurs années le sujet particulier de mes leçons au Collège de France. Le Mémoire que je prends la liberté de communiquer à l'Académie est un des résultats de cet enseignement. La plupart des faits nouveaux qu'il renferme ont déjà été démontrés à mes auditeurs, dans mes leçons du mois de juin de l'année dernière. De nouvelles obser- vations, faites cet hiver, m'ont permis de les confirmer et de les étendre. J'avais pour guide, dans ces recherches, de récents travaux dont je demande la permission à l'Académie de lui escjuisser, dans cette partie liistori([ue, le principal mérite scientifique, c'est-à- din^ de lui indiquer les progivs réels, suivant moi, qu'ils ont fait faire à la science. Je parlerai surtout de ceux qui comprennent l'embryogénie complète d'une espèce, je veux dire le développe- mi-nt dans Fo'uf jusqu'à l'éclosion et même le développement hors de l'o'uf durant la seconde épotfue de la vie. Je suivrai l'ordre chronologique pour cet exposé succinct, qui ne sera ([u'unc simple indication des progrès successifs de la science. 316 DL>%'EKKOI. SU» I.E UliviiLOrPEiMEM Le premier Mémoire où. le sujet intéressant du développement, des Poissons ait été traité dans toute son étendue, c'est-à-dire sous toutes ses faces principales, est celui sur la Génération chez le Séchot ou le Cliabol de rivière {(Poilus yobio. Cuv.). Il est de •1830 (1). L'auteur, bien connu de l'Académie, M. Prévost de Genève , y pénètre dans toutt>s les questions que cette matière du développement devait embrasser, pour arriver, par leurs solu- tions, à des propositions scientifiques. On y reconnaît tous les caractères du beau travail sur la génération, publié en commun avec M. Dumas, dès 1824, et dont l'influence sur les progrès que cette partie de la physiologie des animaux a faits dans ces der- niers temps , a été on ne peut plus sensible. M. Prévost est le premier, si je ne me trompe, qui ait réussi à produire la fécon- dation artificielle dans cette classe; il en décrit les phénomènes préliminaires, analogues à ceux observés par lui et par M. Dumas |iour la fécondation des œufs de Batraciens; je veux parler de ces courants d'absorption qui ])ortent les spermatozoïdes à la pé- riphérie de l'œuf. Voici les principales ]ihases du développement de ce poisson , observées par M. Prévost. C'est au milieu de la cicatricule (le blas- loderme) que se montrent les |)remicrs linéaments du fœtus , sous la forme d'un trait, renflé ii l'une des extrémités , effdé à l'extrémité opposée. Lorsque le fœtus a ()"',()0i, on distingue les cercles des yeux et la trace de la moelle épinière. A cette époque, la cicatri- cule (le blastoderme) s'est étendue. Elle s'avance peu à peu et lînit par envelopper entièrement le vitellus; mais elle ne présente encore aucun vaisseau. Chez le fu'tus de ()"'.003, les rudiments du système osseux se dessinent. Le cwur est encore un boyau presque droit, à chaque e\trémit(' duquel est un renflement. Loi-sque le fœtus a de 0"',0U5 à 0"',006 de long, on peut y re- connaître presque toutes les parties de l'animal parfait. l ne année plus tard , en 1831 . ont paru les planches de M. Carus , sur le développement des animaux. Toutes les figures des planches I\' et V du troisième cahier concernent le déve- (I) Mèmnircx de ta Socii'lr lyhijxiqiic ilr Gciiiirf', 1 XIX ; cl Aiiiinles îles Sciriicen udliircllcs Taris. 1830. DE I.V POECIMK DE SURINAM. 317 lop|)emerit d'une espèce de Cyprin (présumée le Cyprinus ilohula ou le Meunier). La série de ces figures, au nombre de 24 , et leni- explication est un exposé très intéressant des observations de M. Carus, suivies avec soin durant plusieurs mois, observations qui comprennent le développement aux deux premières époques de la vie. Ce que cet exposé renferme de plus nouveau concerne le développement du sang et du système vasculaii-e sanguin. L'auteur y démontre (p. 17) : l'que la t'ormatioii de la plupart des parties du corps de l'embryon iirécèdc de beaucoup les cou- rants du système vasculairc C[ui se dirigent plus tard vers ces par- ties ; 2° que les courants du sang (qui est d'abord incolore) à tra- vers la substance à peine solidifiée de l'embryon n'ont pas, dans le principe, de limites cylindn(|ues ou de parois vasculaires vi- sibles; 3° que le développement du système vasculaire se fait en arcs successifs ou (|ui sortent . pour ainsi dire , les uns des autres ; de telle manière que le sang ))reiiant son cours dans les arcs sur- venus, le premier arc l'orme s'oblitère dans sa partie moyenne et successivement. C'est ainsi que le système sanguin croît par une suite de nœuds, comme une plante noueuse, à travers l'orga- nisme qui lui est préexistant , et ce n'est ([u'après son complet développement qu'il est employé à la nutrition et à l'agrandisse- ment des parties. En 1833 ont été publiées (aussi en langue allemande, comme le texte de M. Carus dont nous venons de parler) les observations les plus détaillées sur le développement de la Bleniiie civipare, faites par M. Rathke(l). Le développement dans l'œuf suivant ce phy- siologiste distingué, ou notre première époque de la vie, ne dure, chez ce poisson péché dans la Baltique, que trois semaines envi- ron, et se termine, à la fin de septembre, par l'éclosion. La mise bas n'a lieu cependant ([ue dans les premiers jours de janvier. C'est dans l'oviducte incubateur que le petit poisson éclôt et qu'il continue de croître durant les trois mois et plus de la seconde époque de sa vie, se nourrissant d'un reste de vitelluset du fluide albuinineux qui l'entoure et que transsudent les parois (I ) Mémoires sur le tlécrliippemenl ilr l'Iiniiime ri (les aiiitiiniw, par M le docteur H Rallikp: î' partie . avec 7 planrlips I.eipsiL'. I8:i3. 318 DllVEBMOY. — SUR LE DÉVELOPPEMENT de l'oviducte. Le chorion , qui disparaît assez promptement après l'éciosion, sert peut-être aussi, suivant M. Ratlike, à cette ali- mentation intérieure. On trouve, dans ce beau travail', les détails les plus circon- stanciés d'embryogénie et d'organogénie, entre autres sur les métamorphoses du cœur ; sur la circulation qui s'établit à la sur- face du vitellus , dont le vaisseau allèrent est une branche de la veine mésentérique et se comporte comme une veine porte vitelline , qui aura pour antagoniste , dans la suite du développe- ment , la veine porte hépatique. Nous signalerons encore les mé- lamorphûses du canal alimentaire et le développement du foie comme annexe de ce canal ; celui de l'encéphale et l'apparition tardive du cervelet, déjà démontrée par M. Serres, dès 1820, pour tous les animaux vertébrés, dans son grand travail couronné par l'Académie sur l'analomie comparative du cerveau de ces animaux. L'observation peut-être la i)lus pic|uante , comprise dans cette intéressante monographie de M. Rathke, est celle concernant la préexistence des ovules, qu'il a reconnus dans les lames proligères de l'ovaire des petites lilennies , à la lin de la seconde époque de la vie ou de la seconde période du dévelop|)ement , et consé- quemment avant la mise bas. Les Transactions philosophiques de la Société royale de Londres pour 1834 renferment des observations intéressantes de M. John Davy sur la génération et le développement de plusieurs espèces de Torpilles de la Méditerranée. Elles concernent principalement les phases du développement des branchies internes et celles d'accroissement et de diminution de la vessie onibilico-vitelline; M. John Davy y donne trois tables relatives au nombre des œufs, à leur poids, à celui des fœtus au commencement de leur développement, au mois de juin, qu'il compare au poids des fœtus, en septembre, vers la fin de ce même développement. Dans les deux espèces observées , les Torpédo marmorala et oculata , les œufs sont , au plus , au nombre de li et , au moins, au nombre de k. Chaque œuf pèse de 77 à 200 grains. Les fœtus qu'ils contenaient , au commencement de leur déve- loppement, pesaient de 1 , 2, 5 à 12 et 13 grains : c'était au mois DE LA POECir.IE DE SmiNAM. 319 (le juin. Au mois de septembre , les fœtus des mêmes espèces , au nombre de 5 à 13, pesaient de /|28 à 580 grains. L'auteur aurait dû ajouter que c'était après réclosion , et tiuc le fœtus se nourrit, pendant son séjour prolongé dans l'oviducle incubateur, durant la seconde époque de la vie, non seulement avec le reste du \itellus, mais encore avec les fluides nutritifs exhalés par les pa- rois de cet organe faisant les fonctions d'utérus. L'observation la plus nouvelle de ce travail est le dévelop])e- ment tardif de l'organe électrique , qui change la forme étroite et allongée du fœtus dans la forme singulièrement élargie, ronde et plate que l'on connaît à la Torpille. C'est dans ce même Mémoire que M. John Davy fait connaître les cœurs accessoires qu'il a vus dans ce poisson, et ([ui sont semblables à ceux (|ue j'avais décou- verts , dès i 809, dans la Chimèi'e de la Méiliterranée. Six années après M. Prévost de (îenève (en 183(3), M. Rus- coni (1) tente avec succès la fécondation artificielle. 11 réussit par- faitement sur des œufs de Tanche ci d\i blette, et démontre que le développement peut avoir lieu sans replacer les œufs dans l'eau courante, après les avoir fécondés , comme M. Prévost l'avait cru nécessaire. M. Rusconi observe , dans le développement de la Tanche, que les enveloppes extérieures de l'œuf (la coque et le chorion ) se séparent de la membrane vitelline au moment où cet œuf tombe dans l'eau, et qu'il y a, à l'instant même, absorption de ce li(|uide. Il est le premier qui ait remar(|ué que, peu a]irès la fi'condation , l'œuf perdait sa sphéricité ; ([u'il se développait une petite sphère sur la grande, et que cette ressie du germe, dont il n'a pas déterminé la véritable nature , se sillonnait à la manière du vitellus des Batraciens. Il a vu ces sillons se produire et se multi])lier dans une progression géométrique , et dis[)araître au bout de quelques heures; et il en a suivi les apijaritions rapides et successives. En 1837, M. Rathke (2) faisait connaître, encore en langue (1) Annules dfs Srimces naturelles, 2" série, t. V, p. 300; et Arihives de Millier, I 8:i(i, pi. XIII et p. 278. — L'original de ce travail a paru en italien dans le t. LXXIX de la Bibl. lUiL (2) Xxtr Morphologie, Heine himerininiien aux Taurien, vnn II linlIiVi' Mifia iind 320 Dl'VEBVOT. — SCR LE DÉVELOPPEMENT allemande, des IVagments sur le développement de plusieurs espèces de Syngnathes, cju'il avait observées sur les bords de la mer Noire. Ce développement a lieu dans une poche sous- caudale , que les uns attribuent à la mère , les autres au sexe mâle. Les jeunes Syngnathes y passent les deux premières époques de la vie, comme les jeunes de la Blennie vivipare, dans Tovi- ducte de leur mère. Ces fragments comprennent beaucoup moins de détails que la Monographie sur la Blennie. Nous signalerons ceux sur le développement de la poche incubatrice ; sur le déve- loppement des diverses parties de l'encéphale, du foie et de la vessie natatoire , ces deux derniers connue annexes du canal ali- mentaire ; et ceux enfin sur le développement des principaux vaisseaux et des différentes parties du cœur, dont le bulbe ar- tériel ne commence à se montrer qu"à la fin de la seconde époque de la vie et conséciuennnent après l'éclosiiin. C'est ici le lieu de ra])peler la découverte de M. Ekstroem , déjà annoncée, en 1831, par ce naturaliste suédois, à l'Aca- démie royale des Sciences de Stockholm, que ce ne sont pas les femelles, mais les mâles qui sont pourvus de la poche incubatrice. M. Ekstroem donne les détails les plus circonstanciés sur cette singulière gestation dans le Si/nynathus acus. La ponte a lieu en avril : les œufs sont introduits par la femelle dans la poche sous- caudale du mâle qui se ferme immédiatement , et dans laquelle pénètre la liqueur fécondante. Au mois de juillet , les petits sont assez forts pour en sortir et suivre leur père à la nage ; mais ils rentrent dans lem- poche au moindre danger . comme les petits des didelphes. Le même naturaliste a observé que le Syng?m- Ihus ophidion manquait de cette poche , et que les œufs étaient fixés sous le ventre du mâle sur trois ou quatre rangs et en quin- conce. En 1833, M. Retzius confirmait à cette même Académie des Sciences de Stockholm (1) , par d'intéressants détails anato- Leipsig , 1837. Vierle Abhandluns viber die EntwicWelung der Syngnathen , p. 132-178, elpl. V (I) Les Siingitiilliiix c/ii/ho/kp»». Micli. ; pelaginis , Risso ; typlé , L.; acus. h. Les HupiMiCduiinis hm-iroxlriii , Ciiv.; loiigirnslrix . Ouv. — Sur li-a organes S)K 1,\ l'OF.r.II.Ih DE SiRlNAM. 3'21 iniques, le l'ait singulièrement exceptionnel de la geslalioji des Syngnathes (1). Quoiqu'on en ait connu un autie e.xcniple , sinon seniblahle, du moins analogue , chez le Crapaud accoucheur , la jjremière annonce de ce fait n'avait rencontré, pour ainsi dire, que des incrédules, malgré la confiance méritée qu'on a généralement dans '.les auteurs de cette découverte. Mais, en 18^1 , M. Siebold est venu ajouter le poids de son autorité à celle des deux pre- miers observateurs, par un grand nombre d'observations faites sur six' espèces de Syngnathes ou d'Hippocampes, étudiées au moment du frai , ou de la gestation , sur les bords de la mer Adriatique (2). Cependant M. Rathke aOirmait, en ]8/|0 (3), que le Sijiignathus œquoreus, qui porte, dit-il, ses œufs sous le ventre, connne le Synyiiatlms ophidioii, et qui n'a pas de poche sous- caudale, est soumis à la règle universelle. 11 a reconnu des ovules de différentes grandeurs dans les ovaires, ayant leur vésicule germinative, chez un individu dont le ventre était garni exté- rieurement d'oeufs en incubation. Qu'en conclure , sinon que les deux es])èces précédentes, démembrées très judicieusement des Syiigiiullies [mipres ])ar M. Risso , ([ui en a fait son genre Scij- phius , diffèrent pour leur gestation, comme i)ar leurs caractères extérieurs, de ces dernières espèces? Dans la même année 1837, les libraires-éditeurs de l'ouvrage si remarquable de M. de Baér sur le développement des animaux (écrit en langue allemande) , en faisaient paraître la seconde partie (4). Elle comprend , entre autres , dans moins de vingt pages m-h", tout ce qui concerne le développement des Poissons, dont l'histoire est faite principalement d'après deux espèces de Cyprins ( les sexuels des Sijngnnihes et des Hippocampes, par M. de Siebold [Anhiees d'hislolre iMturelle de Wiegmann. Berlin, 1843). (1) Mémoires de l'Académie des Sciences de Slocklinlm pour 18.33 , publiés en 1834, avec une planche , représentant entre autres la gestation sous-alxioniinale du Sijiujnalhiis opltidion. (2) Voir note (l) de la page précédente, qui se rapporte ici. (3) Archires de }. Millier pour 1840, p. 4S. (4) Veber EnltcicUelUnfjsçjeschischle dcr Tliierc , etc.; i" Tlieile. Kœnigsberg , 1837. 3" série, Zo.ji.. T. 1. f.luin 1841.) 21 522 DIVERIVOY. — sur, LIi «lîVEI.OPPEMENT Cyprinus blicca el Jin/tltroplithaliiiti.i). Nous y avons surtout re- marqué l'aperçu très intéressant , que les reins primordiaux des Poissons ne Sont pas des organes transitoires , comme les corps de \Volfl"des animaux supérieurs, mais des organes permanents. Le Mémoire de M. Filippi , sur Ip déreloppemenl du Gobie flu- viatile , qui date de 1841 , est venu ajouter une espèce de plus à l'histoire du développement des Poissons (1). La forme très oblongLic et presque en navette de l'œuf de ce poisson , après sa chute dans l'eau et l'absorption de ce liquide , tandis que le vitellus conserve sa figure à peu près spiiérique, est très singulière dans cette espèce. M. Filippi n'a pu saisir que les derniers instants du sillonnement. Selon cet auteur, le fœtus du Gohk fhiviatile exécuterait une sorte de pirouette , après notre sixième période , de manière que la tête , qui était en haut , se trouve en bas et la queue en haut , durant tout le reste du développement. Mais il n'a pu y reconnaître de véritable rotation , telle que MM. de Baër et Rusconi l'avaient observée, le premier dans la Brème et le second dans le Brochet. Il esf^i regretter que M. Filippi ait ajouté aux observations positives des faits , plusieurs explications qui sont insoutenables , entre autres celle ([ue le vitellus est le foie préexistant. L'année 18^2 a produit un ouvrage fondamental sur le sujet dont j'esquisse l'histoire : je veux parler de la publication de M. Vogt, ayant pour objet la Palée (Correr/onns palmt, Guv.) , de la grande famille des Salinoiies. Quoique l'allemand soit la langue maternelle de l'auteur, il a écrit cet ouvrage en français, ))arcc qu'il devait faire partie de l'histoire naturelle des Poissons d'eau douce, dont notre collègue M. Agassiz, son maître et son ami , a conmiencé la publication, il y a déjà plusieurs années. M. Vogt a opéré, avec succès, la fécondation artificielle sur les œufs de ce Poisson, dont le développement lent (il duré de soixante à quatre-vingts jours) lui a donné le loisir d'en observer avec (l(''lail les ))hénomènes successifs. 11 est à regretter que ces (I) Mvmoriii xiillo srilippo del Chiozzo d'aïquu ilokc ( Gobius tluvialilis), del doUor Fillippo de Filippi. Miiano, 18-il . DE LA POKCri.tE DR SI lUWM. 323 observations se bonienl au dt'vi'loppemeiit dmis Tcpiil' , ft qu'elles n'aient pu être continuées durant la seconde époque de la vie. Dans ses études d'organogénie , cet observateur habile est parti d'un point de vue élevé , sur leciucl les progrès tout récents de la science devaient nécessairement le placer. Les travaux de M. Schwan sur le développement cellulcux des tissus animaux l'ont cunduit à étudier, avec beaucoup de suin et de détails, sous ce rapport, le développement de la l'aléc. Cette publication se distingue d'ailleurs par les observations multipliées (|u'elle renferme ; par l'exposition mélhodique des faits; par les ([uestions importantes de physiologie générale que l'auteur y traite ; |)ar les déductions logiques qu'il tire des faits observés , ainsi que par les remarques critiques et indépendantes que ses observations lui donnent l'occasion de faire sur les opi- nions de ses prédécesseurs les plus renommés dans cette carrière. Le développement successif du cœur et des vaisseaux et les premiers indices de la circulation du sang , lui font penser , avec MM. !\Iagendie et Poiseuille, (jue tout mouvi^nient circulatoire part de l'impulsion que le sang reçoit du cœur. Relativement à la vésicule germinative, il cruit i)ouvoir alTirmer, avec M. Barry, que les taches germinativcs sont des cellules (|ui constituent les premiers éléments organiques de l'embryon. Le blastoderme ne se composerait , suivant M. Vogt , que de deux lames distinctes, une externe et l'autre interne, entre les- ([uelles il n'a pu reconnaître , chez ces Poissons, un feuillet inter- médiaire qui pourrait être considéré comme feuillet vasculaire. Les vaisseaux se forment, chez ces animaux, des cellules élémentaires de toutes les parties du corps. La circulation ne s'y établit qu'à notre huitième période du développement; jusque là la nutrition est uniquement cellulaire, comme l'avait déjà dit ^L Carus. La rotation (lu vitellus ou de Vembryon, qacVon regardait comme produite par des courants d'absorption et d'exhalation , est due, suivant M. Vogt , à des cellules d'epithélium à cils vibratiles. .Te puis ajouter , à ce sujet , mon témoignage à celui de cet auteur ; des observations que je viens de faire sur le développement de la Grenouille rousse , m'ont démontré la justesse de cette vue sur la 324 Dl'VERIS'O-ï. — SIjR le DÉVELOPPEMENT cause du singulier phénomène de rotation de l'embryon (1). Si je fais mention , après l'ouvrage qui précède , d'un Mémoire de M. de Quatrefages sur les Embryons des Syngnathes , commu- niqué à l'Académie dans sa séance du 30 mai 1842, et d'une Note , lue dans la séance du 14 août 1843 , sur les Embryons des Blennies , c'est non seulement à cause de l'époque où le premier travail a paru, mais encore parce que l'auteur s'est élevé au même point de vue que M. Vogt, dans ses recherches sur la struc- ture intime des tissus. Les stries transversales qu'il a reconnues dans la fibre musculaire des fœtus de Syngnathes caractérisent notre dixième période , et montrent que les fœtus observés étaient très près de leur éclosion ; l'absence de fente choroïdale à l'œil en est encore une preuve. L'auteur a représenté dans une très belle figure tout le système sanguin existant à cette époque. Il a vu , comme M. Rathke , que les vaisseaux afférents du sac vitello- ombilical proviennent de la veine mésentérique. Dans ce degré de développement , les deux observateurs sont (1) Cette rotation est régulière. Nous l'avions d'abord observée au microscope, sur des embryons placés entre deux verres qui aplatissaient un peu l'œuf, et dont le développement étaitcelui indiqué par II. Rusconi il la cinquante-deuxième heure (son n° 17). Elle était lente , et semblait un glissement de tout le corps, couché de côté, autour d'un axe qui le traverserait dans son milieu cl qui serait perpen- diculaire à la colonne vertébrale. Il a fallu cinq à six minutes à l'embryon pour exécuter un circuit complet. Un grossissement de 350 diamètres nous a montré à la surface du corps, sur toute sa ligne de profil , des cils vibratiles innombrables ; leurs extrémités formaient comme le bord d'une fourrure dont les poils exécu- teraient des mouvements réguliers avec une rapidité extraordinaire. Après ma leion du mercredi 27 mars , j'ai rendu mes auditeurs témoins de ce phénomène si remarquable. Le 3 avril , je l'ai de nouveau observ é , mais seulement a la loupe , et sur des embryons plus avancés, dont le développement était celui indiqué par M. Rusconi à la quatre-vingt-unième heure ( n" 20 ). La rotation était beaucoup moins lente que dans nos premières observations. J'ai vu l'animal exécuter quatorze circuits dans cinq minutes. Sa position était aussi très différente; il tournait, le ventre dirigé en bas et le dos en haut, et tout le corps dans une ligne oblique et non horizontale , de manière que la tête était plus élevée que la queue , qui était re- pliée à droite ou à gauche. Par-ci par-là , l'animal exécutait des mouvements de flexion de tout son corps, qui suspendaient la rotalion; mais elle recommençait quand les coniraclions musculaires avaient cessé. DE LA rOEClLlli DE SLUINAM. 325 encore d'accord sur la position l'une devant l'autre des chambres du caur, roreilictte et le ventricule. Mais M. Rathke a distingué deux \cines caves postérieures comme deux antérieures. M. de Quatrefages n'a vu qu'une veine cave postérieure. Toutes se l'éunissent, suivant M. Rathke , par rintcrmédiaire des deux conduits de Cuvier, avec la veine ombilicale , dans un sinus cjui précède l'oreillette.. Ce sinus , pris pour l'oreillette, est beaucoup plus considérable dans le Scypliius ophidion que celui des Synyitatlies propres * observés par M. Rathke. Si la détermination des parties du cœur que je donne ici est exacte , comme je le pense , il n'existait pas encore de bulbe artériel dans les fœtus observés par M. de Qua- trefages. La branche artérielle qui porte le sang directement à la tète , est précisément celle bien reconnue par les prédécesseurs dans les autres développements (1) , latjuelle partira de la racine antérieure de l'aorte , lorsque les bi'anchics seront développées. L'auteur insiste de nouveau sur cette circonstance , dans ce qu'il a pu observer chez de jeunes Blennies prêtes à éclore (2). M. de Quatrefages a trouvé quelques traces de la substance vitelline dans l'intestin , preuve que le sac vitellin communiquait encore avec le canal intestinal , ainsi que semble l'indiquer la figure qu'il en a publiée. Cette observation infirme , avec beau- coup d'autres , l'opinion que cette communication n'a jamais lieu. Il faut méconnaître, pour la soutenir, les rapports de formation et de continuité du sac vitellin interne avec l'intestin ou la peau inté- rieure : ils sont aussi évidents que ceux du sac vitellin externe ou du sac ombilical , avec la peau extérieure ou le derme. Dans la même année 1842, a paru un travail extrêmement intéressant sur l'orologie des Sélaciens , en général , par M. J. Mûller , mais plus particulièrement sur celle d'une espèce connue d'Aristote , que l'auteur détermine pour la première fois dans ce travail ; c'est l'Émissole lisse (Galevs lœvis, J. M.), ainsi nommé pour le distinguer de VÉmissole vulgaire , avec lequel les natu- ralistes systématiques le confondaient. Ce Mémoire comprend, entre autres, la description la plus (I ) Voir de Baër, Sur te ilévelopiii-inettl den iiiiimaux, pari. II, p. 300. (2) Dans uiip comniiinicaUon faite a l'AcadiMiiie , le 1 1 août 1843. SÊè DIVERKO). — sua I.K DÉVIîLOl'PEMENT circonstanciée d'un placenta vitellin et d'un placenta utérin , qui permet au IVetus de la première espèce de se nourrir à la manière des mannnifères . dont le placenta ne diffère de celui-ci que parce qu'il cstallantoïdien. Cette singulière circonstance , entrevue et très exactement déterminée sous le rapport de radhérencc vitelline , par G. Cu- vier, cliez les fœtus de Requins, n'avait pas échappé à la péné- tration du génie d'Aristnte, qui avait bien reconnu l'adhérence de l'œuf ou de son placenta en général. Parmi les anatomistes modernes , Sténon avait eu le bonheur de découvrir de nouveau cette adhérence de l'œuf aux parois de l'oviducte , sans déter- miner davantage par quelle partie elle se faisait, et sans savoir qu'Aristote l'avait déjà connue. Il était réservé au physiologiste célèbre de Berlin d'en apprécier tous les détails et la nature , et de démontrer que l'espèce qui en avait été le sujet , pour Aristote comme pour Sténon, avait été confondue a.\cc Vlùni.sxnli' vuhjaiir, espèce dont le fœtus ne contracte aucune adhérence avec les pa- rois de l'oviducte incubateur et rentre dans la règle générale des ovipares ordinaires. Ces différences dans l'ovogénie de deux espèces du même genre, qui se ressemblent tellement qu'il était facile de les confondre , montrent, il me le semble du moins , que chez les vertébrés ovo- vivipares, la présence ou l'absence d'un i)lacenta, indic[uant un dé- veloppement nutritif plus ou moins avance, plus ou moins intime entre la mère et le fœtus , n'est pas un caractère dilTérentiel im- portant. Le même ouvrage renferme des d(Mails intéressants sur les branchies externes de certains Sélaciens. Rudolphi, dès 1817, écrivait d'Italie à M. IJnck, qu'il avait reconnu la nature de ces organes transitoires. 11 avait été conduit à cette juste détermination par les indications de l'abbé Chiughen, communiquées à Meckel , en 1815, et d'après lesquelles ce natu- rjlistr italien supposait que l'espèce de Scpialc distinguée par Bloch sous le nom de (imbriatus , était précisément un fœtus ayant encore ses branchies externes. Nous devons à feu I.euckart une Monographie intéressante sur ces organes. MM. Ratlike , Retzius et J. Muller ont fait connaître ceux qui sont suspendus aux évciils. Ce dei-nier ;i de jilus observé DE l,A l'OKClI.ll-; DE SI ItliNAM. o'I t (in'iui ccilaiii nombre de Squales, qui sont privés d'évents à l'àgc adulte , eu sont pourvus dans le premier âge de la vie et que ces organes sont conséquemmenl transitoires pour ces mêmes espèces. Il résulte de cette esquisse, que, malgré les facilités que l'on peut avoir de se procurer du frai de |)oisson et de féconder leurs œufs artificiellement , et les avantages que l'on en peut tirer, pour les observations de la composition de l'œuf de ces animaux , un très petit nombre d'espèces ont été suivies jusqu'à présent dans toutes ou même dans une partie des phases de leur développe- ment. Ces rétlexions m'ont encouragé à communiquer à l'Acadé- mie les fragments qui composent la seconde partie de ce Mémoire. del^i#:me partie. onservations pour survir a la connaissance du développement DES POECn.lES. J'ai divisé cette seconde partie en vingt paragraphes. Chacun d'eux commence par un exposé historique et critique de l'état actuel de la science sur le sujet spécial qui s'y trouve traité. Cet exposé servira à la fois de complément à l'esquisse générale qui précède, et de pierre de touche pour juger facilement de la valeur et de l'intérêt de mes propres observations, comme étant nou- velles ou comme servant à confirmer des faits déjà connus. § I. Exposé du sujet. G. Cuvier a compris dans sa grande famille des Cyprindidcs, à la suite des Cyprins, des Jj)ches et des Anableps, un genre de petits poissons d'eau douce, établi par Schneider, sous le nom de Pœciliri, d'après une espèce reconnue vivipare et que cet auteur a désignée, à cause de cette circonstance, par l'épithète de vivi- pnrfi. ^|]. Valenciennes a, depuis, distingué cette espèce, en lui donnant le nom de Schneideri , afin de ne pas la confondre avec deux autres espèces également vivipares, qu'il a eu l'occasion de décrire dans la partie zoologique du Voyage de MM. de Humboldt et Bonpland : ce sont les P. unimaciûa ,'S ?l\. el Surinamensls,\ix\. Enfin, mon ami Lesueur en a fait connaître une quatrième espèce, c'est la /'. /»(7//!eato, Lesueur. [Journ. Soc. PhilaJ., janv. 1820.) Ayant eu à ma disposition deux femelles pleines de la Pœcilia Suriiiamensis, à nageoire caudale arrondie et non fourchue, j\n 328 HIIFRXOY. — SI li I.H IIlhliLOl'PlîMIiM- ai ])r()lit(! |iour i''tudi(M' ([url(|U(:s Irails du développement de ce poisson. Dans cette étude, à la vérit('', j'ai manqué de point de comparaison avec un moindre ou un plus haut degré de développe- ment dans la même espèce ; mais j'ai pu mettre en regard ceux très rapprochés c[ue j'ai été à même d'observer, avec l'organisation de l'adulte. J'ai d'ailleurs pu comparer entre elles les diOërentes parties de l'organisme de nos fœtus, et juger de leur développement relatif, et des rapports qu'il monti'e avec celui de la Bleimie vivi- pare, des Syngnathes, de la Pnléc, de la Brème et de ([uelques autres poissons osseux, dont la science actuelle a fait connaître une partie ou toute la série des phases du développement. Ces réflexions me donnontdieu d'espérer que ce premier essai ne sera pas sans résultat pour la science , ne servît-il qu'à provoquer, sur les lieux où \ ivent les Pœcilies , des recherches (|ui coni])lé- leront leur histoire sous un rapport aussi inté-ressant. S II. lixislencc de; fd'tiis dans l'ovaire. Les Pœcilies, nous l'avons déjà dit , sont de très petits poissons, qui ont les apparences de petites carpes. La mère en gestation de la/*. Siirinamensis, Val. que nous avons observée et fait repré- senter, fig. 1, n'avait que 0"',06() de long, depuis l'extrémité du museau, dans son état de rétraction, jusqu'à celle du plus grand rayon de la nageoire caudale; l'autre était un peu plus longue, elle atteignait n"',073. • Comme la Blennie vieipnre, cette espèce n'est pourvue que d'un seul ovaire et d'un seul oviducte. A l'époque de gestation oii nous l'avons observé, cet ovaire est un grand sac à parois très minces, transjiarentes, qui remiilif une grande partie de la cavité abdominale. Il tient en arrière à un pédicule étroit (fig. I , ov) qui aboutit derrière l'anus avec la vessie urinaire. Ce pédicule est un canal formant la seconde partie de l'oviducte ou l' oviducte propre. La cavité commune de l'ovaire doit être considérée comme la première partie de ce même oviducte. C'est dans cette première cavité que flottent les séries de lames transversales dans l'épais- seur desquelles sont les petits ovules de la portée suivante et les iful's IV'condi's contenant un ftetus très rapproché; du terme de son di''vi'liippcin('nl. I m: LA l'OECii.ii; uic siui.\,ui. 529 Li's ovules ou les (iHifs non fécondés de la gestation prochaine ont un diamfMre qui varie de ()'",0n()2 et 0"',0005 àO'",OOH. Un seul avait cette dernière dimension ; qu^itre avaient celle de 0"',(J008. Les plus petits de ces œufs ont encore la splière ger- minative concentrique à la sphère vitellinc. Chez les ovules de grandeur moyenne , elle est excentrique et rapproch(?e de la péri- phérie. On ne la voit pas dans les plus grands, où elle est sans doute cachée par le disque huileux. Les œufs fécondés, au nombre de quatre-vingts, renfermant un fœtus dévelop])é, avaient généralement 0"',()0'25 de diamètre. Chaque œuf était conterm dans son calice ou son eii\eloppe ovarienne, mais sans pédicule. Le premier fait que nous \eiions d'r'noucer, celui d'un oMiire unif|ue, est sans doute reniarf|uai)le, quoi(|u"il ait déjà été observé chez plusieurs autres ])oissons \ivipares et chez \a. Perche jluvia- tile, V A mtiioihjle et la petite Lamproie, parmi les o\ipares. Mais le second, celui d'un ovaire en gestation, ou celui d'une grossesse ovarienne normale, ne peut manquer d'exciter au plus haut degré l'attention des physiologistes. 11 faut, dans ce cas, pour que la fécondation ait lieu , que l'élément du germe fourni par le mâle pénètre dans la profondeur de son oviducte , jusqu'à la surface des ovules , et qu'il traverse la muqueuse qui tapisse les lames proligères de l'ovaire, le calice ou la membrane nutritive de l'ovule, outre la membrane vitelline de celui-ci. A la vérité, ce fait d'une grossesse ovarieime normale est énoncé d'une manière générale et très succincte par G. Cuvier dans les généralités du tome I" de VHistoirc naturelle des Pois- sons, généralités qui ont déjà paru en 1828. Voici comment l'il- lustre auteur s'exprime à ce sujet : « Dans les poissons osseux vivi- pares , tels que les Silures, les Ànableps , cerluuies Blennies, etc. , l'œuf grossit dans l'ovaire, même autant qu'il faut pour le fœtus qui s'y développe, et il y a des espèces où il y devient assez grand. Le petit venant à éclore rompt, pour s'échapper, l'œuf et la membrane (|ui le retenait (1). » On remarquera que , dans cet énoncé , les Pœcilies ne sont pas nommées. Nous ajouterons que, d'après M. Uallike, on ne il) //(»/, uni 'hs iinis^liiis. I. I, |i -'ill) 330 DUVERKOY. — SLR LE DÉVELOl'i'EMENT doit pas comprendre la Biennie vivipare parmi les poissons à ges- tation ovarienne (1). Suivant cet autcm% l'œuf mûr rompt son calice ovarien et pas§e dans la cavité incubatrice de l'oviducte. C'est seulement dans cette cavité , où cet œuf trouve un nidamen- tuni mucoso-albumineux, que le fœtus commence à se dévelop- pci'. Bien plus , il y reste encore fort longtemps après l'éclosion et avant la mise bas. Les gestations ovariennes sont extrêmement rares dans le règne animal, et y semblent une exception ; généralement, presque universellement, l'œuf sort de l'ovaire pour le développement du fœtus , et le lieu d'incubation est , dans la règle , toujours diffé- rent de celui où l'ovule se développe. Dans le règne végétal , c'est au contraire toujours dans l'ovaire que la fécondation a lieu , que la graine mûrit et que le germe prend un premier degré de développement. J/ovaire végétal est donc à la fois l'organe pré- parateur de l'élément femelle du germe, le lieu où il se réunit et se combine à l'élément mâle pour la formation de ce germe et un organe de première incubation ; mais la seconde incubation , qui peut être séparée de la première par un long intervalle, et durant la((uelle la germination proprement dite a lieu , se passe hors de l'ovaire. § III. Degrés de développement des fœtus observés. Nous avons eu à notre disposition des fœtus de deux mères. Les uns et les autres étaient parvenus à la dernière période de leur développement dans l'œuf. Ceux de la mère n° 1 étaient les moins avancés , et ceiLX de la ( I ) A la vérité , M. Rathke dit expressément que le lieu où l'embryon se déve- loppe est le même que celui ou l'reuf a son origine et se développe lui-même, c'est-à-dire Vnniii-c: mais il expli(]ue plus loin « qu'au moment où l'œuf est mûr 1) et où il commence a se détaclicr des parois de l'ovaire, celles-ci sécrètent un 11 fluide opalin., un peu dense, qui remplit la cavité de l'ovaire, et qu'à l'instant » où les œufs sont devenus libres , ils sont plongés et nagent dans co fluide opa- 11 lin. » Il est clair que l'auteur confond ici sous le nom d'ovaire, relativement au développement, deux parties distinctes, l'ovaire et sa cavité ou l'oviducte, et que ce développement n'a lieu que lorsque l'œuf est sorti de son calice ou de son en- veloppe nulriti\e ovarienne , ou de l'ovaire proprement dit, et qu'il est parvenu dans l'oviducte. DE LA l'OKCll.Ili DE SHUINAM. 331 mère ii° 2 les plus avcancés. Nous les désignerons dans nos descriptions par ces mêmes numéros. j\ous avons de plus remarqué des degrés dilTérents de déve- loppement parmi les fœtus d'une même mère. Sans doute , ces difl'ércnces ne sont pas grandes ; mais elles sont sensibles soit dans la taille , soit dans les téguments plus ou moins colorés , soit dans la présence ou l'absence de la fente choroïdale , soit dans la longueur de l'anse intestinale, etc. § IV. Digression sur les cinq époqnos de la vie et les divisions de b première en dix périodes. Avant d'entrer dans les détails de l'organogénie comparée de notre Pœcilie , je crois indispensable , pour l'intelligence des expressions dont je me servirai au sujet des diverses épocjues de la vie et des périodes dans lesquelles je- divise la première épociue, de donner ici f[uek[ues explications préliminaires. Dans un discours d'ouverture de mon troisième Cours au Collège de France, prononcé le 9 décembre iSliO , et dans lequel je devais traiter des métamorphoses des êtres vivants , depuis la première apparition de leur germe jusqu'au terme de leur exis- tence, j'ai divisé la vie animale en cinq époques. La PREMIÈRE est la vie embryonnaire ou de développement dans l'œuf, ou d'évolution du (ferme; c'est l'époque d'incubation. La SECONDE est la vie d'éducation, ou de premier accroissement hors de l'œuf; la vie mammaire ou d'allaitement pour les Mammi- fères ; la vie durant laquelle , chez les 0\ ipares , les petits sont encore nourris , exclusivement ou en partie seulement , par la pro- vision de nourriture qui appartenait au fœtus dans l'œuf, par le reste de vitellus. Les Poissons ovipares passent cette seconde époque à peu près immobiles , et sans paraître rechercher aucune nourriture hors d'eux-mêmes. Ce n'est qu'au bout de huit jours, après l'éclosion , (|ue M. Rasconi a vu les petites Tanches sortir de cette espèce d'engourdissement , immédiatement après avoir rendu une sorte de méconium. Les Poissons vivipares éclosentde très bonne heure dans l'oviducle incubateur, et peuvent y rester beaucoup plus de temps que celui c|u'il leur a fallu pour se développer dans l'œuf; ils passent ainsi la seconde épo(|ue de leur \ie. 332 UllEKXOt. SLIl LK 1)1•;\EI,01'1*EME^T Les sul)vivipares ou les Syngnathes propres , à poclie sous- caudale , sont dans le même cas. La seconde époque de la vie , dans ces circonstances excep- tionnelles , est toujours distincte de la première par la rupture et la destruction des enveloppes protectrices de l'œuf. La TROISIÈME époque est la vie d'alimentation indépendante, pendant laquelle l'animal se procure lui-même sa nourriture : c'est aussi la vie du princijial accroissement. Cet accroissement étant parvenu à un certain ternie , l'animal , à la suite de métamorphoses générales ou particulières, entre dans la oiatrième époque de la vie, celle de propagation. Cette (juatrième é[)u(|U(' termine plus ou moins rapidement son exis- tence , ou bien elle se prolonge en empiétant sur la cinquième et dernière phase de sa vie, sur celle d'enveloppement, dans laquelle les organismes s'encombrent de parties solides, dont la mesure, lorsqu'elle est comble , arrête le mouvement de la vie et amène irrévocablement son dernier terme (1). Ces é|)oques de la vie , ainsi comprises et définies, permettent d'étudier comparativement avec justesse , et d'embrasser dans des considérations générales, les métamorphoses de tous les êtres animés. Quant à la première époque , celle du premier développement de l'organisme dans l'œuf, l'ordre assez régulier que montre ce premier développement dans l'apparition successive des organes ou des appareils d'organes, m'a permis de la diviser , chez les Poissons , en dix périodes , caractérisées chacune par un chan- gement remarquable dans l'organisme se développant. 11 était nécessaire de distinguer ainsi les phases de l'évolution du germe, indépendamment du temps, parce que celui-ci est très variable. Chez les Poissons en particulier , le dé\cloppcment dans l'œuf ne dure que cinquante-deux heures pour la Tanche ; il est de trois semaines au moins chez la Blennie , et de soixante à quatre-vingts jours chez la Palée. On conçoit que, pour en faire l'histoire comparative , il fallait saisir les principales cii'constances successives de ce développement et les comparer entre elles. ( 1 ) Voir le anond fiiscieulc de mes Liroit:i si/y l'hisloire ualiiiTlIe des corps or- giiiiixrx. professcVs ^iii CoIlOsi' (je France, Varis, 1812. DE T,\ POECILIi; DE SIRINAM. 3,'Î.S 0)1 coïK'oit encore que cela ("tait plus facile durant un long développement, tel que celui de h Pnléc , que pendant un déve- loppement rapide comme celui de la Tanche : aussi ai-je pris ces principales circonstances, dans le développement de la Palée, pour ce motif, et parce qu'il a été le sujet de l'histoire la plus com- plète que nous ayons sur le premier développement des ])oissons dans l'œuf. C'est de cet exposé détaillé, publié en lS/1'2 par M. Vogt , que je me suis servi pour distinguer les dix périodes dans lesquelles je divise la succession des phénomènes du premier développement dans l'œuf. Làjiremièreàe ces périodes est caractérisée par l'apparition de la vessie du germe, son sillonnement, sa matérialisation et la for- mation de trois sortes de cellules. Dans la seconde, la \essie du germe est transformée en blasto- derme, et celui-ci envahit presque toute la surface du vitellus, sauf un petit espace circulaire, au pôle opposé' h celui où la vessie du germe a paru. Dans \a. troisième période, on distingue la bande primitive ou les premières traces du germe , puis le sillon et les carènes dorsales, indistinctement limitées en avant et en arrière. Les premières traces des élargissements cérébraux se montrent dans la cjuatrième période. Le sillon dorsal se change en tube dans la partie moyenne. On aperçoit les premiers linéaments des divi- sions vertébrales, linéaments qui deviendront les intersections tendineuses des grands muscles latéraux, et ([ui se développent comme seul indice subsistant de ces divisions vertébrales dans le poisson le plus inférieur, le Brandi ioxtonia lubricum. Dans la cinquième période, la corde dorsale se forme. Les sinus oculaires se séparent en partie des lobes optiques. On aperçoit les capsules auditives. La sixième est remarquable par une marche rapide de l'orga- nisme vers sa complication organique. La queue se dégage du vitellus. Les nageoires pectorales commencent à poindre. Le canal alimentaire et les reins montrent leur première apparence. Le cœur apparaît sous sa première forme. Dni'îiiit l:i septième période, la face commence à se développer Sêk nUVEBXOÏ. — SUR LE DÉVELOPPEMENT et les narines avec elle. Le canal intestinal est un tube complet, mais encore fermé à son issue. Dui'ant la huitième période , le cœur se divise en deux chambres par un étranglement transversal. Le foie se montre comme une annexe, comme une poche du canal intestinal: c'est ce que l'on voit encore dans l'organisation définie du B lanchiasloma lubricum. La vie cellulaire se limite ou se circonscrit à cette époque dans la partie la plus intime des organes, et la vie vasculaire commence par l'établissement de la circulation entre le fœtus et le vitellus , dont la surface montre un réseau capillaire pour la sanguification. Dans la neuvième période, l'hyoïde , les arcs branchiaux , les fentes branchiales se complètent et se limitent ; les cellules des muscles se rangent en séries, pour former les fibres nmsculaires; la fente choroïdale se ferme. Enfin , dans la dixième , le crâne, les vertèbres et les membres existants deviennent cartilagineux ; les libres musculaires pren- nent leurs stries transversales ; le cœur sa position horizontale. Après ces explications, on pourra comprendre dans quelle acception je me sers des termes de première , seconde, etc. , époques de la vie, et de ceux de première , seconde , etc. , périodes de déve- loppement dans l'œuf. § Y. Enveloppes du fœtus, et sa position dans l'œuf. La posiliou du fœtus dans l'ovaire proprement dit, enfermé dans les replis de sa membrane proligère , à côté des ovules se développant pour une autre gestation , lui donne une enveloppe de plus qu'à ceux qui se développent, comme les fœtus de Blennie, dégagés de cette membrane et libres dans la cavité de l'ovaire. Si j'avais pu observer le calice de ces œufs dans l'état frais, je l'au- rais probablement trouvé injecté de nombreux vaisseaux sanguins. Le chorion , qui vient après , est une membrane excessivement mince, transparente, formant, comme à l'ordinaire , une poche n'ayant aucun rapport de contiiniité avec le fœtus et qui renferme une quantité variable de sérosité albumineuse. Le fœtus peut s'y mouvoir plus ou moins librement , suivant le degré de développe- ment. Dans le degré avancé que j'ai observé, la sérosité est peu DE I.A POECir.Ii; DE SIRINAM. 335 abondante , et le fœtus paraît très k l'étroit dans cette enveloppe qu'il était sur le point de rompre. Il y est contourné en cercle autour du viteilus. l.orsqu'on l'observe du côté droit et par la face infé- rieure , on aperçoit immédialenicnt, en arrière de l'œil de ce côté, le disque huileux , qui est encore considérable et presque aussi volumineux que ce qui reste du viteilus. Celui-ci est assez grand pour servir d'axe au corps du fœtus ainsi replié en cercle, et la queue n'est pas, comme dans la Blennin vivipare, fléchie sur elle- même (l). Le sac vitellin est contenu dans le sac ombilical ; ils sont d'ailleurs tellement minces l'un et l'autre qu'ils se détachaient du corps du fœtus, le plus ordinairement, quand je cherchais à les examiner dans l'eau, après avoir extrait le fa'tus de son chorion et avoir essayé de le redresser. Je n'ai pu w'assui'er si le sac vitellin con- servait encore une communication avec le canal intestinal. § VI. Proportions de la mère et du fœtus, et forme générale du corps de ce dernier. Le corps d'une des deux mères, de la plus grande , avait, ainsi que nous l'avons dit, depuis le bout du museau jusqu'à l'extré- mité de la nageoire caudale 0"',073; celui des fœtus n'en avait que 0-,0055, 0"',0056, ou 0'",0063, ou 0"',0066. La queue n'atteignait pas le tiers de cette longueur totale dans l'adulte; elle l'excédait dans le fœtus. La nageoire caudale avait la moitié de la longueur de la queue chez la mère; elle était moins longue chez le fœtus. Ainsi la plus grande proportion de la queue était essentiellement dans les ver- tèbres caudales et non dans la nageoire. La tète, depuis le bout du museau jusqu'au bord postérieur de l'opercule, n'a dans la mère que 0"',014 de long, c'est-à-dire le cinquième de la longueur totale du corps. Dans le fa;'tus, cette même ligne mesure un millimètre et huit dixièmes (()'", 0018), conséquemment le tiers et trois cinquièmes de la longueur totale du corps. Ces différences n'ont rien de particulier à cette espèce ; elles (\)L. <•., lab. I.fig. i. âS6 DIVEKXOY. — SIR I.E DÉVELOPPEMENT confirment des observations analogues sur les différences de pro- portions du fœtus des poissons et de fanimal adulte. TABLEAU lies mesures comparatires on la mi:be et m foeti's. Longueur du corps, depuis le bout du museau jus- qu'à l'extrémité de la nageoire caudale. . . . 0"',OTi 0"\006 Longueur de la queue , depuis l'anus jusqu'à l'ori- gine de la nageoire caudale 0'",0290 0"',0025 Longueur de la nageoire caudale 0"',0I13 0"',00l Longueur de la léle, depuis le bout du museau jus- qu'au bord de l'opercule 0'",0140 0"',00I8 Longueur de la nageoire pectorale » 0"',0005 Diamètre longitudmal de l'œil » 0"',0008 Diami'lre pris dans le sens vertical » 0"',0006 Longueur des intestins 4 fois la long, du corps. Quoique la queue se développe , chez les poissons , postérieu- rement à la tète et au tronc , elle y prend rapidement les grandes proportions qu'elle montre à la dernière période de la vie de dé- veloppement. Les dimensions que je viens d'indiquer donnent une idée de la forme générale du corps du fœtus, parvenu au degré de développement que je dois faire connaître. On remarquera l'énorme proportion des globes oculaires, qui occupent tout le côté antérieur de la tète et dont le museau ne dépasse presque pas en avant la circonférence (lig. 5 et 5 bis). La bouche est cependant à l'extrémité du museau et non plus en dessous et en arrière. Elle paraît comme une fente courbée en arc, dont la convexité est dirigée en avant et en haut et dépasse à peine les yeux dans le premier sens. Les proportions du tronc sont faibles , relativement à celles de la tête et de la queue. Bien entendu que nous comprenons les branchies et l'opercule qui les recouvre, dans les parties de la tète. Si l'on compare les fig. 1 de l'adulte avec la fig. 3 du fœtus, on sera frappé des différences de proportion de celte même partie, à ces deux âges de la vie. § VII. Système nerveux central. (Fig. Zi.) Quelque compliqué que doive être rpncé|ihale du poisson , à l'époque de son complet développement , il commence toujours DE LV PCœCILlE DE SiaiNAM. 357 par être composé de trois paires de tubercules , dont les trois prin- cipaux organes des sens, ceux de l'olfaction, de la vision et de l'audition , sont autant d'expansions : aussi est-on assez générale- ment convenu de les désigner par des dénominations qui indiquent ce rapport. Les premiers sont les tubercules olfactifs: les mo\ens, les tubercules optiques; et les postérieurs, les tubercules auditifs. Le cervelet se développe ensuite , derrière les tul^ercules opti- ques, en travers et au-dessus des tubercules auditifs, par deux petites lames isolées , mais qui ne tardent pas à se joindre et à se confondre. Son développement est donc toujours postérieur à celui des trois paires de tubercules principaux , et leur est subordonné. Cette apparition tardive du cervelet, signalée, ainsi que nous lavons déjà dit, depuis 1820, par M. Serres, dans les embryons des quatre classes des vertébrés (1), semble , sinon coïncider, du moins avoir des rapports avec l'apparition tardive des organes de la génération. LesSyngnathes observés durant la première époque de la vie et le Sri/phiiis (ipliiilion , vers la fin de cette première époque , n'avaient ))as encore de cervelet. Chez la lilennie, M. Rathke l'a vu se montrer en rudiment au commencement de la seconde moitié de celte pre- mière époque. M. Vogt a fait la même observation dans la Palée. Dans nos individus, les principales parties de l'encéphale s'a- perçoivent à travers les enveloppes encore membraneuses du crâne et les téguments transparents. On distingue en avant, fig. ?>, les tubercules olfactifs, qui semblent encore confondus en un seul lobe, sauf un léger sillon longitudinal montrant un commence- ment de séparation. Les tubercules optiques sont d'une bien plus grande proportion et séparés par un sillon très marqué. Enfin les tubercules auditifs sont les plus petits et ne forment encore qu'im seul lobe apparent. 11 n'y a aucune trace de cervelet. Je n'ai pu rien apercevoir de l'infundibulum. ni de la glande pituitaire , pas plus que de la glande pinéale. § VIII. Organes des sens ou système nerveux périphérique. Les plus importants des organes des sens succèdent presque (I) Auatomie comparée du cerveau, etc. Paris, 1826. 3« série. Zûol T I. (Juin 1844.) 22 S38 DivERi^ioY. — SI p, i.E nihF.r.opi'inii;\c immédiatement dans l'ordre du développement à celui des tuber- cules cérébraux principaux : cela peut se dire du moins des yeux et des oreilles. Les narines, qui sont des dépendances de la face, apparaissent plus tard et seulement à la fin de la première époque de la vie, avec les parties de la face. Une circonstance caractéristique du développement des yeux est celle d'une fente à la partie inférieure du globe oculaire, qu'on appelle fente choroïdale, ])arce qu'elle indique un développement de haut en bas de la choroïde , et qu'elle subsiste aussi longtemps que les parois de ce globe ne paraissent composées extérieurement que de cette membrane, et ne sont pas encore revêtues de la sclé- rotique. Une autre circonstance, observée par M. Rathke dans les Syngnathes, c'est la forme ovale qu'a l'œil de l'embryon avant de prendre la forme sphérique ; son plus grand diamètre est alors dans le sens de l'axe du corps (1 ). Enfin M. Vogt a vu le cristal- lin formé à la périphérie de l'extrémité céphalique, venir s'inva- giner dans la demi -sphère oculaire , produit de l'épanouissement ou de l'expansion des tubercules optiques. Ce double développe- ment , l'un périphérique et l'autre axillaire, des différentes parties de l'organe de la vision, est extrêmement remarquable ; il montre à la fois la dépendance du système nerveux central , des parties es- sentielles de cet organe, et la dépendance du système cutané, de ses parties accessoires ou de son armure. L'absence ou la présence de la fente choroïdale indique un développement plus ou moins avancé. Dans mes individus dos deux mères, l'œil conservait son énorme proportion , qu'il prend , pour ainsi dire , dès le principe de son développement. La face étant encore très peu développée, une très petite portion du museau dépassait le globe de l'o'il en avant, ainsi que nous l'avons déjà observé au § 3. Il était encore presque tout entier hors de la cavité de l'orbite , sauf chez les individus de la seconde mère, où il semblait avoir un commencement d'enca- drement orbitaire. Dans nos fœtus les moins développés, la cho- roïde était à nu , noire , et nullement recouverte de cette couche argentée, qui annonci^ la formation de la sclérotique dans les indi- vidus plus avancés. (I)Z.. c, lab. V, f. 6 et 7. DE r.\ pfUT.H.iE nii SI niN\M. 339 La fente choroïdale, entière dans les premiers, ne se voyait plus que du côté de la pupille dans les individus plus avancés (lig. 8) de la première mère ; elle avait entièrement disparu dans les fœtus de la seconde mère. On y distinguait parfaitement le cristallin à travers la cornée transparente. Étudié au microscope, au moyen du compresseur, à un faible grossissement, ce corps nous a montré des stries con- centriques près de- la circonférence , avec un noyau transparent au centre, se fondant insensiblement dans sa partie striée. Ces stries indiquant les diverses couches de la substance cristalline ne sont pas continues, ni partout parallèles, ni de la même épaisseur. Le bord du cristallin, lorsque j'ai comprimé davantage ce corps, a éclaté et s'est divisé à des intervalles à ]M'u ])rès égaux. ïi'oryane auditif (fig. 5) se montre de bonne heiu'e dans le dé\eloppement de l'organisme des poissons. C'est d'abord une simple vessie , qui se forme d'une expansion latérale des lobes cérébraux postérieurs. On en voit les premiers vestiges jieu de temps après ceux de l'œil, et lors(ju'on commence à apercevoir la formation du cristallin. J/apparition des globes oculaires, et suc- cessivement des premiers vestiges des capsules auditives , jointe à celle de la corde dorsale, caractérise entre autres notre cinquième période du développement dans l'oaif. Le développement de cet organe des sens est entièrement en rapport a\ec l'encéphale et l'intérieur du crâne, dans leeiuel il reste enfoui toute la vie, et n'a aucune liaison avec le derme. Ce n'est que vers la fin du pre- mier développement dans l'œuf que Ton distingue les canaux semi-circulaires, qui sont courts et dilatés. Dans la seconde époque, le vestibule se sépare en deux poches, dans chacune desquelles se montre un rudiment d'otolithe (1), On les aperçoit même déjà à notre huitième période {'2) ou seule- ment à la lin de la première époque (3). Dans nos fœtus , nous avons découvert la capsule auditive sur le côté du lobe cérébral postérieur, tout en bas(fig. 19 a, a', 1, (1) M. Raltike, sur les flfaiiiies, table V, f. 66, el surles Si/iiff/iaffes, p. 171. (2) M. Vogt, dans la Palée, p. 80. (3) M de Qualrefages, sur VOphidioii, pi. li bis, et f. 8', ub. ft/l(l mVER\01. — SI F. LE DÉVELOPPEMENT 2, o). Elle est pyriforme, semi-transparente, allongée, un peu aplatie latéralement. Elle semble comme bifm-quée en avant par le développement de deux extrémités des canaux semi-circulaires. Une troisième se voit sur la face interne. Ces rudiments de ca- naux semi-circulaires sont grêles au lieu d'être épais et dilatés. On n'aperçoit encore aucune otolithe. Les narines nous ont paru placées au-dessus et à l'extrémité du museau, tout près et en dedans des globes oculaires , contre la partie avancée de leur bord intérieur. Elles se montrent comme deux petites capsules rondes , nuageuses , dans la place que nous venons de désigner. Leur position , relativement aux tubercules olfactifs, est contre le bord interne de l'extrémité de ces tuber- cules. § IX. Squelette. Les parties qui constituent le squelette des poissons osseux ne sont encore que cartilagineuses, à la fin de la première époque de la vie. Dans nos fœtus, nous avons vu, en parlant de l'encéphale, que le crâne et la peau qui le recouvre , étaient transparents et laissaient voir les tubercules médullaires qui constituent les parties centrales du système nerveux. Les vertèbres sont partout bien distinctes. Les caudales nous ont paru complètes , ayant leurs arcs et les apophyses épineuses supérieures et inférieures. A la vérité , les dernières apophyses épineuses inférieures de la queue sont encore séparées. Chez les autres poissons dont on a observé le dévelop- pement, les arcs supérieurs ne se joignent pas encore, et les apo- physes épineuses n'existent ])as à la jjremière époque de la vie. Le peu de développement des os de la face, la solidification retardée du crâne , contrastent , chez nos fœtus, avec le dévelop- pement avancé des vertèbres, celui des rayons des nageoires, que nous avons déjà indique, et celui des rayons branchiostèges de l'opercule et des dents, que nous décrirons dans le paragraphe suivant. La ceinture osseuse thoracique qui soutient les nageoires de ce nom est la première partie du squelette qui s'ossifie. Nous l'avons trouvée très avancée dans sn solidification cartilagineuse, chez nos fœtus les pins développ('s. DR ],\ l'OI'CII.II-; l)K .SlUl.XAM. .'i/ll g \. Des nageoires. Les nageoires sont très intéressantes à étudier dans leur dé\e- loppement , sous le rajiport des différentes époques successives de leur a])parition , do leurs formes diverses , de leur composition première, purement membraneuse, et des rayons qu'elles pren- nent plus ou moins tard. Les mouvements qui se manifestent de très bonne heure dans les nageoires pectorales, dont l'apparition dans l'organisme est très précoce , nous présentent un des phé- nomènes les plus curieux du développement. Dans la sixième période du développement dans l'œuf, lorsque la queue se détache du vitellus , ([ue le cœur montre, sa première forme , etc. , les nageoires pectorales conmiencenl à poindre. A l'époque de la huitième période, quand la circulation capil- laire est établie sur le vitellus, ce petit poisson relève sa nageoire pectorale , dans laquelle on aperçoit les premières traces des rayons, et la maintient dans un mouvement continuel (1). Les nageoires impaires dorsale , caudale et anale ne se compo- sent que d'un pli de la peau, continu, qui fait le tour du corps, n'est interrompu ([ue ])ar l'anus, et reprend au-delà, sous l'abdomen. Cette dernière partie est une nageoire embrymnairc transitoire, qui disparaît à la lin de la première époque ou au connnence- ment de la seconde. L'autre partie de cette longue nageoire em- bryonnaire commence à se changer dans toutes les nageoires im- paires que je viens de nommer, en prenant des échancrures, dans les parties correspondant à leurs .séparations. Elles ne montrent leurs rayons qu'après l'éclosion. Quant aux nageoires ventrales, elles se développent les dernières, sans doute par suite de la soli- dification refardée des parois abdominales , par la présence du vitellus et du sac ombilical. Cet obstacle peut du moins être remarqué pour les poissons abdominaux. Nous avons à signaler, dans nos fœtus de Pœcilies , à l'égard des nageoires thoraci(|ii('s et surtout des nageoires impaires, un développement précoce toul-iL-fait extraordinaire. On ne doit pas perdre de vue que ces fœtus se développent dans un calice de l'ovaire, qu'ils y sont repliés autour du suc vitello- (1)y. Vogt, surlaralcc, p. 133. 3i!|2 urvi':K\oi. — sur i.u dévkloppiîjient ombilical, encore assez grand ; qu'ils ont en eux-mêmes, poui un développement, ultérieur, une provision de nourriture plus ou moins abondante, et cependant leiu's nageoires impaires sont formées et armées de leurs rayons. Les nageoii'es llioraciques avaient leur partie centrale dévelop- pée , autour de laquelle se déployaient leurs membranes avec sept rayons distincts. On en comptait vingt au moins et même vingt- deux à la caudale, six à la dorsale et neuf à l'anale, comme dans l'adulte. Ceux du milieu étaient, dans cette dei'nière, une fois aussi longs que les premiers et les derniers. (juant il leur Structure, nous l'axons trouvée très sensiblement différente de celle de l'adulte, du moins dans la nageoire caudale, oii nous l'avons particulièrement étudi('e. Chez l'adulte, chafiue rayon est d'abord très épais et se divise successivement avec régularité ou dichotomiquement en deux , à mesure qu'il s'éloigne de son origine. Ces divisions se répètent au moins trois fois dans les plus longs de ces rayons. Ensuite on re- marque dans la première partie, comme dans les suivantes, un grand nombre de stries transverses , très rapprochées, également distantes, indiquant autant d'articulations. Dans nos fœtus, chaque rayon bifurqué à son origine, comme s'il avait une double racine , se divise, les trois ou quatre pre- miers de chaque côté e\cepti''s, en plusieurs articulations, dont la dernière seulement se compose de lilets distincts très lins et parallèles. î,es autres sont des articles, en apparence solides, et non divisés en filets. Il n'y a qu'un de ces articles dans les cin- (]uième et sixième rayons de cliaijue côté ; dmrx dans le septième; li'oisdansle huitième; quatre dans le neuvième, et cinq dans le dixième et celui du milieu. Ces articulations sont beaucoup moins nonihi'cuses que chez l'adulte. Les nombreux filets de la der- nière, (|iii lui donnent la foi'iiied'un pinceau, sont aussi très re- niais |uables (^'oir fig. ()). § \l. Muscles xolniitaires et iinoldiilairos; muiivcinciUs rcllécliis des premiers. JiCs mouvements dont la queue est susceptible, dès le moment, P'iur ainsi din- . oii r\\i- est t'orm('r r[ d(';;a.';i'e à la l'ois du \ilellus. Dli I.A l'OlXII. ne IJK SDllliXAM. ,")43 ce (jui a lieu à notre sixième jiériode du développement dans l'œuf; les mouvements non inleiTompus que montrent les na- geoires pectorales dès la huitième période de la même époque , sont un des phénomènes physiologiques les plus remarquables de l'embryogénie et de l'organogénic , si l'on fait attention au peu de progrès que montrent encore les masses musculaires dans leur organisation intime et définie. Dans ces deux périodes, les cellules dont se composent ces masses musculaires, dans hPaIce, suivant les observations de M. Vogt, forment encore un chaos, pour ainsi dire, aux yeux de l'observateur, et ne sont pas rangées en séries régulières, pour composer les fibres éh'mentaires. Ce n'est c|u'à notre neuvième période que ce progrès a lieu dans l'organisation musculaire, et les mêmes fibres ne prennent les stries transverses qui caractéri- sent leur organisation délinie que durant notre dixième et der- nière période du développement dans l'œuf. Sans doute ces mouvements des muscles volontaires ne sont pncore que des mouvements réfléchis, tels que M. Marschal-Hall les a distingués; mais ils n'en sont pas moins extrêmement inté- ressants, si l'on compare leur manifestation avec l'apparence si peu avancée de l'organisation qui les produit. De deux choses l'une, ou l'on ne voit pas bien complètement cette organisation, à l'époque où elle ne se compose, en apparence, que d'amas irréguliers de cellules, ou l'arrangement définitif de ces cellules en séi'ies et en fibres , avec des stries transverses , n'est pas nécessaire pour leur action. Les contractions du cœur , qui commencent dans les mêmes cir- constances organiques , lorsqu'il n'est encore compos(î que d'un amas iri'égulier de cellules, contractions qui ne se répètent, à la vérité, qu'à de longs intervalles, viennent encore à l'appui de ces laisonnements. Enfin on aperçoit les mouvements péristaltiques des intestins , à travers les téguments et les muscles transparents (lu foetus, avant que l'on puisse distinguer une couche nnisculaire dans les intestins , avec l'organisation cpii caractérise les muscles. Ces plu'nomènes vitaux, sans instruments palpables, nous re- portent involontairement aux animaux inférieurs, qui n'ont encore pour nos moyens d'investigation , ni muscles ni nerfs évidents, el 3/i/i. DtVEKXOV. — SIR LE DIÎVELOI'PEMENT qui cependant, agissent et sentent comme s'ils en étaient pourvus. Dans nos fœtus de Pœcilies, les masses musculaires des grands muscles latéraux nous ont paru très avancés dans leur formation, sans que celle-ci soit encore complète. A un grossissement de 300 diamètres nous avons pu reconnaître les séries de cellules qui composent leurs fibres; mnis à l'extrémité de la queue il y avait encore une grande proportion de cellules rondes, isolées, relati- vement à colles c[ui étaient arrangi'es en S(''ries et en fibres dis- tinctes. § XII. Du rrrur cl des vaisseaux sanguins. Le cœur est un des organes c|ai éprouve le plus de métamor- phoses dans son d(''veloppement , et le plus de changements dans la position absolue et relative de ses parties , jusqu'à ce qu'il soit arrivé à sa forme et à sa position définitives. Ce n'est d'abord qu'un amas confus de cellules (durant notre sixième période). Bientôt ces cellules s'arrangent de manière à laisser entre elles une capacité cylindrique. A peine ce vide est-il formé, e( avant qu'il ait une issue au-dehors , on voit s'y mou- voir de petites cellules libres, (|ui deviendront bientôt des globules sanguins. Ces mouvements de va et vient des cellules qui semblent s'être détachées des parois du cœur ]irimilif . au moment où celles-ci vi(Mnient de se former, sont dus aux contractions et aux dilatations alternatives, lentes, mais très apparentes que montrent ces parois , aussitôt qu'elles ont ce premier degré d'organisation. Ces observations curieuses que M. Vogt a faites sur l'embryon de la Palée, et que MM. Agassiz et Valentin , qui en ont été les témoins , m'ont confirmées (dans le voyage que j'ai fait en Suisse au mois de septembre dernier) , sont du plus haut intérêt, ainsi que je crois l'avoir démontré dans l'article précédent (1). Après la forme cylindrique , en boyau , le cœur prend deux ililatations séparées par un étranglement, lesquelles répondent au ventricule et îi l'oreillette. Ces dilatations sont allongées et se suivent de manière que l'oreillette est en nrrii"'re et le ventricule en avant (durant notre huitième période). Plus tnrd on en distingue une troisième en arrière, le sinus des ( I ] F.ili'i coiihiiiieiU d'aillcii-j celles do M. Valonlin sur les œufs de la IWche , rcluUvenienI uu\ nioiivi'iiu'iils primilifs du cœiir avunl rappuriliou des vaisseaux. DI5 LA l'OKcii.ii; ni; siuiWM. ;V|5 veines caves, et une ciuatrirnio en avanl. le bulbe de Tarière Ijran- rhiale. Dans la suite du développement, ces différentes parties changent de position et de forme. Le canal étroit et court qui sé- parait roreillette du ventricule se raccourcit et disparaît, en même temps celle-ci se place à côté du ventricule. Ce n'est que plus tard encore que le cœur tout entier fait une sorte de culbute , de manière que cette dernière cavité se place sous l'oreillette. Durant la première époque du développement, le cœur n'avait que deux cavités , dans les Syiujnalhes , suivant M. Ratlike. Ce sont deux poches : la première, plus petite, sphérique, est le ven- tricule ; la seconde, qui la suit, de forme ovale, plus grande, est l'oreillette. Elles sont séparées l'une de l'autre par un petit canal, et la dernière, du sinus connnun de la veine vitelline et des quatre veines caves, par un semblable canal. Ce sinus est très considé- rable dans la Bleiinie. Il forme une partie essentielle, une partie centrale de la circulation chez les poissons. Ce n'est que vers la fm de la seconde époque, longtemps après réclusion, lorsqu'il reste encore un peu de vitellus dans le ventre, que le ventricule commence à se placer à côté de l'oreillette et que le bulbe aitériel se montre , mais avec de petites propor- tions (1). Dans un embryon de Blcnnic de noire huitième période, le ventricule était plus grand que rorcilletle et déjà un peu placé dans une autiv ligne : il n'y avait encore aucune apparence de bulbe ("2); et dans les derniers jours avant l'éclosion, leccpurd'mi fœtus de la môme espèce conservait encore un canal entre le sinus desveines caves et vitelline et l'oreillette; il y avait un second canal entre celle-ci et le ventricule, et au-delà de celui-ci se montrait le bulbe artériel (3). La position du ventricule était à côté de l'o- reillette. Mais ce n'est que dans la seconde époque que ces par- ties se rapprochent ; elles ne prennent leur forme et leur position définie qu'à la fin de cette seconde époque. Alors le ventricule a un cul-de-sac en arrière qui dépasse sa communication avec l'o- reillette . avancée au nn'lieu de la longueur de colle-ci. (Ij Rathke, /. i-., pi. V, lig. lo et ii. (2) lliitlike, / r , pi, VI, fig. 2'J, (:i) lbi.; vers la cote du lîrésil , à la latitude de 18° S.: et entre les latitudes de 37° ;"! 'lO" S., la mer en fourmillait, surtout pendant la nnit. En général, ils paraissent nager près de la surface : cependant, dans l'océan Pacifique , (l) The AniKils iiiid MiKjiizin of natunil hislonj,'^ar\ ISti, p. 1. (J) .-tiimi/c.t lies Srienees naliirelles. 1" série, t. X. p 232, M d'Orbigny a publié ses observations dans son Voyage [Mollusques . p. 1 40 ). M. le professeur Forbes a fait, il y a quatre ans, une première communication relative a ce genre, a la Société wernericnne , et une seconde à l'une des séances de l'Association bri- launique delà présente année. ■>AKUi>. — sii\ i.ic (;i:\uic sAGinv. 361 sur la côte du Chili , j'ai pris de ces animaux ;i la profondeur de quatre pieds. Ils ne se trouvent pas exclusiienient dans la haute mer, comme M. d'OrbiffU) l'a supposé, car je les ai rencontrés en grand nombre près de la côte de la Palagonie , dans des endroits où l'eau n'avait que dix brasses. Tous les individus que j'ai pris avaient deux paires de nageoires laté- rales ; mais je ne crois pas que tons appartiennent à la même espèce. Ceux que j'ai trouvés dans les latitudes de 'ôl" ii W S, me paraissent être certainement la .S', cxajiuru de M. d'Oibignj ; et c'est à la reproduction de cette espèce qu'on dc\ra rapporter les observations peu nondjreuses qui vont suivre, à moins que je n'annonce expressément le contraire. W. d'Orbigny et M. Korbes ont classé provisoirement ce genre parmi les BloUusques nudéobranclies ; mais les raisons qu'ils apportent ne me sem- blent guère concluantes. Tête. La tête, d'une fornu' linéaire-lancéolée, d'une nature gélatineuse et glntineuse , est séparée du corps par un col clistincl. .\ l'élal de repos, la tète est légèrement aplatie, et ressemble à un cône tronqué ; en mou- vement , sa partie basilaire se creuse en forme de demi-lune ou de fer U cheval, dans l'enfoncement duquel est nue bouche plis.sée longilndinale- nienl. Sur chaque bras de ce fer à cheval diarnu, est attachée une créle formée de huit grilTes , ou dents courbes et légèrement crochues. Quand l'animal est vi\ ace , il exécute sans cesse des mouvements qui amènent ces dents en forme de soies les unes vers les autres sur la bouche. .Si la tète est immobile, et si ces dents sont rétractées, elles paraissent être situées bien plus près de la bouche que quand leurs bases charnues sont dilatées. Les dents du milieu sont les plus longues. Outre le mouvement de totalité que toutes les dents etéculent pour se serrer les unes contre les autres, par suite de la contraction de leurs bases charnues, chacune d'elles peut encore se mouvoir isolément de côté , de manière à s'approcher ou à s'é- loigner des dents voisines. L'ouverture buccale .se trouve sur la surface oblique d'une partie saillante , entre les deux bras charnus. Tout auprès de la bouche sont deux antres rangées de dents d'une petitesse extrême , dont l'existence n'a pas élé notée jusqu'ici par les observateurs, et que je n'ai pu distinguer qu'à l'aide d'une très forte loupe. (;es deux séries de petites dents font saillie en dedans et en travers relativement aux deux grandes crêtes dentaires v erticales : de sorte que si ces dernières sont fermées au-dessus de la bouche, les petites dents les croisent, et forment ainsi un obstacle puissant qui empêche d'échapper tous les corps qui ont élé saisis par les dents longues et crochues. Je n'ai pu apercevoir aucune trace d'yeux ni de tentacules. Organes de la locomotion. L'animal se meut avec vivacité, et par sauts, en courbant son corps. Les deux paires de nageoires latérales et celle qui se trouve à la queue sont sur le même plan horizontal ; vues avec une loupe à faible grossissement , elles paraissent être formées d'une membrane délicate ; mais si on les examine il l'aide d'une loupe dont la distance focale ne soit que de 1/20 de pouce , elles .semblent être com- posées de rayons d'une linesso extrême et transparents, qui sont appli- qués les uns contre les autres, comme les barbes d'une plume, maisipii ne sont pas, je crois, réunis par inie membrane véritable. La queue sert non seulement coiimie organe de loronujlion , mais encore comme mo\ en d'attache, lin elVet, quand l'animal est plac(' dans une cuvette icmplie d'eau , il se lixe (|uelquefols avec tant de force aux ])arois lisses du vase, ù l'aide de retti.' queue, (pi'ou ne peut pas l'en délaclier en agilaul forte- 362 DARWIIV. — SUIl LE GENUli SAGITTA, ment le liquide. Parmi les individus nombreux que je me suis procurés , je n'en ai jamais vu un seul fixe au moyen de ses dents sur les œufs d'ani- maux pélagiens ou sur d'autres corps , comme M. d'Orbign)' l'a observé chez certaines espèces. Yisecrex inlcrieurs. A l'intérieur du corps et sur le même plan que la bouche plissée dans le sens longitudinal , se trouve un tube ou cavité aplatie qui, chez les individus de la latitude 18" S., avait la puissance de se contracter cl de se dilater dans ses dilTérentes parties. J'aperçus dans cette cavité un mouvement péristalliquo manifeste, et j'y pus parfaite- ment distinguer , chez la S. e.raplera , dans la moitié postérieure du corps, un \ aisseau délié, que je suppose être l'intestin, car il m'a paru se terminer sur un des côtés du corps , vers la base de la queue. Je n'ai pu découvrir aucun vestige de noyau viscéral, de branchies, de foie, ni de cœur, (liiez quelques individus 1res jeunes , qui venaient d'éclore, se trouvait , dans la partie antérieure du corps , un organe pulsatile distinct, dont il sera question ])lus tard. lieprothirtioji. L'étal de l'appareil générateur varie beaucoup, même pour des So^iVtrt prises en même temps. Sur un individu chez lequel cet ap- pareil est dans tout son développement, la queue , ou la partie du corps (|ui se rétrécit de plus eu plus , et dans laquelle l'inlestln ne pénètre pas, est divisée longitudinalemenl par une cloison d'une délicatesse extrême , et est remplie par nue matière pulpeuse et granuleuse d'une grande linesse. La colonne de celte matière qui se trouve de chaque côté de la cloison centrale prirnil aussi être subdivisée par une autre cloison (je dis /nirait, car je n'ai pu reconnaître si cette subdivision est complète). Il y aurait donc eu tout (pialrc colonnes, comme l'indique la figure (PI. 15 lî, lig. A, 1,1). Toute la masse de cette matière est le siège d'une circula- tion régulière et co :stante , analogue , jusqu'à un certain i)oint , h celle du liquide dans la tige du ('hani. Le mouvement a lieu de bas en haut dans les deux cohnines externes, et de haut en bas, vers la pointe de la queue, dans les deux colonnes moyennes. Cette circulation est plus active aux côtés externes des deux colonnes dans lesquelles le courant marche (le lias en liant , et ;'i la partie la plus interne de la masse , c'est-;i-dire dans le voisinage imnu'diat de la cloison qui sépare les colonnes dont le courant marclii' de haut en bas. On peut se rendre raison de ce phéno- mène en sn|iposanl que les deux surfaces de la cloison centrale sont cou- vertes de cils vibraliles , dont l'action aurait lieu dans un sens opposé .'i celui dn mouvemi'nt d'autres cils , qui seraient placés à la face interne de la membrane qui forme la queue. Peut-être est-ce l'immobilité de la matière grarudcuse , située entre les deux courants , qui donne l'appa- rence d'une cloison de chaque côté do la cloison centrale. La circulation ;"i la base de la queue est deux fois plus active qu'elle ne l'est près de sa pointe , oii , dans son mouvement le plus rapide , je trouvai qu'un granule parcourt en cinq secondes la 2.')0' partie d'un pouce sur le micromètre. En tenant compte du courant moins rapide dans d'autres parties, j'ai calculé (pie chez un individu dont la queue avait 3/21) de pouce de lon- gueur, un granule accomplissait une circulation complète en six minutes environ. J'ai pu suivre distinctement les gramdes pendant qu'ils descen- daient dans une colonne , qu'ils tournaient l'angle des deux courants , et montaient la colonne ascensionnelle. Chez des individus dont l'appareil gén(M'ateur était moins développé, la queue contenait très peu (le ma- tière granuleuse, et la circulation s'y montrait, dans la même propor- tion , moins i)rononcée et moins vive. Chez quelques individus je n'ai pu DJIRU'IK. — SIR LE GENRE SAOITTA. 363 apercevoir de matière granuleuse, et, pour cette raison peut-être, la circulation n'était pas visible. Quand la queue est remplie de matière soumise irane circulation active, il existe toujours deux culs-de-sac ou ovaires en forme d'intestin qui s'é- tendent de la l)ase de la queue le long de cliaquc c(")lé du lul)c inloslinnl (tig. A, 0,0); ces ovaires sont remplis d'a-ufs qui , dans le même animal, sont à dilléreuts états de développement , et vaiient en longueur d'un 1/100 il un 1/50 de pouce. Leur forme est ovoïde, terminée en pointe (lig. B), et ils sont atlacliés en séries au\ côtés de l'ovaire par leur extré- mité pointue ; ceux qui ont acquis le maxiunuu de grosseur se détachent au moindre attouchement. Ouand les o\ aires rcnfiMinent un grand nom- bre d'œufs arrivés à peu près au terme de leur développement (mais non ;'i d'autres époques), on peut apercevoir sur chaque côté du corps (lig. A, a,a} une petite saillie coni(|iie , en apparence perforée, par laquelle, sans aucun doute, les œufs sont expulsés. Chez différents individus, les ovaires ont divers volumes , et les œufs sont à des états divers de dévelop- pement. Avant qu'aucun œuf soit développé , les ovaires sont simplement remphs d'une matière granuleuse, et cette matière est toujours d'une texture plus grossière que celle de la matière enfermée dans la queue. Les ovaires , (|uand ils ne renferment pas de matière granuleuse , sont contractés et offrent un volume très peu considérable (1). Chez un grand nombre d'individus pris dans la latitude 18° S. et entre 37° et 40° S., je remarquai constannnent qu'il y avait un rapport direct entre la quantité de matière circulant dans la ([ueue et le volume des ovaires. U'après cette circonstance et ii cause de la similitude complète qui existe, avant que les œufs soient développés , entre la matière granuleuse de la queue et celle des ovaires , avec celte seule différence toutefois (pie les granules de la première sont moins volumineux que ceux des derniers , je pense que, suivant toute probabilité, celte matière granuleuse se forme d'a- bord dans la queue, et passe plus tard dans les ovaires, où elle se trans- forme en o'ufs par les progrès du déxeloppement. Cependant je n'ai pu découvrir la moindre trace d'une ouverture qui conduirait de l'une dans les autres ; mais il existe à la base de chaque ovaire un espace où a pu se trouver un orilice qui se serait ensuite fermé. In œuf dans son état parfait de développement, et détaché par un léger attouchement de la face interne tl'un ovaire ouvert, a l'apparence repré- sentée dans la lig. B. 1,'œuf est transparent et renferme un globule extrê- mement petit, .l'y observai , deux fois dans un même jour et une autre fois encore, une semaine plus tard , le phénomène curieux que je vais décrire : la pointe de l'œuf, quelques minutes après que ce dernier fut devenu libre, commença à se gonfler et continua de le faire jusqu'à ce qu'elle eût pris la forme représentée en C. J'endant cette transformation, le petit globule interne parut se gonfler aussi, et, en même temps, le li- quide contenu dans l'onif et son extrémité rendée , de transparent qu'il était , devint de plus en plus opaque et granuleux. La pointe de l'œuf continua cependant de grossir, jusqu'à ce qu'elle eût acquis à peu près le volume de l'œuf dont elle était sortie; alors toute la matière granu- leuse fut expulsée peu à peu de la capsule primitive dans la capsule de nouvelle formation ; de sorte que cette expulsion semblait être opérée par (I ) Jo trouve aussi dans mes notes que la matière granuleuse de l'inlérieur de la queue est quelquefois amassée dans de petits corps réniformcs. J'aurais dû dire pcul-èlrc que dans tous les cas les ovaires contractés avaient priscetlo forme 364 DAB«1!V. SLK LE (iE.MlE SAGITIA. la f onlraction ilc la iiicnibraiic qui en tapissait los parois , apparence re- présentée par la i\g. I). Aussitôt après relie expulsion, les deux renfle- ments se séparèrent graduellement, l'un n'étant plus eonstitué que parla membrane d'enveloppe vide, tandis que l'autre était formé d'une masse spliérkiue de matière granuleuse dans l'intérieur de laquelle ou pouvait déeou\ lir un très petit globule. Je présume que ce globule était le même que eelui qu'on voyait sur l'œuf dans sou premier étal (représenté en B), el que le gonllemenl apparent de ce globule était produit par le premier cliangemenl que subissait le liquide transparent qui l'entourait immédia- tement , pour passer à l'élal de matière granuleuse. J'ai lieu de croire, pour des raisons que je donnerai plus lard, que ce petit globule n'est autre rliose qu'un globule d'air. Le pliénomène entier a duré dix minutes environ ; el je pus , dans un cas , observer toutes ces pbases sans ôter une seule fois les yeux du microscope. Le 27 et le 29 septembre 1832, nous parcourûmes (sur la côte du Babia-Rlanca dans la l'atagonie septentrionale) les. mêmes lieux où, vingt-cinq Jours aupara\ant, j'avais obser\é un si grand nombre de Sagitld cxiiiiiera dont les ovaires étaient distendus par des œufs en nom- bre innnense qui flollaient à la surface de la mer (1). (À's œufs étaient îi ditférenls étais de développement; les moins avancés oITraient une sphère de matière granuleuse, renfermée dans un étui sphériquc plus volumi- neux; dans ceux qui se trouvaient aux périodes suivantes de leur déve- loppement, la matière granuleuse s'était allongée en ligne sur im côté de la sphère interne et avait fait une légère saillie sur son contour, puis formé un rebord distinct proéminent, s'étendant sur les deux tiers de la circonférence de la sphère iulerne : ce rebord proéminent est le jeune animal. On voil lui vaisseau (Udié le parcourir dans toute sa longueur ; une (les exlrémités de l'animal s'élargit el constitue la tète. La queue la première de\ ienl indépendante, en se délacliant de la surface de la sphèn; interne ; la tête s'isole plus tard. Le jeune animal ainsi libre se trouve cou- ché et courbé dans l'intérieur de la sphère externe , à côté de la sphère interne , sur la circonférence de laquelle il s'est développé , et qui, main- lenanl (pu^ ses fondions paraissent acconqilies , a été refoulée. Le vaisseau central inteslinal est devenu ;^ celle époque beaucoup plus distinct; une nageoire , d'une excessi\e linesse et semblahle ;i une membrane , est vi- sible autour de l'exlrémité de la queue; et le jeune animal, s'isolant bientôt de la capsule spliérique externe, se meut en sautillant coimiic une Saqiild bien ih'veloppée. .V l'extrémité antérieure, près de la tête, \ni organe |)ulsalile jieut être distinctement aperçu. L'œuf, dans tous ces états , renferme un 1res i)etit globule qui le fait llotter à la surface de l'eau el qui parait être de l'air; je présume que c'est lîi le globule qui est vi- .sible dans l'nnif au unnuent oii on le détache de l'ovaire. Les changements qui ont lieu dans les œufs llollants, depuis la période où la sphère interne consiste en une matière gramdeuse sans trace de jaune jusqu'aux périodes suivanlcs, doivent se f;nre très rapidement; car, le 27 septembre, tous les œufs étaient dans le premier étal , tandis que , le 29, le plus grand nombre renfermait des petils développés en partie. Ces œufs llottants avaient 1/L'i de pouce en diamètre, tandis que les sphères de matière (1) Je puis ajouter qu'au commencement d'avril , sur la côte d'Abrolhos, au Brésil, à la lalilude de 18» 8, nous avons recueilli un grand nombre d'individus du genre Siirjluii . h (pialre nngcoires, dont les ovaires étaient remplis d'œufsen iippiirenco prêls à èlre expulsés. L. Dl'FOVR. — .MÉTAMORPHOSES DU PIOPIIILA PETASIOMS. 365 granuleuse que je vis expulsées de leurs étuis ovoïdes pointus n'avalent puère qu'un diamètre de l'50 de pouce ; mais comme les œufs daui l'in- térieur des ovaires ont des grosseurs \ariees suivaut leur état de d('\e- loppenient , nous pouvions nous attendre à ce que la croissante de ces œufs se prolongeât après leur expulsion de l'ovaire. Je Unis en espérant que ces observations incomplètes sur la rei)roduction de tes animaux in- téressants pourront rendre plus facile aux naturalistes plus habiles que inoil'appréciation des véritables allinili's de ce genre. EXPLICVTIOX DES FIGtJHKS (Planche 15 B). Fig. A. — u,n, ouvertures des ovaires et nageoires latérales. 1, canal intestinal. 0,0, ovaires. t,t, queue divisée en quatre colonnes de matière granuleuse, .soumise à une circulation dont la direction est indiquée par des tlèches. Fig. B. fEuf qui vient de se détacher de l'ovaire. Fig. C. Œuf à son premier état de développement. Fig. D. CEuf à un état de développement plus avancé HISTOIRE DES MÉTAMORPHOSES ET DE L'ANATOMIE DU PIOI'HILA PETASIOXJS; Far M. I.ÉOM SUFOITH. Le célèbre Swammerdam a donné dans sa Biblia natiirœ une histoire si détaillée des métamorphoses et de l'anatomie du ver du fromage, dont la mouche appartient, comme celle qui a fait l'objet de mes recherches, au genre Piophila de Fallen, qu'il y a presque de la témérité à aborder un semblable sujet, et que je ne saurais me défendre d'une certaine défiance en prenant la plume. Mais , en songeant qu'un siècle et demi s'est écoulé depuis la rédaction du beau Mémoire de Swammerdam, en rélléchissant que j'ai eu sous les yeux une espèce voisine, mais différente, de la sienne, j'ai pensé que c'était en même temps honorer la mémoire de cet habile naturaliste et servir les exigences de la science que d'éta- blir un parallèle entre ses recherches et les miennes. Je ne saurais le dissimuler, en voyant les vieilles observations de Swammerdam retrouver sous mon scalpel toute la fraîcheur de la jeunesse, mon amour-propre s'est laissé entraîner à l'ambition d'ajjprocher de mon modèle. Je ne voulais d'abord parler que des iiiélaniorphoses do ma petite mouche; mais, en consultant lu Mé- 366 L. DtFOlB. — MÉTAMORPHOSES ET ANATOMIE moire de ce profond observateur, mon cadre a irrésistiblement pris les dimensions du sien. Et comme, depuis lui, la science a fait des progrès , dont elle lui est surfout redevable , j'ai eu le bon- heur vivement senti et de constater la plupart des faits qu'il a avancés, d'ajouter quelques traits à ses descriptions, et enfin de combler un certain nombre de lacunes. L'étude des métamorphoses et surtout de l'anatomie d'insectes qui , comme celui de Swammerdam et le nôtre , ont à peine 5 ou 6 millimètres de long , doit paraître d'une difficulté insurmon- table à des yeux inaccoutumés aux investigations microtomiques ; mais les hommes versés dans la science ne sauraient m'accuser de subtilités préconçues ou d'illusions d'optique. La conformité, flat- teuse et honorable pour moi , des descriptions de Swammerdam .avec les miennes, et le contrôle comparatif de nos dessins, qui n'offrent que des différences ou purement spécifiques, ou tenant à l'état actuel de la science, deviendraient au besoin ma justifica- tion. Au reste , les difficultés de semblables autopsies sont plus apparentes que réelles, et l'admirable simplicité de l'organisation des insectes rend l'isolement , la préparation , le déroulement des viscères bien plus faciles que dans les grands animaux. La cuisinière de ma maison, en entamant, vers la mi-novembre 1843 , un jambon de porc salé , jeta un cri d'alarme à la vue des milliers de vers qu'elle y rencontra. Ce malheur de ménage de- vint pour moi une bonne fortune. Je m'empressai de faire la part de l'entomologiste en coupant une tranche de ce jambon si prodi- gieusement peuplée de larves qu'elle semblait marcher d'elle- même. Je recueillis aussi avec soin un bon noinbre de chrysalides et de muscides qui en éclosaient à chaque instant, et avec ce pré- cieux butin je me sauvai dans mon laboratoire pour en faire l'objet d'une scrupuleuse élude. Ce sont les résultats de celle-ci que je vais exposer. La division de mon Mémoire est indiquée par son titre : Méta- morphoses et Jnatomie. CHAPITBE r'. — MÉTAMORPHOSES. Article I".— Larve (PI. 16, fig. 1). Larvaapoda, acephala, elongata, cylindrica, albida, glaberrima. DU PIOPHII.A PETASIOXIS. S()7 posticè suhtruncala bispinosa ; sliymalibus anlicis ilecem-digilalis. — Long. 6-7 mm. Hab. adipem petasmiis. Orbiculalim incurva saltat. La composition et la structure de ce petit ver sont celles de la plupart des larves de Muscides dont j'ai dfjjà publié plusieurs his- toires. Ainsi son corps a douze segments, y compris celui, fort rétractile et le plus souvent invisible , qui est le plus antérieur. L'enveloppe tégumentaire, sans poils ni aspérités, même à la plus forte lentille du microscope , a une texture serrée , assez ferme , élastique, bien appropriée à la manœuvre du saut, dont je parlerai bientôt. Le premier segment du corps, que Swammerdam appelle la tète, et qui me semble plutôt mériter le nom de lèvre, est bi- fide ou profondément échancré. Ses lobes subtriangulaires se ter- minent par un très petit jsa/yje tri-articulé. L'auteur de la Biblia naturœ donne à ce dernier le nom d'antenne, et j'avoue qu'il y a autant d'embarras à justifier l'une que l'autre de ces dénomi- nations. Le second segment est celui qui abrite les mandibules , dont je parlerai à l'article de l'appareil digestif. Le bout postérieur de la larve est plus ou moins obliquement tronqué. Le dernier segment dorsal a de chaque côté deux petites saillies , dont l'une termine l'angle postérieur, et qui, dans certains mouvements, semblent faire l'office de pseudopodes. A la suite de ce dernier seg- ment , et dans la troncature même , est un segment supplémen- taire dont Swammerdam ne fait pas mention (peut-être parce qu'il n'existe pas dans le ver du fromage), et qui n'est pas facile à con- stater. Il est formé de deux lobes arrondis séparés par une échan- crure profonde, et sur lesquels reposent les stigmates postérieurs. En exerçant une compression expulsivc sur la larve vivante , j'ai distinctement reconnu sur les côtés de chacun de ces lobes une petite papille oblongue que j'ai représentée dans une des figures. Le dernier segment ventral , qui déborde souvent le dorsal , se termine en arrière par deux épines roides , inarticulées , presque droites, cornées, quoique de la couleur du tégument. J'en ferai connaître l'usage bientôt. L'existence de ces deux épines est le principal trait de structure qui distingue notre ver du jambon de celui du fromage. 368 L. DIFOIB. MÉTAMORPHOSES ET ANATOMIE Notre larve du jambon se nourrit exclusivement du gras, ce qui a valu à l'insecte ailé sa dénomination générique de Piophila. Si on la rencontre dans le maigre, c'est qu'elle a suivi les veines ou traînées de graisse qui s'insinuent entre les muscles. Depuis la découverte de ce fait, j'ai appris ([u'à la même époque on avait trouvé dans d'autres localités des jambons attaqués par de sem- blables vers. Ainsi que le ver du fromage, celui du jambon exécute, quoique dépourvu de pattes, un saut vraiment étonnant, qui le dérobe ino- pinément à nos regards. C'est en même temps le saut périlleux el le saut de la carpe. Or, voici en peu de mots comment s'opère cette singulière manœuvre, qui a si souvent excité et mon éton- nementetmon admiration. Placée sur un plan horizontal , la larve se courbe en anneau en accrochant les harpons de ses mandibules aux deux épines terminales du dernier segment ventral. Ces épines ont leurs bases unies par une membrane assez souple pour se prêter à leurs mouvements. Une fois ces points d'appui établis, elle finit , en se contractant , par rendre la courbe annulaire telle- ment parabolique , que les deux moitiés de son corps deviennent contigués. Les quatre saillies du dernier segment dorsal s'appli- quent alors par une forte pression sur le plan de support ; aussitôt le corps, soit par une contraction violente des muscles peauciers, soit par l'élasticité du tégument, se débande en décrochant avec prestesse les harpons, est lancé en l'air comme un projectile, et va retomber à 25 ou 30 centimètres du point de départ. La fermeté, l'élasticité de l'enveloppe tégumentaire, atténuent les ëlTets d'une semblable chute. J'ai représenté par une figure l'attitude de la larve en courbe parabolique , lorsqu'elle s'apprête à exécuter le saut. Swammerdam s'est étendu un peu trop longuement dans l'ex- plication du saut du ver du fromage. C'est le même mécanisme ; seulement les épines manquant dans sa larve, les mandibules s'ac- crochent à deux dépressions du dernier segment dorsal. Article II. — Pupe ou clirysalkle (l'I. 16, fig. 6). Pupanuda, ohlonga, cylindroidea , rufo-castanea, glabra, anticè depressa,posticè bicuspidala. — Long. 5 mm. UL l'IOPIIir.A PKTASIOMS. 'M')U l.a larve de notre Piopliile, lorsqu'elle veut subir sa iiiétaiiior- jjiiose de nymphe, se fait , comme celles de toutes les Muscides, une coque de sa propre peau, ce qui constitue son état de pupc , dénomination alTectée par Latreille à ces Diptères, et qui remplace celle de chrysalide, conservée aux autres ordres d'insectes. Swam- merdam lui donne le nom de Jiymplie i-ermiforme. Je trouvai une grande quantité de ces pupes au milieu du sel qui était au tond du sac OLi était renfermé le jambon. Ces pupes sont glabres el lisses k l'œil nu; mais une bonne loupe découvre de très petites aspérités granuleuses sur les bords des derniers segments. Les quatre segments antérieurs, un peu moins larges que les autres, sont légèrement déprimés, et forment comme un plan incliné. Le segment antérieur est tronqué avec ses angles à peine saillants. Le postérieur se termine par deux pointes, et est creusé en dessus. (Juand on explore le dessous de ce segment, on y aperçoit aussi deux autres pointes plus petites. La nijinplie renfermée dans la pupe n'est que la mouche em- maillotée , et je me dispense d'en donner la description. Lors de réclosion de la mouche, toute la table supérieure des quatre seg- ments antérieurs de la pupe se décolle sur les côtés et se relève tout d'une pièce comme un panneau. D'autres fois celui-ci ou se fend dans le milieu , ou se déchire irrégulièrement. Article III. — Insecte ailé. l'hphild peln^innis, Piopliile du jambon ( PI. 16, lig. 7). Aigra, nitida ; facie, aniennis , ore, palpis, coxis anticis , larsis intennediis poslicisque, paUidp rufîs; thoracis dorso lineis tribus subpuiwlalis i-ix distinclis. — Long. 4-5 mm. Ifab. in (kdlia inerid ionali occidentali [Saini-Sever). Les diverses espèces du genre Piophila sont toutes de fort pe- tite taille, et celle du jambon est la plus grande des treize dé- crites jusqu'à ce jour dans les ouvrages de Meigen et de M. Mac- quart. Elles ne diffèrent entre elles que par des nuances ei. apparence légères , mais auxquelles il faut savoir attacher de la valeur. Mieux étudiées dans leurs métamorphoses et leur anatoinie 370 1. DiForn. — mi^tamorpiioses et anatomie olles pourront présenter un plus grand nombre de traits spéci- fiques. La Piophile du jambon a tout le front noirâtre ou châtain foncé , k l'exception d'un mince bord antérieur. Quelquefois , peut-être dans les individus récemment éclos, il n'y a que le vertex proprement dit ou la région ocellaire qui ait cette couleur. Il y a une soie marginale noire de chaque côté de l'épistome, et quelques poils au bord occipital. Deux fossettes à la face , pour loger les antennes. Soie ou chete de celles-ci simple, longue, nue, renflée vers son insertion. Palette couverte, au microscope, d'une villo- sité feutrée favorable à la fonction olfactive que M. Robineau- Uesvoidy attribue à cet article. Corselet n.oir à poils rares sur les côtés, k trois lignes dorsales parallèles très superficielles, comme pointillées. Écusson subtriangulaire, à deux soies de chaque côté, et à quelques rides transversales superficielles , peut-être comme dans la Foveolala Meig. ; caractère fugace et disparaissant à la mort. Ailes diaphanes , à nervures pâles, à lobe basilaire interne arrondi, cilié, tenant lieu de cueilleron. Balanciers assez gros, pâles. Abdomen oblong, pubesccnt, très noir, peu convexe, obtus en arrière ; un peu plus étroit et moins long dans le mâle. Pattes antérieures noires, à hanciies roux-pâle, à tarses tout-à-fait noirs. Tarses intermédiaires et postérieurs pâles, avec les deux derniers articles noirs. Tibias et cuisses des pattes intermédiaires et pos- térieures noirs, à, base et extrémité pâles. Quelquefois les cuisses intermédiaires pâles avec le dos noirâtre. Cette Piophile sautille ([uand elle veut précipiter sa course. Dans le repos, elle a habituellement ses ailes croisées. Indépendamment de la taille, notre espèce diffère des P. casei, tuyriiiiana et varipes par son front noir, des P. fuveolata et nigri- ceps par sa face rousse, de toutes par les trois lignes du corselet. CnAPITRE II. — ANATOMIE. Article I". — Larve. Je me bornerai à exposer mes recherches sur les appareils res- piratoire et digestif et sur le tissu adipeux splanchnique. Le sys- tème nerveux et l'organe dorsal n'olTrant pas de différence appré- DU PIOPHILA PETASIOMS. 371 ciable avec ceux des autres Muscides en général, je ne m'en occuperai pas ici. § I". Appareil respiratoire. Ainsi que toutes les larves des populeuses Muscides , celle de la Piophilc n'a que deux paires de stiymales , l'une en avant, l'autre on arrière du corps. La forme et la composition de ces orifices respiratoires ont été fort mal saisies et pour ainsi dire méconnues par S\\ ammerdam. Les stigmates antérieurs , placés en arrière et sur les côtés du second segment, loin d'être simples et à un seul orifice, comme les a figun'-s l'auteur précité , se présentent sous la forme d'une raquette , ou éventail , d'un roux pâle , faiblement échancré au milieu, et couronné par dix digitations plus ou moins prononcées. J'ai parfois pensé que ces digitations avaient une certaine rétrac- tilité, puisque le microscope me les faisait voir tantôt distinctes et oblongues , tantôt excessivement courtes et granuliformes. Mais peut-être aussi ces deux configurations dépendaient-elles de la position qu'avaient ces stigmates sous la lentille. Cette raquette peut, au gré de l'animal, s'abriter complètement sous le bord antérieur du troisième segment , de manière à n'être point salie ou offensée dans les différentes manœuvres qu'exécute la larve. Elle offre en arrière un renflement ovalaire avant de s'aboucher à la trachée-artère latérale qui lui correspond. Les stigmates postérieurs, qui reposent sur le segment supplé- mentaire bilobé qui suit le dernier dorsal , paraissent à la simple loupe ovales-conoïdes, à pointe dirigée en arrière, et d'une cou- leur roussàtre. Mais après une macération assez longue pour affai- blir, annuler la contractilité de tissu, la pointe du cône s'émousse, et le microscope m'y a fait reconnaître un orifice finement fes- tonné dans son contour, et précédé d'une constriction circulaire. Une semblable structure doit en faire une sorte de sphincter res- piratoire qui permet h la larve d'inhaler à son gré une plus ou moins grande quantité d'air. Je dis inhaler, parce que j'ai déjà émis ailleurs l'opinion que les larves des Muscides prennent l'air par les stigmates postérieurs , et l'exhalent par les antérieurs. Le système trachéen , ou l'appareil de circulation aérifère , est ici d'une simplicité en harmonie et avec le petit nombre et la 37'2 !.. Dl'FOl'R. MÉTAMORPHOSES ET ANATOMIE situation des stigmates, et avec le genre de vie monotone de la larve. Ici , comme dans ce premier âge de tous les insectes , les trachées appartiennent au seul ordre des hibuleuses, ou élastiques. De chaque côté du corps règne un grand conduit, que j'ai appelé ailleurs trachée-artère, pai'ce qu'il remplit les fonctions d'un canal propre au passage , à la transmission de l'air, et qui va directe- ment des stigmates postérieurs aux antérieurs, en émettant dans ce trajet de nombreuses trachées initritives ou bronchiques desti- nées à distiibuer l'air et la vie dans tous les tissus. Les deux tra- chées-artères communiquent entre elles par un tronc traversier tout-à-fait antérieur. § II. Appareil dirjenlif {P\. 16 , fig. 8). Il se compose des mandibules , des glandes salivaires, du tube alimentaire et des vaisseaux hépatiques. 1° Les mauilibules , (jue Swammerdam appelait ou crochets on dents, ou même jainlies , h cause de la diversité de leurs attribu- tions physiologiques, constituent, avec les parties internes qui leur sont annexées , un appareil buccal fort curieux. J'insisterai d'autant plus volontiers sur l'exposition de cet appareil que je l'ai bien mieux étudié dans notre petite larve que je ne l'avais fait jus- qu'à ce jour, et qu'il n'est pas à ma connaissance qu'aucun au- teur ait cherché à analyser avec quelque rigueur cette structure, et à en expliquer les fonctions. Cet appareil , muni dans sa périphérie de masses musculaires considérables , dont il est bien difficile , pour ne pas dire impossible, de le dégager, reçoit et l'œsophage et le canal excréteur des glandes salivaires. Ainsi c'est évidem- ment là que doit être la bouciie, car j'avoue que je ne l'ai pas constatée e.r visu. Ces mandibules sont deux crochets arqués, noirs, durs, cornés, que Swammerdam comparait avec justesse à la griffe d'un épervier. Elles sont dirigées d'avant en arrière , et tellement coutiguës dans toute l'étendue de leur face interne, que quand elles jouent, l'une cache l'autre. Vers la base de leur con- cavité, il y a une saillie, un talon. Ces harpons, comme les appelle Ri'aumur, sortent du corps par la partie latérale et un peu infé- rieure du bord antérieur du second segment. Ils sont rétractiles, et peuvent , suivant la volonté de la larve . ou se retirer dans le III l'ioi'iiii.A i'i:i AsioMs. 37;î ci)r|)s (111 re])araître au-dehors. Mais ce que je n'avais pas vu avant les dissections actuelles , c'est que ces crochets s'articulent avec cotte tige cornée, fourchue en arrière, que la pellucidité des tégu- ments permet d'entrevoir. Cette articulation se rend bien évidente par la macération , qui met ii diVouvert la membrane inter-arli- culaire. J'ai exprimé cet état par des figures. On s'explique ainsi facilement la mobilité des mandibules. J'avais aussi cru, avec plusieurs auteurs , que la tige dont je viens de parler était une souche unique commune aux deux crochets. Son mouvement de totalité dans le jeu des mandibules semblait justifier cette croyance. Il n'en est pas ainsi. Chacun des crochets s'articule par sa base au bout antérieur d'une lame allongée, noire, cornée, mais souple, étrécie a])rès cette articulation , et laissant entre elle et sa con- génère un espace vide. Les deux lames s'adossent ensuite j)our former une arcade dont la concavité est postérieure. Puis elles s'éloignent en divergeant, et s'atténuent insensiblement en arrière en un lilet en alêne. Je crois m'être assuré que l'arcade dont je viens de parler n'est pas une continuité comnuine aux deux lames. Il y a , au point correspondant à la ligne médiane, une raiiuire , indice d'une articulation , d'une soudure ou d'une sorte de sym- physe. Dans une dissection heureuse , après une macération , j'ai vu se disjoindre cette symphyse, et alors il y avait là pour chaque laine une apophyse interne tronquée. Eu dessous de l'arcade, quand on renverse l'appareil sur le liane, on soit une grande échancrure demi-circulaire, terminée en arrière j)ar un prolonge- ment sétacé analogue , à la longueur près, au lllet atti'uué dont j'ai i)arlé'. Ce prolongement est ai)pelé appendice par Swammer- dam. J'ai donné une figure de toute la lame vue par le liane, afin qu'on puisse la comparer avec celle de Swammerdam grossière- ment représentée dans ce même sens. Ce parallèle fournira la preuve évidente et de la rare sagacité de ce fondateur de l'ento- motomie , et de la conformité de notre manière de voir sur des objets d'une extrême petitesse, malgré les trois demi-siècles qui nous séparent. Des muscles nombreux et puissants se fixent sur tous les points de cet appareil buccal , soit sur les côtés, soit en dessus, soit en dessous, en s'implantaiit aux téguments. C'est dans l'espace 374 1. DITOIR. — MÉTAMORPHOSES ET ANATOMIE formé par la divergence des filets atténués et au-dessous d'une espèce de membrane fibreuse qui les unit, que s'engagent et l'œsophage et le conduit commun des glandes salivaires. Les crochets niandibulaires servent soit à déchirer la graisse dont la larve se nourrit , soit à se cramponner pour favoriser la locomotion, soit enfin, comme je l'ai dit, pour exécuter l'action de sauter. C'est sans doute entre leurs bases cjue s'ingère l'ali- ment , et c'est là que doit être la bouche. " ' 2' Les glandes salivaires sont en tout semblables à celles décrites et figurées par Swammerdam. Elles consistent, pour chaque côté, 'èh iîeux renflements vésiculaires oblongs séparés par un étrangle- ment, et se terminent en avant par un col capillaire qui s'unit à son congénère pour la formation du conduit excréteur commun, "Uiiësi capillaire que lui. '• 'Les bourses vésiculaires de ces glandes sécrètent par leurs pài'ois et sont réservoirs par leurs cavités , ainsi que je l'ai sou- vent fait remarquer dans beaucoup d'insectes. L'organe est exclu- sivement destiné à la production de la salive pour l'acte digestif, puisque la larve ne se file aucune coque de soie ou de tissu pour sa transformation en chrysalide, et que celle-ci n'est qu'une pupe Pbrmée par la peau de la' larve , qui a passé , par une sorte de tannage naturel , à un état d'induration coriacée et brune. 3° Le lubc alimentaire de notre larve a aussi été bien saisi par Swammerdam. Il est filiformle, reployé en plusieurs circonvolu- tions et d'une longueur qui égale cinq fois celle du Ver; sa com- position et sa structure ditrèrcut peu de celles de cet organe dans tëâ' larves des Mtiscideè en général, là œsnphà'g'é , d'une gracilité fcapillaire, s'implante brusquement , à la hâuteiii" du troisième sèginent du corps, , pi. 4 et 3). (3) Voy. larve de Ceroplalus (Annales des Sciences nalurelles-, 2' série, t. 11, p. .50, pi 5), lan'e do Tipulaire[ib , t.Xll, p. 13, pi 1), larve d'/lnffconii/ia {ib., pi. 4). 376 L. DiroiR. — Miiruioni'Hosics i;r vnvtomii; nient fusifornie allongé ; la paire de droite se dirige en avant , et celle de gauelie en arrière. S III, Tissu adipeux spluncliiii/ / au NcnIricLile chyliikiuc, le col fort grêle de la pniise , qui se ter- mine par un réservoir iiiiolx'. Diiiis la refonte organitiue du canal digestit', à répo([ue de la métamorphose dr la lar\e , le gt'sier et les fiuatre bourses \entriculaires ont disparu ; mais il y a eu création de la panse pour remplacer le gésier, tandis que les bourses en question semblent avoir été transformées en godet ventriculaire. Celui-ci , qui est tm bourrelet orbiculaire à tissu compacte au centre duquel s'implante IVtsophage, forme, en elTct , comme les bourses de la larve , l'origine du ventricule chylifif/tie. C(î dernier , dont la longueur égale celle des deux tiers de tout le canal digestif , est étranglé au d('troit tlioraco-abdominal , et s'en- roule ensuite en trois circonvolutions pour se terminer en arrière par un l)0urrelet , indice d'une ralvule ilvo-cœcale , en avant de laquelle a lieu l'insertion hépathique. 1/ intestin pro]iremenl dit, qui n'est, pour moi, que cette por- tion du tube alimentaire exclusivement réservée à la matière fé- cale , loin de se reployer et d'être bosselé comme celui de la larve , es! d'abord filiforme , lisse , à peine flexueux. 11 se dilate ensuite en un rectum , bien plus prononcé que dans le Ver , et qui offre dans sa moitié antérieure deux paires de Imutons charnus, conoïdes, bien saillants , .dont il n'existe aucune trace dans la première morphose de l'insecte, et dont les matériaux organiques peuvent a\oir été fournis, lors de la transformatioii viscéral(\ par l'excès de longueur de l'intestin de la larve sur celui de la Mouche, l^e rectum de celle-ci se termine en arrière par un col grêle , beau- coup plus long dans la femelle que dans le mâle , parce qu'il est destiné à suivre tous les mouvements évolutionnaires de l'oviscapte à l'extrémité duquel est Vanus. o° Les vai.sseau.c hépatiques de la Piophile ne diffèrent pas ni de nombre , ni de longueur, ni de distribution, de ceux de la larve; et ils justifient l'observation que j'ai faite ailleurs de l'immutabi- lité de ce viscère dans les métamorphoses. Au lieu d'être fusi- formes , ils sont simplement capillain^s , d'un jaune ])àle , et plus courts peut-r'ire ([no daiis la larve. La jiaire de droite remonte vers le thorax , celle de gauche se porte du côté du rectum : cha- cune a un conduit choléddijue , dont j"ai indiqué plus haut l'in- -l'I'tioii. 378 I-. DLFOIR. — MÉTAiMOBPilOSES EX ANATOMIE § II. Tissu adipeux sphinchitique. Il a subi, dans le mystère de la métamorphose, quelques modi- fications qui passeraient inaperçues à des yeux peu scrupuleux, mais qui ne sont pas sans quelque portée physiologique dans l'esprit des observateurs habitués à apprécier les petites choses dans les petits organismes. On dirait que les bandelettes granuleuses de la larve se sont dissociées, lors de la transformation de celle-ci. Une partie de ces débris adipeux a servi à des constructions organiques , une autre a survécu dans la Mouche sous la forme de lambeaux ; enfin quel- ques uns de ceux-ci se sont comme dégrainés , et l'on trouve épancliée dans la ca\ ité abdominale une notable quantité de sphé- rules libres, isoir'cs. J'ai di''jà signalé de semblables sphérules adi- peuses dans les Hyménoptères et plusieurs Diptères. Mais indépendamment de ces deux formes du tissu adipeux s])lanchnique de la Piophiie, on trouve aussi, au-dessous des viscères et immédiatement sur la paroi ventrale de l'abdomen, ces flocons d'une graisse fine de couleur rouillée ou chocolat , que j'ai si souvent rencontrés dans les nombreuses Muscides acalyptérées. § m Appareil gàiital. 1° Appareil gtmilal mâle (PI. 13 D, fig. 13). On retrouve dans notre Piophiie, malgré son extrême petitesse, les mêmes parties qui constituent cet appareil dans les insectes en général , et même dans les animaux supérieurs , savoir : les glandes qui décrètent le sperme ; les vésicules qui le tiennent en réserve ; le conduit ([ui le Iransmel au dehors ; enfin la verge et Varmure rnpuldtrice. Exposons succinctement ces divers organes. A. Testiriili'.s. — Ils ont été bien vus par Swammerdam. Bi- naires et unica|isulaires, ils frappent aussitôt \\v\\ de l'entomoto- inistc ]iar leur couleur d'un fauve vif ou rouiih' , ([uoiqu'ils ren- ferment un sperme blanc (floconneux par une sorte de coagulation). Ils sont allongés, et d'iuie conformation ([ui varie suivant leur degré de turgescence séminale. Je les ai rencontrés tantôt cour- bés en hameçon avec un léger renflement en arrière, tantôt droits terminés pai- mie sorte de pointe. J'ai représenté ces deux formes. DU PIOPIIILA l'IiTASIONIS. 37'J qui , je le répèle , peuvent présenter bien d'autres modifications. Cet organe , sans changer ni de texture ni de couleur , s'étr('cit en arrière en une sorte de col , cjui s'implante soudainement à la partie postérieure d'un utricule sphéroïdal , diaphane , sessile , inséré à la vésicule s('niinale corres]Kjndante , tout près de l'ori- gine du canal éjaculateur. La forme, la pelluciililé de cet utri- cule pourraient le faire prendre ])our une vésicule séminale : mais comme il reçoit l'implantation brusque du col du testicule, et comme son insertion à la vésicule séminale est celle ([ui est propre aux testicules de la plupart des insectes , je suis plus porté à lui donner, malgré sa configuration insolite, le nom de conduit défé- rent. Swammerdam, à qui cet utricule n'avait pas échappé, quoi- qu'il l'ait défectueusement figuré, le considère comme une simple dilatation du col testiculaire , qui est pour lui le conduit déférent. B. Fésicules séminales. — Il n'y en a qu'une paire; elles sont sui)diaphanes, cylindro'ides ou en massue, le plus souvent recour- bées en un arc dirigé en arrière. Immédiatement avant leur con- fluence réciproque , elles offrent à leur partie antérieure une dila- tation obtuse, une bosse constante , pareillement représentée par Swammerdam , qui lui donne le nom bien hasardé de prostate. C. Canal éjaculateur. — Il est l'aboutissant des organes sécré- teurs et conservateurs, et Swammerdam l'appelle la racine delà verye. Il est plus long que le testicule, fort grêle, presque capil- laire , flexueux , insensiblement épaissi vers son origine , blanc , d'une consistance un peu calleuse. D. Armure copulatrice et verfje. — Prenez entre les doigts l'abdomen d'une Piophile mâle vivante , et exercez une compres- sion expulsive modérément ])rogressive. Après le dernier des seg- ments constitutifs de l'abdomen , c'est-à-dire après le cinquième (il y en a six dans la femelle) , vous verrez se développer deux écailles tégumentaires inégales (vestiges du sixième segment) , celle de gauche plus grande. Cette dernière, quand on procure son exsertion complète, de manière à mettre en évidence la membrane blanche qui l'unit au segment précédent, est ovale- arrondie , noire, et velue seulement à son extré^mité libre , qui se trouve ,'i découvert dans l'état de repos. L'écaillé de droite a aussi, dans l(.'s iiK-nies conditions, un peu de noir en arrière; mais la 380 I,. Ull'OlK. Mlil \M()lil'll()SKS lil A.NAIOMIi; loupe la plus scrupuleuse n'y découvre aucune viliosité. Quand on continue la compression , on parvient à dérouler un filet élas- tique situé à droite : c'est le fourreau de la verge, dont je parlerai bientôt. Mais ce qui est plus dilTirile à constater, c'est Varmure copula- trice, qui est fort petite , et logée au-dessous des écailles en ques- tion. Elle a tout-à-fait échappé à Swammerdani. Cette armure , d'une circonscription arrondie , est formée , comme la plupart de ces instruments préhensifs, par un forceps corné, noir, hérissé de quelques soies roides: ses &ra?!c/ies arquées s'étrécissent en arrière en une pointe un peu obtuse de manière à former la pince. Le microscope met en évidence , en dehors de chaque branche du for- ceps , une sorte de stylet droit , grêle , corné ; qui m'en imposa d'abord pour une bifurcation de la pointe de cette branche. L'ex- trême petitesse des parties ne m'a pas permis de constater les connexions de ce stylet, qui m'a semblé devoir appartenir à une pièce analogue à celle (lue j'ai cN'signée, dans les Hyménoptères principalemciil , sous le nom de voixelle. Au centre du forceps, mais plus vers sa base, il existe une partie assez molle olh'ant une l'ente médiane, qui est l'anus. Par une forte compression expulsivi' , j'ai souvent vu saillir par cette fente un corps charnu , cylindrique, ([ui n'est que le renversement , le prolapsus du col du rectum. Quand on cesse de comprimer, cette espèce de hernie rentre compliHement. La verge des insectes (ou son fourreau) est ordinairement logée dans V intérieur du bout de l'abdomen, et. dans l'acte du coït, c'est le plus souvent entre les branches du forceps qu'elle sort. Il n'en est pas ainsi dans la Piophile et dans quelques autres Mus- cides acalyi)lérées. Le fourreau de la verge est toujours extérieur, d'une longueur et d'une structure curieuses, mal appréciées par Swammerdam. C'est un filet élastique enroulé en une spirale plane, orbiculaire, appliquée contre le tégument inférieur du bout de l'abdomen, et inséré à la l)ase du forceps copulateur. Quand il est déroulé , il a presque la longueur du corps de l'insecte , et ce trait est assez remarc|uable. i]o iilet est composé d'une lame dor- sale roussùtre, cornée, glabre, excepté vers son origine, où elle est garnie de |)oils inclinés de la base à la pointe, e| qui peuvent Dr PIOPniI,\ PETASTOMS. o81 se redresser. Le reste de ce filet., plus large que la laine dorsale, est membraneux, glabre, d'une teinte comme grisâtre. Le bout de ce fourreau est en bec de flûte tronqué et ouvert. J'avoue que je n'ai pas vu le véritable ^je» /s qui est renfermé dans le four- reau. 2° Appareil génital femelle (PI. I(j, Dg. 16). Swammerdam ne l'a décrit que fort incomplètement , et n'en a figuré que quelques fragments isolés. Il a donc laissé une lacune, et je vais essayer de la combler. Je reconnais dans cet ensemble des organes reproducteurs femelles : les ovaires avec leurs dépen- dances immédiates, comme gaines ovigères , œufs, calice et col ; Voviducte, la glande sébifiqiie, Yappareil de fécondation , enfin Voviscapte. A. Ora/re«.— Chacun d'eux est une sorte de plateau ou de rondelle plutôt qu'une grappe , arrondi ou ovalaire suivant son degré de développement, sub-déprimé, garni , comme hérissé, à sa région supérieure seulement , par trente-cinii à quarante gaùies ovigères conoïdes , courtes, subtriloculaires, terminées par un filet suspenseur c[ue sa ténuité rend fort diflicile à constater. Ces gaines , que S\\ ammerdam appelait improprement des oviductes, sont globuleuses dans les mouches vierges , et ressemblent alors à des œufs sphi'riciues. Elles ne s'insèrent, comme je viens de l'in- sinuer, qu'à la paroi supérieure du plateau , l'inférieure en étant dépourvue. On voit à celle-ci, surtout dans l'ovaire non déve- loppé, une quantité prodigieuse de broderies trachéennes qui té- moignent de la haute importance physiologique de l'organe. Sui- vant qu'il est plus ou moins rempli d'œufs, l'ovaire prend une configuration et une structure apparente fort difficiles à démêler. Les deux parois du plateau sont séparées par une cavité que j'ai toujours appelée le calice de l'ovaire, parce qu'elle devient le ré- ceptacle , le réservoir des œufs à terme descendus des gaines ovi- gères. Le col de l'ovaire , désigni; par ([ackjucs auteurs sous le nom de trompe, est un peu plus court que lui. C'est un tube cylindroïde ([ui n'est à proprement parler qu'une continuation atténuée du calice. Dans l'organe d'une gestation peu avancée, il s'implante vers le tiers postérieur de la paroi inféi-jeiire du calice; mais par 382 I» DIFOIR. — MÉTAMORPHOSES ET ANATOMIE les progrès du développement , lorsque les œufs en maturité sont en train d'être expulsés, le col termine postérieurement l'ovaire. Les œufs sont blancs , ovales-oblongs. B. Oviducte et glande sébifique. — L'oviducte est un conduit tubuleux , cylindroïde , formé par la confluence des deux cols de l'ovaire, et destiné à livrer passage aux œufs lors de la ponte. Peu après son origine , il offre un renflement allongé , finement strié ou plissé en travers , et d'une texture très expansible : c'est le sac ou réservoir ovigère. A la naissance de ce dernier s'insère un petit appareil sécréteur assez compliqué , dont Swammerdam n'a pas dit un mot en par- lant de sa mouche du fromage, et qui existe dans toutes les femelles des Diptères. Depuis longtemps j'ai appelé glande sébifique cet appareil, et malgré la lecture de l'intéressant Mémoire de M. Loew sur les organes génitaux femelles des Diptères (1 ) , je me crois autorisé à conserver encore , au moins provisoirement , cette dé- nomination. Dans la plupart des Diptères, il existe sur le trajet de l'oviducte des boutons ronds , à centre noir, le plus souvent au nombre de trois , munis de longs cols ou conduits excréleiirs ca- pillaires. Von .Siebold donne à cet organe le nom de glande du mucus. C'est , suivant moi , l'organe essentiellejiient sécréteur d'une matière sébacée qui sert à enduire les œufs au moment de la ponte, et j'ai déjà appelé orbicelles ces boutons orbiculaires que M. Loew nomme capsides glanduliformes. Je considère le TPreplaculuiii seininis de Von Siebold, qui correspond à la poche fopulatrice d'Audouin , comme des réservoirs , parce que j'ai des raisons de croire c[u'ils font partie de la glande sébifique. Dans notre Piopliile, l'organe sécréteur a une simplicité presque rudimentaire ; il consiste en un seul orbicelle à large centre noir, ses- sile à l'origine supérieure et antérieure du sac ovigère. Il y a deux paires de réservoirs sébifiques dont je n'ai peut-être pas suflisam- ment étudié les connexions , soit entre eux , soit avec l'orbicelle. La paire la plus antérieure de ces réservoirs est ovoïde , à parois un peu calleuses ; elle adhère par un filet imperceptible aux cols des ovaires , et s'atténue en arrière en un pédicelle capillaire. l\)Germars zekh vift fur die entomologie , elc. 184), — Je dois à mon ami le professeur Joly la connaissance et la traduction de ce Mémoire Dl! I'IOPHir.\ PETASIOMS. 383 L'autre est en forme de boyau allongé , plus ou moins courbé , et terminé par un col un peu moins délié que celui du réservoir pré- cédent , s'insérant sous le bord antérieur de l'orbicelle. Une forte lentille microscopique décèle à ce réservoir une tunique externe , faiblement boursouflée , sans doute contractile , et un t\ibe inclus qui en forme l'axe dans toute sa longueur. C. Oviscapte. — Cet organe , dont la dénomination est due , je crois , à M. Marcel de Serres , est destiné et à émettre les œufs au-deliors à l'époque de la ponte et à jouer un rôle dans l'acte copulatif. Swammerdam , qui l'a aussi décrit dans la mouche du fromage, se contente de lui donner le nom de vulve, et il eût mieux dit rat/in. C'est , dans notre Piophile , comme dans le plus grand nombre des Diptères, un étui coriacéo-membraneux , émi- nemment rétractile, qui , dans le repos absolu de l'appareil géni- tal , rentre complètement dans l'abdomen , et est alors invisible. Dans la condition contraire , il sort du corps à divers degrés. 11 se compose de trois tuyaux destinés à s'engainer l'un dans l'autre absolument comme ceux d'une lunette d'approche. A la faveur d'une conformation, d'une structure si bien appropriée à la double fonction de l'oviscapte, la Piophile, pressée de pondre, peut régler le degré d'extension de ce mobile et industrieux étui sur l'espace à traverser pour déposer ses a^ufs dans des conditions opportunes pour leur éclosion et le développement des larves. 11 lui est loisible de mettre en jeu ou un seul , ou deux , ou enfin trois des tuyaux qui composent l'oviscapte. Celui-ci, d'une finesse qui devient capillaire à son extrémité , s'insinue dans les mailles du sac de toile grossière où le jambon , préalablement salé et privé d'humidité , est renfermé. Le tuyau basilaire est plus grand que les deux autres pris en- semble , surtout ([uand a lieu le dédoublement de la membrane blanche qui l'unit au dernier segment abdominal. La figure que j'en donne le représente ainsi. Très large et glabre à sa base membraneuse, il est ensuite cylindroïde, un peu renflé en godet à son bout postérieur, d'une texture parcheminée, avec une teinte rembrunie et quelques poils assez longs sur les côtés. De chaque côté de sa région dorsale se voit un long filet noirâtre, coriace, subsinueux , qui, en même temps qu'il donne plus de consistance 384 !.. DIFOIR. — MKTAMOnPHOSES KT AWTOMIE à ce tuyau , me parait aussi destiné à fournir intérieurement at- tache aux muscles régulateurs de ses muuvements. Le tuyau iiitennédiaire , plus court que le précédent, lui res- semble d'ailleurs par sa forme , sa texture , sa couleur , et ses deux filets coriaces latéraux. Il a aussi des poils sur ses côtés : ce dernier trait est sans doute un des caractères qui distinguent notre Piophile de celle du fromage, car Swammerdam dit expressément que cette pièce dans son espèce n'a pas de poils. Enfin le tuyau terminal, le plus petit de tous , loin d'être noir comme dans la Mouche de Sw ammerdam , est blanc et muni de deux ou trois poils latéraux. Ce tuyau n'a point à son extrémité des tentacides viih^aires , comme j'en ai vu et représenté dans beaucoup de Di]itères. Il se termine par une ouverture transver- sale , que je crois, comme Swammerdam , commune à la vulve et à l'aïuis. Toutefois , je pense ([ue le vagin et le col du rectum sont bien distincts l'un de l'autre , et rien ne nj'a encore prouvé qu'il y existât un cloaque. Certainement Swammerdam s'en est laissé imposer par des apparences , lorsqu'à l'occasion de l'accouplement de la Mouche du fromaye il a dit « que la femelle allonge la partie qui caracté- rise son sexe , et la fait entrer dans la cavité de la partie externe du mâle , et que celui-ci reçoit au lieu d'être reçu (I ). » Or voici un fait positif qui s'est passé sous mes yeux , et à la constatation duquel je mis une attention d'autant plus scrupuleuse que j'avais à cœur de vérifier l'assertion de Swammerdam. Dans un bocal où j'avais placé un grand nombre de pupes du Piophila petasioiiis , je trouvai, le 2 décembre, contre le cou- vercle du vase , un mâle et une femelle si intimement accouplés , que je pus les saisir et les manier sans les déranger. Le mâle, plus petit que la femelle , était remorqué par celle-ci ; l'accouplement ressemblait à celui du chien. L'occasion était des plus favorables pour étudier les rapports respectifs des organes génitaux externes du eouiile , et je m'empressai de la mettre à profit. L'oeil armé d'une bonne loupe , je cherchai à disjoindre les deux sexes , mais peu à peu et lentement , afin de saisir les moindres circonstances. Il me demeura d(''montré jusqu'à la plus parfaite évidence que ^1) Swamnii'rdaiii . Bibt nul. cnllecl Acud,, I V, p 190 DU PIOPnTLA PETASIOMS. .'i85 l'ensemble de l'appareil copulateur du mâle était logé dans l'o- viscapte ou vagin , et qu'il s'y trouvait profondément enloncé. Par de petites tractions successives bien ménagées , j'espérais obtenir un désemboîtement des parties sans lésion de celles-ci. Toutes mes précautions échouèrent : il s'opéra une véritable avul- sion , un arrachement , une mortelle mutilation ; le couple vint à se séparer, et, comme cela arrive parfois dans quelques Hymé- noptères, notamment dans \e%Anthoplwra , d'après l'observation de M. Lepelletier de Saint-Fargeau , non seulement le forceps co- pulateur du mâle et la verge furent délaiss(Ls dans lu profondeur de l'organe femelle, mais je reconnus qu'un lilet qui pendait à la vulve de celle-ci n'était qu'une portion de l'intestin du mâle qui s'était rompu du même coup. Il survint sans doute ici ce qui était arrivé plusieurs fois à Audouin , lorsque , pendant le long accou- plement du Hanneton et d'autres Coléoptères, il avait coupé au ras l'organe copulateur du mâle, et retrouvé son armure dans la poche co[)ulatrice de la femelle. Toutenm'assurant, par l'inspec- tion minutieuse du bout de l'abdomen du mâle de notre Piophile, qu'il y avait absence absolue de son appareil de la copulation , la petitesse des parties ne me permit pas , malheureusement , de constater l'existence , l'incarcération de celui-ci dans le corps de la femelle ; mais il est plus que probable qu'il en était ainsi, vu l'existence du grand boyau contractile intérieur, terminé par un cul-de-sac latéral , que j'ai regardé comme analogue à la poche copulatrice. iNOTE. — Depuis la rédaction et l'envoi de mou Mémoire sur le Pio- philapetcisionis, j'ai eu occasion de constater un fait intéressant, relatif ;i l'arcouplenieut de ce petit Diptère , fait qui vient à l'appui de ma conjec- ture sur l'introduction et le séjour du péuis dans une poclie de l'appareil génital femelle. \ers la lin d'avril delà présente année 18i4, il naquit une prodigieuse quantité de ces Piophiles dans un bocal où j'avais, pendant l'hiver, élevé leurs larves avec du gras de jambon, .l'en laissai à desseîn répandre un bon nombre dans mon laboratoire, alin d'en étudier les liabitudes sur les vitres de ma croisée. J'avais ])réparé pour nui collection et celles de mes amis plusieurs brochées de ces mouches , que je laissai sur ma table. Quelle fut nui surprise de voir qu'un mâle libre était venu s'accoupler avec une di's femelles embrochées! .le crus d'abord (pi'il n'v avait que simple siiperprisiliou des sèves ou tout au plus sinuilacic de copulalion , et à cette occasion je me rappelais ipie .Swammerdam s'étounail de l'ar- 'i' série ZuijL, T. 1, (.luin ISil J.'i îiSC) I" Dti'OlB. MÉTAMORPtlOSRS ET AN \TOMIF, tleur (les ébats ainouieux de sa PiopliiU du fromage, el de la lascivelé du inàle; mais je ne tardai pas à iii'assurcr, a\ec le secours de la loupe, ipu^ le coït était complet et que le couple était uui , allaclié à la manière des chiens. Celait une occasion favorable de coustater par l'autopsie les rap- ports respectil's des organes gi'uilaux. .le pris toutes mes mesures, el du même coup de ciseaux j'anipulai nettement les deux abdomens, pour les soumettre ;i une dissection scrupuleuse, .l'eus le bonheur vivement senti que ces abdomens iu)n seulement ne se désunirent pas, mais demeurèrent étroitement emboilés. Une circonstance qui prèle h mon observation une piquante singularité vint assurer le succès de mes invesligalions. La femelle, transpercée par le corselet depuis plusieurs lu'incs, était (léciih'uient morte lorsipie je reconnus l'accouph-nient. D'après la souplesse des mendjres et le bon (Hat (les viscères intérieurs, je |)ri'suinai qu'elle avait expiré peu après la cous(miuiation de l'acte. Il me ilemeiu-a iiareillenuMit (h'Mnoutré que, pour l'accomplissement de celui-ci, il avait iK'cessairenuMit fallu la iiarticipa- tion active, le consensus de la femelle vivante, ainsi qu'où pourra s'en convaincre tout-à-l'beure. Yoici donc ce que celle disseclion m'a mis à uu"'me de constater très positivement. Le jjénis du mâle ou, pour parler pins correctement, son fourreau , était logé loul entier el déroulé dans cette vaste poche plissée et expansible de l'oviducle (lue j'ai appeli'e réscrroir oviijère, et qui cor- respond aussi >'i la boiirxe nipiilatricc d'Audouin , quoique M. Loew eu conteste l'existence dans les Diptères. Certainement l'c'jaculalion de la liqueur séminale se fait dans celle poche. Celle li(pieur v séjouriu'-t-elle pour la fi'condalion des œufs à terme, descendus des ovaires, ou bien se liltre-t-ellc dansini des organes de la glande sébiliqiie auipiel \m\ Si(d)old a consacri' le nom de ra-i'iila- cnhim xemhnx'? \v ne saurais aborder dans une simple noie la solution de celle queslion, que je reprendrai ailleurs; il me suffit pour le moment d'avoir signalé la iiréseiice de la verge dans la poche dont je viens de parler. L'élude niinutieuse des connexions des deux abdomens amputés m'a donne' la certitude (|ue le pénis s'introduit par le boni de l'oviscapte. J'ai déjà dil dans mon Mémoire ipi'à ce boid se Iroe.ve aussi l'orilice e\lé- rienr du rectum; mais ce raiiprocbenu'ul de la \nlve et de l'anus est \m l'ait analoinique {\w l'insecte partage avec les animaux les plus élevés (buis l'érlielle. .l'ai dil ])lus haut (pie la coopération de la femelle est né- cess:Ure pour raceomplissemeul du co'it. Lors du rapprochement des sexes, celle-ci, en elVel, étend l'oviscapte en (h'semboitanl ses trois tuyaux coustilulifs, alin (pie la v erge dans scni introduction ne vienne pas se four- vover eu heurtanl contre les replis ipii existent, lorsipie ces tuyaux sont rentrés l'un dans l'autre. (Mi.ind le pi'iiis introduit veut ])éni'lrer el se loger d;ins la poche copulatrice, l'oviscaple se raccourcit par l'invagination des luvaux. Ce qui détermine riiicarcéralion pernianenle ou prolongée du pénis dans celte poche, c'est d'une pari la luigescence de la base de celui- ci, el de l'autre la coutraction aunulaiie du boni de l'oviscaple, qui est en même lenips fortement saisi el accroché par le forceps de l'armure copulatrice. Tel est, je pense, le mécanisme de l'acte copulateur de notre petite .^louche et sans doute de la jibipart des Diptères. Dli IMOI'IIIIA l'HIASIOMS. Ai'il i;\PLICATIO!M DES PLANCHES. (Toult'S les figures sont fort grossies. ) • pr.ANCiii: w D. Fig. 1 3. Appareil génital niàle de la l'iophile. a,a, testicules très turgescents. — 6,6, conduits déférents vésiculaires. — c,c, vésicules séniiniiles. — d. canal éjaculaleur. — e. portion de l'intestin avec le rectum. — f, dernier seitment dorsal de l'abdomen. — g, écailles légunien- laires recouvrant l'appareil copulateur. — /i, armure copulatriee. — i, fourreau de la ver^'e enroulé en disque orbiculaire. Fig. 1 .y . Un testicule détaché, moins turgescent, et différemment conformé. Fig. 14. Armure copulatriee détachée. a, portion du canal éjaculaleur. — 6,6, branches du forceps copulateur. — c,r, stylets de la volselle. — d, portion du fourreau de la verge. — e, portion du rectum et de son col. • — f, prolapsus du col du rectum. Fig. 1 5. Fourreau de la verge détaché , presque déroulé, pour mettre en évidence sa structure, les poils de sa base et son extrémité en bec de flûte. PLANCHE XVI. Fig. 1 . Larve de PiophUa ppiasionis. — Mesure de sa longueur naturelle. Fig. 2. Celte même larve représentée en courbe parabolique, pour l'exécution du saut. Fig. 3. Stigmate antérieur détaché, avec ses dut digitalions et le renflement de son col. Fig. 4. Partie postérieure de celte larve, pour mettre en évidence, en a,a, le segment dorsal supplémentaire bilobé, à deux papilles; — 6, stigmates postérieurs fermés, conoides; — c, segment ventral, avec les deux spinules. Fig. 5. Stigmate postérieur avec son orilice festonné, après la macération, et les trachées qui en partent. Fig. 6. Pupe ou chrysalide. — ■ Mesure de sa longueur naturelle. Fig. 7 Piop/ii/ope(asioiiis femelle. — Mesure de sa longueur naturelle. A, antenne détachée et considérablement grossie , pour mettre en évidence sa composition , le duvet de sa palette et le renflement basilaire de son c/icle ou soie dorsale. Fig. 8. Appareil digestif de la larve. a, crochets des mandibules. — 6,6, muscles et tige des mandibules. — c,c, glandes salivaires. — • d, œsophage. — e, gésier. — f,f, bourses venlricu- laires. — g, ventricule chylifique. — h,h, vaisseaux hépatiques. — i, col de l'intestin. — j, portion grêle de l'intestin. — k, rectum. — /, col du rectum. — ■ m, dernier segment du corps. Fig. 9. CEsophage, et a, gésier; — 6,6, bourses ventriculaires plus étalées; — c, portion du ventricule ehylilique. Fig. 10. Mandibule de cette larve détachée et vue par le flanc, pour mettre en évidence l'articulation du crochet , le talon de celui-ci et la lame avec ses deux extrémités atténuées. Fig. 11. Bandelette du tissu adipeux splanchnique de la larve, et ses granules Fig. 12. Tête et appareil digestif de la Piophile ailée o, tète avec ses yeux et ses ocelles. — 6,6, glandes salivaires. — c, panse avec son col. — ■ d, bourrelet ventriculaire. — e, ventricule chylifique et ses circonvolutions. — /■,/■, vaisseaux hépatiques. — g. portion grêle de l'intestin.- — ■ /i,/i, rectum avec les deux paires de boutons charnus conoides. — i, col du rectum. — ;, dernier segment dorsal. 388 t. DIFOIR. — St'K I.K IMOPHir. \ l'ETASIOMS. Fig. 16. Appareil génital femelle de la Piophile. a,a, ovaires garnis de gaînes ovigères. — b, ligaments suspenseurs. — c,c, cols des ovaires. — d,d, réservoirs ovoïdes de la glande sébifique. — e.e, ré- servoirs en boyau de cette glande. — f, orbicelle sessile. — g, cul-de-sac d\i réservoir ovigére. — h, sac nu réservoir ovigere. — i, dernier segment dorsal de l'abdomen. — ;, oviscapte avec ses trois tuyaux constitutifs très désem- bottés. — k, rectum et son col. Fig. 17. Ovaire avant la fécondation , vu par sa face inférieure, pour mettre en évidence et son calice , et le mode d'insertion du col , et les nombreuses tran- chées nutritives. Fig. 18 Une gaine ovigére détachée triloculaire, terminée par son ligament propre. Fig. 19. Réservoir ovoïde di' la glande sébifique isolé. Fig 20. Réservoir en boyau de cette glande, pour mettre en évidence et la tex- ture de sa lunique et le tube inclus. NECROLOGIE. ETIENNE CEOFFROY-SAINT-IilLAIRE , DÉCÉDÉ LE 19 JUIN l8Uh. La vie de M. Et. (lenll'ruy-Saint-Hilaire recevra l'éloge .solennel que l'on doit à sa mémoire , et nos lecteurs n'ont pas besoin d'aii- letu's que nous leur rappelions les litres de l'illustre Académicien à notre afTection et à nos regrets. Aussi , en inscrivant le jour de sa mort dans ces Annales , nous ne voulons que lui payer la juste dette de la reconnaissance poin- les services nombreux qu'il a rendus aux Sciences Aalurelles , non seulement en les éclairant par ses importants travaux , mais encore on méritant par son désintéressement et son noble caractère une autorité et une con- sidération qui rejaillissaient sur ces sciences et sur ceux mêmes (lui les culli\eiil. l'ai' son courag-i- . iiar son déxouenient , par son .Mk;iioi,(>(.ii:. 381) génie , le nom de M. Geoffroy-Saint-Hilaire est mêlé aux grands événements de notre histoire , et aux noms de tous ces hommes célèbres qui ont créé et honoré la science : au nom de Haûy , son maître et son protecteur , C[u'il arrache au massacre du 2 sep- tembre ; à celui de Daubenton , à qui il sacrifie sa modestie, qui lui était si chère, pour se livrer, comme l'exigeaient les besoins du moment , à l'étude et à l'enseignement de la Zoologie , dont il devait agrandir le domaine avec tant de zèle et de succès pendant sa brillante carrière; à celui de Cuvier, ([u'iltirede l'obscurité et qu'il appelle à Paris, avec la simplicité de l'enthousiasme et de l'ab- négation , pour jouer le rôle de législateur de l'Histoire Naturelle. Sa renommée se lie désormais à celle des grands établissements scientifiques, auxquels il a voué son cœur, son esprit , sa vie tout entière. Administrateur du Muséum, il en débrouille et en classe les richesses avec persévérance et habileté, suivant les principes qu'il développe comme professeur de Zoologie; et, voyageur intrépide, il défend avec énergie, en Egypte et en Portugal, les collections qu'il a recueillies pour compléter celles qu'il avait coordonnées. A la Faculté des Sciences, il expose les principes féconds de la Phi- losophie anatomique avec un talent et une puissance qui rend son nom populaire, en même temps qu'il passionne pour ses idées les grands hommes de l'Europe. Jamais l'Académie ne perdra le souvenir de ces discussions mémorables , dans lesquelles s'agi- taient les questions les plus élevées entre deux hommes qui s'esti- maient autant qu'ils aimaient la science , et qui ont trop tôt disparu de son sein. Toutes les Sociétés savantes de l'Europe qui avaient voulu compter M. Et. Cieoffroy-Saint-Hilaire au nombre de leurs membres , tous ceux qui ont pu apprécier ses écrits ou ses leçons, donneront des regrets sincères au philosophe et au natu- raliste que nous venons de perdre , et que la maladie avait enlevé di'jà depuis trop longtemps à la science. Mais ceux qui l'ont connu de plus près, et qui garderont la mémoire précieuse de ses vertus et de son amitié , n'oublieront jamais le tableau des dernières années du noble vieillard, entouré des soins les plus assidus et les plus tendres de sa famille , dont il récompensait le dé\ouement |iar sa courageuse résignation. 'table des matières GONTEMJliS DANS CE VOLUME. AKATOMIE ET PIIISIOLOUIE. Kapport sur une série de Mémoires de M. de Quatrefages , relatifs à l'or- iliiiiisdlion drs aniniiui.v suim ivrtibres des côtes de la Manclie ; par M. MiLNE Edwards 5 Recherclies sur différentes pièces osseuses du squelette de l'homme ou des animaux vertébrés. Deuxième Mémoire : De l'os malaire ou jugui ; par M. Breschet 2o Observations sur la structure microscopique des coquilles, etc. ; par M. Cab- PEsTER. (Extrait.) 117 Recherches sur Vostéo-fiénéxie. Premier Mémoire : De la formation du cal ; par M. Ledert. (Extrait.) 120 Nouvelles e.\périences di'/iT(r(V/((' (oiimn/c,' par M. JIatteucci 191 Mémoire sur la formation des organes de la circulation et du samj dans les /<(i/rao»'iis,- par MU. Prévost et Lebeut 193 Considérations sur rn/i'mcH'fi/ioii des animaux; par M. BoussiNfiAiLT. , . '229 Mémoire sur la formation des organes de la circiikition et du miKj dans le /'«»/('(.■ par MM. Pmivosr et Lebert 265 XOOLOIiilE CiÉ!\'ÉR.\I,E. Considérations sur quelques principes relatifs à la classificalion iialurelte des animaux, et plus parliculiércnient sur la ilistrihiitioii mctlwilique des Jl/um- mifères: par M. Milse Edwards 65 ;lIVinAI\ VERTÉBRÉS. Sur une nnicluiire do Girafe fussile découverte à Issoudun (Indre); par M. Duvernoï 36 Note sur des ossciiicntu fossiles d'un animal gigantesque de la famille des .l»(nu7ics,' par M. Owen. (Extrait.) 188 Observations sur le Crtim'/mii d'Afrique : par M. RuscoNi. (Extrait. ). .189 Description de quelques (tntt.i fossiles de Poissons trouvées aux environs do Staoucii, dans la province d'Alger; par M. Valencienses 99 Sur le développement de la /'"ri7/V (/i'.S'i(nH»Hi ,■ par M. Deveksuv. . . . 313 *Xl.n.%l'X AXXELÉS. Note sur l'existence de branchies cher, un insecte Névroptère il l'élat parfait, le r/cramiiTiy.s r('r;i(//'.s Newm. ; par M. Newport 183 .Vnatomie générale des fl//)(i(v,s.- par M. L. Dl'focr 2i4 Histoire des métamorphoses et de l'anatomie du Piophilu pelasiunis: par M. L. DuFouii 365 Sur la structure , les rapports et le dccetoiipemenl du sijslèmr nerveux et cir- rnlaloirc . et sur l'existence d'une circulation rasculairc complète chez les Myriapodes el les .l/-fic/ini(/fs macroures ; par M. Newport. (Extrait.). . 58 Note sur les sexes et les organes de la reproduction des Cirripèdes; par M. H.-D.-S. GooDsiR 107 Kecherches et observations sur une nouvelle espèce de Ihemaloznaire ( Tnj- panosoma sainjuinis): \ydT M. Grubï lOi- nOI.LLSttl'ES. Mémoire sur les ilaslérojiodes Pldéhenlcrcs , ordre nouveau de la classe des Gastéropodes , proposé par M. DE — (Considérations sur quelques principes relatifs à la clansilira- tion natiin'lle des animaux, et jilus particulièrement sur la ilix- triljution mélhaitique des Mam- inifères 6.'i GooD.siR. — Note sur les sexes et les organes de la reproiliirtiim des Cirriiièdi's . . . 1 117 193 263 191 PAK XOMS D'AL'TEURS. Grvhv. ■ — Recherches et observa- tions sur une nouvelle espèce àe H(Pmato^oaire{^Trijpuno>i.>/ r /. /•/. /. r~ ■/ u , 4 ^' V « j \ 1 ^^RTÏSS^ ^ I .4iin Jej- J'i-tf/ir. rtat . 3* StJ- ^ool Ton, . , ri . V //J f , ^.>oi r,.n,.i.ri . I l'uni f/t'-pttr(fti/i.r liif/iru/iifn flim I -V/jr; ,l'.r X-i^n.- f„U .ir.ierù V7. \1I. ^.•ol.Tam I l'I 3 Ûr., 'r/, i/,v .//„////..■,/,„..,• /'/,/,: /;,-/i/yre.i- - înn . dar , tci^/ie . nat . Jf ,iert* . ^oof . Tani . 1 Pi .f f ;(Wt/ iil'i .' j: 1» j Orça/ii.,-,]/,,),! ,/,'.<■ .l/,i//u.,y,m,- /'/i/eie/i/èr^. ■ (> y,/ iiteii i i II Vlll V ^;, Vi: ^oi>^ '/;,,„ I /'/ j •■■'^■asï VII l^r,/,/,„..„/u,„ ,/,,.,■ M,M,.,;,,„,, /'AA-/„.„/;vA, u .V M-hmn^ Jiiii .i/f.r .i'iie/u- -/tu/ . 3' Serif I l XVII. ^ool .'l'i'ln I /V fi . XI Mil o ^1, x. XH. i y / \ l 6 , s fil ses ^-j-f^'-i- XXII. 'ye s f^///(//i/.\{///if/i tA>\- .l/n////.yf/f/f.i- /Vt/t'/ie/i/f'rKy .1h g i/^f . X fii-fiinfii/ I//IP .inft tler SfUiic fut/ 3' Série . ^oot Tom I . PI -7 . Cofi/ôr/naOnn t/r i'os nui/^trc Inn Ja-' Si-ifn,- mit .'!' jV/tr ^otil ■ Tofn / /'/ H \ ^ 4>/i/fif'/tia/(.'• niiifttfri' . //)/f ^ y^. #"s .^.,-. m% /.3 '^■ /, /6". r. r% Â'//i///iyo(/t'/i/t' (/,■ /// (!/i'/iijiii'//i> . J/tn des- Snmc- nat .ï^ Sef'^ ■.Mt ^ool Toni i ■ PI ■ lo ■ i9 i « » • - /. «••'■' i 3/ /??. -'S -V-x \J "' /' J \/ %^'^ \ \ ^^ ■'-" 23. I 1 ^ r 2b. •27. Krnhri/Of/<'/ife (/i' A/ (trt'/itrf/t//e lf,/> ,/^., SfMu- naf .ï'Jrt Jftnii Tt'ni 1 - l'I Ji ■ o; "o-.i .'9"0 ■Q, oP V * ^ fe: ^ : V- .ç.. /)fi>i'/ti/i/>f//i4-/i/ t/li /'l'ft/t'i' h/n i/'.'* . ','•//•//<- /!.// .i'\<*y-/j- . '••l Ti-m i.ri Ml /. O ^-0^-a , ,!.,« ..■:/c ,r^:^ o ■^y?' w ^^ W tei>^ "!«;c?' _ : ^' 1^ ,;&J^^ 3^ ■.'#|).V;%' •■>^.:j:./- 7' 4. '^M^m0^ % l .;■:■..■•.■••;. ■ l *^..-j';».-' i^. iffîv-':.;L-E /'/V>'/'/y^//-////y// ,/^/ /*,,///('/ OSH l/iri lU.i- Siii'iir tutl .^'' .i'f'iic /TmI ■/;.„, , /■/ ,.1. d ,: ./ /h>/>t'/ti/l/'t'f/N'/l/ Jll /'////'/ 1 //,„„■„./ ,n,,. ;x^éHfTOS^ .0 ^^ j6 ./ f f J S y V' 23 M 7)i'ne/tY>/Ji'fiie/i/ 1/// /'uu/f/ . /hifi .*A' j'.-/,'/u- tut/ J*" .ier-tt ^oof Ton, , I /y i.i ( /it/A//tr nui/i- I) . ifnf/t'//in' lA' A/ /'fi'/^/t/A' /"y /s /S ,^^ '*' \ .Inn t/^-r .l'eir/w ■ nat . Jf Série ■ ^oal Ton, i /'/ j£ . V .^J , e/ c r /'. /, .r- ) M., W" , hiii/ii/iifr i/t- /// /'/lY'A///' IV ,',. n >, ^\ K'v .■inn dt:i- .i'fMf/- . nat . 3' .S'/rif j?iu>l Torn j /'/ ^^^il ?) ^ ^>/ fj^d'a/ui . S)t/-i/iiini4'fi,r(.r là/ j finhui c/ J.iirici-fiéminv' ,{,'/ h^ M />c ^.p .o^^