'y *»5 ANNALES DFS SCIENCES NATURELLES TOME VI]I. S7 ^O'' ^ 9' '^^^9 IMPRIMÉ CHEZ PAUL RENOUARD, RUK GARANCIKRE, N. 5. ANNALES DES SCIENCES NATURELLES COMPRENANT LA ZOOLOGIE, LA. BOTANIQUE, l'aHATOMIE et la PHYSIOLOGIE COMPARÉES DES DEUX RÈGNES, ET l'histoire des CORPS ORGANISÉS FOSSILES^ RÉDIGÉES POUR LA ZOOLOGIE PAR MM. AUDOUIN ET MILNE EDWARDS , ET POUR LA BOTANIQUE PAR MM. AD. BRONGNIART ET GUÎLLEMIN TOME HUITIÈME. — ZOOLOGIE. PARIS. CROCHARD& C', LIBRAIRES-ÉDITEURS, l'I.ACK DK I.'fCOLF.-DK-MI-DECINE , N. l3. . 18.37. f J- ' *^->L '(►,. ANNALES D£S SCIENCES NATURELLES. PARTIE ZOOLOGIQUE. Notice sur les ravages causés dans quelques cantons du Ma' connais par la Pyrale de la vigne, et sur les moyens qui ont été jugés les plus convenables pour arrêter le fléau , Par M. Victor Audouiw, D. M. lue à l'Académie des Sciences , le 4 septembre iBZj. En même temps que les autorités municipales d'Argenteuil ^ commune située aux portes de la capitale , attiraient l'attention de l'Académie des Sciences sur un Insecte dévastateur qui faisait les plus grands torts aux Vignes de leur territoire, M. le ministre du commerce transmettait à la Société royale et centrale d'a- griculture de P.iris des plainies semblables qui lui parvenaient des plus riches viguobles du Maçonnais et du Beaujolais : on y réclamait la présence d'un naturaliste, pour étudier le fléau et pour rechercher un moyen de l'arrêter. Désigné au choix de M. le ministre (i) par mes honorables confrères, pour remplir cette mission, j'aurais tardé jusqu'à la reprise de nos réunions, qui aura lieu au mois de novembre, j)our leur faire connaître le point où m'ont conduit mes re- cherches, et j'aurais attendu pour en entretenir l'Académie des (i) M. Martin (du NorJ) minblrc deragritiillure et du commerce. 6 V. AUDOuiN. — Sur La Pyrale de la vigne. Sciences que mon travail, qui est accompagné d'un grand nombre de dessins, fût complètement rédigé, si l'intérêt qui se rattache à ce grave sujet ne me faisait en quelque sorte un de- voir de rendre publics les résultats que j'ai obtenus. C'est sur ces résultats que je prie l'Académie de vouloir bien m'entendre un monient. 1 ' 1 ' Elle connaît l'étendue des dégâts occasionés par la Pyrale à Argenteuil ; ceux que le même insecte exerce depuis tant d'années dans les contrées que je viens de visiter ne sont pas moins considérables. ^ , ... , , ^.^y ^ j - |M U M Dans une lettre en daté au 7 juillet dernie^, et qui a motivé mon départ, l'administrateur habile qui occupe la préfecture du département de Saône-et Loire , M. Barthélémy , écrivait à M. le ministre de l'agriculture et du conmierce, que, s'étant transporté dans les vignobles envahis par la Pyrale, le mal lui avait apparu beaucoup plus grand qu'il ne s'y attendait; que des parties très importantes de territoire ne feraient pas de ré- colte ; qu'enfin il ne fallait pas se dissimuler que si on ne trou- vait pas un moyen dé sfe préserver de cet insecte destructeur, c'en était {d\i des meilleurs crus du Maçonnais, et que, par suite de ce redoutable fléau, une nombreuse population atta- chée depuis des siècles à la culture de la Vigne allait être ré- duite à la plus erande misère. Dès mon arrivée sur les lieux du désastre, le 5 août, j'ai pu reconnaître la vérité de ce triste tableau. C'était un spectacle affligeant que de voir ces laborieux cultivateurs, constans dans leurs habitudes de travail, reprendre pour la troisième ou la quatrième fois le labour, dans ces vignes dépouillées presque complètement de leurs fruits, sans songer à rien entreprendre pour combattre le mal qui rendait tant de soins inutiles. Leur désignation ou leur ignorance étaient donc bien grandes, pour leur donner cette apparence de calme vis-à-vis un si grand danger.? Comment les tirer de cet état? C'était là une première difficulté à laquelle je ne m'étais pas attendu , mais que j'ai été assez heureux pour surmonter , grâce à l'intervention de quelques personnes éclairées dont j'aurai souvent à citer les noms dans le travail que je prépare. Elles eurent Theurcuse V. AUDOciN. — Sur la Pyrale de la vigne. 7 idée (i) de provoquer une réunion à laquelle seraient invités les petits comme les grands propriétaires des vignobles in- festés, afin de s'entendre sur les mesures les plus efficaces à prendre pour opposer quelque obstacle au fléau. Cette réu- nion, qui eut lieu le i3 août, et que présida avec cette chaleur d'âme et ce haut mérite qui le distinguent, notre illustre auteur M. de Lamartine, député du département de Saône-et-Loire , produisit sur les esprits un effet moral dés plus satisfaisans. Mon travail était assez avancé pour qu'à cette séance j'aie pu prendre la parole, et traiter la question sous le double rapport de l'histoire naturelle et de la mise en pratique des moyens les plus efficaces de destruction. La conviction devint générale, et la preuve en fut que dès le lendemain le plus grand nombre des assistans mettaient en oeuvre les procédés que nous avions indi- qués comme méritant la préférence. Jusque-là, on était resté les bras croisés; c'étaient maintenant les bras qui manquaient pour Le quartier de mes observations avait été établi à- Chénas , dans la propriété de l'honorable M. de la Hante, receveur-géné- ral du département du Rhône. Dévasté par la Pyrale , ce riche vignoble tient à ceux des Romanèche et des Thorins , qu'on peut considérer comme les véritables centres et on peut dire les foyers de l'infection. De ce potnt, j'ai pu facilement visitera la ronde les diverses localités ravagées par l'insecte : elles occu- pent une étendue d'environ six lieues de long sur une lieue de large. Ces fréquentes visileset l'étudede tous les instans faite sur le terrain, m'ont fourni beaucoup d'observations qu'il eût été difficile de recueillir dans des circonstances moins favorables. Elles me permettront, j'espère, d'ajouter quelques pages à l'his- toire assez imparfaitement connue de la Pyrale. Toutefois, la saison était déjà trop avancée pour qu'il me fût pos- sible d'étudier la (îhenille dans toutes ses phases; mais je l'avais observée en 1 836 sur des individus envoyés de Romanèche (i) (i) Celle pcosce philanlropiquc appartient surtout à deux administrateurs éclairés, MIVI. Ca' wiid cl Fuillard, le premier Maire de lu Cliapeile-dc-Guinchay, et le second de Iloinauèchc. (a) (;c< envois me furent fuit» par M. de la Hante et par un autre propriétaire non moii". zélé, M Coubayoïv. 8 V. ADDOoiw. - — Sur la Pyrale de la vigne. à Paris. J'ai pu, au contraire, examiner à loisir les Chrysa- lides et suivre les Papillons dès leur éclosion , j'ai pu les voir au moment de leur accouplement , assister a la ponte, puis obser- ver l(^ développement des œufs jusqu'à la sortie de la petite chenille, qui, bien qu'elle naisse en août au moment où la végétation produit de nouvelles feuilles, les respecte, et se ré- fugie immédiatement sous l'écorce de la plante, pour y rester engourdie jusqu'au printemps de l'aimée suivante, époque à laquelle elle commencera ses ravages sur les jeunes pousses. Ces études d'histoire naturelle proprement dites étaient utiles, indispensables même, pour arriver à faire choix du moyen le plus capable de réduire le mal, et pour savoir ensuite dans quel cas on devait l'employer. Mais il était une condition plus nécessaire à remplir ; il n'aurait pas suffi que la science eût découvert un procédé capable de tuer l'insecte dans l'un ou l'autre de ses états, il fallait encore que ce procédé fût jugé exécutable par les culti- vateurs, c'est-à-dire que, tout compte fait, il y eut pour eux bénéfice à le mettre en pratique. C'est faute d'avoir satisfait à cette juste exigence que plusieurs recettes proposées pour la destruction de la Pyrale ont manqué leur but; et sans doute que je n'aurais pas évité moi-même cet écueil, si, me bornant à étudier 1 insecte eu Naturaliste, et dans l'isolement de mon cabinet, j'eusse négligé le contact si nécessaire des gens de pratique; c'est un aveu que j'ai déjà fait et que je me plairai toujours à faire. Un séjour de près d'un mois au milieu de cette intéressante population des vignobles du Maçonnais et du Beaujolais , a eu pour moi l'avantage de m'identifier en quelque sorte à leur po- sition , et de me mettre à même de bien comprendre leurs be- soins. De leur côté , ils ont puisé dans ces relations journalières et de tous les moraens des connaissances exactes qui man- quaient à la plupart; ils ont appris à bien connaître dans toutes ses phases et dans ses habitudes les plus cachées l'en- nemi auquel Us avaient à faire. Dès-lors, ils ont pu juger com- ment il était possible de l'attaquer avec succès , et lorsque en- suite des expériences ont été tentées sous leurs yeux par des V. AUDOi'iN. — Sur la Pyrale de la vigne. 9 propriétaires éclaires , ils ont élé capables de discuter sur leurs avantages, sur leurs inconvéniens, sur la possibilité de leur mise en pratique, et sur la préférence qu'on devait donner à tel procédé plutôt qu'à tel autre. C'est en procédant de la sorte que nous sommes bientôt ar- rivés à nous entendre, et un premier moyen sur les avantages duquel nous avons été unanimement d'accord , ça été, au mo- ment de l'apparition des Papillons, l'emploi simultané des feux, non pas, comme l'ont entendu et l'entendent encore quelques personnes, des feux clairs et élevés, mais des feux petits, bas, multipliés, c'est-à-dire placés à la distance de 2 5 pieds au plus l'un de l'autre. Une illumination de cette espèce ne saurait se faire avec des brins de bois, de la paille ou toute autre matière plus ou moins analogue; car pour les alimenter il faudrait un nombre infini de bras, et, à cause de la nature du combustible, on devrait user de trop de précautions pour ne pas risquer d'endommager les plans de Vignes. On n'aurait à craindre aucun de ces inconvéniens, si on employait une flamme qui s'entretînt elle-même, par exemple une mèche entourée de suif, un lampion, une chandelle. Mais, d'tui autre côté, on ne manquera pas d'objecter qu'une flamme si peu étendue ne détruirait qu'un bien petit nombre de Papil- lons s'il n'y avait d'atteint que ceux qui viennent s'y brûler en tournoyant autour; or, ce tournoiement que viennent exécuter les Pyrales à la circonférence de la flamme, celte sorte de spi- rale ou de cercle qu'elles décrivent, est une circonstance des plus heureuses, car elle permettra, comme on va le voir, de s'emparer de tous les l^apillons qui s'en approcheront, même sans la toucher. Eu effet, supposons que cette lumière soit un lampion, qu au lieu de le tenir élevé on le njette d;ms un vase plat et qu'on pose celui-ci sur le sol, on conçoit que le Papillon, qui tend à dé- crire un cercle autour de la flamme, ne pourra plus décrire qu'une portion de cercle, arrêté qu'il sera par la surface plane sur laquelle est posé le lampion et qu'il viendra sans cesse frap- per de sesailes:or, si on couvre maiiilenant celte surhiceavec de riinilc, l'insecte, en la toucliaiil, sera arrêté et asphyxié aussitôt lo V. AUDOUiN. — Sur la Pyrale de la vigne. par ce liquide. Donc l'effetdela flamme ne sera pas tant de brû- ler le Papillon que de l'attirer dans ce piège. Je reviendrai ail- leurs sur l'emploi de ce procédé, quia d'abord été essayé parmi propriétaire animé d'un ardent désir d'être utile, M. Bruyère, mais qui a été expérimenté réellement chez M. de la Hante; je me bornerai à donner ici les résultats de ces expériences, afin qu'on puisse apprécier à sa juste valeur le degré d'efficacité et d'avantage de ce nouveau moyen. Deux cents feux du genre de ceux dont je viens de parler , c'est-à-dire 200 plats dont le fond était couvert d'une couche d'huile d'une à deux lignes d'épaisseur avec une petite lumière haute de 3 à 4 pouces placée au centre, furent établis à la chute du jour le 6 août dans un clos de vignes de M. de la Hante, sur une étendue d'un hectare et demi environ et à des distances les uns des autres de aS pieds. T Ces feux durèrent deux heures environ. A peine avaient-ils été allumés qu'un très grand nombre de Papillons volaient au- tour, et ne tardaient pas à se noyer dans l'huile. Le lendemain on en fit le compte;, chacun des deux cents vases contenait, terme moyen, i5o Papillons. Ce chiffre mul- tiplié par le premier donna par conséquent en total 3o,ooo Pa- pillons détruits. Sur ces3c,ooo Papillons on compta un cinquième de femelles ayant toutes l'abdomen plein d'œufs. Elles n'eussent pas tardé à pondre chacune i5o œufs, terme moyen; ce dernier nombre multiplié par le cinquième de 3o,ooo c'est-à-dire par 6,000, don- nerait donc pour résultat définitif de cette première chasse le chiffre élevé de 900,000 Pyrales dont on aurait arrêté le déve- loppement. . Le lundi 7 août un nouvel éclairage fait à la même heure et dans les mêmes lieux avec 180 feux a produit, pour chacun d'eux, 80 Papillons; c'est-à-dire en total i4,4oo Pyrales. Sur ces 1 4,400 on a compté non plus un sixième, mais les trois quarts de femelles. En aduiettant qu'il ne s'en fût trouvé que la moitié c'est-à-dire 7,200 et en multipliant ce nombre par 1 5o qui est celui des œufs que chacune d'elles eût pondu, on voit que le résultat de cette expérience est enc(.u-e plus satisfaisant que ce- V. AiDouiN. —Sur la Pyrale de la vigne. 1 1 lui de la première, puisqu'il donne un total de 1,080,000 œufs détruits. Deux nouvelles expériences furent établies sur un autre point le 8 et le 10 août, et elles procurèrent ensemble la destruction de 9,i6o Papillons. Nul doute, par conséquent, que l'usage des feux employés de la manière qui vient d'être indiquée ne soit un très puissant moyen d'arriver à la diminution du fléau; mais il devrait être répété pendant plusieurs jours et rais simultanément en pra- tique sur toute l'étendue du territoire infesté; car, le pro- priétaire qui en fera usage aujourd'hui ne garantira pas ses Vi- gnes des Papillons du voisin qui le lendemain viendront y dé- poser leurs œufs. Pourrait-on ensuite déterminer facilement ou bien obliger une population entière, pauvres ou riches, à faire la dépense première qui est nécessaire pour opérer ? Voilà la seule objection fondée qu'on puisse alléguer contre l'emploi de ce puissant moyen. Au contraire, il est un autre procédé qui n'entraîne aucun Irais, aucune mise première de fonds, et qui n'exige que la main-d'œuvre. Ces Papillons avons-nous dit pondent 1 5o œufs environ ; ils sont réunis par plaques à la face supérieure des feuilles de vi- gne ; chaque plaque en contient un plus ou moins grand nom- bre; mais on peut regarder le chiffre 60 comm* un terme mo- yen ; c'est de ces œufs ainsi groupés que naissent les Vers dé- vastateurs. Si donc on parvenait à détruire ces pontes, on ar- rêterait certainement le fléau dans sa source. J'étais préoccupé depuis long-temps de cette idée; mais l'ex- périence seule devait m'apprendre si elle pouvait avoir une utile application. M. de la Hante se décida sur ma proposition à la tenter. Le 7 août, une vingtaine de vignerons de femmes et d'en- fans se mirent à l'œuvre sur divers points de son grand vignoble, l'opération eut lieu jusqu'au 1 1 août iuclusiveujent. Voici le résultat qu'on obtint dans cet intervalle de 5 jours. ifîGjQOo Poules furent ramassées. Je dirai ailleurs comment on a pu s'assiucr cxaclcmciil île ce nombre. i-a. V. AUDOUiJv. — Sur la Pyrale de ia vigne. Si mainleriant on multiplie ce chiffre par celui de 60 qui re- présente la quantité d'œufs contenus dans chaque plaque, on trouvera que par cette opération on a obtenu la destruction de 11,214,000 OEufs qui eussent bientôt donné naissance à autant de Chenilles. (1) L'opération continuée du 12 au 18 août inclusivement par une treritame de personnes a donné pour ces sept journées un autre total de 48^,000 plaques d'œufs, ou Pontes, qui multi- pUé également par le nombre d'œufs existant dans chaque pla- que, c'est-à-dire par 60, donne 28,920,000. Ainsi, 12 journées de 20 à 3o travailleurs ont suffi pour dé- truire 40,182,000 OEufs, lesquels œufs eussent éclos dans l'es- pace de 12 à 1 5 jours et souvent plutôt, selon l'époque plus ou moins ancietuie à laquelle ils avaient été déposés. Ces résu'tats parurent si satisfaisansque M. de la Hante n'hé- sita pas à opérer sur une beaucoup plus grande échelle. Il fit re- chercher les OEufs dans sa belle propriété dite du hois de Loize et qui n'a pas moins de 120 hectares. C'est, je crois, le plus •grand des vignobles d'une seule pièce qui existe en France. Le travail fut entrepris par la presque totalité des vignerons et avec beaucoup de zèle, il commença le 9 août et fut con- tiruié jusqu'au 19 inclusivement. On recueillit dans ce laps de onze jours qu'il faut réduire àdix à cause d'une journée entière de pluie pendant laquelle on ne put opérer, on recueillit, dis-je , durant ces onze jours: 1,1 J4>ooo plaques d'œufs. Ce chiffre multiplié par 60 donne en total : 68,040,000 C-Eufs détruits. Or, il est à remarquer d'une part que l'opération fut com- mencée un peu tardivement, lorsque déjà bien des œufs étaient éclos (ces œufs éclos qui ne furent pas ramassés par les travail- leurs ne figurent pas dans le chiffre ci-dessus), et que de l'autre on dut à cause de l'éclosion qui devenait trop générale, cesser le travail avant que tout le vignoble eiît été exploré; en sorte que ce n'est pas trop élever le chiffre que de dire qu'il aurait été (i) Je fais ici abstraction des causes de destruction qui font périr quelquefois beaucoup dœufs et de jeunes chenilles ; je les apprécierai pius tard à leur juste \aleur. V. ACDOum. — Sur la Pyrale de la vigne. i3 quintuplé, sextuplé peut-être, si l'opération eût pu se faire en temps opportun et complètement. v./j> i-.ui> Tandis que ces expériences se fai saient sous nies yeux e't je puis dire sous ma direction, car M. de la Hante désireux de donner l'exemple, les étendait et les variait suivant que je le croyais utile, un autre propriétaire fort instruit et dont j'aurai souvent à rappeler le nom, M. Desvignes l'aîné, exécutait aussi en grand la recherche desOEufs, et il la faisait faire avec un très grand soin. Il l'avait commencée dès le 4 août et la conti- nuait encore le 19 du même mois. Les résultats auxquels ce cultivateur est arrivé et que je détail- lerai ailleurs, coïncident parfaitement avec ceux dont j'ai fait mention; il a (.'htenu la destruction de 3 1,000,1)00 d'OEufs dans une propriété infiniment moins grande que celle de M. de la Hante. Or, il a calculé, et M. I-esvignes est un habile négociant qui s'entend parfaitement en calcul , que la dépense de cette opération qu'on a répétée deux fois dans le même vignoble, ne s'élevait pas à plus de 20 francs par hectare; que signifie cette somme comparée au produit que fournit la récolte moyenne sur un sol qui se vend jusqu'à 10 et 1 4,000 francs l'hectare. D'ailleurs je ne doute pas que bientôt le propriétaire ne. soit en tout ou en partie allégé de cette charge, le vigneron étant toujours disposé à ajouter aux façons qu'il donne à la vigne, lorsqu'il est convaincu du bon effet de son travail. Des chiffres aussi élevés que ceux que je viens de citer, en raême temps qu'ils donnent une idée exacte de la gravité du mal, font voir combien est efficace le procédé qui consiste à détruire les œufs. J'ai montré qu'il était praticable tant à cause de sa siujplicité que par ce qu'il est dès à présent peu coûteux. Les avantages qu'on en retirera seront plus sensibles encore lorsque les vignerons plus confians dans l'opération seront devenus plus habiles à opérer, et se décideront à agir en temps opportun. C'est ce que compreiment très bien tous les propriétaires éclairés qui ont commencé la recherche des pontes après la réunion du i3 août. Ils ne comptent pas pour l'an jirocliaiii sur des résultats compatibles à ceux qu'obtiendront MM. Oesvignes et de \.\ Hante qiu les preuncrs ont marché j^ V. ACDOUiN. — Sur la Pyrale de la vigne. avec confiance dans cette nouvelle voie; mais ils sont convain- cus que leurs Vignes se ressentiront de ce travail tardif et que | quelque faible qu'elle puisse être, ils auront leur dose de ré- compense. En résumé et dans fétat actuel des choses, je considère la Cueillette des œufs comme préférable à tous les moyens qui jusqu'ici ont été proposés ou mis en pratique. Faite avec soin elle garantira la récolte de l'année suivante, pratiquée sur toute l'étendue du territoire infesté elle anéantira le fléau ou du raoins elle le réduira à tel point, que ses effets deviendront insensibles. Je regarde ce procédé comme de beaucoup supé- rieur à celui qui a pour objet la recherche des Chrysalides, et même à l'opération longue, difficile et toujours très impar-î | faite de l'Echenillage , et cependant je ne proscris pas ce der- nier moyen ; mais je ne l'admets que comme la ressource de l'imprévoyant vigneron qui ayant vu l'année précédente des pontes sur ses Vignes a négligé de les enlever. En effet, je mon- trerai que les Chenilles qui au printemps commencent leurs ravages sur un pied de Vigne proviennent des œufs déposés précédemment sur les feuilles de ce même pied , en sorte qu'un cep sur lequel on les aurait tous enlevés serait exacte- ment intact l'année suivante. Celui donc qui agira ainsi aura réellement travaillé pour son propre compte, il en recueillera tout l'avantage quelle que soit la conduite tenue par son voisin. 11 resterait encore à attaquer les Chenilles pendant la longue saison de l'hiver, lorsqu'elles sont nichées sous l'écorce de la j Vigne, ou , lorsqu'elles se disposent à gagner les jeunes feuilles. Je ne me dissimule pas l'avantage qu'il y aurait à pouvoir opé- rer dans ce moment et dans ces circonstances; mais aussi je ne me fais pas illusion sur les difficultés de plus d'un genre qui se présentent, et sur les conséquences très graves d'une non-réussite. Le cep de Vigne cache sous une enveloppe gros- sière des tissus d'une délicatesse excessive qui ne permet pas qu'on le mette impunément en contact avec une foule d'a- gens chimiques qu'on aurait jugés nicapables de lui nuire, j'en pourrais citer de nombreux exemples. I «ucès. — jdnnelides abranches sétigères. 1 5 Toutefois je n'ai pas négligé les essais de ce genre et je compte les renouveler cet hiver. Dès à présent je crois être arrivé à la découverte d'un pro- cédé qui n'aurait aucun des inconvéniens que je signale; î serait peu dispendieux et d'un emploi facile. Je saurai au prir- lemps prochain à quoi m'en tenir sur son effet. D'ici là , et jui- qu'au moment ou dans l'intérêt public il serait utile de le faire connaître, je prierai l'Académie de vouloir bien permettre qie j'en fasse le dépôt dans ses Archives, (i) i tïi Nouvelles observations sur la zoologie et l'anatomie de* Annelides abranches sétigères , Par M. DuGÈs, Professeur à l'École de médecine de Montpellier. as . Article I". Considérations zoologiques sur les espèces du genre Lombric. Déjà Swammerdam et Redi avaient pressenti la multiplicité des espèces de vers de terre, réunies pourtant en une seule par Linné sous le nom de Lumbricus terrestris. M. Savigny fit con- naître aux zoologistes combien il s'en fallait que le genre Lum- bricus ne renfermât qu'une espèce ; il en énuméra et décrivit succinctement vingt indigènes, et j'eus, quelque temps après, (i^ Ce dépôt a été arrcplé par l'Acudéniie. i6 DUGÈs. — Annelides abranches sétigères. moi-même l'occasion d'en distinguer six autres, incertain pour- tant qu'elles différassent de toutes celles du savant académicien cent le travail n'a jamais été publié que par extrait. Six espèces eicore ont été découvertes depuis par le professeur Fitzinger dî Vienne, qui malheureusement ne nous a pas donné de ca- rxtères plus précis. Au reste, cette mdécision dépend de la na- ttre même du sujet et de la similitude des formes cbiez ces aiimaux : ce n'est guère que sur la situation des organes géni- taix externes et de leurs accessoires, plus la disposition des sdes locomotrices, qu'on peut établir leur diagnose; et comme il y a des temps où ces organes n'apparaissent que peu ou point di tout , il devient impossible de déterminer alors les espèces. Ot inconvénient, au reste, est le même en botanique pour la p\ipart des plantes, et ne doit pas faire abandonner comme in- siffisant ce mode de caractéristique : c'est celle que nous allons consacrer encore , à l'exemple de MIVÏ. Savigny et Fitzinger , nais cette fois avec plus de connaissance de cause, ayant pu examiner presque toutes les espèces que nous aurons à mention- ner. En effet, grâce à l'obligeance de M. de Blainville, nous avons eu entre les mains les échantillons même de Savigny, et nous en avons pu faire une étude comparative, rectifier quel- ques erreurs , confirmer quelques découvertes, et ajouter quel- ques notions de plus à celles qui étaient déjà du domaine pu- blic. Pour faire saisir d'un coup-d'œil l'ensemble du genre tel qu'il nous paraît pouvoir être aujourd'hui constitué, nous dis- poserons en tableau les trente-cinq espèces admises par nous, et qui ne sont pas tout-à-fait les mêmes que celles de M. Fitzin- ger , quoique en nombre à-peu-près égal. DUGÈs. — Annèlides à branches sêligères. 17 Ceinture de Vulves sous le 16" anneau. Soies géminées. 11 23 11 anneaux. ceiiilure terminée avec le 53' anneau. — Lumbricus gigas aohïs. nti Soies espacées. Vnlves j sous le 14* ^ anneau. | "Vulves I sous le i6* . anneau, 1 Vulves , I sous le 1 \* anneau. 10 6 - ! 6 — 6 — anneaux. _ ( 45< 39' 38" 37» 38* 36« 35« 35e 35e 34* 34« ou Sa* 35« 33" 33* 40» 38« 37' 3 G" 35* 34« 53° 32« 39* 37« 33" 17' ictericus Savigny. — opimus Sav. — ierrestris Sav. — mollis nob. — ch/oioiicus Sav. (t) — teres nob. — irapezoïdeus nob. — caliginosus Sav. — carneus Sav. (2) — Blainvilleus nob. — roseits Sav. — Cyaneiis Sav. — fœtidus Sav. — diiblus nob. — cinctus P'itzgenser. — polrphemus Filz. — festlvus S?v. — Iierculeiis Sav. — mammalis Sav. — tyrlœus Sav. — purus nob. — castaneus Sav. (3) — Isidorus nob. — rubidus Sav. — vaporariornm Fitz. — fimetorum Fitz. — tetraedrus Sav. — amphisbœna nob. — camplanntus nob. — platjurus Fitz. — pygmceus Sav. — vetcedrus Sav. — brevicoUis Fitz. — phosplioreus nob. Je dois faire observer d'abord que, dans les nombies déter minés ci-dessiis, j'ai toujours fait entrer comme premier seg- ment la lèvre, que ne comptent ni Savigny, ni Fitzinger, mais que compt;iit comme nous O. F. Mûller. Il suit de là (jue nous rapportons au seizième, ou quatorzième anneaux, ce que les (1) Chloroticus, firescens , Sav., et analnmiciis , Nob., espèce unique sous ces trois noms. (2) Cette espèce et les deux précéJ«iites diffèrent par des curactères sicondTircs autres que ceux du tableau qui sont exactement les mêmes. Celte icUoxiyu s'a^ipliquc à (quelques autres espèces. (3) Castaneus et pifn'dus Sav. , espèce unique. \ \\\. 7.00t..— Ji.illci. a i8 nuGÈs. — .■^nnelides abrancîies sétigères. zoologistes précédemment nommés assignent au quinzième, on treizième. Quant à l'expression de soies géminées, on devine qu'elle exprime l'assemblage des huit soies crochues de chaque anneau en quatre couples plus ou moins serrés. Le degré de rappiochement de ces couples m'a paru trop difficile à préciser en paroles pour en pouvoir tirer parti. Je n(>mme simplement espacées les soies dont les rangs ne sont pas géminés, mais à des distances à-peu -près égales de ceux qui les avoisinent. Quant au clUelluni ou ceinture, je tire quelques caractères des appa- rences de pores, de bandelettes ou bourrelets visibles à la face inférieure, et paraissant faire office de ventouse pour fixer les deux individus l'un contre l'autre durant l'acte du coït. Déjà Savigny en avait déterminé le nombre et la position pour beau- coup d'espèces; mais nous ne mettons pas comme lui ce carac- tère au même rang que les autres, parce qu'il est plus souvent inappréciable : on va voir, dans une revue rapide des espèces , jusqu'à quel poHit il peut être utile à la diagnose. Première espèce. — Lombric géa!nt (voyez Ann. des Sciences nat., nov. 1828). — Cette espèce paraît être méridionale. De- puis la première description que j'en aidoimée, j'en ai trouvé des individus atteignant jusqu'à deux pieds trois pouces dans leur plus grand allongement. La lèvre présente souvent, près de son extrémité antérieure, lui petit sillon transversal (pi. r , fig- o- Deuxième espèce. — L. ictésiqitf conservé dans l'alcool où je l'ai vu, et non ailleurs, est pâle, cylindrique; la lèvre paraît élargie. Espèce médiocre. Troisième espèce. — Le L. terresire, que je n'ai pas non plus observé vivant, est grand; la lèvre étroite, fendue longitudiua- lement en dessous. Sous le clitellura est, de chaque côté, luie bandelette occupant les irois ou quatre avant-derniers segmens; sur quelques individus, le premier anneau de la ceinture était effacé , il ne lui en restait que neuf. Quatrième espèce. — Je n'ai pas retrouvé le L. apime parmi le.s échantillons donnés par Savigny au Muséum. Cinquième espèce. — Le L.mou, que j'ai trouvé depuis une pre- mière publication, ressemble beaucoup au L. cylindrique : il est { DUGÈs. — ^dnnelides abranches séùgères. 1 9 également rosé, mou, se contracte irrégulièrement par nœuds et forme souvent sa queue en olive; mais sa lèvre (fig. 1) est large, demi circulaire, anguleuse en arrière, où elle échancre partiellement le deuxième anneau ; elle est un peu concave en dessous. Les rangées de soies les plus externes sont très laté- rales, un peu supérieures même (fig. 3). Le clitellum est très saillant et jaune. Ce ver rejette une liqueur blanche parles pores du dos , et cette liqueur circide dans son corps à chaque mou- vement.-ill n'a pas les points rouges du teres, et ne paraît pas acquérir une taille comparable à celle qu'atteint celui-ci. Les plus longs n'avaient que quatre pouces. Plusieurs ont offert, sous le clitellum j une paire d'appendices fusiformes, mous et blanchâtres. Je les ai trouvés en grand nombre dans un terreau peu humide. Sixième espèce. — Lorsque je décrivis le L. cylindriquk en 1 828, je n'avais pu voir chez aucun individu ni le clitellum, ni les vulves que j'ai observés depuis. La ceinture est jaunâtre , peu saillante, avec une bandelette longitudinale en dessous et de chaque côté. Le deuxième segment est complètement coupé par la lèvre; il est court; je l'avais pris à tort pour une portion du suivant. Septième espèce. — LeL.CHLORoriQut et le L.verdâtre de Savi- gny ne sont, comme ce zoologiste le soupçonnait lui-même, que des variétés d'une même espèce dont la coloration est plus ou moins foncée suivant la nature du terrain où ou les trouve. Il y a plus, notre Lombric anatomique, si décoloré, paraît devoir complètement se rattacher à la présente espèce. D'abord je ne l'avais trouvé que sans vuîves ni ceinture ; depuis lors je l'ai ren- contré offrant, à cet égard, tous les caractères du L. chlorotique. 11 habite les terres argileuses et humides, et non le terreau comme les variétés verte et jaune. Je n'ai, du reste, trouvé ces deux dernières qu'aux environs de Paris, et la première aux en- virons de Montpellier. Huitième , neuvième et dixième espèces. — Je n'ai pas vu le L.CA.r.iciJVEux deSavigny,et je n'en parle que d'après la brève ca- ractéristique qu'il en donne. Cette espèce, aussi bien que ke L. cHARivri (Sav.) et le L. trapézoïdf, (nob.) se touchent de bien ». 20 DiiGKS. — yinnelides àbranchcs sétigères. 'près^ et un segment tantôt en plus, tantôt en moins, se voit à la ceinture des uns et des autres. La seule différence essentielle consisterait donc dans les pores ou ventouses sous-clitelliennes. D'après Savigny , il en doit exister une paire sous le t renie- deuxième et le trente-quatrième anneau du caligineux ; j'en trouve une sous le trente-troisième et le trente-cinquième chez le Li charnu, et une sous les trente-et-unième, trente-tioisième et trente-quatrième du L. trapèzoïde; ce dernier d'ailleuisa uriebau- delette ou bourrelet sous les trenle-deuxième, trente-troisième et trente-quatrième anneaux. Il se pourrait que la différence entre le L. tiapézoïde et le L. caligineux fût nulle; pour le L. charnu, il a une lèvre demi circulaire bien différente de la lèvre allongée et ligulée (pédiculée) du trapézoïde. Onzième espèce. — le L. Blailwillien, nouvellement observé par nous, et auquel nous avons cru devoir attacher un souvenir de gnatitude pour une complaisance dont nous avons dit un n)ot ci-dessus, est un Lombric de petite taille, de couleur rosée, Tendant par les pores du dos une humeur jeune. La lèvre est demi circulaire, à angle peu prononcé en arrière. On voit des pores ou ventouses entre les vmgt-huitième et vingt-neuvième et entre le„s trentième et trente -et unième anneaux. Un des in- dividus que j'avais recueillis montrait au-dessous du corps une saillie blanche et rigidide qu'on eût pu prendre pour un pénis; c'était la partie postérieure d'une larve de diptère, enfoncée dans le corps par sa tête garnie de crochets noirs. J'ai vu depuis de pareilles larves sortir de divers points du corps de plusieurs autres Lombrics. Celui-ci a parfois neuf anneaux à la ceinture, un de plus en avant que le nombie ordinairr. Douzième espèce. — Le L. rosé m'a montré, au contraire, des individus à sept anneaux seulement, les deux postérieurs man- quant, mais avec un de plus en avant. Je n'en parie, au reste, que d'après les échantillons de Savigny. Il y •» deux paires de pores ou ventouses, et c'est sous le vingt-neuvième et le tren- tième anneau , ce qui distingue cette espèce de la précédente à laquelle elle ressemble beaucoup. Treizième espèce. — I^a ressemblance n'est pas moins grande pour le L. i-.oiitelx, îiouvelle espèce qui se distitigmî iU\ L.Blaiu- DUGÈs. — ylnnelides abranclies ^éligères. a i villien et du T.. rosé par les ventouses placées aux vingt-neu- vième et trente-et-unièine segmens. Quatorzième espèce. — Le L. fétide est au contraire bien ca- ractérisé; vif, rigidiile, il est comme zébré d'anneaux bruns sé- parés par des jointures jaunâtres. La lèvre est assez allongée, ligulée, et son pédicule coupe presque totalement le deuxième anneau (fig. 4 ) '■> ^'le "'est pas fendue en dessous. Il habite les. fumiers. Il porte sous la ceinture deux bandelettes longitudi- nales sans pores visibles. Quinzième espèce, — LeL. bleu conservé dans l'alcool était pâle, contiadictoire à son nom. Sa taille est médiocre; un sillon trans- versal sépare le pédicule de la lèvre et la partie élargie. Savigny ne lui donne que six anneaux à la ceinture j ce n'est pas là. l'ordinaire. Seizième et dix-septième espèces. — Le L. cFuyxiRÉ et le L. poLîPiiiME de Fitzinger ne nous sont connus que par les seids indices qui motivent leur classement au tableau. Dix-huitième espèce. — Le !>. hi;rculéïïn arrive .1738 pouces de longueur. C'est la plus grande espèce des environs de Paris , où nous l'avions observée vivante avant même de connaître les échantillons de Savigny; c'est aussi une des mieux caractérisée. Ei> effet , si le nombre quelque peu variable des segmens de la ceinture (un septième en avant) (i) peut laisser quelques doutes» les bandelettes qui occupent en dessous quatre segmens (34-37^) y suppléent déjà : je n'y ai point vu pourtant les pores indiqués par Savigny au nombre de deux paires, intei'médiaires chacun à deux segmens; mais la forme de sa lèvre est surtout caracté- ristique (fig. 5); comme dans le f^. cylindrique, le L.a;;réable, le L. châtain et le L. amphisbène, son pédicule coupe, en dessus, toute l'épaisseur du deu.xième segment; mais, de plus, comme dans le L. lileu, un sillon transversal sépare le pédicide et l'élargisse- ment. La queue est spalulée et tout le coips aplati. Dix-neuvième espère. — LeL. acréabli: est gros, court, violacé (1) Tel élait en parlirulicr l'individu sur le(|uel M.Morrun a pris sa détermination du siègtt lin rlilcllum. C;'r<>l visildrmcnt l'espcce lifrciilrciiiic (pii lui a liervi de lype sous le litre de- I.'.irnl))i( icriL-slie de l.inucu>. 22 uuGÈs. — Annelides abranches sétigèies. ( dans l'alcool ) ; il a à-peii-près la même disposition df.» lèvre que le précédent (fig. 6), dont il se rapproche beaucoup, du reste, ayant aussi, selon Savigny, deux paires de ventouses sous-clitellionnes intermédiaires à deux seffmens. Plngtième espèce. — Le L. mammaire a une forme de lèvre qui ne diffère de celle des précédens qu'en ce que le pédicule ne coupe pas tout-à-fait le deuxième segment (fig. 7 ). Cette lèvre n'est pas creusée en dessous (fig. y ). Les vulves sont très sail- lantes. Selon Savigny, les pores ou ventouses de la ceinture sont aussi au nombre de deux paires , mais occupant chacune un an- neau seul Ce caractère s'était effacé par l'action de l'alcool. Vingt-et-unième espèce. — Je n'ai pas vu le L.Tyrtée. Il ne dif- fère pas, à l'égard des ventouses, du L. herculéen et du L. agréable, mais la position de son clitellum l'en sépare suffi- samment. Vingt- deuxième espèce. — Le L. net est une nouvelle espèce de petite taille, de couleur rouge, à lèvre sémi-lunaire creusée en dessous, à clitellum jaunâtre, mais n'émettant point de li- queur jaune, et ceci servirait déjà à le distinguer du L. bleu dont il diffère peu par le clitellum. Ce qui l'en distingue mieux, c'est que leL. bleu a les rangs de soies assez écartés, et qu'ils sont ser- rés dans celui-ci; c'est encore que les deux paires de ventouses sous-clitelliennes répondent chacune à deux anneaux dans le premier, à un seulement ('52* et 34*) dans le second. Vingt- troisième espèce.- — J'ai réuni ensemble le L. châtain et le L. nain de Savigny, qui ne diffèrent véritablement pas. Ils s'éloi- gnent même bien peu du L. bleu : im segment de plus à la cein- ture pour celui-ci, et la brièveté des bandelettes sous-clitel- liennes qui ne dépassent pas les pores ou ventouses, comme dans ceux là, telle serait toute la différence, si on ne tenait compte de la forme de la lè\re; elle échancre seulement le deuxième segment chez le L. bleu, le coupe complètement chez le L. châtain. Vingt-quatrième espèce. — Le L. Isidoke nous a été donné par M. Geoffroy Saint-Hilaire fils, qui l'a trouvé dans des eaux mi- nérales salines et froides. Il est petit , violacé; son clitellum est jaune? , plat mais épais; il porte «mi dessous ime bandelette Ion- DUGÈs. — ^4nnclides ahninvhcs setigères, a3 gituiiinafe de chaque coté. La lèvre échancre partiellement le deuxième anneau. Les rangs de soies géminées sont serrés . ce qui le distingue bien du suivant. Vingt-cinquième espèce. — En effet, le L. rougi': a quelquefois aussi la ceinture terminée au trente-troisième segment, mais elle en embrasse alors sept. Ce qui le distingue surtout, ce sont les rangées de soies très écartées les unes des antres, quoique réellement géminées. Du i-este , il v a aussi des bandelettes sous les trentième, trenle-el-unième et trente-deuxième anneaux; Savigny parle aussi de pores sous les trentième et trente-et-» unième. Ce vers rejette nwç. humeur jaune. Le corps est rouge, la ceinture pale; la lèvre, demi circulaire, est tronquée en ar^- rière(fig. 9). Vingt- sixième et vingt-septième espèces. — - Le Lojibric bks ÉTUVEset le \j. DES FUMIERS u'ont été pour ainsi dire que nonmiés par Fitzinger. Le dernier est peut-être le même que le fétide , si Ton ne tenait pas compte du degré d'écartement des soies que signale ce zoologiste, et d'im anneau en moins au clitellum. Vingt-huitième et vingt-neuvième espèces. — Le L. tétraiî:- DRiQUE est petit, fragile ; il fréquente le bord des eaux stagnantes et rampe la nuit à leur voisinage; c'est là aussi qu'on trouve le L. amphisbène , dont il diffère, non-seulement par le nombre des segmens à la ceinttire, mais encore par sa taille moindre , par la forme prismatique et crénelée de la queue, et par sa lèvre sémi-lunaire et seulement un peu anguleuse du coté du deuxième anneau, tandis que celle du L.^mphisbème coiq^e complètement cet anneau. Le \.. tétraédrique est d'un brun obscur , le L. am- phisbène violet, irisé comme nous l'avions noté il y a long-temps. Trentième espèce. — Nous renverrons aussi à notre ancien mémoire pour ce qui conceriie le Lombric aplati. Depuis lors pr)iirtant nous avorjs trouvé des individus plus grands (10 p<^^*), et leurs organes génitaux étaient bien développés; nous en don- nons au tableau les caractères numériques. Le clitellum est longeàtre , garni en dessous de deux bandelettes longitudinales qui se prolongent jusque sons le quarantième et le quarante- el-unicme segment. A rintérieur, les organes génilaux sont pa- reils à ceux du géanl.a peu fK; clios*- près; \\\\ summum i\e a/j DUGKs. — ^nnelides abranches sétigères. développement, il y a quatorze vésicules séminales ou testicules et quatre ovaires, plus les houppes dont il sera question plus loin. Cette espèce recherche les terres fortes et médiocrement humides. Elle est, à ce qu'il parait, méridionale. Redi l'avait probablement en vue quand il parlait de la queue élargie de certains vers de terre. Trente-et- unième espèce. — LeL. octaédriqce a une lèvre demi circulaire ( 6g. lo) ; des pores sous les trente-deuxième, trente- troisième et trente-quatrième anneaux; point de liqueur colo- rée. Ces divers caractères, non moins que ceux indiqués au tableau, le distinguent du L. rouge, dont les soies assez écartées induiraient aisvhnent en erreur. Je l'avais trouvé déjà avant de voir les échantillons de Savigny. Trente-deuxième espèce. — Le L. pvgmée, que je n'ai pas vu vivant, est effectivement fort petit : il a aussi trois paires de pores sous-olitelliens ; sa queue est cylindroïde. Trente-troisième et trente-quatrième espèces. — Le L. platture auquel Fitzinger n'a pas trouvé de pores génitaux ne powvait conséquemment être plac^^ qu'avec doute dans la section où nous l'avons mis. Il n'y a que ce point de plus en faveur de la diagnose du L. brevicol. Trente-cinquième espèce. — Enfin le L. phospho«e«cent nous a *té décelé par l'humeur linnineuse qu'il excrète de la surface de son corps, et qui sans doute est analogue à l'humeur colorée que rejettent par leurs pores dorsaux tant d'autres Lombrics. Déjà M. de Blainvilîe a parlé de la phosphorescence de certaines Annelidcs appartenant à ce genre, mais rien de précis n'a été , que nous sachions , publié à cet égard. Celui-ci a été trouvé dans la tannée à la serre chaude du Jardin des plantes de Montpellier. Les plus grands individus avaient i5 lignes de lon- gueur; leur couleur était rosée, leur peau demi transparente laissait bien voir les vaisseaux rouges. LeX. phosphorescent est mou, cylindrique à queue un peu déprimée; la lèvre demi cir- culaire. Ce n'est que par conjecture que j'ai assigné pour siège aux vulves le quatorzième anneau qui est le premier du clitel- lium ; je ne les ai point aperçus. Les soies distantes et courtes *oîît crochues et sur huit rangs comme à tous les Lombrics, dont DUGKS. — ^ nnelulcs abianches sél/gères. a5 au resïe cette espèce a la forme et les proportions plutôt que celles du genre dont nous dirons plus loin quelques mots. Voilà trente-cinq espèces qui certairjement ne sont pas les seules existantes pour le genre Lombric , mais dont peut-être la liste pourrait être réduite encore par une étiitle plus approfon- die; il sera utilf*, sous ce rapport, de bien comparer de nou- veau : 1° le teres et le mollis ; i^ le Blainvilleus , le roseiis et le dubius ; 3" le caliglnosus et le trapezoïdeus ; (\° enfin \'herculeus. et \efestivus. Article II. Considérations auatomiq lies et physiologiques sur les Lombrics. Malgré les travaux de Léo, de Morren , si remarquables, le dernier surtout, pai* les soins minutieux qu'ils ont coûtés à leur auteur ; et malgré les recherches auxquelles nous nous étions livré nous même, il y a quelques années, bien des points res- taient encore indécis dans l'anatomie et la physiologie des Lom- brics. Nous avons ajouté depuis à nos connaissances par des re- cherches ultérieures à ces premiers essais, et nous n'aurions voulu les livrer au public qu'après avoir résolu complètement les derniers problèmes; m.iis, défavorablement placé pour des observations de mœurs, et distrait par des occupations qui se multiplient chaque jour d;)vantage, nous nous voyons dans la nécessité d'indiquer au contraire les lacunes que de plus heu- reux que nous auront à remplir, n'en ayant pu, quant à nous, combler qu'un petit nombre. 1 . Circulation et respiration. — Dans la préface de son ira- portant ouvrage, M. Morren révoquait en doute nos asser- tions sur la direction du courant sanguin dans le vaisseau dorsal : nous avons pu, peu après, le convaincre par ses propres yeux de la réalité du fait, notau, ment sur une autre Annelide dont nous parlerons plus loin. Quelques expériences liouvelles, telles que la section du vaisseau moniliforme , ont confirmé nos idées sur la direction supéro-inféricurcdu courant dans leurs chapelets. Enfin, tout eu lelrouvanl les globules 26 nui;£s. — Annelides abranches sétigèœs. minimes que nous avions mentionnés dans le sang du Lombric, nous avons reconnu que la matière colorante rouge est dissoute dans sa masse et non rassembléeaatour des globules. Un des points que nous croyons avoir le plus complètement éclaircis, c'est celui de la respiration et de la circulation pulmo- naire (fjg. II et 12). Un vaisseau assez volumineux parti de la veine ventrale côtoie, en se repliant, d'abord la vésicule intesti- niforme aquifère que connaissaient déjà divors observateurs ,et que nous avons nous-méme décrite en 1828. Immédiatement après, ce vaisseau suit le bord interne d'ime expansion meci- braneiise confondue avec la vésicule précédente par Lco et Monen, mais qui n'est point une poche comme ils l'ont pensé. Cette expansion blanchâtre, élargie vers le dos, formant, avec sa congénère, une cloison transversale très incomplète, molle et flottant dans la cavité de chaque anneau , entre les deux (•loisons charnues qui le séparent dw voisin , se trouve a nsi baignée par l'eau qui remplit toujours cette cavité et qui sort par le pore dorsal conjointement avec l'humeur colorée que sécrète sans doute le foie. Du bord interne de cette branchie et du vaisseau qui la côtoie, partent des rameaux transverses qui vont se rendre dans les branches sous-cutanées abdomino-dor- sales indubitablement destinées, d'après cela comme d'après nos précédentes expériences, à reporter au vaisseau dorsal du sang aéré dans les branchies et celui qui l'a été également dans les capillaires de la peau. Ce sont des détails que je donne pour certains et positifs. J'ai aussi bien observé que les vésicules in- testiniformes sont couve: tes de ramifications vasculaires ; elles ne contiennent, au reste, jamais que île l'eau, quoique Léo dise en avoir extrait de l'air, et que Mcrren les nomme vésicides aériennes. Jamais la moindre bulbe ne s'en est échappée dans nos recherches faites à dessein sous l'eau. Il résulte de tout cela que les Lombrics ne respirent l'air que par la peau , et que par leurs branchies internes et leurs vésicules ils ne respirent que de l'air dissous dans de l'eau. On s'étonnera peu, d'après cela, que Lco en ait pu conserver de vivans dans l'eau pendant qua- torze jours, et pendant trois à quatre jours dans l'huile, les cavités intérieures conservant Icui' li((uido ordinaire. Peut-être DCGÈs. — \,4nnelides abranch:'S sétigères. 27 les vésicules servent-elles surtout à l'absorption et à la mise eu réserve de l'humidité réjîandue à la surface du ver et surtoufà sa face abdominale plus habituellement en contact avec le sol : peut-être la sécrètent-elles ensuite dans la cavité de chaque seg- ment où elle achève de se dépouiller d'air. Ces conjectures sont du moins assez probables. Je noterai, en passant, que les appa- reils respiratoires existent aux anneaux même où siègent les ovaires, et qu'on ne doit pas conséquemment, avec Cariis , re- garder ceux-ci comme une modification de ceux-là. 2. Reproduction et propagation. — Nous avons trouvé assez souvent des Lombrics dont la partie postérieure, dans la lon- gueur de deux à douze lignes , était très amincie et de couleur pâle, évidemment de nouvelle formation et de repoussement : tel était l'individu figuré par Morren dans sa première planche. Quant à la reproduction de la tête, nous n'avons rien à ajouter à ce qui en a été dit dans notre premier Mémoire. En ce qui concerne la génération proprement dite, nous avons en vain cherché à compléter les notions précédemment acquises sur le trajet des ovules et la formation des œufs. Nous n'avons pas découvert les ouvertures qu'on dit leur donner issue au voisinage de l'anus. Léo a pensé qu'ils sortaient par les pores du dos, et nous opinerions plutôt pour cette assertion, étant surtout aujourd'hui en grand doute à l'égard de leur sortie par les vulves. Il reste donc là des découvertes à faire, et nous de- vons nous borner à faciliter la sululiou du problème en recti- fiant quelques erreurs et ajoutant quelques faits de plus aux descriptions déjà publiées. a. En ce qui concerne les organes masculins . les vésictdes séminales ou testicules se sont montrées tantôt au nombre de quatre paires seulement, tantôt de sept dans le Lombric aplati comme dans le géant ; j'en ai trouvé trois pynformes ou pédicu- léeschez le ly.chloroticpie. Plusieurs fois j'ai pu remarquer le canal qui les fait communiquer l'une avec l'autre et y faire marcher le sperme d'arrière en avant, mais non d'avant en arrière. En for- çant la résistance dans ce dernier sens, j'ai fait (juelqucfois suivre à cette humeur blanche et opaque un trajet prolongé en fichors dos vulves ft 'jusf|iio pai delà 1" clitcllum. mais sans 28 DUGÈs. — ^4niielides abranches seti^é/es, doute dans un interstice des muscles longitudinaux et non dans^ un vrai canal. C'est de cette façon que je comprerds comment Léo a pu injecter au mercure de prétendus ovidi ctes parcou- rant toute la longueur du corps, et au nombre de cinq exacte- ment parallèles. Nous ne pensons pas que les ventouses du cli- tellum aient de véritables ouvertures communiquant avec ces canaux ; tout au plus recevraient-elies l'orifice des vésicules res- piratoires que nous avons trouvées là comme ailleurs, et qui constituent probablement les prétendues glandes du clitellum décrites par Morren. Nous avons vu, plusieurs fois aussi, ce que divers natura- listes ont pris pour des pénis, c'est-à-dire des languettes molles ' tantôt simples et tantôt doubles, tantôt attachées au clitellum, tantôt ailleurs. Nous n'y avons vu que les apparences d'une vé- sicule respiratoire retournée, ou bien d'un lambeau depiderme tiraillé par l'adhésion des vulves ou des ventouses d'un autre individu lors de la copulation. Le sperme est sans doute directe- ment évacué par les pores des testicules de l'un, et absorbé par les vulves de l'autre des deux individus accouplés. o. Quant aux organes féminins , les vulves et les canaux qui en partent, leur renflement au point de départ et à leurtermi- naiîon près des ovaires, sont des particularités déjà connues; mais le peloton en forme de houppe enveloppé d'une membrane qui se continue avec celle des ovaires , et qui nous avait d'a- bord paru formé par les sinuosités d'un canal élargi, s'est mon- tré tout différent dans des investigations plus minutieuses; c'est un assemblage de vésicules fusiformes à plusieurs renflemens terminés en pointe dont plusieurs se dirigent en faisceau vers les ovaires. Ces longues vésicules s'ouvrent chacune par un ca- nal particulier dans un bassinet commun , et ce bassinet c'est le deuxième renflement du canal parti de la vulve ( fig. 14). Les extrémités flo'tantes de ces vésicules sont-elles bien closes ou commiuiiquent-elles avec les ovaires? jouent-elles le rôle de vésicules copulatrices, recevant le sperme absorbé par les vulves pour le transmettre aux masses d'ovules enfermés dans les ovaires? J'y ai trouvé quelquefois un ou deux globules isolés et d'ass.oz §1 and volume ; mais du reste c'est une substance lactés- DUGÈs. — Annelides abranches setigères. 29 ^cente qu'on y trouve et qu'on en exprime par la compression. A un fort grossissement, cette matière se montre composée de très fins globules réunis en agrégats assez réguliers et discoïdes (fig. ,6). Les masses généralement connues pour des ovaires depuis Willis même, et qui sont effectivement remplies d'innombiables ovules. Les deux plus avancées de ces masses ovaiiques sont des sacs en forme de cornue ( fig. i 5 ) dont le bec ou sommet re- courbé contient un gros cordon fusiforme et creux qui mérite d'être étudié de nouveau; est-ce un canal excréteur jetant les oeufs dans la cavité du corps pour être ensuite expulsés par les pores dorsaux? Je n'y ai pas reconnu d'ouverture visible, et des vaisseaux paraissaient au contraire s'y insérer en faisceau ; d'auties, qui ne sont peut-être que des sous-divisions d'un ca- nal commun, se répandent en divergeant dans la masse de l'o- vaire. Une singularité de plus, c'est que sur la suiface de ces ovaires se montrent de petites vésicules qui ne sont que la dila- tation terminale d'un vaisseau sanguin ( fig. 17). Les ovules sont groupés, dans les masses ovariqnes,^n grappes plus ou moins considérables ordinairement ovalaires, et qui pa- raissent s'échapper simultanément hors de l'ovaire pour former tles œufs à un ou h deux germes. Ceci ne peut avoir lieu le plus souvent sans qu'un bon nombre d'ovules périsse pour n'en laisser subsister dans chaque grappe qu'un seul ou deux tout au plus; cette dégénérescence est souvent sensible en partie et parfois en totalité dans les grappes déjà plus condensées, recouvertes d'une enveloppe commune et constituant r lors les corps réniformes jaunes ou noirâtres qu'on trouve flottans dans le corps et sur- tout vers l'extrémité caudale. Nous avons cherché à suivre la translorinatioii de ceux de ces corps qui n'étaient pas totalement altérés, et leur changement en œufs ou capsules telles que nous les avons décrites ailleurs et que les ont vues Swammerdam , Léon Dufour,T>eo, Morren , mais nos efforts ont été infruc- tueux. Quant aux ovules, remplis de substance granuleuse , ils offrent de plus une vésicule de Purkinje, ronde, transparente, «'t paiaissant contenir dans sor» intérieur un autre ptîtit s ic aussi 5o DiiGÈs. — Annelides abranches sétigères. incolore et qui se chiffonne quand on l'écrase par la compres- sion (fig. 18, 19, 20). Articlf IIÏ. De quelques auties Annelides abranches ièligères. II s'en faut beaucoup qu'on ait fixé convenablement la déter-^ mination des genres à établir parmi les Annelides sans bran- chies ni ventouses et armées de soies. Les divisions établies même par Cuvier et M. de Blainville sont bien peu rigoureuses, et nous nous hasarderons à en tracer la délimitation pour leur as- signer quelques espèces que nous avons plus particulièrement étudiées. Les genres Clilellio , Nais, Tubifer , qui ont si grand besoin d'être révisés, ne manqueront pas de l'être d'une ma- nière définitive j^ar MM. Audouin et Edwards, et il sera pos- sible alors de les adapter avec certitude aux Annelides que nous allons décrire et dénommer spécifiquement. Si. — Espèces à deux rangs de soies ou de faisceaux. a. J'ai décrit dans mes nouvelles recherches sur les Planariées (Ann. des Se. nat. sept. i83o) un Dérostome de très petite taille auquel je donnai le nom de laticeps. J'ai depuis reconnu que ce petit animal aquatique est une Annelide qu'on peut ranger dans le genre Naïs ; il est pourvu de soies latérales fort courte.": sur un seul rang de chaque coté : je lui ai vu des anneaux peu distincts et reconnu une couleur rougeâtre malgré sa pellucidité presque complète. La lèvre large et en palette presque circulaire le ca- ractérise suffisamment. I^a longueur totale ne dépasse guère une ligne; le canal intestinal est large, droit, comme chiffonné. h. J'ai rencontré aussi dans la vase des eaux courantes , et en- core dans la cavité branchiale de X Ancylus fluuiatilis , une Naïde transparente (^Nàis verinicularis? MûUer), de deux lignes de longueur seulement ; caractérisée par deux rangs de tubercules comparables aux fausses pattes des chenilles (fig. 21), et au i DUGÈs. — yinnelides abranches setigèves. 3 1 nombre de quinze paires ; armés chacun de sept à huit soies courtes et raides (fig. 2 2 ). Les deux ttd3ercules voisins de la bouche sont séparés des autres par un long espace, et leurs soies sont plus longues. La bouche est largement ovale, en ven- touse : à un œsophage étroit (ait suite un large estomac (fig. 23). Ou voit ensuite ties ])aquets blancs appartenant aux organes génitaux. L'anus est infère. Les anneaux sont peu distincts. c. On peut placer auprès de la Nais digitata.eX dans le genre Proto d'Oken , celle que je nommerai Naïs\ equiselina (fig. a3). Elle se rapproche aussi de V EUnguia par la présence de deux points ocuhformes à la tète. Longue de plusieurs lignes, demi transparente, incolore, à anneaux peu nombreux et courts, XEquisetina a , de chaque côté, un rang de soies grosses, cro- chues, assez lotigues et ordinairement doubles pom* chaque point d'insertion ( fig. 24 )• L'extrémité postérieure de ce ver- misseau est garnie d'un gros faisceau de lanières charnues pro- bablement branchiales. Je l'ai trouvée sui'les ulves de nos étangs salés. § 2. — Esi'èces à quatre rangs de soies. cl. En examinant de nouveau, avec plus d'attention, la Naïde filiforme aplatie sur le porte-objet du microscope, je me suis assuré qu'elle a quatre rangs de faisceaux de soies, sinon par- tout, du moins au plus grand nombre de ses anneatix; et cette particularité, non moins que le grand allongement et la ténuité de son corps, sa vie presque complètement souterraine, doivent la faire mettre dans un genre à part ( Tw^/yè.r ou Ctitellio). J'ai cherché avec soin à découvrir par l'écrasement gradué du corps le système nerveux que Lamarck, Meckel même refusent aux Tsaïdes, et j'en ai parfaitement constaté l'existence dans la pré- sente espèce et dans plusieurs autres. Le cordon nerveux se dis- tingue, à la \érité, assez difiicilement des faisceaux musculaires, n)ais il a nn léger retiflement correspondant à chaque anneau , et de là parient des branches latérales. Déjà ce système avait été indiqué ^o\\v\di ISaïsdinphana parGruithnisen (Bull. Eéi*., juillet iHaf);, qui en même temp."3 a constaté le mécanisme de la cir- ccdatiou tel cjue nous l'avions précédemment décrit. 32 DtTGKS. — y4nneîicles abranches sétigèrçs. Une autre espèce bien voisine et également rouge, à qualité rangs de faisceaux aussi, mais à soies plus courtes, différait surtout de la précédente par son intestin droit et non en hélice. Les plus grands individus avaient deux pouces ; ils étaient en- foncés dans la terre humide et non dans la vase. Ce ver m'a rap- pelé plus positivement le Lumbricus tubifex de Millier, qui ne lui aurait reconnu que deux rangs de soies. e. Toutefois, cette dénomination conviendrait peut-être aussi bien à une Annelide sétigère, fort menue, mais moins pourtant que la précédente, rouge et noirâtre ( fig. 26), et que j'ai trou- vée dans les marais de la Glacière à Gentilly ( Tubifex gentili- nus Nob.). Elle rampe ou nage indifféremment , et montre beau- coup de vivacité. Sa longueur est d'environ deux pouces, et sa largeur d'une demi-ligne. Les soies sont extrêmement courtes, raides , et au nombre de deux ou trois seulement à chaque fais- ceau. Bien que je n'aie vu que deux rangs de ces faisceaux, l'a- nalogie me porte à croire qu'il y a eu erreur à cause de l'opa- cité du corps qui a masqué les deux autres. La lèvre ou tête est ici très longue,, en feuille de myrte, sans points aculiformes. Les anneaux 7,8, 9, très renflés, paraissaient contenir les or- ganes génitau'i. Malgré ce que j'ai dit de la couleur obscure de la peau, cette espèce, à sang bien rouge , n'en laisse pas moins aisément voir la circulation, et la lenteur du cours du sang ne permet pas les équivoques auxquelles prête la rapidité et les oscillations chez les Lombrics : aussi est-ce sur cette Annelide que j'ai fait remarquer la direction des courans à M. Morren , en présence de M. de Blainville. f. J'ai trouvé assez souvent, soit dans de l'eau à une très faible profondeur, aux bords des ruisseaux et parfois sous des pierres, soit dans le terreau souvent arrosé, un petit ver qui pourrait bien être cetui qui a donné le change à M. Morren et lui a fait croire à la viviparité des grandes espèces de Lombrics. J'estime aussi qu'il peut être rapporté au Lunibricus vermicula- ris de Millier , et c'est aussi lui sans doute qui a récemment été assez complètement décrit par M. Henle sous le nom générique û'Enchytrœus. Je ne crois pas à la nécessité d'un nouveau genre pour cette espèce, qui se rapproche beaucoup de celles dont DUGÈs. — Annelides abranches sétigères. 33 nous venons de parler; je le placerais en conséquence volontiers avec elles dans le genre Tubifex avec l'épithète spécifique de pallidus pour l'en distinguer. En effet, il est blanchâtre, par- fois jaunâtre ; son sang est incolore , et pourtant on reconnaît aisément que les vaisseaux et les pulsations du dorsal sont bien manifestes. Ce ver a parfois un pouce de longueur ; ses anneaux sont assez longs; ils sont renflés du douzième ou treizième au quinzième inclusivement, ce qui lui constitue une sorte de cli- tellum comme chez la Naïde Ou Tubifex filiforme dont il a les organes génitaux. La lèvre est demi circulaire et n'échancre pas du tout le deuxième anneau. Les faisceaux de soie ne se comptent bien qu'en aplatissant l'animal entre deux verres ; on en aper- çoit alors quatre : elles sont courtes , droites , au nombre de trois à chaque faisceau pour la plupart, mais quelquefois de cinq à six. L'intestin est renflé à chaque segment et un peu con- tourné en pas de vis. g. On peut rapporter aussi au genre Tubifex une Annelide qu'on prendrait au premier abord pour la N. filiforme : je lui donne le nom spécifique àH Uncinarius (fig. 28), ou Tubifex à cro- chets. Son séjour est le même que celui de son congénère auquel je viens de le comparer ; c'est aussi la même couleur. Sa lon- gueur est de trois pouces. Le corps était peu renflé, et les or- ganes génitaux peu apparens, sans doute à cause de la saison où je l'ai observée: c'était en hiver. Les anneaux sont, du reste, , aussi longs que larges, bien divisés et même séparés à l'intérieur par des cloisons transverses comme ceux des Lombrics. Le vais- seau dorsal est gros et rempli de sang fort rouge ; on voit aussi des vaisseaux latéraux fort sinueux, presque pelotonnés. J'ai pu parfaitement reconnaître le système nerveux; quoique difficile à séparer des faisceaux charnus, j'y suis parvenu par un écrase- ment ménagé et conduit avec adresse. Il est en forme de cordon droit, pellucide, formé de deux filets adossés, intimement adhé- rons, à renflemens fusiformes et peu sensibles, et il est, comme chez les Lombrics, côtoyé de vaisseaux ténus. Le canal intestinal brun, rempli de limon , n'est point en hélice, mais droit et large si on le considère de face, un peu courbé en arcade du côté du dos à chaque segment si on le regarde de profil. Cette Annelide, VIII. Ziioi,. — Juillet. 3 34 DUGÈs. — uinnelides abranches sétigéKs. au premier aspect , semble mutique, mais chaque anneau porte réellement une paire de crochets rétractiles et fort gros propor- tionnellement (fig. yg). Ils sont durs, mais transparens (fig. '66). Une douzaine d'anneiinx après la bouche possèdent, en outre, deux crochets ou plutôt deux faisceaux de crochets plus petits, ce qui fait quatre rangs pour cette partie antérieure du corps. Les grands crochets y sont même accompagnés de quelques petits satellites. Voilà les Vers sur lesquels nous voulions appeler l'attention des zoologistes qui s'occupent de cette partie de l'histoire natu- relle; nous en représenterons ici la liste, et nous dresserons en même temps un tableau des groupes qui nous paraîtraient pou- voir être établis, et dont les principaux seulement mériteraient l'application d'un des noms génériques déjà consacrés dans la science, mais seulement avec trop peu de précision. Annélides seligères abranches divisées en groupes méthodiques pour en former des genres. Bouche inerme. I. Soies sur deux rangs. ÎNais elinguis de Miiller. Nais ? tquisetina, nobis. (c) Nais proboidea , Miill. : genre Stylaria de La- marck. iiVow serpentina, Mûll. ' Nais ? laticeps , nob. (a) couries. \ Nais vermicularis, Miill. (i) \ Lumbricus arenarius , Miill. : genre Ciitellio, \ Sav. , Nais bai bâta, Miill. II Soies ( '°°S"^*" 1 ^'"^ d'igitata, Miill. : genre Pro/a, Oken. \ ' \ I Naisfiliformis de Blainv. {d) ' Genre Tmphonin. Aud. et Edw. Tublfex ? genlUianus , nob. Tubifex ? pallidus , courtes. { nob. Lumbricus vermicularis^ Miill. Tubifex? uncinarius , nob. m. Soies sur six rangs.' Lumbricus iiariegatus, Bonett. IV. Soies sur huit rangs. Genre Lombricus , L. \V. Soies sur neuf rangs. Genre Urpogëon, Sav. I Bouche armée. Genre Cljmene, Sa». sur quatre EXPLICATION DES FIGURES DE LA PLANCHE I. Fig. I. Tête du Lombricus gigas vu« suivantes. Fig. ». L. mollis. Fig. 3. Coupe transversale du même. Fig. 4. L. jotlidus. Fig- 5. L. herculeus. Fig. C. L. jestivus. DUVERNOT. — Sur la Chimère arctique. 35 Fig. 7. L. mammulis. Fi;. 8. Profil du méouc. Fig. 9. L.ruliidus. Fig. 10. X. oclaedrus. Fig. II. Coupe du L. gigas , pour faire voir les organes de la respiration en place. a coupe du vaisseau ventral d'où partent les vaisseaux braochiaux internes.— ^,^, coupe des vaisseaux nerviens latéraux d'où partent les vaisseaux abdominaux dorsaux ou branchiaux ex- ternes. — c< c, ouverture des vésicules respiratoires. — d, coupe du vaisseau dorsal recevant les vaisseaux branchiaux e.\ternes. Fig. ji. Uae vésicule et une branchie détachée avec le vaisseau branchial interne. Fig. i3. Trois vésicules séminales du L. gigas. Fig. 14. Une des houppes génitales internes du même, considérablement grossie, qui part de la vulve et se dilate eu forme de bassinet, b, qu'entourent les canaux excréteur, de vésicules allongées c, c. Fig. 1 5. Un des ovaires du Lombric aplati , grossissement moindre. Fig. 16. Une des graines de la matière contenue dans les vésicules allongées. Fig. 17. Une des ampoules qui hérissent la surface de l'ovaire. Fig. 18. Une grappe de trois ovules contenant chacun un vitellus transparent. Fig. 19. Le vitellus plus grossi. Fig. 20. La vésicule de Purkinje plus grossie encore. Fig. ai. Hais vermicularisf vue de profil. Fig. la. Uu pied très grossi. Fig. 23. Partie antérieure de la même aplatie et vue par le dos. Fig. 24. Nais ? equisetina ou N. queue de cheval. Fig. a 5. Ses soies crochues. Fig. 26. Tète du Tubifex ? gentilianus. ïig. 27. Un segment plus grossi. Fig. »8. Tète du Tubifex ? uncinarîus. Fig. 2g. Deux anneaux très grossis montrant le vaissaeu dorsal et l'intestin. Fig. 3o. Un crochet plus grossi encore. Note Sur deux bulbes artériels faisant les fonctions de cœurs ac' cessoires j qui se voient dans les artères innominées de la Cki- mèréjarctique ; Par M. G. L. Duvernoï. Lue à l'Acadéinie des Sciences le a5 septembre, 1837. A la fin du Mémoire sur quelques particularités du système sanguin abdominal, que j'ai eu l'honneur de lire à l'Académie, 3. 36 DUvr.RA'oy. — Sur la Chimère arctique. dans la séance du i5 octobre i833 (Mémoire inséré depuis dans le t. 3*, p. ayS des Annales des Sciences naturelles ^ 2* sé- rie) , je n'ai fait qu'indiquer, sans la décrire , la particularité organique , sujet de la note actuelle. Je l'avais observée , pour la première fois, déjà en septembre 1809 , sur une Chimère rapportée de Nice par mes amis Pérou et Lesueur(^\). Depuis cette époque reculée, je n'ai eu que cette année l'occasion de revoir en détail cette singulière or- ganisation. On sait que , dans les poissons, le tronc de l'aorte commence en arrière du cœur , sous la colonne vertébrale , après la réu- nion successive des veines artérielles , ainsi que les appelaient les premiers membres de cette Académie. Elles lui apportent, des branchies , le sang oxigéné, et le versent ainsi dans le tronc principal des artères du corps , sans l'intermédiaire d'un cœur. A peu de distance de son origine , l'aorte fournit, dans la Chimère trois branches considérables (i). Deuxs'en séparent de chaque côté, presque à angle droit; ce sont les analogues des sous-clavières ou mieuxencore de l'artère innominéede l'homme. La troisième branche naît de la face inférieure moyenne du tronc aortique , immédiatement avant les précédentes; c'est la cceliaque , qui porte le sang aux principaux viscères de la digestion. Après avoir fourni ces trois artères, l'aorte^ considérable- ment diminuée dans son calibre , continue de se porter direc- tement en arrière sous le corps des vertèbres et ne m'a rien présenté de remarquable dans sa distribution ultérieure. Les premières branches latérales, que nous venons d'indiquer comme les analogues des artères innofninés, sont appliquées (r) Lors de la publication des mémoires cités, en rappelant que je devais à ces voyageur» si dévoués aux progrès de l'histoire naturelle l'exemplaire que j'avais eu à disséquer, j'ai dit à fort qu'il provenait des mers antarctiques ; une note que j'ai retrouvée me met dans le cas de rectifier cette erreur. C'est à leur retour de Nice, où Peron s'était rendu par les conseils de Corvisart , dans l'espoir d'arrêter les pi'ogres de la maladie dont il est mort l'année suivante , (|u'H$ avaient mis à ma disposition cet exemplaire de la Chimère arctique ^ pi'ovenant de la Méditerranée. (t) Planche 3 A, fig. i. DUVERNOY. — Sur la Chimère uictique. 87 contre le côlé dorsal de la partie la plus avancée de la cavité abdominale , où le péritoine les recouvre. Leur diamètre est un peu moindre que celui du tronc cœliaque. Leurs parois sont blanches et^ bien évidemment de même nature que celles des autres artères. Mais à trois ou quatre millimètres de leur origine, l'apparence de ces deux branches artérielles change subitement. Elles augmentent beaucoup de diamètre, prennent la couleur rouge des muscles el forment même un bouton de la figure d'une olive, et de la longueur de trois millimètres environ , qui enveloppe évidemment les parois artérielles d'un anneau mus- culaire. La coupe de cet anneau en montre l'épaisseur et fait voir en même temps qu'il est comme surajouté ou appliqué aux parois de chacune des artères. Elles ne présentent d'ailleurs, dans leur partie interne qui répond à cet anneau, aucun repli valvulaire. Voilà donc deux bulbes dans ce système artériel du corps , entièrement analogues au bulbe qu'on a vu jusqu'ici , se trouver exclusivement et constamment à l'origine de l'artère branchiale ou pulmonaire de tous ces poissons, et caractériser cette classe, ainsi que les Reptiles à branchies. Les artères qui en sont ainsi pourvues dans la Chimère arcti- que, donnent une première branche qui se dirige en arrière sur les côtés des corps et transmet le sang aux grands muscles la- téraux , ensuite les sous-clavières s'avancent en se portant un peu en dehors et se divisent en deux rameaux : l'un se rend aux nageoires pectorales, qui sont très considérables dans ce pois- son , et doivent avoir une grande part dans ses mouvemens de natation ; l'autre rameau se dirige vers la tète (i), dont le vo- lume extraordinaire est disproportionné avec celui du tronc et de la queue, et n'a pas moins contribué que sa forme singulière à faire donner à ce poisson le nom fabuleux de Chimère, par lequel Linné a cru devoir le distinguer. Il semble que ce déve- loppement extraordinaire des nageoires pectorales et de la tête de la. Chimère ait nécessité cette organisation toute particulière (1) Nous aurons soin de reclicrcher tt de dérriro sa distribulion dans un autre individu , et de voir si les veines artérielles des premières branchies fournissent aussi des rameaux eépha- liques, coinoïc cela ■ lieu dans lut autres poiésuns. 38 DDVERNOT. — Sur la Chimère arctique. (dont on ne connaît pas d'autre exemple) de deux cœurs acces- soires , destinés à renforcer le mouvement du sang artériel , vers ces parties. Je crois pouvoir les appeler cœurs accessoires , à cause de leur grande ressemblance avec le bulbe pulmonaire de l'artère branchial, lequel placé à l'origine de cette artère, immédiate- ment audevantdu cœur, augmente singukèrementpar ses con- tractions énergiques, l'impulsion que le sang a reçue de son premier et principal moteur. A cet égard, la Chimère m'a présenté une seconde particula- rité correspondante à celle que je viens de décrire. Je présu- mais , avant d'avoir mis le cœur à découvert , que ces bulbes innominés pourraient tenir lieu du bulbe branchial, et que ce dernier manquerait peut être Ma présomption s'est vérifiée. Le cœur(i), de grandeur médiocre, ou même petit, relative- ment au volume de l'animal ressemble à un tétraède dont les arêtes seraient émoussées et le sommet tronqué, pour l'inser- tion du tronc pulmonaire. Celui-ci ne présente aucun renfle- ment à son origine, qui soit comparable au bulbe des autres poissons. Seulement son calibre est un peu plus gros , dans l'in- tervalle qui existe entre le cœur et la première paire d'artères branchiales et ses parois semblent un tant soit peu plus épaisses. Leur couleur rougeâtre à l'intérieur serait-elle due à une cou- che mince de faisceaux musculeux, et les plis de leur membrane interne indiqueraient-ils que les parois de l'artère pulmonaire ont, dans le commencement de cette artère, une plus grande énergie de contraction ?Ce serait bien là quelques traces de l'or- ganisation du bulbe ; mais le renflement musculeux , si re- marquable par sa forme, par son volume et par l'épaisseur ou la structure de ses parois dans la classe des poissons, manque dans la Chimère. Je ne connais, que les Lamproies qui offrent une sorte de passage à cette nullité absolue du bulbe branchial, par la forme cylindrique , le petit diamètre et le peu d'épaisseur des parois de celui dont elles sont pourvues. » (i) Planche 3 A, fig. a. DUTBRWOT. — Sur la Chimère arctique. If^ Aussi la Chimère m'a offert , dans son système artériel , deux particularités correspondantes qu'aucun autre poisson n*a en- core montrées aux anatomistes. 1° L'absence d'un bulbfi pulmonaire ou branchial. a° L'existence de deux bulbes artériels qui paraissent devoir le remplacer. Celte circonstance d'être doubles et symétriques est la première singularité qu'ils présentent. 3° Ils ont, pour seconde singularité, d'appartenir au système aortique. 4° Une troisième singularité de ces bulbes, c'est de n'être point situés à l'origine de l'aorte , mais un peu après la nais- sance de ses premières branches , lesquelles distribuent leurs rameaux aux muscles latéraux du corps, aux nageoires pecto- rales et à la tète. 5° La plus grande impidsion qu'ils doivent donner au sang qui va à ces derniers organes, semble être le moyeu principal de leur développement extraordinaire. Cette organisation si particulière m'a vivement intéressé^ comme uu nouvel exemple de la grande variété des arrange- mens organiques, suivant les besoins de l'existence ; jcomme une nouvelle preuve, à mes yeux , qu'il faut avoir recours aux systèmes surrationnels des conditions d'existence et des causes finales , pour comprendre les combinaisons de formes multi- pliées à l'infini des organismes animaux. Meckel , au lieu de voir en premier lieu dans l'existence du bulbepulmonaire, la nécessité de son action surajoutée à celle du cœur, pour donrjer au sang une impulsion suffisante à tra- vers le système capillaire des branchies, et au-delà de ces or- ganes , dans toutes les parties du corps , le considère plutôt ici sous le point de vue des organismes qui se perfectionnent ou se détériorent; ou des organes qui se développent dans le premier cas , qui s'inveloppent dans le second, qu'on me per- mette cette dernière expression , qui se séparent ou se fondent les uns dans les autres à mesure qu'on remonte ou qu'on des- cend la prétendue écheile des êtres. Ce célèbre anatomiste ne voit coiiséquemment dans le bulbe pulmonaire des poissons qu'une fusion plus complète des deux aortes et de l'artère pul- 4o DUVERWOT. — Sur la Chimère arctique. monaîre , qui se trouvent déjà fondés , à leur origine , dans les trois premiers ordres des reptiles ; ou bien en remontant des poissons aux reptiles , il considère l'union des aortes et de l'ar- tère pulmonaire de ceux-ci , comme une suite de l'existence du bulbe pulmonaire dans les poissons. Mais outre que cette trace du bulbe pulmonaire ou bran- chial des poissons et des reptiles à branchies, ne se voit pas dans les Batraciens à l'état parfait, qui n'ont plus de branchies ou qu'elle ne s'y trouve que d'une manière obscure et contes- table , l'absence de ce bulbe dans la Chimère , met en défaut^ sous ce rapport , il nous le semble du moins , ce système du développement successif des organismes , en général , et des organes en particulier , auquel des esprits d'ailleurs éclairés sont pour ainsi dire enchaînés. Les parties que nous venons de décrire et auxquelles nous avons donné le nom de cœurs accessoires, ne sont pasà la vérité des organes de direction , et à-la-fois, d'impulsion du fluide nourricier, ainsi que l'est un cœur complet. Ils ne remplissent que cette dernière fonction, et la direction du sang à travers leur canal ne peut venir que d'une force à tergo et non des valvules qui la détermineraient puisqu'ils en manquent. Mais ils nous semble devoir être ajoutés à la liste des cœurs acces- soires , soit sanguins , soit lymphatiques ou des organes parti- culiers d'impulsion du fluide nourricier élaboré ou non élaboré, découverts dans ces derniers temps dans la classe des pois- sons et dans celle des reptiles, (i) (i) Voyez noire mémoire cité plus haut , pour la veine mésentérique faisant les fonctions de cœur dans le système de la veine-porte de plusieurs genres de Squales. Le cœur caudal de l'anguille , dont las battemens se voient à l'extrémité do la queue ; il a été découvert par M. Marshall-Hall. — Les cœurs lymphatiques des Batraciens et des Ophidiens, que MM. /. Muller , Paniza , JVebér et falentin ont fait connaître. Nous les avons décrits en détail dans la nouvelle édition des Leçons d'anatomie comparée, tome vi, qui est sous presse en ce moment. Di;vERitOT. -r- Sur Vanatomie des Squilles. 4* EXPLICATION DES FIGURES DE LA PLANCHE 3 A. Fig. I. a. a. a.a. Branches artérielles dont la réunion forme l'aorte. e. Tronc analogue au cœliaque. b.b. Branches que fournit l'aorte, à-peu>près en même temps que l'analogue du tronc cœliaque. d. Renflement charnu que présentent |ces branches artérielles *vant de four- nir des rameaux. €, Rameau qui va aux grands muscles latéraux. / ^ Autres rameaux qui fourniasent à la poitrine et aux nageoires pecto- raies (/) — à la tête [g). h. Conijnuation du tronc de l'aorte , devenu beaucoup plus petit , après avoir fourni les trois branches importantes ( b. b. c. ) i.i.i.i. Artères intercostales. Fig. a. a. Le cœur. V. Son oreillette. c. L'artère branchiale. ■«.t.e.e.e. sont les cinq branches qu'elle envoie aux quatre branchies de chaque côté ; la première et la cinquième appartiennent à la première et à la der- nière demi-branchie. Les trois moyennes aux trois branchies moyennes, qui sont complètes. , d. Branchies. y. Ouverture du sac branchial. Mi MO IRE sur quelques points d'organisation concernant les appareils d'alimentation et de circulation , et l'ovaire des Squilles, Par M. DuvERNOY. Des recherches que je viens de continuer sur l'organisation des squilles me mettent à même de suppléer à ce que j'en ai dit dans mon second mémoire sur le foie \\x 2i\ Kc2iàém\Q dans sa séance du 7 novembre dernier et publié dans un des précédens cahiers de ce recueil, (i) (i) Annale» dci Science» Naturelle»,!'"' série, tome 6, p. i43, et p'- «5. l\i DuvERwoY. — Sur Vanatomie des Squilles. Deux des exemplaires de la Squille mante que j'ai eus à ma disposition étaient des femelles. 1* Ovaire. — Dans l'une les œufs étaient assez formés et dé- veloppés pour confirmer au besoin la détermination de l'ovaire. Cet organe est très considérable et divisé en lobes alternative- ment plus grands et plus petits qui répondent aux articulations du corps. Il s'étend au dessus de l'intestin , depuis l'estomac jusque dans la capsule que forme le dernier segment de l'abdo- men dans la partie moyenne de laquelle il s'enfonce au-delà de l'anus. Les œufs qu'il renferme m'ont paru à-peu-près d'égale grandeur dans toutes ces parties. Dans un de mes exemplaires, la portion antérieure se conti- nuait de cet organe en une partie plus dure, plus compacte et com- posée de cellules polygones, à parois assez résistantes, dont les unes étaient remplies d'une substance jaune et les autres vides. Cette partie, placée immédiatement sur le commencement de l'uitestin , pourrait bien être le foie? Je reviendrai plus tard sur cette détermination. 2o Cœur ou vaisseau dorsal. — Immédiatement sur l'ovaire • se voit le vaisseau dorsal que l'on considère comme le cœur de ces crustacés. Le vaisseau commence derrière l'estomac par une portion carrée ( pi. 2. fig. i, 2 et 3) , dont la partie moyenne antérieure envoie un vaisseau (2) directement à l'estomac, et les angles antérieurs deux branches (3. 3) aux parties latérales de la tête. La face dorsale de cette portion est relevée en arrière, et inclinée en avant comme un toit. (La fig. m, qui montre cette portion carrée de profil , fait bien voir cette singulière struc- ture), (i) Derrière l'arête transversale qui forme le côté postérieur du petit carré, il y a une seconde portion (5) de figure prismati- que, qui fournit de chaque côté du bord inférieur de la face latérale, laquelle est plane, trois branches (4. 4- 4-) pour les (1) On ne peut s'empécher de trouver uu certain rapport de forme entre celte portion carrée qui termine en avant le vaisseau dorsal des Squilles, et le cœur proprement dit des Dé- capodes. Sansdoule pour que la ressemblance fût complète, il faudrait que les vaisseaux bran- chio-eardiaqiies vinssent aboulir dans cette même partie. DUVERxoY. — enter {\s. Geof.) dont le pelage varie tellement suivant l'âge qu'au premier abord on croirait le vieux individu être une espèce distincte du jeune mâle. En- fin 1 auteur termine ce Mémoire par une note sur une variété de la Perruche à longs brins {Paleeornis bengalensis Wegl.) dont il donne aussi une figure. GRAT. — Mammifères nouveaux. 63 Description de quelques mammifères nouveaux ou peu connus, par M. Gray. Les animaux dont M. Gray publie ici les caractères font partie des collec- tions du Muiéum Britannique et se rapportent aux genres Felis, Canis, Vulpes, Herpestes, Paradoxurus , Cynogale, Lutra, Pteronura, Procyon, Mephitis, Co- nepatus^ Marputius , Centenus, Leptonyx, Macropus , Halniaturus^ Petrogale, Bettongia , Hypsiprymus, Ptéromys, Sciursoptera, Mus, Golunda, Lepus etBos. (Loudon's Magazine of nat. history; new séries, n° xi. p. 577). PUBLICATIONS NOUVELLE». MÉMOIRE sur le Lait., par M. A. Donne, (i) Dans la vue d'éclairer la médecine sur les bonnes et mauvaises qualités nu- tritives du lait des nourrices, M. Donné a entrepris sur ce liquide une série de recherches microscopiques et chimiques dont les résultats ne peuvent manquer d'intéresser le physiolojgste aussi bien que le praticien. Il déduit de ces ob- servations les conclusions suivantes. La composition du lait doit être considérée de la manière suivante : un li- quide tenant en dissolution du sUcre de lait , des sels , une petite quantité de matière grasse et du caséum, et en suspension des globules de différente gros- seur formés de beurre et solubles dans l'éther. Le premier lait, ou colostrum, se compose, outre les globules laiteux, de corps particuliers décrits dans le mémoire sous h nom de corps granuleux ; les globules laiteux dans le colostrum sont poui la plupart agglomérés et confondus entre eux par une matière muqueuse. Les principes du colostrum ne disparaissent entièrement que vers la fin du premier mois après l'accouchement; à cette époque le lait de bonne nature n'en présente plus aucune trace ; Le lait chez les animaux suit à-peu-près la même marche que ch^z \» femme. (i) brochure iii-8* a\ ce planches, 64 N Publications nouvelles. \.e lait est constamment alcalin chez la femme , la Tacbe , 1 anessc et Ix ctèvre. . . Les élémens du colostrum peuvent persister dans le lait au-delà du terme habituel, ce qui constitue un genre d'altération de ce fluide. Certaines affections pathologiques , telles que l'engorgement des mamelles chez les femmes et chez les animaux , déterminent dans le lait des mo- difications particulières analogues à celles qu'il présente dans son état primitif. En cas d'abcès, formé dans le sein, le lait peut contenir du pus. Le lait contient quelquefois du sang. Mémoire sur la spécialité des nerfs des sens , par M. Gabriel Pelleta N. (i) Ce Mémoire est consacré en majeure partie à des considérations générales sur le sujet indiqué par le titre , et à la description anatomique des nerfs cérébraux de la Musaraigne et de la Taupe, chez laquelle la dissection des nerfs des yeux présente , comme on le sait , de grandes difficultés et a donné naissance à des opinions très discordantes ; pour y procéder avec plus de facilité, l'auteur a exa- miné ces parties chez des fœtus ou chez des animaux très jeunes dont la tête n'é- tait pas encore ossifiée , et il a trouvé ainsi la ressemblance la plus grande entre la disposition des nerfs optiques de ces deux Mammifères. On trouve aussi dans ce Mémoire des expériences qui tendent à prouver que.^s Taupes ne jouissaient pas du sens de la vue proprement dite , mais savent seulement distinguer la lu- mière de l'obscurité. Des observations faites sur la Musaraigne montrent aussi que cet animal peut se diriger avec toute la précision et la vivacité qui caracté- risent ses mouvemens ordinaires, sans le secours de la vue. (i) Brochure in.8° avec planches. i V. AiiDOurN. — Sur la Pyrale de la vigne. 65 Considérations nouvelles sur les dégâts occasionés par la Pjrale de la ulgne ^ particulièrement dans la commune it Argenteuil , U Par M. V, AiiDOuiN, Professeur-administrateur au Muséum d'histoire naturelle , membre de la Société rovale et centrale d'Agriculture de Paris. (Lues à rAcadémie des Sciences , dans sa séance du 25 septembre iSS/.) J'ai en l'honneur d'entretenir brièvement l'Académie des principales recherches auxquelles je me suis livré pour arriver à la diminution du fléau, qui depuis tant d'années désole les vi- gnobles les plus renommés du Maçonnais, et j'espère , qu'elle aura mesuré l'importance des résultats que je lui ai présentés, par le nombre et la valeur des observations stir lesquelles ils reposent. Quant aux conséquences qu'en tirera la pratique, j'ai dit et je le répète avec toute confiance, que ce n'est plus maintenant une chose en question ; car elle a été jugée sur le théâtre même du mal, par des hommes dont on ne déclinera sans doute pas la compétence, par les propriétaires les plus intéressés à bien voir, et les plus capables. Depuis que j'ai quitté les lieux, ce jugement a reçu une nou- velle confirmation, [^ar le vœu qu'ont émis les deux Conseils Gé- néraux des départemens du Rhùne et de Saône-et-Loire , de voir mon tiavail imprimé, et par la décision qu'ils ont pri.se d'en faire tirer, sous forme d'extrait, un nombre suffisant d'exem- plaires, pour qu'il fût misetitie les mains de tous les Vignerons, el leur servît de guide. VUI. ZooL. — Août. 5 6(3 , V. AUDoriN. — Sur la Pyrale de la vigne. Le Conseil Municipal d'Argenteuil a pris une délibération semblable, dans sa séance du j4 août dernier. Or, l'Académie des Sciences ne se méprendra pas sur le motif qui me porte à relater ces faits; ce n'est certes pas pour m'en prévaloir, car j'ai eu soin de dire combien j'avais été aidé par les propriétaires, qui se prêtaient à mes expériences, ou qui ex- périmentaient eux-mêmes. Mais il est bon de citer de tels exem- ples, afin qu'ils profitent, et pour que, forts de cet assentiment des hommes éclairés, les Vignerons se décident à agir, ou du moins qu'ils n'apportent pas aux bonnes méthodes qu'on leur oppose des obstacles toujours fort difficiles à vaincre. En effet, il faut avoir lutté de toutes ses forces contre la su- perstition qui ferme les yeux, contre l'apathie qui se croise les bras, contre l'ignorance qui refuse d'agir et contre l'intérêt sor- dide, qui n'a pas honte de spécider sur la misère publique, en présentant comme appât la découverted'unsecret ; ilfaut,dis-je, avoir eu à combattre dans toutes ces circonstances, pour com- prendre quelles nombreuses entraves on rencontre, lorsqu'on cherche à opérer un peu de bien. Y est-on enfin parvenu et la confiance est-elle gagnée, oti la voit quelquefois disparaître au moindre prétexte. Aussi pensons-nous que, dans des questions de cette impor- tance, on ne doit prononcer que de graves paroles, et ne produire que de graves écrits. Ceux qui, sous le couvert de la science, se laisseraient inconsidérément entraîner à jeter la défaveur sur des faits bien constatés, sans être en mesure de lés combattre par de nouveaux faits, seraient plus blâmables qu'on ne le pense, car ils fourniraient de nouvelles armes à l'ignorance et au charlatanisme, qui ne manqueraient pas de s'en emparer et d'en faire bientôt usage: la première pour résister, le second pour agir. Cette sage réserve dont j'aurais voulu qu'on eût usé dans ces tristes circonstances, je me la suis imposée à moi-même, lors- qu'il s'est agi d'étudier le fléau qui afflige si profondément les populations du Maçonnais,, et je ne dévierai pas de cette route, maintenant que je vais traiter d'Argenteuil. La commune qui porte ce nom a été, on ne le sait que trop, V. Aijwouiiv. — Sur la Pyrale de la vigne. 67 ravagée par JaP^ra^^^e/rtf^/g'Re depuis un grand nombre d'années. Quelle est la cause de cette triste préférence que lui accorde l'insecte? Pourquoi est-il cantonné là et non pas également ré- pandu dans toutes les autres Vignes des environs de la capitale? Et par quelle singulière analogie les localités de Romanèche et dos Thorins sont-elles exactement dans le même cas, par rapport aux autres vignobles des environs de Mâcon ? Puis, lorsque le mal s'est montré, comment arrive-t-il qu'il sévît })endant 2, 3, 4i 5 et 7 ans, à tel point que l'on serait tenté de croire que ces chiffres représentent autant de périodes, si bientôt le fléau échappant à foute prévision, ne dépassait le terme extrême qui lui était assigné ? C'est ainsi qu'on a cru long-temps dans le Maçonnais, que la Pyrale était tout au plus septennale, et qu'il a fallu abandonner cette lueur d'espérance, lorsqu'en i832 on a vu que le terrible fléau, qui datait déjà de 1827, ne cessait pas encore ses ra- vages; ils ont continué jusqu'aujourd'hui , c'est-;i-dire durant onze années consécutives! Enfin on a constaté à certaines épo- ques sa disparition instantanée, puis on l'a vu reparaître à des intervalles plus ou moins éloignés. Ces phénomènes curieux se rattachent à des causes inconnues jusqu'ici, et que sans doute nous ignorerons long-temps, si ce n'est toujours. Leur élude est difficile, délicate à traiter, et ce- pendant on ne saurait la négliger. Je m'en suis donc occupé; raaisavecloute laprudenc2que commandent de telles questions. J'entrerai pour le moment dans peu de détails sur ce sujet ; je dirai seulement que par son aspect topographique, le territoire d'Argenteuil offre une analogie frappante avec les principales communes qui, dans le Maçonnais^ sont infestées par la Pyrale. Dans les unes comme dans l'autieon voit, versle nord, une chaîne de montagnes ou de collines qui longent le territoiie, et s'élè- vent dans cette direction comme le mur d'un amphithéâtre. En avant est Jine plaine regardant à-la-fois l'est, le sud et l'ouest et qui, légèrement ondulée ou bien relevée en monticules sur- baissés, présente les ceps de Vigne à toutes les expositions. Plus loin une rivière, ici la Seine; là-bas la Saône, qui coule vis-à vis les cantons viguobks, et au-delà de laquelle cesse la ctdture en 5. 68 V. AUDOiiiw. — Sur la Pyrale de la vigne. grand tle la Vigne. Dans le Maçonnais tout cela se montre sur une grande échelle; on le voit en miniature à Argenleuil. Quelques aulres faits que je ne manquerai pas de signaler, donneront à réfléchir sur d'autres points de ressemblance qui se remarquent dans ces deux vignobles. C'est ainsi qu'à Argen- teuil et dans le Maçonnais il existe certaines localités, qui ont la triste réputation d'être en quelque sorte les foyers de l'infection. Elle diminuera sensiblement ailleurs, elle cessera même entière- ment que là elle persistera encore. Ces lieux où le fléau paraît ainsi se confiner, et d'où il semble ensuite partir sont, dans le Maçonnais, la commune de Romanèche, et à Argenteuil, les can- tons dits de Coudray et de Soulzard. On conçoit qu'ils devront être l'objet d'une surveillance plus spéciale. Une autre coïncidence assez curieuse, c'est que dans les deux pays, l'Insecte, dit-cn, n'attaque que rarement les Vignes qui s'élèvent sur le penchant de la chaîne principale des montagnes ou des coteaux ; il n'y arrive qu'après que le mal a régné pendant une assez longue suite d'années. C'est encore un fait bien remarquable que cette espèce de prédilection que montre la Pyrale dans ces deux vignobles pour les Vignes à raisins noirs, tandis qu'elle respecte générale- ment les Vignes à raisins blancs. J'en ai vu dans le Maçon- nais s bout* de hoi» que rnnnonimr faiiisaux , maison oe les emploie que pronsoiremenl e< {wur soutenir les tret jvunet vignes. no V. AUDuuiN. — Sur la Pjrale de la vi^ne. ture avait une liaison intime avec la présence du fléau, cju'il pourrait cotitribuerpuissamment à l'entretenir et à le propager. Je n'avais pas voulu me rendre dans le Maçonnais, avant d'avoir examiné l'état des choses aux environs de la capitale, ne fût-ce que pour avoir un point de comparaison dans mes re- cherches, auquel je pourrons recourir au besoin ; et d'ailleurs cette visite était devenue pour moi un devoir, la Société royale et centrale d'Agriculture m'ayant invité a me rendre surles lieux, afin d'étudier le mal et de lui en rendre compte. J'allai donc à Argenteuil, le mardi premier août, qui était la veille de mon dé- part ; j'étais accompagné de M. Brullé, secrétaire de la Société entomologique. J'y trouvai réunis et nous attendant M. Rebaud, maire, M. Recappé, membre du conseil général du département, et MM. (jolas, Bast et Chevalier, tous propriétaires de vignobles importans , et ha' iles cultivateurs. Nous employâmes en compagnie de ces messieurs une jour- née à cettp excursion, et le soir même, à mon retour, je trans- crivis comme d'habitude sur mon journal le résultat de cette course. Je prierai l'Académie de vouloir bien permettre que je lui donne lecture de ce passage, je n'y vois absolument rien à chan- ger, le style même fera mieux saisir les faits que je désire con- stater ; il peindra plus exactement l'impression que j'en éprouvai, et peut-être, à cause de cela, serai-je mieux compris. 'c Nous pénétrons dans 1" vignoble sans que, d'abord, notre examen se porte sur rien en particulier. Pendant long-temps nous sommes frappés de l'aspect de dévastation de l'horizon qui nous entoure, dépendant au fur et à mesure que nous mar- chons, nos yeux se familiarisent avec les objets peu variés de ce tableau; nou-s commençons à distinguer quelques différences entre ces Vignes ravagées; elles ne le sont pas toutes également, et cela au lieu même des plus grands dégâts; souvent nous re- connaissons que dans un même champ plusieurs des ceps sont dévorés par la Pyrale , tandis que d'autres le sont infiniment moins. Ici les ceps épaignés sont clair-semés, là ils sont réunis en plus grand nombre et constituent une portion que l'on peut dire saine, comparativement à une autre portion infestée qui V. AUDOUiN. — • Sur la Pyraie de la vigne. 7 ^ ïiii est coiitiguë; et cependaiit c'est une même Vigne, elle ap- partient à un même vigneron, elle est sur un sol de même na- ture, la qualité, l'âge de la Vigne sont les mêmes; aucun chemin, aucun sillon particulier ne sépare ces deux portions dont l'as- pect est si différent. Tout le u)onde est d'accord poiu" recon- naître ces différences, chacun les signale à ion tour; quelquefois elles sautent aux yeux. Nous avançons toujours et celte obser- vation se répète si souvent que nous jugeons tous qu'elle ne peut être l'effet du hasard. Nous en cherchions la cause sans rencontrer d'explication satisfaisante, lorsque, jetant les yeux sur les échalas auxquels étaient liées ces Vignes, je crus recon- naître que le plus ou moins bon état de ces Vignes coïncidait avec certaines qualités de ces supports. Là où les échalas étaient de bois neuf, c'est à-dire n'ayant pas encore servi, la Vigne qui les embrassait était dans un état sensiblement meilleur que là où les échalas ne satisfaisaient pas à cette condition; et il était facile de constater la nature des tuteurs, les uns ayant la cou- leur jaune particulière à l'aubier récemment mis à nu , les au- tres ayant acquis une teinte plus ou moins grise que leur donne la longue exposition à l'air. « Une fois notre attention éveillée sur ce point, nous reconnû- mes bientôt cjue la règle était générale, ou du moins nous n'y. pûmes trouver que de très rares exceptions. « Cependant l'étudeque j'avais précédemmeni faite en r 836 des moeurs de l'insecte, me donna aussitôt la clef^le cette curieuse coïncidence; mais je crus devoir y réfléchir encore avant de faire part de mon opinion aux cultivateurs qtù m'accompa- gnaient : j'avais à jj;;igner leur confiance et je ne vojilais rien hasarder; je préférai donc attendre que de nouveaux faits en rendissent la tiémonstration plus facile. " Nous poursiùvions notie course et à chaque instant de nou- velles remarques venaient confirmer l'exactitude de la remarque première, lorsipu' nous arrivâmes à une plantation de Vignes qui se montrait sous \\\\ aspect bien différent des autres. L'herbe y poussait et y était très haute; entre les rangs de ceps, dont aucun n'était garni rl'échalas. .Te m'enquis de la cause de cet éfai; celle Vigne, tue dil-on , ajipartirnt à un iiulividu peu sou- 7» V. ALDouiw. — Sur la Pyrale de In vigne. cieux de ses intérêts et qui, d'ailleurs, découragé par le peu de dédommagement qu'il attend de son travail, a renoncé à faire à sa Vigne les façons de labour et autres qui sont jugées nécessaires pOur favoriser la végétation. « Et, cependant, malgré l'état de maigreur des jets de l'année, nous fûmes surpris de voir que les feuilles qui, du reste, avaient une chétive apparence, étaient peu ou point rongées ^ et que les grappes, bien que petites et faiblement garnies de grains, se montraient intactes! Comme cette Vigne était sur un bon ter- rain, chacun se récriait sur cette négligence, et disait que si elle eût été soignée et munie d'échalas elle fût devenue fort belle. « Oui et non, me permis-je de dire, suivant que Ton en aurait mis de neufs ou de vieux ». C'était entrer dans l'explication du fait et je m'exerçais encore à faire trouver le mot de l'énigme, lorsqu'un des assistons me dit : « Je crois enfin le tenir et voici « mon idée; les jeunes Vers qui éclosent au mois d'août et qui u aussitôt après être sortis de l'œuf recherchent un abri, ne le « prennent pas tous, comme on l'a cru, comme nous le croyions « nous-mêmes, sous l'écorcedutroncde laVigne; ils en trouvent « un tout aussi assuré et d'un accès souvent plus facile dans les « fissures et les fentes des échalas, et voilà bien ce qui nous expli- « que comment il se fait que les vignes munies d'un échalas de « bois neuf etn'ayant pas encore servi, sont toujours infiniment ang, en élevant simplement sa température au point de ne pas le coaguler, et c'est à tort que l'on a regardé comme inexactes les expériences àt ceux qui ont publié ce fait. Il est encore possible que lorsqu'on voulut l'obtenir à l'aide de la ma- chine pneumatique, on n'ait pas fait le vide d'une manière assez complète. Mes expériences m'ont appris que nul dégagement n'a lieu avant que le mercure ne soit descendu à un pouce ; et puis n'a-t-on pas souvent fait usage de sang coagulé , qui , né- cessairement, doit céder son acide carbonique plus difficilement que celui qui, encore fluide, est privé de fibrine? N'est-il pas arrivé souvent que, ne tenant pas assez compte de l'influence que cela pouvait avoir, on expérimentait dans un espace pro- portionnellement beaucoup trop petit, eu égard à la quantité de sang employée, de telle sorte qu'il suffisait d'une très faible quantité de gaz pour le remplir et empêcher, par la pression qui en provenait, le dégagement d'une nouvelle quantité? En évitant ces inconvéniens, on obtient du sang une quan- tité de gaz assez notable. J'ai d'abord cherché à la déterminer en me servant d'un tube de baromètre fermé à son extrémité supérieure par un robinet ; sur ce dernier se trouvait vissé un tube fermé et totalement plein de mercure. Je fis passer du sang sous le vide barométrique du tube inlérieur. Il se déve- loppa des gaz, car en plongeant complètement l'appareil dans le mercure , ce dernier n'y remontait pas de manière à faire dispaïaître tout le vide qui s'était produit. En ouvrant alors le robinet, il me fut facile de faire monter le gaz obtenu dans le tube supérieur. En répétant l'expérience i\c la même manière im certain nombre de fois, je parvins à me procurer une quan- tité ixjtable (le gaz; mais ces expériences ne me conduisirent à aucun résultat ; elles constatèrent seulement la possibilité 88 WAGNUS. — Théorie de la respiration. de l'obtention du gaz par ce procédé. En effet, on ne peut agir de la sorte que sur des quantités extrêmement faibles de matière, et de plus, il reste toujours entre le tube et le mercure une certaine quantité d'air atmosphérique, qui est entraînée lors de l'ascension du sang_, de sorte que l'on doftse demander si l'oxi- gène trouvé ne provient pas de l'air introduit. Pour ces raisons, je fis usage de l'appareil ci-contre. On prit un vase en verre en forme de poire ^, de 4 pouces de diamètre et de la de hauteur: l'une de ses extrémités était fermée par un robinet {IS) et l'autre plongeait dans un bain de mer- cure C. Après l'avoir rempli de mercure en aspirant l'air par l'ouverture de l'extrémité B , on ferma le robinet D et on vissa au point F le tube G, de 6 pouces de long sur i/a de diamètre, dont la partie supérieure était fer- mée et l'inférieure munie d'un robinet K\ ce tube D était également rempli de mercure, et lorsqu'on ouvrit ensuite les robinets K eiD^ le mercure descendit, oscilla, et fit équilibre à la pression extérieure. L'appareil ainsi monté fut placé sur le plateau de la machine pneumatique et recouvert d'une cloche; mais le tube et ses ro- binets ne furent point renfermés dans cette dernière. Une bande de caoutchouc servit à remplir et à fermer hermétiquement l'in- tervalle existant entre l'ouverture de la cloche, qui livrait pas- sage au col du vase (5). Pour que, par la pression atmosphé- rique extérieure, le caoutchouc ne s'affaissât pas, on avait eu soin de le soutenir en dessous à l'aide de deux petites plaques minces de bois, dont chacune recouvrait une demi-circonfé- rence du col. Le vide fait, le mercure descendit dans l'appareil, en laissant au-desus de lui un espace assez considérable, dans lequel se ré- pandit la petite quantité d'air restée adhérente aux parois du verre. La rentrée de l'air dans la machine laissa remonter le mercure au haut du tube, en chassant devant lui la petite quan- tité de gaz qu'il avait "récoltée. On enleva alors ce tube G en le magnIj's. — Théorie de la respiration. 8r) dévissant après avoir fermé les deux robinets Z>et A"; mais l'ayant rempli de nouveau de mercure, on le remit en place. En opérant ainsi un certain nombre de fois, on finit par priver l'appareil de l'air qu'il contient, mais il en reste toujours une petite quantité qui équivaut à 0,2 ce, provenant, non de l'inexactitude des fermetures, mais introduite lors du vissement des robinets au point de jonction des deux tubes; ce qui est évident, puisqu'on a toujours eu le soin de tenir pleins de mercure les godets qui entouraient les vis. Ceci fait, on détache le tube de caoutchouc, on enlève la cloche et l'on place l'appareil sur un bain de mercure plus grand, ce qu'il est facile de faire en ramenant un vase plat , également rempli de mercure, sous son ouverture inférieure. Une fois placé, on y fait monter le sang contenu dans les flacons. Comme on a soin de tenir les robinets fermés, le sang ne peut monter jusque dans le tube supérieur ; il s'arrête à l'extrémité du col du vase pyriforme. On replace alors cet appareil sur le plateau de la machine pneumatique, on le recouvre, avec les mêmes précautions, de la cloche dont il a été question, et l'on fait le vide. Le mercure et le sang baissent ensemble, et sur ce dernier l'on voit se former une certaine quantité de bulles qui occasion- nent bientôt une couche de mousse assez considérable. Ces bulles laissent échapper un gaz qui se répand dans l'espace vide; on ouvre peu-à-peu les deux robinets Z> et /^, de manière à laisser tomber dans le vase inférieur A le mercure contenu dans le tube qui le surmonte. Puis, quand la mousse a cessé de se produire, on laisse rentrer l'air dans la cloche de la machine pneuma- tique. Le mercure et le sang remontent ; on ferme le robinet inférieur, au moment ^où ce dernier est sur le point de l'at- teindre. De cette manière, tous les gaz qui ont j)u se développer se trouve réunis dans le tube supérieur. Cette expérience, répé- tée une seconde, une troisième fois, et plus, s'il est nécessaire, permet d'obtenir ui»e quantité de substance gazeuse suffisante pojjr remplir complètement le tube supérieur. Pour faire l'examen de ce qu'il contient, on ferme le robinet inférieur; on l'enlève pour le plonger dans ht cuve à mercure, où l'on en dévisse les robinets, et Ton transvase dans l'cudio- f)o MAGNUS. — Théorie de la respiration. mètre l'air qu'il contient; par la potasse caustique^ on en ab- sorbe l'acide carbonique, et sa détonation avec l'hydrogène tait connaîlre la quantité d'oxigène qui s'y trouve. Le sang employé pour ces expériences a constamment été re- cueilli , sous le mercure, dans des flacons bouchés à l'émeri. VtTS la (in on fit usage d'un tube flexible, à l'une des extrémi- tés duquel on avait adapté un tuyau de plume, et à l'autre un tube recourbé. On introduisit le tuyau de plume dans la jugu- laire ou la carotide de l'animal (un cheval) , selon que l'on dé- sira recueillir du sang veineux ou ûu sang artériel. Je ne recueil - lis point Its premières portions de sang qui traversèrent le tube, et je n'engageai la courbure du tube sous le mercure, au- dessous de flacons entièrement pleins de ce métal, que lors- que l'air eut complètement chassé. ( \) Aussitôt ces flacons remplis, on les boucha sous le mercure et on les agita. Une petite quantité de mercure, qu'on avait eu soin d'y conserver, détermina, par cette agitation , la sépara- tion de la fibrine. Dans plusieurs on avait introduit primitive- ment quelques morceaux de verre, mais c'est une précaution tout-à-fait inutile, puisque le mercure réussit complètement. La première fois que j'opérai d'après ce dernier procédé, je fus fort étonné de ne plus voir la fibrine se séparer, comme lors- qu'on se sert d'un balai ou de morceaux de verre, etc. C'est que, dans ce cas, elle vient envelopper le mercure qu'elle divise en une infinité de petits globules qui ne se réunissent plus en masse. Si alors on en sépare le sang et qu'on les fasse sécher, le mercure se laisse d'abord comprimer sans se séparer, mais lorsque ces enveloppes viennent à se contracter, le mercure s'échappe et se réunit en masse. C'est à notre école vétérinaire que la plus grande partie de ce sang a été recueillie ; je le dus à la bonté de M. te professeur Hertwig. sans le secours duquel il m'eût été impossible de me- ner afin ces expériences. Pendant le trajet du lieu de l'extraction (i) Pour enlever autant que possible l'air interposé entre le mercure et les parois des fla- cons, ou les plaça toul ouverts et entièrement pleins, sous la cloche de la machine pneuma- tique; le vide produit , l'aii emprisonné se dilata cl s'échappa sous forrae de bulles. MAGNUS. — Théorie de la respiration. gr à mon laboratoire, on eut soin de tenir les flacons renversés, de sorte que le mercure qu'on y avait laissé recouvrait le bou- chon et rendait impossible l'introduction de l'air. Une demi- heure après sa sortie de la veine ou de l'artère, le liquide était déjà dans l'appareil. La quantité employée chaque fois était de 5 à 7 onces; à chaque fois l'appareil fut nettoyé. Voici le tableau des résultats obtenus. CENTIMÈTRES CUBIQUES. Sang d'un cheval. . Sang veineux du même che- val recueilli 4 jours après l'extraction decelui artériel. Le njème. Sang artériel d'un vieux cheval , mais bien portant. Le même. Sang veineux du même che- val recueilli trois jours après. Sang artériel d'un veau. Le même. Sang veineux du même veau recueilli trois jours après. Le même. tï5 donnèrent 9,8 de gaz. 195. i3o. 13, a 14,2 16,3 ( i53. 140. 5.4 acide carb, 1.9 oxigèue. 2.5 azote. 8,8 acide carb. 2,3 oxigène. 1,1 azote. 10,0 acide carb. 2,5 oxigène. 1,7 azote. 10,7 acide carb. 4,1 oxigène. 1,5 azote. 7,0 acide carb. 2.3 oxigène. 1,0 azote. [ 12,4 acide carb. 18,9 . . . 1 2,5 oxigène. ( 4,0 azote. 9.4 acide carb. 3.5 oxigène. 1.6 azote. 7.0 acide carb. 6 . , .\ 3,0 oxigène. 2,6 azote. [ 10, a acide carb. i3,3 . . . I 1,8 oxigène. ( 1,3 azote. 6.1 acide carb. 7,7 . . . 1,0 oxigène. 0,6 azote. Il résulte de ce tableau que non-seulement le sang veineux contient de l'acide carl:)puique, mais que le sang artériel est aussi dans le même cas, et que, outre l'acide carbonique, l'un et l'autre contiennent de l'oxigène et de l'azote. On reniar- 92 MAGJVUS. — Théorie de la respiration. quera de plus que le sang artériel contient plus d'oxigène pro- portionnellement à son acide carbonique que le sang veineux. En effet, l'oxigène contenu dans ce dernier équivaut tout au plus au quart ou au cinquième de son acide carbonique, tandis que celui qui se rencontre dans le sang artériel équivaut au tiers et approche même de la moitié. Ce qu'il y a encore de remarquable, c'est que le sang artériel du veau est plus riche que les autres en oxigène, tandis que le sang veineux du même animal est le plus pauvre en ce i^az. Est-ce que chez les individus jeunes la quantité d'acide carbo- nique formée serait moindre que chez les autres? La quantité totale des gaz obtenus dans ces expériences paraît monter à un dixième ou un huitième du sang employé. Du reste, ces propor- tions ne peuvent être encore regardées comme exactes, parce que les expériences n'ont pas duré toutes le même temps, qu'elles n'ont pas toutes été conduites avec la même rapidité, et qu'un très petit nombre d'entre elles a été poussé à bout. Mais comme le rapport entre l'oxigène et l'acide carbonique est constamment resté invariable, on doit regarder cette partie des expériences comme tout-à-fait achevée. S'il était possible d'épuiser ces divers sangs de tous les gaz qu'ils contiennent, on pourrait assurer d'avance qu'on trouve- rait d'autant plus d'axigène dans le sang artériel , que le sang veineux contiendrait moins d'acide carbonique. Mais cette com- paraison ne peut s'établir qu'en isolant la totalité des gaz que l'un et l'autre contiennent; résultats qu'on ne peut se flatter d'obtenir. On ne peut donc acquérir la preuve que l'acide carbonique expiré soit remplacé par une quantité correspondante d'oxi- gène. Mais les expériences précédentes suffisent pour démontrer que sa formation n'a pas Heu dans les poumons. Il se pourr^ait méuie que les trois gaz, acide carbonique, oxigène et azote, existassent à-la fois dans le sang , puisque ce dernier s'est trouvé dans les poumons en contact avec eux tous. Mais si leur pré- sence était due à un simple phénomène d'absorption, les deux sortes de sang les contiendraient en proportions semblables; ce qui ferait supposer, en admettant l'ancienne théoiie de la res- MAGNUS. — Théorie de la respiration. gS piration , que le sang artériel, pour se transformer en sang vei- neux, n'absorberait ou ne céderait aucun de ces trois gaz. Mais l'un et l'autre ne contiennent pas la mênne proportion d'oxi- gène et d'acide carbonique ; et comme ce dernier est en plus grande quantité dans le sang veineux , on ne peut dire si ce gaz est uniquement produit dans le sang, ou s'il a été absorbé tout formé. Il est très probable que l'oxigène aspiré est absorbé dans les poumons par le sang qui le transporte ensuite dans tout le corps, où, rendu dans les vaisseaux capillaires, il détermine la forma- tion de l'acide carbonique. Je disque tout ceci est vraisemblable^ parce que tant qu'on n'aura pas prouvé que l'acide carbonique expiré est remplacé par un volume égal d'oxigène, il sera tou- jours possible d'admettre qu'une partie au moins de l'oxigène absorbé entre en combinaison avec le sang, sans produire direc- tement de l'acide carbonique. Quant à la formation de ce der- nier corps , ce qui avait fait présumer qu'elle avait lieu dans les poumons, c'est probablement que, à cette époque, on n'avait pu encore, nous l'avons déjà dit, retrouver ce gaz dans le sang. D'un autre côté, le changement de couleur du sang ne for- tifie-t-il pas l'opinion qui tendrait à faire admettre qu'il éprouve dans les poumons des altérations chimiques? C'est un fait connu, que, par l'absorption de l'acide carbonique, la couleur du sang devient plus foncée. Le changement de couleur pourrait donc provenir de la soustraction de ce gaz. J'ai vu que lorsque au moyen de l'hydrogène on enlève au sang veineux son acide car- bonique, sa couleur se ravive constamment. Le même phéno- mène a lieu quand on opère cette soustraction à l'aide de l'ap- pareil que nous avons décrit; mais la quantité séparée est si faible, que c'est à peine si je me hasarde à exprimer ime opi- nion sur ce sujet. Il est d'ailleurs si facile de commettre une erreur, quand on veut juger de la nature d'un corps par sa couleur! J'ajouterai que jamais le sang veineux , par la soustrac- tion de son acide carbonique, ne devient d'un rouge aussi vif que ne l'est le sang artériel; il paraîtrait de plus que l'absorption de plusieurs gaz y produit dilférens phénomènes de colora- g4 MAGNUs. — Théorie de la respiration. tion (i). Il est vraisemblable, d'après tout cela, que la couleur rouge du sang artériel n'est pas due seulement à Tabsence de l'acide carbonique , mais aussi à la présence de l'oxigène. Les faits suivans sont égaletnent à noter comme n'étant pas sans influence sur l'intensité de la couleur. Si l'on prend du sang de cheval privé de sa fibrine et qu'on l'abandonne au re- pos , au bout de quelques momens la couleur devient plus fon- cée , puis il s'y forme deux couches dont l'une supérieure d'une couleur plus foncée ; l'autre inférieure plus claire que la supé- rieure pourtant encore plus foncée que le liquide primitif. Si on mélange ces deux couches , la couleur première renaît dans toute son intégrité. Le sang de veau m'a offert les mêmes résul- tats, mais les deux couches demandent plus de temps pour se former. Quand donc on voudra tirer quelques conclusions de l'inspection de la couleur du sang, on devra prendre garde que la matière colorante y soit divisée. le me suis convamcu que la couche inférieure était composée de globules qui dans le sang battu se déposent et offrent une couleur plus foncée. Au contraire, le liquide supérieur doit sa teinte à de la matière colorante qu'il tient en dissolution; car au microscope on n'y aperçoit qu'un ou deux globules par goutte- lette. La matière colofante semble, d'après cela , pouvoir se dis- soudre dans le sérum. Mais il faut que la fibrine en ait été sé- parée ; tant qu'elle y existe , le sérum ne peut prendre aucune trace de ce principe. A quelles conclusions devront nous conduire les expériences faites jusqu'à ce jour sur la respiration? L'acide carbonique se produit-il pendant la circidation du sang, ou est-il simplement absorbé par ce dernier? Tous les résultats obtenus s'accordent à l'égard des proportions réciproques d'acide carbonique expiré et d'oxigène absorbé. Mais tandis qu'une partie des expérimen- tateurs prétendent que ces quantités sont toujours les mêmes , comme cela devrait être si le gaz oxigéné n'était employé qu'à la formation de l'acide carbonique dans les poumons , d'autres (i) Voir ce qu'en dit Engelhardt dans son travail ayant pour ùlre : sur la matière eolo' rante rouge du sang. ( Kaslner^s Ârchh\ , Band VI, 35o). MAGNUs. — Théorie de la respiration. q5 ail contraire prétendent qu'il y a plus d'oxigène aspiré qu'il n'y d'acide carbonique expiré. MM. Allen et Pepys (i) ont vu que ceci avait constamment lieu quand le même air est respiré plu- sieurs fois. Ce fait, quelque inexplicable qu'il soit par d'autres théories, paraît être une conséquence immédiate de l'hypothèse qui con- siste à admettre que l'expiration de l'acide carbonique se fait selon les lois d'après lesquelles un liquide laisse dégager un gaz absorbé, quand il se trouve en contact avec un autre gaz. Cette autre circonstance observée par MM. Allen et Pepys (2) est aussi inexplicable que la précédente, savoir que, par la respiration de l'oxigène pur ou d'un mélange d'oxigène et d'hydrogène , il est continuellement expiré de l'azote, dont les quantités sont proportionnelles au volume entier de l'annual; ce qui prouve- rait que [ce n'est pas du tout à l'air contenii dans les poumons qu'il doit être attribué. Il nous reste encore à démontrer, en terminant, que l'acide carbonique extrait du sang est en assez grande quantité pour former tout celui que les poumons expirent. Dans les recherches faites pour constater la quantité que ces derniers en fournissent, on a obtenu les nombres les plus discordans. Ceux donnés, par exemple, par MM. Allen et Pepys excèdent évidemment de beaucoup ce qu'ils devraient être. Si les nombres donnés par ces chimistes étaient exacts, il faudrait, d'après le calcid qu'en a fait M. Berzelius (3) , six livres un quart de nourriture solide pour équivaloir à la quantité de carbone qui serait consommée dans lespace de[24 heures. Prenant donc les résultats obtenus par H. D.ivy , comme moyenne entre ceux de MM. Allen , Pepys et Lavoisier, quoique le chiflre en paraisse encore un peu trop fort, nous obtiendrons i3 pouces cubiques comme leprésentant la quantité d'acide carbonique expiré [)ar un homme. Si l'on admet de plus qu'à (i) Philosophicnl transactions for 1808, pag. a 80, cl Schweiggcr's Journal ^ Katid I, p.*i8î. (1) Philosoji/iical transactions for 1809, pag. 4'7> *' Mfcket's arcltivs , Band III, a43. (3J Bcritlius Thierclumie pag. gS. q6 i.her.minier. — Oiseaux rares. chaque pulsation du cœur il arrive aux poumons une once de sang, il eu résultera 75 pulsations par minute et le passage do cinq livres de sang dans le même temps ; ce qui représente le minimum de tout ce que l'on peut admettre , car il est vraisem- blable qu'il passe dans une minute par ces organes dix livres de sang(i}; ces cinq livres produiraient i3 pouces cubes (ou i,3 pouce cube par livre); mais nous avons vu plus haut que le • sang contenait au moins un cinquième de son volume d'acide carbonique; et comme une livre représente aS pouces cubiques, chaque livre de sang contiendrait au moins 5 pouces cubiques d'acide carbonique. Comme on le voit, rien ne s'oppose à ad- mettre la théorie proposée, puisque les expériences prouvent que la quantité d'acide carbonique contenue dans le sang vei- neux est plus que suffisante pour fournir la quantité expirée. Eeciierches anatorniques sur quelques genres d'oiseaux rares ou encore peu connus sous le rapport de Vorgamsation pro- fonde. Par M. L'Herminier, médecin à la Guadeloupe. Dans les instructions données à l'occasion du voyage de la Bo- nite, M. de Blain ville a signalé, parmi les nombreux desiderata sur lesquels l'anatomiste aurait encore à s'exercer, les genres Cariaraa, Chavaria ou Palamède, Hoazin, Rupicole, Pique- bœuf, Menure, et surtout Apterix. Parmi les oiseaux désirés, je ne possède que le Rupicole , l'Hoazin , le Ramichi et le Chavaria. J'y joindrai l'examen que j'ai fait, l'an dernier, de l'organisation des Turnix, et j'accom- pagne cette communication de l'envoi soit des oiseaux en chair, (i) Muller^s hanjhnch (1er physiologie , Band I, 3î5. LHERMiNiER. — Oiseaux rares. gj soit des préparations du sternum et du canal digestif qui font partie de mon cabinet , et que j'adresse à l'Académie comme pièces à Tappui , pour être , après examen , offertes au Mu- séum. § I. — Sur le Sasa; Opisfhocomus (Ho/fmansegg). Hoazin de Buffon , vulgairement Faisan huppe de Cayenne ; — Cigana , a« Para ; — Sasa , à la Guyane; — Guacharaca de Agua , en Colombie. Pliasianus cristatus , Lin. , Lath. — Orlhocorys et 'Sasa crislata , ViELLOT. — Opislhocomus cristatus ,, Lesson. Un des résultats les plus importans et les plus curieux de l'application de l'anatomie à l'étude des oiseaux , est assuré- ment la connaissance de l'organisation du Sasa. Rangé par Linné, Latham , llliger, Cuvier, et le plus grand nombre des auteurs, parmi les gallinacées; rapporté par Tem- minck à ses omnivores; par Vieillot et M. Lesson aux Sylvains ou passereaux, tandis que Latreille le plaçait dans un ordre à part, intermédiaire aux passereaux et aux gallinacées, cet oiseau me devenait précieux par toutes ces variations des au- teurs , par ces incertitudes même que j'avais à cœur de lever. Par un heureux hasard, ce fut un des premiers qui me tomba entre les mains. J'en reçus plusieurs en i833 du Para et particulièrement de l'île de Maranjo, à l'embouchure du fleuve des Amazones; depuis, je l'ai retrouvé sur les bords du Rio Guarapiche, en Colombie. Je n'ai jamais pu l'obtenir de Cayenne, où la routine des empailleurs a constamment rendu vaines toutes mes demandes. A l'extérieur, le Sasa a quelques rapports avec les Pénélopes, mais il en diffère notablement à l'intérieur. Dès qu'on a enlevé la peau, on aperçoit un énorme jabot qui recouvre les pecto- raux, auxquels il adhère par un tissu cellulaire lâche; si on l'en détache, on aperçoit, après l'avoir soulevé, une vaste exca- vation cordifornie, ouverte, et bornée eu haut par la clavi- cule qui est reléguée à deux pouces au-dessus de la crété ster- û8 LHERMiNiEii. — Oisecux Tores. nale. Le jabot qui, dans cet oiseau, recouvre ainsi la moitié du tronc et au moins les quatre cinquièmes de la longueur du sternum et de ses annexes qu'il déborde encore en tous sens, reçoit à gauche et en aviint, l'insertion de l'œsophage, et à droite il se rétrécit pour pénétrer dans la poitrine. Dans l'mter- valle de cette bifurcation est comprise la trachée-artère. liC sternum est plein, allongé, élargi en arrière, peu profond. Sa crête ou carène est la partie la plus remarquable : forte- ment excavée dans l'étendue de son bord antérieur qui est tranchant, elle n'y a pas moins de i pouces de longueur, tau- dis que son bord inférieur, qui devient ici postérieur, n'a guère plus de 1 pouce de long; mais s'élargit de 2 à 3 lignes pour former une sorte de tubercule ou de callosité sous-cutanée , ovale, aiguë, concave et doublée de cartilage. La crête se ter- mine en avant en une longue apophyse qui se soucie complète- ment avec la clavicule. Le bord antérieur du sternum est occupé dans toute sa largeur par les os coracoïdes*, ses bords latéraux portent cinq côtes fortement élargies dans leur segment ver- tébral. Le bord postérieur présente quatre échancrures ; les deux internes sont les plus grandes et constamment ouvertes; les externes sont petites, allongées, et presque toujours con- verties en trous, susceptibles même d'oblitération par les pro- grès de l'âge. Après avoir décrit les os coracoïdes, la clavicule et le scapu- liim , os qui sont tous largement ouverts à la pénétration des vaisseaux nourriciers, et des sacs aériens, Tauteur continue en ces termes : J'avais long-temps cru que les caractères tirés du sternum étaient constamment tranchés, et permettaient ainsi d'assigner à chaque oiseau une place qui exprimait netlemeut et invaria- blement ses rapports dans la série ; bien différent en cela de ces formes extérieures qui , dans le même individu, peuvent appar- tenir à plusieurs divisions, comme nous le voyons tous les jours dans les méthodes ordinaires, pour le Menure , le Serpentaire , etc.; mais ma conviction a été bien ébranlée par l'étude de l'appa- reil sternal du Sasa.En effet, cet oiseau a le sternum plein à son bord postérieur, comme cehii des Cathartes et des Calaos, mais il LHERMiNiEB. — Oiscaux rares. gg a, comme dans les gallinacées, la crête fortement refoulée en arrière , et comme dans la Frégate , la clavicule soudée à-la-fois avec le sternum et les os coracoïdes. Ce n'est pourtant ni une Catharte, ni une vraie gallinacée, ni une Frégate: c'est une réunion de caractères disparates, pour composer une indivi- du.'ililé anomale, sorte d'hybride, d'autant plus remarquable qu'il est jusqu'ici à-peu-près unique dans les oiseaux, et qu'il mérite de constituer un type tout particulier. L'appareil digestif du Sasa n'est pas moins extraordinaire que son appareil sternal. La longueur totale de l'intestin est de 3 pieds 639 pouces , celle du tronc de 1 pied :: 3 ^ : i. Parcouru par une fente nasale très longue, le palais est hé- rissé de papilles coniques, circonscrites latéralement par deux plans plus prononcés, et dentelés; la langue est sagittée, la- ciniée, recourbée en bas, cornée inférieurement, assez molle et charnue supérieurement ; terminée en arrière par une base osseuse, préseniant des pointes aiguës ; !a glotte longitudinale est garnie sur les bords, ainsi que le larynx et la partie voisine du pharynx, de très petites papilles. L'œsophage égale en grosseur le volume de l'index ; mais c'est surtout dans la partie de l'intestin comprise entre le jabot et le gésier , que l'on observe le plus de singularité et de complica* tion. En effet, placé comme nous l'avons dit , au-devant des os coracoïdes, de la clavicule et du sternum, dont il a, pour se loger, refoulé la crête fort en arrière, le jabot représente une large bourse plate et arrondie , qu'une scissure oblique de droite à gauche traverse sur ses deux faces, en lui donnant quelque ressemblance avec un cœur surmonté d'une oreillette. Si l'on entr'ouvre avec le doigt cette double scissure, en s'aidant de l'instrument, on arrive bientôt à une bande fibreuse, blanche, qui fait partie de l'mtestin , et l'on s'aperçoit alors que cette prétendue poche est formée par l'œsophage qui se dilate, se recourbe et s'accole à lui-même en se tordant au point de former une anse presque complète: disposition très curieuse et entière- ment différente de celle des gallinacées, chez qui le jabot con- stitue un sac entièrement libre et hors de l'axe de l'inlestin. Ad jabot succède une portion d'intestin renflée, de 6 pou- 7. loo LHERMiNiER. — Oiseaux rares. ces de longueur, diversement conlournée et froncée extérieu- rement par des brides semblables à celles du colon humain. Vient ensuite le ventricule succenturié : il est cylindrique et égale à peine en largeur le duodénum, tandis qu'en longueur il n'atteint pas un pouce. Ses parois sont d'ailleurs si minces, qu'il se rompt fréquemment sous la moindre traction à sa jonc- tion avec l'estomac. Cette dernière cavité n'est pas plus grosse qu'une olive et oifre elle-même fort peu d'épaisseur dans ses différentes par- ties. Quelle différence avec le gésir si volumineux et si puissant des vraies gallinacéesî Le sous-intestin offre de l'ampleur; deux cœcums cylindri- ques, assez gros , longs de i pouce , s'en détachent à 8 pouces au-dessus du sphincter externe. La surface interne du canal intestinal mérite également une alienlion particulière. Dans les deux tiers de sa longueur, l'œso- nhage est plissé en long et marqué de follicules disposées en séries parallèles. Ces plis auguientent en saillie et en nombre, à me- sure que les follicules disparaissent en s'approchant du jabot. Si l'on ouvre cette poche dans le sens de sa circonférence, on aperçoit aussitôt et supérieurement une cloison incomplète disposée en arceau, qui partage imparfaitement sa cavité en deux moitiés à-peu-près égales, et en libre communica- tion. De longs sillons circulaires, formés par des replis inté- rieurs , parcourent la face interne du jabot, et se serrent de plus en plus aux approches de la cloison. Plus nombreux et mieux marqués sur la moitié stomacale que sur le moitié oeso- phagienne, ces replis, à leur bord libre, présentent des dente- lures arrondies en festons, qui diminuent du haut en bas et finissent par disparaître. Dans l'intervalle des rephs, la sur- face du jabot est réticulée par le croisement de stries peu pro- fondes. En négligeant l'élément essentiel de la mastication, c'est-à- dire l'existence des molaires, et en ne tenant compte que de la conformation favorable du bec et de la complication de l'appa- reil digestif, on dirait en vérité que le Sasa représente les rumi- nans parmi les oiseaux. Dans celte hypothèse, la singulière LHERMIMIER. OlseaUXTCircS. ICI dilatation de l'œsophage avec partage me paraît l'analogue de la panse et du bonnet. Teinte en vert, elle est constamment et exclusivement distendue par une pâte végétale composée de feuilles hachées, au milieu desquelles on retrouve des débris plus ou moins étendus. La portion du canal digestif, comprise entre le jabot et le ventricule succenturié, et qui se compo>sede cinq à sept bosse- lures successives, est, dans toute sa longueur, parcourue par des plis longitudinaux plus écartés, diversement dentelés et bridés par les intersections que nous avons signalées plus haut; ils finissent d'ailleurs peu avant le ventricule glanduleux. En poursuivant l'analogie, cette cavité serait le véritable représen- tant du troisième: estomac ou feuillet des manmiifères ; tandis que le ventricule succenturié dont la sur fa ce in ter ne est finemeiit granulée de follicules serrés, constituerait la caillette .^ en se ré- unissant avec l'estomac que tapisse une membrane cornée peu résistante. Le reste de l'intestin ne m'a rien offert de particulier. Maintenant que nous avons signalé les rapports et les diffé- rences que présente l'organisation du Sasa, comparée à celle de tous les oiseaux j voyons qu'elle place nous pourrons lui assigner dans la série. Les conditions d'existence auxquelles l'Hoazin a été soumis ont imprimé à son organisation un tel cachet d'originalité, qu'on pourrait dire ici, avec une entière raison, le régime c'est l'être. Appelé, en effet, à se nourrir de substances végétales, et même exclusivement des feuilles d'une plante propre aux régions chaudes et inondées qu'il habite, le Sasa ne peut, à ce titre , se ranger au milieu des omnivores de M. Temninck, ni des pas- sereaux de M. Lesson. Encore bieii moins mérite-t-il la dénomi- nation d'Ophiophage, que lui appliquait Vieillot, induit en erreur sur sa nourriture mais non sur ses véritables affinités. C'est parmi les oiseaux, ime individtialité non moins remarquable que celle des liradypes parmi les mammifères, au moins, sous le rapport de la parfaite identité du régime,' et exception faite des différences orj^aniques de classe.' Oiseau essentiellement et iniiquerncrit herbivore, destin»' à vivre cxclusivcm«nl de Icuillcs, I02 LHERMiNiER. — Oiseaux rarcs. il a été modifié en conséquence dans son appareil digestif et lo- comoteur. Aussi, bien que dans la conformation du sternum et de ses annexes, le Sasa présente de nombreux points de contact avec les genresles plus disparates, c'est cependant vers les gallinacées qu'il incline par une plus grande somme de rapports. Quant au canal intestinal, nous avons reconnu que, malgré sa complica- tion singulière, il réunissait, dans des proportions différentes, il est vrai, presque toutes les parties que présentent les pigeons et les gallinacées. Nous ne pouvons donc mieux faire que de le rapprocher de ces deux familles, en lui assignant définitivement la place que lui avaient donnée Vieillot et Latreille, sous la dé- nomination bien méritée de Dysodes. Cette famille bien dis- tincte prendra rang immédiatement avant les pigeons et les gal- linacées. Suivant les chasseurs auxquels je dois ce très intéressant oi- seau, il vit par petites troupes sur le bord des criques et des rivières. Il se nourrit des feuilles d'un arbre que les Brésiliens du Para appellent Aninga , et que d'après sa tige articulée , ses feuilles larges, son fruit écailleux, semblable à un ananas sans couronne, et son odeur musquée, je n'ai point eu de peine à reconnaître pour le Moucou-moucoue d'Aublet, ou Xarum arbo' rescensde Linné. Peu farouche, il se laisse facilement approcher, .fuit au coup du fusil, en poussant le cri de cra-cra, pour aller se poser quelques pas plus loin, et sur la même branche les uns à côté des autres. Il exhale une odeur forte et pénétrante, mélange de musc et de casloréum et qui tieut aussi de celle du bouc. Elle se commu- nique à l'alcool de conservation et aux vases, au point de les in- fecter, et résiste même fort long-temps à des lavages répétés avec l'eau chlorurée. Par suite de cette désagréable propriété, la chair de cet oiseau n'est pas mangeable , et ne sert à la Guyane que d'appât pour les poissons, suivant Sonnini qui en a donné une très bonne histoire. LHERMiifiER. — Oiscaux rcires. io3 § 2. — Sur les Kamichis. — Palamedea^ Lin. i" Kamichis. — Camoucle à Cayenne , Bajon. — Licorne au Para. — Vulgai- rement Âruco, en Colomlne (Sur l'Orénoque , le Rio Guarapiche ). Palamedea cornula , Lin. 3° Cbaïia du Paraguay. — Chauna, Illtger. — Pana chavaria , Lin. — Opis- tolophos fidelis , Vtellot. Nous ne donnerons de cette partie du mémoire de M. Lher- minier que le passage suivant dans lequel l'auteur résume les traits les plus caractéristiques que lui a lournis l'examen détaillé des deux espèces, et en tire des conséquences sur la place que le genre doit occuper dans le cadre ornithologique. «Le fait le plus caractéristique dans l'ost-éologie de ces deux oiseaux, c'est la forme ellipsoïde de la clavicule, et la vaste échan- crure du bord postérieur du sternum, due à la saillie de ses apo- physes latérales. Le canal digestif se distingue par la présence dn jabot inté- rieur. Cette dilatation de l'intestin n'est pas comme dans le Sasa, les gallinacées, les pigeons, les perroquets et les accipitres, su- périeure au ventricule succenturié, et placée dans l'écartement des branches de la clavicule; mais elle est rentrée à l'intérieur de la cavité thoracique , et se développe entre le ventricule succenturié et le gésier. C'est une différence capitale, et un ca- ractère d'infériorité que nousretrouveronsdans tous les oiseaux à jabot qui, dans l'échelle ornithologique^ ont été placés après les galhnacées. Un autre caractère non moins important, c'est l'énormité du gros intestin et des cœcums, et les bosselures que présentent surtout ces derniers appendices. A l'exception de l'Autruche et du Nandou, je ne sache point qu'aucini autre oiseau présente cette singulière disposition. Enfin un troisième et dernier caractère, c'est le contraste de l'étroitesse de l'intestin proprement dit, avec l'ampleur des ca- vités placées à son origine et à sa terminaison. I04 LHERMINIER. OiseCUX TUrCS. Les ornithologistes systématistes ont tous , d'un commun accord, rangé le Ramichi et leChaïa dans la grande division des oiseaux aquatiques, et l'ordre des échassiers; mais les uns, avec Latreille et Cuvier, l'ont rapporté aux macrodactyles; les au- tres pour représenter quelques analogies de forme avec les gal- linacées, et la disposition à la domesticité qu'il a en commun avec eux, en ont fait des alectorides avec llliger et M. Temminck, ou des gallinogralles avec MM. de Blainville et Lesson. Vieillot en a composé une famille un peu hétérogène sous le nom d'Un- cirostres. Toutes ces appréciations sont justes à-peu-près au même degré, et je me range à l'opinion générale. Seulement, dans mon système de conversion des principaux genres lin- néens en familles naturelles , je considère ces deux oiseaux comme un type bien distinct, et je les placerai entre les Foul- ques et les Grues , sous le nom de famille des Kamichis ou des Palamédées. En 1 836, le 12 juin, je reçus un Kamichi vivant, du bas Orénoque, où il n'est pas rare, et s'élève en domesticité. C'était une femelle. Il vécut jusqu'au 26 juillet suivant dans ma basse- cour, en compagnie avec des Ibis rouges , un Agami de son pays, un Bihoreau,etc.,etc. Cet oiseau est craintif, d'un natu- rel doux et si peu belliqueux qu'un Ibis lui faisait la loi ; cepen- dant lorsqu'il était harcelé par le Bihoreau , il le mettait faci- lement en fuite, en lui détachant quelques coups de son aile largement ouverte, et frappait plus du fouet que des éperons. Je le nourrissais de pourpier, de laitue, qu'il paissait à petits coups comme l'oie. Il mangeait avec délices et de préférence à tout, les fruits du manguier et du bananier, et refusait con- stamment la viande. Tranquille, il marchait à grands pas, d'un air grave et en imprimant à sa queue des raouvemens horizontaux comme font les canards. Tous les matins , il faisait entendre un roucoulement répété et prolongé, semblable au bruit que fait un homme qui se gargarise. Quand, au contraire, il était effrayé, il soufflait comme une oie, ou faisait entendre le cri de aruco ou ahuco , d'où son nom espagnol ; ou bien en- core , un cri rauque très fort et à double octave. LHERMiNitR. — Oiscaux TaTcs. io5 Son plumage n'offrait rien qui ne fût connu , l'œil était petit et l'iris d'un jaune d'or. Bajon est de tous les auteurs celui qui a le mieux traité du Kamichi. Il en a donné une bonne description, même anato- mique, dans ses mémoires sur Cayenne. § 3. — Sur le Turnix. — Hemipodius , Temm. Turnix tachydrome. — Memipodius tachydrome , Temm. — 2^eirao anda- lusicus , Gmel, Lath. Répandu dans tout l'ancien monde et jusque dans l'Océa- nie, ce genre, remarquable par la petitesse des individus qui le composent, par leurs moeurs belliqueuses, et que MM. d'Orbigny et Is. Geoffroy Saint-Hilaire, croient représenté en Amérique par l'Eudromie élégante, a, d'un commun accord, été rangé par tous les auteurs parmi les galliuacées, comme un démembrement du genre Perdrix. Cette opinion serait proba- blement abandonnée depuis long-temps si l'on avait tenu plus compte des données anatomiques. Le sternum porte deux grandes échancrures angulaires et profondes; ses apophyses externes sont grêles, et s'écartent de la lame moyenne, qui est plus large et triangulaire. Le bord an- térieur, occupé en totalité par les os coracoïdes, est garni de trois apophyses : les latéraux portent trois côtes; la crête est refoulée en arrière. La clavicule est longue, grêle, courbée , ré- trécie dans son aire et terminée par une petite molette qui correspond à l'angle de la crête sternale. Les scapulums sont longs, faiblement courbés, arrondis à leur terminaison. Les os coracoïdes sont irrégulièrement prismatiques, cgaux presque en longueur au sternum , creusés d'une large gouttière sur leur face supérieure. C^es diverses parties comparées à celles qui leur corespondent chez les gallinacées, offrent de très notables différences. Il en est de même du tube digestif: il a 17 pouces de longueur, et son raf)poilau tronc cbt:: f\.i. io6 LHERMiNiER. — Oiseaux rares. L'œsophage est cylindrique, uniformément dilaté, c'est-à-dire sans trace de jabot; le gésier est globuleux, pourvu extérieure- ment de deux tendons en 8 de chiffre ; deux cœcums cylin- driques, longs de i pouce et demi, naissent à un pouce de l'atnis. Doublé intérieurement d'une membrane cornée épaisse , le gésier renfermait des semences de légumineuses, des fragmens de coquilles et des gravier^ La trachée-artère est faible, cylindrique, sans aucune dé- viation. Il est peu de familles ornilhologiques aussi nettement carac- térisées que celle des gallinacées vraies, sous le double rapport du système locomoteur et del'appareil digestif. En effet, voués à un vol court et au régime végétal, ils offrent tons un sternum fortement entaillé par quatre grandes échancrures, et un jabot globuleux et intra-claviculaire. J'ai du, avec raison, en me basant sur cette règle fondamentale, en exclure les Gangas et les Tinamous qui ne présentent ni l'un ni l'autre de ces deux caractères. Mais les différences sont encore bien plus grandes dans le Turnix, puisque le sternum n'a que deux échancrures et que l'intestin est complètement dépourvu de jabot. J'en déduis né- cessairement une aptitude plus grande pour la marche et pour le régime animal; mais je ne saurais confondre et laisser avec les Gallinacées une espèce qui en diffère à beaucoup d'égards , tandis 'qu'elle se rapproche d'autant des Échassiers, comme l'avaient du reste soupçonné MM. Temminck et Lesson, en in- diquant un passage des Turnix aux Outardes , et comme l'avait pressenti Vieillot, par la création de son genre Ortyxèle. Je propose donc d'extraire définitivement les Turnix de la grande et importante famille des Gallinacées, et de constituer, avec ce nouveau démembrement, mie petite famille à part , que je placerai intermédiairement à celle des Tinamous et des Gallinules. C'est vraiment à ce petit groupe qu'il conviendrait d'appliquer la dénomination de Gallinogralle. DLGÈs. — OEufs de CépJmlopodes. 107 § 4- — -Ow RupicoLE, vulgairement Coq de roche. Pipra rupicola Linn. M. Ijherminier a pu disséquer deux individus de cette belle espèce, venant l'un et l'autre d'Angostura, sur l'Oréncque : ils lui ont présenté dans l'ostéologie du sternum et de ses annexes les caractères essentiels des vrais passereaux qui constituent sa dix-huitième fanulle : c'est-à-dire sternum égal en longueur aux os coracoïdes avec l'échancrure à son bord postérieur et une bifurcation au sommet de la crête ou carène ; clavicule longue, recourbée, peu ouverte, portant une molette en contact avec la crête sternale; scapulums longs, courts, terminés angulai- rement. L'examen des viscères n'a rien offert à M. Lherminier qui l'obligeât à proposer pour ce genre une autre place que celle qui lui a été assignée par les auteurs systématiques, près des Manakins, des Cotingas , etc. Note sur le développement de Vembrjon chez les Mollusques céphalopodes , Par M. DuGÈs , Professeur à l'École de médecine de Montpellier. ° L'embryogénie est assurément, de toutes les branches de la physiologie, celle qui doit le plus aux travaux modernes, celle dont Télucidation a jeté le plus de jour sur les autres parties de cette science et sur la zoologie même. Parmi les faits qu'elle nous a décelés, un des plus importans, quant aux applications zoolo- giques, c'est cette remarque, chaque jour confirmée par des ob- servations nouvelles, que l'embryon touche au vitellus, con» munique avec lui , en reçoit la substance et souvent même io8 DUGÈs. ■ — OEufsde Céphalopodes. l'englobe, tôt fyU tard, en entier, mais par deux régions tout opposées dans les deux grandes divisions du règne animal. Chez les insectes, les crustacées, les arachnides, on a bien con- staté que c'est par le dos de l'embryon qu'a lieu ce contact, cette communication, tandis que chez tous les vertébrés, c'est par le ventre qu'elle s'opère. Cette circonstance, jointe à d'autres con- sidérations, nous paraissait militer en faveur d'une idée singu- lière au premier abord, mais qu'une étude approfondie prouve être d'une vraisemblance équivalente à la certitude, je veux dire l'identité de la face dorsale de l'invertébré avec le ventrale du vertébré. Il était si naturel de tirer une pareille conséquence df. ce fait embryogénique que Cuvier l'avait pressenti : Je m'atten- dais bien, disait-il un jour, qu'on en tirerait parti en faveur de cette doctrine. Or cette doctrine, il en était l'adversaire déclaré, et faisait ressortir soigneusement les difficultés qu'on lui pou- vait opposer. C'est dans cette vue', sans nul doute, qu'il revint peu de temps avant sa mort, sur une particularité d'embryogénie qu'il avait jadis fait connaître, et rappela, dans un article de journal , que l'embryon des Seiches ne communique avec son vitellus, ni par le dos , ni par le ventre , mais par la tète et au voisinage de la bouche. Cette particularité, qui semble avoir été déjà connue d'Aristote et que Carus a confirmée, me parais- sait d'autant plus douteuse que le savant zoologiste allemand déclare que les observations faites jusqu'ici, sur ce sujet, laissent beaucoup à désirer. L'apparence est si souvent trompeuse, il arrive si souvent que des exceptions mieux étudiées rentrent dans la règle, que je m'attendais à voir rentrer dans l'une des deux catégories ci-dessus mentionnées cette anomalie singu- lière dès qu'il me serait loisible de la soumettre à un examen suffisant. Il n'en a point été ainsi, et malgré ma franche et sin- cère adhésion au principe qu'elle contredit, je crois devoir entourer cette exception de toutes les lumières que j'ai pu re- cueillir, persuadé que quelque nouvel aperçu pourra la faire plus tard rentrer dans la loi commune, ou bien qu'elle pourra servir à l'établissement de quelque théorie nouvelle plus large et plus positive à-la-fois que celle que j'ai jusqu'à présent préférée. DUGÈs. — OEufs de Céphalopodes. loq On sait que les œufs de la Seiche commune sont un peu plus gros qu'un noyau de cerise, à- peu-près de même forme, mais terminés par une pointe mousse et portés sur un long pédicule. Collés sur des fucus ou entortillés ensemble , ces pédicules réunissent les œufs en une véritable grappe à laquelle on donne communément le nom de raisin de mer(i). Ces œufs sont noirs, mous, de même que leur pédicule ; leur enveloppe extérieure, épaisse de près d'une ligne, a l'aspect et la consis- tance du caoutchouc ramolli; elle est formée d'un très grand nombre de couches faiblement agglutinées, et qui pour plu- sieurs du moins semblent n'être produites que par l'involution d'une seule lame de mucus concret. Cette disposition est remarquable en ce qu'elle rappelle la torsion des chalases dans l'œuf de poule, attribués non sans raison, par Carus, à la rota- tion qu'exécute le vitellus en descendant le long de l'ovidncte au fur et à mesure qu'il s'enveloppe d'albumen. La couche la plus interne est aussi brune, mais coriace quoique mince et se détache assez aisément du reste ; elle couvre immédiate- ment un amas de matière transparente (i), visqueuse, de con- sistance de gelée, et que les faits |^ démontrent être un vrai vitellus. Le manque d'occasion favorable ne nous a pas permis encore de reconnaître si, à une époque très peu avancée, il y a un albumen, si le vitellus est moins volumineux d'a- bord que la cavité de l'œuf qu'il remplissait lors de nos obser- vations. Ce que nos avons dit plus haut doit faire croire qu'ici l'albumen est tout entier concret. Une tunique transpa- rente ou légèrement blanchâtre, mais assez épaisse, peu con- sistante, revêt exactement le vitellus, et c'est dans son épais- seur ou immédiatement sous elle, adhérant fortement à elle, que se développe l'embryon ; c'est donc un vrai blastoderme , comparable à celui de la poule lorsqu'il a envahi ^ dans son réseau vasculaire , la totalité du jaune. L'embryon se présen- tait constamment sous forme d'une couche épaisse, blanche, (i) Nos pûrhfurs donnenl préfnrablenient ce nom aux capsules du fucus. f-i) Dans |p< rrufs les moinii avancés, au centre de celte masse translurid* se voyait un niia^« hUnrhàlie . epaqif, mais informi*. iio DUGès. — Œufs de Céphalopodes. occupant une petite partie de la membrane blastodermique. Pour le bien voir, j'ai fait macérer un jour ou deux les œufs dans l'alcool, afin de donner ainsi au vitelins une demi-coagula- tion qui, sans le rendre entièrement opaque et dur, permet de le détacher par morceaux et même en une seule masse de la membrane susdite qui reste adhérente à l'enveloppe extérieure. Cette enveloppe est d'abord ouverte dans un point de peu d'é- tendue pour permettre de découvrir, à travers la demi-transpa- rence du vitellus , la région où siège l'embryon , afin de la con- server intacte en enlevant l'hémisphère opposé. Dans le fond de la calotte conservée, on peut, en opérant sous l'eau, obte- nir un embryon d'un blanc mat et [d'une régularité parfaite ; mais cette régularité est souvent altérée , sans doute par un commencement de dessiccation et de déformation qu'ont subi les oeufs rejetés sur le sable. Tout le contour de celui dont nous donnons la figure était bordé d'une auréole nuageuse qui pou- vait être prise pour un amnios comparable à celui des insectes, et se moulant de même à toutes les saillies du fœtus. Cet em- bryon lui-même ( pi. 5, fig. i ) nous montre à-peu-près tous les élémens de sa composition future, mais étalée, comme déployée en membrane. Les parties antérieures ou céphaliques se mon- trent aussi beaucoup plus développées que les postérieures. De ce dernier côté,on voit un repli transversal, commencement du manteau ou du sac (a) destiné plus tard à cacher les branchies, à recevoir tout l'abdomen. Ces branchies {b), au lieu d'être redressées et cachées comme chez l'adulte, se montrent pen- dantes , écartées et libres. A droite et à gauche , et plus en avant, se montre une large expansion en forme d'aile (c) qui s'étend jusqu'à la naissance des bi-as , dont une échancrure la sépare. C'est une dès moitiés de l'entonnoir futur destinées à se rap- procher et à se souder quand l'embryon prendra plus d'épais- seur. Enfin, tout-à-fait en avant, est une demi-courorine formée par les dix bras {f) encore fort courts, mais dont les deux plus longs (e) sont déjà distincts des autres, située plus en de- hors et toujours recourbée en crosse. Les autres bras sont di- vergens, larges et parfois masqués l'un par l'autre. Assez sou- vent , entre le long bras et l'aile du futur entonnoir, se montre DUGÈs. — OEufs de Céphalopodes. 1 1 i un corps rond (d) ; c'est l'œil que souvent cache l'insertion des bras; car l'embryon est toujours vu, dans notre procédé , par la face inférieure ; je n'ai même jamais bien aperçu ainsi que l'oeil droit, et j'aurais pu douter de la nature de cette produc- tion , si, en l'enlevant et la retournant avec soin, je n'y avais reconnu une perforation centrale entourée d'une zone, blan- châtre, il est vrai , comme le reste. Voici maintenant le point le plus intéressant de nos observa- tions. La partie antérieure, que couronnent les bras, offre un large enfoncement , un grand trou arrondi , bordé , du côté du ventre , par une sorte de bourrelet auquel font évidemment suite les deux longs bras. Dans cette vaste ouverture s'enfonce un prolongement du vitellus qui pénètre jusque dans l'abdomen. A travers la demi-transparence des parois de cette cavité, on en aperçoit la masse représentant les estomacs à venir, et un point plus aminci paraît indiquer la prochaine formation de l'anus (i). Le bourrelet qui circonscrit la grande ouverture om- bilicale est opaque ; mais, du côté ventral, il offre une sorte de suture pelhicide, triangulaire, indice probable de la soudure des parties latérales , naguère séparées. Du côté dorsal de cette grande ouverture , on voit un corps piriforme , pédicule , tantôt occupant la ligne médiane, tantôt incliné vers un des côtés; il est facile d'y reconnaître la masse buccale repoussée du côté dorsal par le vitellus qui pénètre dans le corps de l'embryon. Il est donc bien évident que cette pénétration |a lieu parallèle- ment à l'œsophage (fig. 3 et 4)» singularité qui ne se retrouve dans aucun autre fœtus connu , et dont nous chercherons plus loin l'explication. Ici se voient distinctement des choses qui sont plus douteuses chez des individus plus âgés, tels que ceux qu'on trouve figurés dans l'auatomie comparée de Carus. Mais on observe chez ceux-ci quelques particularités différentes (fig. 2 et '-i). La demi-couronne des bras s'est transformée en cou- ronne complète, les deux plus externes des bras courts s'étant (0 J'Hi'vu^aussi , une fois ,'des apparences de deux fentes transversales aux parois de l'ab- domt-n, pruélraul dans son intérieur comme cLei l'adulte, vers son tiers postérieur, mais je n affirmrriiis pa< qu'il n'y eilt pas en là quelque déchirure. 112 DUGÈs. — Œufs de Céphalopodes. rapprochés , et leurs bases s'étant soudées du côté ventral du foetus ; l'insertion des deux bras longs se trouve ainsi cachée plus intérieurement , et le prolongement du vitellus est plus in- térieurement caché encore et plus étranglé d'ailleurs dans la couronne susdite ; on le voit s'enfoncer au centre de cette cou- ronne , côtoyant encore le côté inférieur ou ventral de l'œso- phage que surmonte la masse buccale. Déjà on peut reconnaître, dans cette masse, le bec corné, en s'aidant d'une aiguille pour écarter les chairs et d'une loupe pour grossir les objets. L'œso- phage est encore plus mince que le canal ou pédicule vitellin , et ils sont distincts et séparés l'un de l'autre jusque dans l'ab- domen. Si l'on extrait de cette cavité la masse vitelline concrétée par l'alcool , on la trouve bilobée , et l'on y remarque deux pe- tits becs, dont l'un sans doute répond au pédicule et l'autre à l'œsophage ; sa division commençante indique le partage futur de la cavité gastrique en plusieurs compartimens. A cette épo- que, l'entonnoir est formé , complet; le sac ou manteau , sans être aussi grand que chez l'adulte, remonte au moins jusqu'à la base de l'entonnoir et couvre la paroi abdominale. A travers son épaisseur apparaît, au milieu du ventre, une tache noire formée par la bourse à l'encre. Ce manteau est tiqueté de points colorés , tels qu'on les observe , plus grands et plus abondans , chez l'adulte. Les yeux, gros et bien formés , assez écartés en- core, de manière à donner beaucoup de largeur à la tête, ont leur pigment bien distinct. Déjà la coquille est formée de plu- sieurs couches calcaires, et se trouve enfermée dans la portion dorsale du manteau. Tels sont les faits que j'ai observés , et j'ai pu, en partie , ré- péter ces observations sur l'œuf de la Sépiole. Je crois du moins pouvoir attribuer à ce petit Céphalopode des œufs d'un blanc sale , de la grosseur d'un grain de chenevis, que j'ai trouvés at- tachés aussi par un pédicule au même fucus que ceux de la Seiche. Après avoir enlevé leur peau coriace et translucide , j'ai obtenu un vitellus hyalin, sphérique, et enveloppé d'une mem- brane sous laquelle siégeait l'embryon , ici beaucoup plus grand proportionnellement que dans l'œuf de la Seiche , niais étalé de la même manière et conformé à-peu-près de même ; DUGÈs. — OEufs de Céphalopodes. ^ \ 3 seulement ses deux gros yeux se montraient déjà colorés en noir ; j'avais pu même le reconnaître à travers l'enveloppe exté- rieure , qu'on peut , mieux encore ici que dans les œufs précé- demment décrits, appeler un albumen concret. THEORIE. Il résulte des faits précédens et de ceux qu'ils présupposent , que les premiers rudimens de l'embryon des Mollusques cépha- lopodes sont étalés à la surface du vitellus,et que la formation par élémens binaires y est des plus marquées que l'on puisse imaginer ; que le cerveau est pourtant la première partie cen- tralisée, et que le dos, qui lui fait suite , montre également de bonne heure la tendance à la même centralisation ; que, bientôt après , toute la périphérie de cette plaque embryonnaire se re- ploie vers le vitellus, et ce, graduellement d'arrière en avant en même temps que d'un côté à l'autre. De là vient que , à mesure qu'il se perfectionne , l'embryon semble se soulever et basculer sur le vitellus , de manière à n'y plus appuyer que par ce qu'on nomme sa téle( fig. 2). D'avant en arrière a lieu la formation du manteau; d'urj côté à l'autre , celle des j)arois abdominales et des ganglions sous-œsophagiens, qui cintrent et étreignent bientôt l'étranglement du vitellus dont une portion, renfermée dans le ventre, forme le canal ii»testinal (fig. 3 et 4 )• C'est d'un côté à l'autre aussi que se réunissent, presque en même temps que les ganglions susdits, les bases des deux longs bras plus centraux que Us autrtis chez l'adulte. Plus tard se portent aussi en dessous et se soudent sur la ligne médiane les bases des deux bras courts les plus inférieurs, et qui étaient d'abord les plus externes. En même temps , se rapprochent et se soudetit les deux moitiés de l'entonnoir : on a la preuve de ce mode de formation dans celui du Nautile, qui, selon Owen,aGelte partie compensée de deux lames latérales superposées sans continuité. Enfin le pédicule vitelliii , serré dans le collier œsophagien, s'o- blitere,et c'est le reste de sou prolongement \ers rcslomac qui forme sans doute, chez le Poulpe adulte, ce jabot en forme vin. 7.001.. — Aiiùi. S ii4 DiTcfe?. — OEuf S de Céphalopodes. tie cul-de-sac, si remarquable dans les figures «lonnées par Cuvier. Tl s'ensuivrait de laque, pour comparer les rapports de l'em- bryon au vitelluschezce mollusque avec ceuxqu'ils ont ensemble chez les autres animaux, c'est avant la coalescence des gan- glions sous-œsophagiens qu'il faut les considérer; on se repré- sentera alors aisément les rudimens du système nerveux étalés autour du cerveau et comme à cheval sur le vitellus. Aucune partie de ce vitellus n'est alors étranglée par le corps de l'em- bryon , ni par son système nerveux ; ils sont simplement op- posés surface à surface. Plus tard il se forme xin ombilic dans un point tout différent de ce qu'on observe chez les vertébrés et le plus grand nombre des invertébrés; le pédicule du vitellus traverse le collier œsophagien parallèlement à l'œsophage; par- ticularité exclusive à nos Céphalopodes, et qui ne permet pas d'expliquer chez eux , comme chez les Insectes ou les Crusta- cés , etc., la formation de ce collier œsophagien. Voici, en conséquence, la triple marche que nous paraissent suivre, dans leurs rapports mutuels, durant Tépigénèse, le sys- tème nerveux et l'appareil digestif : r chez les Céphalopodes , le cerveau et le dos sont coalescens de bonne heure (fig. 5); ce sont donc les ganglions postérieurs qui se rapprocheront et se réuniront ensuite, en circonscrivant , dans un anneau, une portion du vitellus dont le pédicule sera conséquemment au- devant d'eux; a" chez les animaux articulés, au contraire, les ganglions postérieursétant plus promptement coalescens, comm e le prouve leur soudure plus complète , c'est le cerveau dont les deux lobes , d'abord séparés (fig. 6) , étrangleront en se réu- nissant , une petite portion du vitellus dont le pélicule sera placé derrière eux. Dans le premier cas, la portion étranglée constituera la totalité du tube digestif; dans le deuxième elle formera seulement la masse buccale; 3° enfin, chez les vertébrés (fig. 7), la coalescence des centres nerveux est si entière et si hâtive qu'ils ne peuvent être traversés par aucune portion du vitellus qui forme au-dessous d'eux l'appareil digestif et y reste uni plus ou moins long-temps comme appendice. La divarication des centres nerveux chez les Céphalopodes DUGÈs. — Œufs de Céphalopodes. 1 1 6 nous explique, jusqu'à un certain point encore, la conforma- tion hétéroclite de ces animaux ; elle nous aide du moins à con- cevoir pourquoi tous leurs membres sont ramassés à la tête; c'est qu'il n'y a point , chez eux , de thorax distinct , puisque leurs ganglions thoraciques sont ramenés sous la bouche : ce ne sont donc point des tentacules , mais de vrais membres qu'il faut voir dans ces bras dont la couronne répond au pied des Gastéropodes. Les deux plus longs seulement, ceux qui sont en forme de massue sont peut-être les analogues des palpes pédi- formes des Arachnides et «ainsi dépendans de la bouche ou de ce qui représente l'appareil hyoïdien des vertébrés. Mais ce sont là des considérations tout-à-fait secondaires auprès de celles qui nous ont surtout occupés ici, et qui louchent aiix plus hautes questions de la philosophie zoologique, celle en particulier de l'unité de plan dans le règne animal. Nous croyons , sous ce rap- port, avoir «lémontré du moins que l'on peut rallier à une ori- gine commune et rapporter à de simples modifications dans les dispositions primitives, ces formes si contrastantes, si étran- gères les unes aux autres au premier aspect , quand on les exa- mine loin de leur source. Il en est ici comme de la différence du sexe, si grande chez l'adulte, si minime chez l'embryon. 11 est du moins bien positif que la disposition particulière auxSeiches n'in- firme en rien l'identité qui nous paraît bien établie entre la face dorsale des autres invertébrés et la ventrale des mammifères qui, l'une et l'autre, peuvent recevoir le nom de face ombilicale, dénomination qui ne cesse de leur convenir, à l'une comme à l'autre, que chez les Mollusques céphalopodes. EXPLICATION DES FIGURES DE Là PLANCHE 5. Fig. I. Morceau delà coque d'uo œuf de Seiche avec l'embryoD vu par sa face iateroe; le tout considérahlemeiit grossi ; a inauleau; h branchies; c plaque destinée à former l'eu- tonnoir ; d u'il; e longs bras lentaculaires ; /bras courts; g grande ouverture om|)ilicale dam laquelle ou voit la uiasse biiccule ri'poussée en arrière et de coté. Fig. a. Vitellus et foetus de Seiche paraissant un peu racorni par l'actiou de l'alcool , vu de profil et grossi huit fois en diamètre. Fig. 3. Coupe du même pour montrer les rapports du vitellus avec les orgatics digi'âlifs de l'embryoD et avec les ganglions nerveux; a cerveau; /■ ganglion thuracique ; c massir bticrale S. I iG VAN DER HOEVEN. — Dimensions de la tête osseuse. suivie de l'œsophage; d anus ; e partie de la masse vitelline qui doit former les estomacs, sur- moulée de son canal vitellin; /"vilelhis. Fif;. 4. Coupe d'uu vitellus bien moins avancé. Le canal vitellin est un simple éirangle- ment, la masse biiccale existe, mais non l'anus; le ganglion iLoracique est encore en arrière. L'embryon est censé un peu moins développé, même que dans la fig. i. Fig. 5. Représentation idéale des centres nerveu.'s des Céphalopodes dans les premiers temps de la formation embryonnaire; les deux moitiés du ganglion thoracique sont fort écar- tées comme les ganglions abdominaux qui restent toujours ainsi même chez l'adulte. On conçoit que le prolongement du vitellus Hntestin futur) doit aisément passer entre ces organes derrière le cerveau. Un trait ponctué ludique comment les ganglions ihoraciques se réuniront en étran- glant ce prolongement vitellin en forme de hernie. Fig. 6. Même sche na pour les Insectes. Ici c'est le cerveau dont les deux moitiés permet- tent au vitellus de faire hernie pour l'étrangler plus tard en formant le pharynx et la masse buccale. Le reste du viteilus deviendra l'intestin et l'estomac. Fig. 7. Sclicma àe& Vertébrés, pour montrer qu'il ne peut y avoir de passage on hernie d'une portion du vitellus à travers leurs centres nerveux. Essai suî^ les dimensions de la tête osseuse , considérées dans leur rapport avec l'histoire naturelle du genre humain. Par J. Van der Hoeven , D. M., Professeur ordinaire à la Faculté des Sciences de TUniversilé de Leyde. Parmi les traits de conformation physique dont on se sert pour distinguer les races humaines , ceux qui ont rapport au crâne ont été étudiés de préférence. On conçoit aisément que d'une part la boîte osseuse peut nous donner une idée générale de la forme et du volume du cerveau, tandis que la charpente osseuse de la face nous apprend de même à connaître plusieurs particularités distinctives de la figure. Aussi depuis tjn'on s'est occupé de cette partie intéressante de l'histoire natiu'elie, on a eu soin de rassembler des crânes de différentes nations, et il n'existe à présent presque point de colleclion anatomique de quelqtie étendue qui n'en contienne un nombre plus ou moins considé- rable. I.ies figures que M. Blu-menbach a publiées de plusieurs crânes de sa collection se trouvent dans toutes les bibliolhèqties VAN DER HOEVEN. — DI/iiensioTis de la tête osseuse, i i y (lanatom'e et d'histoire naturelle, et ont surtout contribué à ré- pandre le goût pour ce genre de recherches. M'étant voué depuis quelque temps à rassembler des maté- riaux pour servir à une histoire de l'homme, j'ai été frappé de ce que nous ne possédons] usqu'ici que des notes éparses et incom- plètes sur les dimensions du crâne. On en sentira néanmoins le besoin pour la science , dès qu'on voudra se servir de ces mots àe grand Gl pe^/^ , qui n'ont de sens précis que lorsqu'on pos- sède un terme de comparaison. Ainsi , par exemple , l'illustre SoEMMERRiNG a avaucé , que le grand |trou occipital chez les Nègres est plus grand que chez les Européens, et les compila- teurs n'ont point hésité à copier cette observation. Mais avant de décider sur la vérité de cette remarque, il me faut savoir , quelle est la dimension ordinaire de ce trou , chez les crânes d'Européens. On a avancé que le crâne de Nègres est comprimé et plus étroit, mais quelle est la mesure ordinaire de la largeur du crâne chez cette race et en combien diffère-t-elle de la lar- geur moyenne d'un crâne européen? On sentira la nécessité de mesures comparatives et répétées , pour peu qu'on réfléchisse sur les étonnantes variétés indivi- duelles que l'observation nous fait connaître chez un seul et même peuple. Nous devons, par conséquent, recueillir plusieurs observations , les comparer et nous efforcer d'en déduire un terme moyen , qui peut servir pour point de départ. Voilà ce que j'ai taché d'entreprendre. Mes résultats, pour n'être point brillans, ne seront pas,j'espère, tout-à-fait perdus pour la science, et quoiqu'il me manque encore bien des données, je me flatte qu'on voudra bien me permettre de donner quelques extraits des notes que j'ai [)réparés. § I. Crânes européens. Parmi les mesures de plus décent crânesdi vers, je choisirai main- tenant vingt crânes européens, provenant de diverses nations(i). (i) Savoir, un crâne Jonglais, iiii cl'Krossiiis, lin J'Ii'Iundais, riiiq ilu RiiN^cs , iiii ilc l'o- loiiais , un d'un Miciiiand delaSa\i', qnalrr dllaiiovriins, «m d'Halitii , i iii. 53, t.I,fig.l\,J. uuMOKTiER. — Embryogénie des Mollusques. iSy Une notable métamorphose s'est déclarée dans le globule embryonnaire qui a pris une forme totalement différente de celle qu'il offrait hier. Sa périphérie s'^^st divisée en cinq lobes peu profonds ; le centre du globule est plus diaphane que sa péri- phérie; le hile est situé entre deux lobes; rarement il cSt ex- terne. Dans cet état l'embryon paraîtrait devoir donner nais- sance à un êtreradiaire et nullement à un animal pair. Ainsi, avant que d'adopter la distribution binaire qu'il affectera plus tard, l'embryon passe par la division radiaire qui caractérise les animaux inférieurs ; de sorte qu'il est radiaire avant que d'être mollusque. Il est digne de remarque que l'état actuel de l'embryon des Limnées correspond à l'état de l'œuf des grenouilles , trois heures après la fécondation , et qui se trouve représenté par MM. Prévost et Dumas, pi, 6, fig. G , de leur 2™ Mémoire in- séré dans le second volume des Annales des sciences naturelles. 4- Jour. - (fig. 4) TempIirature. — 9 h. du matin . -f- 8,0 cenlic;. — midi -H 9,4. — 9 b. du soir . . + 5,8» Les lobes si leraarquables que l'on observait hier à la péri- phérie du globule embryonnaire ont disparu , et ce globule présente maintenant à sa surface des facettes irrégulières. On n'aperçoit plus de hile et la partie diaphane centrale est totale- ment évanouie. Dans cet état, le globule embryonnaire delà Limnée représente celui de la Grenouille sept heures après la fécondation, (i) (i) Dans la comparaisou de révolution de l'embryon des Batraciens, j'ai admis les époque» décrites par MM. Prévost et Dumas. Toutefois, je dois déclarer qu'il en est des œufs des Ba- traciens comme des œufs des Mollusques, relativement à l'influence de la température sur leur développement. J'ai souvent observé sur les œufs de Grenouille des différences énormes en raison de la température plus ou raoius chaude. !38 DUMORTiKR. — • Embryogénie des Mollusques. 5* Jour. — (t'a 5.) Température. — g h. du matin • + 4,3 ceutig. — midi -4- 6,3. — g h. du soir. . -f- 3,5. Le globule embryonnaire n'a fait depuis hier aucun progrès; il présente la même forme générale et sa périphérie offre encore des facettes. Toutefois on aperçoit au milieu, une zone trans- versale plus claire et plus transparente que le reste de la surface. L'état stationnaire du globule embryonnaire pendant ce jour et les deux suivans, offre une grande analogie avec ce qui ôe passe dans l'oeuf de la Grenouille. L'embryon de cette dernière après s'être porté vers la formation radiaire avec une remarqua- ble rapidité, quitte cette disposition et paraît rester stationnaire pendant un temps plus considérable que celui qu'il avait mis à la parcourir, jusqu'à ce que la cicatrice s'opère à sa surface, pour amener une phase totalement nouvelle. C'est l'analogue de ce qui a lieu chez les Mollusques. 6* Jour.— (fig. 6,6".) Tempéfature. — g h. du matin . + 3,g ccntig. — midi +5,2. — g h. du soir . . + 1,7. IjCs facettes qui caractérisaient le globule embryonnaire pen- dant les deux jours précédens ont disparu ainsi que la zone transversale. Sa phériphérie s'est arrondie et elle est légèrement échancrée au sommet; à côté de cette échancrure, la partie plus claire s'est réunie en un large point diaphane. Dans un autre œuf de même époque (fig. 6°) , je remarque que le pourtour du globule embryonnaire présente encore de légères facettes , mais ces facettes sont irrégulières et plus petites que le jour précédent. DUMORTiER. — Embrjogénîe des Mollusques. iSq 7'Jour.— (fig. 7» 7% 7'' 7'-) Température. — g li. du matin . + ^>o centig. — midi. ... -^g,5. — soir +6,2 Le globule embryonnaire, après avoir pendant plusieurs jours affecté la formation radiaire, acquiert une tendance vers la for- mation paire; il devient ovale et l'on remarque que la partie diaphane est placée sur le côté, et que même quelquefois elle forme une proéminence remarquable (fig. n). Au reste on n'observe aucune trace de tissu ni de cellules dans son in- térieur, qui paraît toujours homogène, seulement on y remar- que quelques striatures (fig. 7', 7') qui semblent annoncer la prochaine formation du tissu cellulaire. Le même jour, dans la soirée j'ai vu d'autres globules em- bryonnaires affecter une forme presque arrondie, mais leur périphérie se figurait encore en facettes obscures ; l'une de ces facettes était beaucoup plus claire et presque diaphane (fig. 7° et 7' ). L'état diaphane d'une partie de la périphérie et la ten- dance vers la formation paire annoncent la grande révolution que le jour suivant doit présenter. !!• Puy^SB.— MOTILITÉ. {Embryon). 8'Jour. — (fig8,8% 8'). Température — 9 li. du matin . + 9,5. centig. — midi .... H- I 3,7. — 9 b. du soir -|- 12,2. Ce jour présente un grand événement dans l'existence du glo- bule embryonnaire. Ce%lobule, jusqu'ici inerte, devient doué de motilité, indice certain que la vie s'y est développée; dès-lors le globule embryonnaire doit être considéré comme un vérita- ble embryon. Toulefois la motilité se borne à un mouvement de rotation i4o DUMORTiER. — Embryogénie des Mollusques. de l'embryon sur lui-même, sans que jusqu'ici il piiisse se trans- porter d'un lieu à un autre. Le mouvement de rotation est lent et l'embryon met environ une minute pour l'effectuer. Dans le Limneus stagnalis^ indépendamment du mouvement de rotation sur lui-même , l'embryon décrit encore une ellipse au pourtour de l'œuf, à la manière des astres célestes ; ce dernier mouve- ment est beaucoup moins évident dans le Llmneus vulgaris. L'embryon ne laisse entrevoir aucune trace d'organisation. En employant divers réactifs, on n'aperçoit aucun tissu cellu- laire, mais seulement un feutré général. L'embryon paraît réni- forme et légèrement comprimé par les côtés; la partie opposée à l'échancrure est plus claire et plus diaphane que le reste. Tandis que j'observais l'embryon de cette époque, j'eus occa- sion de reconnaître un phénomène remarquable. De l'échan- crure qu'il présente, je vis tout-à-coup sortir une gouttelette de liquide (fig. S"") qui s'étendit bientôt dans l'albumen comme une goiitte de lait qui tombe dans l'eau. Il est clair qu'il se pra- tiquait à celte partie de l'embryon une fissure qui rejetait un liquide d'une densité différente de l'albumen, ce qui prouve que pendant les jours précédens une assimilation avait déjà eu lieu dans la matière formant le globule embryonnaire. Ce phénomène concorde avec la foi mation de la cicatrice de l'embryon des Batraciens et des Mammifères décrite et figurée par MM. Prévost et Dumas dans les Annales des sciences naturelles tome II, pi. 6, fig. R,S, T,U^ V et tome III , pi. 5, fig. 4, C, 5 D" et pi. 6, fig. A', B', C. Il est curieux de noter la con- cordance de l'apparition de cet important phénomène chez différens animaux. La présence de la cicatrice que nous avons reconnue apparaître le 8' jour dans la Limnée, se fait remar- quer douze jours après l'accouplement sur les ovules du chien et seulement dix-huit heures après la fécondation dans les œufs des Batraciens. J'ai encore observé la cicatrice dans les Exosque- leltés, et spécialement dans les œufs delà Forficule; mais comme ces œufs pondus avant l'hiver ne se développent qu'au prin- temps, il est impossible de préciser l'époque de son apparition. L'important est de remarquer que la cicatrice s'opère sur les embryons des trois classes d'animaux. DUMORTiER. — Embryogénie des Mollusques. i/ji Après que l'embryon eut rejeté la gouttelette de liquide dont j'ai parlé plus haut, il prit sur-le-champ diverses formes différen- tes; d'où résulte la preuve que déjà il possède la faculté de se contracter, et qu'ainsi, l'enveloppe générale existe déjà. Ici se présente une question du plus haut intérêt pour la phy- siologie animale. L'embryon suspendu dans le liquide se meut sur lui-même sans qu'on puisse lui reconnaître aucun organe externe, aucun levier qui opère ce mouvement, et pourtant il se ment. C'est là un des phénomènes les plus curieux que nous offre l'étude de la nature. Ce mouvement de rotation , mouve- ment purement automatique , ne peut être expliqué par aucune des lois qui président aux mouvemens des corps organisés ; mais il est complètement analogue aux mouvemens que décri- vent les astres et surtout certaines nébuleuses. Ainsi l'embryon des mollusques aquatiques destiné à former plus tard un pe- tit mond« , est régi par les mêmes lois que ces masses énormes, encore embryonnaires, et destinées à former plus tard des mondes nouveaux. 9™ Jour. — (fig. 9, 9% 9') Température — g h. du matin . -}- i4,7 centig. — midi -f- 17,3. — g h. du soir. . -l-i2,4. La fissure qui s'est formée hier à la périphérie de l'embryon est aujourd'hui devenue uuecicatrice très distincte; ses deuxlèvres sont distantes et son ouverture est béante; elle commence à l'en- droit le plus échancré et se poursuit sur le dos (fig. 9*). Cette cicatrice paraît aplatie et couverte d'une gelée transparente. Vu de côté, l'embryon est légèrement comprimé, et la partie où se trouve la cicatrice est relevée en crête (fig. 9"). Pendant que j'observais, j'ai eu occasion de voir un embryon lancer par la cicatrice un jet de liquide semblable à la gouttelette que j'avais observée la %eille, mais aujourd'hqi le jelse faisait avec plus de force et de continuité. Ces jets établissent des ouvertures qui deviennent ensuite l'issue des divers organes. L'embryon continue à tourner sur lui-même, et chaque tour ï^i DUMORTiER. — Embryogénie des Mollusques. exige environ 45 secondes; mais il ne tourne pas toujours dans le même sens , car après avoir fait trois quarts de tour environ , il change déposition, sans toutefois changer de direction, mais continue à tourner obliquement à-peu-près comme dans la fig. 8\ Vers la fin du jour, on commence à voir obscurément le tissa cellulaire qui tend à se former dans son intérieur: cet état est représenté fig. 9^ L'état de Tembryon de la Limnée pendant ce jour correspond à l'état de l'œuf de la Grenouille vers la soixantième heure, tel que l'ont représenté MM. Prévost et Dumas dans leur beau Mé- moire pi. 6, fig. VetX, t. II des annales des sciences naturelles. Je ne partage pas l'opinion de MM. Prévost et Dumas lors- qu'ils assurent [ annales des sciences naturelles , t III, p. iSs) que la ligne primitive formant la cicatrice de l'embryon doit être considérée comme le rudiment du système nerveux. Une analo- gie d'aspect avec le système cérébro-spinal des Mammifères a été cause de leur erreur , et leur a fait aussi supposer la priorité du système nerveux; mais cette analogie cesse d'exister dans les Mollusques, qui cependant offrent la même disposition em- bryonnaire. En suivant les progrès de la cicatrice, nous verrons qu'elle n'est nullement le rudiment du système nerveux, mais bien l'ouverture d'issue des parties antérieures de l'animai. lo""* Jour.— (fig. io°). Température — 9 h. du matin . + i6,3. centig. — midi + 20,5. — 9 h. du soir . . + i5,4. L'embryon devient doué de locomolilité. Il continue à tour- ner lentement sur son axe, en mettant environ 4o secondes à chaque rotation, mais en même temps il voyage dans l'albumine et se transporte aux diverses parties de l'œuf. Quelquefois, mais très rarement , il voyage directement et sans tourner sur son axe. Ses mouvemens n'ont rien de régulier. La cicatrice s'est agrandie à la surface de l'embryon, et déjà, DUMORTiER. — Embryogénie des Mollusques. i43 dans la substance de celui-ci , on commence à voir distincte- ment le tissu cellulaire. La région de la cicatrice est toujours relevée en crête. Le tissu cellulaire dont on commençait hier à apercevoir ob- scurément les premières traces, est aujourd'hui tout formé et parfaitement visible au centre de l'embryon; il ne se compose encore que d'un petit nombre de cellules agglomérées et qui plus tard formeront le foie de l'animal. Ainsi , les organes sé- créteurs sont les premiers à apparaître , et ils précédent tous les organes de la vie animale. C'est là un point très important et qui se trouvera bien constaté par la suite de nos observa- tions, que le premier indice d'organisation de l'embryon des Mollusques, se fait apercevoir dans le foie. ii'"^ Jour, — ( fig. ii, i i", ii''). Température. — g h. du matin . + 17,0 centig. — midi ■+ i4,3. — 9 dn soir . . . + 1 1,7. L'embryon a aujourd'hui acquis en grandeur les deux neu- vièmes de la longueur de l'œuf et environ un tiers de sa lar- geur (fig. 1 1 ). Le tissu cellulaire est de plus en plus visible et aggloméré à la partie centrale de l'embryon. La crête formée par la cica- tricule a totalement disparu. L'embryon est de forme globu- leuse; il continue à se mouvoir comme le jour précédent; les lèvres de la cicatrice se sont sensiblement écartées (fig. 1 1'). Voulant connaître si le test commence à se former, j'ai versé quelques gouttes d'acide citrique sur le porte-objet. Un instant après , l'embryon s'est mu avec plus de rapidité, ce qui m'a fait connaître que l'acide était parvenu jusqu'à lui, mais bientôt le mouvement se ralentit et finit enfin toiit-à-fait par la cessation de la vie. Dans celte expérience, je n'ai pu apercevoir aucune effervescence vers l'embryon, ce qui me fait présumer qu'il n'y existe à cette époque aucune trace de test calcaire. Après sa mort , l'embryon paraissait à peine contracté et j'en ai conclu qu'il no sr composait encore que de mucus, e{ que le tissu cellu- i44 DUMORTiER. — Embryogénie des Mollusques. laire n'avait pas encore acquis la solidité qui le rend contractible au contact des acides. 1 2"^ Jour. — (fig. 12, ta", 12'). Température. — 9 h. du matin . -f- i3,o centig. — midi +11,4. — 9 h. du soir. . -J- 8,5. L'embryon continue son mouvement automatique et sa forme est toujours globuleuse , ses cellules paraissent de plus en plus manifestes , parce que son tissu général devient presque dia- phane, ce qui laisse facilement entrevoir les cellules. Celles-ci se pressent l'une contre l'autre sans qu'on puisse voir si leurs parois sont simples ou doubles. La cicatrice s'est de plus en plus ouverte et sa largeur est égale à sa longueur (fig. 12°), sa surface est couverte de gelée diaphane , elle a pris la forme d'un arc et chacune de ses extrémités est marquée d\m point plus foncé. Dans ses mouvemens l'embryon change à chaque instant de forme , ce qui montre qu'il n'a pas encore de co- quille. En effet , une injection diacide citrique ne produit pas d'ef- fervescence, mais tue l'embryon en peu d'instans. Alors celui- ci montre une large ouverture couverte de gelée diaphane , et bientôt il se contracte sensiblement; enfin il s'obscurcit et ne laisse plus voir de cellules (fig. 1 2'). Il est donc certain que le tissa cellulaire a acquis depuis hier un grand degré de solidifi- cation puisqu'il est susceptible de se contracter par l'effet des acides , ce qui n'avait pas lieu jusqu'ici. iS"" Jour. — (fig. i3, i3% i3', i3'). Température. — 9 h. du matin . -f-8,a centig. — midi +9>8. — gdusbir. . . -|-5,8. I/ouverture qui formait d'abord une simple cicatrice et qui depuis lors s'était de plus entr'ouverte de manière à présenter DUMORTiEU. — Embryogénie des Mollusques. il\5 hier deux dimensions presque égales, s'est accrue notablement aujourd'liiii, de sorte que les lobules qu'elle présente (fig. i3% ce) forment maintenant le sens de sa largeur, taudis que les grands lobes (fig. 1 3% «, b), qui étaient les lèvres de la cica- trice, forment actuellement sa longueur, et déjà cette longueur est plus grande que la distance qui sépare les deux lobules. Dans le mouvement de l'embryon, l'un de ces points collatéraux (fig. i3', a) marche toujours en avant, l'autre (fig. i3% ^) est toujours en arrière. Plus tard nous verrons la partie actuelle- ment postérieure devenir la tête ;les yeuxy apparaîtront et alors le mouvement gyratoire cessera tout-à-fait. Vu décote (fig, iS" et iV) l'embryoîi est ovale et la partie ouverte présente toujours l'aspect d'une masse gélatineuse. A travers les cellules on aperçoit des striatures obscures qui, à leur tour, donneront naissance à des cellules nouvelles. Au reste, la couleur générale de l'embryon est plus claire et plus diaphane. Celui-ci en tournant , prend quelquefois une forme aplatie (fig. 13'), les cellules se concentrent en ime bande longitudinale. C'est le foie qui se forme et qui est ainsi le premier organe interne. Il est bien digne de remarque que l'embryon, après avoirpré- senté pendant quelques jours , une fissure longitudinale , qui indiquait la formation longitudinale est encore aujourd'hui re- venu à la formation régulière et radiaire cruciforme. Il semble qu'avant de prendre l'élongation qui formera le mollusque, il passe par celle des Médusairesdont la partie dor- sale est bombée, et la partie ventrale concave et ouverte. A ce sujet, je dois faire remarquer que le position de l'embryon des mollusques est telle, qu'il présente souvent la partie dorsale en dessous et la partie ventrale par dessus. C'est dans cet état que le représentent nos dessins, jusques et y compris le 21"^ jour. I4"" Jour. ~(P1. 3 A, fig. 14, i4% i4\ if\% \l\', et pi. 4, fig. ,4')- Température. — 9 h. du matin . -^ 6,0 centig. — midi -f- 9,0. — y L. du soir . -{- 5,7. VIII. Zooi.. — Sri>Uniliie. lo i46 DUMORTiEB. — Embryogénie des Mollusques. L'embryon aujourd'hui ]>résente deux faces bien distinctes, l'une convexe et hémisphérique qui offre une organisation in- contestable , l'autre presque aplatie, et recouverte de gélatine. La première s'est formée de la périphérie du globule embryon- naire , l'autre , delà cicatricule qui s'y était présentée dès le 9^ jour. Plus tard l;i partie convexe deviendra le manteau, tan- dis qiiela partie gélatineuse formera tout le reste de l'enveloppe de l'animal , et dotuiera naissance à la tête et au pied. Déjà on peut voir que l'embryon passe à la formation longitudinale et qu'il commence à affecter la forme des mollusques ( fig. 14'); aux deux côtés de l'ouverture on aperçoit les lobules qui se pro- noncent de plus en plus (fig. i/j et i4% ^^J, et qui disparaî- tront ensuite. Ce sont ces deux lobules qui constituent la tête et la queue dans les animaux vertébrés. Plusieurs fois j'ai re- marqué un endroit plus clair vers le centre de la partie gélati- neuse ; c'est l'origine de l'ouverture respiratoire. Il est présu- raable que dans le principe tonte la surface gélatineuse delà ci- catrice fait les fonctions d'organe de la respiration , car après le rapprochement des deux lobes du manteau , cette surface de- vient la cavité respiratoire. Il n'est donc guère douteux qu'elle remplissait déjà celte fonction pendant la deuxième phase de l'embryogénie. L'embryon tourne toujours avec rapidité, en formant une spire oblique qui représente la spire de la future coquille (fig. i4'')- La partie du manteau qui marche en avant et qui de- viendta l'extrémité de la spire est obtuse (fig. 1 4). tandis que celle qui marche en arrière et qui plus tard recouvrira la tête est échancrée (fig. i4'')- H n'existe encore aucune trace de coquille , mais elle tend à se former , et si l'on observe un embryon de Physe à cette époque, ou voit très distinctement à . son extrémité une dépression mamelonnée qui donne naissance à la coquille. A l'intérieur de l'embryon, les cellules primitives présentent dans leur intérieur des cellules secondaires déjà très distinctes qui se sont formées aux dépens des matières organisables qu'elles contenaient (fig. 1 4' )• Cette formation médiane des cellules secondaires est un phénomène remarquable ; bientôt nous ver- DUAiORTiER. — Embryogénie des Mollusques. 1^7 rons les cellules primilives se rompre pour faire place aux cellules secondaires qu'elles ont engendrées dans leur intérieur, et alors il ne restera plus des premières qu'un réseau qui pa- raîtra vasculaire. Il était curieux de savoir jusqu'à quel point les matières pri- milives composant l'embryon s'étaient transformées en tissus. A cet effet j'ai rompu un oeuf de Limnce et j'y ai injecté une goutte d'acide citrique; à l'instant , toute la partie composant le manteau et le tissu cellulaire s'est contractée, tandis que la masse gélatineuse a conservé ses dimensions (fig. \[\)- Il est donc clair que jusqu'ici cette masse gélatineuse n'a encore aucune organisation réelle , tandis que le manteau et le foie sont com- plètement organisés. 1 5°>« JouK. — (PI. 4, fig. 1 5 , 1 5", 1 5', I b'). Température. — 9 h. du matin . -{- 8,4 centig. — midi -|- 13,4. — g h. du soir . . -+* 8. T/embryon qui s'est chaque jour accru est aujourd'hui à-peu- près de la grandeur du tiers de l'œuf, et a acquis une forme tout-à-fait longitudinale (fig. 1 5). Toute la partie gélatineuse s'est notablement accrue et offre une forte protubérance co- nique vers le côté échancré du manteau (fig. i5,a). Cette protubérance que je nommerai podo-céphaîiq ne est l'origine de la tète et du pied réunis, qui sont pendant quelque temps con- fondus ensemble; elle n'offre encore à présent aucune trace de tissu ni d'organisation. Les deux lobules que l'on remarquait les jours précédens ont disparu et sont fondus dans les bords du manteau. L'embryon se meut continuellement et presque toujours en formant une sjnrecycloïde dontla forme représente celle qu'af- fectera plus tard la coquille. Dans cette évolution, la partie destinée à devenir le pied et la tête (fig. i5, a) fait un tour j)lus grand et excentrique , tandis que la partie destinée à de- venir l'extrémité de la spire (fig. i5 , A) fait un tour plus court et centra!. Chaque tour se fait environ en /|0 secondes. T/extré- i/|8 nuMOKTiKR. — Embryogénie des Mollusques. mité destinée à devenir la tête se lève avec peine, et parvenue au sommet, elle retombe avec vitesse. Le lobe échancré du manteau présente aujourd'hui inie protubérance au centre de l'échancrure (fig. iS*). Les lobules latéraux tendent à «'at- ténuer. Lorsque l'embryon est vu de côté, on reconnaît qu'un grand changement s'est opéré dans son intérieur; la masse de tissu cellulaire a déjà formé le foie; elle s'est divisée en deux grands lobes (fig. r5, vd) séparés par une large fissure, et dont le supé- rieur, vu de côté, offre à l'observateur environ 6 et l'inférieur 10 à 12 grandes cellules primitives, lesquelles sont remplies de petites cellules secondaires. Ces lobes sont distincts à la^base et ont l'aspect d'un cœur bilobé. Le lobe qui est aujourd'hui le plus rapproché du mamelon podo-céphalique (fig. i5, c) sera bientôt refoulé en arrière et deviendra le lobe postérieur, 'tan- dis que l'autre ( fig. i5, d) deviendra le lobe antérieur. La li- gne médiane qui sépare les deux lobes est lrès[forte^et très pro- noncée. Entre l'extrémité des deux lobes du foie, vers^la partie podo-céphalique, on aperçoit un grand espace jatuiâtre^et ar- rondi, qui est la glande sécrétoire de l'oviduclc (fig. i5, e) ou peut-être l'estomac , ce que je n'ai pu déterminer avec cer- titude. En examinant attentivement la partie destinée à'former l'extré- mité du tortillon, et qui maintenant marche en avant (fig. i5, ^), on commence à y apercevoir le premier rudiment^de la coquille qui d'abord a la forme d'une Patelle. Quant au mode qui préside à cette première formation , on voit à l'extrémité de . l'embryon ime dépression dont le centre^ est [comme mame- lonné , c'est là que se forme la coquille qui est d'abord telle- ment mince et petite, qu'elle ne peut être aperçue qu'en y prê- tant la plus grande attention (fig. i O"). Cette dépression est plus évidente dans la Physe, qui à cette époque ne présente pas encore de cellules secondaires. L'embryon de Limnée que nous venons d'observer est par- veim au même point que l'embryon de Grenouille de quatre jours , décrit et figuré par MM. Prévost et Dinnas [Jnn. se. nul., t. II, pi. ^, fig. iij a') L'un et l'autre, après avoir présenté à leur DUMORTiEB. — Embryogénie des Mollusques. i^q surface une cicatrice qui s'est successivement accrue, offrent en cet instant un productusqui en sort et qui est destiné à devenir la tète. Mais il est un fait qui me paraît très remarquable, c'est que la formation de l'embryon de la Grenouille se fait parallèlement à la fissure, tandis ([ue celui de la Limnée, se fait transversa- lement à cette fissure, de telle sorte que chez la Grenouille ^ la tète sort de l'extrémité de la fissure , et le système cérébro-spi- nal se forme dans cette fissure même, tandis que chez la Lim- née, la tête sort d'une des lèvres de la fissure et le système cérébro-spinal ne se forme pas. Aussi le développement des deux embryons qui jusqu'ici avait été semblable, sera-t il doréna- vant entièrement différent. ]6""Jour, — (PL4, fig. j6,i6% i6V)6% 16".) Tb.mpéhatore. — 9 h. du matin . -\r ia,2 centig. — midi 4- i5,9. — soir -|- 10, 9> L'embryon s'est encore beaucoup accru et sa grandeur est de moitié delà longueur de l'œuf. Son mouvement est beaucoup plus rapide, il présente environ trois tours par chaque minute et même davantage si la température est chaude; ce mouve- ment se fait toujours dans le sens de la spire, le crochet en avant. La tournure de la coquille est entièrement arrêtée, elle forme déjà le crochet oblique et gagne sans cesse du terrain sur le manteau (fig. i6% c et 16''). De son côté , la tête se forme de plus en plus et le 16" jour au soir elle apparaît comme tronquée (fig. .6"). A l'intérieur, les deux lobes du foie sont de plus en plus dis- tincts et la fissure intermédiaire qu'on y apercevait hier a fait place à un canal (fig. 16^ et) qui, après s'être dirigé obliquement en arrière (fig. lô', b) traverse en ligne droite la partie ouverte de l'embryon (fig. 16'). C'est le commencement de la formation du canal intestinal qui, plus tard, circule dans la même direction autour du foie. Les cellules secondaires en s'accroissant et en s'élargissant ont fait dis|Kiraîtro presque entièrement les cellules primaires . I 5o DUMORTiER. — Embryogénie des Mollusques. dont les traces figurent nn réseau vasciilaire (fig. jô"). On peut compter environ huit cellules secondaires dans chaque cel- lule primaire , mais ce nombre doit être plus considérable. A l'aide des plus forts grossissemens , on n'aperçoit dans la masse gélatineuse podo-céphalique et qui est destinée à former le pied et la tète, aucune trace de cellules , mais seulement une myriade de points , situés principalement au voisinage de la sur- face externe, lesquels en s'accroissant incessamment à l'inté- rieur, présentent bientôt l'aspect d'un feutré entrelacé de cana- licules qui partent d'une zone peu éloignée de la face externe et descendent vers le centre, de façon à présenter une infiltra- tion centripète de canalicules (fig. i6'). Cette partie , destinée à ftjrmer le pied et la lête, offre de temps à autre des mouvemens vibratoires semblables à ime espèce de fr'émissement. On voit par ce qui précède que la formation du système dermo-musculaire est bien différente de celle du système clan- dnleux, puisque celui-ci est cellulaire et s'augmente par des productions médianes, tandis que celui-là est canaliculaire et s'augmente par des infiltrations centripètes. Stiebel a eu tort de dire qu'il existe des cellules dans la formation de la tête ; il est évident que cet organe en est entièrement dépourvu. IIP Phase. — SENTIMENT. ( Fœtus ). •7" jour. — (PI. 4, fig. 17,-17/.) Température. — 9 h. (iu matin . -f" J*j2 cpntig. — -midi. . '. . - 4* i5,6. — soir + 9,9. La formation du système nerveux est devenue certaine par l'apparition des yeux qui en démontrent l'existence (fig. 17,^, yj' b y 17', 17'). Les yeux sont insérés dans le feutré à la base du mamelon podo-céphalique, et paraissent d'abord comme ponc- tués et obscurs (fig. 17' et 17'). En même temps que le sys- tème nerveux s'est formé, l'embryon cesse de tourner automa- tiquement , l'extrémité postérieure en avant, et il commence à DUMOUTiiR. — Embryogénie des Mollusques. i5i se mouvoir la lête en avant avec autant de régularité et de faci- lité que l'être parfait. En même temps encore on commence à apercevoir les palpi- tations du cœur vers l'extrémité inférieure du lobe supérieur du foie, qui correspond au côté droit de l'embryon. Le cœur paraît formé d'une membrane excessivement mince et ne peut être aper- çu que par ses mouvemens. Ces mouvemens sont irréguliers, lents et laibles ,ils ont lieu toutes les 5 ou lo secondes; quelquefois on est des heures entières sans lesapercevoir. Le soir, les deux lobes cellulaires sont renflés et comme soulflés, l'antérieur est rugueux et plus clair, le postérieur plus foncé. A l'extérieur, les yeux sont recouverts d'une membrane hémisphérique, que je crois être Textréraité du manteau qui remplit les fonctions de pau- pières (fig. 17, Z» ei b). Le pied est doué de mouvemens pro- pres et peut se contracter jusqu'à toucher le crochet. La co- quille est très distincte et embrasse la partie postérieure du manteau (fig. 17, c/); sa texture est excessivement mince et vi- trée, sa longueur d'environ la moitié du manteau , sa forme re- présente celle d'une Testacelle ( fig. 17"^. Vers la fin du jour, on voit que le manteau commence à se détacher de la tête. Der- rière la têle on aperçoit un organe arrondi transparent et jaunâ- tre (fig. 17", c) que M, Carus regarde comme la glande sécré- toire supérieure de l'oviducte et que je crois être le cerveau ou peut-être la glande prostate; la glande sécrétoire de l'oviducte est située à l'extrémité des deux lobes du foie , je l'ai indiquée le 1 5" jour (fig i5, e). J'ai dit que j'avais d'abord aperçu le cœur battre vers l'extré- mité du lobe antérieur du foie (fig. 17 , c) , au point de jonc- tion du lobe postérieur et vers le côté droit du fœtus ; le soir j'ai aperçu le cœur battre vers le côté gauche également à l'ex- trémité du lobe antérieur du foie (fig. 17^ o , lequel s'allonge obliquement vers le côté gauche. Ces pulsations sont simples et irrégidièies. Ainsi les pulsations ont lieu aux deux extrémités de la jonction dorsale des deux lobes du foie, d'où il faut con- clure que dans l'origine il existe deux cœurs représentant l'un le venlricuie et l'autre l'oreillette. Bientôt nous verrons ces deux cœurs se réunir à la partie médiane de la jonction des deux i5a DUMORTiER. — Embryogénie des Mollusques. lobes du foie, former un cœur unique composé d'un ventricule et d'une oreillette, et dont les mouvemens seront réguliers et composés de systole et de diastole. 1 S"» Jour. — ( PI 4 , fig. 1 8 ,— 1 8'). Tempjëratdhb — 9 h. du matin . -f* 'o,5 centig. — midi 4- ' o> ' • — 9 h. du soir. . -f- 8,i. Depuis le moment où la cicatricule est apparue à la surface de l'embryon, celui-ci a toujours présenté une de ses faces ou- verte : c'est celle qui est opposée au dos de l'animal. Aujour- d'hui les forces de la nature tendent à clore le fœtus de toutes parts, et, à cet effet, celui-ci se replie fortement sur lui- même et reste immobile dans cet état (fig. i8 et iS"*) pendant toute la journée, afin que les bords béans du manteau puissent se rapprocher, et qu'il s'opère entre eux une soudure qui fasse la clôture de la cavité viscérale. En peu d'heures , la coquille a atteint les bords du manteau sous la forme d'une Crépidule (fig. i8"), et à cet effet, on voitles tissus rauqueux s'allonger eu manière de bourrelet le long des bords du test , afin de sécré- ter la matière dont se forme la coquille. Bientôt le fœtus est clos de toutes parts et ne laisse plus aper- cevoir qu'un pertuis qui deviendra l'ouverture de la respiration (fig. iB'', b). A travers cette ouverture, on aperçoit le cœur situé encore à la partie dorsale entre les deux lobes du foie (fig. i8' , o) , et dont les mouvemens sont de plus en plus vi- sibles. Ce cœur est unique et simple, composé d'un ventricule et d'une oreillette, et situé au centre des deux points où l'on apercevait hier les pulsations que nous avons décrites. Examiné par la région dorsale, le cœur a la forme d'un sac très mince et tellement diaphane qu'on ne peut le reconnaître qu'à ses pulsa- tions. Son mouvement de contraction s'opère par le rapproche- ment des loges vers la partie postérieure , en sorte qu'alors l'o- rifice de cet organe se lesserre vers le crochet pour refouler le sang dans la grande artère. Généralement ces mouvemens se répètent à deux ou trois secondes d'intervalle. Il n'est donc pas DUMORTiKR. — Embryogénie des Mollusques. i53 douteux que l'animal, en se contractant sur sa coquille, a fait refouler les deux demi-cœurs l'un vers l'autre, et qu'ainsi ils se sont soudés pour n'en former qu'un seul. J'ai dit que l'animal se recourbe fortement sur sa coquille , qu'il s'étend et reste en repos la coquille en bas. Au moyen de cette position et de cette extension, la tète se détache du tronc et se sépare du manteau (fig. i8,a),qui laisse apercevoir les tentacules au-dessus des yeux (fig. i?/, a). Le collier commence à se former aussi à la faveur de cette position. De leur côté, les yeux sont de plus en plus apparens, et le feutré qui se forme dans le tissu musculaire du pied atteint jus- qu'à sa base (fig. î8'). La partie postérieure de la tète est notablement diaphane. C'est à travers cette partie diaphane que l'on aperçoit l'organe jaunâtre que je crois être la glande prostate qui est située vers la base du pied (fig. i8% a). i9"e Jour. — (PI. 4 j fig- 1 9 1 — ' 9'}- Tempéhatuke. — 9 b. du matin . -f- 8,3 cenlig. — midi -^ q,4. — g h. du soir . -f- 6,3. Le fœtus s'est notablement accru et ne peut plus se tenir dans l'œuf sinon courbé sur lui-même (fig. 19). A cet effet, il se contracte fortement sur lui-même et reste immobile afin de c!ore le siphon de sa coquille , laquelle bientôt fait le crochet et prend la forme d'une Ancille(fig. 19''). Au moyen de celte contrac- tion, la cavité abdominale est devernie complètement close ainsi que le manteau. De son côté, le cœur est refoulé vers la partie médiane du dos, mais toujours du côté droit; le ventri- cule (fig. 19, a) a son ouverture dirigée en avant au voisinage de l'oreillette (fig. 19, b), qui est en communication avec lui. De son côté , l'orifice de la cavité respiratoire a été refoulé au bord du manteau (fig, 19", a). Dans ses contractions, le cœur paraît bordé d'un chapelet de cellules (fig. 19% a, b); mais il n'est pas douteux que ces apparences de cellules sont l'etfet d'une iliu'sion d'optique et que la substance du cœur est com- plètenient continue. i5/î ouaioiiTiEn. — Embryogénie des Mollusques. En observant le foie, j'ai compté environ i8 cellules secon- daires dans l'espace d'une cellule primaire. Ces cellules secon- daires sont pressées les unes contre les autres, mais aucunement munies de facettes comme dans les végétaux ; leur membrane est lisse et leur grandeur irrégulière. Les parois des cellules pri- maires paraissent transformées en un réseau de vaisseaux. Les deux lobes du foie sont tellement comprimés qu'on ne peut les distinguer. Derrière la tète on aperçoit deux rangées d'espèces de cel- lules (fig. 19°,^) que je crois être la langue du foetus vue à travers ses membranes. Entre les deux yeux, le lobule jaunâtre dont la couleur diffère sensiblement du reste de la tête, et que l'on apercevait les jours précédens, continue à se présenter. Dans l'état de contraction où le fœtus s'est placé, le collier se forme xlëfiuitivement ; il établit la distinction entre la tête et le tronc , et laisse à découvert l'ouverture béante de la coquille (fig-i9> ao*"* Joufl. — (PI. 4» fig- 20 , — 20'). Température. — 9 h. du malin . -f- 7,4 centig. — midi -i- g, 6. — 9 b. du soir . -f- 6,5. Le foetus est encore presque toujours immobile et pendant dans l'œuf , l'extrémité du pied dirigée en haut (fig. 20'). Il se contourne sur lui-même pour former le premier lourde spire à sa coquille,qui prend bientôt la forme d'un Piléopsis(fig. 20*). C'est cette disposition spirale que l'animal prend pour former sa coquille qui fait refluer le cœur vers le côté gauche. Les pul- sations du cœur sont toujours irrégulières , et on continue à apercevoir le pcrtuis de la cavité respiratoire qui est encore en communication avec cet organe. La cavité abdominale devenue complètement close, ainsi que le manteau , est totalement enveloppée par le manteau et la co- quille. Le manteau sert incessamment à l'augmentation du test, au moyen du bourrelet qui est à son extrémité (fig. 20, a et fig. 20°, ,'/), et qui s'allonge sans cesse pour procurer l'élonga- DUMORTiER. — ErTibryogenie clcs Mollusques. i55 tion de la coquille , laquelle acquiert la forme d'un bonnet phrygien. Comparé à l'œuf, le fœtus, dans son état de contraction, en occupe plus de la moitié; je pense, au reste, que l'œuf de la Limnée s'accroît beaucoup pendant l'évolution de l'embryon , et c'est ce qu'a déjà observé Swammerdam chez la Paludine vi- vipare , dans laquelle il a rencontré des œuts de différente gros- seur , suivant qu'ils sont plus ou moins avancés (i). Cet accrois- sement de la membrane de l'œuf peut très bien s'expliquer par l'afflux d'albimiine que !a loi d'endosmose y amène , ainsi que je l'ai expliqué plus haut, et qui procure l'extension de la mem- brane. C'est en effet à partir de cette époque que la coulée albu- mineuse qui enveloppe les œufs commence à se liquéfier, ai JoDR. —(PI. 4 , fig- 21 ' — ^i') Tempébatcre — 9 h. du matin . + 7,9 centig. — midi + io,3- — 9 h. du soir . . -f- 6,4. Le fœtusaugmente sa coquille et ne bouge presque plus. Le pied est toujours très étendu et se sépare de la tête qui devient ainsi tout-à-fait distincte (fig. 21), Quelquefois ce fœtus rampe sur son pied le long de la paroi de l'œuf. La coquille s'augmente constamment : elle présente une cir- convolution complète , et peut contenir tout le fœtus, sauf la tête et le pied (fig. ^i"). Les pulsations du cœur (fig. ai') sont très rapides : on en compte 60 à 80 par minute. A la dilatation du ventricule (fig. ai, a) succède la dilatation de l'oreillette (fig. 21', è), qui est tellement forte qu'elle paraît chaque fois refouler le ventricule à l'intérieur. aa à SQ"" Jour. — (PI. 4 > fig- 24, 26, 28. ) L'animal étant totalement formé, augmente de plus en plus ,1.56 DiTMOKTiER. — Embrjogénie des Mollusques. sa coquille. Jusqu'à l'époque où il éclôt , il se meut dans l'œuf comme un Mollusque parfait. Vers le 24'' jour, la masse charnue qui constitue la bouche devint de plus en plus distincte (fig. 24). ]^es jours suivans on remarque les déglutitions que l'animal ef- fectue avec la bouche et les contractions du pharynx qui s'en- suivent. La coquille s'augmente graduellement , et déjà l'on peut re- marquer à sa surface des stries transversales qui indiquent son prolongement. Le 26* jour ( fig. 26 ), elle a acquis une circon- volution beaucoup plus grande que celle que j'ai figurée le 21' jour; le 28*", elle s'est encore plus accr.;? (fig. 28). Au reste, l'animal étant complètement formé, son état n'offre plus rien de curieux pour l'embryogénie. Il reste dans l'oeuf pendant quelques jours , afin de se fortifier de plus en plus et d'être à même de résister à l'action des agens extérieurs lorsque le mo- ment d'éclore sera venu. 30»* Jour. — (Pb 4 , fig- 3o , 30". ) Nous voici arrivés au terme moyen de l'accomplissement du développement embryonnaire des œufs de Limnée (fig. 3o). Enfin l'animal rompt la coquille de l'œuf qui le retient prison- nier. A cet effet, il rampe sur sa paroi qu'il saisit avec la bouche et qu'il attire avec violence. Après maints efibrts , il parvient à la rompre et en sort pour rester pendant quelques jours dans la matière muqueuse que forme l'enveloppe générale du frai , après quoi il nage dans l'eau. Dans le premier âge de sa vie , l'animal ne respire que de l'eau et en respire constamment. On peut s'en assurer en jetant un peu de poussière insoluble dans l'eau qui le contient; alors on voit bientôt les globules composant celte poussière attirés et ballottés vers l'orifice de la cavité respiratoire, laquelle se referme bientôt pour ne pas y permettre l'introduction des matières étrangères à l'eau. Ce n'est que lorsqu'il a atteint un âge plus avancé qu'il commence à res- pirer l'air en nature. Lorsque l'animal rompt la paroi de l'œuf, son test a actpiis DUMORTiER. — Embnogén'ie des Mollusques. ib-j une circonvolution et demie (fig. So"). Vers le 36^ jour, lors- qu'il sort de la coulée albuniineuse, ce test a atteint deux cir- convolutions , mais ce n'est que par la suite qu'il prend la forme définitive qu'il doit avoir dans l'état adulte. RÉSUMlî. Nous avons parcouru toutes les phases de la formation de l'embryon des Mollusques Gastéropodes ; résumons ces diffé- rentes phases en peu de mots. L'embryon apparaît d'abord sous la forme d'un globule mu- queux qui semble attaché à la paroi de l'œuf. Pendant les pre- miers jours , il subit diverses modifications de formes : c'est sa première période, celle de l'existence germinale. Alors com- mence une ère nouvelle, celle de la vie embryonnaire : il de- vient doué d'un mouvement do rotation et tourne lentement sur son axe, sans cependant qu'on puisse y observer aucun organe propre à la motilité. Bientôt il s'opère une cicatrice à la surface de l'embryon, et cette cicatrice produira plus tard le pied et la tête de l'animal. Vers la même époque , on commence à aper- cevoir à l'intérieur un tissu cellulaire qui devient de plus en plus distinct et qui constitue le foie. La cicatrice, de son côté, s'aug- mente chaque jour et finit par être une large ouverture qui occupe la moitié de l'embryon. Celui-ci ne cesse de culbuter sur lui-même, l'extrémité postérieure en avant, et en décrivant une spire elliptique qui détermine la forme que prendra plus tard la coquille. Alors s'opère un phénomène important : à l'in- térieur des cellules primordiales, on commence à apercevoir des cellules secondaires, qui, s'accroissant chaque jour de plus en plus, finissent par détruire les cellules primordiales, dont les parois seules persistent, et deviennent im lacis de petits vaisseaux. Jusqu'ici le tissu cellulaire avait formé une seule masse cen- trale ; mais lorsque la partie gélatineuse s'allonge pour former le pied t-t la tête, on aperçoit en même temps qu'il s'opère une production médiane, qui tend à diviser la masse cellulaire en deux parties : c'est le système intestinal qui se forme. Le système i58 DUMORTiER. — Embryogénie des Mollusques. musculaire se présente alors sous l'apparence d'un feutré d'in- filtrations fibrillaires qui se dirigent de dehors en dedans. De son côté , la grande veine latérale de la spire apparaît presque en même temps. Bientôt, ensuite , on commence a distinguer les yeux qui annoncent la formation du système nerveux; le cerveau apparaît sous la forme d'un lobe jaunâtre , et alors le cœur commence à battre entre les deux lobes du foie ; sa texture ex- cessivement mince est complètement diaphane; d'abord il en existe deux qui bientôt se réunissent en un seul. Dans le même moment, le test commence à se former à l'extrémité de l'em- bryon : d'abord il présente la forme du test d'une Patelle, mais en s'accroissant chaque soir, il passe tour-à-tour parles formes de la Testacelle,de la Crépidule, de l'Ancyle, du Cabochon, et lorsque l'animal éclôt, il présente celles de laSuccinée. Après l'apparition du système nerveux, la vie foetale com- mence ; l'embryon cesse de tourner et de culbuter sur lui-même, il marche en avant et se meut avec autant de facilité que l'être parfait. Le manteau se détache, le collier se distingue , la tête et le pied se forment. Le pied est doué d'un mouvement propre , et peut se dilater jusqu'à toucher l'extrémité du crochet. L'em- bryon se contourne en spirale et reste la tête en bas pour former sa coquille. On aperçoit au milieu de la face antérieure une large ouverture qui se dirige vers le dos et communique avec le cœur : c'est l'ouverture de la respiration. Bientôt les bords du manteau se rapprochent, la cavité abdominale se clôt, l'ouver- ture de la respiration se resserre et ne forme plus qu'un trou , et c'est à cette époque que l'on peut rapporter la formation de la cavité pulmonaire. Le cœur, qui d'abord avait apparu vers le côté droit de l'embryon , se porte vers la région dorsale; et peu-à-peu, par suite de la direction spirale de l'embryon, il se dirige vers le côté gauche où il se fixe définitivement dans une large cavité; son aspect est celui d'un sac ouvert par l'extrémité libre. L'embryon reste alors tranquille; tous ses organes sont for- més; il demeure cependant encore dans l'œuf pour se fortifier et parfaire son test : il finit enfin par rompre l'œuf, et , après avo r passé quelques jours dans la coulée albuminerse qui réunir DUMORTiER. — Embryogénie des Mollusques. i5f) le frai, il sort de toutes ses enveloppes et commence à respirer l'eau. Conclusions. Nous venons de parcourir toutes les phases de l'embryogé- nie des Mollusques. Il nous reste à exposer les lois physiolo- giques qui résultent des faits que nous venons d'observer, et c'est en comparant ces laits à ce qui se passe dans l'embryogé- nie soit des animaux squelettes, soit des végétaux , que nous verrons combien d'aussi petites observations peuvent jeter de lumière sur les grandes lois qui régissent la formation des êtres organisés. Dans la série d'observations que nous venons de parcourir , l'embryon des Limnées nous montre les divers états primitifs de l'existence embryonnaire, états qui nous sont cachés dans les œufs des Mammifères et des oiseaux, car les observations sur l'œuf de ces animaux se rapportent toutes à la seconde période de l'embryogénie des Mollusques. Il importe donc d'examiner avec soin les premiers faits que nous avons observés ; ils seront fertiles en conséquences importantes pour la physiologie ani- male et générale. Nous avons vu parles obser\ations qui précèdent , que le globule embryonnaire des Mollusques était originairement com- poséde substances à l'état fluide et par conséquent inorganisées; nous avons vu que ce globule se composait d'abord de gru- meaux concentrés en une masse commune, lesquels, après s'être unis, se transforment bientôt en tissus organiques et devien- nent ensuite im etnbryon ; nous avons vu que l'organisation commence |)ar la siuface du globule qui devient ainsi suscep- tible de modifier ses formes; qu'ensuite on observait à l'intérieur un tissu cellulaire organique comparable aux grumeaux dont la masse générale s'est composée. Ainsi, c'est la surface du globule embryonnaire qui forme le premier tissu général, comme c'est la surface des grumeaux dont il se compose, qui devient le pre- mier tissu cellidaire interne. Ainsi , la transformation originelle des fluides organisables en tissus s'opère par la solidification de leurs surfaces. i6o DUMORiiER. — Embryogénie des Mollusques. Nous avons vu dans le cours du développement embryon- naire deux modes de développement des tissus , celui du foie dont le tissu cellulaire s'augmente par des productions mérlia- nes comme je l'ai indiqué le premier dans les végétaux (i), et celui du tissu dermo-musoulaire qui se propage par l'accroisse- ment centripète des canalicules qui forment le feutré d'intiltra- tionqiie l'on y remarque. Ceci renverse absolument l'uniformiié de formation des tissus animaux, indiqué par Bordeau, Meckel , etc., et l'on est forcé de reconnaître la pluralité de formation des tissus animaux admise par Bichat et son école. Les tissus animaux ne se forment pas comme les tissus vé- gétaux au moyen des métamorphoses de la cellule; chez eux chaque système forme un tout distinct et séparé , et les organes creux se forment d'abord par des cavités. Ainsi la séparation du foie en deux lobes donne lieu à une cavité dont les parois deviennent le système intestinal; ainsi encore, le rapprochement des deux lobes du manteau pour clore la cavité viscérale donne lieu à une cavité qui devient la cavité respiratoire. Dans l'origine cette cavité est en communication avec le cœur , et peut-être le fluide respiré se rend-il alors dans les vaisseaux pour y tenir lieu de sang. En suivant le développement de l'embryon , nous avons re- connu l'apparition des systèmes constitutifs dans l'ordre suivant: 1° L'enveloppe générale ; a" le système sécréteur ; 3° le système intestinal ; 4° 'e système musculaire; 5° le système circulatoire ; 6° le système respiratoire, 7" le système nerveux. Le dévelop- pement de l'enveloppe générale appartient à la première période de rexistf;nce embryonnaire, celle de la vie matérielle pendant laquelle l'assimilation se fait de proche en proche comme dans les Algues; le développement des systèmes sécréteur, intestinal et musculaire appartient à la deuxième période , celle de la vie viscérale; enfin, le développement des systèmes respiratoire, circulatoire et nerveux appartient à la vie nerveuse. — Il suit de ces observations quelesorganes de la vie nerveuse nepréexis- (i) Recherches sur la slriicltire comparée, et le développement des animaux et des végétaux; in-ii., fig. Bruxelles, M, Hajpz, iSSa. ^ UUMORTIER. — Embryogénie des Mollusques. 16 r tent pas, comme on Ta dit, à ceux de la vie viscérale. Si le cofi- traire a été affirmé, c'est que l'on a étudié des œufs d'animaux qui avaient déjà accompli leur première période, comme le sot-.t les œufs d'oiseaux que l'on soumet à l'incubation , et ceux des Mammifères que l'on rencontre dans les trompes de la matrice. C'est ce qui explique pourquoi les systèmes de la vie viscérale peuvent exister encore après la mort des organes de la vie ner- veuse; de même qu'ils ont préexisté à ces derniers, de même ils peuvent survivre à leur mort. Depuis le moment où la fissure s'opère à la surface du oerme jusqu'à l'apparition du système nerveux, l'embryon culbute sans cesse sur lui-même par un mouvement automatique, et la par- tie qui est destinée à devenir l'extrémité postérieure marche en avant. En tournant ainsi sans cesse sur lui-même, les matières nerveuses qui se forment sont nécessairement emportées à l'extrémité postérieure du tourbillon; là elles s'agglomèi-ent, s'organisent et forment bientôt le cerveau. Alors, le système nerveux étant formé, comme le témoigne la présence des yeux, l'embryon cesse de tourner automatiquement , il marche en avant et est doué de mouvemens libres comme l'animal parfait. Ainsi se trouve comfirmée cette vérité que j'ai proclamée dans un précédent ouvrage , que la production en avant est caracté- ristique du système nerveux, fi) Dans l'évolution de l'embryon animal tout indique la grande loi du développement centripète. Le système dermo-musculaire s'accroît par l'augmentation centripète de ses canalicules. Le système circulatoire présente d'abord deux cœurs qui bientôt marchent à la rencontre l'un de l'autre et se confondent sur la ligne médiane; le système tégumentaire lui-même voit ses lobes marcher à la rencontre l'un de l'autre. Ces lobes de la fissure embryormaire, qui sont les cotylédons animaux , au lieu de s'é- carter comme dans les végétaux pour donner place à un article nouveau , se rapprochent et^se soudent entre eux pour clore l'animal, et renfermer en un bourgeon toutes les parties qu'il. (ij fiecherclies iiir la si ructurt comparée di s animaux tl des vtgilatix , deusiùnie édit. p. 61. VJII, ZooL. — Stjjttmùr*. i6a DOMORTiER. — Embryogénie des Mollusques. présente. Ainsi , il n'existe pas chez l'animal de vie végétative comme Bichatl'a dit; la vie végétative , c'est le développement centrifuge. L'embryon des mollusques et celui des vertébrés se forment originairement de même et sont dans le principe soumis l'un et l'autre à toutes les mêmes lois; mais bientôt une différence survient qui les entraîne dans une organisation difiérente. Dans l'embryon des animaux endosquelettés , le système cérébro- spinal se forme longitudinalement dans la cavité de la cicatrice du globule embryonnaire avec laquelle il est par conséquent parallèle; la tète naît à l'une des extrémités de cette cicatrice _, les membres inférieurs à l'autre extrémité ; les côtes apparaissent de chaque côté des lèvres de la fissure qui se réunissent ensuite pour clore la cavité abdominale et former la ligne blanche. Dans l'embryon des Mollusques, au contraire, le système nerveux est transversal à la cicatrice ; la tête naît de l'une dos lèvres de la fissure, la pointe du crochet naît de l'autre et les extrémités de la cicatrice se réunissent pour clore l'abdomen. Ainsi, la tète et le crochet des Mollusques sont situés à la place qu'occupent les côtes dans l'embryon des animaux endosqueleués; ninsi, le sys- tème nerveux des Mollusques ne correspond nullement , ni au système cérébro spinal des animaux endosquelettés , ni à lout système nerveux longitudinal; il est la représentation des nerfs intercostaux et de leurs ganglions. Cette observation démontre combien les Mollusques sont éloignés des vertébrés dans leur organisation prototype ; elle explique clairement pourquoi il ne peut y exister, ni de système-nerveux longitudinal, ni de sque- lette, qui ne manquent jamais dans les animaux supérieurs. Les observations qui précèdent nous ont dévoilé la formation embryonnaire originelle des animaux vertébrés et des Mollus- ques. Dans l'évoluiion de l'embryon des animaux exosquelettés dont j'ai étudié les phases, j'ai vu le gloîjule embryonnaire, d'a- bord entier , se fendre aussi en un^cicatrice bilobée et les deux extrémités de l'animal correspondre aux deux extrémités de celte cicatrice comme dans les vertébrés. Le système nerveux longitudinal s'y forme aussi parallèlement à la cicatrice , mais le système squeletteux, au lieu d'apparaître dans le fond de la ca- DUMORTiER. — Embryogénie des Mollusques. i63 vite de la cicatrice comme dans les vertébrés , apparaît d'abord entre l'extrémité de ces lèvres, ce qui est cause que le squelette y est extérieur et qu'il y a absencede système cérébro-spinal. Cette structure est très manifeste dans les œufs de Forficide. En comparant ce développement embryonnaire à celui des Mol- lusques , il est évident que les exosquelettés sont typiquement bien plus rapprochés des animaux vertébrés que les Mollusques, puisque dans cenx-là les formations se font parallèlement à la cicatrice,' tandis qu'elles se font transversalemeni cbez les Mol- lusques. Par là se trouve confirmée cette vérité que j'ai précé- demment proclamée, que la progression des animaux est eu rap- port direct avec leur squelette. Nous venons de voir en quoi les lois d'embryogénie des Mol- lusques et des animaux squelettes, identiques dans le principe, amènent plus tard une organisation dissemblable; comparons maintenant les faits qui viennent de se dérouler sous nos yeux dans l'embryon animal avec ce qui a lieu dans l'embryon végé- tal : c'est là le seul moyen de parvenir à la connaissance des grandes lois de physiologie générale , qui président au dévelop- pement des corps organisés. En examinant l'évolution des Mollusques , nous avons dé- montré que les tissus animaux , quoique formés originairement de même par la solidification des surfaces, se développent de différentes manières : le tissu cellulaire par des productions mé- dianes, le tissu dermo-musculaire par un feutré de canalicules centripètes. Ainsi, chez les animaux, les tissus ne se forment pas aux dépens les uns des autres ; il n'y existe pas un tissu gé- nérateur unique , mais bien plusieurs tissus originairement dis- tincts. — Les belles observations de M. Mirbel ont prouvé que chez les végétaux il existe un seul tissu originel, le tissu cellul- laire, qui, par une suite de métamorphoses, se transforme en tissu vasculaire. Par conséquent, leVègne végétal est caractérisé par l'unité originelle, et le règne animal par la pluralité origi- nelle des tissus. Dans l'origine de la formation , l'embryon animal ne diffère en rien de l'embryon végétal. L'un et l'autre apparaissent d'abord sous la forme d'un globule embryonnaire ; l'un et l'autre offrent II. i64 DUMORTII.R. — ■ Embryogénie des Mollusque.t. la formation de l'enveloppe générale et du tissu cellulaire avant celle d'aucun autre organe; l'un et l'autre présentent à la sur- face une fissure qui s'ouvre en cicatrice pour faciliter le grand œuvre de l'organisiitioti ; les lèvres de cette cicatrice sont les lobes ou cotylédons de lembryon. Jusque-là, les lois de l'évolu- tion d.' l'embryon animal et végétal sont identiquement ks mêmes. Alors apparaît une différence bien minime en soi, mais qui doit amener les plus grands résultats. La fissure qui forme la cicatrice s'ouvre chez le végétal à la face supérieure de l'em- bryon, et chez l'animal, à la partie qui f^^rmera plus tard la ligne blanche, et par conséquent à la surface inférieure. Ainsi l'animal est originairement un végétal renversé : c'est l'inverse de la^proposition généralement admise. Bientôt après une autre différence se fait jour. Dans l'évolu- tion de ^embr^ on , la formation et la croissance de l'animal se font horizontalement, ou , ce qui revient au même, parallèle- ment au plan de la cicatrice : c'est ilans cette situation horizon- tale qu'apparaissent les premiers rudimens du système nerveux, du système circulatoire , du système intestinal , du système os- .seux , etc., et c'est ce qui détermine cette situation horizontale de l'animal. A.u contraire, la formation et la croissance du végé- tal se font verticalement à ce plan , ou, ce qui revient au même, l'axe cylindre-médullaire se forme dans la direction verticale relativement au plan de la cicatrice, et ce qui ilétermlne la si- tuation verticale du végétal n'est, suivant moi , qu'une première conséquence de la situation de la fissure. L'observation si simple de la situation supère ou infère de la cicatrice nous ex plique le pourquoi de la différence d'organisation des animaux et des végétaux. Si le végétal se dirige vers le ciel, c'est que la cicatrice de son embryon s'est opérée au pôle zénith du globiile; si l'animal rampe surld terre, si sa ligne blanche se dirige de ce côté, c'est que la cicatrice de son embryon s'est opérée à son pôle nadir. C'est par'suite de cette disposition in- fère ou supère que la formation et le développement de l'em- bryon animal se font parallèlement au plan de la cicatrice, tan- dis que chez l'embryon végétal , la formation et le développe- ment se font verticalement à ce plan. C'est par suite de cfs dis- DU MORTIER. — Embryogénie des Mollusques. 16') positions que le développement de l'animal est centripète et le développement du végétal centrifuge ; c'est par suite de cette disposition que les lèvres de la cicatrice , qui sont les lobes ou cotylédons de l'embryon, se rapprochent plus tard et se sou- dent dans l'embryon animal , tandis qu'ils tendent à se séparer chez le végétal pour donner passage à la tige. C'est par suite de cette disposition que les organes respiratoires et des sexes qui dans l'animal sont bientôt renfermés par la soudure de ces lobes, restent au contraire constamment externes dans le végétal par ieur écartement. C'est par suite de cette disposition que l'em- bryon végétal naît composé d'un seul article, tandis que l'em- bryon animal doit, avant la naissance, se former de toutes pièces, et qu'ainsi à cette époque il est un bourgeon. C'est par suite de cette disposition que le dos de l'embryon, c'est-à-dire la partie opposée à la cicatrice, se trouvant, chez le végétal, dirigé vers la terre , peut s'y enfoncer pour former des racines, tandis que la même partie se trouvant chez l'animal dirigée vers- le ciel, elle ne peut que donner naissance à des ailes qui l'élèvent vers le firmament. Ainsi dans l'évolution des êtres organiques , les lois d' analogie sont les primitives ^ celles de divergence ., les^ secondaires. EXPLICATION DES FLANCHES. PLANCHE 3 R. (T' Fig. I. Un œuf du lÀnneus Pulgaris au moment de la ponte , fortement grossi, avec le glo- bule erabryoïinaire vers la parlie inférieure. Fig, lo. Un œuf infécond et dont la matière cnibryounaire ne s'est pas agglomérée , niais forme des espèces de grumeaux. Fig. i*. Le globule embryonnaire du même, fortement grossi ; on aperçoit en a un glo- bule muqueux. Fig. a. OEiif du deuxième jour , beaucoup plus grossi, présentant deux globules muqueux et munlrani le globule embryonnaire comprimé de deux côtés. (1) Les numéros des figures indiquent le jour depuis la ponte ; les lettres se rapportent aux divers étais pendant la même journée. (2) Il importe de ne pas perdre de vue que, dans cette planche et la suivante, la posi- tion de l'embryon est telle que la partie dorsale est repiésentée inférieure etMa partie ventrale supérieure. i66 DUMORTiF.R. — Embr) ogJnie des Mollusques. Fig. a". Le globule embryonnaire plus fortement grossi, présentant en a et 3 deux glo- bules nuiqiieux. Fig. 3. OEuf du troisième jour, fortement grossi, fig. 3". Le globule embrjonuaire plus fortement grossi, a\ec deux globules muqueus en a. Fig. 4. Globule embryonnaire du quatrième jour. Fig. 5. Globule embryonnaire du cinquième jour. Fig. 6. A. Globule embryonnaire du sixième jour , offrant un point éclairé en a. Fig. 6a. Autre globule embryonnaire du sixième jour, offrant uu point éclairé en a. Fig. 7. Globule embryonnaire du septième jour. Fig. 7. Autre globule embryonnaire du même jour. Fig. 7*. Le mèine , doublement grossi. F'ig. 7j. Autre globule embryonnaire du même jour. Dans cette figure et la précédente, on commence à apercevoir une espèce de feutré interne qui précède l'apparition du tissu cellulaire. Fig. 8. OEuf du liuitième jour, contenant l'embryon qui tourne sur lui-même dans la di- rection indiquée par un trait. F'ig. 8a. Embryon du huitième jour , lançant le mucus par son échaucrure en a. Fig. 8*. Spire cycloïde que décrit l'embryon pendant le dixième jour. Fig. 9. Embryon du neuvième jour, présentant à son sommet en a une cicatrice relevée en crête. ' Fig. 9". Le même , vu de côté, pour montrer les lèvres de la cicatrice et la matière gélati- neuse qui sort en a. Fig. 9». Le même à la fin de la journée , au grossissement de la fig. 9 B , et dans lequel on distingue les traces du lissu cellulaire. Fig. 10. Embryon du dixième jour , montrant très distinctement le tissu cellulaire réuni en masse à sou intérieur. — a la cicatrice et la matière gélatineuse qu'elle présente. Fig. 10 o. Le même\ vu de cô'é, pour montrer l'ouverture de la cicatrice en a et des deux lèvres qui sont les lobes ou cotylédons de l'embryon d'animal. Fig. it. OEuf du onzième jour, avec l'embryon. Fig. I !„. Embryon du même. — a partie gélatineuse de la cicatrice. Fig. I le- Le même embryon, vu de côté et montrant les lèvres de la cicatrice beaucoup plus écartées, au milieu desquelles se trouve la partie gélatineuse a. Fig. n. Embryon du douzième jour. — a partie gélatineuse couvrant la cicatrice. — b, b , les deux lobules de la cicatrice qui bornent ses extrémités. Fig. 12". Le même vu de côté, pour montrer l'écartement des lèvres de la cicatrice. — a partie gélatineuse. Fig. 126. De même , tué par l'^-icali volatil et contracté. Fig. i3. Embryon du treizième jour. — a, partie gélatineuse couvrant la cicatrice. — b , b , les deux lobules de la cicatrice. Fig. lia. Le même, vu de côté, présentant uu de ses lobules entre les deux lèvres de la cicatrice. — a partie gélatineuse. Fig. 1 3'. L'e même , vu de côté dans un moment où il s'allonge et fait ainsi disparaître le lo- bule intermédiaire. Fig. 1 3^. Le même , vu du côté de l'ouverture de la cicatrice. — a , ^ , les deux lèvres de la cicatrice qui sont les lobes de l'embryon, — a, la partie qui formera l'extrémité du crochet. — ^, la partie qui donnera naissance à la tête. — c , c, les deux lobules latéraux. Fig. 14. Embryon du quatorzième jour, présentant la partie qui formera l'extrémité du crocLet. — a partie gélatineuse. — b ,b, les deux lobulos. DUMORTiER. — Embryogénie des Mollusques. 167 Fig. i4». Le même, piésenlant la partie qui formera la. tcie. — a partie gélalineuse. — b, b,\&, deux lobules. — c , l'échancrure du manteau derrière la place qui donnera naissance à la tète. Fig. 144. Le même, \u de côté et devenant irrégulier. — a, partie gélatineuse. — b, le lobule intermédiaire de -gauche. — c, la lèvre destinée à former l'extrémité postérieure du crochet qui maintenant marche en avant. Fig. i!i'. Cinq cellules primordiales devenant matrices des cellules secondaires. Fig. 14''. Spiroide que décrit l'embryon au quatorzième jour. PLANCHE 4- fig. t4«. Embryon tué par l'ammoniaque. — a, partie gélatineuse. Fig. i5. Embryon du quinzième jour, vu de côté. — a, productus destiné à former le pied et la tête. — b, crochet postérieur où nait le premier rudiment du test. — c, lobe postérieur du foie. — dy lobe autérieur. — e, partie jaunâtre. Fig. iS". Premier rudiment du test. Fig. i5*. L'embryon vu par le côté de la tète. Fig. i5e. Le pied séparé pour faire voir la première trace de tissu musculaire. Fig. 16. Embryon du seizième jour , vu par le côté gauche. — a, productus destiné à for- mer le (lied et la léte. — b, lobe postérieur du foie. — c, lobe autérieur. — d, formation du caual intestinal. Fig. ifi".' Le même, au soir du seizième jour. Le pied s'est aplati à son extrémité. On aper- çoit très distinctement les cellules secondaires, et les traces des cellules primitives persistent comme un réseau vasculaire. Fig, lô*. Le mèma , vu par le dos. — a, a, les deux oreillettes du manteau. — b, formation du caual intestinal entre les deux lobes du foie. , Fig, i6<^. Le même, vu par le côté droit. — a , le pied. — 6 , la partie antérieure du manteau appliquée cuulrela tète. — c, le test. Fig. lôi*. Le test séparé. Fig. i6«. L'extrémité du pied, pour montrer la formation du système dermo-musculairc. Fig. 17. Knibryon du di.\-seplième jour, au matin, vu par le côté droit. — a, le pied. — b , première formation des yeux. — c , le mauteau recouvrant la tête. — d, le test. — e, la place où l'on aperçoit les premières pulsations du cœur, au côté droit. Fig, 17. Le même, vu par le derrière de la tête et du pied. — a, le pied. — 6, les yeux. — c, lobule jaunâtre. Fig. 17'. Première formation des yeux. Fig. 1 -'■ Un œil vu en face et qui parait composé d'un cercle d'oscelles. Fig. 17''. Le test séparé. • Fig. 17', Embryon du même jour au soir, vu par le côté gauche. Fig. 17^. Extrémité postérieure du même , vue par le dos, montrant en a la place où l'on aperçoit du côté gauclie, des pulsations du cœur. Fig. 18 Embryon du dix-huitième jour, vu par le côté droit et se repliant pour former sa co.juille. — a, lobe du mauteau détaché de la tète. Fig. iS". Lu lest au dix-huitième jour séparé. Fig. 18'. Fxlrèinilé postérieure de l'cmbrjon au dix-huit'ème jorn-, vu par le dos, mon- trant en a le cœur qui s'est réuni au centre des deux lobes du foie. Fig. 18'. \m pied, pour moulrrr la formation centripète du .système dcrmo-musculairc. -- 'I , lobule jaunâtre. i68 "DU MORTIER. — Embryogénie des Mollusques. Fig. iS"*. Autre embryon du même jour, replié sur lui-même et vu par l'occiput, pour montrer les tentacules a , et roiiCce de la respiration b. Fig. 19. Embrjon du di\-neuvîème jour, enfoncé dans son test pour le compléter et clore circulairement son orifice. Le cœur est au milieu du dos; on y distingue le ventricule a, et l'oreillette b. Fig. 19°. Le même, vu par le derrière de la tête, —a, l'orifice de la respiration. — b, ce que je crois être la langue. Fig. 194. Le test au dix-neuvième jour, séparé. Fig. 19'". L'aspect de l'ouverture du cœur pendaut le mouvement de systole a, et de dias- tole b. Fig. 20. Embryon du vingtième jour, daus son œuf, vu par le côté droit. — a, bour- relet qui forme le tesl. Fig. ao». Le même, vu par le côté gauche. — a, bourrelet qui l'orme le test. — ^ , le cœur. Fig. 20'. Le test au vingtième jour, sé|)aré. Fig. 21. Embryon du vingt-el-uniènie jour, vu par le côté gauche, et dont le pied rampe contre la paroi de l'œuf. Fig. 31". Son test est séparé. Fig. 21*. Le cœur au vingt-et-unième jour. — a, le ventricule. — ^ , l'oreillette. Fig. a4. Embryon au vingl-quatrième jour , vu par le côté droit et rampant contre la pa- roi de l'œuf. Fig. 26. Le test au vingt-sixième jour, vu du côté de la spire. Fig. aS. Le test au vingt-huitième jour, vu du côté de l'enroulement. Fig. 3o. OEuf du trentième jour, au moment où l'embryon cherche à en rompre la mem- brane pour éclore. Fig. 30". Le test au trentième jour, vu par l'ouverture. Fig. 36. Le test au trente-sixième jour, lorsque l'embryon est sorti de la coulée albumi- neuse et nage dans l'eau. Recherches sur Vanatomie des Mollusques , comparée à l'ovo- Logie et à V embryogénie de l'homme et des Vertébrés ; • Par M. Serres. (Lues à rAcadémic des Sciences le 3 octobre 1837.] Occupé depuis plusieurs années de l'étude comparative des Mollusques et de l'embryogénie de l'homme et des Vertébrés (i), (i) Voyez le mémoire sur l'anatomic comparçc des animaux invertébrés ( Ann. des Se. uat. octobre 1884.) SEBRKS. — Embryogénie. 1G9 je suis arrivé à des résultats qui me paraissent mériter l'atten- tion des anatomistes. Depuis les travaux de Swammerdam , de Poli et de Cuvier, les organismes des Mollusques sont déterminés d'après la com- paraison qui en est faite avec ceux des Vertébrés arrivés au terme de leur développement. Leurs ganglions céphaliques sont assimilés au cerveau; leur cœur et leurs artères sont regardés comme les analogues des mêmes parties des animaux supérieurs; leurs branchies répètent les branchies des Poissons. D'après ces vues et ces termes de comparaison , les Mollus- ques sont placés dans la méthode de la classification du Règne Animal, à la tête des animaux Invertébrés, et vientient immé- diatement après les Vertébrés. Celte place leiu' est acquise de- puis les travaux si remarquable de Cuvier, et bien qu'elle leur ait été contestée par divers zoologistes, ils l'ont néanmoins con- servée, par la raison que d'après les bases de cette méthode, il est en effet très difficile d'assigner un autre rang à des êtres chez lesquels il existe un système nerveux bien développé, un appareil de respiration supérieur dans beaucoup de cas à celui des Poissons, et des organes de circulation plus complets en apparence que ceux des Poissons et même des Reptiles. Néanmoins, et même de l'aveu de MM. Cuvier et de Blain- ville, les Mollusques en général paraissent peu développés (1); ils ne se soutiennent que par la ténaci'é de leur vie et leur im- mense fécondité. (2) D'un autre côté, la variabilité de leurs organismes est si grande qu'il est impossible de rien assigner de général à la dis- position de leur système nerveux, de leurs branchies, de leurs organes de circulation, et même à la disposition du canal ali- mentaire, ordinairement si fixe dans les autres classes compo- sant le Règne Animal. En un mot, l'organisation des Mollus- ques paraît tout-àfait anomale, si, la considérant d'elle-même, on cherche à la comparer à l'organisation des animaux compo- sant les autres classes. fi) Manuel de Malaculogie. Cuvier. oiivr. cilr. (a) FegiiB animal , lonir ii , pajje 357. > jo SERRES. ' — E/nùtyogériie. Favorables à i 'échelonnement zoologique des Mollusques, ces conditions différentielles de leurs organismes, ont offert à 1 a- natomie comparée des difficultés presque insurmontables. Car, d'une part, le principe de la corrélation des formes organiques n'a pu leur être appliqué avec succès, et, d'antre part on a es- sayé en vain de leur appliquer le principe des analogies orga- niques de M. Geoffroy Saint-Hilaire, par !a raison que la con- dition première de la mise en œuvre de ces deux règles de l'a- natomie comparée est la détermination des organismes. Or, si, comme nous le montrerons dans le cours de ce travail, les principaux organismes des Mollusques sont encore indétermi- nés, on voit que, quelque avancée que soit leur anatomie propre, leur comparaison avec les organismes parfaits des autres classes ne saurait être très fructueuse. De là , le peu d'utilité des efforts tentés dans cette direction par MM. Oken, Mayranx et Carus ; de là, la nécessité pour les anatoraistes de rechercher une antre base de détermination et un terme de rapport plus approprié au développement peu avancé de l'organisation de ces êtres. Je l'ai cherchée cette base nouvelle de détermination dans la comparaison des organismes des Mollusques, avec les orga- nismes temporaires composant l'ovologie et l'embryogénie de l'homme et des Vertébrés. Les propositions qui suivent, et dont le développement fera l'objet de plusieurs mémoires spéciaux, résument, de la manière la plus concise, les principaux résul- tats auxquels j'ai été conduit. I. Les Mollusques sont des embryons permanens des Verté- brés et de l'homme, (i) (i) Cette proposition, exposée dans le mémoire cité sur l'analomie comparée des animaux invertébrés , me parait confirmée ; I Par le travail de M. Carus sur le développement des moules d'étang {unio timida , unio littoralis, anodonta intermedia) , bien que ce travail soil conçu dans un tout au're esprit. {IVova ^cta PhjsicoMedica Acadcmlœ Cœsareœ Leopoh'tno-Carolinœ ; tome xvr, première partie, i83a ); 20 Par le mémoire de M. Armand de Quatrefages sur la vie intrabranrhiale des petites Ano- dontes, dont un extrait a paru dans les Comptes rendus de l'Académie des Sciences, année ••«36, page 394 ; 3 Enfin ])ar le h avail remarquable de M Dumortier, mem})rc de l'Académie des Sciences SERRis. — Embryogénie. j'y! II. Ce sont des animaux constitués par la prédominrince des viscères abdominaux ; tout se rapporte chez eux au service de la nutrition et de la reproduction. III. Ce caractère fondamental résulte de la disposition des systèmes nerveux et sanguins. IV. Ces deux systèmes sont dans une disposition inverse. Le système nerveux situé en avant est dévolue au service de la bou- che. Ses modifications sont toutes surabandonnées à celles que nécessite la préhension des alimens, et les moyens de trans- port qu'exige cette préhension. Du groupement et du dé- groupement des cetitres nerveux dérivent des caractères fixes de classification des êtres composaut cet embranchement du règne animal V. Ce que les caractères de classification des M ollusques déduits de la disposition des centres nerveux, offrent de re- marquable, c'est qu'ils sont dans un rapport parfait avec ceux qui ont servi de base à la classification de ces animaux par M. Georges Cuvier. Ils n'en sont en quelque sorte que la con- firmation ou la vérification. VI. Le système sanguin des Mollusques est le système san- guin des Vertébrés renversé : il commence là où finit celui des Vertébrés, et il finit là où ce dernier commence. Représentez- vous le cœur chez les Vertébrés et chez l'homme, à la divi- sion des iliaques primitives, au point de départ de l'artère sa- crée moyenne, et vous aurez l'idée figurative de la circulation artérielle et veineuse des Mollusques. ^ VII. Ainsi placé, le cœur est abdominal ou hypogastrique chez les Mollusques, au lieu d'être hypogastrique ou pectoral comme chez les Vertébrés. de Bruxelles , sur l'Embryogénie des Mollusques gastéropodes , doat la conformité des vues avec celles qui me dirigent est ex|irimée ainsi qu'il suit ; • J'ai retiré de retie élude uu autre avantage, celui de connaître les diverses phases de l'cm- « hi'jogénie des aiiimaux iulérieurs, qui , suivant la judicieuse ol>eau des Marsupiaux. la communication entre les hippocampes et les couches opti- ques ; et par le septum lucidum , les rapports qu'elle a avec le corps calleux se prolongent jusqu'aux replis antérieurs de cet organe, (i) Dans le cerveau de l'homme, la voûte, bien que d'une struc- ture compliquée, et bien cpie formant une partie très distincte , est néanilioins d'un faible volume comparativement au corps calleux; tandis qu'au contraire, les lames délicates du septtim luciduiu, qui mettent la voûte en communication avec le corps calleux, offrent une surface dont l'étendue est pro- portionnelle à la distance verticale plus ou moins grande qui sépare ces deux organes , suivant qu'ils se portent davan- tage d'arrière en avant. Si l'on suit les modifications de ces diverses parties dans toute la série des Mammifères , on voit diminuer la disproportion qui existe entre la voûte et le corps calleux , à mesure que les parties que ces organes rattachent entre elles perdent de leur volume relatif. A mesure que dimi- nuent les masses des hémisphères cérébraux qui recouvrent le corps calleux , dans les Mammifères qui ont un placenta , le corps calleux lui-même est restreint en proportion , dans son développement, tandis que les hippocampes, et eurs appen- dices libres, désignés sous le nom de corps frangés (tœnia hip- pocampi), étant d'une constance remarquable dans leur volume absolu, la voûte continue également d'être développée, et offre des modifications de forme qui rendent plus manifestes ses re- lations comme commissure des Hippocampes, que ne l'indi- querait sa structure dans le cerveau humain. Ainsi dans le cer- veau du mouton , les corps frangés, au lieu de manquer sur les piliers postérieurs de la voûte , se prolongent sur leurs bords latéraux, et en augmentent ainsi la largeur; ils convergent en- du corps calleux, et en partie aussi avec le pilier postérieur de la voûte ; c'est dans ce der- nier que va se jeter le corps frangé tout entier. » — Meckel, Anatomie descriptive , t. a. p. 679. (i) Ainsi la voûte rpprésenle une chaîne très complexe qui unit les deux hémisphères l'un avec l'autre sur plusieurs points , et qui, de plus, établit une communication entre la partie antérieure et la partie postérieure de chaque hémisphère. — Meckei.. Anatomie descrip- tive, tome a, page 65 S. R. ow£M. — Structure du cerveau des Marsupiaux. 1 77 suite et se joignent au-dessus des piliers antérieurs de la voûte, qui ne semblent être ici que de petits appendices secondaires s'étendent depuis le point d'union des corps frangés en dessus , jusque daus les couches optiques en dessous ; puis ces corps frangés se partagent de nouveau , et se continuent en avant et en bas dans les lobes antérieurs des hémisphères , établissant une comuuHjication entre ces parties et les hippocampes en arriére, tandis que, par leur point d'union opposé, ils se con- tinuent en dessus avec le repli antérieur du corps calleux. Comme le corps calleux et la voûte sont à une distance ver- ticale moindre chez Itplupartdes Mammifères que chez l'homme, les deux lames du septum lucidum sont moindres en étendue; mais elles sont proportionnellement plus épaisses. Elles nesont pas seulement formées par l'épithélium des ventricules latéraux mais aussi par des lames fibreuses qui s'étendent delà surface antérieure et postérieure delà voûte, jnsqu'rà la surface opposée du corps calleux. Dans un cerveau de forme simple et déprimée, til que celui des Rongeurs, la voûte ou commissure des hip- pocampes, et le corps calleux, ou commissure des hémisphères, sont en contact, de sorte que c'est employer un terme impropre que de désigner leur point d'union sous le nom de septum lucidum. Le corps calleux est le principal organe de communication entre les deux hémisphères; car il se prolonge horizontalement au-dessus des ventricules, et ses fibres moyennes ont une di- rection transversale, tandis que les fibres des extrémités, qui sont plus ou moins repliées en dessous, ont des directions rayoïuiantes, et s'entremêlent avec les fibres ascendantes et divergentes des pédoncules des hémisphères cérébraux. On l'a regardé jusqu'ici comme lu) caractère important du cerveau des Mammifères , et , prenant le cerveau humain pour terme de comparaison , on a dit que le corps calleux était développé en raison de la grandeur des hémisphères cé- rébraux. Cette formule exprime en effet avec une grande exactitude les relations du corps calleux chez les Mammifères qui ont un placenta; et comme ce sont les lobes postérieurs qui disparaissent VIII. Zooi,. — Scfiteruhr*. la 178 n. owEN. — Structure du cerveau des Marsupiaux. les premiers dans la série descendante on voit aussi le corps calleux diminuer d'arrière en avant dans le sens longitudinal, et par suite si l'on écarte les hémisphères cérébraux on aper- çoit successivement les tubercules quadrigumeaux, la glande pinéale et la partie postériein-e des couches optiques dans les différens Mammifères chez lesquels s'observe cette dégradation progressive de la grande con)missine. Les recherches de Tiedemann ont prouvé, comme chacun le sait, que la partie antérieure, qui, dans la série des Mammifères est la plus constante, est celle par où commence le développe- ment du corps calleux dans le cerveau humain. Je ne me propose point de suivre pas à pas dans ce Mémoire les modifications de l'appareil commissural des hémisphères dans toute la classe des Mammifères; je me contenterai de décrire une modification remarquable de ces parties, qu'offre le cer- veau des Marsupiaux. Ce qui m'a conduit à cette découverte c'est , d'iuie part, l'observation que les différences essentielles entre le cerveau des vertébrés ovipares et celui îles vertébrés vivipares se trouvent dans le système commissural, et d'une autre part aussi l'association delà perfection plus grande du cerveau résultant du développement de la grande connnissure , avec le mode placentaire de développeinent des Maunniferes propre- ment dits. L.i connexion qui s'observe entre l'existence d'un placenta , et un grand développement dans l'organisation cérébrale, pour- rait n'être cpi'une simple coïncidence; mais il n'en est pas moins vi-ai que, de tous les grands systèmes organiques, l'organe cé- rébral ou sentant est le seul qui offre une gi^adation marquée dans la perfection de sa structure chez les animaux qui se dé- veloppent par un placenta. Une étude attentive des différentes mœurs des Marsupiaux, et l'inspection des formesextérieures du cerveau chez un certain nombre d'entre eux, m'avait déjà conduit à faire allusion, dans un Mémoire précédent à une infériorité d'intelligence et à un déve- loppement moindre de l'organe cérébral, comme des circon- stances d'habitudes et de structure qui, chez ces animaux R. owEK. — Structure du cerveau des Marsupiaux. 1^9 singuliers, se montrent le plus constamment associées aux par- ticularités qu'offre leur mode de reproduction, (i) Depuis celte époque, des dissections répétées du cerveau des Marsupiaxix appartenant à différens genres, m'ont fourni la confiriuation la plus satilaisante de cette coïncidence; et bien que je me sente inhabile à expliquer comment la brièveté de l'existence infra-utérine, et l'absence de connexion placentaire entre la mère et le foetus peuvent produire ( si réellement ce sont ces circonstances qui le produisent ) un arrêt dans le dé- veloppement du cerveau , il n'y en a pas moins là une coïnci- dence tellement peu soupçonnée jusqu'à ce jour, et néanmoins tellement pleine d'intérêt sous différens point de vue , que ce sera , je pense, faite une chose agréable aux physiologistes et aux naturalistes, que de leur eu fournir la démonstration. Afin de reconnaître d'une manière satisfaisante les diffé- rences qui existent dans la structure du cerveau entre les Mam- mifères marsupiaux, et les Mammifères à reproduction placen- taire, j'ai disséqué, et comparé minutieusenient les cerveaux du Wumbat et du Castor. Ces animaux , ainsi que chacun le sait, sont à-peii-piès de même taille, et ont tant de rapports d'organisation l'un avec l'autre qu'ils ont été rangés, et le sont encore par quelques naturalistes , dans un même ordre de la classe des Mainmilèies. Le Wombat est en effet un Rongeur par tous ses caractères extérieurs, la poche marsupiale seule exceptée; et de tous les vrais Rongeurs, le Castor est celui dont son anatomie intérieure et en particulier ces organes digestifs le rappiochent le plus. En outre, le cerveau du Castor méritait encore la préférence pour cette comparaison de l'organisation intérieure, parla raison que, vu seulement à l'extérieur, il pour- rait sembler moins élevé en organisation que celui auquel nous le comparons; car le cerveau du Wombat présente quelques circonvolutions, tandis que dans le Castor cet organe estentiè- nietit lisse. Toutefois dans le Castor , le cerveau s'étend plus loin en ar- lière, tout en laissant le cervelet entièrement à découvert; (i) Philosophical Transïclioru, i834 , p. 358. t8o k. owkw. — Slnicturo du cerceau des Marsupiaux. tandis que dans le Wombat , une portion des lobes optiques ou tubercules quadri-jumeawx se trouvent également mise à découvert. En écartant les hémisphères du cerveau du Castor , on dé- couvre, à environ trois lignes au-dessous de la surface, le corps calleux; et si on eulèvela substance cérébrale au niveau de ce corps, on voit les fibres qui le composent diverger dans la sub- stance de chaque hémisphère, ainsi que cela a lieu ordinai- rement, quelques-unes de ses fibres se relevant vers la partie supérieure, tandis que la plus grande partie se recourbe en bas , et embrasse les noyaux cérébraux. Les fibres antérieures jayonnent vers les extrémités antérieures des hémisphères, et les fibres postérieures vers les extrémités postérieures. Les portions du cerveau que l'on a été obligé d'enlever pour détern)iner ainsi l'étendue du corps calleux laissent à découvert les tubercules bigémiués et la glande piuéale; mais les couches optiques demeurent cachées par la grande commissure que uous venons de décrire. Si l'on écarte les hémisphères du cerveau chez le Wombat , on ne met pas seulement à découvert les tubercules bigémiués et la glande pinéale; mais les couches optiques apparaissent aus- sitôt. Au lieu d'un corps calleux bien développé, on aperçoit tout au fond de la fissure longitudinale, une petite bande commis- surale médullaire, qui passe en forme de voûte par dessus la partie antérieure des couches , et se prolonge en dessous de 'a surface recouvrante interne ou médiane dos hémisphères qui, par suite de cette disposition, paraissent complètement séparés ainsi que cela a lieu chez les oiseaux. Si l'on soulève avec précaution les hémisphères en avant de la commissure, et qu'on les pousse en dehors avec le manche «l'un scalpel, l'instrument pénétrera dans la fissure au-dessous de laquelle gît l'hippocampe; si l'on continue la pression, l'hip- pocampe se déchire, et le ventricule latéral est misa découvert. La cloison moyenne de l'hémisphère part du bord supérieur et interne de l'hippocampe , et est formée dans le Wombat comme chez les oiseaux par une lame mince de substance méilullaire analogue au septum lucidum. Dans le Ranguroo, les parois R. owEi\. — Structure du cerueau des Marsupiaux. i8i internes des ventricules latéraux sont plus fortes, ayant en- viron deux lignes d'épaisseur. Les fibres transversales postérieures de la commissure se continuent en dehors et en arrière, au-dessous des fibres plus longitudinales qui les enveloppent à leur passage des corps frangés aux lobes cérébraux antérieurs. Toutes les fibres de la commissure passent le long du plancher des ventricules laté- raux et vont se rendre dans la substance des grands hippo- campes, lesquels sont proportionnellement très développés. Ainsi la commissure, mise à découvert parla séparation des hémisphères cérébraux , se montre dans le Wombat connne étant d'une part le point d'union des deux grands hippocampes dans le sens transversal, et d'une autre part comme unissant dans le sens longitudinal l'hippocampe et le lobe cérébral an- térieur du même côté. Cet organe remplace également la voûte dans son autre fonction, en envoyant en bas de sa surface in- férieure, deux petits appendices nerviformes qui se prolongent verticalement en arrière de la commissure antérieure, en tra- versant la substance des couches optiques, près de leurs sur- faces moyennes, jusqu'au Corpus albcinas situé à la base du cerveau. On a représenté dans la planche 7, fig. 3 , les connexions de la commissure des Hippocampes , vue en dessus. Reprenons maintenant le cerveau du Castor, et soulevons le bord postérieur épaissi du corps calleux ; nous verrons cet organe étroitement réuni par le milieu de sa surface inférieure avec le centre d'une bande conimîssurale de fibres recourbées au-dessus de la partie antérieure des couches optiques, et se portant en dehors et en arrière le long du plancher des ven- tricules latéraux, dans la substance des hippocampes qui sont aussi développés que dans le Woinbat. La partie antérieure du corps calleux est rej)liée en bas, et attachée le long de la ligne médiane de sa surface inférieure par une cloison de substance médullaire représentant le septum lucidum, à la commissure de rhij)pocampe ou voiite , à trois piliers; les corps frangés (tœni.ne hippocampi), qui constituent les parties latérales de cette com- 1 82 4î. owÊiT. — Structure du cerueau des Marsupiaux. rnissure js'étemlent en avant , de même que dans le AVombat , jusque dans les lobes antéri<^urs.. Le corps calleux enlevé et les fibres comniissurales de l'hippo- campe étant laissées en |dace(fig. 2),lecerveaudu castor offre un aspect tout-à-fait analogue à celui qu'offrait le cerveau du Wora- bat dans la dissection précéilente. Aussi regardons-nous ce der- nier comme manquant de corps calleux, du septum lucidum , et conséquemn)entdu cinquième ventricule. L'artère du plexus choroïde, chez le Castor et le Wombat, pénètre dans le ventri- cule latéral où commence l'hippocampe, à la base de l'hémi- sphère; et le plexus se continue à la surface inférieure du corps frangé et passe au-dessous de la voûte, à travers le trou ordi- naire, pour communiquer avec son congénère, dans le troi- sième ventricule, immédiatement en arrière du pilier antérieur de la voûte, lequel se dirige en dehors, dans le Casior comme dans le Wombat, en partant du centre de la surface inférieure de la commissure de l'hippocampe. Si l'on met à découvert le ventricule latéral, en enlevant les parois postérieures; chez un marsupial et chez un mammi- fère à placenta, on découvre le grand hippocampe, le corps frangé, le plexus choroïde, et le trou de Monro. Si l'on en- fonce un stylet transversalement, à travers la paroi interne du ventricule, immédiatement au-dessous de l'hippocampe, dans le cerveau d'un quadrupède à placenta , ce stylet tra- verse le septum lucidum et pénètre dans le ventricule opposé, au-dessous du corps calleux. Si on faisait la même opéra- tion dans le cerveau d'un Marsupial , le stylet passerait dans le ventricule opposé; mais se montrerait immédiatement à nu, si l'on écartait les hémisphères , et se verrait au-dessus de la commissure de l'hippocampe. Néanmoins cette commissure doit être regardée tout à-la-fois et comme le représentant de la voûte à trois piliers, et comme un premier rudiment du corps calleux; mais, malgré cette détermination , il n'en demeure pas moins vrai que la grande commissure qui unit les masses super-ven- triculaires du Castor et des autres Mammifères à développement placentaire, et qui est sur-ajoutée à la commissure de l'hippo- campe^ ne manque dans le cerveau du Wombat; et comme le R. owEN. — SU'uclure du cerveau des Marsupiaux. i83 même fait se reproduit dans le cerveau du grand Ranguroo et du Ranguroo oualabate, du Phalanger renard , du Dasynre de Maugé , du Dasyure hérissé et de la Sarigue à oreilles bico- lores, il paraît très probable que c'est un caractère propre aux Mammifères de l'ordre des Marsupiaux. Par celte modification de l'appareil comcnmissural que nous venons de décrire, le cerveau des Marsupiaux se trouve inter- médiaire par sa structure entre celui des Mammifères à placenta, et celui des oiseaux , classe où la grande commissure manque complètement et où les hémisphères, bien que comparativement plus grands que chez beaucoup de Mammifères, ne sont mis en comnmnication que par les commissures antérieure posté- rieure et molle, et par un rudiment de la voûte ou commissure hip- pocampienne. Parmi les autres particularités qu'offre le cerveau des Marsupiaux , la grandeur relative de la commissure anté- rieure mérite une mention spéciale ; son développement est en rapport avec la grandeur du ganglion cérébral qui est l'origine principale du nerf olfactif; et quelques-unes de ses fibres an- térieures se recourbent en avant, et se continuent directement dans ces nerfs. Sous le rapport de la position de la fissure transversale su- perficielle, et de la solidité des tubercules quadri-jumeaux , le cerveau des Marsupiaux se rapproche du type des mammifères ainsi que par les fibres transversales extérieures de la commis- sure du cervelet, qiu forme le puni de Warole, dont la présence est en rapport avec le développement des lobes latéraux du cervelet. D'autres différences moindres entre les cerveaux de M irsu- piaux seront ex|)osées dans l'explication des figures. Cette répétition d'une modification de l'organe cérébral aussi importante que l'est l'absence du corps calleux et du septum lucidum, nous fournit de nouveaux et importans motifs de re- garder les Marsupiaux comme un groupe à part et bien distinct; et quand à cette modification viennent s'ajouter des indices d'oviparité fournis par les systèmes circulatoire et absorbant, et des caractères sj)éciaux des appareils osseux et générateur , nous sommes fondés à penser que cette distribution des Mar- i84 R. owEPT. — Structure du cerveau des Marsupiaux. siipiaux est artificielle, et n'a d'autre {'ondement que notre ignorance de leur affinité nmliielle , ignorance qui, forcée de s'appuyer sur les seules modifications des dents et des extré- mités sépareraient les espèces, pour les répartir dans les divers groupes correspondans des Mammifères à placenta. Cuvier a observé que le groupe des Marsupiaux embrasse des formes qui ne produisent les types desdifférens ordres de Mam- mifères ordinaires (i) , et M. de Blainville les considère comme formant avecles Monotrèmes une division distincte des Mam- mifèresà développement placentaire. Celte sous-classe est prin- -^ipal^ment confinée dans le continent de l'Australie, où les ■iifférens genres carnivores, insectivores, omnivores et herbi- vores remplissent des rôles correspondant à ceux que jouent Mammifères à placenta sur un plus vaste théâtre , où la ^trésence d'ennemis plus nombreux et plus puissans , la né- cessité de poursuivre une proie plus variée et plus subtile aécessitent un courage plus grand , une adresse plus con- :)mmée , des ressources plus multipliées que ne paraissent ^xiger les besoins des Marsupiaux dans leur sphère plus imitée. EXPI-ICA.TION DE LA PLANCHE ']. (2) Fig, 2. Cerveau du Castor, vu en dessus. Ou a enlevé la substance des hémisphères jusqu'au niveau du corps calleux Fig. 2. Cerveau du même avec l'hémisphère gauche divisé horizontalement au niveau de la commissure de l'hyppocampe , et montrant à nu le ventricule latéral. Dans cette préparation , le corps calleux a été divisé verticalement , et sa moitié gauche enlevée en même temps que l'hémisphère correspondant , tandis que l'hémisphère du côté droit a été laissé en place. (i) Les Marsupiaux nous paraissent former un ordre à part, tant ils offrent de singularités dans leur économie , et surtout parce que l'on j observe en quelque sorte la représentation de trois ordres bien différens, — Règne animal, i, page 15a. ^ (2) Nous n'avons reproduit ici que les figures qui sont les plus intéressantes et qui sont néces- saires pour l'intelligence du te.\te; mais le mémoire anglais est accompagné d'un plus grand nombre de planches. La première de ces planches représente le cerveau du Castor, d'un Ouistiti (M on découvre la grande cavité branchiale et on y voit les branchies (g), qui sont faciles à reconnaître à raison de leur structure vésiculaire. Vers la droite, on trouve le réservoir du mucus (h), qui est grand, et qui s'étend depuis les branchies jusqu'à la voûte palléale; du même côté est le rectum {i) qui des- cend en ligne droite et qui longe un autre canal (k) d'un aspect floconnenx, lequel semble devoir être l'oviducte. Tout auprès se trouve comme d'ordinaire le sac péricardial (/) et un cœur pourvu d'une oreillette et d'un ventricule. La glande qui se- CARUS. — Sur le Magile. 189 crête le miictis est située au-dessus du péricarde, et ressemble à un tymus. La portion du corps qui est situé derrière cet organe et qui, dans le jeune âge, constituait le tortillon , a été fendu longitndinalement; elle est recouverte par un prolongement mince du manteau et a la forme d'un sac aveugle rempli d'une substance semblable à celle qui se trouve d'ordinaire dans cette partie chez les autres gastéropodes et qui constitue le foie et l'o- vaire; la couche supérieure d'une teinte plus foncée (/w) est pro- bablement le foie et la couche inférieure d'une couleur jaune et dune texture granulée, l'ovaire (w). Une autre incision longitu- dinale a été pratiquée, |)our mettre à découvert la portion an- térieure du tube digestif. On voit (en y?) le pharynx à côté des ujiiscles rétracteurs de la trompe; cette cavité se dirige en ar- rière et aboutit suivant M. Ruppell, dans un estomac irrégu- lièremsnt dilaté et logé dans le foie. L'intestin après deux cir- convolutions constitue la rectum {{). Enfin les organes externes de la génération se trouvent au côté droit de l'abdomen et af- fectent dans l'échantillon que j'ai examiné la forme d'une petite verrue à peine saillante, tandis que dans celui disséqué par M. Ru p- pel il existait dans le même point une petite verge. Ce dernier naturaliste considère le Magile comme ayant, ainsi que les Bu- cins, les sexes séparés; mais son opinion ne repose pas sur des preuves anatomiques irrécusables; Cuvier, au contraire, pense que ce mollusque immobile est un hermaphrodite parfait, apte a se féconder lui-même. » Dans la seconde partie de ce mémoire , l'auteur s'occupe de la manière dont la coquille s'allonge en x\n tube irrégulier et dont la portion abandonnée par les parties molles de l'animal se solidifie. EXPLICATION DES FIGURES. P'i.ANCHE 8B. Fig. I et 2. L'animal, séparé de son luyau , un peu grossi et représenté en dessus et en des- sous.- — a le pied ; — a l'opercule; — & plante du pied ; — b tète; — c manleau; — d tube respiratoire ou siphon du manteau; — /muscle d'attache. Fifi. 3. Télé grossie davnula^c et vue de profil : — a pied et sa plante; — h bourrelet cé- phalique , qui s'étend jusque sous le manteau ; — ftl l'antenne du côté gaurlie et l'œil situé à >a base ; — ^ Ironipi; ; — r boid du uiaiitcau. , iQO DONSÉ. — Moupemens vibratiles des muqueuses. Fig, 4. L'animal ouvert par le dos et beaucoup grossi : — a pied; — a'operciile; — & plante du pied ; — b antennes : la membrane qui en unit la base est fendue pour montrer la trompe {g) ; — c le manteau fendu et rejeté de côté ; — d siphon ; — g branchies ; — li vésicule du mucus ; — i rectum; — k oviducte ; — / creur ; — X organe sécréteur du mucus; — m foie; — n ovaire ; — o section longitudinale du plancher de la cavité respiratoire, laissant voir le pharynx [p), qui est très étroit ; — q éminence correspondaul à la place occupée d'ordinaire par les organes externes de la génération. Note sur les mouvemens vibratiles a la surface des muqueuses , par M. Donné. Voici de nouveaux faits à ajouter à ce que MM. Purkinje et Valentin nous ont appris relativement aux mouvemens ciliaires de certaines membranes mu- queuses. Ayant ou l'occasion d'observer un fragment de muqueuse provenant d'un polype du nez, j'ai constaté 1° que le mouvement vibratoire n'a pas duré moins de trente heures ; 2° qu'au bout de sept à huit heures , la portion de membrane soumise à mon observation ou plutôt son epiihelium, a commencé à se desagréger, à se diviser en particules pyriformes, ayant environ -^ mill. de longueur et 7-^ mill. de largeur àleur partie renflée; les cils vibratoires étaient fixés sur cette partie, l'autre se termiiiait en queue , on avait alors sous les yeux de véritables monades, se mouvant dans le liquide et agitant leurs cils avec une très grande rapidité. Je n'ai rien trouvé qui pût donner une idée de ce fait dans les divers tra- vaux publiés par MM. Purkinje et Valentin à ce sujet; ni dans leur travail ori- ginal inséré en i834 daus les Archives d'anatomie et de pbysioloj^ie de Millier ni dans leur mémoire intitulé : De pliœnomano generali et fundamentali mo- tus vibratoriicontinuiin membrants, etc. , ni dans leur travail inséré au tome XVII des nouveaux Actes des curieux de la nature , sous le titre de : De molû vibratorio observationes , ni enfin dans le Repertorium fur anatomie und physiologie de M. Valentin lui-même. Il n'y est question de lien de semblable à ce que j'avance sur l'organisation des membranes muqueuses et sur la cause de leur mouvement vibratoire. Je profite de l'occasion pour signaler une distinction bien tranchée entre deux ordres de membranes muqueuses très différentes l'une de l'autre. Toutes les muqueuses vibratoires sécrètent un mucus composé de globules , et qui est alcalin j les antres ont un epiihelium formé de squames imbriquées à la manière de l'épiderme de la peau, et sont acides comme la sueur, etc. [Académie des Sciences, le 25 septembre iSS/.) i WESMAKL. — Difformité chez un Lépidoptère. igi Note sur une difformité obseruée chez un Lépidoptère : Par M. Wesmael. Un individu femelle de la Nympkale du Peuplier , pris au mois de juillet dans les environs de Bruxelles, m'a offert un cas de difformité fort singulier Cette Nymphale est arrivée à sonoiat p;irfait en conservant sa tête de Chenille. Du reste, le thorax, les ailes, l'abdomen et les pattes sont complèlement déve- loppés, et colorés comme de coutume. Pendant sa vie , l'insecte tournait cette singulière tête de droite et de gauche , et, par momens, agitait avec vivacité les pattes de devant, comme pour la repousser et s'en débarrasser. Désirant ra^assurer de l'état de l'intérieur de la tête, autant que cela était possible sans la mettre complètement en pièces, j'enlevai un fragment de Ten- veloppe extérieure du côté gauche. Je trouvai au-dessous une seconde enveloppe, beaucoup plus mince que la première, et dont je ne pus d'abord apprécier la destination. Je la perçai à sou tour, et je découvris sous elle l'œil très bien formé d'un Lépidoptère. La surface de la région voisine était couverte de poils écailleux, comme elle l'est ordinairement chez ces insectes. Dès-lors, il devenait évident pour moi que la seconde enveloppe céphalique était celle delà nymphe, et que la difformité de notre Nyniphale provenait i° de ce que, à l'époque du passage de l'état de larve à l'état de nymphe, elle n'avait pu rejeter la peau de sa tête j 2° de ce que^ à l'époque du passage de nymphe à l'état parfait, elle était restée coiffée de sa peau de nymphe et de larve tout à-la-fois. L'enveloppe céphalique de la Chenille est donc restée constamment extérieure. Sous la tête de la Chenille, et immédiatement au-dessus de l'enveloppe delà nymphe se trouvait à gauche une antenne repliée plusieurs fois sur elle-même, sans renflement distinct vers l'extrémité, et enfermée dans une gaine membra- neuse très mince, et en grande partie diaphane et striée de brun en travers. Il est probable que l'antenne droite est semblablement disposée. Le palpe gauche est rejeté horizontalement en arrière, sans être engagé sous les enveloppes de la tête, de sorte qu'il a pu atteindre à-peu-près la forme et les dimensions ordi- naires. Le palfie droit semble avoir été cassé, car on voit distinctement la place de son insertion. D'après ce qui précède , l'absence de la faculté de voir était évidente chez uotre Nymphale : i° elle ne pouvait voir comme voyait la larve, puisque, de- puis long-temps, l'enveloppe de la nymphe .s'était interposée entre le cerveau et la peau de la larve, et avait ainsi causé l'oblitération des Glets nerveux qui se rtndaienl primitivement aux ocelles; 2° notre Nymphale ne pouvait voir avec ses yeux à facette.», puisqu'ils étaient recouverts par la peau do la nymphe et de la larve tout à-la-fois. Ce cas de difformité, tel que je viens de le décrire, me semble prouver ; I Que, clic/ les Entomozoaircs sujets à des mues, l'exuriafion peut avoir iqa LACORDAiRE. — Introduction à V entomologie. lieu partiellement, sans que le développement des poitious du corps exuviées paraisse souffrir du défaut d'exuviation d'une autre portion , quelque impor- tante que soit d'ailleurs eelle-ci à raison de ses fonctions. Cotte indépendance mutuelle des diverses portions du corps , plus grande cbez les Entomozaires que chez beaucoup d'autres animaux, n'est d'ailleurs qu'une conséquence toute na- turelle de leur segmentation. a° Que la portion du ccrps accidentellement inexuviéc, n'en continue pas moins à parcourir le reste de l'animal , les diverses phases de développement qui doivent amener celui-ci à l'état parfait. Des observateurs célèbres, parmi lesquels je citerai Bonnet et Swammerdara , ont cru à la coexistence originaire et simultanée des diverses peaux dont les lar- ves exuviales se montrent successivement revêtues. Je ne pense pas que l'état accidentel de la tête de notre Nymphale puisse fournir le moindre argument en faveur de ce système d'emboîtement. Il me semble d'abord trop bien prouvé aujourd'hui que chaque nouvelle peau se forme peu de temps seulement avant la chute de l'ancienne. {Bulletin des séances de V Académie Royale de Bruxelles, août liZy. ) PUBLICATIONS NOUVELLES. Introduction a l'entomologie, par M. Lacordaire, professeur de zoologie à V université de Liège. ( i ) Le second et dernier volume de cet ouvrage, vient de paraître , et comprend l'histoire anatomique et physiologique des fonctions de nutrition, de reproduction et de relation chez les insectes, des considt rations très étendues sur l'instinct et l'intelligence chez ces animaux , des observations très intéressantes sur leur dis- tribution géographique , et une esquisse historique des progrès de l'entomologie depuis l'antiquité, ius(iu'à nos jours. Le premier volume, qui est déjà connu de nos lecteurs, est consacré à l'étude des métamorphoses des insectes et de leur système tégumentaire ; nous ne doutons pas que les naturalistes n'accueillent avec intérêt ce traité, qui nous paraît donner d'une manière claire et exacte l'état de la science et qui ne pourra quajouter à la réputation du savant ento- mologiste de Liège. fi) Deux volumes in-8, avec planches (faisant partie de la collection des traités d'histoire naturelle, publiés par Roret , sous le titre de : Suites à Bujfon, par MM. Audouin, Bibron, Boisduval , Blaiavilie, Brebisson, Brongniart, A. de Candolle, F. Cuvier, Dejean, Delafosse , Desmarest ; Dumerii, Huot, Lacordaire, Lessou, Macquart, Milne Edwards, Saint-Faryean, Serville , Spacb et Walkeoaer.) CH. MATTHDCci. — Sur la Torpille. 193 Recherches physiques , chimiques et physiologiques sur la Torpille , Par M. Ch. MAixEuccr. (i) « Si l'on découvre un joiu' que le fluide électrique intervient dans les phénomènes de la vie , ce sera en étudiant la pro- priété singulière que possèdent certains poissons , de donner, quand on les touche avec la main , une commotion semblable à celle de la bouteille de Leyde. » Ces mots très profonds, d'un des plus grands physiciens de notre époque , n'ont pu que m'affermir dans une idée que j'a- vais déjà émise dans mon premier mémoire sur la torpille, lu à l'Institut le 11 juillet i836. Du corps de la torpille, disais'"* je à la fin de ce mémoire , nous verrons très probablement apparaître cette grande inconnue, jusqu'ici indéterminée , de la vie organique. Sans cesse tourmenté par ces pensées, et soutenu par l'es- poir de parvenir au but de mes recherches, je n'ai rien épargné pour réussir. Deux mois passés sur les bords de l'Adriatique , juin et juillet de l'année courante, m'ont fourni 116 torpilles plus ou moins grandes , toutes vivantes. Je suis monté moi- même dans de petits bateaux pour en pêcher, et pour pouvoir ainsi étudier ce poisson dans toute sa vitalité. J'ose me flatter que toutes ces peines n'auront pas été perdues, et que la phy- siologie générale et l'histoire de ces poissons devront à mes recherches quelques nouvelles lumières. J'ai tâché d'étudier ces animaux sous tous les points de vue : j'ai interrogé les pê- cheurs pour en connaître les raouvemens, j'ai obtenu la de- (i) Ce travail, dont nous avons ddans un bocal plein d'eau salée , et avec elle une grenouille préparée et posée sur son corps. Le bocal était fermé exactement, et portait un tube de verre d'un diamètre très petit. Après avoir bien luté le bouchon, j'ai fini de remplir d'eau le bocal, de manière que le liquide s'élevât dans le petit tube. La torpille donnait de temps en temps des décharges par un procédé par- ticulier que je décrirai ensuite; la grenouille , en effet, se contractait, mais le niveau du liquide dans le petit tube était immobile. Lorsque l'animal est doué d'une grande vitalité, on ressent la commotion dans quelque point de son corps qu'on le touche. Au fur et à mesure que la vitalité cesse, la région de son corps où la décharge est sensible, se réduit à celle qui correspond aux organes appelés communément électriques. Je me suis assuré, par l'expérience, que la torpille n'a pas le pouvoir de diriger la décharge où elle veut et où elle est irritée. Elle se décharge ^«(7/2f/ elle veut, mais non on elle veut. Ou avait cru qu'elle pouvait diriger sa décharge où elle veut. 198 CH. MATTEDCGi. — Sur la Torpille. parce qu'on avait ressentie la commotion dans la partie du corps qui touche la torpille, et parce que le point irrité du poisson est le point où il est touché, mais voici ce qui arrive. Si les décharges sont fortes , l'animal était en pleine vie, elles se ressentent dans quelques points que la torpille soit touchée. Lorsqu'elle est affaiblie, et qu'on vient à l'irriter pour en avoir la décliarge, ce n'est plus dans tous les points de son corps qu'on la i essent. En effet, j'ai couché plusieurs grenouilles pré- parées, sur plusieurs points du corps d'une torpille un peu affai- blie: je l'ai irritée avec un couteau à la queue, aux nageoires, aux branchies, etc. Les grenouilles qui sautaient éJaient , dans tous les cas, celles que j'avais posées sur les organes électriques. Au moyen de la grenouille seule , j'ai pu établir qu'elle était, dans la décharge, la distribution de l'électricité sur le corps de la torpille. Pour que la grenouille , ou un corps quelconque, soient traversés par le courant électrique de la torpille qui se décharge , il faut toujours qu'ils en soient touchés en deux points différens. Si, par exemple , on prend une grenouille à laquelle on a laissé un seul filet nerveux crural , et qu'ensuite on touche la torpille avec la seule extrémité de ce nerf, en tenant la grenouille isolée, on ne voit jamais celle-ci se con- tracter, tandis que d'autres grenouilles posées sur le poisson souffrent de très grandes contractions. Pour voir la grenouille isolée se contracter par la décharge de la torpille, il suffit qu'elle la touche par deux filets nerveux , ou par un nerf et un mus- cle,enfinque deux points de la grenouille touchent deux points de la torpille. Si la grenouille n'est pas soutenue par un corps isolant, mais qu'au contraire elle communique avec la terre, on la voit alors se contracter, quand même elle ne toucherait la torpille que par la seule exirénité d'im filet nerveux. Avec le galvanomètre, la distribution de l'électricité est très aisément déterminée. Il suffit de promener les lames de platine du galvanomètre sur les différens points de l'organe électrique. Lorsqu'on veut des résultats comparables et exacts , il vaut mieux détruire l'un des organes, ce qu'on fait en le coupant tout entier ou seulement les nerfs. On fait alors l'expérience sur l'organe laissé intact, sans avoir à craindre que la décharge CH. MATTEUCCi. — Su}- la TorpUle. 199 de l'autre vienne à troubler celui qu'on a étudié. Voici qu'elles sont les lois générales de cette distribution. 1° Tous les points de la partie dorsale de l'organe sont posi- tifs relativement à tous les points de la partie ventrale. 1" Les points de l'organe sur la face dorsale , qui sont au- dessus des nerfs qui pénètrent dans cet organe, sont positifs relativement aux autres points de la même face dorsale. 3° Les points de l'organe sur la face ventrale , qui corres- pondent à ceux qui sont positifs sur la face dorsale , sont négatifs relativement aux autres points de la même face ven- trale. Ces trois lois, qui sont établies sur un très grand nombi*e d'expériences, expliquent très bien tous les cas du courant, qu'on fait naître en touchant ou uneseule face de l'organe dans deux points différons, ou bien les deux organes à-la-fois sur la même face , pourvu que les points touchés ne soient point symétriques. J'ai encore déterminé de quelle manière le courant se meut dans l'acte de la décharge de la peau extérieure à l'in- térieure de l'organe. Pour ces expériences, j'ai couvert de vernis mes lames de platine, de manière à en laisser à décou- vert seulement une bande très étroite. On coupe l'organe horizo'italement, on sépare avec une lame de verre les deux faces intérieures; ou bien on le coupe verticalement, et l'on y introduit plus ou moins profondément les lames de platine. On> varie de toutes manières ces dispositions, et le résultat général est toujours le suivant : la lame positive du glavanomètre est toujours celle qui touche la peau dorsale, ou qui est le plus près de cette partie , relativement à la lame qui touche la peau ven- trale, ou la partie intérieure de l'organe qui est le plus près de cette peau. En examinant l'intensité du courant avec le galvanomètre , on trouve qu'elle varie avec l'étendue des lames qui touchent les deux faces de l'organe. J'ai voulu examiner encore quelle était la nature du courant de la torpille lorsqu'on le fait passer pendant plus ou moins de temps par luie couche d'eau «alée , ou par cette même 2too CH. MATTKUCCi. — Sur la Torpille. couche séparée par un diaphragme métallique. Le principe général que j'ai découvert est le suivant : lorsque la torpille est douée d'une grande vitalité, au moment où on vient de la tirer de la mer, le courant qu elle donne peut se comparer à celui d'une pile d'im grand nombre de couples, et chargé avec un liquide actif et bon conducteur. A mesure que la vitalité s'affaiblir , le courant de la torpille se rapproche toujours plus de celui d'une pile faible et d'un nombre de couples toujours moindre. Pour m'arréter à une déviation du galvanomètre qui pût être comparable, j'ai procédé de la manière suivante. Je pose la torpille, à peine tirée de l'eau et essuyée, sur un plat métallique qui est isolé. C'est le plat de l'appareil que je dé- crirai plus loin, et qui me sert à produire l'étincelle. Un autre plat métallique qui a un manche de verre , est posé sur la tor- pille. Des fils de cuivre sont soudés à ces plats, et vont se réunir où l'on veut. Pour avoir une déviation fixe, j'irrite la torpille, disposée comme nous l'avons dit, de manière qu'elle donne huit à dix décharges successives, et je prends la dévia- tion finale à la moitié de l'oscillation. 3'ôte ensuite la torpille, je la replonge dans l'eau de mer , et au bout de six à huit minutes, je la soumets de nouveau à l'expérience et ainsi de suite. Sur une torpille femelle très vivace, large de o", 18, j'ai fait l'ex- périence suivante. En établissant un circuit tout métallique j'ai eu une déviation de 80°. Ce même courant passant ensuite par une couche d'eau salée, longue de o", 40, très large et très profonde, introduit par des électrodes de platine de 6 centi- mètres carrés, était à peine affaibli : la même torpille, après quelque temps, m'a donné So" avec le circuit tout métallique, et ia° avec l'addition de la couche d'eau salée. Le couranJ d'une autre torpille déjà faible, me donnait 3o° en passant par le fil métallique, et 6° en passant par la couche d'eau salée, longue de o", 20, large et profonde de o", 02, à la moitié de laquelle se trouvait un diaphragme de platine. Cette même torpille encore plus affaibhe m'adonne 12° dans le premier cas, et à peine des traces d'électricité dans le second cas. Les phénomènes de décomposition électro-chimique , déjà obtenus par John Davy ont été peu étudiés par moi. J'exposerai CH. MATTEUCCi. — Sur la Torpille. 201 seulement une manière très simple de les produire. Elle con- siste à fermer le circuit entre les deux faces de l'organe avec une bande de papier imbibée d'une solution très saturée de iodore de potassium. Deux lames de platine sont interposées entre les surfaces de l'organe et les bords du papier. Après quelques décharges, les indices de la décomposition appa- raissent. L'étincelle électrique s'obtient très aisément avec l'appareil que j'ai décrit. Des feuilles d'or sont appliquées, avec delà gomme, sur les deux boules métalliques. On tient ces deux feuilles à la distance d'un demi-millimètre, et, en mouvant lé- gèrement le plat métallique supérieur, on irrite l'animal; dans le même moment les feuilles se meuvent, se rapprochent et s'éloignent presque simultanément. On ne manque pas de voir des étincelles très brillantes éclater entre les feuilles d'or. CHAPITRE IV. DES CAUSES EXTÉRIEURES ET INTÉRIEURES QUI INFLUENT SUR LA DÉCHARGE DE LA TORPILLE. J'entends par causes extérieures celles qui ne détruisent pas sensiblement l'organisation du poisson : c'est l'inverse pour les causes intérieures. J'en ferai l'exposition dans deux sections séparées. i'* SECTION. — Causes extérieures. La vie de la torpille se prolonge plus ou moins, suivant : 1° la masse d'eau de mer dans laquelle on la tient; 2° la tempé- rature de cette eau; 3° enfin, le degré de l'irritation qu'on fait souffrir à l'animal et par laquelle on l'oblige à se décharger très souvent. J'ai réussi à prolonger la vie de la torpille jusqu'à trois jours dans ma chambre, en réunissant d'une manière favorable à l'animal les trois circonstances ci-dessus men- tionnées. Il faut pourtant observer que les causes qui pro- longent la vie de la torpille ne sont pas les mêmes qui ac- 2oa CH. MATTEiTcci. — Sur la Torpille. croissent l'activité de sa fonction électrique. Nous verrous dans cette section, que la fonction électrique et le prolongement de la vie de l'animal varient par l'effet des mêmes causes agissant d'une manière opposée. Parlons d'abord de la chaleur. Dans une masse d'eau de mer, haute de presque un mètre et contenue dans un vase de 3o centimètres de diamètre, dont la température est à + i8° R., la torpille ne vit ordinairement que cinq à six heures au plus, en conservant toujours sa force électrique avec une activité plus ou moins grande. Si la tempé- rature vient à s'ab:iisser, la fonction électrique cesse presque en même temps. J'ai pris deux torpilles femelles, pèchées au même instant, et d'une grosseur moyenne. L'expérience a commencé trois heures après que je les avais prises. On les a mises dans des quantités d'eau de mer égales , mais de tempé- rature différente, l'une étant à 4- i8° R., l'autre à + 4" R. Au bout de cinq minutes la torpille plongée dans l'eau froide, ne donnait plus de décharges électriques quoiqu'on l'irritât, et ne faisait aucun mouvement; cinq minutes plus tard, on ne voyait presque plus de mouvement dans ses branchies : on l'aurait crue morte. L'autre torpille était parfaitement dans son état ordinaire. J'ai retiré la première de l'eau et l'ai mise avec l'autre. Une dizaine de minutes s'étaient à peine écoulées qu'elle avait déjà repris sa première force, tout-à-fait comme l'autre. J'ai répété sur le même poisson quatre fois de suite la même expérience, toujours avec le même succès, si ce n'est qu'il demandait pour se rétablir un temps d'autant plus long qu'on l'avait plus longuement refroidi. J'ai vu une petite torpille mâle, large de six centimètres, transportée de nuit pendant dix heures dans une très petite quantité d'eau de mer à la tempé- rature de +8° à io°R.;elle arriva engourdie et presque morte. L'état où je la voyais me la fit retirer de l'eau , et mettre sur une table où tombait un rayon de soleil levant. Je la vis alors se mouvoir; je la remis dans de l'eau qui était à + i6°, et dans un instant elle me donna la décharge électrique. Elle vécut pendant une heure. J'ai étudié l'action du réchauffement sur une autre torpille. C'était une torpille femelle de dimension moyenne , et qui n'était même pus très vivace. Je la mis dans CH. MATTEUCc.r. — Sur la Torpille. 2o3 de l'eau de mer que je pouvais échauffer à volonté. A mesure que la température s'élevait, j'avais soin de toucher l'animal. Une cessa jamais de donner de fortes décharges électriques. La tem- pérature était à + 3o** R., lorsque l'animal me donna cinq à six décharges électriques plus fortes qu'avant, qui durèrent quel- ques secondes; après quoi il mourut. J'ai prolongé le séjour d'une autre torpille dans de l'eau à 4- 26° R.; elle continua de donner des décharges, mais elle ne tarda pas à y mourir. Si l'on a soin de la retirer tout de suite de l'eau chaude jusqu'à + 24° ou 26° R. et de la remettre dans de l'eau à + 180 R., on parvient à la rétablir. C'est une expérience que j'ai répétée plusieurs fois. — On peut très bien expliquer cette action de la chaleur, sans recourir à des causes inconnues ou à des ana- logies trop éloignées. Les principes établis dans les grands tra- vaux de M. Edw^ardssur la respiration, suffisent pour faire com- prendre ce phénomène. Il n'y a qu'à admettre que l'activité de la fonction électiique est proportionnelle au degré d'activité de la circulation et de la respiration de l'animal. Le poisson plongé dans l'eau froide, a la circulation presque arrêtée à l'instant, et une petite quantité d'air suffit pour entretenir son existence engourdie. Dans l'eau chaude, la circulation et la respiration prennent une très grande rapidité; mais le poisson doit bien- tôt mourrir par l'effet de la diminution de l'air, dont la quan- tité n'est plus en rapport avec la nouvelle activité de ces deux fonctions. Avant de commencer l'étude de la respiration de la torpille sous le rapport de sa fonction électrique, j'ai dû commencer par l'analyse de l'air dissous dans de l'eau de mer. Mon appareil était le même qui a été employé par M. de Humboldt dans son célèbre travail sur la respiration des poissons. L'analyse de l'air fut faite p^r la potasse et par la combustion du phos- phore. J'ai répété plusieurs fois cette analyse, et j'ai observé de grandes différences dans les résultats, suivant les lieux de la mer où l'eau était prise, et suivant la température à laquelle elle était exposée. Je donnerai ici la composition moyenne de l'air contenu dans l'eau de mer près de la côte de Cesenatico, prise à 4- 13** R. et à i pied au-dessous de la surface. 35oo" ao4 CH. MA.TTEUCCI. ~ Sur la Tçrpille. d'eau m'ont donné G2,5 dixièmes de pouce cube anglais, équi- valens à loi", 87. La composition pour 100 de ce mélange était : 1 1 d'acide carbonique, 6o,5 d'azote, 29,5 d'oxigène. Cette composition a été constante relativement à l'oxigène etàl'azote; l'acide carbonique a varié de 0,08 à 0,27. La même eau de mer prise près de mon habitation , dans un petit réservoir qui dé- bouchait dans le canal du port , à la température de + 22° R., m'a donné la composition suivante : 35oo" donnent 4 5 dixiè- mes de pouce cube anglais, dont la composition pour 100 du mélange est de 17,8 d'acide carbonique, 24,4 d'oxigène, 67,8 d'azote.Voyons maintenant quel est lechangementapporté dans cette quantité d'air et dans sa composition , par la respiration de la torpille. J'ai fait deux expériences en choisissant deux torpilles femelles d'une vitalité presque égale et d'une gran- deur très peu différente : l'une de ces torpilles a été T>îongée dans l'eau dont j'ai donné l'analyse; elle a été tranquille pen- dant 45 minutes à la température de + 11° R. ; l'autre torpille a été dans la même condition , si ce n'est qu'on l'obligeait con- tinuellement à donner la décharge. Les ayant retirées de l'eau encore vivantes , j'ai passé tout de suite à l'analyse de l'air con- tenu dans ces deux masses séparées d'eau de mer. Voici les ré- sultats. Air de Veau de la torpille qui a donné les décharges. 35oo" ont donné 3o,5 dixièmes de pouce cube anglais. CompositioQ. Acide carbonique. ... 11 3o,6 Azote 19,5 69,4 Oxigène dès traces 3o,5 100 uéîr de Veau de la torpille restée tranquille. 35oo" ont donné 33,75 dixièmes de pouce cube anglais» Composition. Acide carbonique. . . . t2,Ôo 37,8 Azote. . ao,a5 69,4 Oxigène i 2,8 33,75 100 CH. MATTEUCCi. — Siir la Torpille. ao5 On voit donc que la torpille tourmentée a respiré plus que l'autre. L'oxigène absorbé est à l'azote absorbé, comme loo: Sg, l'oxigène absorbé à l'acide carbonique produit, comme loo : 37,2. Dans la seconde torpille, la première proportion est de ioo : 67,50 la seconde de 100 : 45. C'est un résultat bien sin- gulier que de voir la torpille qui a plus d'action sur l'oxigène et l'azote, être en même temps celle qui développe moins d'a- cide carbonique. Le premier résultat s'explique très aisément par l'accélération de la respiration et de la circulation de la torpille irritée. Je décrirai encore une expérience qui confirme le principe déjà établi, c'est-à-dire que l'activité de la fonction électrique est proportionnelle à l'activité de la circulation et de la respi- ration de l'animal. J'ai pris une torpille mâle très petite , qui était très affaiblie : à peine de temps en temps la voyait-on opérer le mouvement respiratoire, et bien difficilement on en obtenait une décharge. J'ai introduit cette torpille sous une cloche pleine de gaz oxigène. A l'instant même l'animal s'agita, il ouvrit la bouche plusieurs fois, il fit de fortes contractions, et dans le même temps il me donna 5 à 6 fortes décharges électriques, puis il mourut. Pour achever l'exposition de mes recherches sur les causes extérieures qui influent sur la décharge électrique de la torpille, j'ai encore à parler de l'action du poison. Je suis revenu cette année sur les expériences que j'avais déjà faites et publiées l'an dernier. J'ai pris trois grains de strichnine et j'y ai ajouté quelques gouttes d'acide muriatique. J'ai introduit le muriate dans la bouche et l'estomac d'une grosse torpille très vivante , large de 25 centimètres et longue de 32. Au bout de quelques secondes il y eut de fortes contractions à la moelle épinière ; ensuite, avec ces contractions il se fit quelques rares décharges très fortes ; dix minutes après, les décharges devinrent plus faibles, mais plus rapprochées l'une de l'autre; enfin les dé- charges cessèrent, et l'animal mourut dans de fortes contrac» tions. Sa vie ne se prolongea certainement pas plus de 10 à 12 minutes. J'ai encore préparé, avec trois grains de morphiuo et dt'S gouttes d'acide muriatique, le rauriate de morphine. La 2o6 CH. MATTEUCCi. — Sur la Torpille. torpille que j'ai employée dans cette expérience était encore plus grosse que l'autre ; mais elle était raoins forte ; 8 à lo mi- nutes après l'introduction du poison , elle commença à donner par elle-même , sans être irritée et sans la moindre contraction, des décharges extraordinairement fortes; l'aiguille du galvano- mètre était dans une agitation continuelle. Dans lo minutes elle ne donna certainement pas moins d'une soixantaine de ces fortes décharges. Après ce temps , les décharges spontanées cessèrent, et il fallait alors, pour les obtenir, irriter l'animal dans la bouche et dans les branchies ; il vécut ainsi tranquil- lement plus de 4o minutes, en donnant toujours des déchar- ges plus ou moins fortes. Parmi les causes extérieures qui influent sur la décharge électrique delà torpille, il faut mettre encore l'irritation qu'on produit en elle en la comprimant dans les différentes parties de son corps. Le frottement sur les branchies est lîne des ma- nières les plus sûres d'avoir la décharge , comme l'est encore la compression de l'organe dans le point qui correspond au passage des nerfs. La décharge a presque toujours lieu encore lorsqu'on plie le poisson, de manière que le bas- ventre devienne concave. Enfin la compression des yeux et de la cavité qui est placée au-dessus du cerveau ne manque jamais de donner lieu à de fortes décharges électriques. Si les nerfs qui s'introduisent dans cette cavité et qui traversent les muscles de l'œil sont liés ou coupés, cette compression ne produit plus la décharge. Le courant électrique doit encore être placé parmi les causes extérieures qui déterminent la décharge de la torpille. Un cou- rant de trente couples zinc et cuivre, larges de 5 centimètres, chargés avec une solution nitro-sulfurique, donne lieu à de fortes décharges de la torpille, chaque fois qu'on le fait passer de la bouche aux branchies, à la peau ou dans l'intérieur de l'organe. J'ai prolongé la durée du passage du courant, pour vbir quel effet était produit la/squ'il cessait de circuler. Je n'ai rien aperçu dans ce cas. L'application extérieure du courant, telle que je l'ai décrite, soit directement, soit inversement, produit le même effet. CH. MATTECîcci. — Sur /fl Totpille. ao7 a* SECTION. — Causes intérieures. J'ai déjà dit que, par causes iutérieures, j'entends celles qui modifient l'organisation. J'en partagerai l'étude entre trois par- ties du corps de la torpille. \°La substance propre de t organe et les parties musculaires ^ cartilagineuses y etc., qui le recouvrent et l'environnent. — Je rappelle ici ce que j'ai dit plus hant, que pour mieux étudier ces phénomènes, j'ai toujours eu soin de détruire la fonction de l'un des organes . j'indiquerai bientôt de quelle manière on peut y parvenir. J'avais déjà observé, depuis l'année dernière, qu'en enlevant la peau de l'organe, celle du dos ou celle du bas-ventre, séparé- ment ou ensemble, la décharge électrique ne diminue pas d'in- tensité. J'ai eu occasion de répéter encore cette année un grand nombre d'expériences de ce genre. J'ai coupé l'organe à la moitié, soit horizontaleiiient, soit verticalement, j'ai introduit une lame de verre pour séparer les deux tranches coupées, à la décharge électrique continuait encore à se faire. J'ai coupé l'organe de manière à en laisser une moitié attachée à l'autre par une petite tranche: la décharge arrivait encore de l'une à l'autre, pourvu qu'elles communiquassent encore entre elles par une branche nerveuse intacte. J'ai vu une petite torpille mâle, trèsvivace, large de 12 centimètres, dont je suis parvenu à couper en plusieurs fois les trois quarts de l'organe: eh bien, chaque fois qu'on recommençait découper, les décharges arri- vaient avec une intensité toujours croissante. Ce n'est que par deux moyens que je suis parvenu à détruire la fonction électrique, en agissant sur la seule substance de l'organe. Ces deux moyenssont: le contact des acides minéraux concentrés et la chaleur de l'eau bouillante. Après avoir enlevé la peau supérieure de l'organe, j'ai mouillé la substance inter- ne avec de l'acide sulfurique , et à l'instant j'ai obtenu de fortes décharges. Au bout de quelques minutes, la substance de l'organe est devenue blanche et coagulée. Alors il m'a été impossible d'en tirer plus de décharges. Ce même effet est pi u- 2o8 cH. MATTEUccr. — Sur la Torpille. duit par l'acide muriatique. Si l'on plonge dans de l'eau bouil- lante une torpille à laquelle la peau dorsale de l'un des organes a été enlevée, on a, à la première impression de la chaleur, des décharges très fortes. Mais si on prolonge cette immersion pendant quelques secondes seulement, la décharge cesse, et la substance de l'organe est encore coagulée. Il faut faire cette expérience de manière que la torpille ne plonge dans l'eau bouil- lante que par l'organe qu'on a écorché. C'est ainsi qu'on par- vient à la sauver. — Opérant de cette manière, il m'est arrivé de faire une observation curieuse que je crois utile de rapporter. Une des torpilles qui avait perdu la fonction électrique dans l'un de ses organes, après avoir été tenue plongée pendant quelques secondes dans l'eau bouillante, fut remise dans de l'eau de mer, où elle vécut presque deux heures. La substance de l'organe n'était plus ni blanche ni coagulée, elle avait repris ses pro- priétés ordinaires, sans être pourtant devenue capable de don- ner la décharge. J'ajoute, enfin, que j'aie coupé en deux ou trois points l'arc cartilagineux qui environne l'organe , les tubes sécréloires qui se réunissent en faisceaux, l'arc cartilagineux qui est sur les branchies , que j'ai détruit complètement la cavité , pleine d'une substance analogue à celle de l'organe , qui est au-dessus du cerveau sans avoir obtenu le moindre affaiblissement dans la force de la décharge électrique. J'ai obtenu le même résultat en coupant tous les muscles et les tendons qui environnent l'organe. 2° Les nerfs qui se rendent dans Forfane. — C'est un fait que Galvani et Spallanzani avaient déjà observé depuis long- temps , qu'en coupant les nerfs de l'un des organes , la décharge cesse de ce côté, tandis qu'elle continue du côté opposé. J'avais encore établi, dans mes recherches de l'année dernière, qu'il ne suffisait pas de couper un, deux, trois de ces nerfs pour dé- truire entièrement la décharge, qu'il fallait pour cela les couper tous les quatre. J'ai observé cette année que la décharge de la torpille , lors- qu'on lui a coupé deux ou trois de ces nerfs des organes, se limita aux points dans lesquels se trouve ramifié le nerf qu'on CH. MATTEUcci. — Sur la Torpille. 209 a laissé intact. Lorsqu'on a soin d'essuyer la peau de la torpille, on voit très bien avec le galvanomètre cette limitation de la décharge. La torpille peut vivre long-temps, même après que les nerfs de l'organe ont été coupés. En effet, j'ai coupé trois nerfs de l'or- gane droit à une torpille femelle très petite et très vivace. Après 1 opération , la peau fut réunie et cousue, et le poisson , lié par la qneue, fut mis dans le canal de Cesenatico: c'était le ay juillet, à 3 heures après midi. L'animal mourut dans la soirée du 28, après environ !^o heures de vie. Le changement apporté dans la substance de l'organe était grand dans la partie où se ramifient les trois nerfs coupés: elle y était tellement amincie et atro- phiée, qu'U était impossible de la reconnaître ; la substance des troncs nerveux était devenue pullacée; le reste de l'organe était intact. Il n'est point nécessaire de couper les nerfs pour détruire la décharge électrique, i\ suffit de les lier; avec un peu d'habi- tude on y réussit très aisément. Le même phénomène que nous avons vu en coupant les nerfs , s'observe si on se borne à les lier. Lorsque les nerfs ont été coupés, et que par là toute fonction électrique a été détruite , si on tire avec une pince un de ces troncs nerveux qui sont attachés à l'organe, on obtient encore quelques décharges électriques. Il faut, pour que v.^'jtte expé- rience réussisse, que la torpille employée soit très vivace. Dans ce cas le phénomène ne manque pas d'avoir lieu. En mouillant avec une solution très concentrée de potasse les troncs nerveux de l'organe mis à découvert , la décharge disparaît sans que la substance nerveuse soit altérée, du moins en apparence. 3" Enfin le ceri^eau. — Avec la lame d'un rasoir peu aiguisé je découvre très vite le cerveau d'une torpille. Si l'animal est encore très vivant, on observe ce qui suit: toutes les fois qu'on touche avec une plume, une pince, xm tube de verre, etc., le cerveau de la torpille, la décharge électrique ne manque^ pas d'avou' lieu. On ne tarde pas à apercevoir quels sont les véri- tables points de cet organe dont l'uritalion produit la décharge. VHI. ZooL, — Octobre. i4 2IO eu. MATTEUCCi. — Suf la TorpUle. Il vaut mieux, pour cette étude, que la torpille soit un peu affaiblie. Les premiers lobes (cérébraux) peuvent être irrités, coupés, détruits tout-à-fait, sans que la décharge cesse d'avoir lieu. Les lobes qui suivent les })remiers donnent lieu , lorsqu'on les touche ou qu'on les blesse, à de fortes contractions mus- culaires, et quelquefois même, si l'animal est très vivant, à des décharges électriques: pourtant on peut les couper sans que cela arrête la décharge. Le troisième lobe peut être irrité, blessé, enlevé tout-à-fait, .sans contraction et sans que la dé- charge électrique cesse encore. Le dernier lobe du cerveau , que je regarde comme un ren- flement de la moelle allongée, de laquelle partent les nerfs qui vont à l'organe, est la seule partie du cerveau qu'on ne puisse toucher sans avoir de très fortes décharges électriques. Celle-là détruite, toute décharge électrique devient impossible quand même on laisserait le reste du cerveau intact. 3'ai coupé sur une autre torpille, la moelle allongée au point où elle .sort du cerveau, c'est-à-dire, après qu'elle a donné les nerfs aux or- iîanes. De fortes décharges et contractions musculaires ont lieu lorsqu'on fait cette opération , mais la décharge électrique con- tmue toujours lorsqu'on touche le dernier lobe, que j'appel- lerai désormais le lobe électrique. La décharge électrique con- serve une grande force, même après qu'on a coupé un gros faisceau nerveux formé par les premiers nerfs de la moelle épi- nière, et qui , partagé en deux branches, entoure l'organe en passant au-dessus et au-dessous de l'arc cartilagineux. Les organes de la fonction électrique se réduisent donc au dernier lobe du cerveau, à ses nerfs et à l'organe proprement dit. L'action de ce dernier lobe sur la fonction électrique est directe. C'est ainsi que, si on touche la partie droite du lobe électrique, c'est l'organe droit qui donne la décharge. Le con- traire arrive si c'est la partie gauche qu'on touche. Je passe à la description des expériences que j'ai faites sur la torpille morte. J'appelle morte la torpille, lorsque ses branchies ne font plus demouvemens, et que, irritée, blessée et compri- mée, extérieurement et intérieurement, hors certains points du cerveau, elle ne donne plus de décharges électriques. Je ferai CH. MATTEDCCI. ' Suf la ToipUIe. 21 I remarquer en passant que la torpille n'est pas assez morte, au moins selon la définition qui précède , même quand on a coupé ses gros vaisseaux sanguins, et détruit ainsi la circulation. Dans ce dernier cas, on obtient encore quelques décharges élctriques en irritant l'animal. — Qu'on prenne donc une torpille morte comme je l'ai dit, et qu'on en découvre le cerveau. La première expérience que je rapporterai était connue depuis mon travail de 4'année dernière. Si l'on touche le lobe électrique ,^les dé- charges apparaissent, et bien plus fortes que celles que l'animal donnait étant vivant. Les autres parties du cerveau, quoique irritées, ne produisent aucune décharge. L'action du lobe élec- trique est directe, et le courant de la décharge est dirigée comme à l'ordinaire , du dos au bas-ventre. Un certain temps étant écoulé, on fait cesser les décharges, simplement en tou- chant le lobe électrique ; mais les décharges apparaissent encore si ce lobe vient à être blessé. Ce qui est encore plus extraordi- naire, c'est que les décharges que j ai obtenues par la blessure dii lobe électrique sont indifféremment dirigées du dos au bas- ventre, ou du bas-ventre au dos. J'en ai observé plusieurs, l'une à la suite de l'autre, dirigées dans ce dernier sens. Ces faits se sont présentés encore à moi cette année sur un grand nombre de torpilles. Les décharges que j'obtiens par la blessure du lobe électrique ne sont qu'au nombre de quatie ou cinq; après cela , tout phénomène électrique est à jamais détruit. J'avais donc raison de conclure que la direction de la décharge de a torpille dépend du cerveau. Il me reste maintenant à exposer quelle est l'action du cou- rant électrique appliqué sur le cerveau et sur les nerfs de l'or- gane de la torpille. C'est là la partie que je regarde comme la plus importante de ces reclierches. La pile que j'ai emjiloyée était à colonne , dont les couples, zinc et cuivre, avaient 4 ceri- tiraètres de surface. Le liquide de la pile était de l'eau de mer avec i|io d'acide nitro-sulfurique. C'est toujours une pile de vingt couples que j'ai euq)loyée: J'ai découvert le cerveau d'une grosse torpille, qui, quoicpie affaiblie, était encore vivante. J'ai introduit le réophore négatif de platine dans rorfïane,sur la partie dorsale et près du bord M. ai 2 CH. MATTEUcci. — Sur la Torpille. extérieur. La torpille était couverte de grenouilles préparées, et deux galvanomètres étaient déposés comme à l'ordmaire, sur les deux organes. Je commence par toucher légèrement , avec une pince, le lobe électrique, j'obtiens plusieurs décharges, mais dans peu de secondes elies cessent, même en le touchant. Alors je porte le réophore positif sur la partie droite du lobe électrique, c'est-à-dire , du même côté où se trouve le réophore négatif. A l'instant il y a décharge de l'organe. — Je crois important d'assurer dès l'abord le lecteur, que cette dé- charge, démontrée par les convulsions des grenouilles et par le galvanomètre, n'est pas due à une portion du courant de la pile qui parcourt les grenouilles et le galvanomètre. En effet, j'ai acquis, par d'autres expériences, la certitude que le même courant, qu'on fait passer dans d'autres parties du corps de la torpille, hors de l'organe et dans les mêmes conditions, ne donne aucun signe, ni aux grenouilles, ni au galvanomètre. J'ai coupé une torpille au milieu de son corps, de manière qu'il ne restât aucune partie des organes électriques attachée au côté inférieur. Le galvanomètre et les grenouilles préparées étaient disposés sur cette dernière partie du corps de la torpille. Le. courant de la même pile a passé de la moelle épinière aux muscles de la queue, sans exciter aucune contraction dans les gienouilles, ni donner aucun signe au galvanomètre. Cette moitié de la tor- pille était , au contraire , fortement agitée à chaque passage du courant. Je reprends maintenant la première expérience. — Si, au lieu de toucher avec le pôle positif la partie droite du lobe électrique, on touche la gauche, c'est l'organe gauche qui se décharge, et c est là une nouvelle preuve que ces décharges sont effectivement de la torpille. En effet, les grenouilles et le galva- nomètre de l'organe gauche ne sont même pas compris dans le circuit de la pile. Si le réophore positif touche tout entier le lobe électrique , les deux organes se déchargent à-la-fois. Qu'on vienne maintenant à changer la direction du courant, c'est'à- dire , que le pôle positif soit introduit dans l'organe, et que le négatif touche le lobe électrique: il y a alors de fortes contrac- tions musculaires, et point de décharges des organes- le galva- nomètre et les grenouilles ne se meuvent pas, et c'est encore CH. MAïTEUcci. — Sui la Tûi'piUe. 2i3 une preuve que les décharges obtenues précédemment sont véritablement propres à la torpille. J'ai renouvelé encore l'action directe du courant électrique, et cjuoique l'animal fût beaucoup affaibli , les mêmes phénomènes se sont reproduits , c'est-à-dire, il y avait décharge de l'organe à chaque passage du courant électrique. Il faut bien observer que si la torpille est douée d'une grande vitalité, les décharges s'observent encore pendant mi certain temps, lorsque le courant est inverse, c'est-à-dire quil va de 'organe au cerveau. J'ai voulu étudier encore cjuel était l'effet de la ligature des nerfs de l'organe. Dans cette expérience, j'ai lié les quatre nerfs de l'organe droit d'une autre torpille, grosse et très vivace;j'ai découvert le cerveau, et j'ai répété l'expérience précédente. Lorsque le courant marchait directement, \\ n'y avait aucune décharge de l'organe; quanil il marchait en sens inverse , je n'ai observé que de très faibles contractions, et c'est là encore une preuve delà véritable nature des décharges dont j'ai parlé.. J'ai repété ces expériences sur quinze individus, toujours avec le même résultat, en laissant les nerfs intacts, quelquefois en les coupant ou les liant, et en ayant toujours soin de commencer le passage du courant, après m'étre assuré que l^ contact du réophore de platine, sans cpi'il lût attaché à la pile, ne donnait lieu à aucune décharge de l'organe. 11 est bien juste d'observer que ces décharges produites par le courant n'ont pas la force de celles que l'animal donne lorsqu'il est vivant; mais elles ne diffèrent certainement pas des dernières décharges qu'on tire delà torpille morte, en touchant légèrement son lobe électrique. En effet, les déviationsdu galvanomètre sont dans ce cas, comme dans l'autre, de 5 à 6 degrés; mais elles sulfisent pour montrer clairement la déviation dans son seî»s ordinaire,, c'est-à-dire, du dos au bas-ventre. Enfin, j'observerai encore que jamais on n'a les indices de la décharge de l'organe en touchant avec le pôle positif des muscles, la peau, le liquide du cerveau, etc., tous points qui ne ;imples, seraient rameuses. Toute la différence entre les villosités de l'intestin , et l'espèce de c\iQ'^' eXurameux ou arboriforme de la surface du chorion de l'œuf humain, ne consiste que dans cette circonstance d'une tige simple chez les premières, et d'une tige avec des embranchemens chez les dernières. Quant à la structure des unes et des autres, il nous a été impossible de la découvrir, car elle est aussi simple que celle du chorion liii-mème ou de l'épithélium intestinal, et les fonctions de ces deux ordres d'organes doivent avoir la plus grande analogie, celle d'absorber des liquides destinés à la nutrition. Dans l'utérus de la Vache nous avons trouvé un tissu recou- vrant la couche musculaire, et qui n'a pas encore été décrit comme appartenant à cet organe, c'est le tissu élastique qui présentait des fibres cylindriques, formant des ramifications dont l'arrangement produit un réseau. Par cette disposition, unique jusqu'ici parmi les tissus connus j, ces fibres consti- tuent un organe à-la-fois résistant et élastique, qui sous ce rapport peut être comparé, d'après les fibres dont nous par- lons, aux ligamcns jaunes des vertèbres, aux ligamens cervi- caux des grands ruMiinans, et au tissu jaune des bronches. La seule différence que nous ayons trouvée dans le tissu élastique de l'utérus, est que le diamètre de ses fibres est moindre que celui des autres tissus élastiques. La découverte de ce tissu dans (1; M. btuycUti il. M. Kuspail. Voyez le Er-Mirtoire d'analoinie, il<. i5. 228 BUESCHET et GLUGE. — SurVœufdes Mammifères. l'utérus, nous paraît être de quelque importance pour expliquer la force et la résistance de cet organe, son élasticité ou sacontrac- tilité si manifestes, bien que les parois de l'utérus de la vache n'aient pas une épaisseur assez grande pour qu'on puisse les com- parer à celle de l'utérus de la femme. Lobstein avait rapproché le tissu de l'utérus du tissu fibreux jaune, mais il n'avait pas anato- miquement reconnu l'existence de ce tissu jaune élastique. Ce- pendant les fibres réputées musculaires n'en existent pas moins,et leur présence a été également constatée par nous dans l'utérus de la Vache. Elles sont cylindriques, et offrent un diamètre presque double de celui du tissu cellulaire. Ces fibres sont étroitement placées les unes auprès des autres , et forment des faisceaux si bien unis entre eux qu'il est très difficile de les isoler. Dans un autre mémoire nous parlerons de la structure de l'allantoïde, de la vésicule ombilicale et du placenta. EXPLICATION DE LA PLANCHE 6 A. Fig. I. Chorion'du Chien. a. Fibres ou vaisseaux , dispersés irrégulièrement dans la masse. b. Masse amorphe du chorion. c. Globules contenus dans la masse (grossissement de 2^5 diani. /. Fig. a. Idem. Structure des globules. a. Comme dans la figure précédente • h. Globules à surface unie. c. Globules avec de petits grains à l'intérieur. Fig. 3. Membrane du cordon ombilical. Fig. 4- Tissu cellulaire du même cordon. Fig. 5. Cellules qui forment les granulations sur le cordon ombilical du veau. Fig. 6. Idem. On voit les fibres cellulaires en-dessous. Fig. 7. Tissu élastique ou jaune de l'utérus de la vache. Fig. S. Fibres musculaires de l'utérus du même animal. Fig. g. Le même tissu isolé. Fig. 10. Villosités du chorion de l'œuf humain. Fig. 1 1. Cristau.\ de la liqueur de l'amnios ( liquor amnii). i, ,i: V. AUuouiN. — Maladie des Vers à soie. 2Q( Recherches anatomiques et physiologiques sur la maladie con- tagieuse qui attaque les Fers à soie j et quon désigne sous le nom de Muscirdine, Par M. V. ArDouiN, Profcsseur-adminiitrateur au Muséum d'Histoire naturelle , membre de la Sociâté royale et centrale d'agriculture de Paris, (Présentées à l'Académie des Sciences, le a5 juillet i836. ) Chaque année, les éducateurs de Vers à soie d'Italie et du midi de la France ont à redouter une maladie , la Muscardine, qui^ lorsqu'elle se montre, exerce ses ravages instantanément et sur presque tous les insectes rétuiis dans un même local. Elle les atteint surtout au moment où, après avoir consommé la totalité des feuilles nécessaires à leur nourriture, ils ont achevé leur développement et sont prêts à filer leur cocon. Souvent le mal se déclare pendjuit que cette opération commence ou s'achève , et, dans tous les cas, le résultat est le même. Aucun de ceux attaqués n'échappe; la «iiort les saisit tous! On conçoit que des ohservations qui auraient pour but de faire connaître la cause de ce terrible fléau , et qui ensuite instruiraient les praticiens sur les moyens de le détourrjer, devraient être accueillies avec empressement: aussi l'annonce que fit, en i835, M. Bassi de Lodi du résultat heureux qu'il assurait avoir obtenu après de longs essais, fit elle une très grande sensation. Suivant lui, la Muscardine serait due à la naissance d'une petite plante ciyptogame, ou , en terme vulgaire , d'une moi- sissure, qui, se développant a l'intérieur du corps du V^er à soie, ne tarderait pas à le faire périr. Ainsi un animal, doué 23o V. AUDouiN. — Maladie des Fers à soie. de vie et de vie très active; car c'est au moment où le ver a le plus de vigueur, quM est souvent atteint, pourrait fournir à la nourriture d'un être végétal. Les deux règnes organiques mis en contact immédiat, il y aurait entre eux (qu'on veuille bien me passer l'expression, parce qu'elle renfj exactement compte du fait) , il y aurait , dis-je, entre eux , une sorte de lutte dans laquelle l'être animé se trouverait dominé et bientôt remplacé par celui qui végète. Un cas de parasitisme aussi nouveau , et je crois pouvoir ajouter aussi anomal , méritait bien que les physiologistes son- geassent à le constater; et je dois dire que cela était d'autant plus nécessaire, que M. Bassi, après avoir étudié ce sujet avec une louable persévérance, n'a pas accompagné l'exposi- tion du fait des détails qui, en lui servant d'appui, devaient le mettre hors de doute. Le mémoire qu'il a publiéà Lodi, en i835, indique des résultats ; mais on ii'y trouve pas consignée cette série d'expériences qu'on exige aujourd'hui d'un auteur avant d'enregistrer dans la science la vérité nouvelle qu'il annonce. Aussi M. le docteur Bassi a-t-il rencontré plusieurs opposans, parmi lesquels on compte réellement beaucoup plus d'incrédules que de contradicteurs. C'est parce que moi-même je n'ai pas été convaincu, que j'ai voulu soumettre le fait à une nouvelle analyse. M. le docteur Bassi a bien voulu me fournir lui-même les moyens de me livrer à ces recherches délicates , en m'envoyant par son ami , M. le comte Barbo , une chrysalide de Ver a soie, morte de la Muscardine et dont le corps était entièrement couvert de cette efflorescence blanche et farineuse , qui est un des ca- ractères les plus apparens de la maladie. Un botaniste de mes amis, bien connu par ses recherches sur les plantes cryptogames, M. le docteur Montagne ayant constaté, par l'examen j au mi- croscope, la nature de la matière blanche, je tentai avec ce savant et avec M. le comte Barbo lui-même quelques expériences sur divers insectes à l'état de larves et de chrysalides. Le 28 avril 1 836 , nous en frictionnâmes quelques-unes, nous en piquâmes d'autres; mais nous n'oblîmnes aucun résultat, et nous attri- V. ABDOUix. — Alaladie des Vers à soie. 23 r bitâmes ce manque de succès à la température peu élevée sous laquelle nous avions opéré et aux froids qui suivirent. J'attendais que la saison fut plus avancée, afin d'opérer sur les Vers à soie, dont les éducations ne se font généralement aux environs de Paris que cians le courant du mois de juin. Je recommençai mes expériences le 21 juin: elles furent faites sur plus de cent Vers , que M. Loiseleur-Deslongchamps voulut bien m'abandonner ; ils a[)partenaient à une très belle variété, dite iSZ/za, et étaient éclosàPaiisle 28 mai. Les premiers individus sur lesquels j'opérai étaient âgés par conséquent de vingt-quatre jours. Déjà ils avaient subi trois mues et ne devaient pas tarder à opérer leur quatrième et dernière. Les circonstances dans lesquelles j'ai agi ont été, quant au degré de température, de aS à 35' centigrades. Laissant pour le moment de côté les applications pratiques, je me proposai de décider par l'expérience les questions qui suivent : 1° L'efflorescence blanche, de nature végétale qui se déve- loppe sur le corps d'un Ver à soie , mort de Muscardine, peut- elle, lorsqu'elle est inocidée sur un individu sain, produire une maladie semblable dans les symptômes qui l'accompagnent et dans lés effets qui la suivent; et , s'il en est ainsi , ces insectes sont-ils aptes à la contracter à leurs divers états de Chenille yàe Chrysalide et de Papillon ? a" Le développement de la matière efflorescente, que l'on a reconnu être un cryptogame, a-t-il lieu immédiatement après la mort de l'insecte, ou bien végète-t-il déjà à l'intérieur de son corps pendant sa vie. Dans ce dernier cas, quelles sont les altéi'ations organiques que l'on remarque? 3»Dans (juelles circonstances l'accroissement du cryptogame se manifeste-t-il à la surface du corps du Ver à soie? Quels sont les caractères île cette végétation extérieure? Le 21 juin à 5 heures du soir, le thermomètre centigrade marquant 26 degrés , je pris 10 Vers à soie, bien portaus et choisis |)armi ceux qui étaient les plus vigoureux; ils avaient i5 à 16 lignes de longueur ; je les piquai au côté gauche en arrièrcetun peu au-dessus du septième stigmate; l'aiguille avec a 32 V. AUDOum. — Maladie des Fers à soie. laquelle j'opéras fut enfoncée d'une ligne , et dirigée oblique- ment d'arrière en avant sous les tégumens, de manière à n'in- téresser aucun organe essentiel. Aussitôt il s'échappa une gout- telette d'im liquide jaiuie et limpide. Cette piqûre étant faite , je saisis avec la pointe de l'instrument une petite parcelle de la matière blanche(de la grosseur d'un quart de millimètre en tous sens ), ou du cryptogame qui recouvrait la clir\salide, envoyée par M. le docteur Bassi , et je l'introduisis sous la peau par la piqûre (i). Au bout de 5]à 6 minutes d'agitation, mes vers à soie man- geaient avec la même tranqiiiililé qu'avant l'expérience. La cicatrisation s'était faite presque instantanément , c'est-à-dire, que je liquide écoulé en une seule gouttelette au moment de l'opération n'avait pas tardé à se figer autour de la plaie. Le lendemain matin 22, la place en était indiquée par un très petit point noir. Pendant cette journée, ces insectes parurent aussi bien portans que 10 autres Vers intacts mis comparati- vement en expérience dans des circonstances lout-à- fait ana- logues, et qui reçurent une nourriture semblable. Le 28 juin et le 24, ils se disposèrent à changer de peau , Reprirent plus de nourriture et restèrent immobiles; c'est ce que firent aussi les vers sains auxquels je les comparais. Le 25, les ims et les autres subirent leur quatrième mue. Le 26, à 5 heures du soir et même à 1 1 heures, les Vers à soie sur lesquelsj'avais opéré, mangeaient comme de coutumeet peut- être plus que de coutume. Du r- ste, et bien que déjà 5 jours se fussent écoulés depuis l'introduction du cryptogame à l'inté- rieur de leur corps, ils ne montraient extérieurement aucune altération; leur peau était lisse et blanche, leur corps consis- (i) Je dois remarquer qu'il ue faut pas d'abord saisir la matière blanche avec la pointe de l'aiguille et piquer ensuite , car il résulterait presque toujours de cette manière de faire, que la gouttelette qui s'écoule par la plaie entraînerait avec elle cette matière, qui spé- cifiquement plus légère resterait à la surface, et que l'aiguille seule pénétrerait dans le corps. Ou piquera donc d'abord, puis après avoir pris avec la pointe de l'instrument une petite parcelle du cryptogame, on l'humectera avec le liquide qui baigne le contour delà piqûre; une fois imbibée et elle s'imbibe facilement , on la fera pénétrer dans la plaie : en agissant sous une loupe on pourra s'assurer que l'opération a été bien faite. C'est ainsi que j'ai opère snrles dix iudividus de cett« première expérieace . V, AUDOUiN. — Maladie des Fers a soie. ^33 tant; ils avaient enfin, la pins belle apparence. Et cependant, le leiuleniain 27 à 5 heures du malin, neuf d'entre eux étaient fixés par leurs pattes en couronne, relevaient la partie anté- rieure de leur corps et se tenant immobiles présentaient l'at- titude qu'on leur remarque lorsqu'ils se préparent à muer ou lorsqu'ils sont en repos. Je leur offris des feuilles de mûrier; ils les refusèrent et rien ne put les décider à sortir de cet état de somnolence. Ils le conservèrent tout le jour : le lendemain 28, à 4 beures du matin, ils avaient cessé de vivre. Leur corps généralement mou, flasque dans certaines places était appliqué dans toute sa longueur à la surface du sol, non pas en ligne dioite, mais en décrivant de légères et irréguUères ondulations. Les tégumens de la plupart étaient en tout ou en partie d'un rouge violacé ou lie de vin très pâle. Cette couleur paraissait plus foncée et même d'un rouge brunâtre autour de la cicatrice de la piqûre. Le 29, les cadavres offraient un tout autre aspect, ils avaient pris une certaine raideur, quelques-uns s'étaient contournés sur eux-mêmes. En sorte, que ces vers semblaient comme tor- dus; chez d'autres, la partie antérieure et la partie postérieure s'étaient redressées en haut, et le corps figurait un arc; ail- leurs il s'était contracté de manière à former une sorte d'S. Quelques-unes des pattes en couronne , s'étaient allongées excessivement, beaucoup plus qu'elles ne le sont jamais dans l'état naturel, tandis que d'autres se trouvaient rentrées dans le corps qui lui-même avait beaucoup diminué de volume. Le 3o juin, je vis poindre de légères efflorescences blanches à la partie supérieure de ces cadavres et ordinairement d'abord, dans l'intervalle des anneaux qui avoisinaient l'endroit où avait été pratiquée l'inoculation. En même temps, les orifices res- piratoires se remplirent de ces mêmes efflorescences d'appa- rence farineuse. Le lendemain, et durant trois jours, cette ma- tière alla en augmentant, et elle finit par envahir toute la surface du corps. (PI. 10 , fig. 3 et 6.) G est donc 6 jours après que j'ai eu introduit inie petite parcelle du cryptogame à l'intérieur du corps de 10 Vers à soie, fjue 9 d'entre eux ont paru malades; el c'est après 7 jours qu'ils 234 V. AUDOuiN. — Maladie des Vers à soie. sont morts. L'indiviilu qui a échappé, a subi sa métamorjjliose en nymphe et s'est changé en papillon , de même que les lo indivi(his élevés dans des conditions semblables, mais sur les- quels aucune opération n'avait été tentée: Cette expérience qui est une répétition de celles dont M. Bassi a fait connaître le résultat , a été renouvelée du a5juin au 3 juillet sur 8, i5, i8 individus qui n'avaient pas encore opéré leur dernière mtie , et toujours j'ai obtenu des effets analogues. Ayant aussi fait plusieurs essais sur diverses chenilles (celles du grand Paon , du Papillon Machaon , du Lipa- risdispar, etc.) , j'ai vu se développer chez ces insectes la Muscar- dine, et avec elle tous les phénomènes qui l'accompagnent et qui la suivent.Un des membresde l'Académie des Sciences, M.Turpin, a été témoin du même phénomène, en soumettant à l'expérience la Chenille du Bouillon blanc [Cucullia perbasci). Enfin, il avait été également remarqué chez lamémechenille, par M. Bonafous, qui, dès l'année 182g, a consigné cette observation, dans un mémoire sur Vemploi du chlorure de chaux pour purifier l'air des ateliers de P^ers à soie. En sorte que , plus d'un témoignage vient aujourd'hui à l'appui de la remarque de M. Bassi , et con- firment particulièrement son opinion sur la transmission de la maladie. Il n'était pas indifférent de savoir si cette transmission aurait également lieu à un âge plus avancé du Ver à soie, par exemple, lorsqu'il ne prend plus de nourriture et au moment où il se dis- pose à filer. Le premier juillet, à sept heures du soir, je pris 20 indivi- dus qui se trouvaient tous dans cette circonstance. Us furent piqués au côté gauche du corps entre le neuvième et le dixième anneau au-dessus du stigmate. L'inoculation fut pratiquée avec des parcelles de cryptogame prises sur la chrysalide muscardinée que m'avait envoyée M. Bassi, et de la même manière que dans les expériences précédentes. Le 2 et le 3 juillet_, la plupart des vers entreprirent de filer; d'autres ne se mirent activement à l'œu- vre que le 5 et le 6. Sur ces 20 individus, six conservèrent une sauté parfaite, les i[\ autres, furent frappés de mort à 5 et 6 jours d'intervalle. 4 d'entre eux mounirent lorsqu'ils avaient V. AiDOCix. — ■ Maladie des Fers à soie. 235 filé la bourre lâche et irrégulière , de leurs cocons ou ébauché leurs coques (PI. lo, fig. 2). Il y en eut 7 qui avancèrent un peu plus leur travail, mais ne l'achevèrent point. J'en comptai trois autres qui le terminèrent , mais qui périrent sous leur forme (le ver; enfin un seul se métamorphosa en chrysalide; mais cette chrisalide éprouva bientôt le même sort. Le Ver à soie, quand il a terminé son cocon, ne se change pas immédiatement en chrysalide, il reste pendant quelque temps à l'étal de chenille, mais de chenille très courte et rabou- grie ; les pattes sont moins saillantes, les anneaux du corps se rapprochent, et la peau qui les forme, de mince qu'elle était, devient beaucoup plus dense. J'étais curieux de tenter sur une chenille présentant cette condition l'expérience qui m'avait si bien réussi sur les Vers moins avancés en âge. Le 7 juillet, je pris de très petites parcelles de Cryptogame sur la chrysalide dont il a été déjà question, et je les inoculai à 4 heures du soir sur 5o Vers à soie, qui avaient achevé en- tièrement leurs cocons. Ils furent piqués au côte' gauche en arrière du troisième stigmate. Le lendemain je fus surpris de voir que malgré cette opération , ces individus , hors un seul qui succomba (Pi. 10, fig. 4) ? avaient subi leur métamor- phose en nymphes. Ces nymphes étaient douées dévie; le 9, le 10 et le 1 1 elles présentaient le même aspect ; mais le lendemain 11 elles étaient toutes mortes, et l'une d'entre elles montrait déjà de légères efflorescences à l'extérieur. Jusqu'ici je n'avais pratiqué l'inoculation que sur des Vers à soie ayant leur forme de chenille, et il me parut intéressant d'en faire l'essai sur les Chrysalides elles-mêmes. Je choisis dix Chrysalides, cinq d'entre elles furent soumises à l'expérience, le 8 juillet à 7 heures du matin. Je n'opérai sur les • cinq autres que le 1 1 à la même heure. La matière elflores- cente, qui provenait de la uiême source que dans les inocula- tions précédentes, fut introduite au côté gauche du corps en arrière du premier stigmate abdominal. Les chrysalides de la première expérience moururent toutes le 12 juillet, elles ne tardèrent pas à se déformer et à se dessécher sans qu'il parût à la surface de iem corps aiiccuie efflorescencc. 236 V. AUDOii-v. - — Maladie des Vers à soie. Les cinq autres chrysalides périrent également, mais deux jours plus tard; elles se desséchèrent, à l'exception dune seule, sur laquelle je vis 'paraître quelques petits linéamens blancs, qui sortaient de chacun des stigmates et qui se montraient ensuite dans les intervalles des anneaux et entre les lignes qui dessinent les pattes et les antennes du futur papillon (PL lo, fig. 5 et 7). Ces deux expériences me parurent assez décisives pour que je ne crusse pas utile de les répéter; elles me prou- vèrent que la Muscardine était aussi bien transmissible par inoculation à l'état de Nymphe qu'à celui de Larve, et que la mort qui en était la conséquence, survenait dans un temps égal, c'est-à-dire vers le cinquième jour. Il restait pour compléter celte série d'expériences à tenter l'inoculation sur les Vers à soie arrivés à leur état parfait. Le 14 juillet je fis choix de dix Papillons, cinq mâles et cinq femelles, éclos depuis deux jours et qui n'avaient eu encore entre eux aucun contact. La substance inocidée fut encore prise sur la chrysalide envoyée par M. Bassi. Elle fut intro- duite avec toutes les précautions convenables dans l'inter- valle membraneux et dénudé de poils, qu'on remarque au- dessous du corps, entre le deuxième et le troisième segment abdo- minal. Hélait midi; le lendemain i5 et le surlendemain 16 les insectes, tenus chacun isolément, continuaient de vivre. Le 17 ils étaient tous morts, leur corps était dur et comme desséché; mais à cause de la présence des poils et parce qu'aucun ne montrait d'efflorescence, il était difficile de décider s'ils avaient succombé à la Muscardine. Ce qui me le fit penser, c'est que dans l'état naturel , leur vie se fût prolongée bien au-delà de 5 jours, surtout dans l'empêchement où je les avais mis de s'ac- coupler, (i) Ainsi l'inoculation de l'efflorescence végétale, qui se ma- nifeste à la surface du corps des Vers à soie frappés de Muscardine, peut transmettre la maladie, non-seulement aux (r) Je m'assurai ensuite positivement que ces papillons étaient muscardinés, en plaçant leup cadavre sur une couche de sable hunieclée, el recouverte avec une cloche. Douze heures s'é- taient à peine écoulées, que leur corps était couvert deslilamciis du cryptot;ame qui s'étaient fait jour particulièrement enire les articulations de l'abdomen et aux orifices sligmatiqucs. V. AUDOuiN. — Maladie des Vers à soie. 287 chenilles et aux nymphes , mais encore aux papillons eux- mêmes. Ce fait n'est pas sans intérêt pour les éducaleurs de Vers à soie qui devront éviter de laisser dans des lieux suspects d'infection les papillons dont ils auront fait choix pour re- produire l'espèce. Cette précaution est d'autant plus impor- tante à prendre que l'observation semble avoir établi d'une manière certaine , que les œufs ou comme on le dit vulgai- rement la graine , qui provient d'une éducation infestée de muscardine , donne l'année suivante une génération plus sus- oeptible qu'aucune autre , d'être atteinte par la maladie, à leur naissance et même vers l'époque de leur quatrième mue. Si , comme j'en ai acquis la preuve, des papillons ayant le principe du mal, ne laissent pas cependant de s'accoupleretde reproduire, on conçoit jusqu'à un certain point, que les œufs résultant de cette union pourront, si ce n'est absorber, au moins conserver à leur surface le germe de la Muscardine, qui plus tard se pro- pagera, lorsque viendront des circonstances favorables. Je crois avoir répondu affirmativement par les expériences précédentes à cette première question que je m'étais faite, et que j'ai énoncée en ces termes: V efflorescence blanche et de nature végétale qui se développe sur le corps d'un Fer à soie mort de Muscardine ., peut-elle , lorsqu'elle est inoculée sur un individu sain produire une maladie analogue dans les symptômes qui V accompagnentet dans les effets qui la suivent. Ze crois aussi avoir prouvé que: ces insectes sont aptes à la contracter à leurs divers états de Chenille j de Ny^^phe et de Papillon. J'aborde maintenant cette seconde question : le développe- ment de la matièrp ef flore scente , que Von a reconnu être un Crjptoganie ^ a- t-il lieu immédiatement après la mort de Vin- secte , ou bien végcte-t-il à V intérieur de son corps pendant sa \iT.;dans ce dernier cas ^ quelles sont les altérations organiques que l'on remarque ? C'est xxn fait si extraordinaire et si anomal que de voir une plante végéter sur un animal pendant qu'il vity qu'on ne doit certainement l'admettre que sur des preuves irré- cusables, et (ju'apiès avoir épuisé toutes les explications qui feraient rentrer ce fait oxc, sorte de gemmules libres et dont on aura une idée exacte en jetant les yeux sur les fig. 9 ; 3° des fausses membranes ce paraissant être les enveloppes des globules graisseux , qui auraient été ouverts; 4° enfin quelques globules graisseux dd , encore intacts et parfaite- ment reconnaissables. C'est d'après cette observation que l'auteur a supposé que l'accroissenient V. A.UUOUIN. — Maladie des f^ers assoie. 245 du ihallus amenait la destruction des globules graisseux , qui , en s'ouvranl , laissaient ccliaiiper une matière grumeleuse que l'on voit nager dans le liquide, et qui s'assimile au nouvel être végétal. Fig, 10. TLallu»' observé le troisième jour de son développement : il nail d'un petit amas de sporules gros comme la tète d'une épingle, et qui avait été introduit, par inoculation, sous la peau d'un ver à soie. a. Portion de la petite masse inoculée , très grossie. On y dislingue encore beaucoup de sporuleset quelques fragniens des tigellcs qui les supportent. h cd. Thallus qui est sorti de toute part de cette masse, et qui commence à s'enchevêtrer de manière à former un réseau,qui envahit de proche en proche le tissu graisseux et finit parle remplacer complèlemeut. bb rameaux simples; ce filamens articulés offrant des ramuscules naissans; <^^W espèces de bourgeons uniioculaires, biloculaires , triloculaires, etc., qui terminent lesiradicelles. Toutes ces portions renflées et la plupart des filamens renferment dans leur inté- rieur, une matière grumeleuse. Ce n'est que dans les premiers temps de la formation du Thallus qu'il est possible de le voir aussi distinctement. Plus tard le feutrage devient inextricable. Cette figure a été faite dans cette circonstance et fidèlement copiée à l'aide de la caméra luciJa, Fig, 9. Corps vésiculeux ou gemmules, souvent simples, souvent aussi géminés, réunis quelquefois trois à trois , ou bien ajoutés les uns a la suite des autres , et qui libres sont charriés par le liquide nourricier de l'insecte. Ces corps , évidemment détachés de la masse du thallus ne tardent pas à pousser des petites tigelles; puis ils se fixent et établissent ainsi, sur diverses pai-ties du tissu graisseux de l'insecte, autant de thallus ou de nouveaux foyers d'infection • cependant il peut arriver que ces corpuscules végètent très sensiblement avant de prendre adhérence ; c'est le cas des deux gemmules rameux qui avoisinent la figure lo. Fig. 4. Diverses tiges de Botrytis qui ont traversé la peau du ver à soie, et qui forment à la surface de son corps l'enduit blanc à aspect farineux. Fig. 4. Tigelles observées quelques heures après leur sortie du corps prises sur les vers à soie de la pi. i , fig. i. Ces tigelles ne portent pas encore de fructification. Fig. 5. Botrytis plus avancé , pris sur la chrysalide de la figure 7, pi. i . Les tigelles - encore assez courtes , sont cependant en pleiiie'fructificalion. Fig. 6 et 7. Quelques-unes de ces tigelles excessivement grossies, pour montrer la manière dont s'insèrent les sporules, soit à leur extrémité , soit sur le trajet des tiges.j Fig. 8, Tigelle pliu: développée, couverte de sporules et terminée par des espècesde bouquets On voit une de ces extrémités plus grossie , dans le dernier détail à droite de 1» figure 7. , 2^6 BRUixÉ. ■— Sur les tarses des insectes. Observatio::{S sur T absence des tarses dans quelques insectes ^ Par M. BuuLLÉ. Depuis long-temps déjà les entomologistes avaient vu que certains insectes coléoptères de la tribu des r.amellicorues co- prophages,tels que le Scarabé sacré (ateuchiis) et autres, adoré autrefois par les Egyptiens, paraissent dépourvus de tarses à leurs pattes de devant, mais ils en ignoraient la cause; quelques- uns seulement supposaient que le genre de vie de ces insectes, dont les uns fouillent la terre et les autres roulent entre leurs pattes une boule de fiente dans laquelle ils renferment leurs œufs, pouvait annoncer la chute des tarses, qui, disaient-ils, doivent tomber par l'usage que l'insecte en fait. Quelque peu rationnelle que soit cette explication, elle semble cependant avoir été adoptée par Latreille. A l'occasion d'un groupe de cette famille ionitis) dans lequel il avait remarqué que les mâles sont privés des tarses de devant, il dit, dans un de ses derniers ouvrages (Règne animal de Cuvier, t. iv) : « Plusieurs de ces insectes manquent de tarses, soit par naissance, soit parce qu'ils sont caduques ». On a lieu sans doute d'être surpris que ce naturaliste, après avoir ainsi constaté l'absence des tarses chez .les OnitiS;, n'en ait pas recherché la cause. Comment ad- mettre, en effet, que des organes aussi essentiels que les tarses, qui soutiennent ordinairement l'insecte pendant la marche, et qui, formés de plusieurs articulations, renferment des muscles pour se mouvoir et des nerfs qui leur donnent la vie; comment, dis-je, admettre que ces tarses viennent à tomber pendant la vie de l'insecte, et cela d'une manière fréquente dans les Ateu- chus, ou même d'une manière constante dans quelques mâles d'Onitis ? N'était-il pas évident que la chute de ces tarses doit constituer une véritable blessure , et qu'elle ne peut] être la suite que de quelque combat ou d'un accident grave? Cependant BRULLÉ. — Sur les tarses des insectes. 247 on pouvait penser aussi que la chute des tarses a lieu après la mort de l'insecte, par suite de leur fragilité ; mais dans ce der- nier cas , on devrait trouver au moins quelques individus pour- vus de tarses, ou du moins en offrant quelques vestiges; or, c'est ce qui n'arrive jamais. Lorsque je conçus quelques doutes sur la validité des inlerprétationsà l'aide desquelles on expliquait ce fait, mon jiremier soin fut d'examiner un très grand nombre d'AteucliUS, dans l'espoir de trouver des tarses sur quelques-uns d'entre eux; mais, après plusieurs essais infructueux, je décou- vris bientôt que mes recheiches seraient superflues. En effet, non-seulement je ne trouvais pas de tarses, je ne trouvais pas même le point de leur insertion sur la jambe. On sait que par- tout où une pièce vient s'articuler sur une autre, dans l'enve- loppe solide des insectes, il existe une perforation au travers de laquelle passent les muscles destinés à la faire mouvoir. Je devais donc chercher une semblable perforation , et ne la trou- vant pas, je dus bientôt en conclure qu'il ne pouvait pas y avoir eu de tarse , là où aucune perforation ne se manifestait. Voulant en acquérir la preuve , je pris d'autres Lamellicornes copro- phages qui sont pourvus de tous leurs tarses (tels que les Bou- siers ^ les Gymnoplcures , etc.) , et, après leur avoir enlevé les tarses, je comparai leur jambe à celle des Ateuchus et des Oni- tis. Dès-lors, il ne me resta plus aucun doute; je pus voir aisé- ment sur la jambe des Bousiers la perforation dont j'ai parlé , tandis que je ne l'observais pas sur celle de l'Ateuchus. Ainsi, tout ce qu'il y avait d'inexplicable, de contradictoire , dans l'o- pinion reçue jusqu'ici parmi les entomologistes, disparut à l'in- stant , et je ne vis plus là qu'un autre phénomène également curieux, celui de l'absence permanente ou de l'atrophie des tarses antérieurs. Je cherchai cependant à m'expliquer comment on avait pu , jusqu'à ce jour , rester dans une erreur qu'il était si facile de détruire, et je vis que la marche même suivie par la nature dans cette famille d'Insectes, pouvait en rendre raison. On trouve, en effet, que des Insectes très voisins, dont les carac- tères et surtout l'aspect .sont à-peu-près les mêmes, tels que les Ateuchus et les Gymnoplcures, par exemple, diffèrent entre eux par l'absence ou la présence des (arse^ antérieurs. On conroit 2^8 BKULLÉ, — Sur les ta/ses des Insectes. aisément que l'œil du naturaliste , accoutumé à voir des tarses dans les uns, ne les cherche pas dans les autres, d'autant plus que parmi nos espèces indigènes, ou du moins parmi celles qui vivent aux environs de Paris, on n'en trouve aucune qui appar- tienne à df's genres dépourvus de tarses. Comme on ne con- naissait les autres qu'à l'état sec , et comme on n'en avait jamais que la dépouille, on pouvait, jusqu'à un certain point, supposer que cette dépouille nous arrivait toujours incomplète. Quant à l'importance physiologique que peut avoir l'absence des tarses dans les Coprophages, elle est très obscure, puisque, comme je le disais tout-à-l'heure, les insectes les plus voisins diffèrent sous ce rapport, et même, dans certains groupes, tels que les Phanœus, les mâles sont dépourvus de tarses à leurs pattes de devant , et les femelles en ont presque toujours. Il on est à-peu-près de même à l'égard du genre Onitlsj dont la plupart des espèces sont dépourvues de ces tarses dans les deux sexes, et dont les femelles de quelques espèces en sont cepen- dant pourvues. Si celte différence remarquable est difficile à expliquer entre deux genres distincts , comment l'expliquera-t- on dans un seul et même genre? Je n'exposerai pas ici les résultats auxquels ces recherches m'ont couduit dans la classificaiion des Coprophages, mais je ne puis passer sous silence l'avantage qui peut en résulter pour Ja distinction des sexes. Ainsi, dans le genre Phanœus , c\\\q\- ques espèces de grande taille, très remarquables par les inéga- lités de la surface de leur corselet et par la corne droite et élevée de lanv tète, qui leur a fait donner les noms de lancifer, ensi- fer et a«itres , n'avaient offert jusqu'ici aucune différence entre les deux sexes, au contraire de ce qui a lieu dans les autres es- pèces du même genre, dont les mâles seuls ont des cornes et le corselet pourvu d'apophyses. Cette supposition était assez plausible ; car il eût été surprenant que, sur un grand nombre d'individus de ces espèces rapportés jusqu'ici par les voyageurs, il ne se trouvât absolument que des mâles. Or, l'observation de la présence ou de l'absence des tarses vient confirmer cette sup- position, et nous fournit un moyen de distinguer sûrement les femelles. Dans lys Onilis , qui sont à tous égards extrêmement isiD. GEOFFROY SAINT- HiLAiRE. — Nouçeaux Mammifères. 249 voisins des Phanaeus, ce résultat coïncide avec une particula- rité plus remarquable encore, c'est que les femelles de quel- ques espèces offrent sur la tête une éminence ou rudiment de corne, dont les mâles n'ont pas le moindre vestige, et cepen- dant on ne peut douter que ces individus ne soient véritable- ment des femelles, leurs mâles ayant dans la longueur de leurs pattes de devant et dans la courbure irrégulière et la figure bizarre des apophyses de leurs pattes en général, des caractères qui ne peuvent, en aucune façon, s'accorder avec ceux des fe- melles, (i) Notice sur deux nouveaux genres de Mammifères carnassiers , les Ichneumies, du continent africain, et les Galidies , de Madagascar , par A/.Isid. Geoffroy Saint-Hilaire. (Extrait.) « Les naturalistes nomeaclateurs so plaisent surtout dans l'observation de ca- ractères bien tranchés, dans la découverte de différences bien nettes entre les êtres qu'ils étudient. En effet , plus grand est l'intervalle qui sépare les diver- ses divisions d'un même groupe , et plus la classification de ce groupe est facile à faire; plus, une fois faite, elle paraît satisfaisante pour l'esprit. Aussi, lors- que, après des recherches plus ou moins longues, un tel résultat a été obtenu, il semble quelquefois que les travaux ultérieurs^ loin de constituer de nou- veaux progrès, tendent à porter la perturbation dans un ensemble rationnelle- ment coordonné de faits et d'idées. Des groupes qui avaient paru bien distincts, des groupes que séparait même un large intervalle , se trouvent reliés par la dé- couverte de types intermédiaires touchant de part et d'autre aux limites de ceux- ci ; et si le zoologiste philosophe suit avec intérêt toutes ces transitions natu- relles par lesquelles s'opère graduellement la fusion de toutes les différences , le classiflcateur hésite prcs([ue à regarder comme des progrès, des acquisitions qui (i) Od se demandera sans doulu si rauutumii: ne louniirail point aussi des caractères pour reconnaître les sexes. La chose est incontestable; mais la rareté des grands Phanœus cit question n'a pas permis jusqu'ici de les .sacrifier à l'étude. A l'égard des Onitis, l'ouveiture de quelques individus est venue confirmer l'exactitudi; de ces observations sur les dilïciences iexuflles extérieures, différeuro jus(|u'ici sans eximplc dans les iuscclcs, les mùlcs paraissa'Jt ôlrc les seuls qui sii|i|ior|i'ut des saillies ou des apopliyseï^ aSo isiD. GEOFFROY SAiNT-HiLAiRE. — Nouveaux Mammifères. peu-à-peu ôtent à son œuvre ce qui avait semblé eu faire le" mérite principal , la précision des caractères , la netteté des coupes établies. Ces remarques se placent naturellement à la tête d'un travail consacré à l'éta- blissement des deux nouveaux genres de Vivcrriens. Autrefois réuniou confuse d'espèces en partie étrangères les unes aux autres, le groupe des Viveria de Linné, revu successivement par M. Cuvier , par mon père et par quelques au- tres zoologistes, était devenu parfaitement naturel , et sa coordination semblait ne plus laisser rien à désirer, lorsque , il y a quelques années , il se composait des quatre genres Cwette, Genette , Mangouste et Suricate. Ces genres, en même temps que faciles a distinguer entre eux formaient à eux quatre un groupe parfaitement défini à l'égard , soit des Ursiens, qui les précèdent, soit des Mustéliens qui doivent , les suivre. En même temps aussi, ces quatre gen- res formaient une série liacaire assez régulière, et par conséquent satisfaisaient aune condition que, pour ma part, je regarde comme impossible à remplir , mais que beaucoup de naturalistes ont considérée , et que quelques-uns consi- dèrent encore comme l'un des attributs nécessaires d'une bonne classification. Nous sommes loin, aujourd'hui, sinon par le nombre des années j au moins par le nombre des travaux accomplis, de l'époque oii il en était ainsi. Des genres nouveaux ont été établis ou proposés , les uns, tels que \qs Paradoxiires, les Allures, et surtout les Ictides, comblant peu-à-peu l'intervalle qui séparait les Viverriens des Ursiens; les autres, tels que les genres Cwssarque et Athylace de M. Frédéric Cuvier, Ctyptop/opte de M. Bennett, Cjnictis et Mongo de M. Ogilby, et tout récemment encore, l'Jmbliodon de M. Jourdan s'intercalant entie les quatre genres anciennement connus, et opérant entre eux des transitions plus ou moins intimes , en même temps que détruisant la possi- Lilité d'une classification de tous les J^iverra en série linéaire. A tous ces gen- res, ou du moins à ceux d'entre eux qui devront être conservés , j'en ai présen- tement deux autres à ajouter, et par eux de nouvelles transitions vont encore se trouver réalisées. L'un, que je nomme pour cette raison même Galidi«> Galidia, tend à lier, avec les Mustéliens, les Mangoustes, les Genellcs, et par elles tout le groupe des Viverriens , déjà lié par d'autres groupes avec les Fé- liens, et surtout, par d'autres encore, avec les Ursiens. L'autre, auquel je donne le nom d'IcHNEUMiE ; Ichneumia , propre à rappeler ses analogies avec l'un des types les plus voisins, lie très intimement les Mangoustes avec le genre nouvellement établi, et encore imparfaitement connu, des Cynictis. Le premier se compose de trois espèces de Madagascar, dont l'une à peine connue , et les deux autres entièrement nouvelles. Le second compte de même , dès à présent , trois espèces dont deux connues déjà par de bonnes descriptions , et dont l'autre paraît encore inédite. » Voici les phrases caractéristiques dans lesquelles l'aateur résume les des- criptions étendues qu'il donne dans le cours de sou mémoire, de cci deux gen- res nouveaux. isiD. GEOFFROY SAiNT-HiLAiRE, — Nouveaux Mammifères. 25 1 I. ICHNEUMIE , icHSEvmtA. — Paumes et plantes en très grande partie velues; membres assez élevés; cinq doigts à chaque pied; pouces courts et pla- cés en haut/surtout en arrière; ongles assez grands, un peu recourbés, obtus. — Vingt dents à chaque mâchoire ; à la supérieure , trois fausses molaires , une carnassière . deux tuberculeuses de chaque côté ; à l'inférieure , quatre fausses molaires, une carnassière, une tuberculeuse; troisième fausse molaire supé- rieure et quatrième inférieure, à quatre tubercules obtus; tuberculeuses des deux mâchoires assez étendues. — » Oreilles à conques très larges et très courtes, un mufle; nez assez prolongé. — Queue longue, nullement préhensile ; une poche antéanale. — Pelage composé de deux sortes de poils; les soyeux, assez longs, rudes, peuabondans; les laineux, doux^ abondans et plus ou moins visibles à travers les soyeux. — Crâne renflé dans l'intbrvalle et un peu en ar- rière des orbites; pourtour orbitaire coraplèteioent osseux : arcade zygomatique étroite et peu écartée du crâne. Ce genre habite l'Afrique, dans la plus grande partie de son étendue conti- nentale. Ses espèces, insectivores, en même temps que carnivores , et vivant dans des terriers, sont les suiAantes: 1°. Ichneumia albicauda {Herpestes albicaudus. Cuv. ; Ichneumon alhi- cûudh . Smith). Corps d'uu cendré fauve très peu tiqueté, passant au noirâ- tre en dessus, principalement sur la croupe qui est noire; queue blanche dans les trois derniers quarts de sa longueur, Habite l'Afrique australe et le Sénégal. 2". Ichneumia albescens , espèce nouA'elle , ou peut-être déjà connue, mais non distinguée de la précédente {^Herpestes leucurus, Ehkenb.?). Corps d'un cen- dré clnir, très tiqutté de blanc; queue variée de blanc et de noir dans sa prc mièrc moitié, blanche dans la seconde. Habite le Sennaar et peut-être le Don- gola. 3° Ichneumia ifracilis [Herpestes gracilis . Rupp. ). Corps d'un cendré un peu jaunâtre , partie postérieure de la queue noire. Habite l'Abyssinie. II. GALIDIE, GALiDiA. — Plantes, sauf les talons et paumes nues,' mem- bres assez couits ; cinq doigts à chaque pied; en arrière, le médian et le qua- trième égaux; mais en avant le médian plus long, pui', le quatrième, puis le se- cond , puis, mais avec une grande différence de longueur , l'externe, et enfin l'interne qui est le plus court; ongles, les antérieurs surtout, assez longs, mé- diocrement arqués, demi rétractilcs, assez aigus à leur extrémité. — A la mâ- choire «upéricurc, vingt dents, ou seulement dix-huit, suivant que la pre- mière molaire, qui est rudimcnlairc, existe ou n'existe pas; à la mâchoire iufé- rieurc, dix-huit. Incisives supérieures externes; très grandes et échancrées en dehors et en arrière ; canines supérieures presques droites, aplaties en dedans les inférieures; arquées. De chaque côté, supérieurement, trois ou deux i'dUbbcs molaires, une caruassicre , deux tuberculeuses ; iuféncuicmcut , trois aSs is. GEOFFROY ST.-HiLAiRE. — Système dentaire du Protèle. fausses molaires, une carnassière, une tuberculeuse. Tuberculeuses moins éten- dues que les carnassières. — Oreilles à conques Je largeur et de longueur moyennes; un mufle; nez mciliocrcment prolonge. — Queue moins longue que le corps , nullement piéheusile. — Poils soyeux, médiocrement longs, serrés, cachant les laineux. — Crâne à peine renflé entre les orbites, et se ré- trécissant seulement eu arrière de ces fosses. Ajiopbyses post-orbitaires des frontaux et desjugaux ne se joignant pas. Ce genre se compose de trois espèces , toutes de Madagascar. La première paraît avoir été fort anciennement indiquée par Flacourt , et M. Smilh en a récemment décrit les couleurs, sans lui avoir d'ailleurs imposé aucune dénomi- nation , soit générique , soit spécifique. Les deux autres espèces sont nouvelles. 1". Galidia elegam. Corps d'un beau rouge marron foncé ; queue presque aussi lougue que le corps , orace de kirges suucaux «IternatiVemcnt noirs et de la couleur générale du pelage. a'. Galidia unicolor. Corps d'un brun rougeâtre tiqueté de fative et de noir; queue beaucoup plus courte que le corps et de même couleur que lui. 3*. Galidia olivacea. Corps d'un bran olivâtre, tiqueté de fauve ; queue de même couleur que le corps. Outre la description détaillée de ces deux genres et de ces six espèces, M. Lsidore Geoffroy donne une description plus succincte d'un autre carnassier de Madagascar inscrit depuis long-temps dans les cat.ilogues , sous les noms de Mustelo striata , Gxoff. S.-H., ou de Putorius st/ialus, Cuv. Cet animal, dont on n'avait connu jusqu'à présent qu'an très jeune individu, doit être re- porté, en raison des conditions de sou système dentaire, parmi les Vivcrriens, et devenir le type d'un genre voisin, mais distinct des Galidies, auquel le no_m de Galiciis est donné par M. Isidore Geoffroy, comme pouvant exprimer assez heureusement les rapports naturels de ce nouveau genre. Enfin le mémoire de M. Isidore Geoffroy contient aussi quelques rectifications au sujet du genre Çyniclis, nouvellement établi par Ogilby , et des remarques sur le Vansire de Buffon et plusieurs autres animaux mal connus du groupe des Yiverriens. (académie des Sciences j 23 octobre i83j.) Sur le système dentaire du Protèle , par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. (Extrait.) On sait qu'autan,t les conditions du système dentaire se montrent variables dans certains ordres de mammifères , tels que les édentés , les cétacés, etc. , au- tant elles sont constantes dans le groupe des carnassiers proprement dits iS. GEOFFROY ST-HiLAiRi-. — ' Système dentaire du Protèle. 253 ou carnivores. Chez ceiix-ci , après les incisives , dont le nombre est même in- variable (si ce n'est peut-être chez l'Eiihydre) , viennent des canines toujours semblablement disposées, puis des molaires, de deux sortes i les unes, anté- lieures^ de forme très simple, et seulement accessoires ; ce sont les fausses mo- laires; les autres, qui sont les carnassières et les tuberculeuses, postérieures, de forme très complexe, et jouant le principal rôle dans les fonctions dévolues au système dentaire. Ces deux sortes de dents se retrouvent également, soit parmi les dents primitives ou de lait, soit parmi les dents permanentes, quel- ques différen ces que puis senailleurs présenter les deux appareils successifs de dentition. Ces conditions générales du système dentaire des carnassierr, ont avec les ca- r tèrcs de leurs autres systèmes organiques , une corrélation si évidente qu'on pourrait à la première vue la croire nécessaire ; et tant qu'aucune exception n'a été connue, on a pu supposer toute exception impossible. Cependant, il y a dix-sept ans environ, le mémorable voyage de M. de Lalande dans l'Afrique australe fit connaître dans le Protèle un animal pourvu de molaires établies sur un type tout différent , bien que ce genre remarquable appar- tienne incontestablement au groupe des carnivores par l'ensemble de ses i^ractères, et même qu'il offre avec le genre hyène, spécialement avec l'hyène jayée, une analogie telle, que l'analyse de ses caractères génériques estjpresque nécessaire pour l'en distinguer. A la vérité, les Prolèles rapportés par M. de Lalande étaient jeunes. En les voyant pourvus seulement de quelques molaires très simples , plus ou moins rapprochées de la forme conique, à une seule pointe, mal venues et cachées CD partie dans les gencives, il était donc naturel de penser qu'on n'avait encore sous les yeux qu'une première forme du système dentaire, conservée chez de jeunes sujets un peu plus long-temps que d'ordinaire , par des causes acciden- telles. Telle fut l'opinion qu'émit M. Cuvier ; et c'est dans la pensée que le sys- tème dentaire définitif du Protèle devait être analogue à celui des Civettes, que l'illustre auteur du Règne animal décrivit sous le nom de Genelte ou Civette hyènvïde^ l'animal découvert par M de Lalande. En adoptant, comme l'ont fait plusieurs zoologistes , l'opinion émise par M. Cuvier sur le système dentaire du Protèle, cet animal se trouverait déjà par rapport à tous les autres carnassiers , dans des conditions très exception- nelles. Ainsi que je l'ai dit , le premier appareil dentaire , chez ces animaux comme chez les quadrumanes et l'homme lui-même, se compose, outre les in- cisives et les canines, de molaires de deux sortes; et même les molaires de lait sont généralement analogues, par l'ensemble de leurs caractères , à une partie des molaires de remplacement. Le remplacement d'un appareil dentaire aussi eingulicr que celui du Protèle, par un système dentaire établi sur le type com- mun, et surtout identique avec celui de tel ou tel autre carnassier, serait une anomalie peut-être plus grande encore que le remplacement de molaires excep- tionnelles par d'autres molaires pareillement en dehors du type commun, 254 is. GEOFFROY ST.-HiLAiRE. — Sfstèmc dentaire du Protèîe. En établissant en i824 (i) ^ le genre Protèle , j'étais donc fondé à penseï' que son système dentaire définitif présenterait , comme son système dentaire tem- poraire , des caractères véritablement génériques ; et il y avait même lieu de pré- sumer que ces caractères offriraient un degré d'iutérêt bien supérieur à celui qui s'attache d'ordinaire à des différences propres à distinguer l'un de l'autre deux groupes voisins. Aussi , depuis treize ans , n'ai-jc négligé aucune occasion de recueillir des renseignemîus, et surtout de faire par moi-nicme des obser- vations sur les individus en assez grand nombre qui ont été successivement en- voyés en France par MM. Verreaux , neveux de M, de Lalande , et livrés après lui, avec un égal succès, à l'exploration de l'Afrique australe. Tout ré- cemment encore une immense collection rapportée par l'un d'eux, vient de nA fournir encore de nouveaux matériaux dont l'examen a confirme les résultats de mes recherches antérieures, et m'autorise .'i présenter comme positif un ré- sultat que j'avais déjà énoncé depuis plusieurs années , mais avec doute , dans mes leçons au Muséum d'histoire naturelle (2), savoir : que le Protèle , même adulte , a des molaires simples , imparfaites , semblables à celles que j'ai décrites et figurées autrefois d'après de Jeunes sujets ; eu d'autres termes , toutes analo- gues à de simples fausses molaires. Parmi les individus que j'ai examinés, la plupart mont présenté quatre de ces dents simples et imparfaites de chaque côté et à chaque mâchoire ; mais , sur les quatre, il en est presque toujours quel- ques-unes qui, tout-à"fait rudimentaires , resteut cachées dans les gencives. Quelquefois même , j'ai vu, chez des iudividus paraissant également adultes, l'une des molaires cîanquer totalement. Ainsi, non-seulement le Protèle adulte n'a pas un système dentaire de viverra, mais ses molaires ne sont comparables à celle d'aucun autre carnassier. 11 faut descendre jusqu'aux édentés et aux cé- tacés, pour trouver un ensemble de dents aussi simples ; et ici, fait unique dans la série animale, elles se trouvent associées avec des incisives et des canines parfaitement analogues, 'par leurs formes et leurs dispositions, à celles des autres carnaysicrs . L'état adulte de plusieurs des individus sur lesquels j^ii étudié ce système dentaire, est attesté par l'état avancé de leur ossification, notamment par leurs tubérosités occipitales très développées. J'ajouterai que MM. Verreaux, qui ont vu un nombre plus considérable encore de Protèles, ont trouvé à tous le même système dentaire, sans excepter une femelle qui allaitait, et dont l'état adulte est par conséquent incontestable , indépendamment de toute antre preuve. Enfin (i) y oyei Description d'un nouveau genrede mfimmifères carnassiers sousle nom de Protèle, dans le tome xi des Mémoires du Muséum d'histoire naturelle, et l'article Protèle du Diction- naire classique d'histoire naturelle , tome xiv, (2) Voyez l'analyse de mon cours de i835, que M. Gcrvais a bien voulu publier sous ce titre : liésumé des leçons de Mammalogie , professées .nu Muséum de Paris, pendant l'année i835p par M. Isidore Geoffroy SaiKt-Hilaire , Paris, jn-8, 18 36. FALKONER ET CAUTLEY. — Quadrumanes fossiles. 2 55 je dois à M. de Joannis, lieutenant de vaisseau, commandant en second du Luxor, et Lien connu des zoologistes par ses recherches sur les Poissons et les Mollusques, le dessin d'un animal trouvé mort en NuLie, et qui estiuconlesta- blement un Protèle , quoique cet animal ne nous ait jamais été envoyé que de l'Afrique Australe. Ce Protèle de Nubie, peut-être d'une autre espèce que le Proteles Lalandli, avait encore exactement le même système dentaire déjà connu chez tant d'individus du Cap. Le Protèle manque donc bien certainement de dents propres à la masticatioa dans son état adulte comme dans son premier âge : il avale nécessairement sans mâcher , comme au reste le font si souvent aussi , quoique pourvus d'un appa- reil dentaire si puissant, quelques autres carnassiers voisins des Proîèles, no- tamment les Hyènes. Il était intéressant de savoir quel est le genre de nourriture d'animaux carni- vores qui n'ont ni carnassières, comme les espèces vraiment carnivores, ni tu- berculeuses, comme celles qui associent en partie le régime végétal au régime animal. Les notes que j'ai demandées à M. E. Verreaux m'ont fourni un fait in- téressant : le Protèle vit en partie de la chair de très jeunes Ruminans, princi- palemeul de très jeunes agneaux, en partie et surtout des éuormes loupes grais- seuses qui entourent la queue chez les Moutons africains. Il est inutile d'insister sur la concordance remarquable qui existe entre ces habitudes et les conditions exceptionnelles du système dentaire du Protèle. , ^Académie des Sciences, le 23 octobre iSS/.) Note sur la découverte de deux nouvelles espèces de QuadrU' mânes fossiles dans les montagnes Siwalik, par MM. Falkoner et Cautlky. (Extrait.) Nous avons déjà signale la découverte d'une mâchoire de singe fossile, dé- couverte dans les montagnes du Sub-Himalaya, par MM. Baker et Durand. Les auteurs du Mémoire que nous annonçons ici ont rencontré d'autres débris qu'ils rapportent également à l'ordre des Quadrumanes et qu'ils considèrent comme ayant apj)artcnu à deux espèces de plus petite taille que la précédente, mais offrant aussi les caractères propres aux Singes de l'ancien continent. Les couches qui renferment ces débris de Quadrumanes ou des couches faisant partie de la même formation , renferment des ossemcns de chameau et d'anti- o\iC;V Anoplollieiium poslerogenium (espèce tiouvcllc d'un genre caractéris- tique des terrains teraircs, les plus anciens de l'Europe) du Crocodilus bipor- caius et du Lcplorynchus gaiigeticus qui de nos jours encore habitent en nombre iiamensc bs rivières de l'Inde, et du Megaloclielys Sivalensis^ 2 56 OGiLBY. — Mammifères de VAustralasie. énorme Cbélonien d'espèce nouvelle , et qui rappelle par ses formesgigaatesques les grands reptiles de la période secondaire. On voit donc qu'il existait ici, en même temps que les Quadrumanes dont il vient d'être question, des animaux appartenant a des types propres à tous les âges géologiques depuis celui de la craie jusqu''à la période actuelle. (Journal of the Asiatic , soc. cf Bengal, vol. 6, pag. 354, et Plùlcs. Magazine j tio 71.) Note sur quelques Mammifères nouveaux de ï ^ustralasie, par M. Ogilby (Extrait.) M. Ogilby a lu à la Société Linéenne de Londres , séance du 5 décembre , un mémoire sur les caractères de la Faune Austialasiennc et sur quelques Mam- mifères appartenant à l'ordre des Rongeurs, trouves récemment dans la Nouvelle- Hollande. Presque tous les Mammifères de ce vaste continent appartiennent, comme on le sait , au type des Marsupiaux, et les seules exceptions à cette règle , connues jusqu'à ce jour, étaient le chien (qu'on peut supposer y avoir été apporté par les premiers habitans), l'Hydromys et deux ou trois espèces de Rats. Or il est très remarquable de voir que les espèces nouvelles signalées aujourd'hui, soient aussi des Rougeurs, animaux qui paraissent avoir plus d'affinité naturelle avec les Marsupiaux que les autres Mammiières. L'un de ces quadrupèdes nouveaux ressemble un peu à un petit lapin qui aurait une longue queue, eta reçue pour cette raison le nom générique de Coni- litrus. Le second appartient à un genre déjà établi , mais n'eu est pas moins in- téressant à cause de son origine ; c'est une véritable Gerboise qui se distingue de celles de l'Asie et de l'Afriq ;e, par l'existence de quatre doigts aux pattes postérieures. M. Ogilby désigne cette espèce sous le nom de Dipus Mitchellii. {London and Edinhurgh Philosophicœ Magazine, n° jl.) V. AUDOum. — Maladie des Fers à soie. aSy NouvKLLES EXPÉRIENCES sur la naiure de la maladie contagieuse qui attaque les Vers à soie , et quon désigne sous le nom de MuSGARDmE , 'Communiquées ù rAcadcraic des Sciences le 20 novembre iSS/ Par M. Victor Audouin , Professeur-adminislrateur au Muséum d'Histoire naturelle , membre de la Société royale et centrale d'acrieullure de Paris. Quel phénomène de physiologie phis curieux que celui que nous montre un végétal vivant en parasite à Fintérieur d'un ani- mal et ne lui donnant la mort qu'au bout de quelques jours, lorsque les nombreux filainens qu'il pousse ont envahi de proche en proche et enlacé dans un réseau inextricable tout le tissu sous-cutané de son corps ! (1) Telle est cependant la nature et telle est la caîise réelle de la maladie si désastreuse qui attaque les Vers à soie, et que l'on désigne en France sous le nom de Muscardine. Un fait de ce genre méritait bien de fixer l'attention; aussi n'ai-je pas cru entreprendre un travail inutile que de le sou- mettre à un nouvel examen, en employant une méthode parti- culière d'investigation, qui ne laissât subsister à son égard aucun doute dans les esprits. J'ai eu l'honneur de communiquer à l'Académie des Sciences, dans sa séance du !?.5 juillet i836, les résultats auxquels m'ont conduit ces recherches. (1) Ces filamcn» rameiix d'apparcnrc radici:llalri', eorrespondciit à ce que M. nulroclict désigne «ous le nom de Thallus. Voyez ses divers mémoires et parliculièrement eclui relatil i l'urigincdes moisissures <^Ann. dex Se. naf, 2* série, Uot. , tom. i , p. 3o). VIII. Zoor,. — Novembre. I- 258 Y. AUDoriN. ^— 3Jaladie des Vers à saie. Depuis lors plusieurs savans distingués, MM. Turpin et Mon- tagne, à Paris , et à Montpellier , IMBI. Dunal , Balard , Descou- bet, Cauvy et Berard, ont étudié d'une manière spéciale la Muscardine. Et cependant , malgré tant de louables efforts , le sujet n'est pas encore épuisé; non pas qu'il faille, je pense, appor- ter de nouvelles preuves pour établir la réalité du fait principal; mais parce que aussitôt que dans les sciences une vérité fonda- mentale vient à surgir,on voit se former et s'étendre autour d'elle une vaste carrière à l'observation. Voilà ce qui rend compte des nombreux travaux ayant chacun leur degré d'intérêt et d'utilité, dont la Muscardine a été l'objet, depuis que M. Bassi et nous-même avons attiré sur cette singu- lière maladie l'attention des naturalistes. Je ne viendrais pas aujourd'hui en augmenter la liste et oc- cuper de nouveau les instans de l'Académie, si les faits que j'ai à exposer ne se liaient d'une manière intime aux expériences que j'ai consignées dans mon premier mémoire, et s'ils n'en étaient en quelque sorte le complément nécessaire. C'est ainsi que j'avais beaucoup regretté ([ue les circonstances ne m'eussent pas permis de m'assurer si la ^Muscardine était une affection particulière au Ver à soie et dont l'origine" remon- terait soit à Tintroduction de l'insecte en Europe, soit au trans- port qui a ea heu postérieurement de quelques-unes de ses variétés ; ou bien si cette maladie ne serait pas générale à la classe des insectes, inhérente à notre climat, et capable ensuite de prendre dans certaines circonstances favorables, un très grand développement. ^ Déjà j'avais constaté que si la matière d'apparence farineuse, ou, pour parler plus exactement, le cryptogame dont se couvrent les vers à soie morts de Muscardine, était intro- duit par voie d'inoculation dans le corps de plusieurs che- nilles ou autres larves d'espèces variées et très difiérentes, il leur occasionait une maladie^à laquelle elles ne résistaient pas, et qui ofirait tous les caractères de la Muscardine. Puis se m'étais assuré que l'efflorescence blanche qui ne tardait pas à se montrer sur leurs cadavres , transportée de nouveau sur des vers à soie reproduisait la même affection avec la série des 4 V. AUDouiN, — Maladie des Fers à soie. 25» mêmes symptômes, sans que dans ce double transport , les pro- priétés du principe contagieux aient été en rien altérées. Ce fait curieux que je me suis exercé maintes fois à reproduire dans le courant de mes expériences ne décide pourtant pas la question , il prouve seulement que des insectes d'une autre es- pèce, d'un autre genre, d'une autre famille et d'un autre ordre que le Bombix de la soie sont aptes à recevoir l'infection, qu'ils y succombent de la même manière, et que le germe végétal en passant par leur corps ne perd rien de sa nature et de son ac- tion. Cependant on rencontre quelquefois dans la campagne des cadavres de chenilles, de chrysalides et d'insectes parfaits coU" verts de moisissures blanches. Sont-ce là des végétations en tout semblables à celles qui se montrent sur 'es vers à soie muscardinés? ont-elles commencé à se développer dans le corps de l'insecte, pendant qu'il vivait? sont-elles la cause immédiate de sa mort, ou bien, la plante cryptogame aurait-elle pris naissance, comme cela se voit si souvent sur la matière animale, après qu'elle a été privée de vie? Pour répondre à ces questions , il eût fallu démontrer que ces productions végétales, trouvées sur des cadavres et inoculées à des insectes vivans , leur communiquait la Muscardine. Cette expérience n'a pas été tentée, que je sache; mais il eût été mieux encore d'arriver à produire naturellement chez eux cette ma- ladie, afin que la suivant, dès son origine, et dans toutes ses phases , on pût constater sa parfaite identité avec l'affection qui envahit les magnaneries. Toutefois on devait craindre en se li- vrant à cet essai d'être arrêté par un obstacle du même genre que celui qu'a rencontré M. Bassi, en opérant sur les vers à soie; c'est que, bien qu'on puisse à volonté transmettre la Muscar- dine par inoculation d'un ver à soie à un autre ver, puis de c(!lui-ci à un insecte d'une espèce très différente, et que cette maladie redoutable se piopage si facilement d'elle-même par voie de contagion que souvent tous les vers d'un atelier en sont simultanément atteints et meurent sans exception, il est cepen- dant très difficile, impossible même, suivant lui, do la faire «7. 4 nGo V. AUDOurjv. — maladie des Vers à soie. naître spontanément dans les lieux où l'infection ne règne pas. Aucune des tentatives qu'il a faites pour obtenir ce résultat ne lui a réussi, et cela paraît si étonnant, surtout quand on voit qu'il n'hésite pas à présager le non-succès, qu'on se demande si, lorsqu'il fit ces expériences, l'auteur avait une connaissance bien exacte de la nature de la maladie. C'est eu effet en m'appuyant sur cette connaissance, c'est en réfléchissant que le principe de la Muscardine est en tout ana- logue au principe des moisissures, qui, répandues dans l'air, vé- gètent sur une foule de corps, lorsque certaines conditions fa- vorables les entourent; c'est , dis-ie,en m'arrêtant à ces réflexions, que je n'ai pas désespéré de le rencontrer également dans l'atmo- sphère au milieu duquel je viendrais à expérimenter, et de le voir bientôt se développer spontanément sur des insectes vivans que je placerais dans des circonstances convenables d'humidité et de chaleur. ^ . Voici , parmi les expériences que j'ai tentées, celles qui m'ont le mieux réussi : PREMIKRE EXPÉRIENCE. J'élevais chez moi, au Jardin du Roi (i), plusieurs larves d'une espèce de Capricorne du genre Saperde (Saperda car- charias) qui se nourrit aux dépens de l'aubier des Peupliers, particulièrement des peupliers dits de Canada, et cause à ces arbres un très grand dommage. (2) Le i5 août i836, je fis choix de deux tronçons de ces arbres, hauts de 22 centimètres sur 5 à 6 de largeur, et après m'étre assuré que chacun renfermait trois insectes bien vivans à l'état de larves, je plaçai séparément ces deux petites bûches dans (i) Toutes mes reclierclies pour transmettre la Muscardine aux vers à soie, ont été faites à la •campagne. J'ai entrepris celles-ci à Paris , afin que si la maladie venait à se développer à la suite de mes expéj'iences, on ne vînt pas à supposer quelle était due au voisinage des insectes in- festés. J'ajouterai que les précautions les plus minutieuses furent prises pour qu'on ne pût avoir aucun doute sur ce point, (2) J'avais jugé plus convenable d'expérimenter sur des insectes autres que les vers à soie, «t certaines raisons me décidèrent à donner la préférence à des larves lignivores. V. AUBOUIJV. — Maladie des Vers à soie. 26 ï' deux grands bocaux en verre qui étaient du double plus élevés et plus larges qu'elles. L'un des bocaux fut couvert simplement d'une étoffe de gaze de manière à permettre à l'air de circuler librement dans son intérieur. Au contraire , je fermai l'autre avec une feuille de fort papier ficelée autour de l'ouverture, et je la perçai de quelques petits trous. J'avais préalablement introduit clans ce dernier bocal une grande quantité de mousse, de manière à le remplir exactement, puis je l'avais bumectée avec de l'eau. Ces deux bocaux furent placés dans un cabinet où ils pou- vaient recevoir les rayons du soleil, de deux à six heures du soir; la température qu'éprouvaient \es larves soumises à l'expé- rience variait donc beaucoup dans les vingt-quatre heures. Quant à l'état hygrométrique de l'asînosphère contenu dans les deux bocaux, on conçoit qu'il était tiès différent dans le vase où l'on avait placé de la mousse humide et dans celui qui n'en renfermait pas. Les choses étant ainsi disposées, et de telle sorte qu'on pût facilement observer les insectes sans qu'il fût nécessaire de leur apporter aucun dérangement (i), je commençai à devenir atten' tif à ce qui allait se passer. Le 16 août toutes mes larves paraissaient bien portantes; elles continuaient à creuser le bois pour s'en nourrir. Durant huit jours, c'est-à-dire jusqu'au a3, je ne remarquai aucun change- ment; mais le i[\ août au matin, deux des larves qui occupaient le tronçon de peuplier entouré de mousse humide, me semblè- rent languissantes : à raidi je les trouvai mortes. Leur corps, encore assez flasque , avait fort peu changé de couleur; peut- être oflrait-il ime nuance légèrement rosée. Le lendemain 26, il avait pris un peu de consistance, et le soir du même jour il était déjà devenu assez raide pour ne pouvoir plus être plié. (i) A ce.t effet j'avais feadu longitudiiialeiueat les galeries oct^upécs dans le bois par les larves, et ainsi ouvertes je les avais appliquées contre la paroi du bocal, sa transparence me pcrmel'ait de les voir parfaitcnieitl ; mais craignant qu'une lumière permanente ne les inquiétât,].; rcrouvrais chaque fois le point où el!<'s se len;iieiit, avec un écran qui les niel- lait dans la cunditiou d'obscurité où elles sont nalurellcHicut à l'iulérieur des galeries qu'elles creusent . 262 V. AUDOUiN. — Maladie des P^ers à soie. Enfin, le 26, les deux cadavres se couvraient déjà d'une légère efflorescence blanche; je les retirai alors du bocal, afin que cette végétation extérieure ne fût pas trop activée par l'humidité qui y régnait, et je les plaçai dans une boîte de carton. <:"ermée avec un couvercle en verre. L'efQorescence continua à croître et à s'étendre : bientôt elle devint générale. Elle était blanche comme de la farine, et l'inspection que j'en fis au microscope me montra qu'elle consistait en filamens blancs supportant pour la plupart des petits corps sphériques, qui souvent les terminaient, mais, qui souvent aussi étaient dispo- sés en séries sur deux lignes, ordinairement dans le voisinage de l'extrémité. La structure de ces filamens, la configuration de ces globules, l'aspect tout entier de ces végétations ne me permettaient guère de douter qu'ils n'appartinssent à quelque Botrytis; et je ne voyais aucun caractère qui pût me les faire distinguer spécifiquement de celui que j avais si souvent observé sur les vers à soie morts de muscardine. (i) Ce bocal contenait une troisième larve. Elle continua de vivre, se métamorphosa même en nymphe, et au printemps de iSSy elle se changea en insecte parfait; mais. cet insecte fut atteint de muscardine à ce dernier état; il mourut avant que de sortir de l'aubier du peuplier et son corps ne tarda pas à se couvrir de végétations blanches. Quant aux trois larves de Saperdes mises en observation dans le bocal où l'air pouvait ciculer librement et n'avait pas été chargé d'humidité, elles arrivèrent toutes à bien et don- nèrent chacune dans les derniers jours de mai de cette année un capricorne de l'espèce que j'ai mentionnée : {Saperda car- charias). (1) Jemcls sous les yeux de l'Académie une de ces larves de Saperde muscardinec ; on remarquera que^ le cryptogame parasite a tellement pénétré tous les tissus , et recouvre si exactement toutes les parties extérieures de cet insecte, qu'il, l'a rendu méconnaissable. J'ai placé à côté une larve saine retirée de l'alcool, afin qu'on puisse juger du changement qui a eu lieu. L'altéralion pailiologiquc? est ici infiniment plus proljpndc tjxie dans les vers à soie. V. AUDOuiJN. ■— Maladie des f^ers â soie. 263 DEUXIEME EXPERIEiyCE. En même temps que je faisais cette première expérience^ sur les larves de Saperde , jeu avais disposé une seconde qui n'en différait que parce que les tronçons d'arbres étaient remplacés par de la sciure de bois mise à sec pour l'un des cas, et humec- tée dans l'autre avec de l'eau. J'y soumis des larves également lignivores , mais d'un genre très différent; c'étaient des larves d'un Bupreste , rare dans nos environs [BuprJ Bei'oline^isis), dontj'avais pu, par un heureux hasard, me procurer une dizaine d'individus sur des troncs de Frêne de la forêt de Com- piègne. (i) J'expérimentai sur quatie larves de cette espèce. Les résultats furent à fort peu de chose près semblables à ceux de la première expérience. Deux larves mises dans de la sciure de bois de Frêne, maintenue humide et renfermée dans un bocal clos avec un bouchon en liège, survécurent vingt-huit jours; le vingt-neuvième elles moururent subitement, et dès le trente- unième jour leur corps fut couvert des végétations blanches caractéristiques de la Muscardine. Les deux autres larves de Bupreste placées au milieu d'une poussière de bois semblable, avec cette condition qu'elles y étaient à sec, conti- nuèrent à vivre sans offrir aucun indice de la maladie. Peut-être me serais -je arrêté à ces deux expériences comme étant suffisantes pour démontrer que la Muscardine attaque d'au- tres insectes que les Vers à soie , et qu'elle peut, je n'ose dire s'engendrer, mais se dévelo])per spontanément chez eux, lors- que certaines circonstances d'humidité et de chaleur concen- trées se trouvent réunies, si M. le D". Bassi ayant obtenu des résultats fort analogues en opérant à-peu-près de la même manière sur des Vers à soie et ayant été naturellement conduit (i) Je crois avoir fait connallro l(> premier les métamorphosés des insectes du genre Bu- preste. Depuis, ces obscrvalioDs ont clé coi)fiiiiiî'i.-s par M. Aiibé, qui a éluilié surtout quel- que» lar\i's du gtiire At;ri us , suus-divisidti du gciuf r.uprcstc. a64 V, ALDouiN. — ■ Maladie des Fers à soie. à admettre cette croyance, n'eût ensuite professé le contraire, se fondant sur ce que la maladie qu'il avait su produire, man- quait de l'un des caractères les plus saillans de la Muscardine; c'est-à-dire quelle n'était pas transmisslhlc par voie de conta- gion. Ce fut eu vain qu'il mit des Vers à soie sains en présence de la matière blanche qui avait végété sur les individus morts dans ses expériences; ce fut en vain qu'il en frotta leur corps et qu'il la leur inocula, jamais il ne put leur communiquer la maladie. En était-il de même du cryptogame que j'avais fait naître dans les larves de Capricorne et de Bupreste? La question me parut importante à examiner , mais la saison trop avancée ne me permettait plus de tenter l'expérience sur des Vers à soie (i). Je dus la remettre à l'annéesuivante. ÏROISiÈME r.XPÉRlEiVCE. J'avais commencé à la fin du mois de mai iSay une petite éducation de Verfi à soie provenant d'une variété très estimée originaire de Valence en Espagne, et que ni'avait remise M. Bîauco, professeur d'agriculture à Saint-Jacques de Com- postelle. Le 4 juillet, je choisis vingt de ces Vers ayant subi leur dernière mue et prêts à filer leur cocon. Je leur inoculai à l'aide d'une aiguille, sur le côté droit du neuvième anneau, une très petite parcelle de l'efflorescence blan- che qui depuis i i mois couvrait le corps de l'uiu; des larves de Capricornes, chez lesquelles j'avais fait naitre spontanément l'année précédente une maladie mortelle, qui présentait tous les caractères de la Muscardine. Le 5, le G et le 7 juillet, mes Verôà soie ne montraient rien de particulier; la cicatrisation s'était faite, comme d'ordinaire, très j)romptemeut. Dans cet intervalle de trois jours, le thermo- 'i Je teuais à traiisnicUru la contagion à des Vers à soie, autrement il m'eût été facile de encoutrer enco beaucoup d'insectes très favorables à l'expérience. V. AUDOUiN. — Maladie des Vers à soie. 265 mètre centigrade avait marqué 20 à 28 degrés et le temps s'était maintenu constamment beau et sec. Le 8 juillet au matin, une des chenilles fut trouvée morte. Le 9, son cadavre avait pris de la raideur et une teinte vio- lacée. Le 10, 'il était devenu dur; et le 11, la végétation à aspect farineux commençait à poindre dans les ouvertures des organes respiratoires et dans les interstices des anneaux. Treize autres Vers à soie moururent peu de temps après le premier, et, au plus tard, le 9 juillet. Us offrirent tous les mêmes mp tomes durant la maladie et les mêmes phénomènes après la mort. Un seul commença à hier son cocon; mais à peine en avait-il construit la bourre qu'il fut saisi et le laissa inachevé. Cependant, cinq chenilles résistèrent à l'inoculation, elles se métamorphosèrent en nymphe puis en papillon. Cette expérience me paraît concluante; elle prouve évidem- ment que la maladie dont j'ai obtenu en i836 le développe- ment spontané, dans les larves de Capricorne, joint à tous les autres caractères de la Muscardine celui d'être contagieuse, et que, transmise à des Vers à soie, elle se montre chez eux sous l'aspect ordinaire, sans qu'il soit possible, par aucun moyen, de reconnaître son origme. QUATKlicME EXl'EIUENCE. Ne voulant pas m'en tenir à une seule expérience et désirant multiplier les chances de réussite, j'avais cru devoir tenteraussi l'épreuve de la contagion avec le Bolrytis qui, en i836 , s'était développé spontanément dans le corps de la larve du lîupreste. Le même joiu-, 4 juillet 1837, je l'inoculai à dix Versa soie. Le 7, à 4 heures du soir, un des individus avait succombé; deux heures après, un second fut trouvé mort; cinq autres pé- rirent dans l'espace de 24 heures; trois échappèrent. Tous les individus atteints par la maladie offrirent exactement les mêmes symptômes qui accompagnent la Muscardine lorsqu'elle se déve- loppe dans les magnaneries; et quant au Cryptogame, il suivit ime marche analogue dans sou développement. 266 V. AUDûLiJV. — Maladie des f^ers a soie. En effet, je m'attachai à l'étudier sous ce point de vue, et je re- connus par la dissection que 24 heures après son introduction sons la peau du Ver à soie , la petite parcelle avait déjà poussé de toutes parts des filaniens, qui par leur enchevêtrement et leur as- pect, représenîaient exactement cette partie originaire de tout Cryptogame que M. Dutrochet a si bien fait connaître et qu'il désigne sous le nom de Thallus. Ce thallus, formé de tigelles rameuses et articulées, était aussi en'tout semblable à celui que j'avais précédemment observé dans les Vers à soie, et dont on trouvera la figure dans mon premier Mémoire. Quelques jours plus tard, le Cryptogame continuant de croître, avait traversé la peau du Ver à soie et la couvrait d'une belle végétation blanche comme de la neige. L'examen microscopique que j'en fis me montra de nombreuses tigelles pourvues la plu- part de sporules et parfaitement analogues au Botrytis Bassiana. CINQUIEME EXPEKIENCE. Cependant, on pouvait se demander si maintenant ces Vers à soie, qui avaient reçu l'infection d'insectes très différens de leur espèce (la larve du Capricorne et celle du Bupreste), la trans- mettraient aussi facilement à d'autres Vers à soie et si dans ce nouveau transport les caractères du Cryptogame, comme de la maladie, resteraient encore les mêmes. Je me suis assuré qu'il en était ainsi par l'expérience sui- vante. Dix Vers à soie, dont le corps était couvert de végétations, provenant de la troisième expérience, c'est-à-dire qui avaient reçu la maladie par l'inoculation du Cryptogame pris sur les larves de Capricorne, furent placés , le 1 3 juillet, dans une boîte vitrée, au milieu de cent Vers à soie très bien porlans , et qui depuis quatre jours avaient subi leur troi- sième mue. Le 17 juillet, dix-liuit étaient morts par la simple absorption des sporules du Cryptogame, soit que ces sporules aient été disséminées dans l'air, soit que ces Clienilles aient en le V. AUDOUiN. — Maladie des Fers à sole. 26-7 contact direct des Vers à soie muscardinés. La mortalité devint bientôt générale. Tous les individus qui succombèrent, et le nombre s'élevait le septième jour à quatre-vingt-quinze, offrirent, durant la ma- ladie et après la mort, tous les signes de la Muscardine. Cette expérience, ajoutée aux précédentes, ne laissa aucun doute dans mon esprit, sur la similitude parfaite qui existe entre l'affection à laquelle succombent les Vers à soie dans les magna- neries, et celle qui attaque tout autre insecte à l'état libre. Cette ressemblance paraîtra encore plus frappante, si je dis que cette maladie peut, dans la nature comme dans nos ateliers, prendre tout-à-coup un grand développement, et que c'est à cette cause qu'on doit quelquefois attribuer la disparution in- stantanée d'insectes qui, s'étant montrés en très grand nombre, auraient dû l'année suivante pulluler en proportion. SIXIÈME EXPÉRIENCE, Je ne voulais pas abandonner mes expériences sur les Vers à soie sans en tenter une nouvelle, à laquelle j'avais songé l'an dernier, mais trop tard. M. Bassi avait avancé que la Muscardine, développée dans les magnaneries , n'était contagieuse que dans le cas où les Vers à soie présentaient une effloiescence blanche à la surface de leur cadavre ; que si , par des circonstauces particulières et qui se voient quelquefois; l'elflorescence avortait, le mal ne pouvait pas se transmettre, l'expérience l'avait mainte fois démontré à nos éleveurs du midi. Or, on conçoit pourquoi il doit en être ainsi maintenant qu'on sait que la matière blanche, d'apparence fari- neuse, n'est autre chose qu'un Cr3qitogame dont les tigelies sont chargées de sporules, facilement (fisséminables dans l'air. Mais si ce fait est constamment vrai à l'ordinaire et dans l'état, je dirai naturel, s'ensuit-il que la propriété reproductive du Cryptogame n'existe que dans la semence? Ne sait-on pas qu'un grand nombre de végétaux, daniinaux même peuvent se reproduire par cer- taines parties délacbres du corps principal? 268 V. AUDOUiN. — Maladie des f^ers à soie. Le Botrytis, qui appartient à un des derniers degrés de l'é- chelle végétale, offrira-t-il un phénomène analogue, et, par exemple, son réseau radicellaire, ou, pour parler plus exacte- ment, son Thalhis jouira-t-il de cette faculté reproductive? Ne pourrait-il pas continuer à croître, si on le mettait en contact avec les tissus vivans d'un insecte, et, dans tous les cas, quel serait sur l'animal l'effet de cette inoculation? Occasionnerait- elle à cet insecte la Miiscardine? L'expérience était curieuse à faire. Le 9 juillet, vers le milieu du jour, je pris un Ver à soie de ma troisième expérience et qui venait de mourir de la Muscar- dine; son corps n'était pas encore raide, aucune végétation ne se montrait encore à sa surface. Je le dépouillai de sa peau dans une étendue de quelques millimètres, afin de mettre à nu le tissu qu'elle recouvrait. J'enlevai une très petite portion de ce tissu, et l'ayant examiné au microscope, je constatai qu'il était entière ment formé par un réseau de fibres végétales. J'avais fait choix de six Vers à soie bien portans. Je les piquai tous au coté droit et j'introduisis sous leur peau à l'aide d'une fine aiguille une parcelle de ce réseau ou Thallus ; elle était si petite que j'avais peine à la distinguer à l'œil nu, et que je dus employer la loupe pour opérer à coup sûr. Le lo juillet à 6 heures du matin , c'est-à-dire 1 8 heures seule- ment après l'opération , un des Vers à soie était déjà mort! trois autres moururent dans la matinée du même jour, et les deux derniers, que je croyais devoir survivre parce qu'ils avaient commencé très activement leur cocon , succombèrent dans la journée du lendemain, après n'en avoir filé que la bourre. Bien- tôt une végétation blanche très abondante se montra à la sur- face de chacun de ces six cadavres. he Cryptogame peut donc se propager par son Thallus aussi bien que par ses sporules; il peut également communiquer aux insectes la Muscardine, et, ce qui est sans doute plus remarqua- ble et se conçoit pourtant très bien , il produit la mort dans un intervalle de temps infiniment plus court, en iS, en 24,en 48 heures; tandis que , dans le cas de l'infection par les séminules, elle n'arrive que du quatrième au septième jour. V, AUDouiN. — Maladie des Versa soie. 269 Or, j'étais curieux de savoir si cette prompte terminaison dé- pendait, comme à l'ordinaire, de ce que, par une sorte de pseu- domorphose, le tissu réticulaire du végétal ou son ïhallus ve- nait se substituer aux lieu et place du tissu graisseux de l'insecte. Je ne tardai pas à me convaincre que telle en était réellement la cause. En effet, le prompt examen qne je fis de la couche sous-cu- tanée du Ver à soie qui avait succombé dans les 18 heures, me la montra composé d'un réseau filamenteux tout aussi inex- tricable , tout aussi bien formé que celui qui , dans le cas où on a inoculé des séminules, n'arrive h cet état de croissance qu'au bout de 4 à 7 jours. Dans ce court espace de temps, le tissu graisseux avait entiè- rement disparu , le Thallus du cryptogame l'avait remplacé dans toute son étendue et à tel point qu'il en gardait la forme ; c'était, si je puis m'exprimer ainsi, une épigénie organique complète. En récapitulant sommairement les résultats qui découlent des expériences consignées dans ce mémoire, je crois avoir établi: 1° Que la Muscardine peut se montrer spontanément et en tout lieu, lorsque certaines circonstances réunies favorisent son développement; 2" Qu'elle n'est pas une maladie particulière au Ver à soie ; mais qu'elle est générale et peut être exclusivement propre à la classe des insectes ; 3° Qu'elle peut se propager , non-seulement des Vers à soie à des insectes d'espèces très différentes, mais, qu'ayant pris spon- tanément naissance chez une de ces espèces, elle peut, lorsqu'on la transmet à des Vers à soie, leur occasioner cette même ma- ladie qui se montre dans les magnaneries et qu'on désigne sous le nom de Muscardine; 40 Que dans ce transport qu'on peut multiplier et varier à l'infini, en l'opérant sur des insectes d'ordres, de familles, de genres et d'espèces différens ou semblables , le cryptogame et la maladie qu'il produit n'éprouvent aucun changement; 5" Que si lessporules disséminées dans l'air sont le moyen qu'emploie la nature pour la reproduction de la plante, on ayo BLAiNviLEL. — Mammifères cle V liiile . peut cependant obtenir son développement d'une manière ar- tificielle, en greffant certaines de ses parties, par exemple soa Thallus , sur le tissu graisseux d'un insecte, c'est-à-dire sur ce même sol dans lequel les Sporules auraient végété ; 6° Enfin que, par cette voie artificielle d'infection , le Crypto- game envahit beaucoup plus rapidement le tissu graisseux, ce qui amène une mort beaucoup plus prompte. Rapport sur un mémoire de M. Joubdan concernant deux nouvelles espèces de mammifères de F Inde Fait à l'Académie des Sciences, le aS ocloljre iSS/ Par M. DE BlAIN VILLE, L'Académie, dans sa séance du i8 septembre dernier, a ren- voyé à l'examen d'une Commission composée de M. Isid. Geof- froy Saint-Hilaire et de îïioi, une note que lui a adressée M. Jourdan , professeur de zoologie à la Faculté des Sciences de Lyon , et dans laquelle deux nouvelles esjjèces de mammifères de l'Inde sont décrites d'une manière assez complète pour que les zoologistes généraux puissent en prendre une idée suffisante et, par suite, les placer, d'après leurs rapports naturels, dans le système zoolo^ique. L'ordre ou le degré d'organisation des carnassiers; que l'on pourrait désigner sous le nom de Secundates par opposition à celui de Primates ^ imaginé par Linné pour le premier degré d'organisation des animaux mammifères monodelphes, renferme, comme tout le monde sait, quatre grandes familles, les Chéi- roptères eu chauve-souris, les Insectivores, les Carnassiers (plantigrades et digitigrades) et les Phoques ou carnassiers pinnigrades, que l'étude de l'ensemble de l'organisation dé- montre devoir être rangés suivant l'ordre sériai que nous venons d'énoncer. ELATNViLLïï. — Mammifères de i'Inde. 271 Pour ne nous occuper en ce moment que de ce dont nous avons besoin pour faciliter la conception de notre rapport, la famille des carnassiers renferme Jes genres Ursus , Mustela , Viverra^ Fel'ts , Canis , Hyœna et Phoca, de Linné; genres susceptibles de définitions suffisamment rigoureuses, mais dans lesquels on a trouvé aisément, par la considération minutieuse et exagérée sous certains rapports, mais fort utile sous d'autres, du système dentaire et du système digital, à former un assez grand nombre de subdivisions génériques, dont, quoique assez distinctes dans certains cas, les espèces véritables et à fortiori celles qui ne le sont pas, se nuancent d'une manière véritable- ment admirable , quand on a convenablement égard à l'ensem- ble de l'organisation. A la section du genre Ursus , dont les espèces se nuancent elles-mêmes, depuis l'ours polaire, qui a la tête la plus allongée, jusqu'à l'ours orné, qui l'a le moins , et , sous ce rapport , se rapproche davantage des blaireaux et des gloutons, appartiennent comme l'avait si bien senti Linné dans sa grande manière de faire, les Blaireaux ou iJ/c/e'j', qui , comme les ours , manquent de cœcum , mais dont l'humérus est toujours percé d'un trou au condyle interne : ils existent dans toutes les parties septentrio- nales de la terre , ancien et nouveau continent , et sont repré- sentés , pour un premier degré, dans l'Inde par le Panda , dans l'Amérique par les Ratons , les Coatis; pour un second , par le Kinkajou , dans l'Amérique méridionale , analogue de l'Arctictis delà Sud-Asie, et , pour un troisième degré , par le Midaus , dans la Sud-Asie. Au genre Mustela^ également dépourvu de cœcum et dont l'humérus est aussi percé au condyle interne, et dont l'Europe possède les quatre sections, Putois (1), Glouton , Marte et Loutre, correspondent : au premier, les Zorilles dans l'Afrique méridionale, le Mélogale dans l'Inde, les Ratels dans l'Afrique et dans l'Asie, et les Grisons (nuro,Is. , Geoff), ainsi que les Mé- phytis des parties septentiionales et méridionales d'Amérique. (i) Le prolcndu Vison de France paraît n'être qu'un Putois ordiuairc ; il a lu poil presque noir du l'utois ; et int>nic le blanc du pourtour d« ses Iù^tcs. 27a BLAiNviLLE. ■— Mammifères de l'Inde. La première des sections du genre des Mustela a des repré- sentans en Europe , en Asie , en Amérique et même dans l'Afrique. Les Loutres sont aussi dans ce cas. Dans le genre //it^r;/-/-«,Tj., caractérisé par le système dentaire, les ongles demi rectractiles, l'existence du cœcum, le nombre des doigts égal en avant comme en arrière, l'Europe ne possède actuellement qu'une espèce , la Genette ; à ce groupe appar- tiennent en Afrique, et surtout dans l'Afrique australe et à Ma- dagascar, pour un premier degré, les Mangoustes (^>/a/z^^^«s/a) ^ Vansire {Athylax) , Crossarque, Lasiope , Cynictis et Surikate, dont les premières seulement existent dans l'Inde; pour un second degré , les Civettes et les Genettes de toutes les parties d'Afrique et des parties méridionales de l'Inde , ainsi que les Paradoxures , qui jusqu'ici semblent être propres à ses parties les plus australes; et enfin, pour un troisième degré, le genre Bassaris , de M. Lichtenstein , le seul représentant de ce genre méridional en Amérique ; le Crjtoprocta de Bennett , peut-être le même que l'Euplère de M. Doyère semble plutôt être le re- présentant des Paradoxures à Madagascar. Le genre Félis y L. , si bien défini presque dans tous les points de l'organisation externe et interne, savoir : le moindre nombre de molaires au plus haut degré de carnivorité , les ongles ré- tractiles, un cœcum , un trou au condyle interne de l'humérus, est répandu dans toutes les parties du monde , du moins pour les espèces de ses quatre premières sections , Fj unicolores , à tâches ocellées, à taches pleines, sans ou avec des barres noires aux joues et à la face interne des bras; car les Felis de la dernière section, les Cynadures ou Guépards, ne se trouvent qu'en Asie et en Afrique. Le genre Canis , L. , caractérisé par le système dentaire plus nombreux, par le système digital et la forme des ongles, par l'absence de trou au condyle humerai , l'existence du cœcum, etc., est à-peu-près dans le même cas pour ses deux divisions princi- pales; cependant on doit remarquer que toutes les sections Me- galotis , Renard, Chacal , Loup et H,yénoïde , se trouvent réunies dans l'Afrique. Le genre Hyœna , L. , que caractérise aussi le système digi- BL AIN VILLE. — Mammifères de rinde. 273 tal , le système dentaire particulier, l'abs er ce du i) ti! an conle interne , et l'existence d'un cœcum , etc. , est encore plus afri- cain, puisque ses trois sections, en y comprenant lesProtèles, se trouvent à-lafois dans l'Afrique méridionale , et que la pre- mière seulement existe dans l'Inde, mais aucune en Amérique ni actuellement en Europe. Enfin , le genre Phooa , plus aisé encore à définir par le sys- tème dentaire incisif et molaire, par la disposition des doigts, par l'existence du trou condylien humerai et d'un cœcum, doit être essentiellement considéré comme ciicumpolaire; au- cune espèce peut-être n'étant intertropicale. Quant aux deux divisions principales de ce genre , les phoques proprement dits semblent exclusivement habitans des mers actiques , sur les rivages des deux continens. Les phoques à oreilles semblent, au contraire, appartenir aux mers antarctiques et arctiques; mais pour celle-ci seulement, vers les terres de communication de l'Asie et de l'Amérique. Les deux mammifères, dont il est question dans la note de M. Jourdaii , appartiennent à cette division des Carnassiers de moyenne ou même d'assez petite taille, que M. F. Cuviçr a cru devoir séparer des Viverra de Linné, principalement à cause de la brièveté et de la nudité des tarses ou des pieds de derrière, ce qui indique des animaux moins aptes à la course que les Viverra ordinaires , tels que les Civettes et les Genettes ; et en effet, ce sont des espèces qui, se nourrissant probablement d'oiseaux et de leurs œqfs , mais surtout de fruits , vivent pres- que constamment dans les arbres, pouvant jusqu'à un certain point en embrasser les branches à l'aide de la disposition élar- gie des mains et des pieds qui peuvent ainsi s'appliquer et s'adapter sur la convexité de rameaux assez petits. On avait même pensé que la queue qui, dans ces espèces, connues dans l'Inde sous le nom de Martes des palmiers, est toujours propor- tionnellement plus longue et plus grêle que dans les Genettes ordinaires, était jusqu'à un certain point préhensile, comme cela a lieu chez les Kinkajous, genre qui ne laisse pas que d'avoir quelques rapports avec les Viverra plantigrades, et comme sur l'individu qui a servi de type à l'espèce la plus et la Vni. Zooi.. — Notcmbrf, jij 2y4 BLAi«vïLLE. — Mammifères de l'Inde. mieux connue ^ la queue semblait s'enrouler latéralement en une sorte de spirale , disposition fort insolite dans les mammifères, on en avait tiré le nom spécifique de J^iverra prehensilis j donné par nous à une espèce, et celui de Paradoxunis imposé à la division considérée comme générique par M. F. Cuvier. Nous ne voyons cependant pas que cette particularité si remar- quvable se confirme. Du moins l'espèce actuc4lement vivante à la ménagerie du Muséum, et qui pourrait bien être celle que nous avons signalée sous le nom de f^werra Bondar^ n'offre dans sa queue rien de préhensile ni de spiral. Quoi qu'il en soit, cette division des Viverra, sauf l'absence de poche moschifère, qui semble remplacée par une énorme glande de Gooper, n'offre dans tout le reste de l'organisation rien qui puisse la distinguer des espèces à tarses plus élevés et couverts de poils. Le nombre des vertèbres truncalcs est le même, treize costifères ou thora- ciques et sept lombaires; il n'y a aucune trace de clavicules, remplacées par un simple ligament partant du raphé trapézo- deltoïdien. L'humérus est également percé d'un trou au condyle interne; les deux parties du canal intestinal sont séparées et distinctes par un cœcum conique, obtus, d'un pouce de lon- gueur, ce qui n'a jamais lieu chez les véritables plantigrades du genre Ursus de Linné; il n'y a pas plus d'os dans la verge que dans les Viverra; et même, sous le rapport de la longueur et de la nudité des tarses, on trouve des degrés peu tranchés depuis les espèces chez lesquelles le tarse est , comme dans les Kinkajous, le plus large, le plus court et le plus nu possible, jusqu'à d'autres où il est presque comme dans les chats , avec des ongles aigus, courbés en griffes, et plus rétractiles peut-être que dans certaines espèces du genre Felis. En effet, les Genettes , qui ne se distinguent pas , comme le dit G. Cuvier, par l'absence de la poche au musc, qui chez elles est en effet aussi développée que dans les Civettes, présentent sous le rapport de la nudité du tarse, quelque chose d'intermédiaire à ce qui a lieu chez les Civettes et chez les Paradoxes: une bande étroite de peau nue se prolongeant de la partie métatarsienne jusqu'à l'extrémité du tarse. Le pelage des Genettes offre quelques légères différences. BLAiNViLLE. — Mammifères de V Inde. n'jS Il en est de même pour le système dentaire , ces trois divisions du genre Viverra de Linné ne diffèrent que par des nuances. D'abord le nombre général est toujours le même, trois incisives en baut comme en bas , une canine et six molaires en haut comme en bas, trois avant la principale et deux en arrière. Mais dans cette partie molaire on peut apercevoir des différences très appréciables et que l'on peut même considérer comme indiquant le degré de carnivorité; ces différences portent sur la proportion relative des deux bords de la dent principale et l'abaissement des arrière-molaires; l'égalité complète indiquant le minimum , et l'inégalité la plus marquée à l'avantage du bord externe constituant le maximum de disposition carmvore. On peut également tirer des caractères importans de la considération d'égalité ou d'inégalité des deux parties des arrière-molaires dont la dernièie surtout est d'une importance aussi remar- quable qu'inexplicable dans la distinction des espèces, comme nous nous en sommes déjà assurés ilans les ^différentes fa- milles qui constituent les deux premiers degrés d'organisa- tion des mammifères monodelphes. Or ces différences dans la prédominance du bord carnassier, s'il est permis de s'exprimer ainsi, et dans la proportion des arrière-molaires, se démontre déjà d'une manière bien évidente chez les Viverra digitigrades; au reste, comme cela a lieu, dans les Mouffettes qui commen- cent la série des Mustela. En effet, les Genettes et surtout les Fossanes ont une disposition plus carnassière que les Civettes proprement dites. Mais ces nuances sont encore bien plus mar- quées chez les Viverra plantigrades, ou paradoxures. Malheu- reusement les espèces de ce génie que M. Gray, du British Muséum, porte à quinze dans un travail que l'on doit regretter de ne pas voir terminer, sont encore trop imparfaitement dé- finies. Ce que nous pouvons dire, c'est que dans la collection ostéologique du Muséum, il existe des têtes osseuses qui, sous le nom commun de Paradoxurus typus, indiquent au moins quatre espèces, et que dans cliacune d'elles on peut aisément distinguer un degré tranché et différent de disposition car- nassière. Les deux nouvelles espèces de mammifères que la science i8. 2176 BLAiNVii.T.E. — Mammi/èrcs de l'Inde. doit aux investigations actives et éclairées de M. Jourdan , nous ont justement offert un nouvel exemple de ces nuances qui démontrent l'existence de la série animale jusque dans les sub- divisions les plus voisines des espèces. Celle à laquelle il a donné le nom à'/linbliodon doré est celle qui offre la disposition dentaire le plus omnivore, celle qui par conséquent rappelle le mieux ce qui a lieu dans les Ratons, chez lesquels les deux bords dentaires sont presque égaux en hauteur et en épaisseur, également tuberculeux, et où les deux arrière-molaires approchent le plus d'être égales et sem- blables dans leurs deux côtés interne et exferne. Celle, an contraire , à laquelle il a imposé la dénomination di Hémigale zébré, 'A cause delà singularité de son système de coloration , est presque à l'extrémité opposée, c'est-à-dire dans la division des Viverra plantigrades, dont la disposition dentaire est la plus carnassière , la plus rapprochée de ce qui existe chez les Genettes et les Fossane s, chez lesquelles en effet le bord externe des dents principales et arrière-molaires est le plus relevé, le plus tranchant, et dont les deux arrière molaires sont plus dissemblables dans les deux parties qui les con- stituent. Dans les autres points de l'organisation signalée plus haut comme montrant le passage des Viverra plantigrades aux digiti- grades, on peut faire la même observation que pour les dents des deux mammifères définis par M. Jourdan. L'un a le tarse 'entièrement nu et la paume comme la plante sans callosités dis- tinctes ou circonscrites : c'est l'Ambliodon, tandis que l'autre, ou l'Hémigale , a non-seulement une partie du tarse poilue , mais encore les pelotes des mains et des pieds commençant à se des- siner nettement par des intervalles couverts de poils courts, comme dans les Civettes. Le système de coloration peut donner lieu à une remarque analogue. En effet, l'Ambliodon a un pelage fort grossier, rude, assez long et presque unicolore, seulement plus foncé en dessus autour des yeux, avec des extrémités noires en dessus, comme les Mustela; tandis que l'Hémigale a le sien court, serré, beau- coup plus varié par des bandes longitudinales sur la tête, et le BLAiiV\'iLLE. — Mammifères de l'Jnde. 277 col , transverses sur le tronc , la queue et la racine des membres, et rappelant ce qui a lieu flans les Civettes et dans les Chats, mais tous deux ont des moustaches fort longues, ce qui n'a lieu que chez les véritables carnassiers. Ainsi, comme il est aisé de le voir, les deux mammifères signalés par M. Jourdan offrent un véritable intérêt non-seule- ment on eux-mêmes et comme espèces nouvelles, mais encore comme constituant de ces nuances si utiles pour les progrès réels de la véritable zoologie. Resterait la question de savoir si dans les différences sériales que présentent ces deux espèces de Viverra plantigrades, il s'en trouve de réellement suffisantes pour mériter d'être considérées comme pouvant servir à leur séparation en genres distincts. Les zoologistes pourront sans doute penser différemment à ce sujet, à cause de la diversité des principes de zooclassie qui les guident. Quant à nous, ayant admis depuis long-temps qu'un genre en zoologie ne doit être établi que sur des différences d'organisation, traduites pardes caractères extérieurs, et sid'fisantes pour entraî- ner des différences évidentes dans les mœurs et les habitudes , il est évident que les deux espèces décrites parM. Jourdan nepeu- vent former des genres distincts parmi les Viverra plantigrades ou paradoxures; maisêtre l'uneà la tête de ce dernier genre et l'autre à la fin. Toutefois, et sans prétendre autrement combattre en ce moment l'opinion contraire, nous nous bornerons à rappeler ce passage du traducteur de VHermès d'Hanis (M. Thurot); quoiiju'il n'ait réellement trait qu'à la considération la moins importante pour l'établissement d'une distribution méthodique des animaux. Il y a trois inconvéniens à éviter, lorsqu'on veut établir des divisions systématiques dans la science, le but de ces divisions étant d'aider l'esprit à démêler les individus dont la foule se pré- sente à l'art; 1" Si vous négligez d'établir un assez grand nombre de divisions principales, vous ne remédiez qu'imparfaitement à cette confusion ; a" Si vous adnnettez un trop grand nombre de sous-division» 2^8 BLAiNviLLE. — Mammifères de Vlnde. vous ramenez le désordre et la confusion auxquels vous vouliez remédier; 3° Enfin, on tombe dans le même inconvénient en établissant ses divisions sur des distinctions stériles et qui ne peuvent influer en rien sur l'ensemble et les détails de la science. Au reste , que les zoologistes admettent ou non les deux genres proposés par M. Jourdan, les deux espèces animales qu'il a dési- gnées sont parfaitement définies et distinguées de toutes celles que nous connaissons dans nos collections européennes, et pour cela nous ne craignons pas de proposer à l'Académie d'ac- corder son approbation à la note descriptive qu'il lui a adres- sée à ce sujet. Pour faciliter la lecture de ce rapport, qu'il me seit permis de joindre en note le tableau de la disposition des espèces dont j'ai indiqué la répartition géographique. A, Mellivora, le Batel. B, 3/É7>/"to, les Mouffettes. i Zorilla. C, Pulorius , I Huro. G. MvsTELA . . . .{ \ Putorius. D, Luti-Uj les Loutres. „ _ . , S M. Martes. E, Musiela, i ,- , , „ ,• • ( Melogaie ou Helictis. F, Gulo j le Gloniou du Nord. G. Froteles 'P. Hyœnoïdes ou Lalandii. G. Hyjtlixa Q_ p^^^^ I A, jP. Lco , Tigris , etc. I B, Cynailurus, le Guépard. A, Suricata, B, Cj»ic/ts,Mang. Vaillautii, le même que Ilerp. pc- nicillalus, G. Cov., et Cyn. Steedmauni, Ogilby. ÎAthylax ou Vansire. Mang. IchneumoD, Leucurus, Al- bicaudus , malaccensis. D, Mang. caffra j le Nems ; etc. E, Cj-ossarchus , Cr. obscurus , M. urinatrix ou pa- ludosus, M. mungos, etc. G. Mangvsta ELAiNViLLE. — Mammifères de VInde, 27g / 1° A, Bassaris. B, Eupleres et? Cryptoprocta. C, Genetta. D, Civetta. G. Fi VERRA. . . { o V T, ^ i AmUiodon. 2° E, ParadoxuruSi J „ , „,„ ' ( P. typus, etc. F, Prionodon. G, Lamictis. [Fiv. carcharias^oh). (l) H, Hemigalea. A, Mégalo tis. (2) B, Vulpes. C CytTffi I ^' Fulpicanis , C. auieus. D, Lupus. E, Cynoh^œna. F , Canis primœvus , Hodgsoa. Ajoutez à la suite les genres: Arctitis ou Ictides , Cercolep^ tes , Ailurus, Procyon, Nasua, Mfdaus, Mêles., formant un groupe d'animaux qui passent aux Ours, et qu'on pourrait appeler 6'w^wr5«s ; puis le genre des Ursiis, subdivisé en plu- sieurs sections, et celui des Phoques, Phoca , qui forme , avec les Morses , la famille des Carn. pinnigrades. Addition au rapport ci-dessus. A la suite du rapport qu'on vient de lire et que j'ai soumis a l'Académie des sciences dans la séance du 23 octobre 1837 , j ai dit un mot sur une espèce particulière de mammifère, laquelle malheureusement ne m'est connue que d une manière incom- plète. Voici ce que je sais à son sujet; j'y joins une figure de son crâne et celle d'une partie de son intestin (pi. 8 A.) L'individu que possède le Muséum et que j'y ai étudié a été envoyé en 182G par M. Diard avec d'autres objets expédiés de Java, mais qui sont peut-être de quelque autre partie de l'Inde. C'est un mâle adullc conserve dans l'alcool et portant le numéro (i) Voyez plus bas sa dcsrriplion. (i) Consultez les Comptes rendus (lerAradémiedes Sciences, iSSj.dciixièmescinestre, p.424, pour la descriplion du syslèrae dentaire du Canis me^'oloiis , cl les Annales d'auatomie et de jibysioloyie, loiue j, pi. viir, pour sa représcululioii. ^8o JBLAINVILLE. — Mammifères de l'Inde, ' » 38 sur le catalogue de M. Diai'd, catalogue que nous ne possé- dons point. L'animal a été malheureusement dépouillé et sa peau n'existe pas au Muséum ; mais les caractères de son système dentaire le rendent facile à distinguer. Il a 40 dents connne les P^werra (^Jnc. I Ct mol. Idont 3+ 1+2 à chaque mâchoire et de chaque côté). Les fausses molaires sontcomprunées, à bords tranchans, aiguës à leur pointe, et rappelant assez bien les dents de certains squales. Celles d'en haut sont un peu recourbées en arrière; la première esl simple, sans dentelures à son bord ; la seconde offre au bord postérieur l'indice de deux très petites échancrures qui se retrouvent plus marquées à la troisième et délerminent deux petites pointes; les fausses molaires d'en bas sont plus dirigées en avant, et les deux denticules du bord postérieur de la troisième sont mieux marqués. La dent principale ou carnassière d'en haut n'est pas triangulaire comme celle de presque tous les autres carnassiers. Elle est irrégulièrement ari'ondie, et garnie de tubercules disposés sur deux collines longitudinales , et séparées par un intervalle en gouttière; il y a trois mamelons ou denti- cules au côté externe et trois à l'interne; les premiers sont plus gros , et celui du milieu est au côté interne comme au coté externe plus gros que les autres; la dent principale d'en bas, est comprimée et festonnée à son bord par cinq pointes iné- gales, la première très petite et la médiane ou la troisième la plus forte; les deux dernières molaires sont arrondies, garnies d'une couronne plus ou moins régulière de petits tubercules aux deux mâchoires, l'a vaut-dernière est plus forte que celle qui la suit. Le museau estassez allongé et le palais étroit ainsi que léchan- crure palatine; il n'y a pas d'apophyse post-orbitaire saillante et pas de traces d'un cercle orbitaire pins ou moins complet, caractère qui distingue cette espèce des Mangusta pour la rap- procher des Vwerra. La langue est garnie de papilles cornées; le gros intestin est musculeux et long de six pouces; le cœcum n'a que six lignes; il est étroit et musculeux; l'intestin grêle a quatre pouces; les BL AIN VILLE. — Mammifères de V Inde. 281 pieds antérieurs et postérieurs ont également cinq doigts ; il n'y a pas de clavicule. longueur totale de l'animal 2 pieds 2 pouces de la queue seule « 4 9 lignes hauteur à l'épaule ), comme les globules sanguins des mammifères. Enfin, au bout de deux heures tous ces corpuscules fixés à la plaque de verre sous l'eau sont devenus des disques irréguliers déprimés au cen- tre (fig. lo ^). Tel est le mode de transformation habituel des Zoospermes de la carpe; mais comme tous ne sont pas exactement dans les mêmes conditions, quand on a fait la première affusion d'eau , il arrive qu'une nouvelle addition de ce liquide réveille un cer- tain nombre de Zoospermes qu'une enveloppe de mucus avait sans doute préservés d'abord. Ce fait a lieu surtout quand oi) opère en faisant arriver l'eau par capillarité entre les plaques de verre sur l'une desquelles on a mis d'abord la laite seule. Dans ce cas, le réveil des Zoospermes est en quelque sorte suc- 3o2 F. DUJARDiN. — Zoospcmies de la carpe. cessif , et pendant un certain temps on a le spectacle de ces ani- malcules à tous les degrés de développement; dans ce cas aussi on voit de ces animalcules, dont la vitalité s'est éveillée d'une manière particulière, continuer à se mouvoir sous une des for- mes lo/, 10 g, lo ^, lo i, lo /, etc. — Ce qui me porte àcroire que la nature plus ou moins aqueuse du liquide exerce une grande influence sur ces développemens anormaux, c'est qu'en employant la salive au lieu d'eau, j'en ai vu un plus grand noni' bre, et qu'en général les mouvemens ont été moins vifs. Peut- être aussi que la viscosité du liquide est la seule cause qui mo- difie le mouvement de ces animalcules. Toujours est-il que j'ai observé plusieurs fois un grand nom- bre de Zoospermes d ■ carpe|dont la queue était renflée à sa base et à l'extrémité , comme dans les figures lo feX. lo g, et qui fixés par cette extrémité se balançaient dans le liquide en prenant les positions indiquées par les figures ponctuées (fig. lo g); d'autres (fig. lo î) , fixés au verre par un prolongement latéral angulaire, se mouvaient comme certains infusoires {jnonas , cercaria gibba , etc.) ; d'autres enfin fixés par la partie la plus épaisse (fig. lo A), agitaient d'un mouvement ondulatoire leur prolongement cau- diforme,en prenant les positions indiquées par la ligne ponctuée ; j'en ai même vu qui, flottant dans le liquide, s'agitaient en se contractant dans divers sens. De ces faits il résulte donc évidemment que les Zoosperraes des poissons ont une consistance molle, glutmeuse et que l'imbi- bition de l'eau joue un grand rôle dans les phénomènes qu'ils nous présentent. Des recherches ultérieures montreraient peut- être des transformations analogues dans les Zoospermes des autres animaux ; mais jusqu'à présent, quoique M. Peltier ait annoncé avoir vu les Zoospermes de la grenouille prendre une figure analogue à celle des Vorticelles, on admet généralement que ces animalcules en général conservent leur forme propre et sont seulement susceptibles de se contourner de diverses manières. F. DUJARDiN. — Embryon deslEntozoaires. 3o3 Sur l'embryon des Entozoaires et sur les jnouvemens de cet embryon dans VœuJ , Par F. DujARDiN. Dans une note adressée à l'Académie des Sciences le 27 octo- bre 1837 et publiée dans le numéro de juin de ces Annales, j'ai fait connaître des faits nouveau^ sur la manifestation de la vie chez les embryons de Limace. Le résultat , je l'avais obtenu en poursuivant des recherches depuis long-temps entreprises pour arriver à la connaissance plus exacte des organismes inférieurs, et il me fut d'autant plus agréable qu'il me montrait au début de l'existence d'un animal très complexe des caractères et des propriétés analogues à ce que j'avais vu dans les Amibes. Dans ces Infusoires si simples comme dans les embryons de Limace, une substance molle, glutineuse, diaphane, et en apparence homo- gène, s'étend, se retire et semble se mouvoir en différens sens en coulant comme un liquide visqueux. Plus tard ces mêmes embryons s'étaient couverts de cils vibratiles sur une certaine partie de leur surface ; ils avaient donc alors pris les caractères d'un ordre d'Infusoires incontestablement plus élevé que les Amibes, et, au lieu de présenter au liquide en repos qui les environne des parties plus ou moins étendues de leur substance molle, ils pouvaient au moyen de leurs cils détermi- ner des courans dans le liquide et se tourner eux-mêmes pour mul- tiplier encore davantage Içurs pointsde contact avec ce liquide. Long-temps auparavant j'avais cherché à voir quelque signe de vitalité dans les œufs de quelques animaux inférieurs et no- tamment dans ceux des Entozoajres ou vers intestinaux paren- chymateux. Dans les œufs de Distome et de Ténia, si faciles à obtenir dans tous leurs degrés de développement, j'avais bien vu en globules distincts cette même substance glutineuse qui exsude du corps de ces Entozoaires mourans, et que j'ai pro- pose de noujmer Sanode ^ mais je n'avais pu apercevoir aucuu 3o4 F. DUJARDïiv. — Embryon des Entozoaîres^ mouvement. Ces œufs probablement étaient trop loin encore du terme de leur maturité. Enfin, en répétant cette observation sur les œufs d'une Douve, j'ai eu la satisfaction de voir les embryons changer de forme et se mouvoir dans l'œuf au moyen des cils vibratiles dont leur surface est couverte. La Douve qui m'a fourni cette obser- vation se trouvait en grand nombre dans la vessie urinaire d'une grenouille tenue en captivité depuis six mois, et morte le 29 octobre 1837. D'après sa forme allongée et le rapport de ses deux ventouses, je présume que cette Douve était le Distoma c/g'«o/J(?^ de Rudolphi; cependant elle présentait une teinte jaune-rougeâtre bien prononcée qui n'est point indiquée dans les auteurs. Plusieurs de ces Douves étaient sorties d'elles-mêmes du corps de la grenouille morte , et restaient adhérentes à la peau. Leur longueur était de 8 à 10 millimètres. Je pus les con- server vivantes dans l'eau durant quatre jours. En les compri- mant légèrement entre des lames de verre, je fis sortir par l'o- viducte les œufs les plus mûrs, qui étaient ovoïdes, longs de -^ millimètre , et laissaient voir par transparence le fœtus du ver,plus court d'un sixième environ (pi. 9 , fig. 3 ).Ce fœtus , en moins d'une demi-minute, avait totalement changé de forme: il était tantôt ovoïde , tantôt pyriforme ou en forme de gourde. Les contractions qu'il éprouvait se propageaient d'avant en ar- rière , et produisaient un ou deux étrangleraens variables. De temps en temps il se retournait d'avant en arrière , ou bien il tournait sur lui-même , et l'on reconnaissait parfaitement que ces mouvemens étaient produits par des petits cils vibratiles qui sont indiqués dans la figure. Cette observation fut répétée avec succès sur plusieurs œufs arrivés au même degré de maturité. Les œufs plus petits, ceux qui n'avaient que rr millimètres, ne contenaient que des globules sarcodiques. Ainsi donc, voilà un Entozoaire qui, entièrement dépourvu de cils vibratiles extérieurs dans son entier développement , en présente de bien visibles pendant sa vie embryonnaire. Se- rait-ce, par hasard, que les Douves ou Distomes, que les Té- nias , etc. , avant de se fixer dans les organes où doit s'achever leur existence, ont d'abord des organes locomoteurs, transitoires. * F. DUJARDm. — Sur les înfusoires. 3o5 et que, durant une première période de leur existence, ils sont susceptibles de nager librement dans les eaux. Cette conjecture , qui m'a été suggérée par M Audouin lors- que je communiquai à la Société Philomatique le fait en ques tion, sera vérifiée ou renversée par des observations xiltérieures^ on doit toutefois reconnaître, dès cet instant, que cette conjec- ture reçoit un certain degré de probabilité de ce que certaines espèces d'Infusoires classées parMûller dans ses genresLeucoplire et Bursaire se trouvent exclusivement dans les intestins des gre- nouilles, tandis que d'autres se trouvent exclusivement aussi dans les intestins des Lombrics. En effet, les embryons qu'on voit se mouvoir dans les œufs de notre Distoma crgnoides ont assez bien les caractères des Leucophres, c'est-à.dire un corps oblong entouré de cils vibratiles de tous côtés, et de plus ils sont quatre ou cinq fois plus petits que les Leucopbres décrits par Miiller. Sur les Infusoires munis d'un double filament locomoteur y Par F. DujARDiN. Dans un mémoire inséré dans le tome v de ces Annales, j'ai signalé dans beaucoup d'Infusoires très simples la présence d'un filament flagelliforme qui est leur seul organe locomoteur. Je m'efforçai alors de montrer que ce filament si long et si dé- lié ne peut être une trompe, parce qu'il est entièrement ho- mogène et semblable aux filamens glutineux des Rhizopodes. J'avais vu ces derniers filamens, dans certains cas, se dresser et s'agiter un peu, ce qui rendait l'analogie plus frappante ; et d'autre part, j'avais vu des Pyronèmes perdre leur filament et continuer à se mouvoir encore, ce qui ne permettait guère d'admettre que l'organe perdu fût aussi important que doit l'être une trompe. Cependant quelques observateurs , trompés saos VIII. ZoQj.. — Novembr», ao 3o6 F. DUJARDiN. .— Sur les infusoires. doute par l'agitation de Textrémité du filament, et croyant de- voir compléter par la pensée ce qui échappait à leur vue , avaient admis que cette extrémité doit porter une bouche en- tourée de cils, l'our rectifier cette dernière opinion , il suffira de répéter l'observation avec des instrumens meilleurs ou dans des circonstances plus favorables ; quant à ce qui est d'y voir une trompe ou un conduit pour l'introduction des alimens, en outre de l'invraisemblance qui résulte de leur longueur dispropor» tionnée et de leur ténuité, je j)uis citer l'Infusoire dont j'ai parlé à la Société Pliilomatique le lo juin 1837, et qui possède deux filaraens absolument semblables, servant alternativement à cet animalcule pour se fixer ou pour se mouvoir dans le liquide. En effet, tant qu'on n'avait vu qu'un seul filament à un Infu- soire, on pouvait, à la rigueur, supposer que son analogie avec ceux des Rhizopodes est seulement apparente, et qu'il rem- plit à-la-fois les fonctions d'une trompe et celles d'un organe de locomotion ; mais quand on a un Infusoire muni de deux fila- mens pareils, à moins de vouloir lui accorder deux trompes, on est bien forcé de renoncer à cette opinion. D'ailleurs , ces filamens dans l'Infusoire eu question ainsi que dans beaucoup d'autres , ont la faculté de se coller au porte-objet tantôt dans un point, tantôt dans un autre point de leur longueur : de là résulte la preuve de leur nature glutineuse comme chez les Rhizopodes. Or, si l'on n'y peut supposer une membrane ex- terne, un épithélium, quelle raison aurait-on de supposer à l'intérieur un oesophage, un tube membraneux, lorsque sur- tout on n'en aperçoit pas le moindre indice? L'infusoire à double filament dont je veux parler (pi. 9, fig. 4) est une des espèces confondues par MùUer sous le nom de monas pulçisculus ^ c'est probablement aussi le niicroglena monadina de M. Ehrenberg, ou du moins on l'aurait pu prendre pour cette espèce avant de connaître ses filamens; mais ce nouveau caractère en fait un type particulier fort im- portant. Je crois donc convenable de le désigner par une nou- velle dénomination , et je l'appellerai Dlselmis viridis. Il est ovoïde ou presque globuleux, vert, avec un ou deux points rouges qui ont été pris à tort pour des yeux. 11 se compose d'une F. DUJARDiN. — Sur Us infusoîves. 807 membrane transparente, tapissée irrégulièrement à l'intérieur par la matière animale verte, et percée vers le sommet d'une ouverture ronde par laquelle sortent, en divergeant, les deux filamens flagelliformes qui , en raison de leur extrême ténuité , paraissent tout-à-fait incolores. La longueur de la Diselmis varie de tt à rfs millimètre; les filamens, deux fois et demie aussi longs que le corps, n'ont guère que -^'^^ millimètre d'épaisseur : ils sont fixés et comme agglutinés sur la plaque de verre du porte-objet quand l'animal- cule est immobile; mais bientôt l'un fîes filamens se détachant (\i\ verre et s'agitant avec force , l'animalcule reste amarré par l'autre filament et oscille sans changer de place; peu-à-peu l'aulre filament se détache à son tour, et l'on voit alors com- ment il peut ne pas adhérer également dans tonte son étendue, car il est quelquefois plié en angle. L'animalcule, lorsqu'il a détaché ses deux filamens , parcourt le liquide en les agitant tous deux à-la-fois, ce qui produit xy.w mouvement tremblottant ou une sorte de balancement rapide. Pendant ce mouvement, il est fort difficile d'apercevoir les filamens ; mais quand bientôt l'animal se fixe de nouveau , on voit l'un d'abord , puis l'autre, s'agiter plus lentement et s'agglutiner ensuite à la plaque de verre, soit par l'extrémité, soit jiar tout auti'e point, pour re- tenir conmie deux amarres le petit infusoire : on voit souvent, d'ailleurs, ces (ilameiis se rompre à leur base et flotter librement dans le liquide. Ce Diselmis s'était développé en quantité prodigieuse dans de l'eau de pluie qui avait séjourné sur du terreau, à l'ombre, vers la fin du mois de mai. La sisrface de l'eau se couvrait d'une pellicule d'un vert foncé très brillant, et si on l'sgitait, la pelli- ctile se dissolvait aussitôt, et le liquide restait uniformément coloré. Celte matière verte vivante et animale, quoiqu'elle différât sous tf)us Its rapports de la matière verte végétale, et que, par exemple, étendue et séchée sur un jiapier , elle rééistât beau- coup n)ieux a l'action des réactifs chimiques, avait , comme celle des plantes, la pro[)riLté de dégager de nombreuses bulles de gaz sous l'influence de la lumière solaire. 3o8 F. DU JARDIN. — SuT Ics ùifusoires. Pour d'autres infusolres munis d'un double filament , on ne pourrait arguer de la similitude parfaile des deux filamens pour prouver que ce ne peut être des trompes. En effet, dans les es- pèces figurées (pi. 9, fig. 5), l'un des filamens est très ténu , toujours en mouvement, et représente le filament flagelliforme Ae?, monas , des euglena , etc.; l'autre, beaucoup plus épais, représente l'un des filamens du trinema que j'ai décrits dans mon précédent mémoirc(Ann. Se. nat. 2^ sériet. v). Il est évidem- ment glutineux et contractile ; il adlière au verre du porte- objet en \\\\ ou plusieurs points, ou même dans une certaine partie de son étendue. Au moyen de ce filament, l'animalcule se trouve solidement amarré , et, en le contractant subitement, il peut changer de lieu pour éviter quelque obstacle; mais il peut aussi le détacher entièrement du plan qui le supporte, et, se mouvant alors en avant d'un mouvement assez lent au moyen du filament flasfelliforme seul, il traîne l'autre filament comme un cordage flottant, jusqu'à ce que, voulant se fixer de nou- veau , il le fasse adhérer à la plaque de verre. Une fois fixé , il reçoit de son filament flagelliforme un nouveau mode de mou- vement : il s'agite en tous sens, comme s'il voulait vaincre la résistance que lui oppose son petit câble; mais s'il vient à con- tracter tout-à-coup son gros filament, on reconnaît aisément qu'il n'était fixé que par l'effet de sa propre volonté. Ces Infusoires, auxquels je n'essaie pas pour le moment de donner \\n nom générique, se trouvent fréquemment dans l'eau de la Seine et dans les eaux stagnantes des environs de Paris. C'est dans la couche de débris qui entoure les tiges des plantes aquatiques que l'on peut espérer les trouver plus sûre- ment. L'infusoire représenté par la fig. 5Z> au grossissement de 3oo diamètres, a été observé le 12 octobre dernier dans l'eau de Seine. Il est long de trois à cinq centièmes de millimètre. L'autre (fig. 5 a) était observé dans de l'eau d'un étang, conser- vée depuis trois mois avec des débris de plantes aquatiques. Ses dimensions étaient un peu moindres, car le plus grand n'avait que Tz millimètre de longueur. L'un et l'autre sont composés d'un sac membraneux contenant une substance glutineuse vi- vante, susceptible de se creuser de vacuoles. Vers l'extrémité. F. DUJARDiN. — Sur les infusoires. 809 un peu de côté, se trouve une ouverture par laquelle sortent les deux filamens. Le filament flagelliforme est presque aussi mince que dans la Cercaria viridis {^Euglena Ehr. ). Celui qui sert de câble est beaucoup plus gros : il n'a pas moins de tsit milli- mètre ; aussi est-il bien facile à reconnaître. Eien que ces filamens aient à remplir un rôle différent , je ne crois pas que l'ini plus que l'autre puisse être une trompe véri- table; celui des deux que par analogie on aurait pu regarder comme tel est précisément le plus mince, et l'autre ressemble trop à ceux des Trinèmes et des Rhizopodes pour qu'oi^ puisse supposer à l'intérieur des détails d'organisation que sa transpa- rence parfaite ne laisse auciuicment apercevoir. Je suis loin de prétendre pourtant que ces filamens n'aient aucun rapport avec la nutrition chez fous les animaux qui en sont pourvus^ bien loin de là, comme ils sont souvent la seule partije dépour- vue de tégument , je crois qu'ils doivent être aussi la partie la plus propre à absorber les substances nutritives dissoutes dans le liquide. Les Rhizopodes , en effet, les Difflugies, les Arcel- les, etc. , n'ont absolument point d'autres organes dénutrition que la surface tout entière de leurs expansions glutineuses. Quoi qu'il en soit , les filamens locomoteurs et les diverses expansions glutineuses doivent fournir les principaux et les meilleurs caractères distinctifs pour les genres et les ordres des Infusoires dépourvus de cils vibratiles. Ainsi, par exemple, des Amibes par les Difflugies et les Arcelles, on arrive d'un côté aux Rhizopodes, et d'un autre côté, par les Trinèmes, on passe à ces derniers Infusoires que je viens de décrire ; puis de ceux-ci par les Diselmis , on arrive aux différens genres d'Infusoiref munis iWm seid filament flagelliforme , lesquels forment une sé- rie très étendue et très variée, depuis VEuglena ou Cercaria viridis jusqu'aux Monades proprement dites. 3io F. DTTJARDiN. — 6*///' le Gromici et les Diftliigies. Sur une nouvelle espèee de Groinia cl sur les Difjlugies. Par F. DujARDiN. Depuis que j'ai fait connaître la véritable organisation des Rhizopodes, je ine suis constamment appliqué à rechercher et à étudier les êtres qui dans la classification peuvent servir de lien entre ces animaux si singuliers et les Infusoires proprement dits. Déjà en i836 (tome iv de ce Recueil) j'avais indiqué l'ana- logie des B.hizopodes avec les Amibes et surtout avec les Difflu- gies et les Arcelles. Ce rapprochement, que justifiait alors la con- naissance de la Gromia oviformis^ et qui eût paru bien trop hardi si l'on n'eût considéré d'une part que les Milioles ou les Vorticiales et d'autre part que les Amibes formant l'autre extré- mité de la série, ce rapprochement s'est trouvé confirmé de jour en jour par de nouvelles observations. Deux faits, que je crois les plus riches en conséquences et les plus propres à servir de base à une classification rationnelle des organismes intérieurs, avaient été signalés par moi dans mes précédens mémoires: savoir, qu il est des animaux inférieurs dépourvus de tégumens oud'épi- thélium, et que des prolongemens ou des filaraens mobiles peu- vent être produils par l'expansion d'une substance vivante molle, glutineuse, sans fibres et s étendant en vertu d'une force inté- rieure. Ces de;ix faits ont été confirmés par d'autres microgra- phes; M. Peltier en répétant les observations que j'avais com» muniquéesà la société philomaîique sur une espèce d'Arcelle, a vu les expansions gélatineuses se souder à la volonté de l'aninsal, et de plus il a constaté chez ces animalcules le mode de repro- duction que j'avais admis dans mon mémoire sur les Orga- nismes inférieurs (Ann. Se. nat. déc. i835). En écrasant des Mi- lioles, j'avais vu « quelques lambeaux vi^ans se contracter iso- « lément , puis émettre de nouveau des fîlamens comme s'ils « étaient devenus des centres partiels d'organisation », et j'en concluais que les Rhizopodes se multiplient au moyeu des lobes F. DtJJARDiN. — Sur le Gromîa et les Difflugies. 3ii de substances qu'ils abandonnent çà et là sur les corps solides. Ce singulier mode de reproduction , M. Peltier l'a constaté sur les Arcelles vivantes ; il a vu une de leurs expansions s'allonger davantage, se fixer à l'extrémité, puis, après que la substance glutineuse vivante avait été refluée plusieurs fois dans un sens et dans l'autre, l'extrémité se détachait et formait un petit amas incolore qui au bout d'un certain temps se couvrait d'un test corné et devenait une véritable Arcelle. Des faits aussi importans méritent bien dé fixer l'attention des observateurs; mais comme les Rhizopodes à test calcaire, les Milioles, les Vorticiales, etc., ne peuvent être étudiés qu'aux bords de la mer, il est à propos de faire connaître les animal- cules analogues habitant les eaux douces. Depuis la découverte de la Difflugie {^Difflugia jproteiformis) par M. Léon Leclerc de Laval on a observé plusieurs autres espèces qui doivent être r2tpj)ortées au même genre : telle est celle dont je donne la figure (pi. 9, fig- I «. ^O? ^*- ^"^ peut être nommée Di/flugia globu' losa ; JG l'ai trouvée fréquemment dans les bassins du Jard'^ des Plantes, fixée aux feuilles mortes de Cyperus et de Pontede- ria. Elle est caractérisée par son test corné presque globuleux , et remarquable surtout par l'allongement de ses expansions, qui sont souvent ramifiées à l'extrémité. La longueur du test est de-TT nnJlimètre. Les Arcelles décrites d'abord parM.Ehren- berg ne diffèrent des Difflugies que pat la forme de leur test qui est en segment de sphère, plat en dessous et convexe en dessus. L'ouverture qui laisse sortir les expansions glutineuses est ronde, beaucoup plus large proportionnellement, et occupe le milieu de la face plane. On les trouve fréquemment, comme les Difflugies, adhérentes aux feuilles mortes des plantes maré- cageuses ; j'en ai même conservé pendant plus d'un an avec des débris de végétaux recueillis dans les étangs ; elles se tenaient fixées aux parois du flacon et pouvaient être étudiées sur place avec une forte loupe; leur diamètre était de tt à i rr^illimètre. Dans ces deux genres d'animalcides, les expansions sonÉ épaisses de rb à ttt millimètre , également larges dans toute leur étendue et arrondies à l'extrémité : l'analogie avec les vrais lUiizupodes n'est donc pas complète, et l'on devait dcsirervoir, 3i3 r. DUJARDiJV. ' — -^ur le Gromïa et les Difflugies, dans quelque Infusoire pourvu d'un test ou d'une enveloppe , se produire des filamens minces comme ceux des Trinèmes et ramifiés comme ceux des Milioles, C'est ce que m'a montré der- nièrement un animalcule dont je donne la figure (pi. 9, fig. 2, a. h. cy et que je propose de nommer Gromia fluvialis pour ex- primer à-la-fois sa ressemblance avec la Gromia ovïformis qui vit dans la mer, et pour mdiquer le lieu où je l'ai trouvé. Je l'ai observé le 12 octobre sur des plantes aquatiques prises la veille dans la Seine à Saint-Denis, et conservées dans des flacons pleins d'eau. J'avais enlevé, sur des feuilles de Potamogeton,la couche de débris et de petites feuilles de conferves qui est si riche enlnfusoires de toute espècej parmi plusieurs globules larges de iT millimètre environ, assez semblables à des œufs, et ren- dus à moitié opaques par la substance animale de l'intérieur, j'en vis un qui avait émis des filamens tout-à-fait semblables à ceux des Milioles, et qui changeait lentement de place aussi, comme ces Rhizopodes. La figure 2 a. b, représente cette Gro- mia à l'instant où ses filamens furent bien épanouis ; la fig. 2 b, exprime la position qu'«"lle avait prise dix minutes après; la fig. 2 c. enfin montre la disposition des filamens quand une légère secousse la détermina à changer la direction de son mouve- ment. Dans celte dernière figure , les filamens sont repliés et croisés les uns par-dessus les autres. Dans celte espèce mieux encore que dans les Rhizopodes marins, on voit les filamens élargis en palmures à l'endroit des bifurcations ; d'ailleurs , le mouvement d'afflux de la matière glutineuse et la soudure des filamens ont lieu de la même manière. Cette nouvelle espèce, en complétant la série déjà tracée entre les Amibes et les Rhizopodes marins, montre bien, comme cela a été dit, que les êtres de cette série appartiennent au même type d'organisation, et que, entre les Gromia et les Dif- flugies par exemple, il n'y a que des différences génériques, celles-ci , comme les Arcelles , ayant leurs expansions épaisses et arrondies à leur extrémité, celles-là, au contraire, ayant leurs expansions filiformes plus ramifiées et très amincies à l'extrémité. F. DUJARDiN. — Sur le Gromia et les Difflugies. 3i3 EXPLICA-TION DE LA. PLANCHE Q t. D'ifflugia glohulosa, vue au grossissement de deux cent cinquante diamètres: — a. vue par-dessus avec des expansions plus nombreuses et ramifiées ; — b. vue par le côté pour montrer l'orifice du test: ses expansions commencent à s'étendre; — c. expansion divisée en trois lobes à l'extrémité. 2. Gromia fluvîalis , vue au grossissement de deux cent cinquante diamètres: — a a. — a b. la même vue à dix minutes d'intervalle ; — 2 c, les expansions de la Gromia à l'instant où elle vient de changer de position. 3. OEuf du Distoma cygnoides, dans lequel l'embryon, pourvu de cils, change de [forme et de position en a , ^, c. La longueur de cet œuf est de-^^ millimètre : il est représenté grossi deux cent quatre-vingt-cinq fois," 4. Diselmis viridis. Infusoire pourvu de deux filamens locomoteurs et constituant une sorte de matière verte , produite dans l'eau de pluie qui a séjourné sur du terreau : il est représente grossi cinq cents fois. Dans la figure a , les deux filamens sont supposés se mouvoir en même temps j dans la figure b, l'un d'eux^est fixé à la plaque de verre. — 5 a. 5 b. Nouvelles espèces d'in- fusoires pourvus d'uu double filament locomoteur, savoir: d'un filament flagelliforme analogue à ceux du Diselmis, et d'un filament plus gros, contractile , susceptible de se coller à la plaque de verre. 6. Zoospermes de l'homme, représentés grossis mille fois: la longueur de la têle seule est de —J- millimètre, et la longueur totale de omiii. 048 ou -i- millimètre. En a sont figurés les Zoospermes dans leur forme la plus ordinaire; en b, les mêmes vus de profil; en c, sont des Zoospermes qu'on voit fréquemment , avec des reuQemens en forme d'appendices symétriques, à la base du filament; en ai.,~ Décemt're. i* 322 MiLNE EDWARDS. — Sur les TubuUpores. Le nom générique de Tubulipore a été donné par Lamarck à un certain nombre de petits Polypiers , à cellules tabuleuses et réunies par leur base en faisceaux rampans ou en petites masses encroiitantes qu'on trouve assez fréquemment adhérens à des fucus ou à d'autres corps sous-marins. Ce zoologiste les place entre les Flustres et les Discopores (i) ; Lamouroux les réunit aux Cellépores pour former de la sorte un ordre parti- culier (2)", etCuvier les range à la suite de ce dernier genre dans la famille des Polypiers à cellules (3). Mais tous ces auteurs ne savaient rien sur la structure intérieure de ces animaux, et ne connaissaient que leur dépouille calcaire. M. de Biainville a été le premier à donner, d'après les observations inédites de MM. Quoy etCaimard, quelques notions sur la conformation de ces Polypes, qui, dit-il, sont «grêles, allongés, hjdrifor'mes et pourvus de huit tentacules simples » (4) ; enfin ce naturaliste prend les TubuUpores pour type d'une famille qui comprend aussi les Obélies, les Microsolènes et les Rnbules, genres qui sont moins bien connus encore que les premiers. Tel est l'état de nos connaissances sur l'organisation des Tu- bulipores. D'après le peu de mots que je viens de citer, on se- rait porté à croire que ces Polypes ont une structure analogue à celle des Sertulariens, qui, en effet, sont des animaux « grêles, hydriformes et pourvus de tentacules simples»; mais cette opinion serait tout-à-fait erronée, car, au lieu d'être organisés comme les Hydres, les Tubulipores sont en réalité conformés sur le même plan général que les Eschares , et offrent une com- plication organique presque aussi grande : les observations sui- vantes en donnent la preuve. (i) Histoire des animaux sans vertèbres, première édition, t. ir, p. 161, et deuxième édition, t. II, p. 241. {2) Exposition méthodique des genres de l'ordre des Polypiers, page i, (3) Règne animal , deuxième édition, t. m , p. 3o5; (4) Manuel d'actinologie, page 424. MiLNE EDWARDS. — Sur ks TubuUpores. 323 § 1. Du TubuUpore verriiqueux. (Planche 12. ) Pendant mon séjour à Roscoff, sur les côtes de la Bretagne, j'ai rencontzé à l'étafr^vivant plusieurs Tubuîipores qui se trou- vaient fixés sur les larges frondes des laminaires, et y formaient de petites masses à-peu-près circulaires dont la base était adhé- rente et dont la surface supérieure était hérissée d'une multi- tude de tubes redressés vers le bout (i). Ces tubes, rampans à leur base et libres à leur extrémité supérieure, partaient du centre du Polypier, et, quoique disposés avec irrégularité, montraient une tendance bien évidente à se réunir en des sé- ries linéaires , rayonnantes comme les lames cloisonnaires d'ua Pcjlypier étoile; une substance calcaire commune empâtait la base de ces tubes crétacés et en cachait l'origine ; enfin chaque tube était ouvert à son extrémité supérieure, et ne présentait dans ce point ni rétrécissement, ni opercule, ni dentelures, mais se terminait par un bord mince et circulaire. Les petits Zoophytes qui construisent ces polypiers sont pourvus de huit tentacules déliés comme l'avaient déjà observé MM. Quoy et Gaimard ; mais ces tentacules ne sont pas simples dans leur structure , comme ceux des Hydres ou même des Ser- tulaires, et, par le reste de leur organisation, ces Polypes ne ressemblent pas davantage à des animaux hydriformes. Chaque tentacule est garni latéralement d'une rangée de cils vibiatiles dont les mouvemens rapides produisent l'apparence d'une ran* gée de perles qui roulerait de bas en haut du côté gauche et descendrait du côté opposé (2). Sous ce rapport, les Tubuîipores ne diffèrent en rien des Eschares et des Flustres, et ils y res- semblent aussi par la manière dont ils font sortir ou rentrer l'ensemble de leur appareil tentaculaire. Chez les Sertulaires et les autres Polypes hydriformes, les tentacules pour rentrer dans (l) PI. IJ.flg. J cl I". (a) Planche i» > fig- i- 324 MiLwr: EDWARDS. — Sur les TubuUpores. l'intérieur de la loge tégumentaire se contractent beaucoup et se recourbent en dedans, de façon à se ramasser en une espèce de bouton, tandis que chez lesTubulipores, ainsi que chez les Eschares, les Flustres et les autres Polypes de l'ordre des Tu- niciens tentacules , ces appendices, pour se retirer de la sorte, se rapprochent les uns des autres, et se réunissent en un fais- ceau cylindrique, mais ne se courbent pas et rentrent en ligue droite dans l'intérieur de leur gaîne. Lorsque ces tentacules s'é- panouissent, ils sortent de la même manière, comme un faisceau de verges raides, puis tout-à-coup s'écartent entre eux et repré- sentent ainsi un cône renversé dont la base serait légèrement arrondie vers le bord. La bouche occupe, comme d'ordinaire, le centre de cette couronne tentaculaire, et s'ouvre dans une cavité digestive dont la disposition est essentiellement la même que chez les Eschares ; au lieu d'être un sac à un seul orifice creusé dans le parenchyme du corps de l'animal, comme chez les Polypes hy- driforraes , c'est un tube à parois membraneuses, qui est sus- pendu au milieu d'une cavité abdominale , qui est recourbé sur lui-même, et qui est garni d'unebouche et d'un anus distincts(ï). La gaîne tégumentaire qui naît du pourtour de la couronne tentaculaire est fine. et membraneuse dans sa partie antérieure, et on voit dans son intérieur des muscles rétracteurs destinés à faire rentrer les tentacules, et disposés comme chez les Eschares. La portion moyenne et inférieure de cette même gaine tégu- mentaire, au lieu d'être mince et flexible comme celle dont nous venons de parler, est au contraire assez épaisse et rigide : elle est en quelque sorte ossifiée par le dépôt de molécules calcaires dans son épaisseur, et elle constitue ainsi la cellule tubuleuse dans laquelle toutes les parties molles du Polype se logent lors de la contraction (2). De même que chez les Eschares, la portion de l'enveloppe cutanée qui constitue la gaîne rétrac- tile des tentacules ne se continue pas avec le bord terminal de la portion ossifiée des tégumens ; elle s'en sépare un peu plus (i) Plasche la, fig. i'. ('■) Fig. .". MiLNE EDWARDS. — Sui' les TubuUpores. SaS bas, de la face externe de celle-ci et entre ces deux points, il paraît exister un repli intérieur de cette espèce de peau solide; mais ici ce repli , au lieu d'occuper seulement une partie de la circonférence de l'ouverture de la cellule et de constituer un opercule mobile , garnit tout le pourtour de cette ouverture, et ne se distingue pas du reste de la cellule; aussi l'appareil oper- culaire avec ses muscles bilatéraux, qui est si remarquable chez les Eschares, les Flustres , etc, n'exisie pas ici, et ce caractère est un des plus importans pour la distinction des deux familles naturelles formées par les Tubuliporiens et les Eschariens. La cellule calcaire formée par l'ossification de la majeure par- tie de la gaîne tégumentaire du Polype, est très longue, et se rétrécit peu-à-peu vers son extrémité inférieure. On y remarque des stries circulaires dont la disposition n'offre rien de régulier, et des pores microscopiques dont le nombre varie. Dans les points où elle est en contact avec les tubes voisins, elle se soude intimement avec eux et finit même par constituer ainsi une masse commune dans laquelle on ne distingue la structure tu- buleuse qu'aprçs y avoir pratiqué une section. Si on fend ver- ticalement le polypier (comme dans la préparation représentée planche la, fig. i'), on voit que, dans le jeune âge, les cellules tubiformes ont dii être flexibles, car toutes sont d'abord ram- pantes, et elles ne semblent se redresser que lorsque leur ex- trémité libre a été soulevée par quelque obstacle mécanique, tel que l'agglomération d'un certain nombre de nouvelles cel- lules entre leur face inférieure et le corps sur lequel elles ram- pent; aussi, lorsqu'elles se développent sur une surface plane sont-elles d'autant plus fortement redressées qu'elles sont ])lus éloignées du bord du polypier, et dans ce dernier point elles sont presque horizontales. En étudiant de la sorte ces petits polypiers, on voit aussi que les polypes doivent naître comme des bourgeons les uns des autres, de la même manière que chez les Eschariens, et que c'est assez près de leur base , du coté inférieur tle la cellule tégumentaiie que cette multiplication s'cnéctue; car les indivi- dus qui occupent le centre de l'aggrégalion naissent du fond du polypier d'où ils s'élèvent on divergeant comme les rayons SaG MiLNE EDWARDS. — Suj' les Tubulipores. d'une étoile sans être jamais recouverts par de jeunes PolyjDes, tandis que ceux qui , à raison de leur position plus excentrique, ont dû se former plus tard, naissent toujours au-dessous des precédens et les dépassent après avoir longé leur bord externe. Ce mode de reproduction détermine les rapports qu'ont entre elles les diverses cellules tubiformes dont l'assemblage con- stitue le polypier, et rend raison de la tendance de ces loges tégumentaires à affecter une disposition sérialaire rayonnante et à s'empiler obliquement les unes au-dessous des autres, de façon à former des espèces de cloisons verticales, (i) Du reste, le petit polypier résultant de l'agglomération de tous ces tubes ne présente pas toujours la forme circulaire et radiée que je viens de décrire. Lorsqu'il croît sur une surface plane et que rien ne gêne son développement régulier, il affecte cette disposition ; mais lorsqu'il se trouve fixé sur la tige arron- die d'un fucus ou sur quelque autre corps dont la surface est irrégulière, il se déforme en grandissant, et cette déformation peut être portée au point de le rendre presque méconnaissable. Ainsi, au premier abord, on serait certainement porté à considé- rer le polypier représenté dans la figure i comme appartenant à une espèce distincte de celui placé au-dessous (fig. i' ), et quelques naturalistes auraient bien pu en former même deux genres dif- férens ; mais, pour peu que l'on multiplie les observations , on ne tarde pas à se convaincre que ce sont de simples variétés d'une seule et même espèce, variétés qui sont déterminées par les circonstances dans lesquelles ces zoophytes se développent. En effet, je n'ai pu découvrir aucune différence individuelle entre les polypes composant ces deux agglomérations, et j'ai trouvé dans la même localité tous les degrés intermédiaires entre ces deux états si différens : quand le polypier était fixé sur une surface plane , il grandissait régulièrement tout autour et res- tait circulaire , mais lorsqu'il vivait sur un corps dont la surface était inégale, il s'étendait aussi d'une manière inégale, et, sui- vant qu'il rencontrait dans tel ou tel point quelque obstacle , (0 Fig. 1 et 1 *. MiLNE EDWARDS. — Sur les Tubuliporcs. 827 il se contournait en divers sens et devenait pyi^forme, rameux, tubulaire ou d'une forme tout-à-fait indéterminable. Le Tubulipore dont nous venons d'étudier la structure n'est pas nouveau pour la science; il me paraît même avoir été ob- servé sous plusieurs des formes accidentelles qu'il affecte quand son accroissement régulier est entravé; mais, faute d'avoir été suffisamment étudiée, l'identité spécifique de ces variétés a été souvent méconnue , et les naturalistes ont été jusqu'à former avec le même animal ainsi modifié dans ses rapports d'aggréga- tion, trois espèces et même deux genres distincts. En effet , lors- que son développement est normal , ce polypier ne diffère en rien du Madrepora verrucaria d'Othon Fabricius (i) qui se trouve dans les mers du nortl et qu'il ne faut pas confondre avec l'espèce désignée sous le ménje nom par Linné, Pallas et Forskal (2); lorsque ce même polypier vit sur une tige rameuse cylin- dracée , il affecte quelquefois exactement la même disposition que le polypier figuré par Ellis sous le nom de petit Eschare pourpre (3) et appelé par des auteurs plus modernes MlUepora tubulosa [[\j. Enfin, lorsque sou développement a été arrêté dès (1) Pauna groenlandica, p, 43o. (2) Othon Fabricius reproduit la phrase caractéristique donnée par Linné pour le Madre- pora verrucaria , qui est évidemment le TubuUpora patina Lamarck ; mais d'après sa descrip- tion , on voit que le polypier dont il parle ne présentait pas le caractère le plus remarquable de ce dernier, et avait la plus grande ressemblance avec l'espèce étudiée par nous; on pourra s'en convaincre par la citation suivante : ■ Tiibuli disci per radios plerumque disposili , versus limbum vero magis aggregati , sub- compressi , apice acuminali in aculeos 2 vel 3 divisi , superficiem echinalam reddunt. In aliis interstitia radiorum intégra , ia aliis et quidem majonbus, porosa, quasi rcticulata. •> Et plus loin il ajoute : m Varietas flavicans in ulvis prassertim obvia , in quarum foliis impressiunes orbiculares rc- linquit. Si ramulis tencllis affixa sit , aut circum illos convolula , cylindrum seu annulum obloDgum format , aut dux opposita; annexa; ramuUim interse sermnt. » {Fauna groenlaitclica , p. 43o.) Les dentelures dont Oikon Fabricius parle se produisent souvent par suite de la fracture des bords très fragiles de l'ouverture des tubes , mais ne présentent ici rica de constant. (3) Essai sur l'bisl. nat. des Corallincs , pi. 27, n. 4, fi^'. r. E. Pour faciliter la comparai- ton , nous avons reproduit au trait cette figure dans notre planche 12 , fig. 2. (4) Ellis aod Solandcr, Nat. hist. of Zoopli. p. i36. — Cuvier, Règne anim. deuxième édit. t. II', p. 3o5. Nous avons reproduit cette figure au trait dans notre planche ra, fig. 3. 328 MiLiNE EDWARDS. — Sur les Tubulipoies, le principe d'un côté par quelque obstacle mécanique et s'est fait librement dans la du'ection opposée, ce mèaie polypier de- vient quelquefois pyriforme, et les rangées de tubes dont il se compose se recourbent en dehors , de façon à lui donner tous les caractères du petit zoophyte aggréijé dont Lamouroux a iormé son genre Obélie (i). Quelquefois ou rencontre dans le même polypier une portion dont la disposition ne diffère en rien de celle du Millepora tubulosa considéré généralement «onune le type du genre Tubulipore et une autre portion qui, si elle venait à se séparer par suite d'une simple cassure , aurait avec ÏObelie tubulifère la ressemblance la plus exacte; l'échau- lillon que j'ai figuré sous le numéro } présente ce double caractère. Il me parait donc bien probable que le Madrepora verrucaria d'Olhon Fabricius, le Millepora tubulosa d'Ellis que Cuvier a oUoisi comme type du genre Tubulipore et VObelia tabulifera de Lamouroux ne sont que de simples variétés d'une seule et même espèce; du moins, dans l'état actuel de la science, je ne vois aucune raison pour les supposer distincts, et il me semble par conséquent inutile d'en charger plus long-temps nos catalo- gues zoologiques. Quant au choix du nom à conserver, la chose est de peu d'im- portance; mais cependant, je croisdevoir préférer celui en)ployé par l'auteur de la Faune groënlandaise , car ce naturaliste est le seul qui ait décrit notre polypier sous sa forme régulière. Je proposerai donc d'appeler ce petit zoophyte le Tubulipore ver- ixVCVEvxÇTubulipora verrucosa) , et d'y rapporter comme sim- ples variétés le Millepoj'a iubipora ou Tubulipora de Cuvier et le genre Obélie de Lamotu-oux. Les caractères que Lamarck a assignés à son Tubulipora orbicularis {a) coiWiannaut aussi très bien à ce polypier , mais les figures qu'il cite à l'appui de sa des- (i") I.aniuir.oux . Exposilioii mcliioiJique des genres de Polypiers, p. 8r, pi. 8 , Cg. 7 , 8. (2) Lamarck. Hisl. des auiiD. sans verl. , première édit., t. n , p. i63et deuxième édif. ^ t. II , p. 243. — Deloochamps. Eiicycl. niélbod, Vers, p. 75f), MiLNE EDWARDS. — Sur Us TubuUpores. 3a 9 criplion(i) se rapportent évidemment à un autre genre: celui des Cellépores. § 2. Du TubuUpore patène, (a) (Planche i3, fig. i. ) On a souvent confondu avec l'espèce précédente le petit po- lypier désigné par Lamarck sous le nom de TubuUpore patèle , mais il me paraît cependant en être bien distinct. La disposition des tubes tégumentaires est essentiellement la même; ils rampent à leur base, se relèvent plus ou moins brusquement vers le bout et constituent par leur réunion une petite masse circulaire à la surface de laquelle ils forment des rangées qui rayonnent du centre vers la circonférence; mais ces rangées sont plus régulières que dans l'espèce précédente et la circonférence du polypier est occupée par une bordure lamelleuse qui lui donne l'appa- rence d'un disque ou plutôt d'une cupule dont le centre serait hérissé de tubes. Ce limbe présente des lignes rayonnantes qui sont éloignées entre elles (\e l'épaisseur des tubes, et ceux-ci sont réunis à leur base par nue substance calcaire commune qui est criblée de trous et qui constitue une sorte de tissu aréolaire de consistance pierreuse. ' Je n'ai pas eu l'occasion d'étudier ceTubulipore à l'état vivant, de sorte que je ne puis rien avancer de positif touchant la nature et le mode de développement des parties communes du polypier dont la disposition est si remarquable ; mais il me paraît pro- bable que la portion aréolaire est constituée par des prolon- gemens filiformes d'^ la gaîne tégumentaire des divers individus réunis dans le même polypier, prolongemens qui se soudent entre eux ou avec les parties voisines et qui, en s'ossifiant, don- uent naissance à un réseau solide. Quant à la bordure lumel- (i) Orbiculus, Seba. lliesaur. t. m , pi. loo, fi^. 7- — iïdlepora verruçaria, Esper Pflan- lentliiero Madrep. pi. 17, fig. H. G. (î) Ttibuti/iora fiaùna Lamairk op. cil, p, a4'(.— DelgiicUamps cnryclop. ji, ;»8o,— Blainvi Mau.d'actin. p. ^-xi). 33q milne EDWARDS. — Sur les Tubulipores. leuse dont le polypier est entouré , il me parait aussi très pro- bable qu'elle résulte d'un premier degré d'ossification des rangées périphériques des jeunes Polypes dont les tubes tégumentaires seraient disposés parallèlement les uns à côté des autres, et se solidifieraient par leur face inférieure avant que de s'endur- cir dans le reste de leur étendue. C'est avec raison que Lamarck a rapporté à cette espèce les polypiers décrits sous le nom de Madrepora verrucaria par EUis et Solander (i) , Linné (2) , Pallas (3) et Esper(4). Forskal en a aussi donné une figure (5), et je ne vois aucune raison suffisante pour en distinguer spécifiquement le Tubulipore repré- senté par M. Savigny dans le grand ouvrage sur l'Egypte (6) et désigné par M. Audouin sous le nom de Melobesia Tadiata(j), car la seule différence que j'ai pu apercevoir est que , dans l'é- chantillon figuré par M. Savigny, la substance commune qui empâte le centre du polypier est moins abondante et moins aréolaire que dans celles que j'ai eu l'occasion d'observer. Enfin VObélie rayonnante de MM. Qtioy et Gaimard (8) offre aussi la plus grande analogie avec le Tubulipore patèle et devra proba- blement ne pas en être séparée. § 3. Du Tubulipore frangé. (9) (Planche i4, fig. 2 eta». ) Le Tubulipore frangé de Lamarck me parait peut-être une çspèce bien distincte des précédentes non-seulement à raison (i) î^at. hist. of Zooph. p. 1Î7- (a) Syst. naturœ; editio duodecima reformata , t. 1. pars 2. p. ia;2. (3) Elenchus zoophytarum , p. a8o. (4) Pflanzenlhiere , 1. 1, p. lao. Madrep. pi. 17 , Cg. A. D. E. (5) Icônes rerum nat. tab. a6 , Cg. d. D. (6) Egypte. Polypes , pi. fi , fig. 3. (7) Explication des planches de M. Savigny dans le grand ou\Tage sur l'Egypte. Hist. nat.' *. I, p. 235 (edit. in-fol.). (8) Voyage de l'Uranie. Zool. pi. 89 , fig. 12. (9) Tubuhpora fimbriaca Lamarck Hist. des anim. sans vertèbres , première édit. t. 2 p. i63, et deuxième édit. t. a p. 243. -Delonchamps Encycl. mélb.Vers, p. 759.-de BlaiavilleDict. des Se. nat, t. 56 p. 33. MILNE EDWARDS. — Sur les TubuUpores. 33 1 delà disposition générale du polypier, mais à cause de la forme individuelle des Polypes. En effet, il se compose, comme celles- ci, d'une aggrégation de tubes rampans et relevés vers le bout; mais ces tubes, au lieu d'être pour la plupart réunis en fais- ceaux dans toute leur longueur, sont tous isolés dans leur por- tion redressée, et, au lieu de former entre eux, des séries liné- aires, ils n'affectent aucune disposition constante et se dirigent dans tous les sens; enfin, ils ne se relèvent pas seulement vers le bout,mais se contournent plus ou moins sur eux-mêmes dans toutes les directions. Quant au polypier considéré dans son en- semble, il ne diffère du reste que peu de certaines variétés irré- gulières du Tubulipore verruqueux ; il affecte la forme de petites plaques encroûtantes, allongées et irrégulièrement branchues, qui rampent sur la surface des plantes marines, et qui sont hé- rissées par la portion terminale des tubes tégumentaires des Polypes dont la base est empâtée dans une substance calcaire commune de texture grenue. La description donnée par Othon Fabricius du Tubipora ser- pens (i) convient si bien à cette espèce que je n hésite pas à considérer ces deux polypiers comme identiques, mais il ne faut pas le confondre avec le Tubipora serpens de Linné (a) qui est un Aulopore. Ainsi que l'avait déjà observé Lamarck, il faut rapporter à cette espèce le Cellepora ramulosa figuré par Esper (3) et mentionné par quelques autres zoologistes. Enfin,lepolypier figuré par M. Savigny (4) et désigné parM. Au- douin sous le nom générique de Proboscina (5) me paraît être encore ce même Tubulipore , ou du moins une espèce si voisine que, dansl'état actuel de la science , on ne peut y assigner au- cun caractère distinctif de quelque valeur. J'ajouterai aussi que le polypier figuré par M. de Blainville (6) comme étant le Tu" (i) Pauna groenland'ica,ji. 428. \. p. a5i. (a) ÂmcD. acad. (3) Pdanzenihiere , t. 1 , p. a5i (sous le nom de lHadrepora ramulosa) , et Allas Cellep, tab. V (sous le nom de Cellepora ramulosa ). (4) Egypte. Polypes, pi. 6 , fig.|.4 (Proùasciua Uorji A.) et fig. 5 {P. Lamourotut). (5) explication des planches de M. Savigny. (Hist. nat. t. 2 ,p. 238.) \6) Manuel d'aclinologie, pi, 6i , fig. 3, et Dict. des Se. nat. pi. 4o, Cg. 3. 33a MiLKE EDWARDS. — Sur les Tubulipores. bulipore foraminuîé de Lamarckne présente pas la disposition indiquée comme étant caractéristique de cette dernière espèce, et ne me paraît pas différer notablement de celui dont nous venons de nous occuper. § 4. Je n'ai pas eu l'occasion d'observer le Tabidiporaforami- nuLata de Lamarck(i), mais, d'après la courte description que ce naturaliste en a donné, je suis porté à croire qu'il doit res- sembler beaucoup au Tubulipore verruqueux, car il forme, dit Lamarck , des plaques suborbiculaires encroûtantes , et ses tubes sont inclinés, coliérens et divergens de tous les côtés comme des rayons. §5. Le Tubulipora transversa de Lamarck (2) appartient, comme nous le verrons bientôt, au genre Idmonée, et, ainsi que l'a fait observer M. Eudes Delonchamps (3) , c'est à tort que ce naturaliste (4) a rangé parmi les Tubulipores XEschara ari' nularis de Pallas (5) et de Moll. (6) Quant au Tubulipore patelle de Lamarck (7), il était facile de se convaincre que ce ne pouvait être un polypier appartenant à ce genre , car les prolongemens que ce naturaliste avait décrit comme étant des tubes ne sont pas creux (8); et en effet, M. Valenciennes a constaté récemment que ce prétendu Tubulipore n'était en réalité qu'une plaque épidermique de quelque Es- turgeon. (9) (i) Lamarck. Hisl. des aDiiii. sans vert., première édit. tome ii, p.'i63 et deuxième édi(, t. Il , p. 243. — Delonchamps. Rucycl. méthod. Vers. p. 759, — BlaiDville.Dict. des Sc.uat. t 56 , p. 33 , et Manuel d'actinologie , p. 425. (2) Lamarck. Hist. des auim. sans vert. , première édit. t. ir, p. i6a et deuxième édit. t. a, p. 242. (3) Encyclop. p. 760. (4) Lamarck. op. cit. , deuxième édit, , t. n , p. 245, (5) EleucLus zoophytorum , p. 48. (6) Monogr. de Eschara , p. 36, pi, i, fig. 4. (7) Tubulipora patellata Lamarck, op. cil, t, n. p. 245. (8) Voy. Elainville op. cit. , et les notes que j'ai ajoutées à la deuxième édition do Lamarck, t. II, p. 245. , (9) Séance Je la Soc. Philom. du n mars 1837. Voy. le journal Ylnstitui, MILNE EDWARDS, SuT Us TuhulipOTes, 333 Espèces fossiles. Jusqu'ici on n'a pas, du moins que je sache, signalé de Tubulipore à l'état fossile; il en existe cependant plusieurs qui appartiennent, les uns à la craie, les autres aux terrains ter- tiaires; j'en ai déjà rencontré trois espèces, et lorsqu'on cher- chera les très petits polypiers fossiles avec plus de soin qu'on ne le fait ordinairement, il est probable qu'on en découvrira en plus grand nombre. Du reste, ces fossiles ont la plus grande analogie avec les espèces actuelles comme on pourrait s'en convaincre par les détails suivans: § I. Tubulipore de Grignon. ( Planche i3 , fig. a — i''. ) Ce fossile que j'ai trouvé à Grignon ressemble beaucoup au Tubulipore patèle, il en présente la disposition générale, mais il en diffère par le diamètre de ses tubes qui sont beaucoup plus grêles, par la position des prolongemens dentiformes de leur bord qui sont latéraux au lieu d'être placés l'un du côté in- terne ou supérieur, l'autre du côté externe de l'ouverture, et par la structure du limbe général du polypier, qui, au lieu d'être lamelleux et simplement strié à sa face supérieure, est tout cou- vert de petites cellules qu'on reconnaît facilement pour être les premiers rudimens d'autant de tubes. Je crois devoir considérer comme une simple variété de cette espèce un petit polypier fossile appartenant à la même période géologique et trouvé à Parues. Par sa forme générale, il diffère cependant beaucoup du Tubulipore que je viens de décrire, car, au lieu d'être orbiculaire, il ressemble à un coin dont la base serait semi-circulaire (i). En effet, il est comme ployé en deux, de façon que les deux moitiés de la face inférieure, au lieu d'être (j) Planche i3 , fig. a*". 334 MiLNE EDWARès. — Sur les TuhuUpores. horizontales , s'élèvent presque verticalement , et c'est entre ces deux plans inclinés que se trouve la portion terminale des tubes tégumentaires dont la structure et la disposition sont, du reste, les mêmes que dans les variétés orbicnlaires. Si cette forme générale était constante, elle serait certainement indicative d'une différence spécifique; mais il me paraît probable qu'elle n'est qu'accidentelle; aussi, en attendant que l'on ait à ce sujet des observations plus nombreuses, me semble-t-il préférable de ne pas donner à ce fossile un nom particulier. § a. Du Tubulipore de Brongniart. (Planche 14, fig. i et i".) Cette seconile espèce de Tubulipore fossile offre aussi à-peu- près la même disposition générale que le Tubulipore patène, mais paraît ne pas avoir de limbe lamelleux, caractère qui ten- drait à le rapprocher du Tubulipore verruqueux. Les tubes tégumentaires de ce petit polypier sont très étroits, et sont, pour la plupart, réunis en rangées doubles de façon à constituer des cloisons rayonnantes, assez épaisses, disposées à-peu- près régulièrement et très espacées, qui sont séparées à leur base par une substance commune compacte vers la^surface, mais réticu- lée à l'intérieur. Ce fossile, dont le diamètre est d'environ trois lignes, s6 trouve dans la craie de Meudon , et je le dédierai au savant natu- raliste dont les travaux ont jeté tant de lumières sur la consti- tution géologique du bassin de Paris. § 3. Du Tubulipore étalé. ( Planche 14 , fig. 3 et 3". ) Ce fossile se rapproche du Tubulipore frangé plus que de toutes les autres espèces connues, mais en diffère néanmoins beaucoup et tend à établir un passage entre les Tubulipores ordinaires et les Bérénices. MILNE EDWARDS. — Sur les TubuUpores, 335 Les tubes dont il se compose ont une épaisseur très grande et rampent irrégulièrement dans la plus grande partie de leur longueur, puis se relèvent et sont alors , pour la plupart, com- plètement libres et isolés. Inférieuremeut , ils sont réunis en une masse commune, mais ils ne se recouvrent que peu les uns les autres, et s'étalent de façon à donner au polypier résultant de leur agglomération, une disposition lamelleuse, caractère qui est porté au plus haut degré dans les Bérénices, comme nous le verrous bientôt dans un prochain article. Le Tubulipore étalé a été trouvé aux environs de Paris, et me paraît provenir de Grignon ou de Parues. § 4- — Il rae paraît bien probable que le petit polypier des faluniers de Hauteville et d'Orglandes, désigné par M. Defrance sous le nom de Lichenopora crispa (i), doit appartenir à ce genre et se rapprocher beaucoup du Tuhulipora grignonensis{pi). Il est aussi à noter que les autres Lichenopores de ce natura- liste ont également beaucoup d'analogie avec les Tubulipores de forme orbiculaire , mais ils s'en distinguent par l'absence de la portion libre des tubes tégumentaires , ce qui rend la surface du polypier uniformément celluleuse et rappelle la disposition propre aux Frondipores. M. de Blainville pense que ces Lichenopores pourraient bien être des jeunes Rétépores (i) ; mais ils me paraissent avoir beau- coup plus de ressemblance avec de jeunes Tubulipores, car chez ceux-ci on voit souvent dans la portion du polypier la plus nouvellement formée tous les tubes accolés entre eux jus- qu'à leur extrémité, et réunis en une masse dont la surface supérieure paraît celluleuse, disposition que j'ai représentée dans la figure i'^ de la planche 12. (1) Dict. des Se. nat. t. 26 p. aS?.— Blainv. Man. d'Actin. p." 409. (a) Voici la description que M. Defrance en a donnée : « Lichenopora crispa. Cette espèce « s'attache sur les corps par toute sa surface inférieure. Elle est un peu moins grande que la pré- « cidenle (le L. turbiné figuré dans l'atlas du Uict. pi. 46, fig. 4) > et sa surface supérieure est • couverte de petites aspérités formées par le prolongeuieut des pores qui sont tubuleux. Le< • bords 80Ut quelquefois relevés et formeut un cncudrement autour du polypier. » 336 MiLNE EDWARDS. — Sur les 'luhuîipores. D'après les faits que j'ai exposés dans ce mémoire , on voit que les Polypes du genre Tubulipore ne sont pas des animaux hydriformes , comme on devait le croire d'après le peu de mots qu'en avaient dit MM. Quoy et Gaimard, et que leur mode d'organisation, loin de ressembler à celui des Hydres et des au- tres Polypes parenchymateux inférieurs , a une grande analogie avec celui des Eschares et des Fliistres. En effet, ils présentent comme ceux-ci un tube digestif ayant des parois membraneuses distinctes de l'enveloppe tégumenlaire et deux ouvertures ter- minales également distinctes , un appareil tentaculaire garni de cils vibratiles qui paraissent servir à la respiration aussi bien qu'à la préhension des alimens, des muscles bien formés, etc., mais ils n'ont pas, comme ces Eschares et ces Flustres, un appa- reil operculaire garni [de muscles bilatéraux, et ils en diffèrent aussi par la conformation de la gaîne tégumentaire qui, en se durcissant, constitue la cellule tubuleuse dans laquelle toutes les parties molles se retirent lors de la contraction. A raison du plan général de leur structure tant intérieure qu'extérieure , ces petits animaux appartiennent donc au même type organique que les Eschares et doivent prendre place avec eux dans l'ordre des Polypes tuniciens\ mais ils ne présentent pas tous les carac- tères anatomiques des Eschariens, et ils établissent un passage entre le mode d'organisation propre à ces derniers Polypes et celui qu'on observe dans les Sérialaires , les Vésiculaires, etc. C'est donc avec raison que M. de Blainville, guidé seulement par la considération de la dépouille calcaire des Tubnlipores, en a formé le type d'une famille particulière. Quant aux limites natu- relles de cette famille, je m'en occuperai dans un prochain mémoire, et je montrerai alors que les caractères anatomiques propres aux Tubulipores se retrouvent tous chez un grand nombre d'autres Polypes qui, dans les classifications proposées jusqu'à ce jour, sont disséminées dans des familles et mêmedans des ordres différens. Nous avons vu aussi commentles circonstances danslesquelles vivent ces petits zoophytes peuvent influer sur la croissance du polypier et en modifier la forme générale. L'étude des variations MiLNE EDWARDS. — Sur les Tubulîpores. 33^7 déterminées par les causes extérieures dans la conformation d'unTubulipore assez commun sur nos côtes a montré que c'est avec une seule et même espèce que les zoologistes ont formé deux genres et trois espèces nominales. Enfin, nous avons passé en revue toutes les espèces connues de ce genre ; nous en avons discuté la synonymie et nous avons trouvé que ces petits polypiers existaient dans les mers ancien- nes aussi bien que dans celles de l'époque actuelle. EXPLICATION DES PLANCHES. (Toutes ces figures out été dessinées à la caméra lucida,s&a de rendre leurs dimensions exacte- ment comparatives.) PLANCHE 12. > Fig. 1. TnaoLiPORE veeruqueux; TubuUpora verriicaria, vu en desjus au microscope (gros- sissement de 8); ce polype agrégé ayant vécu sur une surface plane a pu se développer régu- lièrement dans tous les sens et présente en effet une forme orbicuiaire. Fig. i". Croquis du même, montrant sa grandeur naturelle, Fig. I*. Section verticale d'une portion du même polypier, vue au microscope avec lin gros- gissement de 44, et montrant la manière dont les Polypes déploient leurs tentacules, ainsi que la disposition tubuleuse de leur gaîne tégumenlaire. Fig. i<=. Face inférieure d'une portion du même polypier, montrant la disposition des tubes aplatis et soudés entre eux (gr. a4). Fig. I'', Appareil digestif et tentaculaire d'un de ces polypes extrait du tube tégumentaire. Fig. I». Variété irréguliere du Tubulipore verruqueux, fixée à la surface incgulièrement cylindrique d'un Fucus ; la portion supérieure {aa) préseulo la même disposition (|ue celle assi- gnée par Ellisau Millépore tubuleux (voy. fig. 2.); la porlion inférieure i,^^} olfre, au con- traire, tous les caractères des Ol>élies (\oy.{ig.3). Fig. if. Portion marginale d'uu polypier de la même espèce, pour montrer In manière dont les tubes tégumenlaires peuvent s'agglomérer irrégulièrement et former même une masse compacte. Fig. a. Mil/epora tubulosa d'Ellis (Hist. nat. des Corallines pi. 27 fig. E); on a reproduit ici au trait, comme objet de compaiaison , la figure grossie donnée parEllis. Fig. 3. Oèelia TN, — Sur les globules du lait. 849 sivement nombreuses , s'unissent et semblent se greffer par ap- proche plusieurs ensemble. A cette époque, les articles très prononcés chez les unes, et peu ou point sensibles chez les autres, feraient presque soup- çonner deux espèces, si l'on ne rencontrait pas quelquefois ces deux caractères dans l'étendue d'une même tigellule. liC nombre des globules qui végètent est si grand, que les tiges, en profi- tant de tous les espaces qui leur sont offerts, s'entrelacent les unes dans les autres de manière à représenter exactement ce lacis qu'offrent les nombreuses tiges longues et grêles qui re- couvrent un monceau de pommes de terre en germination, long-temps abandonnées dans l'obscurité, (i) La végétation des -globules du lait paraît susceptible de se bien conserver entre les lames de verre où elle s'est développée et forcément étendue. J'en possède des échantillons en pleine fructification, qui ont plus d'une année, et qui sont encore, comme le représente la planche 16, dans le plus bel état. Une découverte aussi inattendue que celle du globule du lait se développant et se transformant en un végétal, était trop neuve pour pouvoir être annoncée avec empressement et légèreté; aussi ai-je répété soigneusement mes observations depuis plus de six semaines , en suivant heure par heure ce curieux déve- loppement, en en décrivant et en en dessinant avec exactitude toutes les phases successives , comme on peut le voir dans les dessins tjès détaillés qr.e j'ai l'honneur de mettre sous les yeux de l'Académie. D'abord, en quelque sorte effrayé d'une métamorphose aussi extraordinaire, j'ai cherché à me rassurer en rappelant à mon souvenir tout ce qui pouvait présenter de l'analogie avec le chan- gement de forme et la végétation filamenteuse du globule de lait. J'ai pensé à ces singulières extensions, véritables bédeguards, qui se développent sous certaines feuilles vivantes , et que pen- dant long-temps on a prises pour des existences distinctes et (i) Nous croyons que les globulins , contenus dans le globule vésiculeux du lait, une fois répandus dans l'e.sj>ace Luniidu, sont susccplibles décroître , de germer et de produire, aussi bien que le globule-mère, le PtniciUium glaiiciim. 35o TURPm. — Sur les globules du lait. parasites , désignées sous la dénomination ^Eiineum ; produc- tions que nous savons être aujourd'hui de simples végétations monstrueuses, dues à l'excitation accidentelle de quelques-unes des vésicules les plus extérieures de l'épiderme, et qui, comme l'on sait , prennent les formes les plus bizarres , souvent les couleurs les plus brillantes et les plus tranchées, comparative- ment à celles des vésicules restées à leur état normal , comme, par exemple, cela se voit dans le Taphria aurea {^Erineum au-^ reum ) qui se développe par taches d'un beau jaune doré à la face extérieure des feuilles de plusieurs espèces de peu- pliers, (i) Si nous supposons un instant que la surface des végétaux ait toujours été lisse, c'est-à-dire que toutes les vésicules les plus extérieures de la masse tissulaire ne se soient jamais étendues au-delà de la surface, et qu'ensuite tout-à-coup, par un excitant quelconque, on vît apparaître ces poils si variés dans leur struc- ture, et toujours provenant, par extension , d'une vésicule dis- tincte, on ne balancerait pas un instant à les regarder comme des êtres nouveaux, nés et développés en parasites sur le tissu de la feuille ou celui des jeunes tiges. Si nous faisons la même supposition pour la peau des ani- maux, si les nombreux globules que l'on appelle les bulbes du poil y restaient tous inclus dans ce premier état, et si, par ex- traordinaire, ce globule ou ce bulbe venait à germer, à s'é- tendre en un long filament tubuleux, parfois cloisonné (2), rempli de granules souvent colorés, et offrant à sa surface des nodosités disposées symétriquement, comme le sont les nœuds vitaux sur les tiges des végétaux appendiculés (3) , nous n'hési- terions pas à dire : Ces productions filamenteuses, qui croissent encore long-temps après que la vie d'association de l'animal est éteinte , qui tirent leur origine de l'un des nombreux globules (i) Voir l'excellent ouvrage de M. le professeur Fée, intitulé: Mémoire sur les Phjlleriées, brochure in-*? , composée de 75 pages de texte etde ir planches, Levrault. (1) Le poil du lièvre, dans l'intérieur duquel la matière granuleuse colorée est interrompue et renfermée dans des articles courts. (3) Le poil de la taupe , etc. TORPiN. •— Sut les globules du lait. 35 i de la peau^ sont des végétaux. Sous le rapport de leur organisa- tion, de leur insensibilité absolue, même dans le cas de la plique , et de leur indépendance, nous ne serions pas très loin de la vérité , puisque chaque globule ou bulbe , ainsi que son prolongement pileux, n'a de commun avec ses pareils, que de vivre dans leur voisinage, sous l'influence des mêmes milieux , et dans une aussi parfaite indépendance qiie celle qui existe entre les divers individus d'une même espèce de végétaux plan- tés près les uns des autres dans le même sol. Eh bien ! qu'est une masse de globules de lait , soit à l'état dé crème , soit à l'état de fromage? C'est une agglomération formée, par rapprochement et par contiguïté, de globules toujours im- prégnés de la vie organique , et par conséquent susceptibles de végéter et de prendre d'autres formes que la globuleuse, c'est un Mycoderrae. C'est l'explication la plus simple et la plus vraie que l'on puisse donner de la composition de toutes les masses tissulaires des végétaux et des animaux, qui ne sont ja- mais que des agglomérations d'individus organisés plus simples. Qu'est une masse de matière organique? C'est l'assemblage d'une innombrable quantité de globules doués d'un centre vital particulier , et qui n'attendent que les circonstances favorables à leur éveil pour se développer, se vésiculiser , s'étendre et prendre des formes diverses. Qu'est une masse de levure quelconque? C'est une association composée d'un grand nombre d'individus globuleux, vésicu- leux, remplis de globulins, vivans (i), susceptibles de germer et de s'étendre, en autant de petits végétaux rameux et articu- lés, comme nous l'a si bien démontré M. Cagniard-Latour, pour ceux de la levure de bière (2), du jus de raisin, de prune et de celui de pommes, végétaux que j'ai moi-même observés depuis dans toutes les phases successives de leurs développemens , et dont (i) Les globules vésiculeiix de la levure de bière, que l'on met entre deux latnësde verre, en- tretenue* humides, ne tardent pas à se vider de tous leurs globulins et à devenir par cunséqueut plus tranipareas. Kn même temps que les globulins n'-pandiis sur le porte-objet , on voit cncortf de nombreuses gouttelettes d'buile , comme ecla se remarque, dans les mêmes cas d'émissiou, chez les vésicules du lail, de la lupuliiic du Jloublou, et d'un grand nombre de pollens. (a) Toruia cervisite , Turp. 352 TURPiN. . — Sur les globules du lait. je produirai bientôt la description et la figure. Un morceau de levure ne peut être mieux comparé , quant à l'indépendance in- dividuelle de ses composans , qu'à une agglomération d'œufs de poisson , ou à un monceau de petites graines sphériques dans lesquels réside le corps reproducteur de l'espèce. Je ne vois donc, organiquement parlant, aucune différence entre le globule vésiculeux du lait germant et poussant en her- bage filamenteux à la surface du lait, de la crème ou du fro- mage, et les globules pleins ou vésiculeux situés près des sur- faces des tissus cellulaires des végétaux et des animaux germant et poussant , individuellement ^ des poils à la surface des deux sortes de peaux. Depuis plus de trois mois que je m'occupe de ces végétations, mes idées se sont étendues de plus en plus par la comparaison, et mon étonnement, grand d'abord, s'est graduellement dimi- nué à mesure que mes observations se sont multipliées et qu'elles sont venues s'éclairer mutuellement. Le lait dont je me suis servi, dans mes nombreuses prépara- tions, a toujours été pris par moi au pis de la vache, et mis de suite entre les lames de verre où il a végété. Ce lait, d'abord examiné au microscope, n était, bien certainement , composé que de ses propres globules. On ne peut donc pas supposer un instant que dans ce lait, tout fraîchement trait, il pût y avoir une seule seminule de Pénicillium glaucum, ce qui, du reste, se reconnaîtrait à la première vue par la couleur noire de ces seminules , si caracté- risées sous le microscope. Il paraît démontré que le départ de la végétation des glo- bules du lait ne commence qu'au moment où l'acide se fait sen- tir, comme étant un stimulant nécessaire à l'élongation des ti- gellules confervoïdes , et comme M. Dutrochet l'a prouvé relati- vement aux végétations produites par la matière albumineuse de l'œuf, (i) Pour observer commodément la germination et la végétation des globules du lait dans toutes les phases de leur développe- (i) Dutrochet, Mémoires, tome ii, page 190. TL'RPiN, — Sur les globules du lait. 353 roent , il faut prendre du lait de beurre et le laisser reposer pen- dant quelques jours. Dans cet état de repos , les globulins fauves et les globules vésiculenx du lait se séparent de l'eau ou du sé- rum en se précipitant au-dessous. A mesure que les globules de lait éprouvent le besoin de germer et en même temps celui de l'air atmosphérique, nécessaire à leur végétation, ils s'élèvent successivement à la surface du sérum oii ils forment peu-à-peu. de petites pellicules qui s'agrandissent ei" finissent bientôt par se joindre les unes aux autres , de manière à former une pellicule générale. Ces pellicules , facUes à enlever et à isoler du sérum, placées entre deux lames de verre et souinises au microscope, sont composées tout à-la-fois de globules et de germinations fda- menteuses , plus ou moins avancées , qui, nageant à la surface du sérum, représentent, en petit, les tiges de certaines plantes aquatiques, flottant ou se traînant à la surface des eaux. La végétation filamenteuse et confervoïde des globules du lait est-elle une chose naturelle et prévue? est-ce là leur véri- sable destination, le dernier terme de leur vie organique? Em- ployés comme alimens, ces globules ne peuvent-ils pas être con- sidérés comme les pois que nous mangeons et qui, forcément, terminent là leur existence destinée à se prolonger sans cette destruction anticipée? Ou bien , en reconnaissant au globule du lait la faculté de végéter, peut-on croire que cette végétation n'est qu'acciden- telle et subordonnée à certaines excitations, comme, par exemple, cela a lieu quelquefois poui- le développement en poils plus ou moins longs des globules ou bulbes, situés dans tout le trajet de la surface intérieure et muqueuse des Mammi- fères, ou encore, à la paroi intérieure des kystes poilus; glo- bules ou bulbes qui, sans des sur-irritations survenues, seraient restés à l'état inerte d'un simple germe globuleux? (i) (i) Il ne s'agit que d'iincpliis t;iande énergie vitale pour ilviilleret déterminer les innom- brables globules pilifércs intérieurs du derme des mammilëres , a germer et à s'étendre à l'exté- rieur des masses tissulaircs sous la forme plus ou moins allongée d'un poil. C'e!t ce que nuus voyons sur les parties les plus animalisécs de la peau et dans ces petites VUI. Zooi,. — Di'cemhre. a3 354 TDRPiw. — Sur les globules du lait. On ne peut le supposer. Tout prouve au contraire que le glo« bule du lait n'est assujéti àaucun arrêt devégétatioW dans toutes les phases de développement par lesquelles il doit passer avant d'arriver au dernier terme de son existence organique. J'avais cru , en commençant ce travail , que le globule vési- culeux du lait avait besoin d'être sorti des tuyaitx lactifères , et d'être exposé aux influences extérieures d'un autre milieu , pour pouvoir germer et pousser ses longues tigellules confervoïdes ; mais les engorgemens de mamelles ou cette maladie des femmes en couche, désignée par les plus anciens médecins sous le nom très ridicule de Poil , m'ont fait penser que ces engorgemens pouvaient être produits par des accumulations de globules de lait qui, ne s'étant point écoulés à mesure qu'ils se formaient, germent en ces lieux et poussent des tigellules qui s'enche^^ vêtrent et se pelotonnent, faute d'espace^en formant des sortes de petits égagropiles. C'est sans doute à ces pelotons de tigellules que sont dues ces nodosités partielles que les médecins nomment des cordes noueuses dans les seins affectés de cette maladie. Il est remar- quable que ces engorgemens des mamelles nese manifestent qiiei quatre ou cinq jours après que la sécrétion du lait est commen- cée; espace de temps qui se rapporte assez bien avec celui qUë nécessite la germination , en dehors , des mêmes globules de lait. On ne peut encore s'empêcher de faire attention aux causes dé- terminantes matérielles de l'engorgement des seins, telles que les applications acides et astringentes sur les mamelles , sans se rappeler que les mêmes moyens hâtent ou sont absolument né- cessaires à la végétation en dehors des globules. Vésale et Roderic à Castro, en rejetant l'absurde opinion d'un poil avalé en buvant et s'acheminant à travers les tissus pour ve- nir ensuite boucher tout juste un vaisseau laiteux, en émettent une autre bien plus raisonnable , et qui ferait presque croire qu'ils avaient vu ou du moins qu'ils .s'étaient approchés de la touffes de poils qui poussent vigoureusement sur certaines élévations verruqueuses , seniblamès à ces touffes d'herbe qui végètent là où se trouvent amoncelés la matière nutritive et les stiiliu- lans propres à produire ces excès de végétation. TURPiN. — Su7' les globules du lait. 355 vérité par une sorte d'instinct : le premier, en disant qu'il ne s'engendre point de véritables poils dans les mamelles, mais quel- que chose de semblable à ces fi la mens qui [se forment dans les reins et dans les méats urinaires ; le second , en étant , dit -il , persuadé que le lait, en se grumelant dans les vaisseaux lacti- fères, y forme des concrétions filamenteuses semblables à des poils, (i) On peut croire , avec assez de probabilité, que c'est à la pré- sence des filamens ou tigellules confervoïdes amoncelés dans les vaisseaux lactifères des mamelles engorgées, filamens vus ou entrevus anciennement , qu'est due la dénomination de Poil donnée à celte maladie, à laquelle, suivant moi , celle de Bourre des mamelles serait plus convenable, puisqu'elle exprimerait l'entassement des tigellules produites par la germination des globules du lait accumulés, (a) En récapitulant les principaux faits énoncés dans ce mémoire, je dirai : 1° Que pour former le globule du lait , la matière organique, sous l'influence de la vie animale , s'organise , se globulise et se vésiculise dans les cavités des tissus mammaires; 2° Que le globule vésiculeux du lait, malgré le lieu de son origine , n'a qu'une vie purement organique ou végétale, et que, comme la vésicule pollinique et la séminule des Confervées, des Mucédinées et autres analogues, il se compose de deux vésicules (i) Dict. des Scienc. incclic. , lonie xmi, pag. 475, Ensujiposanl.d'apiis les auteurs cités, que les globules du lait , accumulés dans les voies lactées des maineiles , nuissenl s'étendre en filamens, il' y aurait dans l'engorgement denJc époques Ires distinctes: celle où l'on ne trouverait encore que de simples globules entassés et celle plus tardive, où ces globules se seraient étendus en lilamens. Du lait extrait par incision d'un sein engorgé et observé , au microscope , depuis la publica- tion de ce mémoire , ne m'a offert que des globules malades ou plus probablement morts, dont la vésicule extérieure élail devenue verdàtrc, rnspéiu.u curonie galeuse. Aucun de ces globules n'avait germé dans le sein , et aucun d'eux , mis depuis en expérience, n'a végété. Uans ce cas parliculi.-r, où se trou\,ul li- siège originel de la maladie.' Qui, des tissus mam- maires ou dej globules du lait, nés dans les interstices de ces tissus, étaient malades?Qui, des deux, comme source du mal , avait inUuciicé, vicié l'autre.' fa) On pourrait dire que de telles mamelles sont nioisies en dedans. »3. 356 TTJRriN. — Sur les : lobules du lait. emboîtées, dont l'intérieure sécrè e l'huile butyreuse et produit en même temps les nombreux globuHns intérieurs; 3° Qu'en cet état , le glolnile n'est encore que le germe pro- ducteur du Pénicillium glaucuvi, soit directement par l'élonga- tion en boyau de la vésicule interne , soit par l'un des glohulins intérieurs après leur émission dans l'espace ; 4° Que le Pénicillium glaucum. produit primitivement et im- médiatement par l'extension du globule du lait, jouit ensuite de la faculté de se reproduire iui-mème , concurremment avec le premier moyen, par des boutines de ses tiges désarticulées, soit celles inférieures et allongées, soit celles terminales et globu- leuses regardées comme des seminules, et qui, en effet, repré- sentent chez les végétaux appendiculés cet autre article ou bourgeon terminal nommé l'embryon de la graine ; 5° Que le globule de lait arrêté et accumulé dans les voies lactées des mamelles, peut y germer, y pousser ses longues ti- gelhdes , et occasioner par ces développemens filamenteux des obstructions ou des engorgemens de mamelles ; végétations in- testines qui, étant en grande partie privées d'air et de lumière, ne peuvents'étendre jusqu'à la fructification, qui abesoin de l'air at- mospliérique pour pouvoir se développer, comme, pour citer un seul exemple, les tigelhiles traçantes et intestines de VOidium Jructigenum après avoir rampé entre l^s vésicules du tissu cel- lulaire de plusieurs sortes de fruits (poires et pommes) sou- lèvent et percent la cuticule pour venir fructifier en plein air à la surface de leur territoire organisé; 6° Que la végétation filamenteuse du globule du lait, sem- blable à celles des Conferves qui se développent si souvent dans les interstices des tissus des corps organisés morts ou vivans, est encore très analogue à celle pileuse et simplement organique ou végétale qui résulte par extension du globule ou du bulbe, soit naturellement, soit accidentellement, du derme sec et ex- térieur de la peau , ou du derme humide et muqueux de l'in- térieur des voies intestinales ; 7° Que tous les globules, soit ceux de la matière organique, soit ceux de cette même matière à l'état d'organisation compo- ée , sont autant de germes prêts à absorber, à assimiler , à s'é- TURPiN. -— Sur les globules du lait. ZSj tendre et à se transformer dans des limites très restreintes et dé- terminées à Vavance chaque fois que des stimulations conve- nables et les alimens nécessaires à leur existence leur sont of- ferts; (i) 8° Que, quand bien même la preuve de la végétation fila- menteuse des globules du lait ne serait pas acquise par le fait ou le voir-venir , il suffirait de réfléchir un instant sur l'état achevé de cette végétation pour éloigner de soi toute idée que, dans la matière qui constitue le globule du lait, il pût exister des germes invisibles ou tomber accidentellement des seminules de Peid' citliuni glaucum , si facile à distinguer sous le microscope. On ne peut raisonnablement admettre le premier cas, car cela entraînerait à dire aussi que dans le globule ou bulbe du poil il y a un germe distinct d'où résulte l'extension pileuse, ce qui serait contraire à la vérité. Le second cas, consistant dans la chute accidentelle de quelques seminules de Pénicillium sur les globules de lait, étant entiéiement soumis au hasard, pourrait manquer quelquefois, ou n'offrir le plus souvent qu'un bien petit nombre de seminules, tandis que celui des germinations à la surface de la crème est au moins égal à celui des globules de lait qui, par contiguïté, forment cette surface. On ne peut pas dire davantage que cette immense quantité d'individus de Perdcillium qui se développent presque en même temps, soit le produit de plusieurs générations successives ve- nant originairement de quelques seminules fortuitement ap- portées , puisque toujours la surface de la crème, comme un champ de blé en herbe, est entièrement couverte de ces petits végétaux avant qu'aucun d'eux ne fructifie. (i) Quand un sait comment la nature a fait emploi de la matière et corameut elle a procédé dans l'immeDsc développenicut du régne organique , tel que nous pouvons l'observer et le suivre dans son étal actuel , quand ou voit cette unité de coniposiliou paitout si insensiblement gra- duée des êtres les plus siin|)lesaux êtres les plus composés, quand on voit que le plus composé ne diffère du plus simple que parce qu'il a reçu quelque cliose en plus, on peut raisonnable- ment supposer cpie , parmi les Mucédinces inunéili.ili^nienl pruduile.s d'un globule isolé , soit d'un végétal , soit d'un animal, il en ett qui se bornent à de siinjtles liluuiens byssoïdes , inca- pables de se repi-oduiic par eiix-niénies, cl d'autres , plus avancées, comme cilles du lait , (pii ^ tout en coiiservanl la même orii^ine que les priiniiéies, )ieuviiit , en onlic , se reproduire pal les arliclej courts el terminaux di; leurs propres liges. 358 TURPiN, — Sur les globules du lait. ADDITION. Dans mon dernier mémoire (i) se trouve la note suivante, dans laquelle je parle de deux autres productions végétales dont l'origine est analogue à celle du lait : l'une provenant de l'un des globulins du périsperme de l'orge, l'autre de l'un des glo- bulins dont se compose en grande partie l'albumen de l'œuf'. Ces productions que j'ai soigneusement observées, décrites et dessinées dans tous leurs développemens, seront publiées pro- chainement dans un travail spécial dont elles font le principal sujet. La substance de l'albumen de l'oeuf doit sa densité, son action collante et filante à la présence et à la cohésion d'un grand nombre de globulins qui, vu leur trop grande transparence et leur excessive ténuité , ne peuvent pas plus être sensibles au microscope que les élémens des sels dissous, ou que les glo- bulins qui proviennent de la fécule bouillie et filtrée , et que l'iode seul, en les colorant en bleu, peut déceler dans l'eau où ils se trouvent en suspension. Mais comme les globulins de l'albumen de l'oeuf existent réel- lement et que chacun d eux a son centre vital particulier , il en résulte que chaque fois qu'on leur offre un milieu et des ali- mens convenables, ils croissent, deviennent bientôt visibles au microscope , et se développent peu-à-peu en un LeptomiUi% raoniliforme et rameux, comme les globules du lait en un Pénicillium gluucum. Cette végétation , provenant ou tirant son origine de l'un des globulins de l'albumen de l'oeuf, soumis à l'action d'influences nouvelles, offre beaucoup d'analogie avec celle produite par le globule du lait et celle moniliforme et presque rameuse du To- rula cervlsiœ Turp. , qui s'obtient de l'un des globulins du péri- sperme de l'orge pendant la fabrication de la bière , végétation ( i) Aoalyse microscopique faites sur des globules de Jait à l'clat pathologique, lue à l'Acadé- mie dos Scicuccs , jcauce du 26 l'évria iSjS. Compie reudu, page 253. TURPiN. — Sur les globales du lait. SSg qui, désarticulée ou simplement affaissée sur elle-même, a été considérée, sous le nom de Levure , comme une pâte ou comme une simple matière organique sans organisation, lorsque en réa- lité cette pâte, vue au microscope, est une agglomération com- posée d'individus globuleux, vésiculeux et remplis de globulins reproducteurs; agglomération rigoureusement comparable à celle d'un tas de blé vu de très loin et dont chaque grain , comme individu, n'attend que des circonstances favorables à son développennent po^ir devenir une plfjnte et reproduire de nouveaux grains de blé. Bientôt, les faits arrivant, il paraîtra tout aussi naturel de voir les globules qui auront fait partie de l'organisation géné- rale et de la vie d'association d'un végétal ou d'un animal, étant placés sous des influences nouvelles, contmuer encore leur existence organique particulière en végétant, en s'étendant et en se t-ransformant en diverses espèces de moisissures ou de mucédinées, que de voir les globules vésiculeux du pollen des anthères s'allonger en de longs boyaux ou pénis végétaux; ou encore, le globule microscopique et hyalin de l'embryon nais- sant du chêne, se métamorphoser insensiblement en un grand arbre solide et de longue durée. Pour que les transformations filarpenteuses des globules organisés paraissent naturelles , pour qu'elles n'excitent plus l'étonnement, parfois même l'incrédulité malgré les faits, il faut être bien convaincu de cette grande vérité : que les végé - taux et les animaux ne sont pas des êtres simples, mais bien des individualités composées ^ sortes d'agglomérations formées d'un nombre plus ou moins considérable d'individus plus simples doués, chacun, de son centre vital rayonnant d'accroissement, fixés le plus souvent, et se nourrissant, comme le fait le poil, sur le point de l'organisation générale qui les a vus naître et qui les voit mourir; ou , quoique faisant toujours partie de Tindivi- duahté composée, mobiles et errans dans l'épaisseur des tissus, comme les globules des sucs propres des végétaux , ceux des Chara, les globules sanguins, les animalcules spermatiques. etc. , des animaux , toos soumis, sauf les derniers qui se meuvent par eux-mêmes , aux courans réglés des liquides aqueux dans les 36o xuRPiN. — Sur les globuhs du lait. quels ils vivent en suspension comme dans un océan qui leur est propre. EXPLICATION DKS PLANCHIS. A mesure que nous avancerous , par l'observation microscopique, soit dans la connaissance des corps temporaires très petits et isolés dans l'espace , soit daus celle des organes élémentaires servant à constituer, par agglomération , des corps temporaires plus complexes, nous sentirons le besoin de refaire ou de modiûcr successivement notre première éducation scientifique. Nous aurons besoin d'oublier ces caractères de végétabililé et d'animalité , bons pour l'élude , mais qui, dans le cas dont nous nous occupons, ne servent qu'à troubler nos idées sur la véritable nature d'uu grand nombre d'êtres organisés très simples et qui n'offreat point encore ces carac- tères si tranchés qui existent entre le chou et un niamuiifère. Alors cesseront ces disputes oiseuses pour savoir si les oscillaires et les baciUariées sont des végétaux ou des animaux. L'animalité n'existe que dans l'assemblage, la combiuaisou et la disposition particulière des or 'aues clémeutair.^s qui composent les diverses masses tissu'aires des auiniaux, et dans la vie d'association qui résulte de l'ensemble et de l'arrangemcut des vies simplement organiques de chacun des organes composans. Chacun de ces organes, pris isolément , est une individualité purement organique ou végé- tale, quia son centre vital particulier d'absorpliou , d'assimilation et d'accroissement, et qui, étant désagrégée de l'individualité composée et de la vie commune d'association , peut , eu ce nouvel état , continuer de végéter, de croître et de se ti'ausformer quelquefois , comme celle du qlobule de lait , en des végétations iilamenteuses , simples ou rameuses. Eu cet état d'isolement la dénomination d'animal doit absolument être abandonnée , tout aussi bien que celle de Panthéon pour l'une des pierres dont se compose cet édifice. Il est bien présumable que , eu raison de la manière dont la nature procède daus le dévelop- pement successif et gradué de la matière organisée, plusieurs de ces végétations de transition doivent se boruer à de simples extensions byssoïdes dépourvues de moyen de reproduction auire que le primitif, taudis que d'autres , comme celles du globule de lait , plus avancées dans rùchelie de l'organisation, peuvent être produites à-la-fois par deux voies différentes; celle de l'extension immédiate du globule de lait , el celle ensuite d'un article allongé ou glo- îjuleux séparé de la tige du végétal produit. PLANCII!. \b. p'ig, I. Une goutte de lait vue ;i l'œil nu. .-.Fig. 2. Globules vésiculeus du lait tels qu'ils soûl à l'instaul oii ils sortent des vaisseaux lactés. C'est une population composée d'existences organisées , distinctes, vivant chacune pour leur propre compte. Les individus, selon liur âge , varient depuis le point apercevablc au microscope jusqu'au diamètre d'un centième de millimètre. Quelques-uns atteignent des dimensions plus grandes Leur structure consiste en deux vésicules emboîtées, dont l'intérieur sécrète l'huile butjreuse et contient ou donne naissance à un grand nombre de glohiilins. Le caséum est un magma composé de ces g'obulins, de très petits globules de lait, de quel- ques gios globules oléagioeux écliaiipés à l'acliou desn uctivc de la baratte , et de ebiftous ou TURPiN. ^ — Sur les globules du lait. 36 1 (le lambeaux provenant, par déchirement, des vésicules des globules qui ont fourni le beurre. Fig. 3. Globules de lait plus ou moius'avancés dans leurs germinations et d^ns leurs végéta- tions ûlamenteuses. Un grand nombre sont encore à l'état de globules de diverses grosseurs ; d'autres montrent un , deux et quelquefois trois bourgeons allongés en tigellules tubuleuses , simples ou rameuses , plus ou moins articulées et contenant des globulins ou des corps vésicu- leux oblongset remplis eux-mêmes de nouveaux globulins. — a ,a, a. Globules de lait montrant leurs globulins intérieurs et dont la vésicule interne , après avoir percé la vésicule externe , commence à s'étendre en un bourgeon vésiculeux , arrondi au sommet, transparent, et dans lequel il n'y a point encore de globulins. — b,b,b. Autres globules de lait , germant par deux côtés à-la-fois ou successivement. — c ,c, c. Autres globules , germant par trois points différons. — c'. Deux globules agglutinés ou soudés poussant chacun une gemmule. — c" Deux globules également soudés , et dont l'un , le plus gros , montre deux gemmules de grosseurs et d'âges dilférens. — d , d , d. Autres globules à ti^ellule simple , encore sans cloi- sons ou articulations. — d\ d',' d'. Autres globules à tigellule simple ou unique, montrant des cloisons ou des articles (mérithalles ). — d". Vu individu dont la tigellule, assez longue , est composée de six articles , compris le premier, qui n'est jamais que l'extension de la vési- cule interne. Chacun des articles contient des globules plus ou moins ovoïdes et un grand nombre de globulins très 'énus. Le double cercle du globule producteur indique l'existence des deux vésicules emboîtées. — e, e, e. Individus poussant leurs tigellules par deux côtés. — «'.Germination ti'ès avancée, rameuse et articulée. Un petit bourgeon naissant du point opposé. — e", c". Individus ayant leurs tigellules très articulées. — /,/. Deux individus dont le globule producteur pousse des tigellules sur trois points diflérens. — g. J'ai vu plusieurs fois des globules de lait qui , après s'être élargis sur leurs bords , étaient découpés irrégulièrement , de manière à offrir de petites rosaces et dont l'extérieur montrait une pulviscule composée de globulins très fins, qui paraissaient en être sortis par explosion. Les deux lignes parallèles , situées au-dessous de la masse dont je viens de m'occuper, in- diquent arbitrairement un centième de millimètre : on a placé dans celte distance une lignée progressive, composée de globules de lait , dont les quatre derniers offrent des commeucetnens de gerpination , et les sept premiers les divers diamètres par lesquels passent les globules de lait, à mesure qu'ils se développent. Fig. 4. Boutures prudtiites par la désarticulation des tigellules et poussant de nouvelles tigel- lules sur un , deux , trois et quelquefois sur les quatre angles. Parmi ces boutures ou articles de tiges , on en voit beaucoup qui ne végètent point encore et dont un certain nombre peuvent être des globules de lait allongés ou ovalisés , mélangés avec des globules de toutes grosseurs. — a, a, a. Globules de lait qui n'ont point encore germé. — a', n\ a' Deux globules de lait commençant à germer. — ^ , ^, ^. Articles ou mérithalles de tigellules désarticulées qui, comme boutures , ne poussent point encore. Dans le milieu de la masse , on distingue deux boutures dont les tigellules , portent sur l'un des angles. — c^ c, c. Boutures, dont un seul des angles a poussé une tigullulc (ubuleuse et articulée. — c' Deux articles encore réunis et poussant, par les deux mêmes angles extérieurs , chacun une tigellule non encore articulée. c", c'', c", c". Boutures se développant inégalement par deux angles à-la-fois , tantôt du même côté et tantôt diagonalement. — (■'". P.epro'luclion, par bouture, fort avanrée, et dont les deux pousses très longues sont articulées et rameuses. — d. Un article poussant sur les quatre angles à-la- fois des ligel'ules très articulées et dont une ne l'ait (pie roniineiiccr. Je n'ai vu qu'un individu ayant i!évclopj)é (junlif liLcIlulcs. Fig. ■;. Celle masse repr('scnte tout ce (pie l'on trouve dans le lait de beurre observé au niicroscupu, — c Très ptlits glubulcj di- lait de dianiùlres diflérens , qui n'ont point fouriii 36a TURPiN, — Sur les globules du lait. de beurre, ^-b. Gros globule oléagineux échappé à l'action destructive de la baratte, -^c. Gros globule ol(«gineux déchiré et ayant lâché son liuile bulyreuse et ses globulins intérieurs. — ail a pour objet l'établissement de trois genres sur trois espèces nouvelles qui en deviennent les types , et la description de trois espèces , nouvelles aussi , mais qui appartiennent à d\^ genres connus. I 368 JOURDAX. — Mammifères nouveaux. Le premier de ces genres est présenté sous le nom d'HiÎTE- rope; il appartient à la famille des Ranguroos, et se distingue comme son nom l'indique, de toutes les autres espèces de ce groupe, p^r des jambes et des tarses postérieurs beaucoup plus courts et plus trapus que les leurs. De plus, l'ongle du grand doigt ou du troisième , fort grand chez les Ranguroos , et qui est pour eux une arme assez forte , dépasse à peine la partie charnue sur laquelle il s'appuie chez l'IIétérope , et semble ne devoir être pour lui d'aucune utilité particulière. Privé de ca- nines comme les Ranguroos proprement dits, l'Hétérope se rap- proche par là plus du groupe que forment ces animaux, que des Potoroos qui sont pourvus de ces dents ; mais la brièveté de ses membres postérieurs le rapproche un peu davantage de ceux-ci que des autres. Ainsi , à ces différens égards , l'Hétérope se pla- cerait entre ces deux groupes principaux en se rapprochant ce- pendant davantage des seconds que des premiers. L'espèce qui a présenté ces caractères et qui vient de la Nou- velle-Galles du Sud , se caractérise par un pelage gris-brun , des membres et la queue noirs ,et une tache blanche sous la gorge; de là le nom spécifique Alhogularis , que lui donne M. Jourdan, Sa taille est à-peu-près celle du renard commun, (i) (t) « Les Kangouroos héUTopes, dit M. Jourdan, «e distinguent des Kangouroos proprement dits et des Halmntiires , par l'absence des caractères suivans communs à ces deux groupes, d'avoir des jambes et des tarses postérieurs très allongés, un troisième doigt dépassant de beau- couples autres et emboîté par un ongle long et fort. Dans notre nouvelle espèce, les jambes sont médiocrement longues; les tarses sont courts et épais , couverts de poils touffus , et leur sur- face plantaire, largeraenl dénudée, présente un grand nombre de papilles aplaties, noires et cornées ; le troisième et le quatrième orteil ne sont point emboîtés par les ongles, qui sont petits , courts , obtus et légèrement courbés. On dirait des ongles de chien. Lie genre Hétérope a le système dentaire des Halmalures. « L'Hétérope à gorge blanche , Heleropus alboguîaris , a la surface palmaire de» membres antérieurs rugueuse ,j ce qui annonce qu'ils doivent souvent reposer sur le sol: Ja queue est d'un égal développement à sa base et à son sommet ; elle est forte et couverte de poils durs. Le pelage est laineux, excepté à l'extrémité des membres. Tête marquée d'une ligne bruoe longi- tudinale; joues blanchâtres; oreilles noires en dehors , jaunes en dedans; gorge blanche j poi- trine et ventre roux ; cou et partie supérieure du dos gris ; fesses d'un fauve rougeâtre ; exlré- mité des membres et queue d'un brun foncé : cette dernière terminée de blanc. Longueur totale du museau au sommet de la queue, i">et-,3o; membres antérieurs, lacent. ; membres posté- • rieurs , So""». ; tronc, Go""'- ; queue , 56«n'- ; tarses, S'^^"^- ; tète osseuse , ncent.. L'hétérope à gorge blanche nous est venu des montagnes qui sont au sud-ouest de Sidney. On dit qu'il marche plutôt qu'il ne saute. » {Extrait du mémoire de M. Jouruan, K. ) JOURDAIN. — Mammifères nouveaux. 3Gq Le genre Acérodon appartient à la famille des Roussettes ou Chéiroptères frugivores , et ne se distingue des Roussettes pro- prement dites , que par des molaires inférieures à trois collines et par des molaires supérieures à collines tuberculeuses, dans lesquelles cependant se montre avec évidence le type caracté- ristique des molaires de cette famille. Les formes mêmes de la tête rappellent celles qui sont essentiellement propres aux têtes des espèces du genre ou du sous-genre Roussette, et, comme ces Roussettes encore , l'Acérodon a quatre incisives à l'une et à l'autre mâchoire. La considération de ces tubercules caractéristiques des mo- laires de l'Acérodon , pourrait faire penser qu'il existe entre ces molaires et celles des Chauve-Souris, des rapports de structure propres à fonder entreles deux familles de Chéiroptèresun rappro- chement beaucoup plus intime que celui qui existait avant que l'espèce fût connue. Quant à nous, nous ne pensons point que'ces modifications aient en rien changé la nature des dents de l'Acé- rodon, et puissent même exercer une influence très sensible sur les mœurs de cet animal. Le système dentaire de la famille des Roussettes et celui de la famille des Chauve-Souris, sont diffé- rens dans leur essence de forme ; chacun d'eux peut se présen- ter avec des modifications plus ou moins profondes; mais , tant que ce qui est essentiel à leurs formes dominera, 'les Roussettes ne seront pas des Chauve-Souris, ni les Chauve-Souris des Rous- settes. Or, l'Acérodon appartient encore exclusivement, sous ce rapport, à cette dernière famille. C'est pour n'avoir pas reconnu la distinction des formes principales et des formes accessoires dans les dents , qu'on a proposé , par la considération de ces organes , des rapprochemens si insolites entre certains mammi- fères. Les rapports de l'Acérodon et des Roussettes se retrouvent même jusque dans la distribution des couleurs, qui sont brunes, avec une tache plus pâle ou plus brillante sur le cou. UAcéro- don de Mejen a la taille des plus grandes espèces de ce genre : il est originaire des Philippines , et si M. Meyen l'a décrit sous le nom de Pyrocéphalus , il ne l'a point fait de manière à ce Virr 7,001. — Drrembre. a4 Syo JOURDAN. — Mammifères 7ioui>eaux. qu'on en puisse reconnaître les caractères principaux. D'ailleurs il ne l'a donné que comme une simple Pioussette. Le genre Néi.omys a pour type une espèce de rongeur origi- naire du Brésil, à laquelle M. Jourdan réunit l'Echimys huppé; ces deux espèces se ressemblant par des oreilles arrondies peu développées, une quetae velue, des tarses courts, des membres trapus et une forme générale assez lourde. Cette réunion suffirait pour indiquer les raj)ports des Néloniys avec les Echimys, l'E- chimys huppé étant le type de dernier genre , si , en effet, les Echimys formaient un genre naturel. Depuis long-temps l'un de nous avait signalé la construction irrégulière de ce genre Echymis, et la nécessité de ramener les espèces qui le composent à leurs véritables rapports. M. Jourdan propose , pour arriver à ce but , de séparer des Echimys qui , comme l'Echimys huppé , auraient les caractères des Nélorays, les espèces distinguées de ceux-ci par de grandes oreilles, une queue écailleuse et nue, des tarses allongés et une forme géné- rale élancée. C'est pour ces dernières espèces qu'il réserve le nom générique d'Echymis , et il donne pour type de ce genre l'Echi- mys de Cayenne. Nous regrettons que M. Jourdan n'ait pas complété son travail, en nous indiquant les modifications orga- niques sur lesquelles il fonde véritablement l'un et l'autre de ces genres; car une conque externe de l'oreille un peu plus ou un peu moins grande, des tarses un peu plus ou un peu moins longs, une queue un peu plus ou un peu moins velue, ne peuvent être que des signes extérieurs de leurs véritables carac- tères. Il nous donne bien quelques-uns de ces caractères pour les Nélomys, qui ont quatre molaires à racines et à couronnes composées de chaque coté de l'une et de l'autre mâchoire , et cinq doigts à chaque pied , les pouces excessivement courts ; mais il ne le fait point pour les Echimys, ce qui laisse beaucoup de vague et d'incertitude sur la véritable nature de ces derniers, relativement aux autres ; en effet , de ce qu'ils diffèrent un peu des Nélomys par les oreilles, les tarses et la queue, ce n'est point une raison pour qu'il en soit de même par les organes plus importans et véritablement caractéristiques des genres. Nous pouyons dire cependant que l'Echymis huppé, qui a une queue jonw, — ' Mammifères nouveaux. 871 velue, des tarses courts, etc. , comme le Nélomys, a aussi des molaires semblables aux siennes, et que l'Echimys dactylin ,qui a une queue nue et écailleuse,a des dents fort différentes pour la forme, de celles des Nélomys; mais nous ignorons si elles ressemblent à celles de l'Echimys de Cayenne. Ces simples indi- cations , au reste, seraient loin de suffire pour établir les rap- ports des neuf à dix espèces de rongeurs qui, à la suite des ob- servations dn notre confrère M. Geoffroy Saint- Hilaire et de M. Lichtenst< in , de Berlin , ont été réunies dans le genre que le premier a nommé Echimys , et le second , d'après Illiger, Lon- chères. Quoi qu'il en soit , les Echimys et les Nélomys ont entre eux des rapports intimes , et c'est dans le groupe naturel qu'ils forment , que viennent se ranger le (^ercomys et les Agoutis, autres rongeurs de l'Amérique du Sud. L'espèce sur laquelle M. Jourdan a fondé son genre Nélomys, et[qu'il nomme ISélomys de Blainville, grande comme un cochon d'Inde est fauve en dessus, blanche en -:îessous, et sa queue est noirâtre; plusieurs des poils de sa croupe sont épineux. Elle ne paraît pas en effet avoir encore été décrite, (i) . Les trois espèces nouvelles que M. Jourdan fait connaître consistent en un Kanguroo proprement dii, qu'il novamelrma (2), (i) •• La nouvelle 2s)iR(!e,le iNé1on)ysder>lainvi!le(A'(7<:)TOri lilaim-Uil), dit M. Jourdan, a vingt dénis, quatre incisives cl htiil luolaires/présentaulà la mâchoire supérieure quatre collines trans- versales , et à l'inférieure un double V tourné eu dedans et coudé en arrière. Crâne long avec un ùulia ossea irèi développé. Oreilles courtes et ar-oudies, queue velue; membres forts et trap- pus ; cinq doifjts à chaque pied, pouces rudimentaires ; moustaches noires, nombreuses et longues ; poils de deux natures, les uns sous leur forme ordinaire, les autres sous celle de piquans. Tète , cou , parties supérieures du corps et externes des membres roux doré; bouche, gorge , poitrine, ventre et face interne des membres, blanci ; queue brune, pieds d'un gris- roux. Longueur générale, 45 centimètres; du museau à l'origine de la queue, 2 5«n<-, de la queue , ao""'-. Le Nélomys de Blainville a été tué dans une petite île sur les côtes du Brésil , près de Bahia. On dit qu'il se creuse des galeries. » {Mémoire de M. Jourdan.) R; ■■'... (2) " La forme générale de ce nouvel Halmadure est d'une élégance remarquable j son corps élancé , ses membres fins et délicats , sa queue surmontée d'une crête de poils et terminée de blanc; ses oreilles blanches cl noires , la forme de sa tète , tout contribue à lui donner une beauté particulière. Se» caractères sont : tùtc grise supérieurement ; joues et lèvres d'un blanc jaunâtre- tache nuirt: .sous le menton; lace exlenic des oreilles, brune en avant, blanchâtre en arrière ,- lace interne jaune dans les deux tiers inférieurs , noire dans son tiers supérieur une tache brune entre les deux oieilh's, se proloni^eaiit un j>i;u sur le cou ; |)oitriue, cou; Oaucs , face externe des uiendircs , jaune-faiive clair; carpes et tarses jaunes j doigts cl orl a't. 372 JOUBDAN. — Mammifères noui^eai/x. en un Hydromis, qu'il désigne par le nom de Fulvo-P^ enter {i) , et en un carnassier qu'il regarde comme un Paradoxure , auquel il donne le nom àe Philippensis [1). Nous n'avons aucune espèce d'observation à faire sur les deux premières espèces; elles diffèrent en effet, par les teintes et les couleurs de quelques-unes de leurs parties, des espèces de leur genre qui, jusqu'à présent, ont été décrites. Quant au carnassier, il serait assez difficile de dire si, en effet, il appartient à ce genre Paradoxure, qni menace de devenir ce qu'était avant les tiavaux modernes, le genre Viverra de Lin- nspus, c'est-à-dire le genre le plus hétérogène de toute la masto- logie, celui où venaient se réunir tous les carnassiers de moyenne taille, dont on n'avait pas su apprécier la nature; et il faut con- venir que Linnopus lui-même, en le formant, avait don né l'exemple de cette confusion, sans, cependant, tomber dans l'excès de ses successeurs, les Gmelin , les Erxleben, etc. Car, un genre, dans lequel se trouvent réunis, comme dans ce genre Viverra de la treizième et dernière édition du Systerna Naturœ, les Ichneu- mons aux Coatis , ceux-ci aux Moufettes , et les Moufettes aux Civettes et aux Genettes , est un genre artificiel, que tous les naturalistes depuis se sont appliqués à rectifier. En effet, si tous s'accordent aujourd'hui à rapprocher, mais dans des groupes distincts, les Ichueumons, les Civettes , les Genettes, tous s'ac- cordent aussi, non-seulement à en séparer les Coatis et les Moufettes, mais même à éloigner considérablement ceux-ci l'un de l'autre , et des f^iverra proprement dits. C'est à ce dernier bruns et noirs; la queue est grise dans sa plus grande étendue , noirâtre vers son sommet, qui se termine par des poils blancs. Elle a une double crête de poils ; la plus longue est celle de son côté supérieur; Longueur totale, iniet.^35 j du museau à l'origine de la queue, 72««'>'-. La queue , 63<«n'i ; membres antérieurs, iicent.j membres postérieurs, 45"nt- ; oreilles. S""'. L'halmature irma habite les bords de la rivière des Cygnes, sur les côles de Leuwin (Austra- lasie.) ( JotJRDAN, /oc. aV. ) R. (i) Tous les caractères des hydromys ; seulement le ventre fauve et le dos plus noirâtre: habite les bords de la rivière des Cygnes. (Âustralasie.) (Jookua» , loc. cit.) R. ( a ) Denis à tubercule» plus mousses que dans le paradoxure type. Au lieu d'avoir des bandes sur les [flancs et le dos; il est marqueté d'un grand nombre de petites taches fauves et blan- châtres; pieds bruQS. Habite les îles Philippines, Luçonet Mind9nao.(JovBi)Aif, loc,tit.) R« JouRDAN. — Mammifères nouveaux. ^'j'5 groupe, où se réunissent les Civettes, et beaucoup d'autres carnassiers encore, qu'appartient celui des Paradoxures ; mais ce groupe générique, formé d'abord du plus petit nombre d'es- pèces, et d'une principalement, le Paradoxure type, dont la nature, jusque-là, avait été tout-à-fait méconnue, s'est vu enri- chir en peu de temps par douze à quinze autres espèces de petits carnassiers tout-à-fait inconnus auparavant et dont on n'a pas toujours eu soin de décrire les caractères avec assez de détailspour qu'on puisse déterminer leurs vrais rapports ; de sorte qu'aujour- d'hui il pourrait arriver pour ce genre ce qui est arrivé pour le genre Viverra de Linnœus ; que les caractères sur lesquels il avait d'abord été fondé ne convinssent plus à toutes les espèces qui le composent aujourd'hui, et qu'il fallût lui en assigner de nouveaux, sinon, le diviser. Quoi qu'il en soit, le Paradoxure des Philippines qui nous occupe en ce moment, réunit quel- ques-uns des caractères propres à ce genre; M. Jourdan assure qu'il en a les dents et les doigts. Nous avons bien pu reconnaître sur une peau desséchée que cet animal a en effet une marche plantigrade et des ongles acérés; mais nous n'en avons vu ni les dents , ni aucune autre partie , et la queue était à moitié détruite. Quant aux couleurs, elles ne nous ont paru se rapporter, en effet, à aucune des espèces publiées jusqu'à ce jour. Tel est le contenu du mémoire de M. Jourdan. Nous n'exami- nerons point en critique 1^ foi mation de ses genres ni celles de ses espèces; cet examen nous conduirait sur la formation des genres et des espèces en général , à une discussion d'autant plus déplacée que notre objet principal doit être le mémoire dont nous ren- dons compte ; sur ces hautes questions, les principes généraux ne donnent la solution d'aucune difficulté, et les principes par- ticuliers, les seuls dignes d'intérêt, paraissent être encore un sujet de controverse que nous ne pourrions aborder convenable- ment ici. Peu importent, au reste, ces principes dans le cas par- ticulier qui nousoccupe. Ce qui doit surtout fixer note attention, ce sont les observations de M. Jourdan; elles ont un caractère de nouveauté et d'exactitude que personne ne pourra leur refuser. La science les recueillera, chacun en fera son profit suivant ses propres vues, et si, par la suite, on est tenté d'en tirer d'autres $74 EHRENBERG. — ■ Infusoires siliceuses. résultats que ceux qu'il en a tirés lui-même, on ne pourra, du moins, lui refuser cette justice que, sans elles, ces résultats nou- veaux n'auraient probablement pas été obtenus. Nous concluons donc par demander que M. Jonrdan soit in- vité à continuer de recueillir'ses observations et d'en faire part à l'Académie. Note sur les masses que forment les infusoires siliceuses actuel- lement vivantes, et sur un nouveau conglomérat de tripoli trouvé à Jastraba en Hongrie (Lue à l'Acad. des Se. de Berlin le 29 juillet 1837.) Par M. Ehrenberg. (Extrait.) Le liipoli de Jastiaba est crayeux, blanc, corapacte, non feuilleté. En l'examinant au microscope, on voit qu'il se compose de dix espèces différentes d'Infusoires mêlés avec des aiguilles d'époijgcs. Sur ce nombre, il y eu a huit encore existantes dans les eaux douces, savoir: deux appartenant au genre N^auiculaÇN. vlridis t\.N. fiilva), une au genre Eunotia ( E. Tf^estermanni),àe\ix au genre Gallionella (G. va- rianselG. dis tans) ^ et trois au genre Cocconéma (C crnibi/orme, C. Cistula, C. gibbiini). Il faut remarquer que l'une des espèces de Gallionella ( G. disians) est la même qui forme la roche de Bilin, et qui, vraisemblablement, est encore vivante. Les deux autres espèces , Bacillaria hungarica et FragiUaria gibha , sont nouvelles et n'ont point encore été observées à l'état vivant. Il suit de là que ce tripoli de Hongrie a la plus grande ressemblance avec celui de Cassel, puisque, sur onze des parties dont il se compose, huit lui sont communes avec ce dernier. La découverte de ces nouvelles formes porte à 97 le nombre des organismes fossiles microscopiques actuellement connus. Dansée nombre, 25 appartiennent aux silex pyromaques de la craie , et les autres à des formations plus récentes. En tout, on a observé 79 Infusoires, 2 Polyfhalamies et 16 plantes. Les orga- nismes supérieurs , tels que les Flustres, les Eschares^ les Oursins, les Poissons, les feuilles de plantes, etc., ne sont pas pris ici en considération, parce que, comme ils ne se présentent que rarement, ils ne jouent qu'un rôle subordonné, et n'ont été enveloppés qu'accidentellement. Les Infusoires appartiennent à i5 genres EHRENBERG. — liifusoires sHiceuscs. 875 difierens, dont j3 sont du monde actuel, el 2 ioconnus. Sur les 79 espèces qu'ils compienoent, 71 ont une carapace siliceuse naturelle, de même que les Limaçons ont une coquille calcaire, et ne sont point silicifîés. De hui» espèces seulement, on ne saurait dire avec assurance qu'elles n'aient pas été simplement englobées dans la masse siliceuse comme les Poissons, les Oursins et les Algues. Il résulte de l'ensemble des faits, que maintenant on ne peut plus prétendre avec certi- tude, ni même avec vraisemblance que toutes les Infusoires fossiles sont des espèces encore vivantes actuellement, puisque dans le nombre il n'y en a guère que la moitié qui appartienne réellement au monde actuel. Les Polythalamies (^Bhizopodes Dujardin) ne sont vraisemblablement pas des Infusoires , puisque toutes portent une coquille calcaire, ce qu'on n'observe jamais chez les Infusoires, et que leur structure ne les en rapproche pas non plus. Les Xanthidies des silex pyromaquesne sont pas des œufs de Cristatelles, puisqu'ils sont globuleux et non lenticulaires, qu'ils se présentent pêle-mêle avec des Infusoires bien constatées, qu'ils sont beaucoup plus petits, et que souvent ils se montrent doubles en se divisant eux-njêmes. C'est avec les œufs de VHydra vulgarisy nouvellement observés par l'auteur, qu'ils ont le plus d'analogie; mais ce n'est là qu'une ressemblance et point une identité. On a cherché à expliquer ce qu'il y a de frappant dans l'existence de ces masses fossiles, qui forment une couche de i4 pieds d'épaisseur, en se livrant à une suite de recherches sur celles qui prennent naissance par l'entassement des espèces vivantes. Dès l'année i836, M. Ehrenberg avait mis sous les yeux de l'Académie plusieurs onces d'une masse terreuse qu'il avait préparée av«c les coquilles siliceuses des Infusoires appartenant aux eaux des salines. Dernièrement, il a réussi à trouver un plus grand atelier de la nature pour la fabrication du tripoli. Les Infusoires siliceuses forment dans les eaux stagnantes , pendant les temps chauds, une couche vaseuse de l'épaisseur de la main. Quoique plus de cent millions de ces animalcules pèsent à peine un grain, on a cependant pu, dans l'espace d'une demi-heure, en rassembler près d'une livre , et dans le mois de juin il eût été possible d'en recueillir , en peu d'heures , 26 à 5o livres dans la ménagerie de Berlin. Ainsi, on ne devrait plus se demander comment il est pos- sible qu'il y ait des roches entières d'Infusoires; il faudrait plutôt élever cette question : où vont se perdre les quantités innombrables et les masses des ani- maux microscopiques de la silice qui vivent actuellement, et qui dans un grand nombrede fossés et de marais, devraient donner lieu à d'épaisses couches de terre siliceuse. Plusieurs botanistes considèrent encore comme des plantcslcs animalcules de la famille des Bacillariéesqui constituent ces masses ; mais M. Ehrenberg annonce avoir rais hors de doute leur animalité en rendant visible leur nutritionau moyen de solutions colorées. Chez les NaviculagraciUs, amphisbœna, viridala,falva, NitzKcJiii, lanceolata cl capitula, par conséquent dans sept espèces, 4 à 20 pe- tites cellules stomacales se remplirent d'indigo. Il en fut de même chez le Goin- S'](^ J. F. BRAWDT. — Myriapodes. pho7iema iruncatum, le Cocconemu Cistula, \ Arthrodesmus quadricaudatus et le Closterium acerosum. Daus ses dernières expcriciiccs , M. Ehrenberg a remarqué que les Infusoires .siliceuses vivantes forment uue sorte de terreau, et qu'elles oat besoia d'une si petite quantité d'eau pour vivre qu'une pareille terre, devenue cassante après être restée quinze jours à sec, contenait encore suffisamment d'humidité pour qu'un grand nombre d'animalcules, dès qu'ils étaient transportés dans une goutte d'eau, montrassent encore des traces de vie, et se traînassent çà et là avec agi- lité. Après, uue dessiccation complète, ils moururent et ne revinrent plus à la "vie. ( Institut , n" 224. ) Note sur un ordre nouveau de la classe des Myriapodes et sur Rétablissement des sections de cette classe d'animaux en gé- néral y Par M. J. F. Brandt. Il y a déjà quelques années que j'ai eu l'honneur de mentionner, dans un rap- port fait à l'Académie , un genre nouveau de Myriapodes très singulier, sous le nom de Polyzonium , genre que je proposai alors, à cause de la conformation des anneaux du corps , comme type de la seconde division de la famille de Glome- ridia ou Pentazonia créée récemment par moi. Mais des recherches suivies et encore plus exactes sur la structure de la bouche m'ont porté à croire que les Polyzonies ne peuvent point prendre des substances dures , parce qu'ils manquent d'oiganes propres à triturer les alimens, mais qu'ils se nourrissent plutôt de sub- stances liquides, qu'ils avalent en suçant. Durant mon dernier séjour à Berlin, l'obligeance de M. Klug me fournit loccasiou d'examiner le Muséum royal si riche en Myriapodes. J'y trouvai deux espèces en général très voisines du genre Polyzonium par la conformation du corps, mais dans lesquelles les parues de la bouche, encore beaucoup plus pro- noncées comme organes propres à sucer, contribuèrent à me confirmer positive- ment l'existence des Myriapodes suceurs. Il résulte de ma découverte que la division des Myriapodes proposée par Latreille et déjà modifiée par moi doit être changée de nouveau; car l'absence ou l'évolution d'un appareil masticatoire est d'une .si haute importance pour la physiologie des animaux , qu'il doit être un des premiers principes^^de classification , principe déjà depuis long-temps ob- servé avec soin par les naturalistes dans la détermination des ordres des animaux j. F. BRANDT. — Myriapodes. 377 Hexapodes où Insectes proprement dits. Envisagés sous ce rapport, les Folyzonia ne peuvent plus former une section des GLilognathes, mais plutôt constituer un ordre tout-à-fait particulier. Je crois donc nécessaire de partager les Myriapodes en ordres et sections ainsi qu'il suit. I. PREMIER ORDRE. Myriapoda mauducantia ou Gnathogena. Nob. II. SECOND ORDRE. Myriapoda sugentia ou Siphonizantia. Nob. I. PREMIER ORDRE. Gnathogena. Cet ordre, qui repond aux Myriapodes de Latreille, peut se subdiviser selon ce célèbre entomologiste en deux sections ou sous 'ordres, appelés par loi familles , A. Chilopoda. B. Chilognatha. Les Cbilognatbes offrent , pour la structure des anneaux du corps , trois types très différeos, types que j'ai découverts il y a six ans, et qui sont indiqués dans le Tome vi du Bulletin des naturalistes de Moscou, comme familles parti- culières. Les noms de ces types sont: a. Familia Monozonia ou Polydesmala. b. Familia Trizonia ou Julidea. » c. Familia Pentazonia ou Glomeridia. II. SECOND ORDRE. Sip honizant ia. M^ndibulae et maxillée, nec non labia in proboscidcra plus minusvecvolutam coalita. Corpus valdù clongatuin, angustuui. Corpoiis média cingula singuh, ut in Pcntazoniis, c partibus quinque composita. Les trois espèces d'animaux encore inédits, qui, selon mes recherches, com- posent cet ordre, doivent constituer les types de trois genres très distincts, et que l'on peut distribuer , selon la présence ou l'absence des yeux, en deux sections, Ommatophora et Typhlogena. 3^8 J. F. BRANDT. -^ Myriapodes. I. SECTION. Ommatophura. Oculiparvi simplices iu fronte iiiter antennas conspicui. 1. Genre Polyzonium Nob. ? Genus Polyzonium Brandt. Isis i834. p. 7o4. Oculi quatuor, quorum bini approximati. Capitis inferioris faciei pars labio inferiori analoga appendice palpiformi quovis latere aucta. Rostrum anlennisfere duplo brevius, aciitum. Antennae geniculatae. Species Polyzonium germanicum. Nob. Habite l'Allemagne. 8. Genre. Siphonotus. Nob. Oculi duo dislincti. Appendix palpiformis nuUa. Rostrum elongatum, apice obtusiuscuium, antennis longitudine ferè œquale. Antennae subrecta;, clavatae. Species Siphonotus brasiliensis. Nob. Vit au Brésil. II. SECTION. l^yphlogena» Oculi nulli. 1. Genre Siphonora. Nob. Caput parvum, angustum. Rostrum acutissimura , tenuissimum, elongatum, subulatum, subdeflexum, antennas subaequaus. Antennae satis elongatic, subcur- vatse. Appendix palpiformis nulla. Species Siphonora portoricensis Nob. De l'île de Porto-Rico. (^Bulletin de l'Académie de Saint-Pétersbourg , T. i n° 23.) DENIS BEUDANT. — Composition du sang. ^79 Recherches sur la composition du sang à Vétat sain et à l'état pathologique. (Extrait d'une lettre de M. Denfs Beudant à M. Dumas. ) ... Je crois, relativement au sang saiu, être arrivé à prouver, entre autres choses : 1° que l'albumine et la fibrine ne sont qu'une seule et même substance, et que l'albumine n'est liquide qu'en raison de la combinaison qu'elle a contrac- tée avec un mélange salin de i3 parties de sels neutres solubles dans l'eau, et d'une partie de soude contenues dans le sang. Aussi, peut-on faire à volonté artificiellement du sérum ou du blanc d'œuf avec de la fibrine et un solutum des mêmes sels additionnés de soude 2° Que les corpuscules centraux des globules colorés du sang sont formes d'albumine solide ou fibrine , ce que je démontre eu la séparant avec facilité , sous l'aspect feutré de cette substance. 3° Que le sang sain renferme toujours la substance jaune biliaire qu'on a rencontrée constamment aussi dans le sang et les tissus des ictériques. 4° Que le sérum a constamment une composition identique cbez tous les indi- vidus bien portaos ; qu'il en est de même des globules, et que les diverses espèces de sang ne diffèrent entre elles que par la proportion de ces deux parties. 5° Que les substances immédiates groupées dans la composition du sérum et des globules, s'y trouvent en proportions numériques très simples. Ainsi le sérum étant 1000, les sels sont 10 ; les matières grasses neutres jointes aux corps colo- rans jaune et bleu, 20 ; l'albumine 80; et l'ensemble de ces substances solides relativement à l'eau , laquelle est goo, forme un total de 100. Pour le sang malade , en me basant sur mes analyses comparatives avec le sang sain, je crois être parvenu à déterminer : 1" Que le sang coueniieux ne diffère du sang ordinaire que par une diminu- tion de chlorure de sodium et une augmentation de soude, ou par une perte de chlore. 3° Que le sang grumeleux, couleur lie de vin, qu'on a remarqué quelquefois 4ans le corps des sujets qui ont succombé à certaines maladies violentes , est en- core ce sang couenneux porté au dernier point, ou privé de chlorure de sodium, et, au contraire, très alcalin, ou entièrement privé de chlore. 3o Que le sang incoagulable , observé aussi quelquefois, tient à un excès des sels naturels de celte humeur. J'ai recueilli deux observations dans 1 une desquelles le sang f'tait ammoniacal, et dans l'autre, surchargé de chlorure de sodium. Le premier provenait d'un sujet atteint de fièvre typhoïde , le second , d'un malade affecté d'une espèce de scorbut. 4° Que le sang des ictériques n'est que le sang ordinaire dans lequel la substance jaunâtre biliaire qui lui est naturelle, et formée parle foie opérant sur un pro- duit liquide venant du canal alimentaire cl de la rate, se trouve accidentellement augmentée de quantité. (^Académie des Sciences , séance du 26 décembre,) TAiBLE DES MATIERES CONTBNDES DANS CE VOLUME. PHYSIOLOGIE. Troisième mémoire sur le Mécanisme de la rumination. Expériences touchant Taction de l'émétique (fartrate de potasse et d'antimoine) , sur les animaux ruminans, par M. Flourens 5o Sur la Spécialité des nerfs des sens , par M. Pelletan (extrait). ... 64 De la présence de l'oxigène , de l'azote et de l'acide carbonique dans le sang, et sur la théorie de la respiration , par G. Magnus 7g Note surJeil/oKt'ewera^wtira^i/e à la surface des muqueuses, parM. Donné. 190 Recherches physico - chimiques et physiologiques sur le Torpille , par M. Matteucci jq3 Recherches sur la Génération , par M. Wagner 282 Note sur le développement d'un courant électrique , qui accompagne la contraction musculaire , par M. Prévost 3i8 Sur les Zoospermes des mammifères et sur ceux du cochon d'Inde en particulier, par M. Dujardin 29I Sur les ^oos^er/reesûfe Za car/3«j par le même 397 Expérience sur la î/oiar Aumaine , par M. Caignard-Latoitr. . . . * 3ig ^xféiitncc sar h Génération équivoque j ^a^T M. ScavTJTZ Bao Recherches microscopiques sur l'organisation et la vitalité des globules du laitj sur leur germination, leur développement et leur transformation en un végétal rameux et articulé, par M. TcRPLV 3iî8 Recherches sur la composition du sang à l'état sain et à l'état patholo- gique, par M. Denis Becdant. (Extrait.) 37g ANIMAUX VERTÉBRÉS. Essai sur les dimensions de la tête osseuse ^ considérées dans leur rapport avec l'histoire naturelle du genre humain , par M. J. Van der Hoe- vEN , D. M 116 S\n\cXmc au cerveau chez les Marsupiaux, \>dir'2i..0viEii 176 Notice sur les Mammifères épineux de Madagascar, par M. Isidore GporrHOY Saint-Hilaire (extrait). . .,......,*.,.,«. 60 Table des matières. 38 1 Notice sur les Mammifères des Antilles , par M. P. Gervais. . ,. , 60 Description de quelques animaux nouveaux ou peu connusquise trouvcut au musée de JVeufcliâtelpar M. C ttlon (extrait) , 62 Description de quelques mammifères nouveaux ou peu connus, par M. GRAY(annonce) 63 Mémoire sur un rongeur fossile des calcaires d'eau douce du centre de la France, considéré comme un type générique nouveau, le genre Theri- domjrs y par M. Jourdan (extrait) 127 Recherclies sur la structure des /nembranes de l'œuf des mammifères, par MM. Breschet et Gluge 224 Notice sur deux nouveaux geuns de mammifères carnassieri, les Ichneu- mies, du continent africain, et les Galicies, de Madagascar, par M. Isid. Geoffroy Saint-Hilaire (extrait) 24q Sur le système dentaire du Protèle , par le même 25a Noie sur la découverte de deux nouvelles espèces de Quadrumanes yosst'/cs, par MM. Falkoner et Canteley 255 îiotes\irquc\quesIklammifêresnouP'eauxdel'yîustralasie,i>aT'M.. Ogilby. 256 Rapport sur un mémoire de M. Jourdan, concernant deux nouvelles es- pèces de Mammifères de l'Inde , fàt M. de Blainville 270 Addition au rapport précédent , par le même. 270 Rapport sur un mémoire de M. Jourdan concernant quelques Mammifères nouveaux , par M. Fr. Cuvier 5gq Recherches anatomiques sur quelques genres d'Oiseaux rares ou en- core peu connus sous le rapport de l'organisation profonde, par M. Lherminier (extrait) 06 Note sar\a forme des extrémités articulaires du corps des vertébrés, par M. de Blainville (extrait) 58 Note sur deux Bulbes artériels faisant les fonctions de cœurs accessoires, qui se voient dans les artères innominées de la Chimère arctique, par M. DUVERNOY 35 MOLLUSQUES. Note sur le développement de Vembryon chez les Mollusques cépha- lopodes , par M. DuGÈs 107 Mémoire sur l'embryogénie des Mollusques gastéropodes , par M. C. Du- MOHTIER 12Û Recherches sur Y anatomie des Mollusques , comparée à l'ovologie et à l'embryogénie de l'homme et des vertébrés, par M. Serres 168 Observation sur une Argonaute fossile {c\\t3\x) 128 Mémoire sur le il/a^iVe, par M. Carus (extrait) igg ANIMAUX ARTICULéa. Notice sur les ravages causes dans quelques contons du Maçonnais par la Pyrale de la vigne , et sur les moyens qui ont été jugés les plus conveDables pour arrêter le fléau , par M. AuuouiN. . , 5 38» Table des matières. Considérations nouvelies sur les dégâts occasionés par la Pyrale de la vigne , particulièrement dans la commune d'Argenteuil , par M. Victor AuDouiN. . as Mémoire sur la tempéi ature des Insectes , considérée dans ses rapports avecla circulation et la respiration , par M. Newport (extrait). . . . I24 Note sur une difformité observée chez un Lépidoptère^ par M. Wesivl.\f.l. 191 Observations sur Wibsence des tarses dansquelijues iusectes, par M. Bruli.é. 24b" Recherches anatomiques et physiologiques sur la maladie contagieuse qui attaque les vers à soie et qu'on désigne sous le nom de Muscardine , par M. AcrnouiN 229 Nouvelles expériences sur la nature de la maladie contagieuse qui attaque ^ les vers à soie et qu'on désigne sous le nom de Muscardine^ par le même. 367 Introduction à l'entomologie, par M. Lacobdaire (annonce) : 192 Note sur un ordre nouveau de la classe des Myriapodes , et sur l'établis- sement des sections de celle classe d'animaux en général, par M. Brandt. 3jS Mémoire sur quelques points d'organisation concernant les appareils d'ali- mentation et de circulation, et l'ovaire des Squilles, par M. Duvernoy. 4i Nouvelles observations sur la zoologie et l'analomie des AnnéUdes abranches séiigères , par M. Dugès. . i5 ZOOPIIYTES. Note sur la structure microscopique des Hydatides , par M. Gluge . . 3i4 Sur Yembiyon des Entozoaires et sur les mouveraens de cet embryon dans l'œuf, par M. DujARDiN 3o3 Sur les mfusoires munis d'un double filament locomoteur, par le même. 3o5 Sur une nouvelle espèce de Groniie et sur les DiJJlugies j par le même. 3 10 Islkmoïre&nv les polypes du genre Tubutipore, i)nt M. Miene Edwards. Sai Anatome Hydrœfuscœ, exposuit A. J. Corda - . . . . 7>Ç>Z Note sur les masses que forment les infusoires siliceuses actuellement vi- vantes, et sur un nouveau conglomérat de Tripoli trouvé à Jastraba, par M. Ehrenberg , S/-* TABLE DES MATIERES PAR NOMS D'AUTEURS. AuDOTJiH. — Notice sur les ravages causés, daos le Maçonnais, par la Pyrale de la vigne 5 — Considérations nouvelles sur les dé- gâts occasionés par la Pyrale de la l'igne^ particulièrement dans la com- muDe d'Art,'enteuil 65 -^- Recherches anatomiques et physio- logiques sur la maladie contagieuse qui attaque les vers à soie , et qu'on désigne sons le nom de Muscardine. aag — Nouvelles expériences sur la nature de la maladie contagieuse qui attaque les vers à soie et qu'on désigne sous le nom de Muscardine aS^ Blairville. — Sur la forme des extré- mités articulaires du corps des Per— tébrés (extrait) 58 — Rapportsurun mémoiredeM Jour- dan , concernant deux nouvelles es- pèces de mammifères de l'Inde. . . 270 — Addition au rapport précédent . . 379 Brandt. — Sur un ordre nouveau de Myriapodes , etc 000 Brescbet et Gluge. — Recherches sur la structure des membranes de l'œuf des mammifères 2a4 Brdllé. — Observation sur l'absence des tarses dans quelques insectes. . 246 Cagkiard-Latour. — Expériences sur la voix humaine Siy Carus. — Sut \e Magile i8f5 Corda. — Anatome Hvdra^ fuscas. . , . 363 CouLON. — Animaux nouveaux ou peu connus qui se trouvent au musée de Neufchâtel (extrait) 62 Cuvier ( Frédéric). — Rapport sur un mémoire de M. Joiirdan concernant quelques mammifères nouveaux . . 367 Deris. — Recherches sur la composi- tion du sang. ( Extrait. ) 379 DuMnÉ. — Mémoire sur le lail (extrait). 63 — Noie sur le mouvement •vibratoire ii la surface des muqueuses (l'xirait). . 190 Dl'gks. — Nouvelles observations sur la zcologie et l'anatumie des Anne- lidcs ahranches séligères, . . . i5 — Sur le développement de l'embryon chez les Mollusques céphalopodes , , 107 DnjARDiN. — Sur les Zoospermes des mammifères et sur ceux du cochon d'Inde en particulier 201 — Sur les /îooi/jer/n« de la carpe . . 397 — Sur Yemhrjon des Enlozoaires et sur les mouvemens de cet embryon dans l'œuf 3o3 — Sur les infusoires munis d'un double filament locomoteur 3o5 — Sur une nouvelle espèce de Gromia et sur les Difflugies 3 10 DuMORTiER, — Mémoire sur l'embryo- génie des Mollusques gastéropodes. 129 DnvERKOY. — Note sur deux bulbes, faisant les fonctions de cœurs acces- soires, qui se voient dans les arlères innominées de la Cldmère arctique. 35 — Mémoire sur les appareils d'alimen- tation et de circulation^ et sur l'ovaire des Squilles z j EuwARDS (Milne). — Mémoire sur les polypes du genre TubuUpore . . . 321 Ehrenberg. — Sur les masses que for- ment les infusoires siliceuses actuel- lement vivantes, et sur le tripoli de Jastraba 000 Fax-koner et Cautley.— Note sur la dé- couverte de deux nouvelles espèces de Quadrumanes fossiles 255 Flourens. — Troisième mémoire sur la Rumination, . . , 5o Geoffroy Saint-Hilaihe (Isidore). Sur les Mammifères épineux de Ma- dagascar (extrait) 6q — Notice sur deux nouveaux genres de mammifères carnassiers, les Iciineu- mies, du continent africain, et les r;a/(t(«, de Madagascar (extrait). , 249 — Sur le -ystème dentaire du Prolèle. 25a Gervais. — Note sur les Mammifères des Antilles g^ Gluge , voyez Bkeschet. — Note sur la structure microscopique des llydatidts . » 3j# Gray. — .Mammifères nouveaux (an- """C") 63 Jour dan, — Sur le Theridomys , ron- geur fossile des calcaires d'eau douce de la France cctilralc (e.\trait), , , ja- 384 Table par noms d'auteurs. — Mémoire sur des Mammifères nou- veaux. ( Voyez BLÂiNviLi.à el F. CcviER ,) Lacordaire. — Intrâduction à l'Ento- mologie (annonce) iga Lbermikier. — Sur des oiseaux rares (Extrait) g6 Magncs. — De la présence de l'oxigène, de l'azote et Je l'acide carbonique dans le sang, et sur la théorie de la . respiration -g Matteucci. — Recherches physiques, chimiques et physiologiques sur la Torpille 193 Newport. — Sur la température des Insectes {e\XTa\\) xa4 OaiLBT. — Note sur quelques Mammi- fères nouveaux de l'Australasie . . 256 OwEH. — Structure du cerveau chez les Marsupiaux Pelletah. — Sur la spécialité des nerfs des sens (extrait) 64 Prévost, — Note sur le développe- 168 aaS ment d'un courant électrique qui accompagne la contraction de la fibre musculaire 3l8 ScHDLTz. — Expérience sur les géné- rations équivoques 3io Serres. — Recherches sur Vanatomie des mollusques , comparée à l'ovolo- gie el à l'embryogénie de l'homme et des verlébrés] SiSMOKUA. -^ -4r^on«H^e fossile. . . TuRPiN. — Recherches microscopiques sur les globules du lait, sur leur germination , leur développement et leur transformation en un végétal ra- meux et articulé 338 Yak der H«V£k. — Sur les dimensions de la ttte osseuse , considérées dans leurs rapports avec l'histoire natu- relle du genre humain xiO Wagner. — Recherches sur la géné- ration •x9% Wksmaei.. — Sur une difformité ott- servée chez un Lépidoptère. . . . 19^ TABLE DES PLANCHES. Planche 1. 2. 5. 4. 5. 6. 7- 8. 9- 10. II. la. i3. 14. 15. 16. 17- i3. ï9- Lombries. Anatomie de la Squille. A. Chimèl-e arctique. — B. Embryologie des Mollusques. Erabryogétiie des Mollusques. OEufs de céphalopodes. A. Structure de membranes de l'œuf. — B. Ovologie. Cerveau des Marsupiaux. A. Vivcrra carcharias. — B. Magile. Infusoires et zoospermes. Maladies des Vers à soie. Tubulipores. Globules du lait. Hydra fusca.. FIN DE LA TABLE DU HUITIÈME VOLUME. . lui: .< •• 3 -nn, v_ " y^-- ^^^ ' Y- Y .Iihi/diiiii' i/i- /,i Siiiii//c ^^\s^ , Ijin . des Sr . ntit . 2^ Sertp . Zool . Ton, . 8 /y, ,'j. A B ■S 'm \ \ili,r.i-i;iii.i- i/)< 1,1 ('liinii'li' il/u'/lill/i' Vt /./ii/n-i/oi/i-/iii' (/i:f Miillii.niiuw il V ^îi ,//(/; dej- Saenc^.fuU ■ 2^ Sérif . /on/ fom S /V ./ /'.fn/trt/OffôfUf^ f/i'.v .l/t)//ff.vf///4\r ^ ^SH Ânn-.de^f Scù*nc.na/.2*'J'frir Zoo/J'om -S.Pi.ô. 1 ,/■ Puffnt fr. ///.!• /iii/iini)i'//ii t ï iS- ♦UV'îr?- Jn/lùfoi/'f.f cl y.oo.vfirrnii'S . /û ;\sH iC) E "y E II 4 (!) F r K m ir: h nr //' l.'i'lnjli.» y"> /,>, ,//>i,i ,,1iiir / ,lnn (/fs Sctenc nul. 2^ Série . Zooi.TofH 8 Pi jz. Tnlnilinoiu's . X/: ,c-:0: •i-,...^ .-.-■'■" .Inn t/rs Se. luii 2 *: Série Zool Tom 3ri-t'^. K. ,/. Oiiinmt/ ,fr. lu II II /il. uinw -Inn .t/ej" Se. nac. 2^' Zoo/ loin S PI 24. ' «"W '--'« JlL^ t ./ Diuntvu/ j-v. 7'iiùu/i i^oros . .:i;Jo(/J Inn . dfji' Seif/ir n/rf Zoolo(/ic Tom.8. l^l . j!) îtvte (ilohu/t\f lie /m/ plus ou moifi.r a/^a/iair e/i ///'/■ /nt/iaiions. ©SlqO . o o _ 3SS>'- 6.® "ô"^ c V Xoofai/if Tom.ê- Pf iS JiUcit's de litJfidtlA^ ptfussanf sur ks a/it/hw-^ à ht monirir ifv.' />oif(urf.v ' 'M&M lu d/irt" à' çro.fi.':fi'nfenl de aSo ^i^ . /'Afi/codcr/iie du faûj .î/}fi .des i f'ro'ni 'i'urttu' tfei Zflof<»i/(t' Toni /). /'/ //>' >f/,r /r.i' i-'/{/Ar tic (ùh>('/(>ppi'f}}t'fh\ X.>,>l.>a,f Tem S fl • (^hhii/i\f -/i//r ,/.-ii.r /imi,:- ,1,- „,;n- ,■/ „„in/r,mi h-itr l'ê^êtatton (faïur fettr /^r ,•/>,/.•■ ,h ./,w/o,-/>,rn>vu- '// nvr*' /<• iffV.ri.f.re/ne/tt t&r tôo fou Pdiipil/ium glatwHni.Linft, .Iit/i lieJ- J'nenr iwl 7' St-rie ;fm>l Ton, 8.1'l r hiii/c/iir lln/tirat' /ù.irtif . ///// .de.<- Ji'tffir . /uit 2*' , itr/f . /foo/ . font . S . /Y iS . hiiiitum' /li/i/fww /axi'tft' .