^, (r:fc . ANNALES DES SCIENCES NATURELLES / IMPRIMERIE DE J. TASTU, RUE DE VAnCIRARD, N" 36. ANNALES DES SCIENCES NATURELLES, PAR MM. AUDOUIN, AD. BRONGNIART et DUMAS, COMPRENANT LA. PHYSIÇLOGIE ANIMALE ET VÉGÉTALE , l'aNATOMTE COMPARÉE DES DEUX RÈGINES, LA ZOOLOGIE, LA BOTA- BIQUE , LA MINÉRALOGIE ET LA GÉOLOGIE. TOME QUATRIEME, ACCOMPAGNÉ DE PLANCHES I N-4^ /l'.^ GOLLECTIOH çaA^ A PARIS, CHEZ BÉCHET JEUNE , I.IBKAIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE, PLACE DE l'École de me'decine , n" 4. ANNALES DES SCIENCES NATURELLES. Observations sur quelques Mollusques el Zoophytes , envisagés comme causes de la Phosphorescence de la mer; (Lues à l'Académie des Sciences de l'Institut, le 18 octobre i824') Par mm. Quot et Gaimard , Médecins de la Marine royale , Naturalistes de l'expédition de découvertes autour du monde, commandée par IM. le capitaine de Freycinet. Si la vie, considérée au sommet de la chaîne des êtres, est un spectacle merveilleux par sa complication, on n'est pas moins étonné de la simplicité qu'elle affecte dans les derniers anneaux de cette même chaîne. A ce terme , on croit saisir ses phénomènes 5 on étudie , on s'empresse , et les derniers résultats sont que , là comme ailleurs , elle est impénétrable à nos sens et se dérobe à nos moyens d'investigation. C'est dans les lieux où les phénomènes qui en faci- litent la propagation sont sans cesse renaissans , où des toriens de lumière et de chaleur pénètrent et échauffent les eaux, où l'électricité semble répandue avec profu- sion dans tous les corps , que l'on voit se développer , pour ainsi dire spontanément, des myriades d'animal- cules. Lorsque aux brises légères qui agitent la surface de la mer succède un calme parfait, il semble qu'une baguette magique anime le sein des eaux , el que leuis 'J'oMK IV. — Janvier. (6) principes constituans se réunissent, se coucrèlent pour produire la vie. Nous avons souvent contemplé ce spectacle -, il rora- pail pour nous la monotonie des calmes, et diminuait l'ennui des longues navigations. Mais personne n'ignore qu'il faut être initié à l'étude des secrets de la nature, pour apprécier ses merveilles : car ces mers animées pour l'observateur ., sont mortes et dépourvues d'intérêt pour le vulgaire qui n'y remarque que les objets les plus saillans. C'est principalement dans les détroits, à l'approclie des terres, et dans les lieux peu profonds, que les ani- malcules se reproduisent avec une admirable fécondité. Dans les Moluques, par exemple, il suffisait de puiser de l'eau dans un vase pour s'en procurer un grand nombre d'espèces. Les uns étaient allongés, cylindri- ques ; d'autres orbiculaires, aplatis; la plupart de forme ronde ; ceux-ci nageaient, tourbillonnaient avec vitesse-, ceux-là paraissaient simplement formés d'une masse gé- latineuse immobile. Quelquefois la mer était couverte de fibrilles , de filamens déliés , ou bien d'une sorte de poussière inerte en apparence , quoiqu'elle fût proba- blement organisée. Il est difficile de se faire une idée de cette fécondité ; elle égale , si elle ne surpasse pas celle qui s'opère sur la terre. Quels en sont les moyens? Ces animalcules, dépourvus d'organes perceptibles , pro- créent-ils? transmettent-ils l'existence à d'autres indi- vidus? ou bien, à ce dernier ternie de l'animalité, suf- firait-il, comme l'ont pensé quelques philosophes , de la combinaison de certains principes simples pour produire des êtres organisés? Cette opinion est aussi celle d'un célèbre naturaliste de nos jours. Nous ne faisons que l'in- ( 7) diquer sans nous y arrêter davantage , parce qu'aucune observation pi'écise ne l'a encore fait sortir du rang des hypothèses. Dans les espèces les plus simples qui afl'ectaient une forme ronde , ou ne pouvait distinguer aucun organe propre à une fonction quelconque. Ici l'irritabilité est tout 5 elle constitue à elle seule la vie, comme le dit Bonnet; et l'on est parfaitement disposé à croire, avec cet illustre penseur, que la première des fonctions, la nutrition , s'opère par toute la surface du corps. Un phénomène propre à plusieurs espèces différentes d'animaux , mais qui appartient plus spécialement aux Mollusques et aux Zoopliytes pélagiens , c'est la phos- phorescence , sur laquelle on a beaucoup écrit , et qui laisse encore un, si vaste champ aux systèmes, puisque tout est à découvrir dans la manière dont elle s'opère. Cependant, pour contribuer à éclairer cette matière, il ne faudrait pas répéter à satiété ce que l'on sait déjà , et se croire obligé , parce qu'on met le pied sur la mer pour la première fois , de renouveler des applications de physique tout-à-fail surannées , et dont ou ne parle plus depuis long-temps. Certes , nous pouvons dire avoir observé ce singulier spectacle sous tous les méridiens , puisque nous les avons tous parcourus ; nous en avons même vu des effets que personne ne cite : eh bien! nous devons avouer que nous ne sommes pas plus avancés dans la connaissance du principe producteur de la phos- phorescence , que lorsque nous commençâmes à l'exa- miner il y a dix ans. Aussi, sans aspirer à l'honneur facile d'émettre une hypothèse , nous nous contenterons d'ajouter aux faits positifs déjà connus , quelques simples rcniarquco à l'aide desquelles des observateurs plus ha- ( B ) biles dévdilerotit peut-être un jour la cause de là sur- prenante faculté que possèdent les animaux dont nous nous occupons. Nous ne sommes plus à une époque où l'on mette en doute les causes générales de la phosphorescence de la mer. Les naturalistes ont démontré qu'elle est produite par les animalcules qui pullulent dans ses eaux; qu'elle n'appartient ni au liquide, ni à l'électricité, encore moins à la putréfaction , quoique , dans cet état, certains Mol- lusques , tels que les Biphores et les Calmars , soieut susceptibles d'émettre quelques lueurs , mais toujours de peu de durée (i). Une phosphorescence active tient essentiellement à la vie ; car les Animalcules et les Mollusques chez lesquels les fonctions vitales sont ralenties, n'émettent presque plus de lumière, et elle s'éteint lorsqu'ils cessent d'exister. Ce principe lumineux est parfois inhérent à la substance dé quelques Méduses , de certains Biphores, Béroës, Py- rosomes , etc.; il la pénètre , et ces animaux ne sont pas maîtres de le rendre plus actif ou de l'allaiblir. D'autres, au contraire, chose merveilleuse ! jouissent de cette fa- culté , et modifient tellement la lueur qu'ils répandent, qu'à volonté ils l'augmentent, la diminuent, ou la font toùt-à-fait disparaître j ainsi que nous le dirons plus bas. Le calme , la chaleur , une surabondance d'électricité dans l'atmosphère , accroissent l'intensité de la phospho- rescence. La nuit la rend plus apparente , et le mouve- ment la développe. Tous ceux qui ont navigué entre les (i) Nous avons aussi remarqué cette particularité sur une Tortue «le mer vivante, à qui on avait enlevé les écailles. La superficie du Jos s'était ulcérée, et l'on y voyait la riùit plusieurs points lumineux. (9) tropiques, dans le voisinage des terres et par une petite profondeur, savent quelle brillante traînée de lumière le vaisseau laisse après lui. Ce beau spectacle a exercé la plutne de plus d'un voyageur; et chacun , en le dépei- gnant selon l'impression qu'il produisait en lui, ne l'a que trop souvent embelli encore par une narration un peu fastueuse. Quoi qu'il en soit , le développement de la phosphorescence par la collision est vraiment une chose admirable. Dans le repos , les ondes ne laissent apercevoir d'autre lumière que celle de quelques gros Mollusques; mais lorsqti'on les agite, chaque molécule animée devient lumineuse. Si , dans ces instans , les agiles Dauphins se jouent autour du navire , on les voit décrire sous les eaux des serpenteaux semblables à ceux des feux d'artiûce-, et quand ils viennent respirer l'air avec bruit, l'illusion augmente , et l'on croirait voir et entendre la déflagration d'une fusée. Nul doute que la viscosité de la mer ne soit due à cette innombrable quantité d'animaux. La plupart, que leur transparence dérobe à la vue, deviennent, à l'aide de la phosphorescence, des points lumineux qui s'atta- chent aux corps que l'on plonge dans l'eau. De-là est venue probablement l'idée que beaucoup de poissons vi- vans sont phosphoriques : il peut y en avoir sans doute, et notre intention n'est pas de le nier -, cependant il faut croire qu'ils sont rares , car nous n'en avons jamais vu. On les aperçoit très-distinctement nager quand la mer est lumineuse , et il semblerait même qu'ils contri- buent à lui donner cette apparence ; mais si on les exa- mine quand ils se tiennent en repos , il est facile de se cunvaincro qn(; la faculté de scintiller ne léui' est pas inhérente, et que l'eflét qu'ils produisent dans cette cir- ( >o ) constance, csl le même qu'on obtiendrait en agitant dans l'onde un corps inerte. Voici quelques expériences faites sur ces Animalcules 5 elles sont de peu d'importance, il est vrai , mais nous ne les donnons que pour ce qu'elles valent. En septembre ï8i^, étant dans la Méditerrauée , près des côtes de Murcie , par un calme très-profond , la mer en parut couverte dans l'espace de plusieurs lieues •, ils étaient de couleur grisâtre, et on les apercevait à quelques pieds de profondeur. Ayant rempli un seau de cette eau lumineuse , nous la gardâmes jusqu'à la nuit , où la phosphorescence commença à se montrer . en même temps que celle de la mer, mais beaucoup moins écla- tante : ce qu'il faut attribuer à l'impossibilité de renou- veler le liquide de notre vase •, car le propre de tous les Zoophytes et MolUisques est de sécréter un mucus qui les entoure et les fait périr lorsqu'ils ne nagent pas li- brement dans de grandes eaux. Quoi qu'il en soit , nous soumîmes les uns et les autres, c'est-à dire ceux de la mer et ceux que nous avions auparavant pris dans un seau , à l'action de quelques réactifs que nous avions sons les mains. D'abord nous versâmes dans le vase qui contenait ces. animaux, de l'acide sulfurique alTaibli : ils brillèrent tout-â-coup, se dessinant parfaitement en globules, et 6nirent par ne plus donner de lueur. Une nouvelle dose d'acide les fit encore reparaître 5 mais à la troisième ex- périence, ils avaient péri, et rien ne put les forcer à briller de nouveau. L'acide était-il pur, ils périssaient subitement en répandant une légère lueur. Le vinaigre et l'acide hydrochlorique produisaient le même effet 5 le dernier surtout avec beaucoup plus de force. Il est une ( 'I ) précaulîou à prendre , c'est de répaudre les acides très- doucement et de manière à toucher les parois du vase ; car de l'eau simple, versée d'une certaine hauteur, fait paraître la phospliorescence 5 et si l'on agissait ainsi avec tous les réactifs , on ne pourrait distinguer ce qui dépend de la cause mécanique , de ce qui appartient à leur action chimique , laquelle détermine une agitation très-vive parmi ces Animalcules avant de les faire périr. Ces ageus , en altérant leur substance , les rendent un peu plus visibles à l'œil nu. La phosphorescence de la mer ne se manifeste pas seulement entre les tropiques; elle a lieu aussi dans nos parages, et nous l'avons remarquée jusque par le soixantième degré de latitude sud , où elle était peu in- tense , il est vrai. L'eau saumâtre ou presque douce n'est pas non plus étrangère aux eflets de ce phéno- mène , que nous vîmes reproduits avec force dans la ri- vière de la Plata. Quelle en est la cause essentielle? quel est l'organe qui , dans les Mollusques les plus simples comme dans les plus composés , sert à transmettre ces effets à nos regards? Ce sont des questions auxquelles on ne répon- dra peut-être jamais péremptoirement. Nous nous bor- nerons à faire une remarque à cet égard 5 c'^pst qu'en étudiant ces animaux, en en maniant dos masses, notre odorat a toujours éprouvé la même sensation que pro- duit celle d'une grande quantité d'électricité accumulée sur le plateau d'une machine électrique. L'observation par laquelle nous allons terminer ce mémoire, est le fait le plus singulier que nous ayons encore vu en ce genre. ( ÏO Étant mouillés sur la petite ile Rawak, directement placée sous l'équateur, nous vîmes un soir sur l'eau des lignes d'une blancheur éclatante. En les traversant avec notre canot , nous voulûmes en enlever une partie ; mais nous ne trouvâmes qu'un fluide dont la lueur dis- parut entre nos doigts. Peu de temps après, pendant la nuit , et la mer étant calme , on vit près du navire beau- coup de ces zones blanches et fixes. En les examinant j nous reconnûmes qu'elles étaient produites par des Zoophytes d'une petitesse extrême , et qui avaient en eux un principe phosphorescent si subtil , et tellement susceptible d'expansion , qu'en nageant avec vitesse et en zig-zag , ils laissaient sur la mer des traînées éblouissantes , d'abord larges d'un pouce , qui allaient ensuite jusqu'à deux ou trois par le mouvement des ondes. Leur longueur était quelquefois de plusieurs brasses. Générateurs de ce fluide , ces animaux l'é- mettaient à volonté; on voyait tout- à -coup un point lumineux jaillir de leur surface , et se développer avec une prodigieuse rapidité. Un bocal que nous mîmes à la surface de la mer, reçut deux de ces Animalcules qui rendirent immédiatement l'eau toute lumineuse. Peu à peu cette lueur diminua , et finit par disparaître. Ce fut en vîi^n qu'à la loupe et à la lumière ( moyen fa- cile de distinguer dans l'eau les Mollusques transpa- rens ) , nous fîmes des eflorts pour apercevoir quelque chose 5 tout avait disparu. Seulement nous pouvons as- surer qu'à l'aide de la lueur que répandaient ces ani- maux , nous disceinàmes qu'ils étaient excessivement petits. Deux officiers de VUranie admirèrent avec nous ce ( '^ ) phénomène dont nons ne sachons pas qu'on ait parlé. D'autres, observateurs phis heureux, pourront peut- être reconnaître l'animal qui le produit. Nous avons souvent réfléchi à l'étrange faculté dont sont doués ces Zoophytes microscopiques , et nous l'a- vons toujours trouvée inexplicable , à moins de suppo- ser, pour se rendre raison d'un fait aussi singulier, qu'ils recèlent en eux un des principes de la phospho- rescence , qu'ils l'émettent à volonté, et que ce prin- cipe devient seulement visible lorsqu'il se combine avec l'eau de la mer. Nous ne disons rien du sentiment des auteurs sur le sujet qui nous occupe -, nous ne faisons point de cita- tions ; nous ne combattons point les opinions qui ten- draient à faire croire que la phosphorescence de la mer est due à d'autres causes qu'à la présence des animaux : il serait absolument oiseux de rappeler des systèmes que la seule observation devait renverser-, et c'est aussi ce qui a eu lieu. Nous n'apportons que des faits , peu nom- breux , sans doute , mais, nous osons le dire , aussi bien observés que nous pouvions le faire dans nos doubles fonctions de médecins et de naturalistes , et en franchis- sant avec rapidité des espaces immenses (i). (i) En allant des îles Mariannes aux îles Sandwich, nous rencon- trâmes très au large, par 35° de latitude Nord, et dans une étendue de plusieurs degrés, une énorme quantité d'œufs de Mollusques : ils étaient tous de la même espèce, rougcÉtres, et forme's d'un grand nombre de petites cupules allongées , fixées par une de leurs extré- mités sur une petite bandelette longue d'un pouce et demi à deux pouces, laquelle, dans l'eau, était un peu recroquevillée sur elle-même, de sorte que la masse des œufs avait une (orme arrondie. Kn j)ressant les cupules , il en sortait beaucoup de petits grains noirs qui , examinés aa microscope , étaient autant de petites coquilles discoïdes et planor- bique» , ayant quelque» rapports avec celle» du genre Atlante de ( «4) Note sur Cile de Madère ; Par m. Léopold de Buch. M. Edouard Bowdich , que les sciences viennent de perdre , ayant de se rendre de nouveau à la Guinée , avait passé l'hiver de 1821 - 1822, dans l'ile de Madère ; et il a publié plusieurs des observations extrêmement importantes , qu'il a faites dans cette ile, dans le Journal pliilosophique d'Edinburgh , T. XVIII, p. 3 17. Une de ces observations concerne la hauteur de l'île. Muni de baromètres de Fortin , il en avait laissé un dans la maison du consul anglais , M. Veilsch, pour servir à y faire des observations correspondantes et il s'était rendu avec l'autre, à la plus haute cime de l'île, au Pico-Ruwo. Il donne le détail de ces observations. Le baromètre, à la cime , se soutint à 22 pouces 10,7 lignes de Pari?. Therm. 7,i5 de K. (9,3. c. ) A Funchaldans la maison de M. Veilsch, à 28 p. 5,G lignes. Therm. 16,4 R. (2o,5o c.) L'élévation de la maison de M. Veilsch , au-dessus de la mer, s'est trouvée de i45 pieds de Paris. Le baro' mètre se serait donc soutenu au bord de la mer, à 27 M. Lesueur, et que nous avions déjà trouve'es dans d'autres parages. Mais les Atlantes sont très-rares ; et si les œufs dont nous parlons eussent seulement donné chacun une coquille , la mer en eût été cou- verte. D'ailleurs , les Atlantes connus jusqu'à ce jour sont presque microscopiques, elles Mollusques desquels provenaient ces oeufs de- vaient être fort gros. Les localités et la fraîcheur de la température ne permettent pas de supposer que ce soient des Nautiles; d'où il suit'que nous ignorons complètement quel est le Mollusque dont l'em- bryon discoïde et aplati couvre ainsi ces parages. ( .5 ) pouces 7, i4 lignes. C'est en eflét une linuleur bien consi- dérable, mais elle n'est pas extraordinaire dans le voisi- nage de cette partie de la côte d'Afrique ; phénomène que j'ai discuté dans mon Mémoire sur la température des iles Canaries. M. Bowdich détermine donc, d'après cts données , la hauteur du Pico-Ruwo à 6164 pieds anglais , ou à 5^88 pieds de Paris. La capitaine Sabine , si connu par ses belles expé- riences et par ses observations , poursuivies avec non moins de sagacité que de persévérance et de courage , dans les difierens climats du monde , a publié , presque en même temps que M. Bowdich , une détermination de la hauteur du Pico-Ruivo ( Journal of tJie Royal Ins- titution , XXIX, 69). Il y donne également tous les dé- tails de ses observations. Ce sont les suivantes : i3 janvier 1822. A la cime de Pico-Ruivo , barotn : 23 p. 4,5 j 1- de Paris. Therm. ,i,8R. (2,2!) c.) A Funchal , 7 1/2 pieds au dessus de la mer : 28 p. 6,3") 1. Thcrm. i3,i R. (16,37 *^' ^ M. Sabine donne à la montagne, d'après ces élémens, une hauteur de 5438 pieds anglais, ou de 5ci3 pieds de Paris. Ces mêmes données, calculées d'après les tables de M. Oltmanns (dans l'Annuaire ), ne font monter cette hauteut qu'à 5oii pieds de Paris. M. Bowdich a très-bien senti que la préférence se- rait toujours accordée à une détermination qu'on doit à un physicien aussi habile et aussi expérimenté que l'est M. Sabine , et qu'on rejetterait la sienne, qui donne à la montagne pas moins que de 777 pieds de plus. Il s'ap- puie , pour la soutenir , d'une mesure de la cima de To- ringas , faite par moi , en i8i5 , et publiée par M. Bar- ( '6 ) low, dans rintroduciion du V'oyage du capitaine Tuckev au Congo. Cette cime , que tout le monde sait à Ma- dère être bien inférieure au Pico-Riiu'o , serait élevée , selon cette mesure , de 5484 pieds; ce qui surpasserait donc déjà de beaucoup la hauteur assignée, par M. Sa- bine, à la montagne la plus élevée : d'où M. Bowdicli croit pouvoir conclure qu'il doit y avoir une erreur dans les déterminations de ce physicien célèbre. J'ai repris mes notes , pour voir si des circonstances extraordinaires auraient pu avoir eu de l'influence sur le baromètre, lorsque je l'ai porté à la cime de Toringas ; ou si une erreur de quelque autre nature aurait pu s'être glissée quelque part. Je conserve encore dans ce moment ce même baromètre , garni du même tube , et rempli du même mercure qu'il contenait à Madère , quoique depuis il ait servi à mesurer plusieurs centaines de hauteurs dans les îles Cararies , et quoiqu'il ait été porté à tra- vers les rochers les plus difficiles , et les laves des plus raboteuses •, preuve qu'on peut bien conserver des ba- romètres en voyage , quand on en a la ferme volonté. J'ai rapporté el observé ce baromètre à la même place , à Funchal , d'où j'étais parti pour la cime de Toringas 5 le baromètre avait monté assez régulièrement pendant ce temps, et sa variation entière, pendant les i3 heures écoulées entre le départ et le retour, avait à peine ex- cédé une demi-hgne. J'ai donc pu me servir de ces ob- servations , à Funchal , comme d'observations corres- pondantes : elles se trouveront dégagées par-là d'une erreur possible d'un second observateur , ou d'une dif- férence entre la graduation ou la marche de deux baro- mètres dilïërens , dont on ne pourrait plus s'assurer dans ce moment. ( '7) Or, les dilTcrentes hauteurs, déterminées avant d'ar- river à la cime , sont autant d'échelons qui limitent tou- jours davantage une erreur possible dans l'observation à la cime. On s'apercevrait de suite d'une telle erreur, et d'une erreur si sensible par quelque irrégularité frap- pante dans la série ascendante de ces hauteurs, et on arriverait quelque part à un résultat, sinon impossible, du moins extraordinaire, et peu vraisemblable. Voici donc les hauteurs observées , et la manière par laquelle nous y sommes parvenus. Nous partîmes , M. Chrétien Smith, le célèbre bota- niste norwégien , qui a péri dans l'expédition du Congo, et moi, de Funchal le 26 avril i8i5 , à la pointe du jour. Nous arrivâmes bientôt à la plate-forme de l'église de la Senhora di Montes , d'où l'on jouit d'une des plus belles vues du monde. Les beaux jardins des habitans de la ville s'élevaient jusqu'à cette hauteur , mais les Pal- miers avaient disparu depuis long-temps, ainsi que les Euphorbes en arbres , les Agaves , les Cacalia Kleinii , et le Cactus Opuntia lui-même s'était montré pour la dernière fois à ioo5 pieds de hauleur. Le baromètre fut observé sur cette plate- forme à six heures avant midi. fixe libre. 28,281 p. ang. 2G p. 3,07 1. de Paris. Thorm. i5,5 c. i2,5 c. à 4» pieds au-dcssiis de la mer. "^ 3o, 1C6 p. ang. 28 p. 3,4 1- de Paris, Therm. 18 c 16, 3 c. Hauteur au-des.sus du niveau de la mer 1,674 P'eds de Paris. Une belle source près de cette église , jaillissant avec force hors de terre, se soutint constamment, pendant notre séjour à Madère ,ài3,8c.(ii,2,R.) Le penchant des montagnes s'élève plus rapidement depuis cette église^ toujours sitr des agglomérats de roches Tome IV. 2 ( i8 ) basaltiques , poreuses , el soiivent même en forme de scories , agglomérats qui alternent fréquemment avec des couches irrégulières de basalte. Une pierre assez vi- sible de la ville même s'élève sur ce pencliant , là où il perd un peu de sa rapidité. On l'atteint après une heure de montée. II. lo. a. m. fixe libre. Bar. 27,;(îGp. angl. aS p. 8,81. Paris. (19,72 cmt. Therra, t8 c. i4,5 c. à &o pieds ail -dessus de la mer, Bar. 3o,ia4 p. angl. a8 p. 2.9 I. Paris. ^6,52 cmt. Therm. 18 c. i6,5 c. Hauteur au-dessus du niveau de la mer a435 pieds de Paris. Peu après , nous entrâmes dans une épaisse forêt composée du superbe Laurus indien , dont le bois rivalise en beauté avec celui de l'acajou ; puis du Laurus Jiobilis , enfin du Laurus TU {L. fœtens) , un des plus grands et des plus beaux arbres de l'île , mais que la hache n'at- taque jamais impunément. L'odeur exécrable qui se dé- veloppe du bois est si forte , que les ouvriers sont obligés de s'enfuir, et qu'il faut y retourner à trois ou quatre reprises différentes , avant qu'un arbre puisse être coupé. Il n'offense point l'odorat avant d'être attaqué 5 il forme tout au contraire , par ses larges feuilles et par ses bran- ches étendues, un des plus grands ornemens de ces forêts. Peu à peu se mêlent à ces lauriers VErica scoparia et VEri- ca arborea, et ils augmente!^ en nombre à mesure qu'on monte. Le chemin qui conduit à Santa- Anna, sur le penchant nord de l'ile , se sépare dans cette forêt de celui qui continue vers la hauteur des montagnes. Le baro- naètre s'y soutint : h. 1 1. a. m. fixe libre. Barom. 26,60 p. angl. 24 p. 1 1 J- Paris. 76,312 cmt. Therm. 16 c. i4-5 c. à 40 pieds au-dessus de la mer, Barom. 3o,i2 p. angl. 28p. 2.7 1. Paris. 69,611 cmt. ïlierm. 18 c. 18 c. hauteur au-dessus du niveau de la mer 3, 201 pieds de Paris. ( 19) C'est à peu près à cette hauteur que nous enlràmes dans les nuages qui, dans cette saison, couvraient et enve- loppaient presque constamment la partie' supérieure Je l'île. Les brouillards nous permirent néanmoins de nous apercevoir de la direction de la roule , et nous conti- nuâmes de monter. A une heure , nous nous trouvâmes à l'entrée d'un large vallon, ou d'une espèce de plaine, le p^al Ganane, couvert de buissons. C'était une forêt de Myrtiles en fleurs, de i6 à 20 pieds de hauteur, c'est- à-dire de cette espèce particulière à l'île de Madère , et connue sous le nom de Vaccinium ^rctostapJiylos. Su- ie bord de ce vailon , le baromètre fut observé : h. I p. in. fixe libre. Barom. 26,696 p. angl; i\ p. i 1. Paris. 65,2^4 cuit. Tlierm. 1 5 c. 10,2 c. à 4o pieds au-deâsus de la mer , Barom. 3o, ii/} p. angl. 28 p. 2,8 I. Paris. 76,497 cmt. Therm. 18 c. 20 c. hauteur au-dessus du niveau de la mer 4,162 pieds de Paris. A peu de distance, nous vîmes encore un troue de Laurus nobilis , le dernier sur cette route , pauvre et l'abougri ; d'autres arbres de cette espèce n'auraient cer- tainement pas pu croître à une hauteur plus considé- rable. Cette hauteur est déterminée par le baromètre comme il suit : 11. I 1/2 p. m. Barom. 25,o-8 p. angl. 23 p. 61. Paris. 60,704 cmt. Therm. 10 c.g.-S c. à ^n pieds au-dessus de la mer , Bar. 'io,ii:\ p. angl. 28.p. 2,9). Paris. 76,497 cmt. Tiierm. i8c. 20 c. hauteur au-dessus du niveau de Ja mer 4)7^9 pieds de Paris. Une montagne assez escarpée du côté du nord, un rocher de basalte termine ce penchant. Au bas du ro- cher on voit jaillir une très-forte source , entourée d'uh bassin en pierre de taille. Sa température était de 45 2'^ ( 20 ) fnhr. 7, ?.5 c. — 5, ^ôR.Des Vacoinium Arctostaphylos rampent autour. Ils ne peuvent plus s'élever en arbres, it plus haut on n'en voit plus. Hauteur du baromètre au-dessus de ce rocher de ba- 5;dlc : 1). 2 p. ni. lixc libre. Dar. ■24'9'^^ P- ^''^s'- ^3 p. 5, t 1. Paris. 63,476 cmt, Therm. 10 c. 9,76 c. à 4» pilotis au-dessus de la mer. Bar. 3o,i 1 p. angl. 28 p. q.8 1. Paris. 76,487 cmt. Tlicrm. 18 c. 20 c. lu'iitcur au-dtssus du niveau de la mer 4i^49 pieds de Paris. Les brouillards augmentèrent tellement en épaisseur depuis ici , que nous ne reconnûmes plus aucun objet à deux pas de distance. Mais comme nous nous trou- vâmes sur une arête extrêmement escarpée et aiguë , il pouvait y avoir peu de doute , môme dans ces ténèbres , sur le chemin h prendre pour atteindre la cinie. Nous conlinucàmcs donc notre route ; et dans peu de temps nous arrivâmes nu bord de la neige qui couvrait les cimes. h. 3 p. m. fixe libre. Ear. 24,69a p. angl. ai p. 1,8 I. Paris. 62,724 cmt. Therm. toc. 8.75 c. à 40 pieds au dessus de la mer , Bar. 3o,Ti p. angl. 28 p. 2,8 1. Paris. 76,487 cmt. Tiierra. 18 c. 19 c. hauteur au-desseus du niveau de la mer 5, 148 pieds de Paris. L'arête que nous poursuivîmes semblait entourée de précipices afïieux. Enfin elle changea brusquement sa direction vers l'ouest , pour se tourner vers le sud , et là, elle formait comme un immense bastion au-dessus de l'abîme. Une haute pyramide , érigée avec les pierres ae la cime, désignait clairement cet endroit comme le point le plus élevé de la montagne. Nous fixâmes le ba- romètre à celte pyramide , et nous l'observâmes : ( 21 ) h. 4 r fo. (jxe libre. Bar. 24,370 p. angl. 22 p. 10,1 1. Paris. 61,906 cmt. Thtrm. 10 c. 8 ^5 c. à 4° pieds au-dessus de la mer , Car. 3o,iio p. angl. 28 p. 2,81. Paris. ;6;487 clm.'lhenn. 18 c. 18,75 c- hauleiir au-dessus du niveau de la mer 5,484 pieds de Pavis. Beaucoup de hauteurs avaient donc été déterminées pendant cette petite excursion. Une erreur dans la no- tation des observations ou dans l'indication du baromè- tre , devient par là bien peu probable. Mais cette hauteur trouvée pour la cime de Toringas , surpasse de plus de 4oo pieds celle trouvée pour le Pico-Ruivo , par M. Sabine. Je n'hésiterai donc pas à donner hi préférence à la détermination de M. Bowdich. Il est très-possible que M. Sabine, dans les brouillards du mois de janvier, ait cru avoir atteint la cime du Pico- Piuivo , lorsqu'il en était encore assez éloigné. Note sur h Trifolium magellakiclm , Par m. De Candolle. En étudiant la famille des Légumineuses , dans l'Her- bier du Muséum d'Histoire Naturelle , j'ai eu occasion d'y voir la plante qui a été décrite tians le Dictionnaire Encyclopédique sous le nom de Trifolium Jlfagellanî- luni. Je fus frappé, dès la première vue, de ce que l'aspect de celte plante paraissait étranger au genre des Trèilcs , et même à la famille des Légumineuses. Etant ain^i averti de celle anomalie apparente , et ayant eu occasion d(; retrouver un petit échantillon de celle planle ( 22 ) parmi celles qui sont provenues de l'herbier de Com- nicrssn , je l'ai disséquée avec soin , et je crois pouvoir affirmer qu'elle appartient à la famille des Oxalidées. M. Poiret , tout en la plaçant dans le genre des Trèfles , avait bien senti ce qu'elle y présentait d'irrégulicr , car il ajoute à sa description la noie suivante ; « Celte plante » exigerait un examen beaucoup plus détaillé. Peut-être j) n'appartient-elle qu'imparfailcment à ce genre dont M elle s'écarte par son port , par la disposition de son » pédoncule et de ses fleurs. « Je n'ai rien à modifier à ce qui concerne la description de la racine , de la tige et des feuilles , mais quant aux fleurs et aux fruits , voici ce que j'ai observé dans un échantillon, à la vérité peu complet, et déjà en matu- rité. Le calice est formé de cinq sépales presque li- néaires , pointus, légèrement soudes ensemble par leur base , étalés ( au moins à l'époque où je les ai vus ) , et hérissés sur le dos et sur les bords de poils longs et roides. Les pétales manquent, peut-être parce qu'ils sont déjà tombés : les filets des étamines , au nombre de dix , dépouilles de leurs anthères, persistent autour du fruit, étalés sur le calice , glabres , et en forme d'alêne : ils me paraissent libres jusqu'à leur base. Le fruit est composé de cinq carpelles ovoïdes, fortement hérissés de poils, de consistance membraneuse , indéhiscens et moiiosper- mes. Du centre de ces carpelles , s'élèvent cinq styles fi- liformes , rapprochés à leur base, divergens au sommet , terminés par une petite tète échancrée. Les graines sont ovoïdes , pendantes dans le carpelle , un peu amincies vers leur point d'attache , marquées de dix petites côtes formées par des séiies de petits tubercules obtus et fort semblables aux figures g G, de la planche CXIII, de ( 23 ) Gaerlner. Vues à l'inlérieur, elles otlVcnt un albumen cliarnu, dans le centre duquel est un embrvon droit , à radicule supérieure et à cotylédons planes et ovales. 11 est évident , d'après cette description , que cette plante est une Oxalidée : si la structure de sa fleur était mieux connue , on^ourrait peut-être en former un génie particulier, intermédiaire entre le Biophytum et rOxalis. Mais dans l'état actuel des connaissances , il convient mieux de la placera la suite des Oxalis, comme espèce mal connue. Une seconde observation à faire sur cette planle , c'est que , d'après l'Herbier du Muséum , elle n'est pas origi- naire de Magellan , mais de Monte^Video, et par consé- quent le nom spécifique ne peut être conservé. Je pro- pose de placer cette espèce à la fin du genre Oxalis , sous la phrase suivante ; Oxalis eriocarpa , caulibus procumbenlibus riifo-hirsu- tis, foliis longe petiolalis, 6-foliolatis, foliolis laie obcor- datis utrinque rufo-villosis, pedunculis folio longioribus , caljcibus fruclibusque hirsutis , sendnihiis solitariis ( in carpello quoque ). In Amex'ica Merid. circa Monte- Video. TrifoUum Magellanicum Poir! Dict. 8. p. aS. An genus proprium affine Biopliyto ob stamina forsan oninino libéra . et Oxalidibus Hedysaroideis ob carpella scu ovarii loculameula i-sperma. (V. S. sine fl. ) Oi\sv.\\\ KTiovs sur quelques Végétaux fossiles du Terrain houUler , et sur leurs rapports avec les Végétaux a>i- vans; Par m. Ad. Brongniart. L'étude des corps organisés fossiles est d'autant plus ( «4) difficile , (lue la sliuclure des êlrcs vivaus dont ils se rapprochent est encore plus obscure. De nombreuses collections d'anatomie comparée sont devenues indispen- sables pour la détermination des ossehiens isolés que les couches du globe ont enveloppés ; sans ces collections , on ne serait jamais parvenu à fiaw les familles auxquelles ces anciens animaux se rapportent , à déterminer leurs genres , à limiter leurs espèces avec exactitude. Des col- lections dirigées vers ce but manquent entièrement pour la botanique fossile. Quelques échantillons, rapportés par des voyageurs , souvent sans déterminations pré- cises , suffisent à peine pour nous donner une idée des parties des Végétaux que les herbiers ne peuvent con- tenir. Le défaut d'objets de comparaison est d'autant plus nuisible aux progrès de celte partie de l'hisloire naturelle, que les fossiles végétaux des formations an- ciennes , paraissant se rapprocher presque tous des grands Végétaux molîocotylédons arborescens, acluelle- jnenl limités aux zones les plus chaudes de la terre , l'étude des plantes qui croissent sur notre sol ne peut nous donner que peu de lumières sur la structure des arbres qui composaient ces antiques forêts. Si l'on ajoute à cela les changcmens que la compression et les autres phénomènes qui ont accompagné la destruction de ces végétaux ont produits, on aura une idée de la difficulté de la détermination de portions de plantes dé- tachées et ainsi modifiées. Toutes ces circonstances rendent les erreurs excusables , et de nombreuses ob- servations deviennent nécessaires pour les rectifier. C'est ainsi qu'après des erreurs trop grossières pour les rappeler, on a été conduit , par une première ap- proximation , à regarder tous ces grands Arbres qni ( --5 ] accompagnenl les couches de houille comme des liges de Palmiers 5 peut-être même , sous ce nom , n'a-t-on ^u l'intention que d'indiquer leur place parmi les Mo- nocolylédons , classe dans laquelle les végétaux arbores- cens sont rares et appartiennent presque tous à celle famille des Palmiers. Une étude plus approfondie a fait reconnaître , dans ces grands végétaux des tcri-ains houil- 1ers, des caractères qui annonçaient des êtres très- dilférens, et qui ont permis d'en former plusieurs genres -, telles sont les tiges auxquelles on a appliqué les noms de Calamités , de Sigillaires , de Clnthraires , de Syringodendron , de Stigmaire , et de Sagenaire ou Lépidodendron, Leur comparaison avec les dillérens végétaux actuellement existans, a prouvé qu'aucun ne pouvait se rapporter à la famille des Palmiers ni aux végétaux arborescens des familles voisines , telles que les Asparagées , les Pandanées , les Liliacées, etc. Des ca- ractères nombrcifx et importans m'ont paru au con- traire rapprocher les Calamités des Equisetum ou Prêles; les Sigillaires et les Clathraires, qui ne doivent peut-être former que deux sections d'un même genre des Fou- gères-, les Sagenaires ou Lépidodendron de M. de Stern- berg , des Lycopodiacées , enfin les Stigmaires ollVaient une analogie assez marq'uée avec les liges de quelques Aroïdes. Quant aux Syringodendron , leur position dans le règne végétal avait été jusqu'alors l'objet de conjec- tures appuyées sur des preuves plus ou moins vraisem- blables , mais toujours réfutées. Ils avaient ainsi été suc- cessivement transportés de la famille des Palmiers dans celle des Cactées , de-là dans celle des Eupliorbiacées , etc. , sans qu'il nous parût possible d'admettre aucune de ces analogies. Ne trouvant donc rien qui leur fût com- ( 26) parable parmi les végétaux actuellement existans , je les avais regardés comme les restes d'un genre com- plètement différent de ceux que nous connaissons ; do nouvcHes observations, faites sur les lieux mftmes qui i-enferment ces débris végétaux , me permettent mainte- nant de détruire celte erreur , et montreront combien , dans ce genre d'étude , on est exposé à subdiviser , eu regardant comme des êtres différens les portions d'un même être. Le genre de plantes fossiles auquel M. de Sternberg a donné le nom de Syringodendroii , renferme des tiges dont la surface est couverte de côtes convexes , nom- breuses , parallèles et très- régulières ; sur le milieu de ces côtes , sont placées en quinconce des impressions simples ou doubles , linéaires ou arrondies , mais tou- jours très-bornées et n'ayant jamais la forme d'un disque ou d'un écusson , comme dans le genre Sigillaire ; ce caractère seul distinguait ces deux g<*nres, mais il pa- raissait très-important , puisqu'il annonçait une grande différence dans la forme des organes dont ces impres- sions indiquaient l'insertion. Dans les Sigillaires , on regardait, avec raison, les distjues comme la marque laissée sur l'écorce par la base du pétiole, après la chute des feuilles. La forme de la base de ces pétioles, et la disposition des vaisseaux qui la traversaient, rangeaient presque avec certitude ces Végétaux dans la famille des Fougères. La forme des impressions des Syringoden- dron indiquait, au contraire . des organes petits , sou- vent géminés , dans lesquels on avait cru reconnaître les traces d'épines analogues h celles des Cactus , des Euphorbes charnues , etc. Ce caractère avait suffi pour engager plusieurs naturalistes à admettre ce rapproche- (. ^7 ) ment. Lne forme parfaitement semblable dans les Syrin- goiîendron et dans les Sigillaires , leur existence dans les mêmes couches du globe , auraient dû mettre sur la voie , si ce n'est de leur identité , du moius de leur analogie. Néanmoins , tous les auteurs modernes avaient admis ces deux genres comme distincts. L'observation directe vient cependant prouver que ce ne sont que deux parties d'une seule et même plante ; que le genre Syringodendron doit être rayé de la liste des Végétaux^ en un mot, que ce ne sont que des Sigillaires dépouil- lées de leur écorce extérieure. Plusieurs écliantillons recueillis dans les mines de Valenciennes , de Mons et de Charleroi , prouvent évidemment cette identité-, ils sont Sigillaires et Syringodendron , suivant que l'écorce charbonnée qui enveloppe le noyau pierreux qui com- pose presque entièrement ces tiges , est encore con- servée ou bien est déjà tombée. C'est en effet un caiac- tère propre aux tiges fossiles des terrains de houille d'être transformées ou plutôt remplacées entièrement par une substance inorganique déposée par voie de sé- diment , souvent très-grossière et ne conservant aucune trace de l'organisation intérieure de la tige ; autotir de ce noyau terreux se trouve une couche plus ou moins épaisse de charbon lamelleux très-friable , qui a conservé exac- tement la forme de la surface du végétal. Suivant que cette couche analogue à l'écorce a une épaisseur plus ou moins grande et plus ou moins égaie , le noyau central , quand il en est dépouillé, cooserve plus ou moins exactement la forme de la surface extérieure du vé- gétal. Dans les Stigniaires , dans les Sagenaircs , dans les Calamités, dans quelques Sigillaires, cette écorce forme une couche extrêmement mince , une sorte d'é- ( --^s ) pidermc qui laisse au noyau pierreux la mémo forme que présentait la surface même du Végétal. Daijs la plu- part des Sigillaires , au contraire, celte écorce, d'une à deux lignes d'épaisseur , ne conserve pas intérieurement la racme forme qu'elle a extérieurement ; le disque produit par la base entière du pétiole n'existe plus^ les vaisseaux seuls qui le traversaient laissent encore une ti-ace intérieurement , et produisent ces impressions étroites et souvent punctiformes qu'on avait observées sur les Syringodendron. Ce caractère vient encore Ji l'appui du rapprochement de ce genre et des Fougères en arbres. Dans le petit nombre de tiges de ces plantes , que nous avons eu occasion d'observer , et particulière- ment dans celles de l'ancien continent, on remarque une écorce, ou plutôt une couche extérieure, parfaite- ment distincte , d'une organisation très-dilî'éreute de i'écorce des végétaux dicotylédons ^ celle écorce parait se détacher de la substance qui occupe le centre de la tige et forme alors une sorte de cylindre creux , d'une substance très-dense , dont la surface externe présente, avec beaucoup de netteté, la forme des bases des pétioles , tandis que l'interne n'offre que le passage des vaisseaux. Qu'on suppose ce cylindre ligneux rempli d'une substance terreuse \ que cette écorce se change ensuite en charbon , et on oi)Uendra des tiges presque semblables aux Sigil- laires -, qu'on enlève I'écorce charbonnée, et le noyaa terreux repi-ésentera , avec de légères différences-, lés Syringodendron. Si toutes les preuves que nous venons de rapporter établissent presque avec certitude l'analogie de ces tiges immenses avec les tiges des Fougères arborescentes , un caractère bien remarquable distingue , si ce n'est toutes ( '-9 ) les Sigillaircs , du mnîns quelques-unes d'enlrc elles, de nos Fougères arborescentes actuelles. Toutes les Fou- çères en arbre connues présentent une lige parfaitement simple , analogue , pour la forme générale , à celle des Palmiers, des Cycas , etc., mais ordinairement plus large vers la base : caractère qu'on n'observe pas dans les tiges de la plupart des Monocotylédones arbores- rentes , et qui se retrouve également dans les fossiles du genre Sigillaria. Jusqu'à présent tous les éolinnlil- lons de ces fossiles, que j'avais vus dans les collections, étaient parfaitement simples , et ce caractère m'avait paru sans exception; joint h plusieurs autres, il servait à distinguer ce genre des Sagenaires dont la tige est ordinairement dichotomc. Cette différence tendait à confirmer l'analogie du premier de ces genres avec les Fougères , et du dernier avec les Lycopodes. Je fus donc très-étonné lorsque je vis , dans la collection de M. deDerschau, ingénieur des mines du grand duché du Bas-Rhin , une tige que tous ces caractères i^angcaient parmi les Sigillaires , et qui était deux fois dichotomc ; trois échantillons de la même espèce présentaient plus ou moins complètement ce caractère. Etant descendu moi-même dans une des mines de houille des environs d'Essen (dans la mine de Kunzwerk), je pus m'assurer sur les lieux de celte organisation remarquable. Le toit presque vertical d'une des couches de houille, dans laquelle la galerie avait été pratiquée , présentait une immense quantité d'empreintes de végétaux de diverses espèces. Après avoir vu avec étonnement, parmi les débris de cette antique forêt, des tiges de Sagenaires, de près de deux pieds de diamètre , sortir perpendicu- lairement du sol de la galerie, se diviser une o\i deux ( 3o ) l'ois , et se perdre bientôt dans les roclies qui couvraient cette galerie, sans qu'on put juger si leur longueur était proportionnelle à leur diamètre ; après avoir cherché en vain à suivre plusieurs de ces liges entreci'oisées dans tous les sens, j'arrivai enfin à une lige de Sigillaire, que sa position m'a permis de suivre dans presque toute son étendue. Cette lige était couchée parallèlement au sol de la galerie , presqu'à la hauteur de l'oeil de l'ob- servateur ; vers sa base , elle avait environ un pied de diamètre , et paraissait brisée et non pas terminée natu- rellement 5 elle était, comme toutes les tiges déposées dans le sens des couches, comprimée au point d'être tout-à~fait plane. En suivant cette tige dans la galerie, je fus étonné de voir qu'elle atteignait sans interruption une longueur de plus de quarante pieds ; son diamètre diminuait insensiblement , de sorte qu'elle n'avait plus que six pouces à sou extrémité supérieure -, mais celte extrémité, au lieu de se terminer subitement, était divisée en deux branches, chacune de quatre pouces environ de diamètre > qui s'éloignaient en divergeant pendant l'espace de quelques pouces , et étaient inter- rompues par une fracture de la roche ; je ne pus la suivre au-delà de ce point avec certitude, mais il est néanmoins bien prouvé que ces liges, après avoir atteint une grande hauteur sans se ramiCer, finissent, si ce n'est toujours , du moins dans quelques cas , par se bi- furquer, et probablement par devenir plusieurs fois di- chol-omes. C'est à cette division tardive de la tige qu'on doit attribuer la rareté des échantillons qui en pré- sentent des exemples -, au contraire, l'étendue considé- rable de la partie simple de la lige de ces végétaux devait rendre les échantillons de ces portions de tiges très- ( 3i ) communs dans les déblais sortis de ces mines. Dans les Sagenaires, au contraire, où la tige parait se diviser à peu de distance de sa base, et se ramifier un grand nombre de fois, les exemples de ces divisions dicliotomes sont plus fréquens. Après avoir bien établi le mode de divisions des liges qui composent le genre Sigillaria , il nous reste à déter- miner , si malgré cette forme dichotome , elles doivent rester parmi les Fougères , ou si ce caractère suffit pour les éloigner de ces plantes, parmi lesquelles on ne conuait actuellement aucun exemple de ce genre de structure. Le mode de division de la tige ne me parait pas un caractère assez important pour éloigner des végétaux qui ont tant d'autres caractères communs; nous voyons dans !cs familles de plantes monocotylédones les plus naturelles ces deux modes de structure réunis , et rien dans l'organisation des Fougères en arbres ne parait s'opposer à ce qu'elles aient pu réunir, comme ces fa- milles, des plantes à tiges simples et d'autres à tiges ra- meuses. Parmi les Palmiers , supposez que le Douni , ce Palmier à tige dichotome , si commun en Egypte , eût été détruit par quelque révolution du globe , tous les botanistes regarderaient une tige simple comme un ca- ractère général des plantes de cette famille , et peut- être hésiterait-on à placer dans ce groupe un végétal qui paraîtrait s'éloigner par ce genre d'organisation de toutes les autres espèces connues. Rien ne nous prouve que la famille des Fougères, dans laquelle les espèces arborescentes sont encore si mal connues , ne renferme des espèces à tiges ainsi dicliotomes. Les caractères dé- duits de la forme et de la disposition des bases des s> ( 3^ ) pétioles , et 3e la disposition des vaisseaux dans ce3 pétioles , caractères qu'on ne retrouve que parmi les Fougères, nous paraissent d'une importance beaucoup plus grande et décident, à ce qu'il nous semble, la place que ces végétaux doivent occuper. Toutes les familles de plantes monocolylédones pha- nérogames qui renferment des espèces arborescentes , nous présentent ces deux formes de tiges ; il €St donc probable que lorsque la zone équinoxiale nous seiH mieux connue , on y découvrira des Cycas , des Zamia , des Fougères à liges dichotonies , comme on connaît, des Dracsena , des Yucca , des Palmiers, qui oiTrent cette organisation. Peut-être aussi ces végétaux, si remarquables par leur forme, par leur grandeur, uous pouvons même dire parleur élégance, ont-ils cessé d'exister à la surface de la terre, et leurs débris vien- dront compléter nos idées sur plusieurs familles de plantes dont la végétation actuelle de notre globe ne nous offre plus que des restes imparfaits , de même que le monde ancien a déjà comblé plusieurs des la- cunes du règne animal. EXPLICATION DE LA PLAKCHE 2. Fig. '• Sigillnrid hippocrepis. Ad. B. Sigillairc à côlcs aplaties , large de 8 lignes ; écorce lisse extérieu- rement, striée intérieurement j cicatrices demi-L'lliptiques troToquées infdrieiirement ou en forme de fer à cheval, marquées de trois fais- ceaux vasculaires supe'rieureraent ; cicatrices internes simples ovales. Trouvé dans les mines de Houille de Mons. Fi". 2. Sigillaria renijbrmis. Ad. B. Sigillairc à côtes aplaties large d'environ i5 lignes ; écorce épaisse , lisse extérieurement , striée intérieurement j cicatrices petite s larges de 3 à 4 lignes , réniformes, échaucrées supérieurement et marquées ( 33) de trois faisceaux vasculaires j cicatrices internes ovales , gr nncle» géminées. Recueilli dans les mines de Houille de Mons. Fig. 3. — 4- iSigUlaria elongata. Ad. B. Sigillaire à côtes convexes anguleuses; écorce assez e'paisse, lisse ex- térieurement, striée intérieurement; cicatrices oblongues , tronquées aux deux extrémités, marquées de trois faisceaux vasculaires supé- rieurement; les cicatrices sont rapprochées et l'intervalle qui les sé- pare est rugueux et strié transversalement. Var. a., minor. Côtes larges de 5-6 lignes ; cicatrices internes arron- dies; ( fig. 3. ) Var. yS. major. Côtes larges de8-io lignes; cicatrices internes allongées, linéaires, (fig. 4- ) Se trouve dans les mines de Houille de Charleroi. Fig. 5. Sigillaria mamillaris. Ad. B. Sigillaire à côtes rétrécies alternativement, de 4 à 5 lignes de large, formant des mamelons qui supportent des cicatrices rétrécies et tron- quées supérieurement , élargies et arrondies infe'rieurement , mar- quées vers leur bord supérieur de trois faisceaux vasculaires. Écorce très-mince, striée tranversaiement au-dessous des cicatrices, lisse intérieurement; cicatrice intérieure arrondie. Se trouve dans les mines de Houille de Charleroi. Observation. Les trois premières espèces diffèrent essentiellement de toutes celles figurées par MM. deSternberg, Schlothein Rhode, etc. ; la dernière ressemble assez au Lepidodendron alweolare , Stern. ; mais elle s'en dislingue par ses cicatrices moins rapprochées et par sou écorce striée dans l'intervalle des cicatrices. Recherches sur torigine et les différences caractéris- tiques des races humaines qui habitent la partie australe de T Afrique^ • Par Robert Knox, D. M. La meilleure excuse que je puisse donner en présen- tant ces recherches au public, est que l'on n'en a jamais Tome IV , 3 ( 34 ) fait de semblables sur le pays dont je vais parler; divers voyageurs ont décrit, avec une exactitude proportionnée à leur talent d'observation , la péninsule de l'Afrique méridionale, et ils ont publié d'intéressans ouvrages sur son histoire naturelle, sur ses relations politiques, etc.; mais je ne sache pas qu'on ait jamais envisagé les races sauvages qui habitent la Péninsule, sous le point de vue anatomique; de-là se sont élevées des conjectures mal fondées et des erreurs positives trop nombreuses pour être relevées. J'ai essaye de corriger celles qui sont liées plus immédiatement avec mes recherches ; mais j'ai évité avec soin des critiques générales qui m'auraient éloigné de mon sujet. L'on imaginera facilement combien il m'a été difficile d'éviter de fréquentes conjectures et même l'impossibilité dans laquelle je me suis trouvé de le faire constamment :pourtantj'yai recours rarement, et quoique soit par manque de documens suffisans, soit par d'au- tres causes, quelques-uns des résultats puissent être dou- teux, je serai suffisamment récompensé de mes travaux si les faits que je suis parvenu à rassembler deviennent de quelque utilité aux savans^ qui écrivent sur l'histoire naturelle de l'homme. La portion de l'Afrique située au sud du tropique, renferme au moins trois races distinctes d'hommes; celle que l'on rencontre à partir de la ville du Cap ( Cape Point) en se dirigeant vers le nord, a envahi le pays qu'elle habite ; elle constitue la colonie anglo-hollan- daise du Cap, et est composée d'tin mélange de toutes les nations modernes de l'Europe et principalement de Hollandais; les colons qui occupent les districts les plus éloignés sont d'une taille gigantesque; ce qui tient sans doute à ce qu'ils descendent d'une race naturellement (35 ) grande et favorisée par l'influence du climat, de la nourriture et des localités. Cette race s'étend mainte- nant au nord depuis la ville du Cap jusqu'au bord du Gariep ou rivière d'Orange, et à l'est jusqu'à la rivière Keiskamma. Ils ont expulsé et en partie exterminé la race de Hottentots ou Bosjemans (car on verra que je les considère comme la même race), et on ne les trouve maintenant qu'en petit nombre , les uns servant de do- mestiques aux colons, les autres conservant encore une sorte d'indépendance sauvage et habitant cette vaste por- tion de pays presque désert qui s'étend depuis la cliaîne de montagnes où les rivières Gariep et G/'eaï-^ei pren- nent lear source , jusqu'aux côtes occidentales de l'At- lantique méridionale. Tout près du tropique et vers la côte occidentale ha- bitent les Duramas (race qu'on m'a dit être nègre) qui s'étendent vers le Benguelo et le Congo , de sorte que les Bosjemans, s'il en existe au nord de la rivière Gariep, doivent occuper une zone au centre de l'Afrique, bornée d'un côté par les contrées du Darama et de Benguelo , et de l'autre par les nations cafres. Ces dernières s'étendent depuis le Keiskamma oriental tout le long de la côte jusqu'à Inhambane 5 mais avant d'atteindre ce lieu elles rentrent dans l'intérieur des ter- res et possèdent le pays montagneux qu'on a toutes rai- sons de supposer devoir occuper les pays entre les sources des rivières Gariep et Great-Kei etl'équateur. Il paraîtrait, d'après le journal de Jan Reenen , que les Temboo sont la dernière tribu cafre que l'on rencontre sur la côte de Natal, et qu'au-delà, à environ vingt-six degrés de latitude sud , on trouve les Hamboonas, race totalement difTércnte de celle des Cafres. Ils sont décrits de la sorte : ( 36 ) « Ce peuple n la peau jaunâtre avec de longs cheveux » fort épais et frisés, qui sont relevés sur le sommet de » la tète en forme de turban (i). » A reudroit de la côte où. les Haniboonas disparaissent , commence la race nègre ; elle occupe tous les environs de Sofalo , In- hambane et Mosambique , et fournit aux Portugais un moyen facile de faire un traGc si révoltant et si con- traire aux sentimens d'humanité. Le pays de montagne habité par la race cafre, ne peut être d'une grande éten- due en largeur, étant limité à l'ouest par ces vastes dé- serts inconnus que l'on suppose habités par les Macasses nomades , et h l'est par la contrée nègre de Mosambique. Il est malbeureux pour nos recherches actuelles, que l'on ne soit pas encore parvenu à résoudre deux pro- blèmes géographiques d'un grand intérêt; on a cru long- temps que les races cafres étaient arabes, et les tribus des Bosjemansontc'Lé considérées par quelques savans comme tirant leur origine des Chinois, et par d'autres des Egyp- tiens; elles ont même été quelquefois comparées aux Troglodytes ou Pygmées dont parle Hérodote , et qui ha- bitaient les déserts situés au sud de Barcas et de Syrène. Nous allons voir maintenant que les Cafres ne sont pas des Arabes Bédouins , et qu'ils ne peuvent tirer leur ori- gine d'aucune souche européenne caucasique 5 mais l'in- certitude qui existe relativement à l'origine des Bosje- mans, est bien plus difficile à résoudre; il serait Lien à désirer, tant pour la science géographique que pour l'his- toire naturelle de l'homme, que l'on connût avec plus de (i) Je considère les Hamboonas (s'ils existent re'ellement ) comme descendant d'une race de Chinois naufragés ou de navigateurs malais, modifiés par les alliances avec les tribus nègres ou cafr«s j il serait pourtant possible que celle race provînt de Madagascar. ( h ) certitude l'étendue de pays occupée par la race cafre au nord et à l'est , à compter du Keiskamma , ou, pour m'ex- primer plus clairement, les frontières de laCafrerie pro- prement dite. Nous savons déjà que cette race occupe la portion de pays qui environne des deux côtés le pays de montagne situé entre les sources du Gariep et l'équateur, et qu'elle habite les vallées et les penchans de ces mon- tagnes. Leurs progrès vers l'ouest furent probablement arrêtés par le grand désert du centre et par la répu- gnance bien naturelle qu'ils ont pour un semblable pays ; tandis que vers l'est, c'est-à-dire du côté de l'Océan In- dien , de nombreuses tribus de nègres étaient possesseurs de la contrée , et il est évident , par leur totale ignorance de l'emploi des bateaux et des canaux, qu'ils ont long- temps habité l'intérieur du pays, ce qui est encore prouvé par la résistance que les Portugais , qui recher- chaient avec avidité de l'or dans cette contrée , éprou- vaient de la part des tribus de noirs habitant les mon- tagnes à l'ouest de leurs établissemens, qui étaient sans doute Cafres, car les nègres sont naturellement timides et aisés à soumettre. Il est beaucoup plus difficile de deviner avec quelque probabilité Tétendue des nations Bosjeman, tant à cause de la dilï'érence absolue qui existe entre eux et les tribus qui les environnent, que par le peu de connaissances que nous possédons relativement à la géographie du centre de l'Afrique. Il est bien connu qu'originairement elles s'étendaient jusqu'à la ville du Cap , et les Euro- péens les ont trouvées au nord aussi avant qu'ils ont pu pénétrer. Mais à part ce peu de renseignemens , tout est encore dans la plus profonde obscurité. Comment donc les aborigènes du sud de l'Afrique remontent-ils aux (38 ) races primitives de l'ancien monde? Privés comme nous le sommes de tous détails historiques relatifs à l'affilia- tion de ces races, et jusqu'à ce qu'un nouveau Mongo- Park nous ait fait connaitre le centre de l'Afrique aussi bien au sud qu'au nord de l'ëquateur , car ces deux points nous sont également inconnus, nous rassemblerons ici les résultats obtenus par les recherches anatomiques; méthode qui , fondée sur des lois physiques fixes et géné- rales, approchera de la vérité, si elle ne parvient pas à l'atteindre complètement. Nous pouvons envisager la race humaine comme dé- rivant originairement d'une souche à laquelle le nom arbitraire de Caucasienne a été donné. Cette première espèce , par les diverses influences du climat et des civi- lisations, prit à une époque fort éloignée cinq formes distinctes qui ont aussi été désignées arbitrairement sous les noms de Caucasienne, Mongole, Ethiopienne, Amé- ricaine et Malaise; nous ne pouvons hésiter à rapporter les nations cafres à la race Ethiopienne , non-seulement à cause de leur position géographique, mais aussi à cause de leur extrême ressemblance, tandis que les Bosjemans peuvent être, quant à présent, réunis aux Mongols, jus- qu'à ce que des recherches plus profondes nous aient démontré un rapport plus intime avec quelque tribu africaine inconnue, ou que cette race ait été suivie à travers l'Afrique centrale jusqu'à la vallée du Nil , et de-là jusqu'en Asie, d'où nous supposons que toutes les nations tirent leur origine. ( ^9 ) Variété Ethiopienne. Nègres. Cafres, comprenant les 'J'emboo, les Bri- quas, les Boshuanas , les Cafres rouges, etc. D'une couleur brunn ; quelques-uns par- faitement noirs. Cheveux noirs, laineux et crépus distribue's en petites touffes sur le pe'ricrâne. Crâne e'Iroit, allongé, ressemblant au con- tour du crâne des femmes européennes. Front différant peu de celui des Nègres, seulement plus reculé , très-étroit et pas haut. Dans le plus grand nombre , comme dans les Nègres , quelques-uns ont la physionomie moins éthiopienne, supérieure Le développement osseux de la mâchoire supérieure presqu'aussi grand que dans les Nègres. Presque pas chez les Cafres. A peu près comme dans les Nègres. Pas autant que parmi les Nègres. Ce n'est jam.iis ainsi chez les Cafres : ils ont les extrémités inférieures bien propor- daiisla position droite oni Uonnées , et souvent d'une force d'Hercule: les genoux légèrement plies, , ^ ^ ^ ^ ^ ' et les talons ont une ten- les extrémités Supérieures sont faibles et dis- dance constante à quitter la proportionnées: tandis que les membres in- terre. Les muscles gastrocne- _ ' miens place's trop près de la férié u rs , le ventre et les reins sont même '^'""^" supérieurs à ceux des Européens. Le crâne cafre est moins grand dans la plupart de ses mesures que celui des Européens 5 les os temporaux sont plats et comprimés , et la suture squammeuse souvent droite au lieu. d'être, comme dans les Européens, semi- circulaire. Ce peuple est difficile dans le choix de sa nourriture : il ne mange ni poisson ni oiseau , rien en un mot de ce qui est regardé comme impur par la loi Lévilique •, pourtant il mange crues les parties inférieures des animaux, telles que les intestins, l'estomac, les Dune couleur générale- ment Irès-sumbre- Les cheveux noirs et lai- neux. Tête étroite , comprimée sur les côtés. Front arqué. Os molaire proéminent ; yeux creux , nez gros et peu éloigné des lèvres. JUâclioire avancée. t.es incisives supérieures avançant obliquement- Lèvres très-grosses- Menton reculé. Les jambes généralement torses; ils ont une assez gran- de difficulté à se maintenir (4o) poumons , etc. , arrachées de l'animal qui vient de mourir. En examinant soigneusement les habitudes et les ma- nières d'être de celte race, je la crois alliée de très-près aux Nègres , et je pense que les différences que l'on peut observer doivent être attribuées à celles des climats. Les Cafres en un mol sont les nègres des montagnes-, ce sont les nègres changés par le séjour d'un climat extra- tropical 5 comme tous les montagnards, ils sont hardis, courageux et épris de la liberté. Ils ont une intelligence supérieure à celle des Nègres, et je les crois susceptibles d'un très-haut degré de civilisation. La disproportion extrême que l'on observe chez les Cafres entre les extré- mités supérieures et les inférieures est due sans doute au degré très-inégal d'exercice auquel sont soumises ces deux parties du corps; le Cafre ne travaille jamais, et de-là provient la faiblesse de ses bras ; mais la chasse et les excursions lointaines sont ses exercices habituels, et par ce moyen ses membres deviennent musculaires et acquièrent souvent une force d'Hercule. L'excès de la nourriture donne sûrement lieu à l'énorme enflure des jambes à laquelle plusieurs d'entre eux sont sujets , quand , soit par indolence soit par suite des infirmités de l'âge , ils cessent de mener la même vie active. Ils prati- quent la circoncision et la polygamie ainsi que presque toutes les nations africaines. Suivant le rapport des voyageurs anciens et moder- nes , on trouve disséminées en Afrique des tribus de races semblables à celles des Cafres et qui ne paraissent pour- tant pas liées les unes aux autres. On nous a parlé d'une nation nègre appelée Nuboe, qui habite le pays à l'ouest du Nil près du confluent du Nil abyssinien et du vrai ( 4» ) Nil; on décrit ce peuple comme étant d'un caractère doux, ayant de petits traits, le nez plat et les cheveux crépus ; il parle une langue douce et sonore et diffère en ce point de ses voisins. Les voyageurs font aussi men- tion des Ababdes qui habitent à l'est du Nil, et disent qu'ils sont noirs , avec des traits européens 5 mais comme peu de voyageurs ont été anatomistes , on ne peut pas trop compter sur leurs rapports. On croit généralement que , par des moyens extérieurs et particulièrement par la pression, la forme du crâne humain peut être modifiée et changée , et que cela peut même à la fin devenir héréditaire. On assure par exemple que les différences craniologiques les plus remarquables parmi certaines nations, sont occasionéespatla pression ex- térieure ; que l'aplatissement du nez des Africains provient de la même cause; que les Nègres ont les jambes tordues parce que durant leur enfance ils sont portés sur le dos de leur nourrice, et que la grandeur des pieds des Cafres et la petitesse de ceux des Bosjemans sont dues chez les premiers à l'abondance de la nourriture, et au défaut d'alimens chez les seconds (i). Mais ces assertions se trouvent constamment réfutées par les faits. Les pieds et les mains des Cafres et des Bosjemans sont régniiers et bien proportionnés quoique durant leur enfance ils soient portés comme les Nègres ; ils n'ont jamnis les jambes tordues ni déformées. Le nez des Africains est plat indépendamment d'aucun moyen inventé par les nourrices, et tous les crânes humains de l'univers en- tier sont formés des mains de la nature et non par celles de l'homme. (1: Bluujc'uhuch de lutui'a' viirii.talt'. ( 40 Variété Mongole. Viais Vongolt habitans africains Bosjemans, comprenant les nom- desdésertsdu ceDlre de 1 A- .. ., ,, ,, sie. breuses tribus Hottentotes, telles que les Na~ maquas , etc. Couleurjaune ou olivâtre. Couleur le'gèrement jaune ou olivâtre , elle est assez diflicile à déterminer et varie en intensité parmi les Holtentots , mais est assez uniforme parmi les vrais Bosjemans. Cheveux noirs , durs , Cheveux noirs ordinairement courts , mais droits et rares. , . . , Tenant quelquefois a une longueur considé- rable, plantés en petites touffes, séparées sur le péricrâne comme aus Cafres. Tête de forme carrée- Le contour de la tête large et carré, et res- semblant beaucoup à celui des Mongols. Visage large , plat , e'crasé Visage assez semblable à' relui des véri- et les traits paraissant alors x ui «7 1 1 1 ' ramassés tables Mongols; les lèvres grosses. Front uni et plat ,«ez petit Comme les Mongols. et plat. L'ouverture de la paupière Comme aux Mongols; l'angle interne de e'troite et en li<;ne. i> -i .. * i » r •.. j- ° lœil est tout-a-tait arrondi. Menton avançant un peu. Menton très-petit , pointa, mais pas avance. J'ajouterai comme observation aux divers caractères de ces races , qu'il existe la plus parfaite symétrie dans la conformation entière des Bosjemans 5 leur stature est remarquablement petite ^ je crois que la taille moyenne est de quatre pieds six pouces pour les hommes (i); les femmes ont les fesses remarquablement proéminentes et les nymphes allongées ; mais un simple croisement avec un Cafre ou un Européen détruit ce caractère. Les Bos- jemans ont une force de vision rare, mais qu'un seul mariage avec une autre race suffit pour détruire ; le crâne est bien formé et épais, les apophyses nasales de l'os maxillaire supérieur sont larges et courtes, ce qui fait pn- (i) Cette mesure est probablement donnée en pieds anglais qui , comme on sait , sont plus petits que les pieds de France. (43) raître la racine du nez dans les Mongols et les Bosjemans plus large; les trous pour le passage des nerfs grands hypoglosses sont très-grands (1)5 le crâne vu vertica- lement est presque égal à une tête européenne bien for- mée; les os pariétaux sont très-saillans et forment la partie la plus large du crâne; ils ont ainsi que la race mongole le trou occipital plus grand que dans les autres races; le plancher de l'orbite ne rétrécit pas autant sa cavité que dans la race mongole , ce qui change beaucoup la physionomie pour ce qui regarde la direction des yeux. Les mœurs des Bosjemans ont été décrites avec des détails sufBsans par la plupart des voyageurs qui ont parcouru l'Afrique ; je me contenterai donc de faire seu- lement quelques remarques sur les divers points de res- semblance qui existent entre les races de vrais Mongols et celles des Bosjemans. Ils consistent d'abord dans les pays qu'ils habitent, qui dans les deux cas sont de vastes déserts sablonneux élevés, presque entièrement dépourvus d'herbages et d'eau ; en second lieu dans le goût qu'ont les deux races pour la chair de cheval , nourriture qu'ils jiréfèrent à toute autre, ce qui leur mérite bien le nom d'Hippophages , et troisièmement enfin dans la longueur de leur vue qui est au-delà de toute croyance : je me suis assuré qu'elle est égale à celle des Européens aidée des meilleures lunettes. Le Bosjeman est industrieux , adroit et ingénieux; il a une grande facilité pour l'imitation et beaucoup d'intelligence; il apprend promptement les langues , et sa légèreté à la course est pi'esque devenue proverbiale. L'origine de cette race, c'est-à-dire la manière dont (I) Ces trous hont ilëcidémenl ]ilu.s grands dans la nice noire que dans la race blanche; ils indiquent «ividemincnt le passage d'un ncrt proportionnellement plus grand. ( 44 ) elle est descendue et s'est séparée des variétés les plus étendues de la race humaine, est une des recherches les plus importantes que présente l'histoire naturelle de l'homme. Nous ne pouvons associer les Bosjemans avec la variété Mongole qu'en nous transportant de la pénin- sule méridionale de l'Afrique au grand désert de l'Asie. Les anneaux qui lient ces deux nations sont perdus et les deux races intermédiaires inconnues; bien que l'on ne puisse entièrement compter sur l'histoire quand il s'agit d'événemens aussi éloignés, les renseignemens qu'elle donne sur ce sujet ne doivent pas être négligés. Il existe un fait auquel on fait si souvent allusion , qu'on ne peut le mettre en doute quoiqu'il soit amplifié et défiguré par la fable. Je veux parler des fréquentes éruptions des peuples du nord de l'Asie dans les Etals méridionaux de l'Europe et de l'Asie. Les premiers monumens d'an- tiquité, encore conservés dans les caveaux d'Eléphanline dans la péninsule indienne, attestent la présence prédo- minante de la race mongole à une période antérieure de plus de deux mille ans à l'ère chrétienne , et prouvent qu'à cette époque la physionomie mongole avait les rap- ports les plus frappans avec celle des races actuelles chinoises et bosjemans. La première introduction des Mongols ou des races asiatiques septentrionales dans la péninsule de l'Inde est attestée plus tard par leur influence sur les Indous modernes ; car quoique le célèbre Blumenbach nous assure que le crâne indou est semblable en perfection et en proportion à celui des Turcs, et que par conséquent il rapporte cette race à la variété caucasique , j'ai trouvé dans les têtes des Indous que j'ai examinées, que le développement de la mâchoire supérieure n'était pas exactement semblable à celui de la race caucasique. ( 45) La grande antiquité des hordes mongoles de l'Asie est aussi prouvée par le premier établissement de l'empire chinois ; et quoique je sois entièrement persuadé de l'ancienneté plus grande encore de celles des Indous et des Egyptiens, pourtant plusieurs passages d'Hérodote indiquent que les tribus mongoles se formèrent plus rapidement encore que les caucasiques en une nation grande et belliqueuse. Il paraîtrait donc , d'après un examen rapide des rap- ports historiques, des restes d'antiquité, et des lois et cérémonies religieuses qui ont été transmises de géné- rations en générations , qu'à une période très-éloignée les races mongoles pénétrèrent en Europe et dans le sud de l'Asie, et rien n'empêche de penser qu'ils peu- vent avoir, par leur présence, modifié quelques-unes des races du centre de l'Afrique. Dans la crainte qu'on ne ni'accuse d'avoir, par oubli , omis de parler de la race mongole comme ayatit pénétré dans les déserts de l'Amérique, je dirai ici que le peu de crânes esquimaux que j'ai examinés m'ont paru être tout-à-fait américains, et que je n'ai pas découvert le plus léger rapport entre aucune des races natives d'Amérique et les tètes mongoles. J'observerai encore ici que la plu- part des opinions renfermées dans ce mémoii'e sont fondées , non sur la théorie ou sur des conjectures, mais sur l'examen anatomique de crânes d'une grande quan- tité de races humaines dont je dois en grande partie la comrhunication à MM. Jameson , Monro et Barcklay. Le tableau ci-joint donne les mesures comparatives de la tête de plusieurs variétés remarquables de la race hu- maine. (46) ' Caraïbe h m ^T^ fO ^* =1 § «f m oc 10 1 f. Turc. , h lO LT 1 to 1 1 -" 3 i» • co" v^ , (U 2.^ ; ■S „ • = ■3 = S 2." '0 ~ ::. if 4J-0 . -a P.i s Ô 3 ■ X 0^ cr. Q V o , en -a; Ch n s-^ • Bh ^^ (4, > 3 t a. Note sur les changemens de poids que les œufs éprou- vent pendant ï incubation; Par mm. Prévost et Ddmas. On savait , depuis long-temps , que les œufs dimi- nuaient de poids pendant l'incubation , mais il ne semble pas que cette question eût été l'objet de recherches con- venables , jusqu'à l'époque où M. Geoffroy de Saint- Hilaire s'en est occupé. Il a pesé six oeufs , au commen- cement et vers la 6n de l'incubation , et la moyenne de ses expériences donne un sixième de perte en poids , à très-peu de chose près. Les nôtres avaient déjà été exé- cutées lorsque l'ouvrage de M. de Saint-Hilaire parut j et comme elles s'en rapprochent beaucoup , puisque nos œufs ont subi une diminution égale à j^eu près au septième de leur poids primitif, nous avons cru que cette matière était suffisamment éclaircie. Afin de nous placer dans les conditions les plus ordinaires , nous avons fait usage de Poules couveuses , de préférence à notre machine et aux Poules d'Inde que nous avions coutume d'employer. Les œufs étaient très-frais au mo- ment où on les pesait pour la première fois , et nous avons eu soin de les soumettre à la même opération à trois époques différentes , c'est-à-dire après le septième , le quatorzième et le vingtième jour de l'incubation. Le résultat le plus saillant de cette comparaison , c'est que la perte se divise d'une manière inégale , et qu'elle est d'autant plus forte qu'on est plus près du com.nence- mentde l'expérience. Eu effet, d'après une moyenne de douze résultats, nous trouvons qu'un œuf , pesant . 55,36 grammes , se réduit à 48,63 gr. par une incuba- ( 48 ) tion de viagt jours complets. La perte qu'il a éprouvée est donc égale à 7, ^3 gr. -, mais il se trouve quelle se distribue de manière que pendant les six derniers jours l'œuf a perdu à peu près la moitié du poids qu^ exprime la diminution occasionée par les sept pre- miers. En effet , au bout du septième. jour , il offre une différence de 3, 16 gr. ; lorsqu'il arrive au quatorzième, il présente une nouveUe diminution , mais elle ne s'é- lève qu'à 2,84 gr. ; enfin die est encore plus faible à dater de cette dernière époque jusqu'au vingtième jour, et l'œuf a perdu seulement 1,^1 gr. Avant de discuter les causes de cette diminution progressive , nous don- nerons le tableau qui renferme ces résultats , et nous passerons à une série analogue exécutée sur des oeufs qui n'avaient pas été fécondés. Nous publierons plus tard des expériences relatives aux cbangemens de composition cliimique, qui peuvent se reconnaître dans l'œuf fécond ou infécond aux diverses pbases de l'incubation. Nous avons eu égard dans ces ex- périences à l'influence que les œufs exercent sur l'at- mosplière , et nous pouvons établir ici que la perte de poids qu'ils éprouvent provient en grande partie de l'eau qui s'est évaporée , et que le reste est dû à la transfor- mation d'une certfiine quantité de carbone en acide car- bonique. Pour le moment, nous allons discuter les résultats de la perte totale aux différentes époques de l'incubation. ( 49) Changement survenu dans ,1e poids des œufs fécondés i| pen dant r incubation; octobre 1822. j 3 c 8 c. "3 3 2- §1 - V -r Obaeri'dtions. ', 5,3 c c " -. -c 'Ji — 2,.,0 .~rê 5 — A gram. 58,75 2,98 giam. 2,52 giam. 7,5o giam. 5i,25 Poulet ])rêt ;i c'clore. B • '58,13 3,72 3,35 .,55 8,62 4g,5o Idem. C 62,93 3,',. 3,07 1,00 7.48 55,45 Idem. D 49. '0 2,89 2,76 1,10 6,75 42,35 11 avait déjà percé la coquille. E 54,57 2,82 ■ï,4o ,,35 6,57 48,00 L'abdomen n'était pas encore fermé. F 55,52 2,l5 2,47 1,35 5,97 49,55 Prêt à éclore. G 56,58 3,33 3,10 2,85 9.'8 47, 3o Idem. *H 53,55 3,25 2,90 1 5o 7,65 45.90 Idem. I 55,95 3,80 2,20 2,4.^ 8,43 47, 52 Près de rentrer le jaune. K 5o,35 3,o5 2,65 1,40 7,10 43,25 Prêt ù éclore. L 56,20 2,35 3,45 2,35 8,k5 48,o5 Iilem. M 64,:5 4,25 3,3o '.:o 9>25 55, 5o Coquille percée. Total. . 676,3, 38,oo 34,, 7 20,58 92,75 583,62 Moyenne. 56,36 3,.6 2,84 '-7' 7,73 48,63 ^^^i^ai m On conçoit qu'il suffisait de comparer sous ce point de vue les œufs féconds et les œufs stériles, pour s'as- surer si cette perte était un simple résultat d'évapora- tion , ou bien si elle se trouvait liée d'une manière quel- conque avec le travail de l'évolution. Mais il fallait aussi , pour rendre la conclusion précise , r|ue ces der- TOME IV. 4 ( ^o ) niers n'ôpi'ouvassent pas un changement de constiiuliou chimique-, car s'ils avaient offert cette action complexe on n'aurait pas facilement distingué l'influence particu- lière à chacune de ces actions. Des expériences multi- pliées nous avaierlt appris que les œufs très-frais , bien qu'ils ne fussent pas fécondés , pouvaient supporter l'incubation ordinaire , sans niauifester des symptômes de putréfaction appréciables. Leur consistance reste à peu près la même ; le jaui.c acquiert une couleur un peu plus foncée , et sur dix qu'on soumet à ce genre d'é- preuve, il s'en rencontre .î peine un ou deux qui se soient notablement altérés. Il n'en est pas de même si l'on continue , et vers le trentième ou quarantième jour ils exhalent tous une odeur infecte qui se perçoit aisément, même au travers de la coquille. Nous avons donc choisi douze œufs stériles fraîche- ment pondus, et nous avons répété sur eux les opéra- tions dont les œufs féconds avaient été l'objet. Au bout de vingt jours révolus , la perte en poids s'est trouvée absolument semblable , et en comparant. les pesées in- termédiaires , on peut se convaincre que sa distribution a lieu d'après la même loi. C'est ce que le tableau sui- vant mettra facilement en évidence , et l'on pourra aussi remarquer que le poids moyen de l'œuf stérile est plus faible que celui de l'œuf fécondé. Avant d'admettre une telle différence , il serait nécessaire sans doute de multiplier les résultats plus que nous ne l'avons fait ici , mais nous ajouterons qu'elle nous a paru réelle dans un assez grand nombre d'œufs que nous avons examinés sous ce rapport. ( 5. ) Changemens survenus dans le poids des œufs non fécondés lorsqu'on les a couvés pendant la période ordinaire • oc- tobre 1823. 1 7*ï Il gram. •0 <»•. rr •PI S) yram. — c gram. A 55,45 2,55 2, Go 1,85 lî 53,45 3,35 2,65 •-:5 C ^0,0-; 3,52 3,o5 o,65 D 57.22 3,37 2,95 1,40 E 55,12 2.97 2,75 i,5o G 47,55 2,43 2,32 1,10 H 5o,85 2,70 2,55 1,25 K^ 5o,o5 a,3o 2,20 i,i5 L 5i45 3,00 2,70 i,5o Total. Î73,,, 26,19 23,77 12, i5 Moyenne. 52,56 2,91 2.6i 1,35 o ^ gram. 7,0r) f> l-J 7.22 /.;2 7,22 5,85 6,5o 5,65 7,20 62,11 6,90 gram. 48,45 4i^7'' 43,75 49.^0 46,90 41,70 4i4o 47,25 451,00 45,66 Obseroalinns. Tous les œuf: conlenus dans c( Tableau étaient ^lei-iles et n'a vaieiit coalraclé presque aucune ideur pendant cette incubation f.es nume'ros F I et M ont été mis de côté j causede la puan leur qu'ils exha- laient. Nous avions un autre moyen plus propre encore à nous faire connaître s'il- existe réellement quelque liaison entre les mouvemens du fœtus et la perle que l'œuf éprouve par l'évaporation. Lorsqu'on se pourvoit au ha- sard clans les marchés des œufs qu'on veut soumettre à l'incubation , ils se trouvent mélangés de manière à produire les résultats les plus irréguliers. Si l'on en prend un certain nombre , et qu'on les couve pendant trente ou quarante heures, par exemple, les uns au'ronl 4* ( 52 ^ atteint réellement le degré de développement qui con- vient à cette époque ; les autres seront plus ou moins au-dessous, et Ton pourra même en trouver qui se montreront plus avancés de quelques heures. Ce dernier cas , bien qu'il soit plus rare , se montre néanmoins assez souvent pour donner la clef des petites inexacti- tudes relatives aux phases de l'évolution qu'on trouve , soit dans l'ouvrage de M. Pander , soit dans celui de M. Rolando , etc. Ces auteurs semblent avoir adopté pour principe , dans leurs recherches , celte vue très- . judicieuse, dont nous avons fait usage nous-mêmes , qu'un foetus peut bien être retardé , mais qu'il est im- possible qu'il se montre hàtif. Ce n'est point non plus l'efFet d'une idiosyncrasie particulière qui amène les irrégularités que nous venons de mentionner , elles tiennent à des causes plus faciles à atteindre. Ainsi que nous l'avons dit plusieurs fois dans le cours de ce Mé- moire, les œufs qui ne sont point récemment pondus se développent plus tard que les autres , et aucun auteur n'a pris garde avant nous au temps qui leur est nécessaire pour acquérir la température qui est indis- pensable aux mouvemens du germe. De plus l'incuba- tion ne date pas de l'instant où l'oeuf est placé sous la Poule , elle commence réellement à l'époque où le jaune a acquis la température de 35" à 4o° C. C'est à ces deux causes que doivent se rapporter les observations tardives. Mais la première est de beaucoup la plus efficace , sur- tout lorsqu'on se livre à une série d'expjlriences qui exigent plusieurs milliers d'oeufs , ainsi que cela est arrivé à Malpighi, à M. Pander et à nous-mêmes. Quant aux foetus hâtifs , ils ne se montrent tels que parce qu'ils ont déjà subi un commencement d'incuba- i 1 (53) tion , et pour s'en convaincre , il suffit d'examiner quel- ques douzaines d'œufs pris dans les marchés ; on en itouve de toutes les époques , depuis ceux qui n'ont point été couvés jusqu'à dix ou douze heures , et quel- quefois davantage. Cette circonstance tient à la méthode adoptée dans les campagnes pour la récolte des œufs. On les laisse pendant quinze ou vingt heures à la dis- position de la mère, qui en profite souvent pour les couver, ou qui les couve sans intention. Sous ce point de vue , nos recherches ne sont point sans quelque j)rix, à cause du soin extrême que nous avons mis à constater les diverses époques de l'évolution. Les œufs que nous avons employés pour établir notre série, ont été, pour ainsi dire, pondus sous nos yeux, et nous avons bien souvent poussé le scrupule jusqu'à les ex- iraire de l'oviducte. Aussi regardons-nous les dates que nous avons données comme excessivement exactes , et nous n'hésitons plus maintenant dès qu'il s'agit de fixer l'âge du Poulet , puisqu'il suffit de comparer ses dimen- sions et l'état de ses organes aux figures que nous avons tracées. C'est ainsi que nous avons pu nous débarrasser de toutes les causes d'erreur , et que nous avons re- connu les retards fréquens qui se montrent dans le dé- veloppement des Poulets. Ces retards eux-mêmes vont maintenant nous devenir fort utiles , puisqu'ils nous permettront de séparer nette- ment les deux ordres d'action qui s'effectuint dans' un oeuf fécondé qu'on soumet à la chaleur de l'incubalion. Kn efi'et , si la perte de poids qu'il éprouve est liée d'une manière quelconque au mouvement de l'embryon , elle sera d'autant plus forte que celui-ci se trouvera plus avancé dans un temps donné : mais si au contraire elle ( 54 ) n'est duc qu'à uu iiinple elTet d'évaporation , i;llc sera en rapport avec le temps de l'incubation et n en aura point avec l'âge réel du Poulet. Toutes les expériences que nous avons faites sont en faveur de cette dernière supposition , et dans le nombre il n'en est pas une qui puisse fournir un argument à l'appui de la première. Nous en citerons dix pour exemple , et l'on pourra s'as- surer, en parcourant le tableau , qu'il arrive quelque- fois que , pour des temps d'incubation semblables, l'œuf dont le Poulet est le moins avancé , se trouve précisé- ment celui qui a éprouvé la perte la plus considérable. Nous joignons à ces résultats quelques faits du même genre observés sur des œufs de Canard*, mais c'est moins dans le but de fournir des élémens nouveaux à cette dis- cussion , que les faits précédens semblent éclaircir d'une manière suffisante , que pour montrer le rapport de la diminution des poids dans ces deux espèces. On arrive ainsi à ce résultat remarquable, que pendant les pre- mières heures, les œufs de Poule perdent 0,026 gr. par heure, et ceux de Canard 0,01 y gr. seulement. Si l'on admet que cette différence est en raison inverse du temps nécessaire à l'incubation complète de ces deux espèces, on trouve 26 : i^ : : a; : 21 , durée de l'incu- bation des Poules. Il est aisé de voir que x égale 32 ; ce qui est à peu près le nombre de jours après lequel les petits Canards percent leur coquille. Ou conçoit maintenant pourquoi la coque de l'œuf des Canards est plus épaisse , plus serrée et moins po- reuse que celle des œufs de Poule , et l'on parviendra probablement par de nouvelles recherches à donner à cette loi plus d'étendue et plus de généralité. i i ( 55 ) Perte en poids éprouvét par les œufs p endant les premières heures de l'incubation. Espèce n 2.-0 a ft* a !?>> Observations. de l'œuf. n a n r— CD M. 'X 0' a- 3 fi ui gram^ gram. heures . heures. Poulet. 58,625 0,600 11 i5 On remarque (larnii ces œufs, celui qui pesait 72,600. Idem. 59,35m o,5:5 11 22 C'est le plus lourd à un seul jaune rpie nous ajOQS jamais Ici. m. jifioo i,o5o 48 ^'f lenconlio. Il est probable que sa diuïension extraordi- Idem. 55,125 1,175 48 '1 "> naire a contribué pour beau- coup à la lenteur de 1 incu- bation en rendant pins diffi- Idem. 5i,525 1,325 48 42 cile le re'cliauflemeut du jaune qui se trouve à peu près au centre dans lei œufs Idem. 59,045 1,145 48 -Vi non-couves. Idcin. 55,p5 1,1 5o 48 42 Idem. 62,145 i,3ao 43 48 Idem. 50,0^5 1.875 6.. 48 Id.:m. 5r,9O0 ■ i,8a5 60 60 ToT.^I,. . . j; 13,040 45i,o 376,0 Moyenne.. )) I,3o/| 4^,^ 37,6 Canard. 6^,875 0,425 25 20 Les œnfs de Canard que nous avons eniplove's e'taieni Idem. 63,3oo 0,4-5 .).) 3<) Irès-fiais, et Ion pourra re- marquer qu'ils ont presque Idem. 56,3:5 0,625 33 3o tous éprouve' 1 évolulion la plus re'gulière. Iilcm. 6o,/j5o 0,600 :36 32 Idem. 65, 680 n,655 36 ,'io Idem . 61,775 0,575 36 .t'i Total. . . n .3.355 '99 '71 1 Moyi'nne.. )) 0,559 1 '» -9 ( 56 ) On peut conclure des divers résultats contenus dans celte note : 1°. Que les oeufs fécondés ou inféconds éprouvent à peu près la même perte en poids pendant la durée de l'incubation ; 2". Que cette perte suit dans l'un et l'autre cas une progression décroissante à dater du commencement de l'incubation ; 3°. Qu'on observe un rapport remarquable entre la durée de l'incubation et la perte en poids journalière. Celle-ci paraît d'autant moindre que l'incubation dure plus long-temps ; 4°. Que la perte de poids paraît entièrement due à Tévaporalion ou bien à des altérations chimiques indé- pendantes de l'évolution du fœtus, puisqu'elle est en rap- port avec la durée de l'incubation et non point avec le développement plus ou moins rapide du jeune animal. Nous avons enfin cherché à préciser d'une manière satisfaisante les conditions qui font varier si souvent les expériences sur l'incubation relativement à l'âge du Poulet. Dans notre prochain Mémoire nous donnerons l'échelle des développemens pour les cinq premiers jours, et l'on verra que les caractères du foetus ont pu nous servir à déterminer son âge sans difficulté. (5; ) Mémoire sur le genre Ictides -, Par m. a. Valenciennes. M. Frédéric Cuvier a publié (Mem. Mus. Hîst. nat., Tom. IX, pag. ^i) \a figure d'un Mammifère qui porte à Java le nom de Benlurong. Le dessin lui avait été en- voyé de Calcutta par M. A. Duvaucel qui a vu cet animal vivant dans la ménagerie du marquis d'Haslings à Barag- poor, où on le conservait comme originaire de Boutan. M. F. Cuvier jugea que ce mammifère devait se rappro- cher de ses P aradoxurus ; et il le place dans ce genre sous le nom de Paradoxunis alhifrons. Pendant mon séjour à Bruxelles en 1822, j'ai été assez heureux pour me procurer un individu de cette espèce. L'examen des dents m'a fait reconnaître qu'elle devait être distinguée des autres Paradoxures , et j'ai été con- firmé dans mon opinion par celle de M. F. Cuvier qui veut bien m'honorer de son amitié. Je proposai pour ce nouveau genre le nom à'Jctides (i) , et l'animal fut dé- posé dans les galeries du Muséum d'Histoire naturelle sous le nom d'Jctides albifrons. Ce carnassier de la fa- mille des Civettes, établi t entre ce groupe et celuides plan- tigrades une liaison évidente. La ressemblance avec les (i; Ce nom Tient de celui â'Iktis, qu'Aristote a employé pour un petit quadrupède qu'il n'a pas caractérisé j mais qui est peut-être le Putois. Par on hasard singulier , M. Temminck , à Leyde , avait voulu nommer ce genre Arcticlis; c'est sous ce nom qu'il désigne l'animal qui fait le sujet de ce Mémoire, dans son prospectus des Monographies de Mammifères. Mais M. Cuvier ayant adopte' le nom que j'avais pro- posé, et l'ayant publié depuis long-temps, je n'ai pas cru devoir le rhangcr. (58 ) Ratons (i) avait surtout frappé MM. Djard et Duvauccl, car ils Tiiidiquent dans leur correspondance sous le nom de Eaton à queue prenante. L'individu que j'ai rapporté pour le cabinet du roi , et que je dois à la générosité de M Drapiez, directeur du Musée de Bruxelles, nous a mis à même d'en connaître le système dentaire. M. F. Cuvier l'a décrit dans son ou- vrage sur les dents des Mammifères, pag. 102, n° 34 bis. Il fait voir que les rapports et la similitude de la denti- tion placent cet animal à côté des Civettes, et surtout auprès du Pougouné ÇParadoxurus Typus), à cause de la grosseur du talon des molaires tuberculeuses; mais ce talon est plus court, plus arrondi et encore plus fort que celui que l'on observe dans le Pougouné. Les molaires du Benturong ressemblent beaucoup à celles des Ratons ; un autre rapport existe encore entre ces deux animaux : ils sont tous deux plantigrades. Depuis ce travail M. F. Cuvîer a publié dans son His- toire naturelle des Mammifères deux figures de Bentu- rong , qui lui avaient été envoyées par MM. Diard et Duvaucel •, l'une est celle qui avait déjà paru dans les Mémoires que j'ai cités plus haut; la seconde, faite à Java, forme le type d'une seconde espèce sous le nom de Benturong noir. Elle diffère de la précédente par sa cou- leur et par sa taille qui est un peu plus forte. Je crois cependant qu'il peut y avoir encore quelques doutes sur l'existence de ces deux espèces , peut-être n'en font-elles qu'une ? La différence dépendrait de l'âge et du sexe. M. Temminck croit c|ue les mâles du Benturong sont noirs , que les femelles sont grises ou roussàtres , et que les jeunes sont roussàtres. (i) Ursus lotor Lin. (59) Ces renseignemeiis lui ont été fournis par MM. Kuhl et Van-Hasselt , dont les noms doivent toujours être cités par ceux qui s'occupent de l'histoire naturelle de Java. On trouve des passages insensibles de la couleur grise à la couleur noire du pelage des Benturongs , parmi les nombreux individus (jui faisaient partie des belles col- lections que les infortunés voyageurs ont envoyés au Musée royal des Pays-Bas. Les caractères du genre Ictides sont faciles à tracer depuis les travaux de M. Frédéric Cuvier. Ce sont des animaux à corps trapu, à marche plan- tigrade et à queue forte et prenante^ ils ont dix-huit dents à chaque mâchoire , savoir six incisives , deux ca- nines et dix màchelières 5 à la mâchoire supérieure il y a quatre fausses molaires et six vraies, tandis que l'infé- rieure porte six fausses molaires et quatre vraies. Les incisives n'offrent rien de remarquable. Les canines sont longues, comprimées, tranchantes sur leur bord anté- rieur et postérieur; elles ressemblent tout-à-fait à des canines de Coatis. Quant aux màchelières, je dois ren- voyer à la description exacte que M. F. Cuvier en a déjà donnée. Quoique ce savant ait déjà donné la figure de deux Benturongs, je crois cependant qu'il n'est pas inutile d'en publier une nouvelle faite sur l'individu que pos- sède le cabinet du roi, et d'y joindre une description dans laquelle je donnerai les mesures des différentes parties du corps de ce singulier carnassier. Sa physionomie est assez semblable à celle d'un Raton-, sa longueur depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue est d'en- viron deux pieds; il est couvert de poils durs , longs et épais. Chaque poil est noir dans les deux tiers de sa Ion- (6o ) guenr , et blanc grisâtre, quelquefois roussàtre à sa pointe. Il en résulte que la couleur générale du corps est grise- roussâtre en dessus sur un fond noir 5 le ventre est un peu plus foncé que le dos , il est presque noirâtre -, le feutre est laineux , fin, assez épais et roussàtre-, la tête est grosse et longue de cinq pouces et demi , sa largeur est égale à sa longueur; le nez , le front et le tour des yeux sont gris , les lèvres sont noires ; les moustaches ont leurs poils très-longs; les poils sont, les uns blancs, les autres noirs, d'autres enfin sont noirs à la base et blancs à la pointe; les yeux sont petits, les oreilles sont arron- dies , petites, garnies en dedans de poils courts et blan- châtres; en dehors elles portent des poils très- longs de même nature que ceux du corps , et qui forment par leur réunion un long et gros pinceau sur chaque oreille; les membres antérieurs ont cinq pouces de longueur ; le bras est de la même couleur que le corps ; mais l'avant-bras parait plus blanc parce que les poils qui le recouvrent ont plus de leur moitié blanche. Il y a cinq doigts à chaque main ; leurs ongles sont très- forts, comprimés, crochus et non rétractiles ; la paume est noirâtre; les membres postérieurs sont aussi longs que les antérieurs , et ils offrent le même arrangement dans la distribution de leur couleur. Le pied , de quatre pouces de long, a cinq doigts à peu près d'égale longueur et pourvus d'ongles assez forts; la plante du pied est noire , entièrement nue , et touche le sol par tous les points de sa surface. La partie antérieure est lisse, celle qui répond an talon est hérissée de nombreuses aspérités cornées , fort dures ; la queue a deux pieds six pouces de long : elle est prenante sans être nue en dessous à son extrémité inférieure ; sa base est très-grosse et pourvue ( 6. ) de muscles très-forts ; elle est recouverte de poils sem- blables à ceux du dos, lextrémité est noire. L'individu sur lequel j'ai fait cette description est en- tièrement adulte : il vient de Java. Le voyageur qui Ta donné à M. Drapiez lui a dit qu'il avait été tué dans l'intérieur de Tile, et que l'espèce y était fort rare-, elle paraît être plus commune à Sumatra et à Malacca. C'est de ces contrées que l'on a reçu en Europe la plupart des individus. Explication de la Planche i . Fig. I. Ictides albifionsréàyxïtaa quart de la grandeur naturellf. Fig. 1. Mâchoire inférieure. Fig. 3. Mâchoire supérieure. Fig. 4- Partie ante'ricure de la tête vue de profil. Observations sur le genre Chara , extraites d'une lettre adressée aux Rédacteurs ,• Par m. Agardh. On a long-temps soupçonné que le genre Chara n'appartenait pas aux Naïades. MM. Nées d'Esenbeck fct Wallroth ont produit plusieurs raisons pour les transporter parmi les algues. Je ne connais pas les observations que M. Vaucher a faites sur la reproduc- tion de ces plantes, et qui doivent les rapprocher des Marsiléacées. Il m'a semblé pourtant que , quelle que soit leur germination, l'organisation de leur lige, ainsi que celle de leur fruit , les en éloignait beaucoup , et que si l'on ne veut, avec M\L Ricliard et Kuntli , en faire une famille à part, elles pourront rester parmi (60 les Algues , comme un chaînon plus développé et su- périeur des Confervoidées , et comme un lien qui joint celles-ci aux Marsiléacées. Par cette vue , vraie ou fausse,, je me crus , dans ces derniers temps , obligé , par mon travail sur les plantes aquatiques cryptogames, à les étudier avec une atten- tion particulière •, mais n'ayant pas eu le temps de beau- coup étendre ni de rectiGer le peu d'observations que j'ai pu faire , c'est encore avec quelque déGance que je les ai introduites et caractérisées dans le Sjstenia Al- garum , qui vient de paraître (i). Cependant j'ai trouvé une différence assez gi-ande et assez tranchée entre les espèces à un tube et celles à plusieurs , pour en faire deux genres distincts , pourvu que je pusse découvrir dans la friictiGcation des caractères aussi marqués que dans l'organisation des tiges. Je me suis félicité de les avoir trouvés dans la différence des deux organes , que M. Wallroth appelle les fruits ( les pistils des auteurs) elles globules (les anthères des auteurs); en effet, les espèces à un tuheles ont séparés (on pourrait les ap- peler déclives dans le sens des auteurs), dénués de bractées et avec une couronne (calice des auteurs) presque nulle , tandis que les espèces à plusieurs tubes les ont tous nus , approchés l'un de l'autre , soutenus de plusieurs bractées, et avec une couronne très-marquée. C'était après luie analyse de plusieurs espèces que je me crus assez cerlain de cette observation ; je fis des premières espèces mon genre Nitella , et je con- servai le nom ancien de Chara aux dernières. C'est sous ce nom que je les distinguerai dans ce petit exposé. (i) Systema Algarum. anct. Agardli. Lundœ , ibaj, i vol. in-S". ( <33 ) Aussi je fus plus fâché que surpris dn voir tout mou petit système des Characées bouleversé par l'excellent Mémoire de M, Amici sur la circulation de leur suc (dans les Annales des Se. nat. j tom. II, mai 1824)- ^ y a figuré une Nitelle , et la plus vulgaire de ce genre, la Nitella flexilis , précisément avec des caractères con- traires à ceux que je croyais être si essentiels et si mar- quans , PI. III, fig. 5 , et PI. ÏV , fig. i, où le globule est posé imniéJiatemeut sous le fruit qui est soutenu par une bractée et couronné par un grand calice , exac- tement comme daus mon genre Chara. Je me liàtai d'examiner de nouveau mes Nitelles desséchées , la sai- son ne me permettant pas de les chercher vivantes , et particulièrement la Nitella flexilis en question. A ma satisfaction , je la trouvai constamment comme je l'avais vue auparavant , anthères approchées , sans bractées et avec une couronne très-peu marquée. La diflTérence entre la plante de M. Amici et la mienne est très-marquée, et elles ne peuvent pas appartenir à la même espèce. Après, j'ai examiné mes autres Nitelles , et je les ai trouvées de même. Je sens bien que M. Amici ne peut pas s'être trompé , mais il me semble qu'il reste un point à éclaircir : c'est de savoir comrrtent l'espèce de M. Amici peut avoir la tige dune Nitella et le fruit d'un Chai'a , et si par-là toute la difleienct; générique entre ces deux prétendus genres doit s'évanouir. L'analomie des Characées est très-simple et très- connue. La tige des Nitelles consiste en un seul tube cloisonné et composé d'une membrane très-mince et* incolore, si semblable aux tubes des F'alonia , que c'est une nouvelle preuve de leur affinité avec les Algues. Les Chara ont le tube principal revêtu de plu- ( (34 ) sieurs tubes beaucoup plus pelils , excepté dans la partie qui rampe dans la vase , et souvent dans les derniers articles des rameaux , qui sont simples ; cela est bien connu , mais ce que l'on ne paraît pas assez connaître , c'est l'organisation des prétendues anthères ou des glo- bules de Wallroth. Les auteurs les décrivent très -dif- féremment, et pourtant c'est l'organe le plus remarquable de tous et dont la fonction est la plus douteuse. Elle le sera encore lorsqu'on apprendra la singulière struc- ture interne qu'il a , et que je décrirai comme je l'ai vue , quoiqu'elle diffère en beaucoup de points de celle indiquée par les auteurs antérieurs. Tout le monde sait que ces anthères ou globules sout ronds et rouges , et que leur place est ordinairement immédiatement au-dessous des fruits. J'ai déjà dit que ce dernier fait parait souflVir une exception dans les Ni- lelles , où j'ai trouvé les globules sur des liges diffé- rentes de celles qui portent les fruits. Il est possible que je me sois trompé, parce que ces anthères sont ca- duques , mais je ne le crois pas ; c'est du moins un point à vérifier. La surface de ces globules est hyaline ou in- colore ^ sous cette membrane , on observe un globe rouge et réticulé ou celluleux , mais ils ne se présentent pas toujours ainsi ; souvent, au lieu de cet aspect réticulé, le globule est incolore , mais marqué de roses ou d'étoiles , dont les rayons sont rouges ou lancéolés. On voit dans les figures des auteurs, tantôt une de ces formes, tantôt l'autre-, je les ai trouvées toutes lesdeux sur une même espèce, et j'ai lieu de croii-e que le dernier état est le vrai noyau du glo- bule , caché sous l'écaillé réticulée (i). Le noyau contient (i) Quand ces préfendues anthc'res sont très-reiûres, on réussit sou- 1 (65 ) des fils très-singuliers ; ils sont simples ( une seule fois j'ai cru les voir fourchus), courbés et entrecroisés, hyalins et incolores avec des stries transversales , parallèles et ser- rées, comme dans un Oscillatoire ou un Nostoc; mais ce qui est le plus remarquable, ils sont attachés plusieurs ensemble à un organe particulier en forme de cloche, qui est également incolore , mais remplie d'un pig- ment rouge. Cette cloche, à la base de laquelle ils sont extérieurement attachés , est d'une forme un peu diffé- rente dans les diverses espèces. Elle est mince et longue dans le Chara vulgaiis , plus grosse dans te Chara firma y plus courte dans le Chara delicalula , et encore plus courte dans le Chara collabens. Une m'a pas été possible de déterminer avec sûreté comment ces cloches sont placées dans le noyau. J'ai souvent cru voir qu'elles sont la même chose que les rayons dans les roses ou étoiles du globule , dont je viens de parler *, d'où il suivrait qu'elles sont placées vers la surface, pendant que les fils sont tournés vers le centre. Ces cloches ne sont pas en grand nombre ; elles se dé- tachent souvent des fils et perdent facilement leur pig- ment : ce qui les rend très-difficiles à bien observer, et qui les a fait négliger par les auteurs. D'après cette exposition de l'anatomie de ces organes , il est bien difficile d'en déterminer la fonction, car je I ne me rappelle aucun organe , ni dans les Algues, ni parmi les autres plantes , qui puissent leur être com- paré. Il n'existe aucune ressemblance avec les anthères vent par une légère pression , à lus diviser en plusieurs valvules, comme on les voit très-bien figurées par M. Walroth dans son Traité, *ab. a , f. 3 , et tab. 5. Ces valvules sont rayonnées et répondent sans doute aux étoiles dont nous avons parlé. Tome IV. 5 (66 ) des plantes phanérogames , ni même avec leurs fruits, Pourtaut M. Walroih prétend les avoir semées et qu'elles ont produit des plantes semblables ; mais il n'a pas donné de détails sur cette expérience remarquable , qui serait une des plus intéressantes pour la connaissance de ces plantes. M. Nées d'Esenbeck a donné un Mémoire excel- lent sur les Characées , dans les Mémoires de la Société de Regensburg. Il y adopte l'opinion de M. Walrotli sur leurs fonctions , et jette beaucoup de lumière sur l'his- toire de ces plantes. Pour l'anatomie des prétendues an- thères , ses recherches diffèrent beaucoup des miennes, comme on le voit en comparant ses dessins à ma descrip- tion , soit qu'il ait observé ceux d'un Nitella et non ceux d'un Chara , soit que la manière diflerenle de disséquer ces organes ait produit cette différence dans leur aspect. Je connais trop bien la justesse de ses observations pour eti douter un moment. Cependant, c'est par une sem- blable discussion que l'on 6nira par trouver la vérité et corriger les erreurs. C'est par cette seule raison que j'ai osé présenter mes observations , quoique opposées à celles de savans aussi respectables que ceux dont il a été question dans cette petite notice. Lundi , le ag septembre i8a4. Analyse de Teau du Rio p^inagre , dans les rendes de Poparan; parM, Mariaho de Rfveko (Extrait d'une Lettre en date du 8 octobre 1828), ayec des éclair- cissemens géognostiques et phj tiques sur quelques phé- nomènes que présentent le soufre , Thydrogène sulfuré . et Teau dans les Volcans; Par m. le baron Alex, de Hdmboldt. « Conformément au désir de M. de Humboldt, je me (67 ) sois procuré l'eau du Rio Vinagre. Elle ma été envoyée par M. Torrès, qui s'intéresse à tout ce qui peut con- tribuer aux recherches scientifiques. Cette eaum'ft donné par litre : acide sulfurique, i,o8o; acide murialique , 0,184 ; alumine, 0,240 •, chaux, 0,160, et quelques in- dices de fer (i). La présence de l'acide muriatique con- firme les observations faites sur les vapeurs et les pro- ductions lilhoïdes du Vésuve et de plusieurs autres vol- cans. )» RiVKRO. J'avais annoncé , au moment de mon retour d'Améri- que, la présence des acides sulfurique'et murialique dans l'eau du Rio p^inagre , que les indigènes appellent Pusamhio. (Voyez J^ues des Cordillères et Monumens des peuples de tj4mérique^ vol. 11 , p. 166 ; Nivellement ha- romélriqiie des Andes, n° 126-, Caldas, Semanaiio del Nuevo Rejno de Granada, t. i, p. 265 ) ; mais dépourvu de sels de baryte , j'avais engagé MM. Rivero et Boussin- gault, lors de leur départ pour Bogota, à vérifier ces faits. L'analyse que nous devons à un de ces habiles chi- mistes est la première qui ait été tentée sur l'eau du Rio Vinagre. Je vais extraire de mon Journal de Voyages, en grande partie encore inédit, quelques éclaircissemens sur les circonstances locales. La ville de Popayan est située dans \& belle vallée du Rio Cauca , sur le chemin de Bogota à Quito, au pied (1) Il ne peut être douteux que les indications sont par gi-ammes e^i fractions de grammes : un litre d'eau du Rio Vinagre renferme iP'-, 080 d'acide snlfurique et og»'-,i84 d'acide muriatique. Cette propor- tion d'acide sulfurique est encore très- sensible au goût, et se mani- feste par d'abi»ndan8 précipités avec les sfis du barvti:. G-.-L. 5* ( ^8 ) lies dcnx grands volcans de Piiracé et de Sotarà. Ces volcans, presque éteints, et n'offrant que les phénomènes des solfatares , font partie du chaînon central des Andes de la Nouvelle-Grenade. Par les i° 55' et 2° 20' de la- titude boréale , le nœud des montagnes qui renferme les sources du Magdalena se divise en trois rameaux , dont Voiiental se prolonge vers Timanà et les Nevados de Chita et de Merida ; V intermédiaire et central vers les Paramos de Guanacas et de Quindiù; Voccidenlal vers le terrain platiuifère du Choco et l'isthme de Panama. En montant de la ville de Popayan à la cime du volcan de Puracé, nous avons trouvé, M. Bonpland et moi, à 1 356 toises de hauteur , une petite plaine ( Llano del Corazon) , habitée par de pauvres Indiens cultivateurs. Ce plateau est séparé ou reste du contre-fort par deux ravins extrêmement profonds : c'est au bord de ces précipices qu'est construit le village de Puracé. Des sources jaillissent partout du roc trachytique -, chaque jardin est entouré d'une haie vive d'euphorbes (lechero), à feuilles minces et du vert le plus tendre. Cette belle verdure contraste d'une manière frappante avec le ri- deau de montagnes noires et arides qui entourent le volcan , et qui sont déchirées par l'effet des tremblemens de terre. Le site du vilLtge est célèbre dans le pays à cause de trois belles cascades Çchoreras) de la rivière de Pusambio, dont l'eau est acide , et que le peuple , qui ne connaît d'autre acide que le vinaigre, appelle Rio f^inagre, quel- quefois Gran f^inagre. Cette rivière prend naissance à peu près à. 1^00 toises de hauteur, dans un endroit très- inaccessible. Quoique la température de l'eau soit peu dif- férente, dans les cascades inférieures, de celle de l'atmos- ( 69 ) phère ambiante , il n'en est pas moins certain que les sources du Rio Pusambio ou Vinagre sont très-chaudes. Ce fait m'a été attesté par les indigènes et parle missionnaire du village de Puracé. En allant à la cime du volcan, j'ai vu une colonne de fumée s'élever à l'endroit où les eaux acides viennent au jour. J'ai dessiné la seconde des chutes du Vinagre (planche xxx des J^ues des Cordil- lères ) ; l'eau qui s'ouvre un chemin à travers une ca- verne se précipite à plus de 60 toises de profondeur. La chute est d'un effet très-pittoresque ; mais les habitans de Popayan désireraient que la rivière, au lieu de se jeter dans le Rio Cauca, s'engouffrât dans quelque cre- vasse ; car telle est la délicatesse de constitution des ani- maux qui respirent par des branchies , et qui absorbent l'oxigène dissous .dans l'eau, que le Cauca, pendant un cours de quatre lieues, est dépourvu de poissons, à cause du mélange de ses eaux avec celles du Rio Vina- gre (i), qui sont chargées à la fois d'oxide de fer et d'a- cides sulfurique et muriatique. Lorsqu'on reste long- temps sur le mur du rocher taillé à pic qui avoisine la cascade, on sent un picotement dans les yeux à cause des goulleleltes dispersées et suspendues dans l'atmos- phère. Les poissons reparaissent dans le Rio Cauca, là où il s'agrandit par les deux ailluens du Pindamon et du Palace (2). Un peu au nord des sources du Pusambion naissent deux autres ruisseaux également chargés d'acide sulfu- (i) Mi Caldas a même attribue à ce mélange, avec bien peu de raîson sans doute , Tabsence des goîties dans la vallée du Rio Cauca. Sema nario , t. i , p. a65. ployez mon Ulénioire sur les Goitres dans les Cor dillères ("Magendie , Jourii. île Physiol. , t. IV , p. 109. ) (i) Journal Je Physit/ue , t. LXII , p. 61. ( 7° ) lique libre , que le peuple appelle les Petits- Vinaigres ( los dos Vinagres chicos ) : ils se jettent dans le Kio de San-Francisco , qui lui-même n'est qu'un affluent du G-ran Vinagre. Pendant mon séjour à Popayan, c'était une opinion généralement reçue que toutes ces eaux acides contenaient du fer dissous par une grande quan- tité d'acide carbonique. En se rappelant seulement que les sources du Vinagre sont très-cliaudes , on aurait dû abandonner cette opinion. Je fis bouillir des eaux pui- sées à la cascade, et je trouvai, après Vébullition, le même goût acide et les mêmes précipités que dans l'eau non bouillie. Il me restait, à cette époque , très-peu de réactifs. Le nitrate d'argent (i) donnait un précipité blanc et laiteux , indiquant la présence de muriales. Celle du fer s'annonçait par le prussiate de chaux, celle de la cbaux par l'oxalate de potasse. En pesant l'eau avec beaucoup de soin dans les ateliers de la Monnaie de Popayan , le poids d'un même volume d'eau du Vi- nagre a été trouvé au poids de l'eau distillée dans le rap- port de Ci^SS T grains à 2^3 r gr. , c'est-à-dire que la pe- santeur-spécifique de l'eau de la cascade était r: i,ooi5. Il ne faut pas confondre les eaux que je décris et dont M. Rivero a donné la première analyse, avec celles des deux lagunes souterraines que nous avons trouvées près de la cime du volcan, l'une à 2^45 toises de hauteur, i'axitre au-dessus des neiges, à 2420 toises. Ce volcan de Puracé est un dônie de trachyte semi-vitreux, gris-bleuâ- tre et à-easstjre conchoïde. Il offre, non un grand cratère ; 1) La- présence simultanée des «icides siilfuriqne tt mnriatique a élé iLConnue aussi par M. Vauqiielin , dans IVau que M. Leschenault avait puisée dm'! 1p cratèro-lac lîu Mont-ldienm; de Java. {Journal de Physique, t. LXV , p. /^oG.) ( 7' ) à son sommet, mais plusieurs petites bouches^ Il diÛêrc beaucoup du volcan voisin , le Sotarà , qui est de forme conique, et qui a lancé une immense quantité d'obsi- diennes. Ces masses, couvrant les plaines de Julumito , sont des boules ou larmes d'obsidienne dont souvent la surface est tuberculeuse. Elles présentent, ce que je n'ai vu nulle part ailleurs dans les deux hémisplières , toutes les nuances de couleur, depuis le noir foncé jusqu'à celle du verre artificiel entièrement incolore. On peut être surpris de voir que cette décoloration n'ait été accompagnée d'aucun boursoufflement. Les obsidiennes de Sotarà sont mêlées de fragmens d'émaux qui ressem- blent à la porcelaine de Réaumur , et auxquels j'ai trouvé adhérentes des masses de feldspath qui ont résisté à la fusion. Ici , comme dans les Andes de Quito , comme au Mexi- que et aux îles Canaries , le système de roches basaltiques reste éloigné des trachytes qui forment les volcans de j-'uracé et de Sotarà. Les basaltes de la Tetilla de Julu- mito n'appartiennent qu'à la rive gauche du Cauca : ils sortent au milieu de porphyres de transition dépourvus de pyroxène, renfermant un peu d'amphibole, très-peu de quarz en petits cristaux implantés dans la masse , et lin feldspath qui passe du feldspath commun au vitreux. Ce porphyre est recouvert, près de Los Serillos, d'un calcaire gris-noirâtre , traversé de filons de carbonate ^le chaux, et tellement surchargé de carbone, que, dans quelques parties , il tache les doigts comme un schiste a'iumineux ou comme les lydiennes (i) de Steeben , II) M. Vauquelin a constat): récemment , par une analyse directe , 1.1 présence du carbone dans les lydiennes les plus pures. J'avais re- (70 dans le Fichlelgebirge. Le dôme trachytique de Purace'» qui donne naissance à la petite rivière d'acide sulfiirique, sort d'une syénite porphyrique (avec feldspath com- mun ) , qui , à son tour , est superposée à un granité de transition abondant en mica. Celte observation (i), très -importante pour le gisement des roches volca- niques , peut être faite près de Santa-Barbara , en mon- tant de Popayan au village de Puracé. Le volcan, comme la plupart des grands volcans des Andes , présente des couches ou nappés de matières lithoïdes fondues, non de véritables courans de laves. Des fragmens de calcaire grenu, vraisemblablement magnésien, que j'ai trouvés à plus de 9.000 toises de hauteur , paraissent avoir été lancés par des crevasses qui se sont refermées depuis. Ils ressem- blent à ceux du Fosso Grande du Vésuve , qui doivent leur texture grenue au feu volcanique. On ne peut aller à che- val que jusqu'aux cascades du Rio Vinagre. De-là, nous mimes huitheures pour montera pied à la cime du volcan et pour en descendre. Le temps était affreux, il tombait de la grêle et de la neige. J'eus beaucoup de peine à enflammer l'amadou à la pointe du conducteur de l'é- lectromètre de Volta^ les boules de moelle de sureau s'écartaient de 5 à 6 hgues, et l'électricité passa sou- connu , dans une série d'expériences faites sur les excitateurs galva- niques en 1798, que les lydiennes des schistes de transition de Steeben produisaient , conjointement avec le zinc , le même eflet que le gra- phite ou carbure de fer. Je fis dès-lors des essais pour prouver chi- miquement la présence du carbone dans plusieurs variétés de lydiennes. Voyez m*,s Expériences sur /a Fibr:: nerueme tl musculaire (en alle- mand) , t. II, p. i63. (1) f^oyez, sur Tcnserable de ces phénomènes des volcans de Po- payau , mon Essai sur le gisement des roches, iSaS, p. 129, iSg, 340. (73) vent du positif au négatif sans qu'il n'y eût aucun autre signe d'orage; car les éclairs et le tonnerre sont (d'après mon expérience) en général très-rares lorsqu'on est au-dessus de 2000 ou 2200 toises de hauteur. La grêle était blanche (i); les grains, de 5 à ^ lignes de dia- mètre , composés de couches diversement translucides , n'étaient pas seulement très-aplalis vers les pôles, mais tellement renflés dans leur zone équatoriale, que des anneaux de elace s'en séparaient au moindre choc. J'a- b' ;pa vais déjà deux fois observé et décrit ce phénomène dans les montagnes de Bareulh et près de Cracovie, pendant un voyage en Pologne. Peut-on admettre que les couches successives qui s'ajoutent à un noyau central sont dans un état de fluidité assez grand pour que le mouvement de rotation puisse causer l'aplalissement des sphéroïdes? Lorsque le baromètre indiquait que nous étions parvenus très-près de la limite des neiges perpétuelles, nous vî- mes augmenter les masses de soufre disséminées dans des roches trachytiqucs imparfaitement colonnaircs. Ce phénomène me frappa d'autant plus que je savais com- bien le soufre est rare sur le flanc des volcans enflammés : ime colonne de fumée jaunâtre et un bruit épouvantable nous annonçaient le voisinage d'une des bouches (bocas') du volcati. Nous eûmes quelque peine à nous appro- cher de son bord •, la pente de la montagne étant très- rapide et les crevasses n'étant couvertes que par une croûte de soufre dont nous ignorions l'épaisseur. Nous (i) J'ai dt'jà rappelé ailleurs, dans ce Journal , qu'au Paramo de Guanacas où le cliemin de Bogota à Popayan passe à la hauteur de u3oo toises, on a vu tomber, non de la neige, mais de la grêle rouge. Reniermait-ellc ces mêmes germes d'organisation végétale qui ont été découverts au-delà du cercle polaire ? C 74 ) crûmes pouvoir évaluer l'étendue de cette croûte , qui est souvent interrompue par les rochers, à plus de 12,000 pieds carrés. Ces petites arêtes de rocher^ trachytiques agissent fortement sur l'aimant. Je lâchai de m'en éloigner autant que possible pour déterminer l'inclinaison de l'aiguille. Elle était à la ville de Popayan ( hauteur 911 toises ) de 2 3",o5 , division centésimale 5 au village de Puracé (hau- teur i356 toises) de 21°, 81 ; près du sommet du volcan de Puracé (hauteur 22^4 toises) 20°, 85 : l'intensité de la force magnétique variait très-peu à Popayan et au village de Puracé , et la diminution de l'inclinaison n'est cer- tainement pas l'effet de la hauteur, comme le prouvent tant d'autres observations que j'ai faites sur le sommet des Andes, mais l'effet d'attractions locales dépendantes de certains centres d'action dans les trachytes. La bouche du volcan de Puracé est une fente perpen- diculaire dont l'ouverture visible n'a que 6 pieds de long et 3 de large. Elle est recouverte en forme de voûte par une couche de soufre très-pur, qui a 18 pouces d'épais- seur, et que la force des vapeurs élastiques a fendillée du côté du nord. A 12 pieds de distance de la bouche, nous sentîmes une chaleur agréable. Le thermomètre centigrade, qui s'était soutenu jusque-là à 6°, 2 (froid bien peu considérable par un temps de grêle et à 2245 toises de hauteur), s'éleva à iS". Placés de ma- nière à ne pas être incommodés par les vapeurs , nous eûmes le plaisir de faire sécher nos vêtemens. Le bruit effrayant que l'on entend près de cette ouverture a pres- que toujours la même intensité : il ne peut être com- paré qu'à celui 'que causeraient plusieurs pompes à feu réunies, au moment où l'on ferait échapper à la fois la vapeur condensée. Nous jetâmes de grosses pierres dans ( 75 ) la crevasse, et nous découvrîmes à cette occasion que l'ouverture communique à un bassin rempli d'eau en ébullilion. Les vapeurs qui échappent avec tant de vio- lence sont de l'acide sulfureux, comme l'indique leur odeur suflbcante. Nous verrons bientôt que l'eau de la lagune souterraine est chargée d'hydrogène sulfuré; mais l'odeur de ce gaz ne se fait pas sentir au sommet du volcan, parce qu'il est masqué par l'odeur beaucoup plus forte des vapeurs d'acide sulfureux. Je n'avais au- cun moyen de déterminer la température de ces vapeurs qui paraissent subir, dans l'intérieur du volcan, une pression prodigieusement forte. Comme les Indiens pré- tendent que l'ouverture a plusieurs compartimens qui ne sont pas tous remplis d'eau, et que le bruit que l'on entend parfois dans l'intérieur de la crevasse annonce des flammes , j'introduisis, au moyen d'une longue per- che, des papiers teints avec la teinture de violette sous la voûte , là où je pouvais être sûr de ne pas toucher la surface de l'eau. En retirant la perche, je trouvai les papiers fortement rougis, mais aucunement enflammés, comme il était facile de le prévoir. Nous réussîmes, après plusieurs vaines tentatives, à puiser de l'eau dans la crevasse : c'était en liant une fufu/na (fruit du Crescentia Cujete) à une tige de 8 pieds de longueur. L'eau fut de suite versée dans une bouteille hermétiquement bouchée. Nous l'examinâmes à notre retour au village de Puracé : elle exhalait une forte odeur d'hydrogène sulfuré, elle n'avait pas de goût acide, mais de faibles précipités causés par le nitrate d'argent annonçaient la présence de l'acide niurialique. La croûte de soufre qui se forme au-dessus de la bouche naît sans doute du contact des vapeurs d'acide sulfureux avec l'hy- C 7M drogène sulfuré que dégage la lagune souterraine. L'eau même de cette lagune est recouverte d'une peau de sou- fre qui disparut dans les endroits où nous jetâmes les pierres. Il résulte de ces observations que la seule pré- sence de l'acide muriatique ou des combinaisons de cet acide avec des bases salifiables indique une faible ana-. , logie entre les eaux du Rio Vinagre et celles des lagu- nes : les premières, qui naissent beaucoup plus bas, à la pente du volcan de Puracé, sont cbargées d'acide sul- furique libre : les autres, que l'on trouve au sommet du volcan , contiennent de l'hydrogène sulfuré. Comme les bouches supérieures se trouvent à des hauteurs très- diflercntes au-dessus du niveau de la mer, on peut sup- poser que leurs eaux souterraines sont dues à la fonte des neiges et qu'elle ne communique pas. Le Rio Vinagre reçoit son acide dans l'intérieur d'un volcan qui abonde en soufre, et dont la température parait extrêmement élevée, quoique depuis des siècles on n'ait aperçu aucun phénomène lumineux à son sommet. Le bon curé du village de Pnracé croyait rendre un grand service à ses paroissiens comme aux habitans de la ville de Popayan , en faisant, comme il disait, net- toyer de temps en temps les chenùnées du volcan. Il ordonnait aux Indiens d'enlever la croûte de soufre qui s'élève en forme de dôme au-dessus de la crevasse. Cette croûte a pris quelquefois , à ce qu'on assure , en moins de deux ans , jusqu'à quatre pieds d'épaisseur. Elle rétrécit sans doute l'ouverture par laquelle sortent les vapeurs d'acide sulfureux; mais on conçoit que la force élastique de ces vapeurs est telle que , si l'ouver- ^ ture était entièrement bouchée pour quelques instans, elle briserait plutôt la voûte nouvelle que de produire (77) des commotions eu agissant contre les parois rocheuses du volcan. Depuis plusieurs années, les lagunes, qui représentent en petit les craters-lacs de nos volcans • éteints, paraissent conserver chacune le même niveau de leur ligne d'eau-, ce qui prouve que la vaporation est égale à l'infiltration des eaux de neige et de pluie -, mais cet équilibre n'a pas toujours été également stable. Vers l'année 1790, la Boca grande causait des inon- dations partielles. J'insiste sur ce phénomène parce qu'il semble jeter quelque jour sur un problème de la géologie des volcans, qui n'a pas été suffisamment examiné, je veux dire sur les éjections d'eau et de boue. Au Vésuve, ces éjections ne sont qu'apparentes et ne viennent ni de l'in- térieur du cratère ni de crevasses latérales. Une immense tension électrique se manifeste dans l'atmosphère qui en- vironne le sommet du volcan au moment des grandes éruptions. Des éclairs sillonnent l'air : les vapeurs aqueuses émises par le cratère se refroidissent, des nuages épais enveloppent le sommet ; pendant la durée de cet orage, restreint à un petit espace , l'eau descend par torrens et so mêle aux matières tuÛ'acées qu'elle entraîne avec elle (1). (1) Déjà M. de la Contamine (^Mémoire de i Académie , i^S.}, p. 18) a eu des idées très-prérises sur la cause de ces phénomènes qui se trouvent également exposés dans la Storia delV incendio del 1737, publiée par l'Académie de Naples. J'ai vu, dans mon dernier voyage à Naples (décembre 1822), les dégâts qu'ont causés les torrens d'eau du côté d'Otlajano, au pied du Vésuve. Ils ont transporté dans la plaine, non-seulement des boues, mais des masses de laves de 48 pied» de circonférence et de aS pieds de hauteur, f^oyez l'excellente description de ces phénomènes, par MM. Monticelli et Covelli. {Storia del f^esufio degli aiini 1821-1823, p. 91-98. ) Par le mélange de la pluie et des cendres volcaniques | il se forme dans l'air {l. c, p. g4) des espèces de pisolithes à couches concentriques , que j'ai aussi trou- ( 7» ) Ces effets, purement météorologiques, ont donné lieu aux traditions sur les eaux bouillantes sorties du cratère du Vésuve en i63i ; traditions fabuleuses que perpétue une inscription à Portici. Dans les volcans des Andes qui dépassent la limite des neiges perpétuelles, les causes des inondations sont très-diflTérenles de celle que nous venons d'indiquer. Comme les éruptions de ces cimes colossales n'ont lieu qu'après de longs intervalles (tous les trente à quarante ans, et même plus rarement encore), des bancs de neige d'une épaisseur énorme s'accumulent sur le flanc des montagnes. Ces neiges ne fondent pas seulement au moment de l'explosion, mais quelquefois plusieurs jours auparavant. C'est ainsi qu'en février i8o3, pendant mon séjour à Guayaquil, les habitans de la province de Quito furent effrayés de l'aspect du cône du Cotopaxi, qui perdit une grande partie de ses neiges dans une seule nuit, et montra à découvert la couleur noire de ses roches brûlées. Quelle que soit l'idée qne l'on se forme de la puissance des forces volcaniques et de l'intensité des feux souterrains dans les Andes , on ne saurait admettre que les paxois- épaisses- d'un cône puissent se chauffer uni- formément et transmettre avec une telle rapidité (par la conductibilité de leur masse ) la chaleur au dehors. La fonte subite des neiges , lorsque , dans les Cordil- lères , elle précède les éruptions, n'est probablement due qu'à une infinité de ^ethes fumaroles qui dégagent des vapeurs chaudes à travers la roche fendillée du cône. Ces vapeurs , d'après ce que j'ai eu occasion d'observer Teea ^ur le plateau d'Hatnbato , parmi les anciennes éjections du Car- gaairazo. Les habitans de la province de Quito appellent naïvement ces phisolitci des gréions de terre. ( 79 ) dans les cratères du Vésuve, du Pic de TénérilFe et du volcan de Jorullo au Mexique, sont le plus souvent de l'eau pure , qui n'agit aucunement sur les réactifs les plus sensibles : d'autres fois elles renferment de l'acide muriatique. On remarque qu'une même crevasse donne, à des époques très-rapprocliées , de l'eau distillée (pure) et des eaux très-acides. La source artificielle , que M. Gimbernat a eu l'ingénieuse idée de former au som- met du V^ésuve par la condensation des vapeurs dans un tube de verre, a montré quelquefois ces variations : elles prouvent ou le changement d'action chimique dans l'intérieur du volcan, ou l'ouverture accidentelle de quelques nouvelles communications. Dans les Andes de Quito, comme en Islande et dans les éruptions de l'Etna du 0.5 mars i536 et du 6 mars 17^5, la fonte subite des bancs de neige a produit de grandes dévas- tations (i). D'autres fois, par de lentes infiltrations, les eaux de neiges s'accumulent dans les cavités latérales du volcan 5 des secousses de violens tremblemens de terre, qui ne coïncident pas toujours avec l'époque des éruptions ignées, ouvrent ces cavités, et des eaux long-temps re- tenues, qui nourrissent de petits poissons du genre Pimelodes , entraînent avec elles des trachy tes broyées, des ponces , des tufs et d'autres matières incohérentes. Ces éjections liquides répandent, pour des siècles, la stérilité dans les campagnes. Des boues argileuses (lo- dazales "> ont couvert un espace de plus de quatre lieues carrées, lorsque, dans la nuit du 19 juin 1698, le pic (1) Ferrara, Campi Flegrei , 1810, p. «65. — fdem, Descriz. deW /îtn/i , 1818. p. 89, nfî-iao. ( »o ) du Cargiiairazo , dont la hauteur actuelle excède encore 2450 toises , s'affaissa avec fracas. Les lagunes d'eaux sulfureuses que nous avons trouvées à la cime du Puracé expliquent ce que les liabitans de Quitto rapportent de l'odeur fétide des eaux qui descendent quelquefois du flanc des volcans pendant les grandes éruptions. Frappés de la nouveauté de ces phénomènes que nous ne faisons que rappeler ici , les Conquistadores e^p^i^nols ont, dès le seizième siècle, distingué deux sortes de volcans, les volcans de feu et les volcans d'eau ( volcanes de fuego y de agua). Cette dernière dénomination, qu'on dirait in- ventée pour rapprocher les volcanistes des neplunùtes , et pour mettre fin au fameux schisme de la Géologie dogmatique, a été appliquée surtout aux montagnes du Guatimala et de l'archipel des Philippines. Le J^olcan de agua , placé entre le volcan de Guatimala (i) et celui de Pacaya , a ruiné, par des torrens d'eau et de pierres qu'il lança le 11 septembre i54t5 la ville d'Almolonga, qui est l'ancienne capitale du pays. Cette montagne n'atteint pas la limite des neiges perpétuelles, mais elle reste couverte de neige pendant plusieurs mois de l'an- née. Lorsqu'on se rappelle la confusion des récits que l'on trouve de nos jours dans les feuilles publiques de l'Europe , chaque fois que l'Etna ou le Vésuve sont en action, on ne saurait se plaindre de l'incertitude dans laquelle nous laissent les chroniqueurs de l'Amérique (i) Juarros , Compendio de la Uistoria de Guatemala, i8og, t. I, p. 7a j t. II , p. 35 1. — Remesal, Hist. de la Prowincia de San-l^icente, lib. IV, cap, 6. — Aussi dans la grande éruption du volcan de la pro- TÎnue de Sinano au Japon ( 37 juillet 1783 ), des eaux bouillantes étaient mêlées aux rapilli. ( Mémoire sur la Dynastie re'tfnante des Djogouns , 1810, p. 18a.) •/■ (8i ; espagnole et les Conquistadores du seizième siècle sur des phénomènes d'inondations 'volcaniques éi dignes de fixer l'attention des physiciens. Pendant réruptîort de l'Etna en 1792, il s'ouvrit sur la pente du volcan, à 3 milles de distance du cratère, un gouffre (i) duquel sortit, pendant plusieurs semaines, de l'eau mêlée de cendres, de scories et d'argiles. Ces éjections liquides, qu'il ne faut pas confondre avec le phénomène des Sahes (-2) ou volcans d'air, étaient très-épaisses. On conçoit que, daûs la zone équinoxiale, même des montagnes très-basses peuvent , par une disposition particulière de leurs cavités souterraines et par l'abondance excessive des pluies tro- picales, être sujettes à causer d'effrayantes inondations chaque fois qu'elles éprouvent des secousses de tremble- mens de terre. H y a plus encore : les phénomènes que nous venoûs de décrire se répètent de tem'ps en temptf loin des volcans, dans les montagnes seboiidaires , au centre de l'Europe. De tristes cxertiples otit prouvé de nos jours que, dans les Alpes de la SuisSe^'là où aucune secousse de tremblement de terre ne se fait sentir, une simple pression hydrostatique soulève et brise violem- ment des bancs de rochers , en les projetatit â de grandes distances, comme s'ils étaient lancés par des forces élastiques. (1) Ferrara , Descr. delV Etna , p. iSa. Comme ce phénomène semble avoir quelque rapport avec celui de la Moya de Pelileo , qui contient des carbures d'hydrogène , et que j'ai fait connaître à tnon retour d'Amérique , je me suis procuré très-récemraent une no(« oia^c nuscrilc explicative du savant géologue sicilien, M. Ferrara ,..»lirj_i,'4f] ruption boueuse de FEtna observée le 25 mars 1792. r, . (a) Il n'y a que le torrent fangeux ( fiume di fango ) dé Santa- Maria-IVascemi (18 mars 1790) , dans le Val di iS'oto, qui iSné'sèinMé' appartenir à l'action det Salscs. Tome IV. 6 ( 82 ) Les trachytes de Puracé renferment du soufre comme ceux du Mont-d'Or en Auvergne, de Budosliegy en Transylvanie, de l'île Monlserrat dans les peliies-An- tilles , et de l'Anlisana dans les Andes de Quito. Il s'en forme encore journellement dans les fentes, autour des goullVes de Puracé, soit par une sublimation très-lente, soit par le contact des vapeurs d'acide sulfureux avec l'hydrogène sulfuré des lagunes. Le volcan travaille dans son intérieur comme les solfatares ; mais il n'offre dans sa forme rien qui ressemble aux lieux que l'on désigne par ce nom et que j'ai visités , par exemple aux solfatares de Pouzzoles , du Pic de Ténérifl'e et du volcan de Jo- rullo au Mexique. Ces trois dernières sont des cratères qui ont vomi des laves ; elles annoncent que leur pre- niier état étpit très-di/lérenl de celui dans lequel nous les voyons aujourd'hui. Par des températures très-élevées, les produits chimiques d'un volcan ne sont pas les mêmes que par une température très-basse. Si l'on veut appeler vaguement solfatare tout lieu où il se forme ou dépose du soufre, cette dénomination pourra même être appliquée à un terrain que je vais décrire ici et qui contraste sin- gulièrement avec les trachytes des volcans. En traversant la Cordillère des Andes de Quindiù, entre les bassins du Cauca et du Magdalena (lat. 4° 3o' — ^\° 4^' )•> ï^'^ "^^ une immense formation de gneiss et de micaschiste re- poser immédiatement sur un granité ancien. Les couches de naicaschiste qui alternent avec des strates de gneiss sont dépourvues de grenats , tandis que le gneiss en con- tient beaucoup. Or, dans ces mêmes micaschistes primi- tifs, un peu à l'ouest de la station du Moral, à la hau- teur de i,o65 toises au-dessus du niveau de la mer, dans la Quehrada del Azujral, df^s filons fiouriis , extrême- (83) ment crevassés, sont remplis de soufre (i) et eîchalent une vapeur sulfureuse dont la température s'élevait h 47°, 8 centésimaux lorsque l'air ambiant était à 20°, 2. Voilà donc répétés en petit, dans les fentes d'une roche primitive , les phénomènes de la solfnlaie trachj'tique de Budoshegy en Transylvanie , qui a été récemment exa^ minée par M. Boue. Le micaschiste de Quindiù qui en- toure les Jîlons ouverts est décomposé, et le soufre se trouve en masse assez considérable pour devenir l'objet d'une exploitation qui nourrit une famille établie dans le ravin de V Azufral. La roche renferme quelques py^ rites décomposées; mais je doute fort que ces pyrites jouent dans la nature le rôle important dont on les a char- gées si long-temps dans des explications géologiques. Au milieu des roches granitiques de Quindiù s'élèvent les trachytes du volcan de Tolima, cône tronqué qui rap- pelle la forme du Cotopaxi , et qui , d'après une mesure géodésique que j'ai faite à- l'ouest d'Ibagué , est la plus haute cime des Andes dans l'hémisphère boréal (2). Un ruisseau qui répand fortement l'odeur de l'hydrogène sul- furé. descend du pic de Tolima, et prouve que les tra- chytes qui ont percé les roches granitiques renferment également du soufre. Récemment deuxsavans voyageurs, MM. Rivero et Boussingault, ont visité cette petite sol- fatare dans le schiste micacé de Quindiù : ils en ont envoyé des échantillons au Cabinet de l'Ecole des Mines , à Paris , qui renferme les suites géognostiques les plus complètes et les plus instructives. (i) Voyez mon Nivellement barométrique et ge'ognostique des Cor-' dillères , N" loa. (■») Hauteur , a, 865 toises; lat. bor., 4° ,4^'- 6'* ( 84 ) Eu suivant la Cordillère des Andes vers le sud, on retrouve ces mêmes alternances de formations primitives et de régions porpliyriques et trachytiques -, mais quelle a été ma surprise lorsque, au-delà de l'équateur, j'ai re- connu que la célèbre montagne de soufre de Ticsan (lat. aust. 2° lo'), entre Quito et Cuenca , n'est compo- sée ni de liachyte, ni do calcaire ou de. gypse, mais de micaschiste! Cette montagne de soufre, que les In- diens appellent Quello, se trouve, d'après ma mesure barométrique , à i,25o toises de hauteur au-dessus du niveau de l'Océan. Elle est entièrement composée de micaschiste ( glimmerschiefer) primitif, qui n'est pas même anthraciteux, comme le sont les variétés de cette roche propres aux terrains de transition. Dans des ravins très-profonds, entre Ticsan et Alausi, on voit le mi- caschiste reposer sur du gneiss. Le soufre est contenu dans une couche de quarz qui a plus de 1,200 pieds d'épaisseur : elle est assez régulièrement dirigée N. iS'E., et inclinée , comme le micaschiste , de ^0° à 80% au nord- ouest. La couche de quarz qui passe quelquefois au homstein est exploitée à ciel ouvert. La pente du Qerro Quelle, sur laquelle les travaux sont commencés depuis des siècles, est opposée au sud-sud-est, et la couche de quarz parait se prolonger vers le nord-nord-ouest, c'est-à-dire vers la côte de l'océan Pacifique. On as- sure cependant n'avoir pas trouvé de soufre à fleur de teri-e , dans cette direction, à la distance de 2,000 toises de Ticsan. Tout y est couvert d'une épaisse végétation. Vers la fin du dix-huitieme siècle, on exploitait encore des masses de soufre qui avaient 2 à 3 pieds de diamètre; aujourd'hui on travaille sur des strates quarzeux beau- coup moins riches , dans' lesquels le soufi'e n'est disse- (85) miné que par rognons de 3 à 4 pouces d'épaisseur. On observe que l'abondance de soufre augmente avec la pro- fondeur ; mais le travail a été dirigé si imprudemment que les strates inférieurs sont à peu près inaccessibles. Le quarz dans lequel le soufre est disséminé ne pré- sente ni de grandes fissures ni des cavités ou des dru- ses : aussi n'ai-je pu trouver aucun échantillon de soufre cristallisé. Le minerai qui fait l'objet de l'exploitation du Cerro Quello ne forme pas , comme on pourrait le supposer, un amas ou entrelacement de filons : le soufre est dissé- miné sans aucune continuité, par petites masses, dans le quarz qui traverse le micaschiste parallèlement à ses strates. Les fentes qui peut-être ont jadis réuni ces mas- ses ne sont plus visibles; mais tout le quarz parait avoir subi un changement extraordinaire. Il est terne , souvent friable, et se brise dans quelques parties au moindre choc : ce qui indique un fendillement insensible à la vue. La température de la roche ne différait pas de celle de l'air extérieur. Les habitans aiment à attribuer les violens iremblemens de terre auxquels leur pays a été quelquefois exposé , à des concavités qu'ils supposent exister au-dessous de la montagne de soufre. Si cette hy- pothèse est fondée, il faut admettre que la cause qu'elle indique n'agit que localement. Dans la grande catas- trophe du 4 février 1797 , qui a fait périr tant de milliers d'Indiens dans la province de Quito, les trois endroits où il y a le plus de soufre , le Cerro Quello, l'Azufral de Cuesaca près de la villa d'Ibarra, et le Machay de Saint-Simon , près du volcan d'Antisana , ne furent que bien faiblement agités ; mais à une époque de beaucoup antérieure , on a éprouve sur la couche de quaiz même (86) qui renferme le soufre près de Ticsan, une explosion semblable à celle d'une mine. La couche de quarz est au jour des deux côtés de la petite rivière d'Alausi; et vis-à-vis le Cerro Quello, on trouve un petit plateau où, dans le dix-septième siècle, était situé le village de Ticsan. On voit encore les ruines de réglise du Pueblo J^iejo. Un tremblement de terre entièrement local ( car ses effets étaient restreints à un très-petit espace de terrain) fit écrouler les collines d'a- lentour*, une partie du village s'affaissa, une autre partie fut jetée en l'air , comme cela est arrivé à Riobamba , où j'ai trouvé les ossemens des malheureux habitans de la ville, lancés sur le Cerro de la Culca, à une hauteur de plusieurs centaines de pieds. Les Indiens de Ticsan qui survécurent à cette catastrophe construisirent leurs habi- tations plus au nord , loin de la montagne de soufre , dont ils redoutent le voisinage. Il se peut que la coïncidence de ces phénomènes d'explosion et de gisement d'une matière facile à convertir en vapeurs élastiques, n'ait été qu'accidenlelle : mais il se peut aussi que d'anciennes communications avec l'intérieur du globe, celles à tra- ver lesquelles s'est formé, par sublimation, l'immense dépôt de soufre , se rétablissent de temps en temps , et permettent aux forces volcaniques d'ébranler la surface du sol. Près des ruines du Pueblo f^iejo de Ticsan, j'ai trouvé une colline de gypse superposée au schiste mi- cacé : comme cette colline n'est pas recouverte par d'au- tres formations , il est difficile de décider si le gypse , en partie fibreux et mêlé d'argile , est primitif comme celui de Val Canaria , ou de transition comme les gypses de la Tarentaise. L'abondance du soufre dans les terrains primitifs est (87) un fait géologique très-important sous le rapport de l'é- tude des volcans et des roches à travers lesquelles le feu souterrain s'est frayé un passage. Avant que j'eusse vi- sité les Andes de Quito et la montagne de Ticsan , on ne connaissait le soufre que dans les calcaires et les gypses de transition, dans les gypses, les marnes et les argiles muriatifères des terrains secondaires, et dans les roches exclusivement appelées volcaniques. Ces divers modes de gisement, auxquels on peut joindre les terrains ter- tiaires, expliquaient très-mal la fréquence des vapeurs sulfureuses exhalées par les bouches de volcans dont on plaçait ( et avec raison sans doute ) le centre d'action bien au-dessous des roches secondaires et intermédiaires. A mesure que l'on apprend à connaître une plus grande partie du globe, on ne voit pas seulement s'agrandir la géologie positive, c'est-à-dire le tableau des formations et des gisemens ; même la géogonie ou géognosie sys- tématique, la science conjecturale qui recherche les causes des phénomènes, commence à s'appuyer sur l'a- nalogie de faits plus certains. On aurait pu être frappé depuis long-temps des petites masses de soufre natif qui sont disséminées dans quelques filons métallifères et qui traversent des roches granitiques, par exemple, dans le Schwarzwald , près Riepoldsau. La montagne de Ticsan que j'ai fait connaître ne laisse plus de doute sur l'existence du soufre dans les terrains primitifs. Ré- cemment aussi on a reconnu au Brésil, qtie la formti'- tion de quarz chloriteux qui recoitvre, dans la Capita- nia de Minas-Geraes , le thonschiefer primitif, renferme do l'or et du soufre à la fois. Des plaques de cette roche, forlemeni chauffées , brûlent avec une flamme bleue. Près de Villarica , dans le site appelé Antonio Periera, un. r( 88 ) sj^histe du çième âge que celui auquel est superposé Yi- ^/Zco/umjVe ququarz chloriteux, renferme un banc cal- caire , traversé par des filons de quarz que le Baron d'Es- cj^wege. (directeur des niii^QS d'or et de diaraans de ces çpntfées ) a prouvé rempli de petits rognons de soufre pulvéfTuJiçipl,. Tous ces phénomènes augmentent d'intérêt lorsqu'on réfléchit que ce savant géologue, de même qu'un aulfe voyageur allemand, M. Pohl, inclinent à croire que l'or , le fer micacé , les diamaus , les euclases , Ja pl^iine et le palladium, qui sont propres au terrain 4'aUuvion du Brésil, proviennent ou de la destruction dp la grande formation de quarz chloriteux, ou de celle d'une couche ferrugineuse {itabarite) (\\i\ est superposée à cette formation. {Ann. de Chim. et dePhys., octob. 1824.) Extrait cCune lettre adressée aux Rédacteurs ,• par M. Gay , sur l'Arenaria tetraquetra. J'ai donné, dgns le troisième volume de vos An- nales (p. 2^ ), l'histoire de ï Arenaria tetraquetra ^ et j'ai fait tout ce qui dépendait de moi pour distinguer les for- mes soys lesquelles cette plante se présente. Mais les meilleures descriptions, par cela seul qu'elles ne parlent pas aux yeux, ont toujours quelque chose d'obscur. Je croîs donc me l'endre utile et compléter mon travail en vous adressant les figures des deux variétés que j'ai pro- .ppsé d'admettre sous les noms d'uniflora et à'aggregata. Je profite de cette occasion pour vous annoncer que \es jérenaHa tetraquetra « laxifoUa et p densifolia Ser. n'appartiennent pas tous les deux , ainsi que je l'avais pensé, à mon A. tetraquetra ^ aggregata. D'après les ( «9 ) explications qui m'ont été transmises par M. Seringa depuis l'impression de mon mémoire , la première de ces variétés se rapporte à ma variété p, et la seconde à ma variété a. Cette dernière est uniflore dans l'herbier de M. De CandoUe comme dans le mien , et M. Seringe ne lui a attribué des tiges pauciflores que pour prévoir le cas où on la trouverait avec plusieurs fleurs. Je dois aussi à M. Seringe l'avantage de pouvoir supprimer le doute avec lequel j'avais cité V^r. imbricata de Lagasca parmi les synonymes de la variété uniflore. M. Seringe a vu des écliantillons envoyés par l'auteur , et ils ne dif- fèrent point de ceux que produisent les Pyrénées. Explication des Planches. PL 3. yirenaria telraquetra a, unlflora (Jertilis. ) Fig. I. La plante entière, avec une portion de son rhizonae (grandeur naturelle). Fig. a. La fleur entière , avec deux paires de bracte'es au-dessus du calice (quatre fois phis grandi que nature). Fig. 3. Le calice , à la base duquel on voit deux bractées opposées et engainantes (même proportion). Fig. 4- Portion de la fleur, dans laquelle le réceptacle a été conservé intact, pour montrer le point d'attache de l'ovaire et l'insertion des pétales et des filamens sur le tube très-court du calice. La stérilité des anthères se reconnatt déjà à leur petitesse ( six fois plus grand que nature ). Fig. 5. Ovaire avec ses trois styles (six f»is plus grand,que nature). Fig. 6. La graine, de grandeur naturelle. Fig. 7. La même, vingt fois plus grande que nature. jirenaria tetraquetra a. uniflora ^sterilis. ) Fig. a. L'ne feuille, avec son point d'attaché .<=ur la lige (sept fois plus grand que nature). Fig. ù. Lu fleur entière , avec une paire de bractées à la base du calice (quatre fois plus grand que nature). Fig. c. Le cdice , avec les mêmes bractées ( même proportion ). (90) Fig. d. Un pétale et un filament. Ici, les anthères iont fertiles, comme dans la figurée ( même proportion). PL 4- ^renaria tetraquetra ji aggregata. Fig. I. La plante entière ( grandeur naturelle). Fig. 2. Une feuille, avec son point d'attache sur la tige (sept fois plus grnnd que nature ). Fig. 3. La fleur entière , avec une paire de bractées à la base du calice (quatre fois plus grand que nature). Fig. 4- Le calice , avec les mêmes bractées (même proportion). Fig. 5. Portion de la fleur, pour faire voir l'insertion de l'ovaire , des filamens et des pétales (cinq fois plus grand que nature). Fig. 6. Un pétale et un ûlament (même proportion). Fig. 7. Ovaire avec ses trois styles ( douze fois plus grand que nature ). Notice sur quelques genres et espèces nouvelles de légu- mineuses , extraite de divers Mémoires présentés à la Société d^ Histoire naturelle de Genève , pendant le cours des années 1823 et 1824 ; Par m. De Candolle. Première partie. — Genres nouveaux. I. Priestleya. Calyx subaequaliler 5-lobus subbilabîa- tus. Cor. glabra vexillo subrotundo breviler slipilal'o , alis obtusis subfalcatis , rarinâ bicipità dorso curvo con- vexâ. Stam. diadalpha(9 et i ). Stylus filiformis. Sligma capitatum inlerdùm dente acuto posticè auclum. Legii- men sessile plano-compressum , ovali-oblongum stylo apiculatum 4-6-spermum. — Frutices capeuses. Folia simplicia integerrima exstipulata. Flores flavi in capitula subumbellata aut subspicata disposili. Differt a Borbonià et Aspalatho staminibus diadelpliis , a Liparia ( quœ jam mouente Linnœo solà L. spbeericà (90 constat ) calycis lobis aequalibus , forma et aeslivatione petalorum. Sect 1. EisoTHEA. Calycis basis intrusa. — Hue referendae P. mjrrti' folia quœ liparia myrtifolia Tbunb. — P. lœfigata quae fiorbonia laevigata Lin. — P. hinuta quœ Liparia hirsuta Thunb. Sec. 3. Aneisothea. Calycis basis non intrusa ovata aut obconico- attenuata. — P. capitata quae Liparia Burch! cat. geogr. n. Sgi. — P. graminifolia quae Liparia graminifolia Lin. — 'P. ericœfnlia quae Borbo- nia ericnefolia Lin. — P. sericea quae Borbonia sericea Lam. et /5. Bor- bonia axillaris Lam. — P. elliptica sp. nov. — P. villosa quae Liparia Tillosa et Borbonia tomentosa Lin. — P. vestita quœ Liparia vestita Tbunb. II. Requienia. Calyx acutè et subsequaliter 5-fidus persistens post anlhesin non inflatus. Carina obtusa pe- talis liberis. Stamina monadelpha vaginà supernè fissâ. Stylus filiformis vix incurvus. Legumen compressum ovale, styli basi uncinatum , i-spermum. — Suffrutices africani. Folia bistipulala simplicia obcordata mucronata penninervia. Flores minimi ad axillas subsessiles congés li. Genus a Podalyrià diversissîmum , Anlhyllidi , Halliae et Goniogynaî proxiniuni. 1. R. obcordata. — Podalyrià obcordata Lam. ill. t. 337. f. 5. Poir. dict. t. 5. p. 445 (V. s.). 2. R. sphœrospefma , stipulis calyce brevioribus , leguminibus pubes- centibus basi attenuatis , seminibus sphaericis. ad cap. Bonae Spei detexit cl. Burchell ( t. s. ). III. GoNiOGYNA. Calyx 5-fidus, lobis subsequalibus. Carina obliqué truncata acuminata (ut in Ononide). Stauiina monadelpha vaginà anlicè Cssâ. Stylus angulo recto flexus filiformis. Legumen compressum vix subtu- midum i-loc. i-spermum. — Herbae suffrutescentes in- ditse graciles dic.Viotomœ hirtœ. Slipulae o. Folia brevis- sima peliolata cordalo - subrotunda. Flores axillares ( 92 ) 6olitarii subsessiles flavi parvi. Genus ab Hedysaro diver- sissiimim inter Crotalaiiam et Halliam médium. 1. G. hebecarpa, legurainibus pilos loDgos sparsos gerentibus, foliis brçvissime peliolatis cordatô-subiotundis. in Zeylona; partibus iille- rioribus solo pingiii detexit cl. Leschenaiilt ( v. s. ). 2. G. leiocarpa, quae est Hallia hirla Willd ( v. s. ). 3. G. latebrosa, quae Hedjsarum lalcbrosum Lin. ( v. s.). ! IV. Sabinea. Calyx cyalhiformis campanulatus maf- gine truncato subintegro. Cor. papilionacea carinà ob~ tusissimà, vexillo subbreviore. Stam. diadelpba-, liberum et 4 alîa caeteris dimidio breviora. Stylus filiformis glaber eum staminibus circinnatim incurvus. Legumen slipita- tum compressum lineare elongatum polyspermum stylo mucronatum. — Frulicescaribœi inermes. Folia abrupte pinnata , foliolis glabris mucronatis. Pedicelli fasciculati i-flori. Corollse purpurescentes. . . I. S. Jlorida, quse est Robinia florida Vahl (v. s. ). a. S. dnbia quae est Robinia dubia Lara. ( v. s. ). V. CouRSETiA. Calyx 5-fidus laciniis acutis subaîqua- libus, 2-superioribus subbrevioribus et paulô altius coa- litis. Vexillum obcordatum latitudine brevius. Carina obtusa alis brevior. Stam. diadelpba. Stylus iucurvus basi crassus glaber, apice filiformis, undique barbato-villosus. Sligma capitalum terminale glabriusculum. Legumeu compressum i-locul. 5-8-spermum apice atteriuatum stylo mucronatum. — Frutices americani , stipula siibu- latse. Folia abrupte pinnata multijuga, petiolo nunc iid setam nunc in foliolum terminale producto. Pedunculi 2-3-flori foliis breviores. Flores flavi. Genus si cotyledones foliacese Robinise et Caraganse affine, si cotyledones carnosae Abro affine. 1. C. lomentosa quœ Lathyrus fruticosus Cav. ic. t. 84 (v. v. ). a. C? virgata, seu AEschinomeae virgata Cav. ic. t. agS. VI.CoRYNELLAi Calyx subbilabiatus 5-dentatus, dentibiis patulis linearis subulatis, 2-superioribus vix brevioribus Cor. papilionacea, petalis brevissimè unguiculatis, carinâ obtiisà. Stam. diadelpba interse subœqualia. Stylus glaber clavseformis. Legumen lanceolatum compressum margî- natum polysperraum. — Frutices domingenses. Folia abrupte pinnata petiolis stipulisque mucronato-subspiiiosis fbliolis exstipellatis. Ramuli pubescentes. Pedicelli fasci- culali i-flori. Flores purpuresi entes. I. C. polyantha , seu Robinia polyanlha Sw. a. C. pancijolia , foliolis 2-3-jiigis elliplicis supemè glabris pube- rulis in S'" Domineo detexit, cl. Bertero. Robinia domingensis Spreng. in herb. Balb. priori valdè affinis ( v. s. ) conim. clar. Balbis.)- VII. BremontieuA. Calyx campanulatus subtruncatùs vix 5-dentatus, dentibus minimis acutis subdistanlibus. Cor. papilionacea calyces triplo longior 5 stam. diadelpha (9 et I ). Legumen articulis plurimis i-spermis subcom- pressls, ad suturas prominulis, ad extremitalem utramque truttcatis, demum secedentibusconstans j semen ovatum hylo laterali. Radicula incurva. Cotyl. foliaceœ. — Frutex. Folia simplicia oblonga pube brevissimâ canes- centia brevissimè peiiolata, utrinque attenuata ; stipulas minimae acutse non scariosae.Racemi subspicali axillares. Flores purpurei. Genus a Mullerà diversissimum , Alysicarpo aflSne. I. B. ammoxylum. Hab. in insulismauritianis ubi dicitur Bois de sable (v. s. }. /2. Javana.-in insulâ Java , forsan species propiia articulis le- gum. 5 Dcc ut in Mauritianâ 12-14 ('^- ^- i^ h- Delcss. ). VIII, PicTETiA. Calyx campaniliatus 5-Iidus, lobisa su- perioribus brevioribus, 3 inferioribus acuminatis subspi- nosis. Cor. vexillum complicatum subrotundum, carina r94 ) obtusa alis paulo brevior. Stam. diadelpha inter se longî- tudine subsequalia. Stylus Gliformis glaber. Legumen sti- pitatum compressum oligospermum , nunc continuum isthinis semina separantibus, nunc articulatum articulis i-spermis, nonnullis subabortivis. Semina compresso- plana ovalia ad basin subtriincata; colyledones planse vi- rides. Radicnla super earum commissuram prona. — Fiutices americani glaberrimi nitidi. Stipulée caulinae spi- nescenles rarius subinermes. Folia impari -pinnata. Foliola exstipellata nervo apice iu mucronem spinosum producto. Flores fia vi axillares, laxè racemosi aut solitarii, ad apicera pedicellorum articulali , bibracteolati. I. P. squammata — Robinia squammata Vahl symb. 3. t. 69. a. P. arislata.] — AEschinomene aristata Jacq.-Scliœnb. t. 337. 3. P. ohcordata ,{o\io\\s 10-12-jugis suboppositis obcordatis in mucro- nem spinosum brevem recurvum produclis, stipulis lanceolatis iner- mibus. Hab. in S'" Domingo. Bertero (v. s. sine fl. comm. a cl. Balbis). 4. P. Jussiœi , foliolis 3-4- jug's allernis oppositisve oblongis mu- crone spinoso recto brevi, stipuli» spinosis erectis minimis. Robi- nia aculeata Juss! heib. species non satis nota ( v. s. in h. Juss.). 5. P. Desuauxii. — Robinia spinifolia De sv. ( v. s. in h. Desf. ). 6. P. ternata , foliolis 3 approximatis cuneato-oblongis in mucronem spinosum brevem rectum terminatis, peliolis brevissimis , stipulis spinosis rectis , pedicellis axillaribus i-tloris, leguminibus strangulatis lineari-oblongis acutis. Hab. in S'° Domingo. Bertero (v. s. in h. Balb. ). IX Adesmia. Calyx 5-fidus, lacîniis acutis subsequa- libus. Cor. vexillum super alia petala junius complica- tum, carina apice curvo-truncata. Stamina 10 dislincta approximata. Legumen compressum transversè pluri- articulatum, sutura superiore subrectà crassiusculâ , infe- riore sinuato-lobatà, articulis i-spermis demum sece- dentibus suborbiculatis. Semina compresa reniformi- orbiculala. Embryo radiculà inflexà. — Herbïe australi- ( 95 ) americanœ ^schynomenes aut Onobrychidis .facie sed staminibus liberis donatse. Stipula lanceolatse. Folia abrupte pinnata , petiolo in setam producto. Pedicelli axillares i-floriet foliis superis aborlivis in racemum ter- minalem dispositi. Sect. I. Patagonium. Schrank. munsch. denksch. 1808. p. 91. Stam. 10. Legumen 4*8'3rticulatuin , articulis me mbranaceis scabris pube- rulisve. — Habitus AEschinomenes. I. A, muricata. — Hedysarutn muricatum Jacq. it. rar. t. 698 (v. v.). a. A. Smilhiœ, caule decumbenle pubescente, foliolis cuneatis emarginatis 5-jugis pubescentibus, pedicellis axillaribus t-floris fo- lio brevioiibus, leguminis articulis piloso-scabris. Hab. in Amer, merid. Habitus Smithiae ( v. s. ). 3. A. dentata, — AEfchinomene dentata Lag.! ( v. s. ) comm. a cl. Lagasca). 4. A. hispidula. — AEschinomene hispidula Lag! Hedysaram pendu- lum var. /S Desv (y. s. comm. a cl. Lagasca ). 5. A. bicolor. — Hedysarutn bicolorum Poir ( v. s. io h. Mus. Par. et Juss. ). 6. A. penJu/a.^Hedysarum pejidulum var. a. Poir. (v. s. in h. M.us. Par. et Juss. ). 7. A. punctata. — Hedysarum punctatum Poir ( v. s. in h. Mus. Par. et Juss. ). Sect 2. Ch«totricha. — Stam-5-io. Legumen biarticulaturo., articu- lis cgriaccis rugoso-venosis setiferis, setis barbato-plumosis. — Habi- tus Onobrychidis. 8. A. papposa .-—AEschlnomeae pappo.'a Lag. (v. s. comm, a cl. La- gasca). g. A. lortgiseta, caule decutnbente villoso, foliolis 6-7-jugis obovatis mucronulatis utrinque villosis, racemo subterminali, floribus distan- tibus longe pedicellatis, calycibus glandulosis, leguminis setis longis- simis rigidiilis. Hab. in Amer, australi. Herba Anthyllidis montanaej FI08 Ononidisj Legumen fere Onobrychidis; Stamina Sophorae (v. s.)-. X. Perrottetu. Calyx 5-parlitus, laciniis lanceolato- subulatis barbatis. Cor. papilionacea , calvce brevior. Stam. diadelpha. Legumen rectum exertum, constans ar- ticulis plurimis compressis semi-orbiculalls i-spermis (9G) ad stituram convexam dehiscentibus. — Herbse ameri- canse. Folia i-jugacum impari, foliolis stipiilatis ovalibus oblongisve. Stipulœ a petiolo distincte subscariosse. Ra- cemi terminales congesti. Pedicelli gemini. Flores parvî. Genus médium ititer Uraniam et Desmodiiim. ). P. barbata. — Hedysarum barbatiim Lii^. ( v. s. ). 2. P. cayenneitsis , foliolis clliptico-ovalis, calycibus post anthesin patcnfibus, ieguminibus glabriusciilis. Hab. iu Cayennâ ( v. s. comm. a cl. Perrottet ). 3. P. venustula. Hfedysaruni venustuluHi H. B. Kunth. ex descr. XL GoLLjEA. Calyx 4-fi<-l"s intus subcoloratus , lobis ovali-lanceolatis longitudine seqnalibus , superiore paulô latiore. Petala longiuscula unguiculata, vexillo bi-coeteris uni' auriculata , carinalia basi libéra obtusa recta 'iStam. filanienta in vaginam anticè fîssam coalila , uno sublibero. Ovarium lineari oblongum villosissimum. Stylus linearis glaber. Sligma capitellatum. Legumen compresso-pla- num ovali-oblongum. tomentosum 4-6-spermura — Rami lignosi. Stipulas ovatae libéra; deciduœ. Folia palmatim trifoliata breviter petiolata. Flores ampli purpurei. 1. C. speciosa. — ■ Cytisus speciosus Lois! in Duham. arb. (v. s. ). 2. C. trinenàn, foliolis ellipticis basi ciineatis trinerviis obtusis su- pernè pubescenti-velutinis subtus reticulatis subtomentosis. in ladiœ orient, montibus INelligery detexitcl. Leschenault (v. s.)- XII. DuMAsiA. Calyx cylindricus obliqué truncatus edentulus basi bibracteolatus. Cor. papilionacea , pe- talorum unguibus calycis longitudine , carina obtuso. Stam. diadelplia persistentia. Stylus medio dilatatus. Stig- nia terminale. Legumen basi alienuatum bivalve compres- sum oligospermum ad semina subtornlosum. — Herbae scandentes forsan basi sufiruticosse. Folia i-juga cum ( 97 ) impari , foliolis ovatis. Ptacemi axillares folio saîpiùs breviores. Legumina pube brevi congeslà velutina. 1. D. villosa, ramis petiolis pedimciilis foliisqnc junioribus villoso- tirsutis , foliolis ovatis sublanceolatis, adultis subglabratis- — In Na- pauliâ ( V. s. comm. a cl. Wallich. ). 2. D. pubescens, ramis petiolis pedunculis foliisque pubescentibus, foliolis ovatis. — In Napauliâ. Prioris forsan varietas (v. s. comm. a cl. Wallich). XIII. PuERARiA. Calyx campanulatus obtusiusculè bi- labiatus , labio superiore integro aut vix ^identato , su- periore 3-fido. Cor. papiliouacea carinà rectà obtusâ, vexillo obovato. Stam. monadelpba. Legumen plano- corapressum basi attenuato-stipitatum stylo apîculalum bivalve conlinuum polyspermum. — Frutices indici scan- dentes, stipulse caulinse deciduœ. Folia 3-foliolata i-juga cum impari , foliolis amplis ovatis aculis reticulato-nervosis basi stipellatis. Racemi composili ramosi. Flores pedicel' lati 2-3 flavescentes. Genus ab Hedysaro diversissimum, potius Phaseoleis adnumerandum. I. P. tuberosa. — Hedysarum tuberosum Roxb. Willd. ( v. s. comm. a cl. Puerari ). 3. P. ff^tillichii, foliis supernè glabris, subtus pedicellis calycibusque pubescentibus. — Hab. in Napauliâ. Wallich. Racemi S-ij-poll. longi (v. s.}. XIV. Darlingtonia. Flores hermaphroditi. Petala 5 disliricta. Stam. 5. Legumen bivalve continuura exsuc- cum lanceolare oligospermum. — Herbae perennes glabrae ' inermes boreali-americanae. Folia bipinnata , pinnis folio- lisque multijugis. Flores capitati albi. Capitula solitaria. Legumina conferta brevia. Genus Acaciae et Scbranckiae affine. 1. D. brachyloba. — Mimosa illinocnsis Miclix, Acicia bi'achyloba Willd. ( V. s. ) Tome IV. .7 (98 ) a. D. gliiudulosa. — Mimosa glundiilosa Michx. Acacia glanduloia Willd. Mimosa contortuplicata Zucc ( v. v. )! Seconde partie. — Espèces nouvelles. I. Sophora glauca, fruticosa, foliolis ig-aS ellipticis mucrnnatis su- pernè glauco-velutinis subtus villosis, racemis terminalibus confertis. -^ In ladia: orienfalis montibus Welligery ubi dicitur Houbbey de- tesit Cl. Lcschenault. Frutex 7-pedalis ; ramulis pediinculis peliolisque Telutiois, floribus purpiirascentibus (v. s. comm. a cl. Leschenault). a. f^irsilia nibiginosa , stamiDibus persistanlibus, ovariis tomentosis, foliolis ovali-oblongis acuminatis oppositis glabris, racemis paniculatis ramulisqueriibiginoso-velutinis. — In insulâ Guadalupii detexit Cl. Ber- tero. Pctala violacfa. Foliola 3-4 po'l longa. Legiimen junius videtiir compressum obiongdm nec moniliforme , habitus tamen potius So- phorae (v. s. comm. a cl. Balbis). 3. Thermopsis Naj'aulensis , foliis petiolatis , foliolis oblongis utrin- que acuminatis; s'ipulis petiolo brevioribus , floribus gcminis, pedi- cellis calyce duplo longioribus. — Uab. in Napauliâ. Wallich. Bracteae sfipulis majores. Carina obtiisa alis vesilloque longior nec ut in aliis subsequalis { v. s. comm. a cl. Wallich). 4. Cyclopin latif'olia , tota glabra, ramis ob projecturas prominulas angulatis , foliolis 3 sessilibus ovatis subcordatis mucronulatis , calycis lobisacutis. — Hab. adCap. Bonae Spei. Flores secus ramulos in axillis solitarii pedieellati bibracteolati majusculi (v. s. comm. a cl. Puerari). 5. Podolohiuin aciculare , foliis alternis linearibus acuminato-pungen- tibusmargine revolutis glabris sui^ernètransversè venoso-reticulatis, ra- mulis pedicellisquepubescentibus. — Hab. in IVovâ HoUandiâ orieotali. FrutcX ramosissimus. Folia simplicia patentia rigida in axillâ r.imuli- fera et florifera unde ternala videntur. Leguraen stipitatum ovatum polyspernium extus pubescens intus Isve. Calyx 5-fidus basi attenuatus bibracteoîatus. Flor. ign. et ideo genus subdubium ( v. s. comm. a Mus. Par. ). 6. Crotaliiria tuberosa, radice tuberosa, canle herbaceo ramoso Til- loso , foliis lanceolato-linearibus acutis sublus et basi prsesertim ^il- losis, pedicelHs axillaribus i-floris adpressis. — In PJapanliâ. Flores ex siccocaeruleo-purpurescentes (v. s. comm. a cl. Wallich). n. Crotalaria Roxburghiana jherhacea , foliis oblongo-linearibus acutis subtus ramisqiie adpressè pubescentibus, floribus lateralibus breviter pedunculatis , calycibus bracteisque hispidissimis acuminatis. — In Indiâ orienfali. C. stricla Roxb. cat. sine descr. non Roth. afilnis C. anthylloidi etcalycinae (v. s. comm. a cl. Leschenault ). 8. Indigojera multlcaulis , caulibus plurimis gracilibus difTusis, sti- pulis -subulalis minimis, foliolis 3 oblongo-cuneatis obtusis, floribus (99) biïillaribus sessilLbus, legumiaibus pendulis comprcssis ;icii tis 5-6- «permis cum caule foliisque subtus piloso-strigosis. — In ÎNapaiiliâ. I. trifoliatae valdè affînis sed certe stipulis donafa ( v. s. comm. a cl. Wallich). g. Indigofera polyphylla , r.aule berbaceo ereclo strigoso-scabro, fo- iiis pinnatis ia-i6-jugis, foliolis elliplicts supernù scabris subtus albido tomentosis, racemis , folii longitudine, leguminibus pendulis rectis. — In Kapauliâ, habitus Daliae ( v. s. comm. a cl. WaHich). 10. Indigofera oligosperma, caule herbaceo erecto , ramis apice an- gulatis pubesceoti-scabris, foliis pinoalis 4-5-)Ugis, foliolis elliptico- oblongis mucronatis utrinque adpressè setosis, racemis folii longitu- dioe, leguminibus teretibus villosis setosisque 2-3-spermis patulo- retiexis. — laSenegaliâ. AfEnis I. disperma; (v. s. comm. a cl. Bâcle). 11. Tephrosia sophoroides, foliolis 2-3-jugis elliptico-oblongis acumi- Datis utrinque glaberrimis, petalis st^ïloque glabris. — in Napauliâ (v. s. comm. a cl. Wallicb). Haec et sequentes constituant sectionem inter Tephrosias ( aut genus Tephrosia; proxiraum) mihi Mcnddlea dictam. Hùc referenda; sunt eliam omnes Robiniae indicaea Roxbnrghio in cat. Cale, indicatae. la. Tephrosia Irachystachya , foliolis 7-8-jugis ellipticis obtusis, jj- nioribus utrinque adpressè sericeis , adultis supernè glabris, subtùs pu- besceutibus , racemis paniculatis petioli parle nudâ brevioribus, petalis $tyloque glabris. — In Napauliâ (v. s. sine fruct. comm. a cl. Wallich). i3. Teplirosia hypargyrea, suffruticosa erecta, caule angulato sub- Telutino , foliolis 4-jugi3 supernè glabris subtus sericeo-argenteis in- Gmis subrotundis cauli approximatis , superioribus ovali oblongis, ler- mioali maximo , pedunculis axillaribus folio longioribus, leguminibus strictis secundispatulo'deflexis — In Indiâ orient. Species pulcherrima distinclissima (v. s. comm. a cl. Leschenault). 14. Nisiolia slipitat'i, foliis Leguminibus oblongis incurvis ob- tusis glaberrimis pedicellatis , stipife majorera fructiis lalitudinem ecquanle. — In Brasilia nec in Madagascar ex herb. Commerson. Nis- iolia piinctala Poir. dict. 4. p. 49*- Lara. ill. t. 600. f. i. Sed puncta sunt spboeriae quaedam minimae in parte fructus alaeformi et e mortuâ nat3 ( V. 8. sine fol. et fruct. sed folia ab auct. descriptœ yerosimiliter ad N. relirulatam referenda ). i5. Poitcea viciœj'olia , petiolo angustissimè alato , foliolis ô-iS-jugis oblongis mucronatis ramiilisque hiisuto-pubcsccntibus , floribus Jegii- fninibiisque erectis. — in Santo Domingo detexit cl. Bcriero ( v. s. comm. ab am. Balbis). 16. Swainsona les sertice folia, caule subherbaceo erecto; foliolis 6-7- 7* ( ï"o ) Mieis elliplic'i-'iltlftngis siibohtusis, Icguminis prilirtllo brevissimo. In Nov» Hollandice orS nnslrali ( v. s. c.omm. a Mus. P.lr. ). 17. Lesserùamacrostachya, caule ercctiusculo basi suftVnticuloso, fo- liolis6-iiigis clliptico-ohlongis obtusis sub pubcscenlibus, Impari sublon- giorc, racemis pt-dunculatis dissititloris , folio dnplù triplôve longiori- biis. — Ad Cap. BoDsc Spei (v. s. coram. a cl. Burchell). 18. Urania lagnpiis . caille frufir.oso apice hirsiitissimo , foliolis 3- ovatis obtusis mucronalis sublus molliter pubesccnti-velutis, racemo cylindrico peliolo duplô longiore, calycis laciniis setaceis liirsutissi- lïiis , bracfcis dorso hirsutis. — In N.ipauliâ. an satis diiTert ab Hedysaro lagopoide Bmm. quœ Uraniœ certi; species ( v. s. comtn. a cl. Wallich). 19. Dcsmoilium (i) psetidotriquclrum, caulibus adscendetitibus sufc- hirsutis triquetris, foliolis in apice pctioli solitariis ovato-lanceolatis subcordatis acuminalis pétiole alato duplô iongioribus , leguminibus glabris ad sutuiam utramqiie ciliatis. — In Napauliû. Affine D. trique- iro ( V. s. connu, a cl. Wallich ). 20. Desinorlium pan'ifolium , caule procumbentu herbacée tenello glabre, foliolis 3 minimis obov.atis subrotundisve cmavginatis mucro- natisve subtus adpressè puberulis supcrnè glabris, racemis axillaribus 5-6 floris folio multo Iongioribus, legniuinibus glabris articulis semi-or- biculatis. — In INapauliâ. Affinis D; tiifiore ( v. s. comm. a cl. Wallich). 21. Desm.odium dijjusivii , caule fruticoso erectiusciilo tereti glabre, ramis pubesceulibus, sfipulis lanceolatis, foliolis ellipticis acuminatis supr glabris sublus adpressè pubesnenlibus , racemis terminalibus elengalis , pedicellis calyce duplo Iongioribus fasciculatis , leguminibus (iunicribus) villosis. — In Indiâ orient. Uedysarum diil'usum Roxb. cat. 57. non VVillil. ^v. s. comm. a cl. Lambert ). 22. Desmodinm laxijlontm, caule frutescente erecto Icreti glabre, ramis pubescenHbus , stipulis lanceolatis, foliolis ellipticis acuminatis supra glabris subtu.s adpressè pubcscenlibus , racemis terminalibus Iaxis, pedicellis hirsutis liliformibus c^dyce multo Iongioribus ,'leguminum articulis 4-5 oblongis cortipressis vix sub()ubcrulis. — In IN'apituliâ. An forte prioris varielas ( v. s. comm. a cl. Wallich j. 23. Desmodiuni clegnm, caule fruticoso ramoso tereti, ramulis sub • angulalis pubcscenlibus , stipulis Imearlbus acuminatis, foliolis ovatis acuminatis supcrnè glabris infernè pube adpressJi pallidis , racemis ter- (i) Omnes fere Hedysari species trifoliatœ ad Desmodii genus De.'- vauxiauum sunt meo sensu revocandœ el Hedysari nomen serve specie- bus Europœis iuiparipinnatis fruclu pluri-articulato seu Kchinolobiis Desvauxii. ' ( 'OI ) minaiibus folio vix duplô longioribus, pedicellis hispidis liliforniibuï. In Napauliâ. Leg. ign. ( v. 8. comm. a cl. WalUch). 24. Desmodium multi/lorum , caule fruticoso terefi glabre, ramis hirsutis subtrigonis, stipulis lanceolato-subulatis, ovatis mucionatis superné pubescentibus subtiis villosis, raceiuis axillaribus et termina-^ libus hirsutis foliis longioribus. — In Napauliâ. Cal. fere glaber. Cor. purpurea. Legum junius articulis 5-6 ovatis pubescentibus (t. s. comm. a cl. Wallich). 25. Desmodium angulatum , caule suffruticoso , ramis angulatis pu- bescentibus secus angulos villosis, foliolis ovatis subacutis utrinque adpressè villosis ^ racemis axillaribus terminalibusque subspicatis, bracteis villosis acuminatissimis deciduis flore longioribus. —In Na- pauliâ. Leg. ignot. ( V. s. Comm. a cl. Wailich ). 26. Desmodium pilosiusculwi: , caule angulato pilosiusculo, foliolis ovato-lanceolatis acutis superné glabris subtus puberulis, racemis ler- minalibus subspicatis, bracteis flore longioribus villosis acumiilalis deciduis, leguminis subincurvi articulis ovalibus scabris. — In insulis Philippinis (v. ». inherb. Thibaud exitin. Neaei). 27. Desmodium confertum , caule fruticoso teretiugculo villoso, fo- liolis ovatis subacutis subcoriaceis superné glabris subtus villosis, ra- cemis confertis brevibus terminalibus, bracteis ovatis subacutis glabris oiliatis. — In Napauliâ. Leg. ign. ( v. s. comm. a cl. Wallich). 28. Desmodiufn rujescens, .caule fruticoso, ramis pedunculisque teretibus pube rufâ villosis foliolis ovato-ellipticis obtnsis mucronatis superné glabris subtus pu4)escentibus , racemis terminalibus paniculatis, bracteis deciduis villosis acuminatissimis. — In Indiâ orient. Folia sum- ma unifoliolata (v. s.). ag. Desmodium concinnum , caule fruticoso ramoso , ramis teretibus pubescentibus, foliolis elliptico-qbovatis mucronatis subtus pubescen- tibus servis secundariis promiuulia parallèle lineatis, stipulis lanceo- lalo-linearibus acuminatis, racemis terminalibus, pedicellis geminis birtellis, bracteis deciduis ovatis acuminatis villosis. — In Napauliâ. Priori aflini* ( v. s. comm. a cl. Wallich). 3o. Desmodium trichocaulum , caulibus difl'usé procumbentibus basi sufl'ruticulosis teretibus hirsutis, foliolis obovato-subrotundis obtusis superné glabris subtus pubescentibus, slipuli? scariosis lanceolato- linearibas acuminatis glabris, bracteis conformibus ciliatis, racemis termin.ilibus , pedicellis geminis. — In Napauliâ (v. s. comm. a cl. Wallich). 3i. Damodiuin paucinervium , caule fruticoso- crecto ramoso tcreli glabriusculo , foliolis ullipticis oblusis subtus pubescentibus venosis, ( I03 ) itipulis membranaceis acuminato-aristatis, bracteis conformibus «ub- ciliatis, racemis terminalibus, pediccllis solitariis geminisve. — In Indiâ orient. ( y. s. comm. a cl. Wallich). 3a. Desmodium Leschenauliii , caule tereti puberulo suflruticoso, foliolis rhomheis mucronatis utrinque puberulis, racemis axillaribu» gracilibiis, stipulis bracteisque acuminatis subpilosis , pedicellis a-4 patulis. — In Indiâ orient ( v. s. cuit, in h. Cale. comm. a cl. Lesche- nault). 33. Desmodinm laxum , caule volubili trigono pctiolisque pilosius- cuHsglabrisve , stipulis lanceolatis acuminatis, foliolis ellipticis acumi- natis glabris subtus in nervis pubescentibus , medio basi acuminato la- teralibus basi inaequalibus semicordatis, paniculâ terminali laxissimâ , pedicellis geminis. — lu -Ttapauliâ. Legum. juniora glabra repanda (t. s. comm. a cl. Wallich ). 34. Desmodium oxj-phyllum, caule ereclo tereti ramoso ramulisque subàngulalis glabris, stipulis subulatis , ellipticis acuminatis glabris subtus pailidis albidis, paniculis terminalibus Iaxis; pedicellis »-4 fasciculatis. — In Napauliâ ( v. s. comm. a cl. Wallich). 35. Desmodium podocarpum, caule adscendenle tereti, ramis su- bangulatis petiolis pedunculisque pilosiusculis , stipulis subulatis, fo- liolis latè ovatis subrhombeis subtus pailidis utrinque sparsè puberulis, racemis terminalibus elongatis gracilibus, pedicfllis geminis, leguminis articulis i-3 triangularibus puberulis distantibus, inQmo stipitato. In Tv'apauliâ (v. s. comm. a cl. AVallich ). 36. Hedysaruni nummularljoUiim , foliis omnibus i-foliolatis hrcviter peliolalis orbiculatis mucronatis glaucis pubescentibus, racemis axil- laribus paucifloris folio multô longioribus. — In Oriente iuter Bagdad et Kermancha legerunt Cl. Olivier et Bruguiere. Caulis velutino-caaus stipulae basi concret*. Legumen biarticulatura muricato-glochidiatum. Sectio ( mihi Dilobium ) cum H. sparteo et H. lappaceo distincts conficiens (t. s. comm. a Mus. Par. ). 37. Lespedeza eriocarpa. erecta, petiolis brevibus, foliolis obovatis retusis mucronatis utrinque reliculatis supcrnè glabris subtus strigoso- pubescentibus , racemis fasciculatis subsessilibus calycibus corollâ et legumine hirsuto ovali acuminato dimidio brevioribus. — In Napauliâ ( V. s. comm. a cl. Wallich). 38. Hhyncliosia (i) menispermoidea , caule volubili retrorsum pubet> (i) Ad hoc genusàLoureiro conditum pertinent Glycines species i-a- tpermas, seu Glycine Nuit. , Arcyphyllum Kll. ( io3 ) cente, sfipalis ovatis, foliis reniformibus , racemis paucifloris subsessi- libus , calycis laciniis lanceolatis ecutiusculis trinerviis , legumine ovali-lanceolato. — In Acapulco detexit cl. JNée ( v. s. herb. Thibaud). Recherches anatomiques sur les Carabiqtjes et sur plu- sieurs autres insectes Coléoptères ; Par m. LÉojf Dcfour. {Suite^ COLÉOPTÈRES TÉTRAMÉRÉS. La troisième grande division des Coléoptères est celle où les tarses ont tous quatre articles seulement. Ces insectes, infiniment plus nombreux en genres et en es- pèces que les Hétéromères, se nourrissent généralement, ' ainsi que ces derniers, de matière végétale. M. Latreille les partage en sept familles. Famille XI. Rhincophores. Cette dénomination est due au prolongement anté- rieur de la tète , qui forme une sorte de nez , de mu- seau , ou de trompe , où s'insèrent les antennes. Ce dernier trait les a fait désigner, par M. Du'méril , sous le nom de Rostricornes. M. Latreille avait autrefois divisé ces insectes en deux familles, celle des Bruchèles et celle des Charansonites. Plusieurs caractères anato- miques militent en faveur de cette séparation. A. Bruchèles. Les Anlribus albinus et latirostris sont les seules es- ( io4 ) pèces de cette division que j'aie disséquées. Ils n'ont point de vaisseaux salivaîres. Leur tube alimentaire a environ deux fois et demie la longueur du corps. L'oeso- phage est renfermé dans la tête , et le jabot est fort court. Le ventricule cbylifique est flexueux ou replié sur lui-même, parfaitement lisse dans toute son étendue, tandis que dans les Cliavansonites il offre un espace hérissé de papilles. L'intestin grêle est long, filiforme, courbé en une anse assez grande , et il dégénère insensi- blement en un cœcum allongé , brusquement séparé par une contracture annulaire d'un rectumbien marqué. B. CnÀRANsoNrrES. Les Charansonites dont j'ai pu étudier avec quelque détail l'organisation intérieure sont les suivans : ^pode- l'us intemiedius , Lixus augustatus , Pachygaster nava- ricus. Le canal de la digestion est , dans VApoderus , trois ou quatre fois plus long que son corps. L'oesophage est as- sez long et la dilatation qui forme le jabot était peu mar- quée dans les individus que j'ai disséqués. Le ventricule cbylifique est allongé , flexueux , membraneux , lisse ex- cepté avant sa terminaison postérieure où il présente un espace garni de papilles grêles , bien distinctes. Ensuite il redevient lisse et se renfle en bourrelet pour l'inser- tion des vaisseaux biliaires. L'intestin grêle débute par une portion conoïde et se continue en un tube filiforme replié sur lui-même. Le cœcum est oblong et le rectum court , assez gros. Je retrouve la même forme , la même structure dans \ Attelabus betuleti dont Ramdohr a représenté l'organe ( ïo5 ) de la nutrition (i). Seulement j'observe, d'après la figure,,, que l'espace occupé par les papilles est plus considérable que dans V^poderus. L'appareil digestif du Zixui et du Pachygaster débute dans rarrière-bouche par deux vaisseaux salivaires d'une ténuité capillaire, diaphanes, flexueux ou repliés, assez longs pour que leurs extrémités flottantes pénètrent jus- que dans la cavité abdominale. Lorsqu'on soumet à une forte lentille du microscope un de ces vaisseaux , on re- connaît qu'il y a un tube inclus destiné à contenir la sa- live , tandis que l'enveloppj , d'une texture plus contrac- tile, parait propre à imprimer un mouvement au liquide. Le canal alimentaire de ces deuxCharansonites a près de trois fois la longueur de leur corps. L'œsophage est grêle dans le Lixus , moins long dans le Pachygaster. Il est suivi d'un jabot ou gésier ellipsoïde , roussàtre, d'une consistance presque calleuse, parcouru à l'intérieur v( dans le Lixus y par huit colonnes qui , au microscope , paraissent composées de soies ou pe'ti tes lames embriquées et brunes disposées de chaque côté d'un axe comme les barbes d'une plume. Ces colonnes sont obtuses du côté' du ventricule ch\lifique et forment là par leur rappro- chement une valvule. A travers les parois de ce même organe, dans \e Pachygaster^ on reconnaît qu'il renferme aussi des pièces de trituration. Le ventricule chylifique commence par une portion dilatée, boursoufflée dans le Lixus , à peu près lisse dans le Pachygaster, puis il de- vient cylindrique comme un intestin , se replie , se ren- fle de nouveau , et, un peu avant l'insertion des canaux hépatiques , qui marque sa terminaison , on remanjue (i> Loc. cit. , Tab. X , lig. 8. C io6) un espace fort circonscrit hérissé de papilles , tandis que l'organe est très-glabre dans tout le reste de son étendue. Cet espace papillaire ne se distingue par au- cune contracture de ce qui le précède ni de ce qui le suit. L'intestin grêle est long, flexucux ou replié, puis il se dilate en un cœcum allongé terminé par un rectum filiforme. Ramdohr a représenté l'organe digestif du CurcuUo Lapathi (i). L'existence des vaisseaux salivairesne lui a point échappé, et quoiqu'il n'en ait signalé et figuré qu'un seul , il est probable qu'il y en a une paire. Le gésier qu'il appelle, ainsi que je l'ai dit ailleurs, estomac à replis , est garni intérieurement d'un appareil de trituration com- posé de feuillets cornés , de bandelettes musculaires trans- versales et de dents. Le ventricule chylifique de cette es- pèce débute par un renflement considérable, globuleux, lisse , et me paraît un peu moins long que dans le Lixus. M. Marcel de Serres a aussi donné la description de l'appareil nutritif du Curculio sulcirostris (2), insecte du genre Cleonis de M. Dejean. Mais j'éprouve le plus grand embarras pour faire cadrer ses détails anatomiques avec ceux qui concernent les Charansonites que j'ai dis- séqués. Il ne fait pas mention des conduits salivaires. Tl appçlle vaisseaux hépatiques courts , les papilles du ven- tricule chylifique. Il place le gésier après ce dernier et il y fait aboutir les autres canaux biliaires. Famille XII. Xylophages. Ces Coléoptères, d'une dissection difficile et vétilleuse (1) Loc. cit. , Tab. X, fig. 1-7. (•») Loc. cit. , p. 58. ( lo; ) à cause de leur petite taille , se creusent des conduits labyrinthiques dans le bois mort dont ils font leur nour- riture ; en sorte qu'ils sont , ainsi que leurs larves , la peste de nos arbres de construction -, à leur corps trapu et cylindroïde , à leurs mandibules fortes et acérées, à leurs pâtes courtes et robustes, on voit que la nature les a destinés à être des tarières vivantes. Leur organisation interne est aussi en rapport avec ces traits extérieurs. Mes investigations anatomiques se sont bornées jusqu'à ce iour au BostricJius capucinus et au Tomicus typographus. Le Bostrichus a une conformation de tête fort singu- lière. Elle se prolonge en arrière en une apophyse qui pénètre dans le corselet et qui présente une fissure lon- gitudinale pour l'attache des muscles. C'est à la base in-, férieure de cette apophyse qu'est l'ouverture qui donne issue à l'oesophage. Le tube digestif de cet insecte a près de trois fois la longueur de son corps. Je n'ai point re- connu dans l'individu que j'ai disséqué une dilatation de l'œsophage qui méritât le nom de jabot. Ce conduit était simplement tubuleux et traversait le corselet sans alté- ralionde son diamètre. Je présume néanmoins que ce tube est susceptible de se renfler vers son extrémité pour rece- voir et retenir pendant quelque temps les alimens. Le ventricule chylifique estoblong, conoïde , à peu près droit , parfaitement glabre et lisse même au microscope. L'intestin grêle est filiforme, flexueux , assez long. Il dé- génère insensiblement en un cœcum allongé renfermant des excrémens blanchâtres, solides, et se termine par un rectum peu distinct. La tête du Tomicus, assez grosse mais en grande par- lie enchâssée dans le corselet, est largement trilobée en ar- rière," caraclère remarquable qui, ainsi que l'apophyse oc- ( io8 ) cipitale du Bostiichus , n'a point été saisi par lesealomo- logisles el dont la connaissance était réservée à ta zooto- mie. Deux muscles très-forts, un de chaque côté , se fixent aux échaucrures qui séparent les trois lobes occipitaux , et contribuent puissamment aux efforts considérables que fait la tète pour perforer le bois. L'intérieur de la poi- trine est aussi plus riche en faisceaux musculeux que celle des insectes qui n'ont pas le même genre de vie. Le canal alimentaire de ce Xylophage a la même lon- gueur relative que celui du précédent. L'œsophage se renfle un peu vers sa partie postérieure de manière à oflVir un vestige de jabot. Il s'abouche brusquement à un gésier presque globuleux ou turbiné , d'une consis- tance dure , comme élastique. Au tour de son orifice œso- phagien le gésier est marqué d'une auréole brunâtre lé- gèrement festonnée dans son contour et qui semble de texture cornée. Dans sa moitié postérieure il présente en dedans une valvule conoïde résultant de la connivence de plusieurs pièces étroitement lancéolées qui paraissent eu dehors comme autant de raies. Le ventricule cliyli6- que forme à lui seul près des deux tiers de la longueur de tout le canal alimentaire, Il..est hérissé de papilles qui sont bien plus prononcées en arrière qu'en avant de l'or- gane. Il est suivi d'un intestin grêle, filiforme , tlexueux, puis d'un cœcum à peine renflé , allongé , renfermant des excrémens blanchâtres assez solides, enfin d'un court rec- tum qui a une teinte jaunâtre. Famille XI H. Platysomes, Les insectes de cette famille , ainsi que leur nom l'in- dique, sont remarquables parla dépression de- leur corps. (■ 109 ) Jls sont de fort petite taille et on les trouve sous les écorces d'arbres. UUleiota flavipes est la seule espèce dont j'ai pu étudier l'anatomie. Son canal de la digestion a environ trois fois la longueur du corps. L'œsophage se dilate en un jabot assez marqué. Le ventricule chylifique est allongé et garni de papilles bien prononcées dans toute son étendue. L intestin grêle est flexueux. Le coe- cum est renflé, obtus à sa terminaison. Le rectum est assez long, droit, séparé du cœcum par une contracture annulaire. Famille XIV. Longicornes. Indépendamment des traits entomologiques nombreux qui rendent cette famille l'une des mieux caractérisées , elle en a olFert à mes recherches un autre essentielle- ment organique , constant dans toutes les espèces et dont quelques autres genres étrangers aux Longicornes four- nissent aussi des exemples : c'est que lé bord postérieur ou occipital de leur tète est fortement trilobé. Cette con- formation est une conséquence des habitudes et du genre de vie de ces insectes. On sait que leurs larves vivent et subissent leurs métamorphoses dans l'intérieur du bois. Ils avaient donc besoin , pour sortir de leurs étroites pri- sons ligneuses, que la tète destinée à frayer la route au reste du corps fût solidement attachée par des muscles vigoureux qui pussent lui faire exécuter toutes les nuances nécessaires de direction. Aussi des faisceaux musculeux considérables sont-ils fixés aux sinus des lobes en question. Les Coléoptères Longicornes soumis à mes recherches zoologiques sont les suivans: Pr'ionus coriarius , Pr.faber, Lamia textor, Ceram- ( .u, ) byx mosckatits , Hamaticherus héros , Ham. cerdo , Clytus arcuatus , Callidium bajiilus , Cal. clavipes , Ze/>- tura hastata, Stenopterus rufus , Rhagium bifascialunié En général leur tube alimentaire a beaucoup d'analo- gie pour sa structure et sa conformation avec celui des Mélasomes . Il n'a pas ordinairement une longueur qui surpasse plus de deux fois celle de leur corps. Contre l'assertion de M. Marcel de Serres (i) , il est dépourvu de gésier. Le ventricule chylifique tantôt lisse, tantôt cha- griné suivant les genres, est précédé d'un jabot plus ou moins marqué et suivi d'un intestin grêle longetflexueux, puis d'un cœcum , enfin d'un rectum qui, dans les fe- melles , a une longueur considérable. Mais cette confor- mation générale du canal digestif des Longicornes pré- sente des modifications que je vais signaler. Le jabot du Prionus corian'us commence à l'origine même du corselet, en sorte que l'œsophage est presque nul. Il était, dans l'individu dont j'olîre ici la figure, di* visé par un étranglement en deux ballons ovoïdes d'une texture comme scarieuse quand ils sont gonflés par de l'air, renfermés l'un dans le corselet , l'autre dans le mésotho- rax. Cet étranglement qui ne présente aucune trace de valvule intérieure est, sans doute, accidentel et dû à la compression mécanique exercée sur l'organe par l'anneau étroit et corné qui sépare le corselet du mésothorax. Le ventricule chylifique est distinct du jabot par ime con- tracture permanente qui recèle une valvule musculeuse. Il est très-lisse en dehors et d'une configuration varifv ble. La figure ci-jointe représente une de ces variations où l'organe débute dans la cavité abdominale par un ren- (t) Loc. cit. , p. Sg. ( "I ) flement semblable h ceux du jabot. Puis il se rétrécit brusquement en un conduit tubuleux qui en imposerait pour un intestin, si on ne le voyait pas pcécéder l'iuser- tion des vaisseaux biliaires. Le véritable intestin grêle , moins délié que ce tube ventriculaire, est long, filiforme, replié sur lui-même. Il dégénère en un cœcum allongé lisse et musculo-membraneux , renfermant une pulpe excrémentitielle , blanche. Le rectum est à peine sensible dans le mâle. Je n'ai point trouvé , dans le Prionus faher , le jabot étranglé comme dans l'espèce précédente. Cet organe, dans l'état de vacuité , offre quelques plissures transver- sales. Le ventricule chylifique est lisse et glabre. Il pré- sente à son origine, au moins dans l'individu dont j'ai dessiné l'appareil digestif , un renflement globuleux que sa tension élastique eût pu faire prendre par des yeux peu exercés pour un gésier. Ce renflement, qui n'est garni intérieurement d'aucun appareil spécial de trituration , renfermait un liquide brun. Ensuite l'or- gane finit par acquérir une ténuité presque capillaire, mais il se renfle de nouveau pour l'insertion des vaisseaux biliaires. L'intestin grêle est long, filiforme. La portion du gros intestin qui reçoit l'insertion postérieure des canaux hépatiques , et que j'ai toujours désignée sous le nom de cœcum , semblerait se refuser ici à cette dénomi- nation et présente une organisation particulière. C'est un tube étroit, court, cylindroide, droit, d'une texture toute granuleuse à l'extérieur. Cette forme , cet aspect granuleux sont-ils purement accidentels et le résultat d'une contraction uniforme et permanente de l'organe ? Je ne serais pas éloigné de le croire si son mode de con- nexion avec un renflement intestinal qui le suit ne de- vait faire supposer des fonctions spéciales. Au lieu de s'a- ( XI? ) boucher bout à bout avec ce renfleinent, comme c'est l'ordinaire , il s'y implante latéralement ainsi que cela a lieu dans la vessie natatoire des Dytiques. La dilatation intestinale qui précède le rectum est ovoïde, lisse, gar- nie intérieurement de rubans rausculeux , longitudinaux, fort étroits. Elle contient une matière excrémentitielle liquide , d'un brun verdàtre. Le rectum de la femelle est long, filiforme, et s'engage avec l'oviducte dans un étui membrano-corné. Cette longueur du rectum est une con- séquence de celle du tube éducateur qui est destiné à s'allonger beaucoup hors du corps de l'insecte pour la ponte des œufs. Le tube digestif de la Lamia tcxtor a bien plus d'éten- due que celui des autres Longicornes, puisqu'il a quatre fois la longueur du corps de l'insecle. Le jabot doit être fort coui't; dans les individus soumis à mes dissections, je ne l'ai pas trouvé distinct de l'œsophage, et celui-ci at- teint à peine le commencement du corselet. Le ventri- cule chylifique en est séparé par un bourrelet prononcé , siège d'une valvule. Il égale en longueur la moitié de celle de tout le tube alimentaire. Il est cylindroïde et se replie en deux grandes circonvolutions , maintenues par des brides trachéennes excessivement multipliées. Sa sur- face externe est couverte de points papilliformes que la loupe rend à peine sensibles et dont la saillie varie sui- vant le degré de contraction de l'organe. l'intestin grêle est filiforme. Il se renfle en un cœcum allongé. Le rec- tum , distinct de ce dernier par une contracture valvu- laire , est long dans la femelle et renfermé dans tui étui qui lui est commun avec l'oviducte. Il est coudé à son origine et ce coude est maintenu par deux brides musculai- res distinctes, destinées sans doute à faciliter ou à régler ses mouvemens lorsque l'oviducte s'allonge pour la ponte. I ( "3) îlamdohr, qui a aussi figuré le canal digestif de cel insecte (i), l'a vu, pour ainsi dire, du même œil que moi. Seulement il n'a ni exprimé ni mentionné les points papillaires du ventricule chylifiqiie. Cet auteur a pareil- lement représenté cet organe dans le Lamia œdilis (2). Le jabot est plus prononcé que dans l'espèce précédente, le ventricule cbylifique est moins long ; mais ce sont les seules différences appréciables. Le Cerambyx nioschatus , insecte fort remarquable par l'odeur suave qui s'exbale de tout son corps , odeur spéciale qui approcbe un peu de celle de la rose , a un jabot allongé. Le ventricule cbylifique est bien moins long que celui des autres Longicornes et à peu près droit. Il est cbagriné , comme celui de la Lamia , par de nom- breuses papilles qui ressemblent à des points saillans , et séparé du jabot par une valvule interne formée d'une rosette de huit à dix lames. Le reste du tube ne diffère point de celui de la Lamia. Ramdohr a représenté l'or- gane digestif du même Cerambyx {^), et je n'observe point de différence bien notable entre sa figure et la mienne. Il désigne sous le nom de pbarynx l'œsophage et le jabot. Les Hamaticherus ont le jabot bien prononcé. Le ven- tricule cbylifique est un peu plus long que celui du Çe- rambyx. Il présente quelques traces de plissures annu- laires. Les points papillaires y sont fort superficiels. Les figures que je donne de ces organes suppléeront à d'autres détails. M. Marcel de Serres a aussi décrit l'appareil di- (i) Loc. cit., Tab. IX, fig. i. (a) Loc. cit. , Tab. IX], fig. a-6. (3) Loc. cit., Tab. XXIV, fig. I. Tome IV. — Février. 8 ( "4 ) eeslililu Cerambyx héros (i). Il admet, immédiatement avant l'insertion antérieure des vaisseaux biliaires , un gésier dont mes dissections ne m'ont pas confirmé l'exis- tence, et dont la position n'est jamais en cet endroit dans aucun insecte. Le canal de la digestion a, dans le Cljtus arcualus , la même longueur respective que dans les Hamalicherus. Le jabot est allongé et très-expansible. Le ventricule chylifique distinct de ce dernier, et par une contracture brusque et par une texture plus charnue, n'otïre aucune trace de points papillaires. Il est à peine flexueux, et marqué de plissures annulaires , au moins dans sa moitié antérieure. L'intestin grêle, le cœcum et le rectum ne diffèrent point de ceux des Longicornes précédons. La forme et l'organisation du tube alimentaire sont les mêmes dans les deux Callidium soumis à mes dissec- tions , que dans le Clytus , seulement je n'ai pas re- marqué que leur ventricule chylifique eût des rubans musculeux annulaires sensibles. Ramdohr a représenté le canal digestif du Callidium bajulus (2) , et la figure qu'il en donne ressemble pour les parties essentielles à celle qui accompagne mon travail. Le jabot de la Leplura n'est pas plus marqué que celui de la Lamia. Le ventricule chylifique débouche presque immédiatement delà tète. Il esta peu .près droit, hérissé de papilles courtes et obtuses assez prononcées surtout à sa partie antérieure. L'intestin grêle est replié sur lui-même , filiforme, et se renfle en un cœcum oblong. Le canal digestif du Stenopterus a un jabot allongé , (i) Loc. cit. , p. 59. (,a) Loc. cit. ,Tab. XXIV, fig. 2. ( ii5 ) un ventricule chylifique dont les points papillaires sont à peine saillans. Il ressemble pour tout le reste à celui de la Leptura. Dans le Rhagium le tube de la digestion a deux fois et demie la longueur du corps -, l'œsophage et le jabot sont fort courts •, le ventricule chylifique , qui semble prendre naissance de la têle même, est assez long pour faire une circonvolution sur lui-même. Il est tout couvert de pa- pilles granuleuses peu saillantes. Le reste de l'organe est comme dans les Longicornes précédens. Le lîhagiiim noctis&y d'après la figure que nous a donnée Ramdohr(i), la même longueur, la même configuration du tube ali- mentaire que dans l'espèce précédente. Mais son ventri- cule chylifique ne paraît pas avoir de points papillaires. Famille XV. Eupodes. Cette famille a été formée par M. Latreille aux dépens de la suivante qui dans ses premiers ouvrages portail le nom de Chrjsomélines. Elle se compose d'insectes her- bivores. J'ai éjUidié l'organisation intérieure des espèces suivantes : Donacia simplex , Donacia discolor, Crioceris merdigera. Les Donacies constituent un genre dont la forme du corps, la physionomie, les habitudes et le genre de vie ont une conformité remarquable dans toutes les espèces. Peut-être faudra-t-il un jour les séparer des Criocères fpje les cycliques me semblent réclamer, et en faire à la suite des Leptures une petite famille aussi distincte par ses traits extérieurs que par son organisation. Leur tube (i) Loc. cit. , Tab. XI , £ig. 3. 8" de la digcsiion égale en longueur trois fois celle de tout ]c corps; l'œsophage traverse le corselet sans perdre sa ténuité capillaire. Je ne l'ai point encore observé dilaté en jabot, mais j'ai de la peine à croire qu'on ne les ren- contre pas ainsi quelquefois. Le ventricule cliylifique est assez long pour faire dans l'abdomen une circonvolution. Il est tout couvert de papilles bien saillantes , plus courtes néanmoins vers la partie postérieure de l'organe. L'in- testin gréle est flexueux. Le coecum est allongé et peu distinct du précédent. L'œsophage du Crioceris n'est point capillaire comme celui de la Donacie 5 il est fort court, et je n'ai point saisi rétranfi;lement valvulaire qui le sépare du ventricule chylifiquc. Celui-ci a des papilles excessivement courtes et assez grosses ; il est allongé, renflé antérieurement et flexueux dans sa partie postérieure ; l'intestin grêle est filiforme et le cœcum oblong bien marqué. Je me dis- pense d'autres détails que l'inspection des dessins indi- quera. La figure que Ramdohr a donnée de l'appareil digestif du Crioceris aspaiagi (i) confirme, quant à la forme générale du tube alimentaire, ce que je viens d'ex- poser sur le Crioceris merdigera. Mais le ventricule chy- lifique y est dépourvu de papilles. Famille XVI. Cycliques. Les insectes de cette famille sont tous herbivores ainsi que leurs larves. J'ai disséqué les suivans : Cassida -vi- ridis , Timarcha tenebricosa ^ Chrysomela populi , Ga- Icruca tanaceti , Galeruca lusitanien. (i)Loc. cit., Tab. VI,fig. 5. Notre inimitable Réaiimur a décrit et figuré avec son exactitude et sa clarté accoutumées les métamorphoses de la Casside verte. Il n'a laissé rien à faire sous ce rap- port; aussi a-t-il été copié et recopié par tous les auteurs qui lui ont succédé. Il ne manque, pour compléter l'his- toire naturelle de cet inspciKlices palpiformes biarticnlés. Fig. s. Appareil digestif fort grossi de la Leptcra hastata mAle. a. Têlr avec un col trilobé ; b. ventricule chylifique, précédé d'un jabot fort court; cccc. vaisseaux hépatiques, ceux de la droit c ( 124 ) tronqués ; cl. intestin grêle; e. caecum suivi d'un court rectum ; f. dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 3. Appareil digestif fort grossi du Crioceris merdigera. a. Tcle munie d'un coZ arrondi ; b. ventricule chytijicjue ; ccc. vais- seaux hépatiques, les grands [.rOQ<\\xés , les petits entiers; d. in- testin gre/e ; e. cœcum :, f. dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 4- Portion du ventricule cb^lifique conside'rablement grossie pour mettre en évidence les papilles. Fig. 5. Extrémité poste'rieure du ventricule cbylifique , vue par sa face inférieure, pour mettre en évidence les insertions rentriculaires des vaisseaux bépatiques. Les plus grands de ceux-ci aboutissent à une vésicule biliaire. Fig. 6. Portion antérieure du cœcum, vue par sa face inférieure, pour mettre en évidence les insertions caecales des vaisseaux hépatiques. Fig. j. Appareil digestif fort grossi de la Donacia simplex mâle. a. Tête ; bord occi/x'ta/ légèrement trilobé; b. œsophage et jabot con- fondus; c. ventricule c/t^/i^iyue; dddd. vaisseaux hépatiques-, e. intestin ^ré'/e , suivi d'un cœcunt peu marqué; _/! dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 8. Portion du tube alimentaire et vaisseaux hépatiques considé- rablement grossis de la Donacia discolor. a. Portion postérieure du ventricule cJiylifiqiie . vue par sa face inférieure ; b. vésicule biliaire des plus longs vaisseaux hépatiques ; ce. vaisseaux hépatiques intestiniformes et flottans ; d. intestin grêle. Planche 8. Fig. I. Appareil digestif fort grossi de la Cassida viridis femelle. a. Tête carrée, déprimée; b. jabot suivi du ventricule chylijique ; cccc. vaisseaux hépatiques ; d. cœcum précédé de l'intestin grêle j e. rectum ;f. derniers segmens dorsaux de l'abdomen. Fig. 2. Appareil digestif fort grossi de la Timarcha temebricosa. a. Tête; bord occtpiti/Z légèrement trilobé, labre ti-ansversal , co- riace , échancré; mandibules courtes, robustes, creusées en gout- tière , édentées ; b. jabot ; c. ventricule chylijique ; ddd. vais- seaux hépatiques; e. mtesûu grêle ; f. cœcum suivi d'un rectum bien marqué ; gg. ligamens musculeux ; h. dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 3. Extrémité postérieure considérablement grossie du ventricule cbylifique , vue en dessous pour mettre en évidence les inser- tions des vaisseaux hépatiques. ( 125 ) Fig. 4- Appareil digestif fort gro*si de la Galleruca lusitaicica. a. Télé; bord occipital trilobé; antennes de douze articles, dont le dernier beaucoup plus petit, en quelque sorte ruditnentaire ; labre échancré, cilié j mandibules pointues avec une petite dent obtuse au-dessous de leur pointe ; palpes maxillaires à articles assez gros, cono ides , le dernier petit , pointu, enchatonne' ; b. jabot i c. Tcntricule chylifique ; dd. grands vaisseaux hépatiques ; e.e. petits vaisseaux hépatiques; J'. intestin gréîe ; g. cœcum; h. dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 5. Portion très-grossie du tube alimentaire vue par dessous, pour mettre en évidence les insertions des vaisseaux hépatiques . Fig. 6. Appareil digestif fort grossi de la Gallerdca tanaceti mâle. a. Tête, dernier article Aes antennes pointu; chaperon transverse, étroit; labre échancré, cilié ; palpes comme dans l'espèce pré- cédente; b. jabot; c. yeatùcule cliylijique ; dd. grands vaisseaux hépatiques; e. petJti vaisseaux hépatiques ; f. cœcum, précédé de l'in- testin grêle, et suivi du rectum; g. dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 7. Appareil digestif fort grossi de la Coccikella septem-punctata. a. Tête; bb. vaisseaux salivaires; c. ventricule chylifique précédé du jabot; dd. vaisseaux hépatiques ; e. miesWa grêle ; f. cœcum suisi du rectum ; g. dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 8. Portion considérablement grossie d'un vaisseau salivaire. Fig. 9. Appareil digestif fort grossi de la Coccikella argus. a. Tête ; bord occipital trilobé, lobe intermédiaire plus petit; labre arrondi, cilié; b. ventricule chylifique précédé Aa jabot ; cccc. vais- seaux hépatiques tronqués ; d. cœcum précédé de l'intestin grêle, _et suivi du rectum ; e. derniers segmens dorsaux de l'abdomen. Mémoire Géologique sur le sud-ouest de la France , suivi d'observations comparatives sur le nord du même royaume , et en particulier sur les bords du Rhin; « Pak m. Ami Bocé. ( Suite. ) Le sol tertiaire du sud-ouest de la Frauce renferme quatre terrains ou étages di/Férens ; les Molasses occupent ( ...6 ) la partie la pins inférieure, et supportent un dépôt de calcaire analogue au calcaire grossier parisien , puis vient un terrain (Veau douce et un grand dépôt jnarneux et arénacé, qui paraît être marin. Les Molasses se voient surtout dans la partie orien- tale du bassin, et s'étendent vers l'ouest environ jusque vers Audi, Condom , INérac, Marmande et Libourne ; au-delà elles ne reparaissent que çà et là, sous le Cal- caire grossier au nord de la Garonne, et elles sont aussi à l'ordinaire recouvertes par cette l'ormation , ou par le dépôt d'eau douce dans toute la partie du bassin tertiaire au nord de la Viaux et de la Garonne. Itcifoimation delà moZ(255e comprend , principalement comme en Suisse, des nlternalions répétées de Grès à ciment calcaire et de Marnes ; les Grès sont surtout com- posés de grains de Quarz et d'écaillés de Mica, ou de Mica talqueux (la Grave), et çà et là aussi de grains de Feldspath. De semblables Grès granitiques se voient, par exemple , au Pic de Bère , au confluent du Lot et de la Garonne. liCS Grès ont un ciment calcaire plus ou moins abon- dant et passent aux marnes sablonneuses ; ils sont, à l'or- dinaire, grisâtres ou gris-blancliàtres ou brunâtres; ils se désagrègent souvent assez facilement en sable et em- pêchent ainsi leur einploi comme pierre à bâtir, et ils offrent çà et là , par suite de la distribution inégale du ciment calcaire, des concrétions globulaires ou des ro- gnons allongés , botryoïdes ou en forme de choux-fleurs , comme cela se voit au-dessus de Fronsac près de Libourne. Ces roches qui sont identiques avec les Molasses de la Suisse , l'enferment quelquefois des amas ou même des lits de Poudingue calcaire composé de cailloux prin- i ( 127 ) cipalement qiiarzeux et de calcairo intermédiaire, comme à Grateloup dans le département de Lot-et-Garonne. Dans les endroits où j'ai observé ces agglomérats, ils se trouvaient parmi les assises supérieures de ce terrain. Les Grès calcaires renferment aussi des rognons mar- neux blanchâtres et jaunâtres , qui peuvent quelquefois être dérivés de la décomposition des cailloux calcaires, comme ceux de l'Argile tertiaire supérieure de Vienne en Autriche. Les Marnes de ce dépôt sont plus ou moins argileuses et peu feuilletées ^ elles sont jaunâtres , jaunes brunâtres ; bleuâtres, grises-bleuâtres , et plus rarement en partie bigarrées de rouge , comme à la Grave près de Saint- Denis non loin de Libourne. Ces roches ne m'ont offert ni Pyrites ni Gypse , et au nord de la Garonne aucune trace de lignite 5 mais au sud de ce fleuve , M. Jouannet nous apprend que le.creuse- inent des puits en a fait découvrir dans plusieurs endroits près de Bordeaux, comme â Belin, â Sestos, etc. (i). Ce com- bustible est accompagné d'argile et de poudingue. Au sud de Dax l'on voit aussi paraître çà et là sous le sable des Landes des argiles avec des lignites accompa- gnés de fer phosphaté (Saint-Lon); mais il est extrê- mement difficile quelquefois de décider si ces masses font partie de la Craie , de la Molasse ou même du Cal- caire grossier ou des sables des Landes. Ainsi le dépôt de Bitume sablonneux ou de Poix minérale d'Armentière auprès de Bastènes, semblerait au premier abord placé dans les sables comme celui de Zilensig en Prusse (2), (i) f^oytz Recueil ucadënaique de Bordeaux, 1823. (a) A oyez Schriflcn der TVaturforscher Gesellschaft, in Berlin, vol. U,p. 335. ( 1^8 ) quand on le voit reposer sur une argile noire bitumi- neuse et être recouvert d'abord d'un peu de sable à cailloux de Quarz et de Minerai de fer hydraté ; et plus haut par une marne argileuse, brunâtre et jaunâtre, à petites parties de Bitume ^ mais quand on observe ensuite dans la collection de M. de Borda, la résine fossile, les dents de squale et les bivalves (Vénus?) rares qu'on as- sure y avoir été trouvées , on pencherait à l'annexer à la craie plutôt qu'à l'argile plastique , si les mêmes fos- siles ne se retrouvaient pas dans une couche bitumineuse intercalée dans la partie inférieure du calcaire grossier de l'Esperon près de Dax. Des restes d'êtres marins n'existent que dans les cou- ches tout-à-fait supérieures de la Molasse ., et près de son contact avec le calcaire grossier ; ainsi à la Grave près de Libourne , vine couche de Grès au haut du coteau laisse apercevoir distinctement de petits fragmens de coquil- lages bivalves et d'univalves calcinés 5 mais jamais je n'y ai pu trouver des fossiles entiers. En6n on y observe rarement , . comme en Suisse , des débris d'ossemens comme dans le Grès de la Grave, près de Libourne, où M. le duc Decazes a creusé une glacière et a fait décou- vrir des restes de trois espèces de Palseotherium , d'un Crocodile et d'un Tryonix (i). Les roches de cette formation olTrent des assises d'une épaisseur qui varie non-seulement d'une couche à une autre, mais encore dans la même couche *, ainsi on voit des couches de Grès qui ont vingt à trente pieds d'é- paisseur et qui se rétrécissent plus loin jusqu'à n'avoir plus que quelques pieds. C'est cette stratification irré- (i) f^oyezle dernier volume des Ossemeas Fossiles de M. Cuvier. I ( ^^-9 ) gulière et la surface ondulée. do la Craie, qui fait que ce dépôt a une surface extrêmement bosselée, et qui rend difficile non-seulement son étude , ma?s encore celle des terrains superposés. Ainsi le géologue qui ne s'est pas aperçu de cela, est lout étonné de trouver les mêmes couches à des niveaux très-différens , et de revoir même dans une plaine les couches d'un escarpement voisin tiès-considérable, comme de deux à trois cents pieds de haut. Les bords de la Ga- ronne entre Agen et Marmande présentent ce fait d'une manière très-frappante, car sur tout le côté nord, on a des collines de Molasse couronnées de Calcaire d'eau douce et d'une hauteur d'environ Irois cents à quatre cents pieds, et sur la rive sud il n'y a que des petites collines , qui s'élèvent peu à peu au sud; en général il paraît que tout le long de la Garonne la formation de la Molasse descend à un niveau inférieur sans perdre en apparence aucune de ses couches supérieures, et c'est cette espèce de vallée naturelle qu'est venu occuper la Garonne, qui ensuite l'a creusée plus profondément et a entamé ses flancs. Voici trois coupes de cette formation comme exemples. La première est prise au Pic de 13ère au confluent du Lot et de la Garonne. On y voit dans la colline se suc- céder, de bas en haut , une couche d'argile grise , un Grès micacé calcaire, une argile marneuse jaune, une argile grise, bleuâtre et verdàtrc, une marne argileuse grise et jaunâtre, une marne argileuse jaunâtre, une marne ar- gileuse bleuâtre , une roche semblable, jaune brunâtre, une roche semblable grise-bleuàlre, un Grès calcaire, un sable jaunâtre à petits filons calcaires, une marne Tome IV. o ( '^o ) jaunâlrc à parties blanches, une marne blanchâtre re- couverte dn Calcaire d'eau douce. A la Grave près de Saint-Denis (département de la Gironde), on voit se succéder de même, de bas en haut, une marne grise et rougeàtre , une marne grisâtre et bleuâtre, un Grès calcaire à mica talqueux verdàtre, à osseniens et quelquefois à parties fortement endurcies par un suc calcaire , et formant des amas' et des petits filons, un Grès calcaire fin à petits rognons de marne argileuse verdàtre et grisâtre, une marne calcaire en- durcie, une marne grise-jaunàtre et une marne argileuse Jaune-verdàtre, une marne grise-jaunàtre à rognons mar- neux endurcis et une marne argileuse. Près de Fronsac les collines présentent de bas en haut la série suivante de couches : une marne* grise et blan- che , un Grès calcaire , une marne argileuse verte à petites pnrlies blanches, une marne jaunâtre et grisâtre avec des rognons de marne calcaire endurcie plus ou moins grossière, une marne sablonneuse verdàtre à parties cal- caires etrenfermant plus de sablevers sa partie supérieure que vers sa partie inférieure; une marne argileuse ver- dàtre à petites parties calcaires et dessus un lit de Cal- caire blanc-jaunâtre compacte avec des coquillages, telles que des bivalves et des cérithes, et en6n un Calcaire blanc peu coquillier. Sur la formation de la Molasse s'est déposé le calcaire grossiei\ comme nous venons de le voir et comme l'on peut encore s'en assurer à Blave et à Gironde où les marnes argileuses inférieures sont en partie rougeàtres et employées pour des tuiles. Le dépôt calcaire ne se montre que dans la partie oc- ( '31 ) cidentale et nord-ouest du bassin -, il abonde surtout entre Blaye, Saint-Emilion , la Réolle , Langon et Bordeaux; il y forme des collines escarpées le long de la Garonne, de la Dordogne et de la Gironde, et produit autour de Bordeaux toutes les éminences fertiles qui s'élèvent hors des Landes à l'ouest, au sud et à l'est de cette ville. A l'est de ce district il paraît se prolonger quelquefois sous les dépôts plus récens, du moins il reparaît dails lés environs de Condat ou de Fumel. Au sud on ne le trouve plus qu'à un niveau fort inférieur ; ainsi il se montre çà et là dans les Landes, quand le lit des rivières «■st assez profond , comme à Roquefort , autour de Mont- de-Marsan , le long de la Bouze et du Midou -, il se trouve en assez grande masse à Tartas et ressort souvent sous les sables tertiaires des Landes , sur la rive occidentale de l'Adour entre cette ville et Dax. Au sud de l'Adour il reparait encore au-desso«s de Saint-Séver , à l'ouest de D;ix à l'Esperon où il occupe assez de place dans un vallon, et au pied des coteaux qui bordent la rive nord du Luy depuis Narrosse jusqu'à Donzac. Cette distribution particulière du Calcaire grossier ne laisse pas que d'être très-intéressante, car il paraîtrait d'après cela que le dépôt ne s'est adossé que sur un côté d'une série de hauteurs de Molasse , qui est encore assez bien indiquée par les collines ou le pays élevé qui part du pied des Pyrénées près de Lannemézan , traverse les Landes environ du sud-est au nord-ouest, forme ainsi le partage des eaux et s'étend ensuite par la Réolle dans la partie nord du département de Lot-et-Garonne. Dans toute la partie orientale du reste du grand bas- sin , le calcaire ne s'est pas déposé et toute cette portion 9' ( '3^ ) s'est trouvée transformée après le dépôt de celte roche en un bassin d'eau douce, qui avait une ou peut-être plusieurs issues pour récoulement de ses eaux dans la mer ; le lit actuel de la Garonne inférieure est probable- ment le reste de l'un de ces canaux de communication. Le Calcaire grossier de celte partie de la Fiance se divise en deux assises distinctes, la première ou l'infé- rieure occupe presque touie l'épaisseur du dépôt, et n'offre qu'une roclie plus ou mois compacte, dont les parties mêmes les plus inférieures ne laissent apercevoir aucune trace de particules vertes , et l'assise supérieure n'a qu'une épaisseur beaucoup moins considérable et est en grande partie sablonneuse , et remplie de fossiles très- souvent bien conservés. Le Calcaire grossier compacte est jaunâtre ou jaune brunâtre (Mont-de-Marsan), ou jaune blanchâtre ou même blanchâtre , comme sur les hauteurs de Fronsac et de Libourne. Il offre différentes variétés qui dépen- dent de son grain plus ou moins fin ou de sa nature plus ou moins marneuse, ou de la quantité et du genre des restes organiques qu'il renferme; ainsi autour de Li- bourne et au Pont de la Malle près de Bordeaux les as- sises , toul-à-fait inférieures, présentent des calcaires compactes très-peu coquilliers, blanchâtres et ressemblant de loin à une craie dure. Ailleursles Calcaires de certains lits renferment assez de Cérithes ou de Miliolithes et se rapprochent davantage des Calcaii-es grossiers de Paris, tandis que çà et là ils s'en éloignent, lorsqu'ils sont rendus poreux par un grand nombre de débris fossiles ou de madrépores branchus, et qu'ils sont d'une nalui'e particulière assez friable , comme certaines couches d'entre deux mers au nord de Bordeaux. ( '33) Des lits minces de marne calcaire séparent quelque- fois les couches compactes, et dans les couches tout-à-fait inférieures , on observe des cailloux de Quarz de la grosseur d'une noisette ou d'une noix , et des couches qui renferment naturellement ou par suite d'une dé- composition, des rognons irréguliers de Calcaire dur dans une base jaunâtre friable , comme cela se voit bien dans les carrières et les escarpemens aux environs de Blaye. Plus rarement on trouve, parmi les mêmes assises, des Calcaires d'une teinte grisâtre plus ou moins foncée et légèrement bitumineux ou fétides , comme à Bourgneva près de Bordeaux, et à l'Esperon à l'ouest de Dax. Dans ce dernier endroit l'on voit au-dessus des marnes crayeuses et des argiles, reposer avec une inclinaison h l'est nord-est de trente degrés, la série suivante de couches : une marne calcaire grise terreuse, un calcaire grossier gris, une marne calcaire grise à parties plus foncées, une marne calcaire tachetée de blanc, un calcaire mar- neux blanc et jaunâtre à Miliolithes et Cérithes , une marne calcaire grise, une marne calcaire fort bitumi- neuse , grise noirâtre à Natices et bivalves , un calcaire jnarneux gris à rognons de calcaire endurci et avec quelques bivalves, un calcaire sablonneux coquillier, jaunâtre et à boules d'argile , un calcaire blanc à rognons de calcaire dur, une marne calcaire grise à petites co- quilles, enfin un calcaire gris-brunâtre à Madrépores, à Ecliinites, Sabots, Cérithes et Natices, et au-delà il y a encore d'autres courbes calcaires semblables. Il est aussi arrivé qu'en exploitant des Calcaires gros- siers de la Dordogne pour la bâtisse, l'on y a trouvé des morceaux de lignite ou de charbon minéral. ( r34 ) Les assises sablonneuses du Calcaire grossier ne se voient qu'au sud de la Garonne, autour de Bordeaux^ on les connaît surtout près de Langon , de Sauças, de Leognan, de Mérignac et de Saint-JVIédard, et elles y occupent un niveau beaucoup plus bas que les couches compactes du nord de la Garonne et se cachent sous les sables des Landes. Dans le département des Landes des dépôts semblables se voient sur le calcaire grossier h Saint-Séver, entre Tartas et Dax et pi'ès de Dax. Les affleuremens les plus connus près de cette dernière ville sont au nord de l'A- dour dans lacommune de Saint-Paul , savoir leMainot dans le quartier de Caslelcrabe, le moulin de Cabanes, les lieux appelés Labernadère, Tucavu , le Mandillot, Abesse, Vielle et Quillac. On trouve des bancs sembla- Lli's le long du bord nord du Luy près de Narrosse , de Saugnac , de Sort, de Cambran , de Garrey , de Mim- baste , de Cleimont , de Poyarlin , de Montfort, d'O- ■ zoust et de Casteinau ; au sud du Luy il y en a , de même dans les collines de Heugas, de Gaas , de Benesse e.t de Caignotte. , Ces Calcaires sont des espèces de marnes blanches- jaunâtres, jaunâtres ou brunâtres; plus exactement ce sont des débris très-atténués de coquilles et de Zoo-, phytes , qui sont mêlés de quelques particules argileuses. Certains lits sont agglutinés en un Calcaire qui donne une pierre à bâtir peu durable (Leognan, Langon) ou niême une espèce de Calcaire grossier à Péctoncles et Peignes, qui se trouve dessus et dessous les faluns , comme cela se voit près de Dax et de Saiut-Séver. Rarement dans certaines localités, comme à Abasse , près de Sainl-Paul, la marne calcaire coquillière se ( t35 ) trotïve assez imprégnée de fer hydraté jaune-brun pour mériter d'avoir été exploitée. Il est possible que cet ac- cident provienne du voisinage d'un banc de fer oligiste dans le grès bigarré ou peut-être des sources minérales qui en dérivaient leurs parties ferrugineuses. Ces dépôts atteignent une épaisseur de quelques pieds, à vingt ou vingt-cinq pieds même; ils sont exploités comme marnes et on y trouve rarement, à ce qu'il parait, des débris de bois bitumineux ou pyiiteux , dans le dé- pjirtement des Landes. Les pétrifications de ce terrain n'y sont pas distribuées, du moins en apparence, également j dans les assises in- férieures abondent surtout les Miliolithes , les Clypéastres bombés avec quelques univalves et bivalves, et çà et là beaucoup de madrépores, quelques dents de Squale; néanmoins ils ne sont pas entassés , comme les fossiles des faluns. Dans ces derniers les genres et les espèces fossiles sont très-nombreux; comme M. Basterot va publier très-in- cessamment un travail spécial sur ces restes organiques, je me contenterai d'indiquer ici les fossiles que j'y ai observés. On y trouve les genres suivans : Patella (deux espèces), Fissurella , Crepidula , Capulus (quatre es- pèces), Calyplrea (trois espèces), Conus (deux espèces), Cypra;a (d£ux espèces). Ovula, Oliva, Ancilla , Voluta, Mitra, Marginella , Tornaîclla , Nassa , Cancellaria, Burrinum , Terebra (plusieurs espèces), Purpiua , Doliutn, Harpa, Cassis (deux espèces), Strombus, Ros- lellaria (trois espèces), Murex (au moins cinq espèces), Fusus, Pyrula , Fasciolaria, Pleurotoma (beaucoup d'es- pèces), Cerilhium (plusieurs espèces), Scalaria , Tro- ( «36 ) chus, Solarium, Turbo, Monodonta , Turrileila ( plu- sieurs espèces) , Bulla, Phasianella , Pyramidella, IVaiica, îVerita, Nerilina, Melania , Slomalia , Haliolis, Denta- li uni (quatre espèces), Serpula , Siliquaria, Naulilus, Vaginella, Mylilus. (Ces Moules sont analogues à celles des terrains tertiaires du Rhin et du Danube inférieur, et aussi à !a moule d'eau douce de Hongrie. ) Nucula (au moins deux espèces), Peclunculus, Arca, Cardita, Cardium, Crassatella , Lutraria , Mactra, Ervcina , Do- nax, Lima (an moins deux espèces), Venus, Cytlierea, Cyrena, Venericardia , Lucina (trois espèces), Tellina, Solen , Mya (deux espèces), Pholas , Cbama, Ostrea ( trois espèces ) , Avicula , Perna , Pecten , Corbula ( deux espèces), Terebratula, Balanus , Lepas. H y a aussi des Lunulites , des Licopbris lenticulata(de Denys de Monl- fort), des Alvéolites (Dax), des Madrépores propre- ment dits, des Astrées (au moins trois espèces), des Millepores, des Oursins, des Scutelles à contour angu- leux (Dax), des ossemens de cétacées TMérignac, Na- rosse, Montfort), des os de Daupbin (Povartin), des dents de Squale , des os de poissons ( Dax) , et des os de Mastodonte de Poyardin qui se voient dans la collection de Dax. On peut remarquer que ces fossiles sont plus ou moins bien conservés dans différentes localités et que certaines coquilles, telles que les Néritines, etc., ont encore leurs couleurs naturelles. Quelques-uns sont presque toujours brisés tels que les Pernes , les Avicules , les Nautiles et même les Moules , et d'autres sont fort rares , par exemple les Solarium et les Muiex qui sont assez communs près de Paris. Les Oursins Cuv. y C '37 ) sont beaucoup moins fVéqucns que dans l'assise inférieure et jamais si grands; il- appartiennent à d'autres espèces que ceux qui gissent plus bas. Quoique ces restes organiques se trouvent généra- lement partout, néanmoins le nombre des mêmes espè- ces varie beaucoup d'un lit à' un autre et d'un lieu à un autre , et certaines espèces y sont plutôt par amas ou par bancs ; ainsi autour de Bordeaux à la Coquillière le long du ruisseau de Hos près de Sauças abondent surtout les belles Pvrnles et les jolies Lucines qui ne sont que fort éparses ailleurs ; dans le bois près du moulin de l'é- glise à Sauças , il y a des espèces de lits courts de grands peignes que l'on ne revoit pas à Léognan, tandis qu'il y a cà et là dans cette dernière localité des accumulations considérables de grandes Turritelles, d'une grosse espèce de Cérithe, et une assez grande quantité de Trochiis glulinosus ? qu'on ne revoit pas à Sauças ou qui y sont infiniment plus rares. A Léognan dans le champ du moulin au bord du ruis- seau et dans le jardin de M. Jordan , les petites coquilles sont beaucoup plus nombreuses que partout ailleurs , vu que le sable marneux y est très-fin-, les Corbules, les Stomatia , les Nucules, les Vaginelles et surtout des oper- cules d'univalves y abondent , et près du moulin Coquilla se rencontrent surtout les raretés de ce dépôt , savoir les ,Pernes, les Avicules , les Solen, les Rostellaires, les Murex, les Capulus et les Solarium. A Mérignac dans la vigne de M. Durucu se trouve surtout une immense quantité de Madrépores, d'Astrées, el de Licopliris, qui sont mêlés d'un bon nombre de Moules , de Lucines , de Cyprées , de Cônes , de Cérithes, de Néritines , de Dentales , de Cabochons, de Crépidule s ( i38) et de Balaiies et même d'os de Cétacées : tous ces fossiles sont peu communs ailleurs. Le Falun doSaint-Médard a aussi ses particularités , et autour de Dax l'on remarque la même chose ; ainsi d'a- bord, ceitains Fossiles communs dans ce dernier lieu , tels que les Roslellaires , sont très-rares à Bordeaux, et les Nautiles, dont des fragmens se voient assez souvent à Léognan , sont assez rarement bien conservés au Man- dillot, près de Dax. De plus , on voit près de cette dernière ville , des Scalaires, des Dolium, des Haliolis, des Lepas , dont je n'ai pas eu occasion d'observer de traces sur les bords de la Garonne. Autour de Dax , les Fossiles varient encore d'un lieu à un autre assez considérablement*, ainsi les Rostellaires existent surtout au Mainot , les Cyprées et les grandes Huîtres, semblables à celles qui sont supérieures au Cal- caire d'eau douce de la Garonne, aii moulin de Cabanes. Les ossemens de Baleine et de Dauphin existent aussi surtout dans cette localité , ainsi qu'à Narosse et dans la commune de Monlfort. Entin près du moulin de Ca- banes, et au lieu dit le !Mantillot , on observe dans le falun des Coquilles d'eau douce, qui ont encore quel- quefois leurs couleurs, et qui se rapportent aux genres Neritina , Melanopsides ( M. Dufouri Fer. ) , Plauor- bis et Hélix. Dans ces dernières localités , le Falun repose sur un banc semblable, endurci et changé en un Calcaire bru- nâtre , et il contient aussi des rognons endurcis sembla- bles , dont la forme rappelle , quelquefois , celle des cail- loux roulés. Cette circonstance , jointe aux cailloux de Quarz et ( 1^9) d'autres roches des Pyrénées qui s'y trouvent empâtées , ont fait naître à M. Grateloup l'idée qu'il y avait eu dans ces endroits un remaniement du Falun, au moyen d'un courant d'eau douce , d'où serait résulté naturellement ce mélange de Coquillages d'eau douce et de Coquilles marines (i). En réflécliissant sur ce sujet, sur les lieux , je n'ai pu m'empêcher de trouver cette explication très-plausible , mais je suis loin de croire que ce remaniement , causé par un courant d'eau douce , soit de date récente; il est au contraire presque de l'âge du Falun , parce qu'on revoit , dans le nord du bassin, des mélanges semblables ( Méiignac, Léognan ), accompagnés même de vérita • blés alternations de couches de Calcaire marin et de Calcaire d'eau douce. C'est au moulin de l'Église , près de Sauças (dépar- tement de la Gironde), que j'ai fait, dans l'agréable compagnie de M. Jouannet, cette curieuse observation. Sur le bord méridional du ruisseau de Hos , l'on trouve un petit talus composé de bas en haut des couches sui-* vantes : un Calcaire sablonneux formant des rognons ii'réguliers dans un sable Calcaire composé de Coquil- lages brisés, un Calcaire à Cériihes, Miliolithes et Bi- valves , un Calcaire sablonneux jaunâtre, ou une espèce de Falun à Cérithes , Dentales, Pyrules, Lunulites, Pétoncles , Arches , etc. ; une uiarne blanche grisâ- tre , à Planorbes et Lymnées -, elle prend un aspect bréchiforme , et est fortement endurcie dans sa portion supérieure, où elle est percée de trous de pholades, (i) Il est â espërcr que M. Grateloup dous fera connaître incessam- ment les curieuses observations qu'il a faites sur les faluns du dë- partetncnt des Landee. ( i4o ) dont les Coquillages srnit encore en partie intacts dans les vides ainsi formés. Enfin, au-dessus repose distinc- tement un FaUin ou un sable calcaire à Céritbes , Turritelles , Pyrules , Casques , Strombes , Olives , Patelles , Calyptrées , Peignes, Tellines , Mactres , Vagi- nelles, etc. Sur la rive opposée du ruisseau , l'on observe la même cbose dans une carrière de Calcaire d'eau douce de quatre pieds et demi de profondeur. Une marne sa- blonneuse calcaire , à Coquilles marines , à Céritbes et à rognons marneux , endurcis , blancs , en occupe le fond, et est recouverte par une marne argileuse, bru- nâtre ; un Calcaire marneux, fétide et noirâtre, à Pla- uorbes et Lymnées , un Calcaire d'eau douce brécbi- forme, c'est-à-dire composé de fragmens angulaires du Calcaire précédent noirâtre , et empâtés dans une base semblable, moins foncée. La grossevir de ces morceaux varie de celle d'un pois à celle d'un œuf de poulet ou de dinde. L'on voit au-dessus un ou deux pouces d'un Calcaire compacte, brunâtre, ayant l'air siliceux, elàstra- tificalion ondulée 5 un Calcaire marneux, bréchiforme, à fragmens de la même nature que la pâte , et à Planorbes , Lymnées , Hélices , et çâ et là à univalvcs ressemblant aux Céritbes; une marne argileuse coquiUière,avec tous les Fossiles précédens, et dans sa partie supérieure en outre avec des grandes Cyrènes. { Macti'a? Cyrenaàe M. Brongniart. ) Enfin , sur la surface très-irrégulière de ce dernier lit , se trouve un sable Calcaire blanc-gri- sâtre, avec les mêmes Fossiles marins que le Falun au- dessous du Calcaire d'eau douce , savoir surtout des Céritbes , des petites Lucines et d'autres bivalves. M. Jouannet a aussi observé, dans la partie inférieure ( ^4- ) (lu Calcaire d'eau douce de; Bazas , un niélauge de Co- quilles mannes el d'eau douce. Ces derniers exemples indiquent dans ces differens lieux des accidens particuliers ; en effet , par la distri- bution du Calcaire grossier et du Calcaiie d'eau douce de notre bassin , ils se trouvent placés de manière qu'on peut croire, qu'à Dax et à Mérignac, un courant d'eau douce y a amené les Coquillages fluviatiles , tandis qu'à Sauças l'eau douce a pu prédominer quelque temps sur l'eau de la mer , parce que c'était probablement un des points voisins du contact du canal d'écoulement du bas- sin d'eau douce avec l'eau de la mer. Ce qui vient encore corroborer celte idée, c'est que sur les confins assez élevés du Calcaire grossier et du Calcaire d'eau douce, comme à la E.éolIe , l'on croit apercevoir déjà, dans les assises tout-à-fait supérieures marines, des indices géologiques de l'approcbe du ter- rain d'eau douce. On y voit, en effet , les roches suivantes se succéder de bas en haut. Un Grès calcaire marneux ; une marne argileuse , grisâtre , coquillière -, un sable marneux gris 5 une marne grise, à Coquilles marines-, un sable mar- neux , à rognons endurcis 5 deux alternations d'une marne argileuse et d'un sable jaunâtre ; une marne ar- gileuse grise 5 un Calcaire d'un aspect bréchiforme ou à fragmens empâtés d'une marne verdâtre , et çà et là avec des huîtres 5 un Grès calcaire coquillier; une marne brunâtre, à huîtres et à rognons marno-calcaires ; un Calcaire grossier sablonneux; et une marne blanche grossière , à Coquilles marines turbinées. Le Calcaire deau douce, qui succède au Calcaire grossier, ne paraît le recouvrir nulle part, si ce n'est ( ^4^ ) tlans les environs de Sauças -, à l'ordinaire , les deux dé- pôts sont sc'parés par un valion , du moins je me suis donné inutilement beaucoup de peines pour trouver de semblables superpositions. Il est possible cependant qu'on soit assez heureux d'en découvrir entre la Réolle et Lauzun. Du reste, les apparences géologiques et la distribution particulière du Calcaire grossier, ne laissent pas de doute que le Calcaire d'eau douce , malgré sa po- sition sur la molasse , ne soit postérieur au Calcaire grossier. Le Calcaire d'eau douce, qui paraît correspondre au dépôt d'eau douce de Paris supérieur au Calcaire gros- sier , occupe dans le bassin un espace assez considérable et limité environ par une ligne irrégulière, passant par la KéoUe , Bazas , Condom , Auch , Moissac, à l'ouest de Cahors et' près de Lauzun. Tout le reste du sol du fond du bassin est presque uniquement formé par la molasse , et il me paraît fort peu probable qu'on doive ' rattacher à noire bassin d'eau douce les dépôts sembla- bles qui se trouvent en petite quantité autour de Milhau, dans la partie supérieure du Tarn , et ceux qui couvrent une assez grande étendue de pays schisteux, granitique et trachytique autour d'Aurillac. Ces derniers bassins peuvent bien avoir été en communication, au moyen d'un cours d'eau avec le bassin du Lot et de la Ga- ronne ; mais ils formaient, cependant, des lacs d'eau douce tout-à-fait indépendans de celui dont nous allons décrire les dépôts. Le Calcaire d'eau douce couronne les collines de mo- lasse , et suit toutes les irrégularités de la surface de ce dernier terrain. Il s'élève environ entre quatre on cinq cents pieds au-dessus de la mer*, dans les endroits les ( '43 ) plus élevés , comme entre le Lot et fe (iaroiine, il forme sur les coteaux , tantôt des plateaux élevés , assez éten- dus , tantôt des séries de buttes blanches à petits escar- pemens, qu'on reconnaît de très-loin, ou bien il ne s'élève qu'en petites collines arrondies dans la plaine. En général, ce terrain de molasse et de Calcaire d'eau douce est très -irrégulier, et entrecoupé d'un grand nombre de grandes rivières et de ruisseaux, de vallées ou ae gorges : de-là vient aussi la grande fertilité et la variété des produits naturels de cette partie de la France. Les pentes et les plaines de molasse sont propres , par leurs marnes , à des cliamps et à différentes cultures :les coteaux calcaires donnent d'excellens vins , et procu- rent à la vigne une nourriture et une chaleur qui lui conviennent ; tandis que les petits vallons humides offrent çà et là quelques pâturages , et les grandes vallées remplies du limon et du gravier des rivières , permettent la culture si avantageuse du tabac. Le Calcaire d'eau douce se trouve divisé, à l'ordi- naire , naturellement en deux assîses assez constamment distinctes : l'assise inférieure est un Calcaire sans co- quilles , et l'assise supérieure un Calcaire Irès-coquillier, accompagné de marnes. Ainsi , par exemple , au Pic- de-Bère , au confluent de la Garonne et du Lot, l'on ob- serve, au-dessus des couches horizontales d'une grande convexité de molasse , un Calcaire compacte blanchâtre, un peu poreux , "qui renferme en apparence des frag- mens arrondis ou angulaires d'un Calcaire de la même nature ; puis un Calcaire marneux gris ; un Calcaire marneux blanc verdâtre , à aspect bréchiforme; un Cal- «aire blanc marneux , semblable à la première couche. Au-dessus suivent les assises coquillièrcs , consistant en ( '44) un Calc'iire gi'is fétide à Planorbes, Lymnées , Hélices , à nids d'Argile jaune, et à tubulures ou porosités iden- tiques avec celles de tous les Calcaires d'eau douce con- nus, et en un Calcaire poreux blanchâtre, avec les mêmes coquillages et des débris d'ossemens. Enfin, viennent des lits de Marne argileuse, jaune grisâtre et blanchâtre, sans aucune trace de Fossile. Le haut des collines qui dominent la Garonne , de Tonneins à Moissac , olTre la même série de couches ; lin Calcaire plus ou moins marneux , â rognons calcaires de même nature , recouvre immédiatement la molasse , et le plateau supérieur est formé par un Calcaire coquil- lier , quelquefois marneux, légèrement fétide, et çà et là â ossemens de quadrupèdes d'espèces maintenant éteintes. Le Calcaire compacte sans Coquilles est souvent as- sez différent des Calcaires d'eau douce ordinaire, car il est quelquefois aussi compacte qu'un Calcaire jurassique, et ses teintes jaunâlies ou blanchâtres le rapprocheraient, minéralogiquement, tout-à-fait de ces Calcaires, si l'on n'y apercevait pas, câ et là, quelques petites cavités ca- ractéristiques. Ces dernières sont tapissées , le plus souvent , de pe- tits cristaux de chaux carbonatée , et plus rarement de baryte sulfatée bleuâtre qui , çà et là , forme même des groupes assez gros de cristaux , comme dans les en- virons de Lagarde , près de Lauzun. De petits filons de chaux carbonatée fibreuse s'y rencontrent aussi. Les autres variétés de ces Calcaires ont presque toutes un aspect oolitique ou bréchiforme, c'est-à-dire que des fragmens arrondis ou angulaires sont empâtés dans une base qui est de la même nature que les prétendus dé- ( .45 ) bris ; mais quand on vient à examiner avec attention ces derniers , on trouve que très-souvent ce sont des con- crétions calcaires qui ont été endurcies plus tôt que le reste de la masse , et même , çà et là , ces espèces de ro- gnons sont légèrement imprégnées de silice , et laissent apercevoir , comme près d'Agen , une espèce de struc- ture circulaire concentrique : la roche a alors presque l'asppct d'une Craie dure , à rognons de silex pyro- maque. Cette structure concrétionnaire m'a paru , depuis, être assez généralement répandue dans la plupart des Calcaires d'eau douce. Ainsi elle existe en partie , dans celui d'Ulm, et dans le Calcaire grossier mélangé de Coquilles d'eau douce de Francfort-sur-le-Mein , nT,ais nulle part elle ne m'a paru si universellement distincte que dans le sud de la France; ailleurs elle est au con- traire le plus souvent masquée. C'est à cette structure et à des retraits que je crois devoir attribuer la formation de presque tous, ou de tous les Calcaires d'eau douce brécliiformes du sud de la France 5 car celle apparence particulière, et ces fragraens angulaires empâtés dans une base semblable, ne se laissent guère raisonnablement expliquer par la supposition d'une destruction ou d'un morcellement d'une couche et de sa réagglutination. Les Calcaires d'eau douce coquillicrs sont exactement semblables à ceux de Fontainebleau, d'Ulm, de Wal- lerslein , etc. Ils sont grisâtres ou gris noirâtres, tra- versés de tubulures caractéristiques , et çà et là tapissés de cristaux de chaux carbonatée. Les Fossiles ordinaires y sont souvent par paquets, et y olTrcnt plusieurs espèces de Planorbes , de Lym- ToME IV. ]0 ( '46 ) nées, d'Hélices, et peut-être de Cydostomes (ï). Je n'y ai pas pu découvrir d'autre coquillage d'eau douce, mais des ossemens de Paléotlierium ( P. médium , Agen , Pic-de-Bère ) et de Tryonix ( Lauzerte ) (2) , y sont assez fréquens. La seule roche qui m'ait paru subordonnée à ce dé- pôt, c'est un Silex meulière, ou une espèce de Silex plus ou moins carié, qui participe tantôt de la nature du silex pyromaque, tantôt de celle du silex corné, (Hornstein) , et qui passe môme au Calcaire, en se mé- langeant de parties calcaires. Les couleurs sont d'ailleurs , comme dans le Silex meu- lière de Paris , le gris , le jaune , le jaune biunàtre et le brun foncé , et il présente , çà et là , un aspect bré- chiforme, en paraissant renfermer des morceaux de Cal- caire. On n'y voit jamais de Coquilles fossiles, mais quelquefois on y rencontre beaucoup de bois dicotylé- dons silicifiés et semblables au bois des conifères, comme à Graleloup (département de Lot-et-Garonne). Les bois siliceux de palmiers de Montflanquin appartiennent probablement aussi à ce dépôt. Ce produit siliceux est assez rare dans le sud de la France , et ne se trouve qu'en espèces d'amas dans la partie supérieure du Cal- caire sans coquilles, comme à Damazan et à Grateloup, et peut-être , dit-on , à Gontaud. Les masses de cette meulière sont trop petites et trop peu cariées pour être employées comme meule , néan- moins elles otTriraient quelques avantages comme pierre de route. Au-dessus du Calcaire d'eau douce, l'on voit (i) F'oyez Annales du Muséum , vol. 19. (a) Ployez le dernier volume des Ossemens Fossiles de M. Cuvier. ( ^45 ) au nord de la Garonne, dans les endroits les plus éle^^ vés , et au sud de cette même rivière, sur les coteaux, des masses plus ou moins grandes (T Argile marneuse « dessous lesquelles sourdent quelquefois des sources. Ainsi nous en avons déjà cité sur le Pic-de-Bère , près d'Aiguillon , et il s'en trouve de semblables au sud de la Garonne, près de Léognan , près de la Plume, et sur plusieurs autres points du département de Lot-el- Garonne. Près de la Plume , l'on voit reposer les argiles gri- sâtres ou grises jaunâtres sur le Calcaire d'eau douce compacte et coquillier ; elles y renferment de petits groupes de cristaux de Gypse en crête de coq , et elles sont recouvertes par les graines ou sables des Landes , qui forment le sommet de la butte. Le Gypse a été exploité autrefois , mais il s'est trouvé en trop petite quantité pour pouvoir supporter la con- currence du Gypse amené du nord de la France dans ces contrées. Outre ces argiles sans fossiles , l'on trouve encore en lambeaux, cà et là, des argiles marneuses jaunâtres ou grisâtres, mêlées de parties blancbàtres, et pétries de grandes huîtres ressemblant à VOstrea hippopus et à l'huilre des environs de Berne. Ces espèces de bancs dliuîtres se trouvent le long de la Gironde , de la Garonne , du Lot et de la Dordogue , et il ne me paraît pas tout-à-fait sûr qu'il n'y en ait point dans le départetuent des Landes, car les grandes buitres de cette contrée sont identiques avec celles dont nous parlons, et doivent néanmoins provenir, dit-on , des Fa- luns du Calcaire grossier. Ces amas d'huilres s'élèvent assez haut, puisqu'on les trouve adossés contre les peute 10* ( 148 ) des plateaux les plus élevés du Calcnirc d'eau douce , comme sur le côté oriental du Pic-de-Bcre, tandis qu'ils recouvrent ailleurs de semblables masses qui n'atteignent pas une si grande élévation , comme on le voit dans les vignes de Galapian , au nord du Lot. Les huîtres se trouvent entières ou brisées , le plus souvent les valves supérieures sont changées en marnes , ou ont à moitié disparu; elles ont de deux à quatre pouces jusqu'à six à sept pouces de long. Les localités de ces bancs sont fort nombreuses , il y en a au-dessus de Blaye , près de Sainte-Croix du Mont , à Bra , à Auros , près de Bazas , à Sestos , près de Saint-Macaire , au Pic- de-Bère , à la voûte au-dessus de Clérac , au sud d'Ai- guillon , dans la campagne de M. de Malprade , à Ga- lapian , dans les environs d'Agen , à Mont-Ségur , etc. Il me paraît probable , d'après la position de ces ar- giles à huîtres, qu'elles- correspondent aux marnes ma- rines supérieures au gypse de Montmartre, et aux marnes vertes à huîtres. Une grande alluvîon sablonneuse forme le dernier dé- pôt tertiaire du bassin, puisqu'il'recouvre tous les ter- rains précédens, et il pourrait donc être analogue aux sables sans coquilles au-dessus des Marnes marines su- périeures de Paris. '>' Cette formation constitue tout le sol des Landes, elle y atteint piès de quatre-vingts mètres de hauteur sur la mer près de Saint-Magne (i) , et elle est limitée depuis Bayonnejusqu'àPau environ parle cours deTAdour et du Gave de Pau ; plus à l'est elle s'étend jusqu'à Tarbe et jusqu'aux rivières de la Baise et de la Garonne. Elle dé- ^i) Joiianntt, Rf-cueil acaaeraique de Bordeaux, t8:^. ( '49 ) passe néanmoins ces limites , soit dans le département des Basses-Pyrénées et en général sur le pied de ces montagnes, soit au nord de la Gironde, où l'on trouve déjà ces sables à Mirambeau , soit à l'est de la Baise dans le département du Gers. Elle fecouvre dans sa partie orientale les sommités des collines de Calcaire d'eau douce , et ne laisse apercevoir que çà et là dans sa portion occidentale de petites masses de Craie ou de Calcaire grossier, tandis que sur le pied des Pyrénées elle se cache souvent sous des amas énormes d'alluvions modernes accumulées par les an- ciennes rivières de ces montagnes et sous les marnes fluviatiles. Ce dépôt consiste en un sable fin quartzeux, blanchâtre, grisâtre ou jaunâtre, ou plus rarement brun-rougeàtre ou rouge ( Bedat) , qui ne renferme que çà et là des parties plus grossières, ou plus argileuses, ou des rognons ag- glutinés par un ciment de fer hydraté (Sauças). Le manque de ciment produit .un sol qui cède sous les pieds , et à travers lequel l'eau filtre très-aisément, de manière qu'il ne peut être employé qu'à des planta- tions de pins ou de chênes à liège ; il est même extrê- mement nécessaire d'entretenir ces forêts, car leur ex- tirpation exposerait tous les fertiles pays du voisinage à être ensevelis sous des dunes de sables que le vent dé- placerait à volonté, comme cela a déjà eu lieu sur les bords de la mer. Dans la Chalosse (an sud de l'Adour), ces sables sont quelquefois assez marneux ou recouverts de Marne d'eau douce, de manière que la culture des terres devient impossible. Les Minerais de fer hydraté, épars dans ce terrain, n'abondent que dans le département des Landes où le ( i5o) voisinage des couches de fer oligiste du Grès bigarré et des terrains schisteux paraît avoir favorisé tellement ce dépôt, qu'il pourrait devenir çà et là un objet d'exploi- tation. Le Minerai est mi fer hydraté brunâtre, ou jaune- rougeâtre, ou brun-rouge , qui est plus ou moins mélangé de parties sablonneuses et plus ou moins carié -, rarement il forme une espèce d'Hématite compacte , uniforme ou géodique. Les environs de Bastènes , de Brasampoui, de Saint-Séver et de Bayonne , m'ont paru les lieux les plus favorables pour essayer leur exploitation. Les sables des Landes renferment encore çà et là de très-petits blocs de roches intermédiaires dures, et des cailloux de Quarz hyalin., qui sont quelquefois aven- lurinés et portent dans le pays le nom de cailloux du Médoc , parce qu'ils abondent surtout dans cette localité. Près de certaines masses de Diabase et de Craie , des cailloux de ces roches ou des Silex se trouvent encore dans ces sables comme près de Bastènes et entre Bayonne et Biaritz. Çà et là on y observe des morceaux de bois silicifiés ou changés en une espèce de Grès , comme dans la Chalosse, etc. Dans le département des Landes on y rencontre aussi des amas d'une argile jaunâtre ou grise-jaunâtre comme à Bastènes , et quelquefois des nids irréguliers d'une ] argile blanche assez smeclique , comme à Bastac près de Ganjac , où on a essayé, il y a trente ans, d'employer cette substance à la fabrication de la porcelaine : mais elle est en trop petite quantité, puisqu'elle ne forme que rarement des rognons de deux à trois pieds , et qu'à l'ordinaire ils n'ont que quelques pouces. Il est difficile de prononcer sur la nature de cette matière argileuse, qui a quelquefois un aspect singulier et une aggrégation ( i5i ) tout-à-fait particulière: serait-ce peut-être un produit d'une décomposition de la Diabase des environs ? Enfin une substance assez semblable par ses caractères extérieurs , et qu'on ^ nommée Lenzinite , se trouve dis- tribuée de même en rognons dans ces sables. Les loca- lités de cette substance sont entre Condure et Saint-Sé- ver dans la commune de Boulin-la-Grange , Pouillon, et dans la commune de Bahus le lieu dit Lhoules. Ces sables y présentent à peu près la succession sui- vante de couches assez irrégulières. Au-dessus de proé- minences de Craie grossière quelquefois à Silex, l'on observe une Marne sablonneuse alternant avec des sables ; viennent quelquefois un Ht de sable à amas de cailloux et des lits de sable noir pénétré d'oxide de Manganèse, et tout-à-fait supérieurement des sables à rognons irré- guliers de fer hydraté brunâtre ou rougeâtre fort impur et renfermant çà et là des masses de Lenzinite de quel- ques pouces à un pied de long. Elle s'y trouve eu plusieurs étais qui dépendent soit de la décomposition, soit peul-êtie de son aggrégatiou ou de ses parties chimiques constituantes^ il y en a qui est terreuse ., blanche., et d'autre qui est d'une couleur blanc de lait et même translucide et se brisant en petits éclats à angles aigus. Quelquefois on dirait qu'elle passe au Silex ou qu'elle n'est qu'un rognon de Silex ainsi changé, mais vu le voisinage des rognons de véritable Silex et l'appa- rence semblable de la Craie et de la Lenzinite , il est très-facile de se tromper dans de semblables observations. Les c.lluvions du grand bassin du sud-ouest de la France consistent en alluvions anciennes et modernes des rivières , et en alluvions qui sont le produit de la ( i50 chnte et de la rëaggrégation des débris des montagnes. Les alluvions anciennes abondent surtout sur le pied des Pyrénées qu'elles encroûtent sous la forme d'un dépôt fort épais de cailloux plus ou moins mélangés de sables . comme par exemple an sud de Pau et sur le pla- teau de Lannemezan à Montrejean, oii l'on remarque même de gros blocs de Granité et de Schistes , quoique ce plateau soit séparé des Pyrénées par une vallée assez profonde. -On en trouve aussi le long des grandes rivières, soit dans les Pyrénées, soit jusqu'à une certaine distance de ces montagnes, comme dans la vallée de l'Arriège , de la Garonne, de l'Adour , du Gave de Pau, du Luy (à Po- mares) , du Lot , etc. Ces rivières sont obligées d'y creuser souvent leur lit , comme cela se voit bien entre Saint-Pé et Lourde et près d'Argos dans la valléte de l'Arriège. Au nord de Bayonne ces alluvions enclavent plusieurs étangs ou lacs , et indiquent ainsi l'ancien cours du Gave de Pau et de l'Adour. Les cailloux de ces dépôts varient d'un lieu à un autre suivant les vallées dont ils sont sortis , et sont quelquefois assez gros , sans atteindre cependant le volume des blocs des Alpes \ ils sont en couches fort irréguHères, comme cela se voit bien dans la plaine des bords du Lot entre Aiguillon et Ville-Neuve (i). En général les rivières paraissent s'être éloignées si peu de leurs lits primitifs, que l'on peut tout de suite dire, par les alluvions anciennes ou modernes qui les accom- pagnent, si elles prennent leur source dans les Pyré- nées ou l'Auvergne , ou seulement dans les terrains cal- (i) f^oyex Mémoires sur les cailloux de M. Palassou. \ ( i5:î ) caires ou tertiaires ; ainsi on observe dans le Luy jusqu'à son confluent dans l'Adour des cailloux de Micaschiste, de Quarz , de Schiste siliceux , etc. Mais si les cours d'eaux paraissent avoir contribué puissamment à la production de ces alluvions anciennes , maintenant fort au-dessus du lit actuel des riv+ères, les blocs énormes et certains grands amas de cailloux dans des localités particulières des Pyrénées ou à leur pied, semblent indiquer que des débâcles de lacs d'eau douce y ont eu aussi une grande part, et cette idée devient d'au- tant plus probable quand on observe dans presque tou- tes les vallées de cette chaîne les traces d'anciennes di- gues, et qu'on voit, pour ainsi dire encore, chaque vallée partagée en plusieurs cavités placées , l'une à la suite de l'autre , sur un niveau toujours plus élevé. Ainsi la vallée du Gave de Pau formait probablement huit bassins sem- blables dont le premier s'étendait de Bélarran au défilé qui conduit à Lourdes, tandis que le second allait de- puis là jusqu'à Arguelles, et qu'il y avait plus haut six autres cavités séparées par des canaux étroits, qui çà et là donnent lieu encore à des chutes d'eau. La vallée de Massât, de la Sallat, de la Garonne, etc., présentent des divisions naturelles tout aussi évidentes. Parmi les alluvions anciennes on doit compter les mas- ses de Marnes argileuses à coquillages fluviatiles et terres- tres , qui se voientçà et là , lelongdes principales rivières, de la même manière qu'au bord du Danube et du Rhin. Elles paraissent reposer sut d'anciens amas de cailloux, et s'élèvent quelquefois à quarante pieds au-dessus du niveau des plus hautes oaux, comme près d'Aiguillon, vis-à-vis d'Agen au sud de la Garonne et à Donzat au-dessus des sables des Landes , etc. ( '54 ) On peut encore placer ici ce banc d'huîtres qui se trouve, suivant M. Jouannet , à Saint-Vivien à douze pieds au-dessus du niveau de l'emboucbure de la Garonne , et qui n'y présente comme un amas semblable des ma- rais de la Rochelle (i) que les huîtres communes de la côte actftelle. Les allumions modernes des rivières sont des cailloux de la même nature que ceux des dépôts précédons, mais plus petits 5 ce sont des sables fins, souvent argileux, noirâti'es ou blanchâtres et des espèces de Marne argi- leuse grise ou noirâtre , comme on le voit le long de la Garonne et des autres grandes rivières. Ces grands couians d'eau sont souvent distinctement encaissés entre des pentes qui présentent de chaque côté plusieurs terrasses et plusieurs talus, ce qui semblerait indiquer plusieurs époques où le lit des rivières s'est trouvé assez comblé de débris pour que ces dernières tâchassent de l'élargir ou de l'approfondir, et lorsque les parois du canal se sont trouvées plus fortement ag- grégées que le fond, \b lit a gagné en profondeur, et ainsi se sont formées et se forment encore ces espèces de gradins d'alluvions , qui accompagnent toutes les riviè- res. Au bord de la Garonne , de la Sallat et de l'Arriège, l'on observe surtout trois grandes terrasses et talus sem- blables. Les débris des montagnes qui tombent de leurs flancs par suite de la décomposition, de la pluie, de la neige et de la gelée , et qui ne sonfc pas enlevés par les eaux des rivières , restent sur le pied des montagnes où ils (i) yoyez le Mémoire intcressunt de M. Fleuriau de Bellevue dan» le Journ. de Physique, 1817. I ( i55) forment des tas de masses , qui se lient ensemble par leur propre . pesanteur ou par les infiltrations d'eau chargées de parties argileuses ou calcaires. Des brèches ou des agglomérats se forment ainsi , ce sont même quelquefois des roches très - compactes à ciment de chaux carbonatée concrélionnée -fibreuse ou lamellaire (col de Mende). Elles abondent dans les valiées des Pyrénées comme dans les Alpes , et l'abon- dance des masses calcaires leur fournit amplement le ciment nécessaire à leur consolidation. Rarement ces amas ainsi durcis renferment des osse- mens d'animaux encore existans et des coquillages ter- restres encore actuellement vivans sur les lieux, comme entre Loucrup et Arguelles. * Enfin il n'est peut-être pas hors de propos de citer la caverne de la Combe Grenan à ossemens de bœuf, de chevaux, d'oiseaux, et qui se trouve, suivant M. Jouannet, dans le Calcaire crayeux du Périgord , et de dire que le grand courant de l'Atlantique amène des Ponces jus- que sur les dunes des Landes. Après avoir esquissé la constitution géologique du sud-ouest de la France , si nous jetons les yeux sur le grand bassin secondaire et tertiaire du nord de la France , nous trouvons d'abord dans les dépôts tertiaires des deux contrées quelques diflérences notables , malgré une analogie assez grande de composition , de groupe- ment et même de distribution géographique des diflërens terrains. Ainsi dans le bassin du nord, le Calcaire grossier est relégué aussi dans certains points, savoir dans la partie nord et sud du bassin ; le Calcaire d'eau douce supérieur y occupe surtout le milieu et le sud-est, tandis que les ( .56 ) autres dépôts sout priucipaieincut distribués dans la por- tion septentrionale ou dans celle de la Seine et de la Marne. Mais dans le sud-ouest de la France nous n'avons pas vu de traces de dépôt <ïeau douce supérieur , ni ces masses gypseuses à ossemens de Paris ; le Calcaire sili- ceux n'y est indiqué que par les Meulières , et en général le Calcaire d'eau douce du sud-ouest de la France res- semble, par sa nature et sa composition minéralogique , beaucoup plus au second Calcaire d'eau douce supérieur de l'Orléanais qu'au premier dépôt Calcaire d'eau douce de la capitale. Le Calcaire grossier des deux bassins est souvent assez différent; les assises chloriteuses et sablonneuses, les Grès et les Lignites supérieurs de ce Calcaire ( Mont- Rouge ) manquent entièrement dans le sud-ouest de la France , ou n'y sont que faiblement indiqués ,• les couches de sable calcaire coquillier se trouvent dans le nord de la France dessous les parties compactes, et dans le midi au-dessus de ces dernières. * Enfin \ Argile plastique existe dans la Gascogne sous la forme de Molasse et de Marne \ les Lignites ne s'y montrent guère , et les Fossiles des différens étages de la formation marine du sud de la France ne sont pas tou- jours identiques avec ceux des dépôts géologiquement correspondans du nord. Si les terrains tertiaires ainsi comparés offrent dès dis- semblances, les formations plus anciennes présentent aussi certaines petites diÛércnces très-intéressantes pour la géologie. D'abord le dépôt crayeux du nord de la France n'est pas morcelé comme celui du midi , il entoure tout le ( »57 ) bassin d'une large ceinture, dont la superficie est seule ravinée et dont les fondemens sont çà et là mis à nu par des rivières , comme dans la plaine que la Marne et la Saulx ont formée aux dépens du Grès vert autour de Vitry-sur-Marne jusqu'à Bar-le-Duc. Ensuite la forma- tion de la Craie du sud de la France dillere de celle du nord par ses assises de Craie dure , qui ont un tout autre aspect que les couches analogues de Craie grossière de la Champagne ou de la Sarthe, et qui ne renferment point de Silex, ni de ces Craies plus ou moins silicifiées et fer- rugineuses qu'on appelle dans le Mans Pierre de Cos ou la Cos. De plus la Craie chloritée qui n'existe guère que dans le département des Landes occupe tout autour du bassin septentrional un espace très-considérable (i), et paraît même remplacer presqu'entièrement , dans plusieurs points de l'ouest du bassin, le dépôt de Grès vert, tan- dis que celte dernière roche , plus ou moins grossière ou fortement aL'glutinée, forme sur le côté ouest du bassin en Normandie et clans le Mans (entre la Ferté , le Mans, la Flèche, la Loire et la Sarthe), un espace presque plus considérable que le même dépôt dans le sud de la France. Dans le premier bassin le Grès vert a peu d'indices (Vivray) des abondans dépôts de fer hydraté du même Grès de la Saintonge et du Périgord, et cette roche aré- nacée s'y lie davantage avec la Craie chloritée marneuse avec laquelle elle alterne ni^ine , et dont elle contient les Fossiles, tels que la Gryphœa spirata Schlotheim (G. co- (i) Voyez la carte Géologique de la France, dans la desorijition de» environs de Paris, par M. Broo^niart. ( i58 ) lumba Brong. , et les grandes huîtres ( Ostrea hiauricu- lata), comme près de la Flèche, à Saint-Germain, etc. Enfin les traces de Lignite (le Mans) et les impressions débranches et de feuilles d'arbres du Grès vert du nord (i) ne peuvent pas se comparer à l'abondance des Lignites et des bois pétrifiés du même dépôt dans le midi. Le Calcaire jurassique est plus complètement et géné- ralement développé dans le nord que dans le midi de la France ; la Normandie, le long de la Manche, offre abon- damment des Oolilhes inférieures jurassiques , un Calcaire à Polypiers (2) avec les autres couches intéressantes su- périeures et en partie légèrement arénacées de cette fortnation. Ainsi nous retrouvons sur la côte de la Nor- mandie les Marnes du cap de Chatelaillon qui parais- sent être le Kimmeridgecîay des Anglais, et les descrip- tions nous font soupçonner aussi dans la Normandie l'existence des Calcaires supérieurs à la Marne de Cha- telaillon et équivalant au Poitlandstone , tandis que les Lumachelles du Rocher (Rochefort) répondraient au PurbecTistone. Les Oolilhes supérieures, etc., séparentle Grès vert du Mans et la Craie chloritée du département de l'Orne, des terrains plus anciens, tandis que dans l'est de la France elles occupent avec les Calcaires compactes et les Lumachelles (Verdun, Bar-sur-Aube , Auxerre) une (i) Ces impressions se trouvent surtout près d'Angers , à Pclaré près Noirmoutier et au Mans; elles ont quelque ressemblance, en partie, avec des branches et des feuilles d'oranger. (a) Nos excellens observateurs , MiM. Pre'vost et Desnoyers , vont sûrement établir encore d'autres rapprocheniens entre la France et l'Angleterre ; c'est à eux à décider si le Calcaire à Polypiers de la Normandie n'est pas le même que celui de la Rochelle. ( ï59 ) . étendue de collines et de montagnes arrondies et apla- ties beaucoup plus considérables que dans le sud de la France. Dans cette portion de l'est de la France il est extrêmement probable qu'on retrouvera une grande partie des sous-divisions jurassiques de l'Angleterre -, il me sem- ble déjà reconnaître le Cornbrash Limestone dans les Calcaires , s'étendant des environs de Vermanton à Cbau- mont et.Toul ; le Forest Marble pourrait même aussi y exister, mais les Calcaires de Portland seraient représentés en France par des Calcaires beaucoup plus généralement compactes qu'oolithiqTies. Je n'y connais pasencore autant de couches arénacées et de Marnes comparables aux Schistes calcaires de Stonesfîeld; mais certaines Marnes de la chaîne du Jura offrent au moins la structure particu- lière de ces Schistes. Enfin dans l'est de la France les Oo- lithesinférieuresel ferrugineuses des Anglais, constituent au-dessus des Marnes du Lias des assises puissantes qu'on connaît déjà assez bien près de Mézières , de Thionville , de Metz , de Nanci et à l'est de Langres. Le Calcaire à grjphite forme dans le nord de la France une véritable bande , à l'ouest en Normandie , au sud au- tour de la partie nord du district granitique ou plus an- cien du centre de la Bourgogne, et à l'est tout le long des limitas dn Calcaire jurassique , près de Bour- bonne-les-Bains , Buignéville , Mirecourt, Nanci , Chà- teau-Salins, Metz et Thionville, et il se revoit encore au pied des Ardennes entre Sedan et Mézières. Ce Calcaire renferme beaucoup de pétrifications , telles que des Plagiostones (P/. giganlea Sowerbj.), des Pei- gnes, des petites et grandes Ammonites, des Nautiles, dont on peut facilement faire une belle collection, soit dans les environs de Sonibernon, soit près de Vie eu ( i6o ) Lorraine. Près de cette ville on y a trouvé rarement des débris d'écrevisse. Le sud de la France n'offre pas ces alternations fré- quentes de Calcaire à gryphite ou de Lumaclielles (Cal- caires à encrines, ou à peignes, ou à térébratules , etc. ), et du Lias avec des argiles quelquefois à minerais de fer hydraté exploité, qui abondent dans les environs de Metz , de Longnyon , et dans la partie orientale du dépar- tement de la Haute-Marne (i). Le tro'sième Grès secondaire ou le Quadersandstein ne forme que dans le Luxembourg des masses aussi consi- dérables que dans les Pyrénées ^ ailleurs dans le nord-est de la France, il disparaît presque entre le Muschelkalk ou le Grès bigarré et le Calcaire à gryphites , comme cela se voit pi-ès de Metz, et entre Vie et Château-Sa- lins, où ce Grès, malgré sa petite épaisseur, est cepen- dant encore bien caractérisé par ses débris de végétaux et ses impressions de bivalves marines , sa nature quar- zeuse et quelquefois à fragmens de Schiste siliceux, et ses teintes jaunâtres ou blanchâtres. Tout récemment M. de Bonnard nous a appris que le plateau granitique du centre de la France était recou- vert , cà et là ( entre Autun et Saint-Emiland , auprès d'Avallon , â Royat , près de Clermont , à Chàteauneuf , à Melle, à Confolens, et près de Nontron ), par un dé- pôt arénacé , quelquefois très-siliceux ou marneux , qui se liait avec le Lias. Il nous a fait connaître que ce ter- rain renfermait des amas de Gypse ( près de Somber- non), et que ces Grès, plus ou moins grossiers et quelquefois granitiques , étaient souvent mélangés de (l) f^nyez If .Tournai des Mines, n. 102. ( ï6i ) Baryte > de Fluor , de Galène et de minerais de zinc et de cuivi'e. Quelquefois ce dépôt a Tart de remplir des fentes dans le Granité. Comme nous retrouvons d'abord , çà et là, les fossiles du Lias (Gryphites, Moules, Tc- rébratulcs , Peignes, etc.), puis plusieurs des carac- tères du Quadersandstoin d'Amberg, à roches siliceuses et à amas plombifcres, et enfin les Grès compactes sili- cifiés de Harplreeliill , en Angleterre •, nous n'avons guère de doute que ce ne soit un dépôt de Quader- sandstein qui doit ces caractères particuliers au voisi- nage des terrains qu'il recouvre immédiatement; néan- moins nous devons dire que M. de Bonnard paraît un peu s'éloigner de cette classification, et que ses curieuses recherclies seront bientôt livrées au public. La formation du second Calcaire secondaire ou du Muschelkalk , est bien mieux marquée , et celle du Grès bigarré beaucoup plus étendue dans le nord-est de la France que dans le sud-ouest; le Muschelkalk compacte ou presque marneux forme, comme je l'ai déjà dit dans mon précédent Mémoire , une bande presque continue le long des Vosges , et occupe presque toutes les crêtes des collines de l'espèce de grande vallée, que la Marne bigarrée forme entre les véritables montagnes des Vosges, et la limite déjà indiquée du Calcaire jurassique. Dans sa partie inférieure il alterne à plusieurs reprises, et quel- quefois sous la forme d'une espèce d'Oolilhe particulière ( Roggenstein ), avec les Marnes bigarrées gypseuses et salifères , comme cela se voit bien à Vie, dans les nou- veaux puits qu'on a creusés pour l'exploitation du sel (i). UJ f^f>fez Mémoire de M. Vollz dans les Annales des Mines pour 1833. Tome IV, ir ( I('^^ ) Dans le grand terrain schisteux iiilermédiaire du nord de la France et dé la Belgique , nous aurions un dépôt assez analogue à la chaîne des Pyrénées, si les masses granitoïdes y abondaient ; mais cette ressemblance de- vient frappante, quand nous lui comparons les terrains anciens du nord-ouest de la France , car en exceptant les lambeaux houillers et les- masses de Porphyre et de Grès rouge , nous retrouvons presque toutes les masses principales de la Bretagne , de la Vendée et du Cotenlin dans les Pyrénées , si ce n'est que certains minéraux empâtés sont remplacés par d'autres , et que les masses calcaires sont infiniment moins abondantes dans le nord- ouest que dans le midi de la France. D'un autre côté , la ressemblance des Pyrénées et des Vosges est bien plus éloignée ^ on est même tenté de ne voir que dans la parlie méridionale de cette dernière chaîne , des dépôts schisteux et granitoïdes, semblables à ceux des Pyrénées , et il n'y a , dit-on , dans les Vosges, que deux localités de roches serpentineuses ou dialla- giques. Tout le reste de ces montagnes n'existe guère dans les Pyrénées , et l'on se trouve dans un tout autre pays au milieu de ces accumulations de belles Grauwackes très-souvent impressionnées (Viche), qui enclavent, outre des Calcaires quelquefois à débris organiques , ( Millépores , Madrépores ) , une quantité considérable de masses et d'aggrégats porphyriques à fragmens de Schiste, de Calcaire , de Granité et de Porphyre. Ces dernières roches alternent souvent avec les Grau- wakes , y passent même fréquemment, et très-rarement des aggrégats semblables très-fins renferment des Ma- drépores j car il existe dans la collection de Strasbourg ( i63 ) des échantillons pareils , trouvés dans une carrière de Calcaire , à une demi-lieu au-dessus de Minget. JNéanmoins, on ne peut s'empêcher de se rappeler, involontairement, la position dos Calcaires grenus des Pyrénées, à côté des Granités, quand on aperçoit, près des masses de Porphyre ferrugineux de Framont , des amas d'un Calcaire blanc saccharoïde ou presque grenu, qu'on cherche vainement ailleurs au milieu des Schistes des Vosges , et l'étonnement augmente quand on croit . observer que ces masses calcaires , imprégnées de fer oligiste écailleux ou pulvérulent , sont placées soit à côté du Porphyre , soit même sur cette roche 5 tandis que celle-ci rappellerait quelquefois les Porphyres mé- tallifères de Schemnitz, si elle n'était pas si défigurée par les imprégnations ferrugineuses brunes rougeàtres , et si elle n'était pas çà et là traversée de mille manières par des réseaux de petits filons , ou de petits nids de Fer oxydé hydraté rouge brunâtre. C'est encoi'c un exemple remarquable de Porphyre métallifère , accompagné aussi des mêmes masses schisteuses bizarrement colorées à cause des dilTérens degrés d'oxidalion de leurs parties ferrugineuses , comme nous l'avons observé ailleurs. Tout le reste des Vosges est un dépôt de Grè» rouge plus ou moins fin , sur l'âge duquel on a déjà beau- coup discuté 5 d'après mes lectures, mes intéressantes conversations avec MM. de Beaumont et Voltz de Strasbourg , et mes propres observations , l'incertitude de la place géognos tique de ces Grès me paraît dépendre urtiquement du manque de la formation du premier Cal- caire secondaire. En effet, un grand dépôt de roches houillères , plus ou moins iulimcmeul liées aux Grauwackes , occupe sur ( ^64 ) le pied nord des Vosges le fond d'une espèce de large canal, qui jadis était probablement un détroit de mer. Des petites masses charbonneuses semblables se lais- sent apercevoir dans les Vosges même, et surtout dans la partie sud ( à Roncliamp ) , et immédiatement au-des- sus de ces dépôts viennent des couches qui ne sont que des aggr égals porph) liqiies , qui appartiennent incon- testablement au Todtliegende des Allemands , ou au nouveau .Grès rouge de M. Buckland. La fréquence des Porphyres récens argilolithiques (entre Raun-sur-Plaine et Framont , etc. ) devait d'ailleurs déjà faire soup- çonner CCS Grès dans les Vosges , car ces deux dépôts n'existent guère l'un sans l'auti'e. Sur ces aggrégats ou ces espèces de brèches feldspa- thiques , reposent de puissantes assises de Grès rouge , très-souvent fort grossier ; il est à ciment argileux rouge , et composé de sable quarzeux et de cailloux de Quarz) , de roche quarzeuse de transition , et de Schiste sili- ceux , qui atteignent quelquefois la grosseur d'un œuf d'autruche , comme cela se voit soit à Plombières , soit à Kreutznach , soit au-dessus de Saverne, etc. L'on reconnaîtrait aisément , dans ce terrain , les Grès rouges (^Todtliegende^ de la partie nord du Thûrin- gerwaid , si le Zechstein venait à le séparer des couches inférieures du Grès bigarré, mais accidentellement ce dépôt manque. Si les faits de gisement ne s'y opposaient pas, on pourrait être tenté de chercher cette dernière formation dans les lits calcaires noiràlres de la forma- tion houillère supérieure du Palatinat du Rhin. Devrait- on peut-être trouver l'équivalent du Zechstein dans quel- ques masses de Poudingues unies à certains amas fort rares d'un Calcaire sublamellaire assez spalhique , blan- ( '65 ) chaire , grisâtre ou gris brunâtre , que M. Voltz a dé- couvert dans certains points des Vosges , dans les parties inférieures de ces Poudingues à cailloux de Quarz , et qu'il a vu se lier intimement aux roches arénaeées. Le Calcaire magnésien d'Angleterre nous offre dans quel- ques localités des anomalies semblables. La seule formation avec laquelle on court risque de confondre le Grès grossier des Vosges, c'est le vieux Grès rouge des Anglais, mais la position du Grès vos- gien , le manque total des autres caractères accessoires du vieux Grès rouge anglais , empêchent ce rapproche- ment qui serait même minéralogiquement incomplet. Ces Poudingues encroûtent, pour ainsi dire , la Grau- wacke des Vosges; ils caclieat son prolongement vers le 2îord , et sont recouverts du Grès bigarré qui est gé- néralement plus fin , et qui devient marneux dans ses Îits supérieurs au pied des Vosges. Comme cette dernière roche est aussi rougeàtre , et qu'elle est composée des mêmes élémens que le Grès rouge inférieur plus an- cien , il est tout naturel , vu le manque du premier Cal- caire secondaire , que l'on ne puisse pas véritablement tracer la limite exacte de ces deux dépôts , à moins qu'on ne veuille prendre pour ligne de séparation les lits su- périeurs des Poudingues , ce qui ne serait probablement qu'une limite approximative et sujette à bien des dif- ficultés (i). Le Gris bigarré {Red Mari) des Vosges s'appuie sur les Grès grossiers précédens , comme sur une es- pèce de toit, de manière que ses couches inclinent à (0 Messieurs .1. IJo.-.nard et de Buch onl émis depuis long-temns K» roeate» idées. ^ . ( i66 ) l'ouest sur le versant occidenlal des Vosges, et à l'est sur le côté opposé; leur angle d'inclinaison est peu con- sidérable, et diminue à mesure que ces roches s^avan- cent dans la plaine. Le Grès bigarré renferme , comme en Allemagne , des assises supérieures plus marneuses que les infé- rieures , et ces dernières sont , comme en Angleterre , le gisement d'amas gypseux et salifères considérables. Le Grès bigarré se prolonge tout le long du pied occidental des Vosges, et recouvre dans le nord le bord du terrain houiller, et forme une bande étroite dans le fond de la sinuosité profonde que renferment les mon- tagnes schisteuses intermédiaires entre Trêves , Die- kirck et Kilbourg. Il y est accompagné d'une masse étendue de Marnes bigarrées, qui occupent, entre les Vosges et la limite ju- rassique , une grande partie des déparlemens de la Meur- the et de la Moselle , et se prolonge de là dans le dis- trict de Saarbruck , et même remonte jusque dans les environs de Trêves. Ces Marnes sont tout-à-fait semblables à celles de l'Allemagne-, elles sont plus ou moins schisteuses, en- durcies , et approchent quelquefois de la nature du Muschelkalk ; leurs assises supérieures renferment aussi , comme en Weslphalie, des couches subordonnées de Grès à taches pyriteusrs jaunâtres , et de Calcaire , comme près de Vie. Ces roches rougeàtres , verdàtres , jaunâtres ou gri- sâtres , sont accompagnées d'amas de Gypse, qui oiîrent des Gypses compacte , fibreux ou spathique, grisâtre ou blanchâtre, et qui abondent surtout près de Vie, de Dieuze, deGuebling, dePetclango, do Bouzonville, etc.; I (i67 ) enfin il est maintenant reconnu que ce dépôt de la Lor- raine contient des couches et des amas salifères très- riches (r). Sur le versant oriental des Vosges ^ le Grès bigarré ne forme pas une bande aussi large, ou plutôt il se cache , très-vite , sous le Muschelkalk , sous les terrains tertiaires ou les alluvions ; aussi ne voit-on guère , en Alsace , de Marnes bigarrées, quoique l'on y aperçoive, çà et là, des masses, des assises tout -à-fait supérieures du Grès marneux , comme autour de Sultz-les-Bains , entre Sultz et Finkheim , et dans le vallon de Hasland. Ces Grès extrêmement marneux, et quelquefois à écailles de mica et à rognons de marne , sont rougeâtres , gris-jaunâtres, ou verdàtres ; ils alternent avec de véri- tables Marnes plus ou moins endurcies , verdàtres , gri- sâtres ou rougeâtres , bigarrées de jaune , et ils renfer- ment dans certains lits beaucoup de débris de branches ou de troncs passés à l'état de Lignite, et quelquefois im- prégnés de Fer hydraté. On y trouve aussi des impressions de dicotylédons et de raonocotylédons méconnaissables , et rarement de belles fougères incontestables , dont les échantillons existent dans le Musée de Strasbourg, et seront figurés dans l'ouvrage de M. Ad. Brongniart sur les plantes fossiles. De phis , quelques lits de marne sablonneuse, avec des écailles de Mica, renferment des impressions et des moules de Peignes , de Térébratules , de Naticfs et de morceaux d'Isis fossiles , (jui se retrouvent tous dans le (i) f^o;-C2 Mémoire sur Vie, par M. WoU/, Annales des Minci. ( i68 ) second Calcaire secondaire qui couronne quelquefois les collines ainsi composées , comme cela se voit des deux côtés de la vallée de Sultz-les-Bains. Ces Coquillages et ces Lignites qui, d'après M. Voltz, existent aussi dans les marnes bigarrées de Tic, et dont on aperçoit des traces en Westphalie, semblent dimi- nuer beaucoup les prétendues anomalies des dépôts sa- lifères de la Pologne , de la Galicie et des parties orientales de la Hongrie , que les Lignites et certains Fossiles marins semblaient isoler, au premier abord, des masses semblables (i). Le Muschelhalk forme, tout le long du pied orien- tal des Vosges , et même jusqu'aux Calcaires tertiaires du pays de Hesse-Darmstadt , une lisière extrêmement mince , d'un quart-d'lieure à une heure de chemin de largeur. On y reconnaît, comme sur le versant opposé des Vosges, tontes les assises ordinaires du Muschelkalk allemand , les Calcaires compactes gris des assises infé- rieuijes , les Calcaires à Encrines et à Térébratules de celles du milieu et dans le haut du dépôt , les Calcaires brunâtres ou jaunâtres , en partie magnésiens et quel- quefois cellulaires , à druses de Chaux carbonatée , ou à petits filons et à rognons siliceux de Silex corné (Horn- stein ). Dans l'espèce de golfe que les Grès des Vosges for- ment autour de Neuwiller et de Saverne , l'on peut pas- ser en revue , aisément, toutes ces variétés et leur su- perposition , les unes sur les autres , avec une inclinai- son générale à l'est. (i) Voyez Beudant, sur la Hongrie, et Pusch dans Léonhard Tas chcnbuch , iSa^. ■ ( ï<39 ) Dans la grande vallée du Rhiu , nous trouvons çà et ïà , au pied des montagnes , des petits amas de Calcaire jurassique , qui y forment simplement des masses isolées , des espèces de promontoires ou des collines, et qui s'é- tendent au nord jusqu'au-delà de Haguenau. Ils sont plus fréquens sur la rive orientale que sur le bord opposé du Rhin ; ainsi l'on trouve , en descendant depuis la chaîne jurasique de Basle, des Oolithes et des Calcaires compactes de ce dépôt j d'abord sur le Rhin , vis-à-vis de Grosskembs , puis entre Mulheim et Fri- bourg ( en Brisgau ) , au pied de la Forêt-Noire , et re- posant sur du Grès bigarré particulier, près de Wol- fenweiler. Entre Brisacli et Fribourg, se trouvent trois séries de collines calcaires semblables , qui s'élèvent du milieu des marnes fluvialiles ou lacustres*, l'une se trouve entre Rimsingen et Opfingcn, et s'étend depuis la grande route de Fribourg à Brisach jusque vis-à-vis de Wasen- weiler 5 une seconde se trouve au sud d'Eichstetten , au nord-est de la première 5 et une troisième éminence ju- rassique est à Riegel, au nord-est de ce dernier village, entre le confluent de deux petits ruisseaux. A Herpols- heim , ou en revoit encore un petit amas qui se cache bientôt sous les terrains d'alluvions pour reparaître, à Mahlberg , sous la forme d'un espèce de promontoire. En Alsace, le Calcaire jurassique apparaît çà et là , dit-on , dans la partie sud de cette province 5 il y en a an devant de la sinuosité de Saverne et près de Bux- wciler ; le Calcaire à Gryphites et l'Oolithe inférieure res- sortent des deux côtes du dépôt d'eau douce, avec des traces du Quadersandstein coquillier. Plus au nord , M. Voltz paraît en avoir vu près de Soullz et de Wis- scmbourg. ( 170 ) Le reste de la vallée rhénane est occupé par les ter- rains tertiaires , comme je l'ai déjà dit dans mon précé- dent Mémoire -, leur distribution y a beaucoup de rap- port avec celle des dépôts semblables des bassins ter- tiaires français; ainsi tous les Calcaires grossiers renfer- mant inférieurement beaucoup de Coquilles d'eau douce, sont relégués dans la partie nord , et ne paraissent pas dépasser Heidelberg et Landau , tandis que les Calcaires d'eau douce véritables ne se trouvent que plus au sud. Les yirg lies plastiques ou à Lignites se voient surtout dans la partie au nord de Strasbourg , et paraissent re- couvertes dans le midi par des dépôts d'eau douce plus ou moins récens. Ce terrain renferme, suivant les belles observations de M. Voltz , cà et là des masses considérables de véritable Molasse ou de Grès calcaire , et des espèces de Nagelfluh , ou d'agglomérat à frag- mens calcaires comme près de Haguenau et de Soultz. Les Lignites que contiennent ces roclies présentent rarement , suivant le même géologue , des espèces de Li- gnite bacillaire ou divisée en petites baguettes très-min- ces , qui proviennent peut-être de quelques Palmiers -, le Succin y est assez rare , et des Planorbes s'y rencontrent comme à Buxweiler. La circonstance la plus curieuse est la liaison que ces dépôts paraissent avoir avec un Calcaire d'eau douce , qui , avec des marnes quelquefois à Gypse fibreuse , re- couvre, comme dans le sud-ouest de îa France, la Mo- lasse çà et là , comme près de Wissenberg , Haguenau , Soultz et Buxweiler. Ce Calcaire est en partie com- pacte, plus ou moins marneux, percé de trous , et sem- blable à celui qui est coquillier dans le sud-ouest de la France , et en partie à concrétions calcaires ressem- ( ^v ) blaut assez à celles de certains Calcaires grossiers de Fraiicforl-sur-le-Mein, comme près de Wissembourg. A Soultz , il renferme un lit d'un Calcaire bréchiforme identique avec celui du sud-ouest de la France, et à Haguenau, il doit être lié, dit-on, à la Molasse on à l'Argile à Lignite, par une alternation, et des ossemens de Quadrupèdes , peut-être de Tapir , ont été décou- verts dans ce dépôt. Les Fossiles ordinaires sont , comme ailleurs , des Planorbes , des Lymnées , des Hélices , des Cyclades (Buxweiler), et des uni valves voisines des Cérithes , (Haguenau), ainsi que des ossemens de Paleotberium ( Buxw^eiler ) (i). Les dépôts d'eau douce qui recouvrent toute la plaine et la surface légèrement ondulée de l'Argile plas- tique au sud de Strasbourg , sont composés surtout de masses puissantes de marne faiblement aggrégce, gri- sâtre , jaunâtre , ou jaune brunâtre. Elle contient , çà et là, des cailloux des roches du voisinage, qui sont plus gros près des montagnes que dans la plaine. H y a aussi beaucoup de petits rognons irréguliers de Marne endur- cie , passant au Calcaire, et fendillée intérieurement. Ce dépôt qui s'élève certainement à deux cents , et même jusqu'à près de trois cents pieds au-dessus du Rhin , encroûte le pays plat et le pied des montagnes , et cache une grande partie de la base du groupe basal- tique du Kaisersluhl. Des Coquillages fiuviatiles et terrestres calcinés y (i) Cpci n'est qu'un fragment des iutcressantes communications que M. Wollz ù bien voulu me faire en me montrant la belle collec- tion du Musc'c de Strasbourg ; il est bien à désirer qu'il nous fasse bientôt coinnaître tout l'ensemble de ses belles dJcouvertes. ( ^T>- ) sont abondamment répandus dans certains lits et cer- tains lieux ( Lahr ) ; ils m'ont paru se rapporter aux genres Lyranée, Physe, Paludine, Clausilie , Pupe et Hélice. A la sortie de la vallée, derrière Lahr, l'on y observe , dans les petits escarpemens , des os bumains épars ; il serait intéressant de rechercher si ce lieu a été anciennement un cimetière , ou si ces ossemens y ont été enfouis par quelque débâcle postérieure au dépôt marneux. Ce sont les mêmes dépôts que j'ai indiqués dans le sud-ouest de la France 5 il me semble toujours que c'est le dernier dépôt d'eau douce qui a précédé la plus grande partie des alluvions anciennes et modernes des rivières actuelles , et même, d'après leur position, je serais plutôt enclin à y voir un dépôt lluviatile qu'un dépôt lacustre. En effet, ses Fossiles paraissent avoir tous leurs ana- logues vivans dans le pays même, et la fréquence seule de quelques-uns ne cadre accidentellement pas avec l'abondance actuelle des mêmes Mollusques qui y vi- vent maintenant; et enfin ces Marnes n'ont jamais le caractère minéralogique d'ancienneté des Calcaires d'eau douce tertiaire les plus récens. Dans le fond de la vallée du Rhin, ce fleuve a creusé ce dernier dépôt , et en a enseveli de très-grandes por- tions sous des amas énormes de cailloux de roches d'âge très-différent, qui proviennent de la Suisse et des montagnes des bords du Rhin. Le groupe du Kaisersluhl s'élève entre Alt-Brisach , Burkheim, le Rhin, Endingen , Eichstetten et Wasen- weiler, comme une ile isolée au milieu de la vallée; il m'a paru être un massif de Dolérite fcldspathique , élevé du fond de l'espèce de golfe de mer , que for- ( ^73) mait cette contrée lors du dépôt de l'Argïle plastique. Cette roche feldspathique blanchâtre , grisâtre , noi- râtre ou rougeâtre, et à cristaux de Pyroxène , forme un groupe de montagnes coniques ou arrondies, et à gradins ; ces proéminences sont placées autour d'un vallon , sous la forme d'une espèce de ceinture ellip- tique : elles sont plus élevées sur le côté nord que sur le côté sud, et près du milieu du cercle se trouve, plus près du dernier que du premier bord , la plus haute de ces montagnes, le Kaiserstuhl, qui atteint une hauteur de mille sept cent trente-quatre pieds sur la mer , ou environ onze cent vingt pieds sur le Rhin , tandis qu'à quelque distance du pied de ces collines est sortie en même temps , d'une fente , la masse pa- raîlélipipède et basse de Brisach. Ces montagnes, semblables aux colonnes basaltiques d'Eisenach et d'Eschwège , ne laissent apercevoir au- cune trace de cratères ou de courans ; il semble que l'agent volcanique n'a eu que la force de soulever les masses compactes liquéCt'es , et de produire cà et là, et surtout à leurs surfaces , des scoriûcations ou des porosités qui se trouvent maintenant remplies de Chaux carbonatée et de Mésotype, comme sur le pied et la cime du Kaiserstuhl , près d'Oberschafhausen , et sur- tout sur le haut et la pointe occidentale de la colline de Brisach. Les roches tufacées y sont très-rares, il y en a cepen- dant ({uelques masses à Brisach , le long du Rhin 5 le Tuf vcrdàtie n'y est évidemment pas un agglomérat igné réaggrégé par les eaux, mais sa liaison avec la Do- léritc feldspalliique montre son identité avec ces masses lufacées, contemporaines des colonnes basaltiques d'Ei- ( '74 ) senach. Les porosités de ces Tufs sont infiltrées de Chaux carbouatée , qui a aussi comblé les interstices vides par de petites veines de Chaux carbonatée fibreuse-, çà et là il y a aussi un peu d'Analcimeyou de Mésolype. Les roches doléritiques, d'ailleurs les plus intéres- santes , sont, comme on le sait, celles qui renferment la Limbilite ; cette substance jaunâtre , lamelleuse , ne m'a pas paru dériver toujours du Péridot, car quelque- fois des cristaux de Pyroxène renferment distinctement la Limbilite dans un contour noir d'argile intacte. Des Dolérites à Pyroxène décomposé en une substance jaune brunâtre, ou vert tendre, conservant encore la forme de ce minéral , s'observent près d'IUingen et près d'Oberschefhausen , et au pied du mont Eichenspitz , l'on trouve surtout les Dolérites à Feldspath blanc , à petits^cristaux circulaires de Pyroxène , à petits filons calcaires et à cristaux de Sphèûe. Çà et là il y a aussi des druses et des petits filons d'Analcime, et des peli'.s cris- taux d'Amphigène. Quelques observations sur les productions de l'île de Terre-Neuve , et sur quelques algues de la côte de France appartenant au genre Laminaire ; Par m. de La Ptlaie. Les deux voyages que j'ai faits à Vile de Terre-Neuve, à mes frais, en 1816 et 1819, m'ont procuré une ample moisson d'objets d'histoire naturelle et d'observations. La botanique m'a offert un millier d'espèces-, la zoologie vingt-quatre Mammifères , soixante-dix Oiseaux, trente- C «75) quatre Poissons, quarante-six Mollusques, quatorze An- nelides , soixante Insectes , trente-quatre Zoopliytes et Acalèphes, eaûn vingt-un Polypes et Polypiei's. J'ai re- trouvé sur cette lie le beau Feldspath du Labrador, des ro- ches amvgdaloïdes rejetées sur certaines parties de la côte, des rochers de Granit et de Gneiss , des roches siliceu- ses , enfin une Chaux carbonatée contenant des Ammo- nites , vis-à-vis l'embouchure seulement du fleuve Saint- Laurent. J'ai reconnu en outre que l'ile Saint-Pierre, tout entière , n'était qu'un rocher de ce superbe Por- phyre à pâte d'un rouge vineux , connu sous le nom de Granit oriental , dont se composent certaines carrières de l'Egypte et de la Grèce, et dont les anciens se ser- vaient lorsqu'ils voulaient joindre dans leurs édifices la magnificence à la solidité. Mais obligé de circonscrire rQ.es entreprises dans le cercle d'une certaine économie , je n'ai pu faire au- tant qu'il m'eût été possible , si le gouvernement m'eût secondé dans mes recherches. Cependant j'ai eu la sa- tisfaction d'enrichir les galeries du Muséum d'histoire naturelle , de divers objets nouveaux pour la science ; de divers autres qui manquaient à ses nombreuses collec- tions , et d'un herbier où la série des algues marines et d'eau douce l'emporte , par les soins donnés à leur pré- paration , sur tout ce que l'établissement possédait en ce genre. Comme je tiens à l'antériorité de la publication de mes découvertes , et que je la pourrais perdre en bota- nique , parce qu'une certaine quantité de plantes , sorties de la collection que j'avais formée en 1816, se trouvent répandues dans les herbiers , je prends date de l'indica- tion que je donne ici de plusieurs espèces de ces con- ( »76) trées , et des noms que je leur ai imposés depuis leur découverte. Ils sont également consignés dans un Mé- moire que j'ai présenté à l'Institut royal de France, le 20 janvier , et dont je n'ai pas encore pu donner lecture. Je citerai d'abord un 3Tyriophyllum complètement privé de feuilles, et que j'ai nommé, en conséquence, Myr. denudatum; puis une petite fougère qui appartient au genre Schizea : je l'ai appelée Filifolia, en raison de ses feuilles filiformes. La même plante a été retrouvée depuis aux îles Malouines , par M. Gaudichaud. Une autre plante, YEmpetrum nibrum, croît également aux deux extrémités de l'Amérique , mais elle n'était encore connue qu'au détroit de Magellan. Cette dei'nière contrée produit encore des espèces voisines d'une fort belle Ciné- raire que j'ai nommée C. carnosa , en raison de la consis- tance charnue de ses feuilles : elle abonde à l'ile Saint- Pierre et autour de Terre-Neuve , dans certaines anses, au bord de la mer , où elle se tient toujours parmi les «'alets et les graviers qui se trouvent un peu au-dessus du niveau des plus grandes eaux. Les familles des Joncs et des Graminées m'ont également offert quelques es- pèces nouvelles. Du reste, la masse des végétaux ter- restres se compose ici, par quatre degrés de latitude, des espèces de la zone glrxiale de l'ancien et du nouveau continent, el de celles qui habitent la partie supérieure des Alpes sous la zone tempérée : la géographie de ces plantes m'a fourni divers faits bien curieux sous ce rap- port. J'ai recueilli parmi les grandes Algues pélagiennes , appartenant au genre Laminaria , Lamx. , plusieurs belles espèces nouvelles. Ces plantes aussi curieuses que J ( '77 ) remarquables pa.r leur forme et leurs proportions, mé- ritent de fixer l'attention du marin , de l'armateur qui entreprend la pêche de la morue, et des botanistes. La première est la Laminaire à long pied ( Lamina- ria longicriuis). Il est rare que l'on approche de Terre- Neuve , ou des îles Saint-Pierre et Miclon , sans ren- contrer , à la surface de la mer , cette grande plante ma- rine : elle ressemble à un large baudrier, d'un brun jaunâtre ou olivâtre, élégamment festonné sur ses bords, long de 5 à 8 pieds , et qui termine le pied de la plante , qui est mince, au moins aussi long, et se lient b'eul flot- tant sur rOcéfln à l'aide d'un renflement creux inté- rieurement , qui se trouve situé dans sa partie supé- rieure. Quand les marins, enveloppés par les brumes, si fréquentes dans ces parages , rencontreront cette plante , ils ne doivent s'avancer qu'avec toutes les pré- cautions possibles, n'étant qu'à une ou deux lieues de la côte de Terre-Neuve , qui est bordée de rochers dans toute son étendue. La seconde espèce nommée l'Agar (^Laminaria ^ga- nim ) , est un végétal fort bizarre : un pied solide , long de 5 à g ponces, se termine par une feuille plus ou moins longue et de largeur également variable , qui est percée de trous comme un crible sur toute sa surface. Ce végétal croît depuis aS jusqu'à 35 brasses d'eau , et passe pour anti-scorbutique dans le nord de l'ancien continent, le long des côtes de la Sibérie, où il est éga- lement très -commun. Une autre petite espèce, non moins remarqtiable par sa couleur rouge carminée très- vive, que par l'élégance de ses formes, vit dans les mêmes parages^ l'on en voit presque toujours des débris parmi les racines de la précédente. Cette plante , un peu dif- ToME IV. la ( '7» ) férente dn Varec plumeux Ç Fucus ptumosus), de l'Eu- rope boréale , est un mets très-friand pour la Morue. Quand les pêcheurs rencontrent, en sondant, TAgar, qui leur annonce la présence de cette dernière plante , nous sommes , disent-ils , sur un excellent fonds ^ nous allons faire bonne pèche! Deux autres espèces étaient confondues sons le nom de Laminaire digitée , et cependant sont éminemment distinctes entre elles. J'ai nommé l'une de ces plantes L. stenoloba, Laminaire à courroies étroites, par op- position à l'autre espèce, L. platjloha, Laminaire à larges segmens. Quoique la fronde soit de même na- ture que chez le L. digitata^ les caractères déduits de la forme de ces végétaux distinguent trop ces deux Algues, pour qu'on ne les érige pas en espèces particulières. Une forme accidentelle du L. plaljloba constitue le Fucus ( Laminai ia) bifurcatus de Gunner , relaté par Linné et par Gmelin. Le peu de longueur du slipe , son état menu et d'égale grosseur, distinguent de suite ces deux plantes du Laininaria Phycodendron , qui est le meilleur com- bustible pour les habilans des côtes de la Basse-Breta- gne , qui manquent de bois , et ne font du feu qu'avec du gouémon ou varec desséché. Je n'oublierai point qu'à noire arrivée en rade, à l'ile Saint-Pierre, en i8i6, je ne quittai , pour ainsi dire, qu'à regret , le canot qui nous conduisait à terre , en voyant tous les rochers sous-marins recouverts d'un su- perbe Laminaria escuJenta , plus grand que celui d'Eu- rope : cette plante , qui habite toujours un peu au-des- sous du niveau des plus basses marées, ondoyait au gré des vagues avec autant de souplesse que d'élégance. La forme et la largeur que prennent ici ses feuilles , me ( '79 ) rappelèrent celles des Bananiers qu'on élève dans les serres. J'ai nommé cette belle plante Lam. esculeuia var. platyphylla. Une autre variété se distingue au contraire de celle- ci , par ses frondes qui n'ont environ que la largeur d'un ruban ; je l'ai appelée en conséquence Lam. esculenta var. tœniata. Une troisième se distingue des deux précédentes , par l'écartement des pinnules ou folioles qui croissent à la base de la fronde. Je la désigne par le nom de Lam. esculenta var. remolifolia. L'espèce qui croit sur nos côtes , à l'extrémité de la Basse-BiCtagne, est intermédiaire entre ces deux der- nières quant aux proportions de sa fronde : elle s'en dis- tingue surtout par ses folioles plus courtes et fort nom- breuses. Je l'ai distinguée en conséquence , dans mon Prodrome des Algues de France, par le nom de Lam. esculenta var. polrphylla. L'on ne fait à Terre-Neuve , ni en France , aucun usage de cette Algue intéressante , parce que l'on ignore qu'aux îles Féroé elle est recherchée et même estimée parmi les piaules alimentaires. Les habitans la mangent crue ou cuite , et trouvent le goût de la moelle de choux à cette côte qui traverse le milieu de la fronde longitu- dinalement. En Islande elle ligure aussi, diversement apprêtée, parmi les mets de la table du riche, ainsi que sur celle du pauvre. Je nui point observé , dans la partie du nord de l'ile de Terre-Neuve , ime autre Laminaire qui est fort com- mune aussi dans le port de l'île Saint-Pierre : celle-ci se rapproche du Lam. bulbosa d'Europe, par son pied cotnprimé vers sa partie supérieure, par la nature de sa la* C i8a ) froîide , el même par la manière donl ses mcines com- mencent à se développer. Mais cette espèce est beaucoup plus petite, et jamais, en grandissant, elle ne développe à sa base ces sacs radicifères , ni ces plis ondulés de l'autre plante , qui garnissent dans un àgè avancé les cô- tés de son stipe dans sa partie inférieure. Je l'ai nommée, d'après l'épaisseur et la consistance de sa fronde , Lami- naire en forme de cuir, Laminaria dermatodea. Cette espèce se i approche encore , par sa texture, du Lam. bulbosa (\\\e nous venons de citer, et forme à Terre- Neuve, comme l'autre en Europe , le passage des Algues de la zone froide à celles de la région tempérée. Le Lam. luîbosa est de toutes les plantes mannes , celle qui four- nit le meilleur engrais , et comme les chardons se pro- pagent d'une manière extraordinaire dans les champs qu'on fertilise avec cette Algue , connue sous le nom de Baudraie , a lUe d'Ouessant, les paysans sont persuadés qu'elle les engendre. La dernière se distingue éminemment de toutes celles qui précèdent , par les nombreuses rides dont elle est sillonnée sur ses festons. C'est une feuille simple , lon- gue d'un à deux mètres, dont le stipe , muni de racines , est un peu rentlé , ainsi que dans le Lam. longîcruris / mais la plante se distingue de cette autre par sa fronde plus étroite et plus épaisse, plus longue, plus rigide, et dont les festons ou les ondulations marginales moins membraneuses se trouvent couvertes de rides tortueuses sur toute leur superficie : c'est d'après ce dernier carac- tère que je l'ai nommée Laminaire ridée (L. caperata). Je me borne à ce précis sur ces végétaux remarqua- bles dont les échantillons , excepté l'Agar, ne sont con- nus que depuis mes voyages. Ils nous suggèrent cette re- ( i8. ) marque intéressante, par l'étendue de la famille qu'ils constituent, que tandis que nous voyons dans la région équatoriale les plantes terrestres nous préseuter les plus grandes dimensions dont les végétaux soient susceptibles, dans le nord du globe , au contraire , où les arbres et les plantes n'oflrent que des individus chétifs et à feuilles étroites, les grandes formes végétales habitent sons les eaux de l'Océan , où elles se réfugient pour jouir d'une température plus uniforme , et se trouver ainsi déro- bées à l'âpreté du climat. Je n'omettrai point de consigner encore dans cet ar- ticle , qu'il existe en France, sur les côtes de la Bre- tagne occidentale, trois espèces de Varec également du genre Laminaire , qui ont été confondues , jusqu'à ce jour, par les botanistes. Etant à l'île de Sein, au mois d'août et de septembre 1822, j'ai appris à les distinguer entre elles , et je puis garantir la validité des carac- tères que je leur assigne, d'après l'examen d'une grande quantité d'échantillons que les marées de l'équinoxe re- jetèrent à la côte. Ces plantes ont été toutes publiées sous le nom de Laminaire digitée. 1°. Laminaria phjcodcndron. JV. Laminaire arbores- cenie. Stipitc valida longo tcreti , rugoso , apice valdè atte- nuato subconstiico : Jrondis basi cordatœ vel subreniformiter flahc.llatœ laciniis Janceofatis , tenacibus , sat crassis sub- rorncis yfusco ubique concolorc , sub din non insigniter mu- tabili. C'est la plus commune : les habitans la nommeni Cal- cognc y et la recherchent particulièrement pour faire du feu : c'est leur bois d(; « haunàge. ( '82 ) 2°. Laminatia vchroleuca. N. Laïuitiaiie jaunâtre. Siijtite edani hasi sensim incrassato , non rugoso , lœvi ^ ad frondis hasin minus constricto; laciniù latioribus longioribus multo tcnuioribus , pallenlî-lutescentibus subolivaceis , ad frondis originein albenlibus , stipite œqualibus aiit longio- ribus : fronde antice cordata in fuscum mutabili. J'ai remontré celle espèce abondamment lejetée dans l'anse d'Aunotmeur : les habitans de l'île de Sein la distinguent à sa consistance et à sa couleur de l'espèce qui procède , et la uouimeul en cellitjue Calcogne- Melen. 3". Laminaria leplopoda. N. Laminaire à pied menu. Stipite gracili , lœvi , cylindrico , undique œquali ,, ple- rumque elongalo ; fronde basi cuneata , laciniis prœlongis , lineari-acutis f bi-multi-partitis , sœpe amplis , virenti-fuces- centibus sub dio albescentibus. Quand la fronde va se détruire , sa couleur vert- olivâtre devient blanche comme un morceau de parche- min, lorsqu'elle est soumise à l'aclion de la pluie ou de la rosée. C'est la seule espèce de Laminaire qui nous offre ce genre d'altéxation , et que les vaches^ re- cherchent pour leur nourriture, le long du rivage, à l'île de Sein : elles vont l'y trouver quand la mer est basse, et la mangent avec avidité lorsqu'elle a blanchi; mais elles n'en veulent point dans son étal naturel. Elle abonde dans l'Océan aux îles de Sein , d'Ones- sant , etc. Elle avait aussi été recueillie à Belle-Isle en mer, par M. Bory de Saint - Vincent -, M. Dorbigni l'a retrouvée aux environs de La Rochelle, à l'île de Ré. A l'ile Sein, en Bretagne, elle est connu(î sous le I ( r83 ) nom de Fouétrac ou Fouétoutrac, en rAisoii de son slipe liage! li (orme , c'est-à-dire qui ressemble assez bien à un fouet. Je crois qu'on doit rapporter au genre Laminaire le Desmareslia Dudresnayi de Lamouroux , plante extrê- mement rare. La forme de cette Hydrophyte , et surtout de sa racine blanche , la classe certainement dans ce genre. J'en a? beaucoup trouvé de fragmens rejetés sur la côte de Biaritz , auprès de Bayonne , au commence- ment de juin 1823. • S'il en était des Laminaires comme des végétaux di- cotylédones , l'on pourrait statuer sur leur âge par le nombre des couches concentriques qui s'observent dans la partie inférieure de leur stipe. Un des troncs dn Lam. Phrcodendron que j'avais sous les yeux, m'en présen- tait huit qui se trouvaient inégalement espacées. La dernière couche, extérieurement, porte l'écorce qui est mince, et la plus interne enveloppe la partie médullaire qui constitue un axe de forme cylindrique. Comme cette moelle et les environs sont le plus imprégnés des sucs propres à la végétation de ces algues dendroïdes , il en résulte sans doute que, malgré l'apparence d'une organi- sation dicotylédone , l'accroissement se fait par le centre, ainsi que chez les palmiers. Au-dessous de l'écorce des Laminaires , Ton remarque une série d'utricules beaucoup plus grandes qui forment le reste de la substance interne , et dans lesquelles se trouve élaboré le mucilage surré dont la plupart des Varecs se couvrent quand ils sont retirés de la mer. En séchant , ce mucilage paraît à la superficie de la plante comme une poussière blanche , et c'est à la présence de ce principe, dont les mouches sont si avides , qu'est due (i84) la quanliu'; de < el!es-ci que nous observons sur les moD- ceaux de goucmon , épars le long du rivage. J aurai l'honneur de présenter successivement divers Mémoires relatifs aux productions et au climat de Terre- Neuve , un précis sur îa Flore de ce pays, et sur mon travail concernant les Algues qui se trouvent en France. J'ai recueilli et dessiné soigneusement toutes ces belles espèces sur lesquelles j'ai plusieurs détails importans que je réserve pour mon travail général sur les Algues ma- rines : je le publierai bientôt sous le nom de Néréide Française. Explication de la Planche 9. A. Latninaria longicruris ; B. Laminaria longicruris; f^ar. fL. fenuior j . C Latninaria caperafa; D. Laminaria esculenla platyphylla \ E. Lain. esculenta remolifolia; F. Lam. fsculenta toeiiiata ; G. Laminaria dermutndea j H. Laminaria Agurum , l. Laminaria platyloba ; K. Laminaria sfenoloba. Observations sur la disposition et. le développement des œufs de plusieurs espèces ovipares , appartenant au genre Hirudo : Par m. Rater, D. M. (Communiquées à l'Académie royale de Médecine, en décembre 18^4.) § I. Depuis long-temps on a distingué les animaux en -vivipares et ovipares, suivant que leurs petits naissaient vivons, et sans enveloppe particulière qui les nourrît et les protégeât, ou qu'ils sortaient d'un oeuf fécondé avant ou après la ponte. Outre cette dernière dilTértnce , qui apporte des modifications importantes dans la forme et la disposition des organes sexuels, les animaux ovipares , à sexes réunis ou isolés, en présentent une autre moins (185) remarquable , mais qui mérite cependant d'être étudiée d'une manière générale. Tantôt, en effet, un ou plusieurs œufs fécondés, comme dans les oiseaux , par exemple, sont expulsés isolément' au dehors, après que chacun d'eux s'est revêtu d'une enveloppe particulière dans l'o- viducte^ tantôt, au contraire, ce conduit fournit une mem- brane ou capsule commune à plusieurs ovules. C'est en particulier ce qui a lieu dans toutes les espèces de sangsues ovipares d,ont j'ai pu étudier le mode de repro- duction (i). Quelquefois même ces œufs sont munis d'une seconde enveloppe commune, disposi,lion fort re- marquable dans les sangsues dites médicinales. § ^. Je m'étais d'abord proposé de soumettre an juge- ment de l'Académie quelques observations sur le dévelop- pement des oeufs àe\Hirudo'Vulgaris(\e^lvWe\\ apparte- nant au genre Nephelis de M. Savigny ; les capsules qui renferment les ovules de cette espèce présentent quelques phénomènes très-curieux, déjà décrits avec plus ou moins d'exactitude par Bergman (2), M. Johnson (3) et M*. Ca- réna (4)- Elles oiîi^ent surtout cette particularité remar- (i) Plusieurs espèces, telles que YHiruJo coniplanata Mvi,i,., VHirudo rephalota Cariiva , sont vivipares. UHirutlo coniplanata , conservée dans des bocaux pleins d'eau , y fait des petits aux mois de juin et il<; juillet: circonstance qui ta'a permis de répéter les observations fuites par M. Duniéril sur la reproduction de cet animal, et au'il a con- signées dans le Bulletin de- la Société Philomatique. (a) Bergman ('l'ob. ), (ïpiiscula physica et chimica , in-8''. Lipiîi , 1788, vol. 5. iJiiscrIalio île cocco aquntiCo , siue hirudine octo-oculntd. — JJiisertatio tie liirtiilinibus. Ibid. (J; Johnson ( J. R. ) , Observations sur la Saiif^stie lulgaire , novem- bre 181G. (41 Caréna, Mrinoires de l'Académie royale de Turin , 1820. Mono- gra[)hiu du gcnn- hirudo. ( (86 ) quable, qu'étant parfailcuietil iranspaienles elles p(M- meilent de suivre, sans interruption , les phases successives qui aniènent la transforniaiion complète de Tœuf en un individu. Mais des circonstances parliculières , et l'intérêt plus direct qu'olïre d'ailleurs l'étude des Sangsues dites médicinales, m'ont déterminé à commencer ces lectures par l'exposé des observations que j'ai faites sur la repro- duction des Sangsues grises et des Sangsues vertes du com- merce , désignées par M. Savigny sous le nom de Sangui- suga medicinalis et de Sanguisuga officinalis. § 3. M. Le Noble , médecin de l'hospice de Versailles , annonça le premier à la Société d'agriculture du dépar- tement de Seine-et-Oise, dans sa séance du 6 niars i8ai (i), que les Sangsues médicinales se développaient jdans de petits cocons ovoïdes et du volume d'un petit cocon de ver à soie, et que leur tissu présentait la même configuration extérieure que celle d'une éponge très-fine; il annonça également , qu'ayant ouvert un certain nombre de ces cocons , il en avait trouvé plusieurs de vides 5 et que leur cavité lisse et polie était comme en- duite d'une couche de vernis 5 qu'ils présentaient à chaque extrémité un très- petit trou, et que d'autres plus petits, qui ne paraissaient pas encore achevés à l'extérieur, étaient remplis par une espèce de gelée transparente et homogène \ que dans quelques autres enfin , il avait trouvé neuf, dix, douze, et jusqu'à quatorze petites Sangsues, qui lui avaient paru être à diverses périodes d'accroisse- ment qui semblaient correspondre au développement plus ou moins considérable du tissu qui formait le cocon. A peine eus-je connu le travail de M. Le Noble , que je for- Ci) Notice sur les Sangsues, in-S**. Versailles, i8ai. ( '87 ) mai le projet Je répéter ses observations, et j'ai dû à l'o- bligeance de M. Charpentier, pharmacien à Valenciennes, de pouvoir examiner et disséquer, cette année , un grand nombre de ces cocons; aucune des Sangsues vertes ou gri- ses, que j'avais conservées dans des bocaux, n'ayant dé- posé de capsules ni fait de cocons , à l'époque de la ponte , c'est-à-dire depuis le commencement du mois de juillet jusqu'au mois de septembre ; circonstance d'autant plus remarquable que d'autres espèces, que j'avais également conservées dans de l'eau, telles que VHirudo vulgaris de Muller, et VHirudo bioculatn du même aut«?ur, ont pondu plusieurs capsules sur lesquelles j'ai pu suivre le développement des œufs et leur transformation en in- dividus. M. Duméril a bien voulu me diriger dans ces recher- ches, et la plupart des observations que je vais avoir l'hon-- neur de soumettre à l'Académie ont été vérifiées par ce savant professeur. §4- On sait que le prix des Sangsues, devenu assez élevéj éprouve d'ailleurs des variations considérables dans les diverses saisons de l'année. Cette circonstance a conduit le pharmacien éclairé , dont j'ai eu déjà l'honneur de vous parlci', à acheter une certaine quantité de ces animaux, pendant la belle saison, et à les déposer dans des réser- voirs , ou plutôt dans des espèces de marais artificiels qu'il a fait établir. Les Sangsues s'y conservent ets'y reprodui- sent dans une assez grande proportion , pour que ce genre d'industrie soit à la fois lucratif et utile au pays qu'il ha- bite Vers la fin du mois de juillet, et surtout vers le mens d'août, M. Charpentier, en examinant attentive- ment les rives des ruisseaux qu'il a fait établir , s'aperçut que de petits trous de forme conique étaient pratiqués ( i88 ^ sur les bords de ces ruisseaux. Les parois de ces Irous étaient très-lisses , et chacun d'eux contenait un petit cocou à enveloppe spongieuse, dans lequel était renfermé du mucus, ou des petites Sangsues, qui , plus tard, de- vaient en sortir. De semblables observations avaient peut- être été déjà faites par d'autres personnes avant M. Le Noble et M. Charpentier. M. CoUin de Plancy assure que les paysans de la Bretagne, qui s'occupent habituellement de la pêche des Sangsues connaissent, depuis fort long- temps, l'existence de ces espèces de nids, et qu'ils peuplent même de ces animaux les étangs et les marais qui en sont dépourvus, en y déposant un certain nombre de ces cocons recueillis , en d'autres lieux , au commencement de la ponte des Sangsues. § 5. Chacun de ces cocons représente un ovoïde , dont le plus grand diamètre varie ordinairement de 6 à 12 lignes , et le plus petit de 5 à 8 lignes. Leur poids s'é- lève de 24 ^ 48 grains , suivant leur volume on leur état de plénitude ou de vacuité, suivantenfin qu'ils contiennent du mucus ou de petites Sangsues. Leur volume est lui- même en rapport constant avec le nombre d'ovules ou de Sangsues qu'ils renferment et avec l'époque de leur for- jnalion et leur degré de développement. § 6. Leur structure , quoique plus complexe que celle des capsules qui renferment les ovules des autres Sangsues ovipares, est cependant assez simple. On distingue en eflei, dans chaque cocon parvenu à son entier développe- ment , 1° une enveloppe extérieure, spongieuse; 2" au- dessous de celle-ci une capsule analogue à celle observée autour des œufs des autres espèces de Sangsues ovipai'es ; 3° eniin du mucus, des œufs, ou des Sangsues, dans la cavité de celle capsule. ( '89 ) 5 n. Lorsqu'elle est parvenue à son etilier développe- nient, l'enveloppe spongieuse, la plus extérieure de tou- tes, entoure la capsule dans toute son étendue. Jamais je ne l'ai vue manquer à la surface des cocons qui conte- naient ou avaient contenu des Sangsues. Elle forme une couche d'une épaisseur de deux lignes environ, sur tous les points de la surface de la capsule ; elle est seulement un peu plus mince vers l'extrémité du grand diamètre de "ces petits ovoïdes. Le tissu qui la forme est fortement organisé , demi-transparent , composé de fibres solides , fines et déliées, très-régulièrement entrelacées , de ma- nière à former des espèces de prismes creux hexagones, à travers lesquels l'eau et l'air peuvent facilement péné- trer. Ce tissu n'est point attaquable par l'eau froide. Il avait conservé une grande partie de sa résistance sur des cocons -que j'avais conservés dans ce liquide , depuis le commencement du mois d'août jusque dans le mois de novembre. Il a fini cependant, ces jours derniers, par se détacher sous la forme d'une poussière noirâtre, qui s'est dépesée au fond du vase, tandis que la membrane cap- sulaire, ainsi mise à nu, surnageait à la surface de l'eau. Suivant M. Boullav, qui a bien voulu l'examiner, il peut être comparé, sous 1q rapport chimique, h l'épiderme de la peau. A l'analyse, il oUre les caractères des matières cornées. Comme elles, ce tissu est insoluble dans l'eau, l'alcool et les acides faibles, si ce n'esta l'aide du diges- teur qui transforme le tout en une sorte de matière géla- tineuse. Je dois encore faire observer, relativement à celte première enveloppe, que les petites Sangsues con- tenues dans la capsule, après avoir percé cette dci^nière membrane, s'échappent à travers les mailles du tissu spongieux , ordinairement sans y laisser de traces de leur ( »9o ) passage. Enfin il est une dernière particularité que je crois devoir faire connaître , c'est qu'on trouve presque toujours dans le tissu sp'ongieux, lorsqu'on observe les cocons au mois d'août , une ou plusieurs larves d'un in- secte diptère, dont, à la vérité, je n'ai pu suivre le dé- veloppement, ces larves n'ayant vécu ni dans l'eau, ni dans les capsules de verre sur lesquels je les avais placées. J'ai même montré une fois à M. Duméril une de ces larves, située dans le mucus contenu dans la cavité de la capsule , et par conséquent renfermée dans l'intérieur de cette membrane : circonstance très-diâicile à expli- quer, à moins qu'on ne suppose que la capsule, à la- quelle je ne pus découvrir d'ouverture, avait été acci- dentellement perforée. A cette occasion , je dois encore rappeler qu'on trouve quelquefois un autre insecte dans le tissu spongieux, et qu'il a été reconnu par M. Duméril pour un individu du genre Elophore. J'essaierai plus loin de faire connaître le mode de formation et les usages de ce tissu spongieux ; je passe à la description de la cap- sule placée immédiatement au-dessous de lui, et dans laquelle le mucus est renfermé. § 8. Cette capsule qui , je crois , n'a été encore observée ni décrite par aucun auteur, adhère fortement, par sa surface externe , au tissu spongieux auquel elle corres- pond. Elle se présente sous la forme d'une poche sans ouverture , formée par une membrane mince , blanchâ- tre, transparente et assez résistante. Lorsque l'enveloppe spongieuse en a été détachée , elle ne tarde pas à brunir ou à se ternir par le contact de l'air. Comme les cap- sules de Y Hinido vulgniis de MuUer, elle offre aux deux extrémités de son grand diamètre deux petites saillies angulaires , dont la base* se confond avec- la -capsule, et 1 ( 191 ) dont la pointe fait saillie dans la cavité de cette roTembrane, lorsqu'elle est vide ou qu'on en a enlevé le mucus ou les Sangsues qu'elle peut contenir. Ces petites saillies sont ordinairement d'un tissu plus ferme que la membrane^ elles sont d'un brun jaunâtre et peu transparentes, elles finissent cependantpar être détruites. La capsule présente alors une petite ouverture circulaire d'une demi -ligne de diamètre, vers le point qu'occupait celle de ces saillies qui correspondait à la petite extrémité de la capsule. On remarque plus rarement une semblable ouverture à l'ex- trémité opposée, et il est plus rare encore d'observer à la fois ces deux issues sur un même cocon. C'est par ces ouvertures que sortent les Sangsues lorsqu'elles ont at- teint le terme de leur vie intra-capsulaire. Le petit nombre d'essais que M. Boullay a pu faire sur la composition chimique de celte capsule me portent à croire avec lui qu'elle est de nature albumineuse, car elle se comporte avec les réactifs comme l'albumine coagulée. Cetie membrane présente quelques particularités re- marquables , lorsqu'on la compare aux capsules des au- tres espèces de Sangsues ovipares , à celles de VHirudo vulgan's on àcVHi'rudo bioculata, par exemple. D'abord les capsules des Sangsues vertes et dos Sangsues grises sont incomparablement plus volumineuses. La surface externe des capsules de VHirudo vulgaris et de VHirudo bioculata est libre, enduite d'une sorte de vernis gluant, au moyen duquel elles s'attachent «ux feuilles des plantes aquatiques , mi aux parois des vases dans lesquels on a conservé les espèces qui les produisent. Les capsules des Sangsues vertes et grises n'offrent point cet enduit ^ il était inutile , puisqu'elles devaient ^tre déposées dans la C *92 ) terre ; o» plutôt elles avaient besoin d'être protégées par un tissu élastique plus solide^ et c'est là, ce me semble, le principal usage de l'enveloppe spongieuse. § q. La matière que contient la capsule des Sangsues médicinales , et qui la remplit exactement lorsqu'on n'y distingue encore ni œufs ni Sangsues, est blanchâtre, peu transparente, de la consistance d'une gelée tremblante 5 sa saveur est fade , et ne donne aucun indice d'acidité ou d'alcalinité. Cette matière molle est peu altérable, et se conserve plusieurs jours sans éprouver d'auti'es change- mens qu'une légère dessiccation, si l'air est sec et cbaud. En perdant l'eau à laquelle était due sa consistance molle j elle se transforme en un corps friable et transparent qui ressemble à de la colle de Flandre. Revenue tout-à-fait solide, elle est réduite au huitième de son poids. Il résulte de l'analyse chimique faite par M. Boullay, que cette matière est composée d'une très-petite quantité d'albumine, d'environ un douzième, et d'une autre subs- tance qui oflfi e les caractères du mucus , tel qu'il a été décrit par Fourcroy et M. Vauqueliu. On n'a pu analyser comparativement le fluide contenu dans les petites capsules de VHirudo vuîgaris de Muller, n'en ayant pas recueilli une assez grande quantité. Je fe- rai remarquer seulement qu'il est jaunâtre , beaucoup plus aqueux et plus transparent que le mucus des capsules des Sangsues grises et vertes, et qu'il permet de distinguer plus facilement les ovules et de suivre leur dévelop- pement. § 10. Deux fois seulement j'ai pu distinguer à la loupe plusieurs ovules rangés symétriquement au milieu du mu- cus qui remplissait la totalité de la capsule. Leur dispo- sition était ton t-à -fait analogue à celle que j'ai indiquée ( ='93 ) daûs la pi. 2 , fîg. 2 , pour les ovules de VHirudovulgaris. Si mes recherches sur ce point eussent été commencées dès la fin de juin , et si j'avais disséqué un plus grand nombre de cocons dans les premiers jours de juillet, j'au- rais pu, irès-probab'.enieiit, constater un plus grand nombie de fois l'existence et l'arrangement de ces ovules. Ayant examiné plus tard Un assez grand nombre de ces capsules, j'en ai trouvé quelques-unes incomplètement remplies du mucus et oflVant le plus ordinairement une cavité orbiculaire, dans leur centre. Enfin, dans l'inté- rieur de plusieurs autres , il n'existait plus de mucus, soit qu'elles continssent un certain nombre de petites Sang- sues, 8, to et même i5, sur le point de sortir, ou que ces animaux se fussent déjà pratiqué une issue. Dans ce dernier cas, on remarquait souvent vers l'extrémité la moins. volumineuse des capsules une petite ouverture qui leur avait donné passage. § II. Ces capsules, revêtues du tissu spongieux, (îe- -venues désormais sans usage, peuvent rester enfouies dans la terre plusieurs mois sans êtres détruites, mais alors on les trouve déprimées, affaissées ou déformées, leurs mem- branes sont plus sales et de couleur brunâtre : le tissu spongieux, moins élastique, ne reprend plus par le la- vage sa couleur première. Dans la cavité de plusieurs d'entre elles j'ai quelquefois trouvé une eau trouble qui y avait pénétré, je pense, par imbîbition, ou par la pe- tite ouverture dont j'ai déjà parlé. § 12. Après avoir fait connaître le gissement, la con- formation et la structure des cocons, il me reste à indi- quer leur mode de production , l'époque dn leur formation f l leurs usages ; à rechercher la durée de la vie intra-cap- TOME IV. i3 ( '94 ) siilaire des Sanj^snes médicinales j à en étudier les phé- nomènes ; enfin à signaler quelques différences que pré- sentent , sous ce rapport , les Sangsues vertes et les Sang- sues grises. § i3. U en\>eloppe spongieuse rae paraît être d'une for- mation postérieure à celle de la membrane capsnlaire, qui est probablement expulsée du corps de l'animal avec les œufs qu elle renferme , comme dans les autres espèces de Sangsues ovipares. Cette opinion me semble résulter des observations suivantes : i° celte enveloppe spon- gieuse n'existe pas autour des capsules des autres espèces de Sangsues ovipares. 2°. Les capsules de ces dernières, comme je l'ai déjà dit , sont glnlineuses à leur surface ex- térieure et s'attachent aux feuilles des plantes aquatiques. 3°. Les Sangsues officinale et médicinale , déposant au con- traire leurs capsules dans la terre , exposées par cela même à des pressions plus violentes, devaient être mu- nies d'une seconde enveloppe plus propre que les capsu- les à les préserver du contact de corps extérieurs plus durs ou plus solides. Cette seconde enveloppe me parait donc, je le répète, d'une formation postérieure à la première. Ayant examiné, en effet, tm très-grand nombre de co- cons, j'en ai trouvé quelques-uns dont la capsule n'était pas entièrement couverte de ce tissu spongieux et dont la surface, dans quelques points , se trouvait immédia- tement à nu, ainsi que je l'ai indiqué dans la figure i3. On ne peut supposer, dans ce cas, que l'absence par- tielle du tissu spongieux ait été le résultat de la pu- tréfaction , ou de toute autre cause qui l'ait détruit; car j'ai observé cette disposition sur plusieurs cocons remplis de mucus non altéré, de formation récente, et en général peu volumineux , sur lesquels même les fibres ( '95 ) du tissu spongieux présentaient l'arrangement régulier et hexagonal que j'ai précédemment indiqué. Mais en admettant que ce tissu spongieux se développe autour des capsules après qu'elles ont été déposées par l'animal dans le sol des marais ou des ruisseaux, il reste encore à déterminer si cette matière est le produit d'une humeur qui suinte du corps des Sangsues, ainsi que l'a supposé M. Le jNoble, ou si, comme le pense M. Duméril , l'animal exposerait la capsule enveloppée d'une matière glaireuse qui en se détachant formerait le tissu spongieux, dont les fibres prendraient ime disposition hexagonale régulière par suite du dégagement d'un fluide élastique : c'est ce que j'ignore complètement. Du reste, les usages de ce tissu me paraissent entièrement mécaniques. Il pro- tège la capsule et les germes qu'elle renferme contre les pressions que des corps extérieurs pourraient leur faire éprouver, et les défend peut-être en outre des atteintes que leur porteraient certains animaux. § i4- La capsule commune des œufs des Sangsues grises et vertes , comme toutes les membranes analogues qui enveloppent les œufs des Sangsues ovipares , est sécrétée par l'oviducte. Je puis étayer cette assertion de l'obser- vation suivante. J'ai vu plusieurs espèces, telles que VHi- rudo vulgaris elV Hirudo bioculata de MuUer , que j'avais conservées dans des vases transparens , déposer un cer- tain nombre d'œufs fécondés , renfermés dans une capsule commune. Cette observation est surtout très-facile à faire sur V I/irudo vulgaris , dont les ovules ne sont pas d'abord visibles à l'œil nu, mais qui ne tardent pas à le devenir après 36 ou 48 heures. Or, si les œufs de ces espèces Bont expulsés, enveloppés d'une membrane commune, tout porlc à penser que la formation des capsules des i3* ( «96 ) Sangsues vertes et clc's Sangsues grises a lieu dans les corps de ces animaux par un même mécanisme. Rien n'autorise à supposer avec M. Le Noble que l'animal dépose ses œufs dans une masse de mucus qu'il aurait d'abord versé dans les loges quMl se creuse dans la glaise, qu'il organiserait ensuite deux autres membranes autour de ce mucus, sans qu'aucun corps étranger ne se trouvât mélangé avec ce fluide , enveloppé plus tard par les membranes spongieuse et capsulaire. Cette dernière membrane me parait donc avoir pour usage de renfermer les ovules, de prévenir leur dissémination, leur écrasement, au moment où ils pourraient être le plus facilement détruits, c'est à-dire au moment de leur expulsion du corps de l'animal; de renfermer et très-probablement de produire le mucus qui sert au développement des germes -, enfiu de protéger les petites Sangsues dans leur vie intra-capsulaire. Un nouvel abri leur est fourni par la membrane spongieuse dont j'ai parlé. Cet abri est tel , que la nature des divers lieux dans lesquels des cocons bien conformés peuvent être plongés , a moins d'influence qu'on ne pouiTait le croire sur le développement des germes qu'ils renferment. En effet, que des cocons soient placés daus de la glaise, dans de l'eau, ou exposés à l'air libre, les ovules peuvent également se développer dans ces diverses conditions. Ayant oublié par hasard plusieurs cocons dans un petit vase de terre , qui contenait aussi un peu de foin , je fus fort étonné, lorsque je les retrouvai, environ i5 jours après, de voir dans le foin plusieurs petites sangsues mortes et d'en rencontrer plusieurs autres vivantes et bien développées daus les capsules de ces cocons, dont le mucus était en grande partie absorbé. Aussi suis-je très-disposé à croire parfaitement exacte l'assertion de M. CoUin de ( 197 ) Plancy, relativement aux pêcheurs de Sangsues, qui f^ dit-il , repeuplent de ces animaux certains marais , en y- déposant un cer.ain nombre de cocons. § i5. J'ai déjà dit que le nombre des germes renfermés dans chaque capsule pouvait varier de 6 à r5 an plus, et que je n'avais pu en suivre le développement dans toutes ses phases , comme j'ai pu le faire pour une autre espèce, VHirudo vulgaris de Mullen» Les petites Sangsues grises sont, en général , plus volumineuses et ont les vaisseaux sanguins plus apparens. Les individus qui appartiennent, aux Sangsues vertes sont plus petits et plus bruns. J'ai fait représenter , dans les figures i8 et i8 «, une pe-. lile Sangsue grise extraite d'une capsule au moment où elle était sur le point d'en sortir. L'œil armé d'une loupe , j'ai pu facilement distinguer sur ce petit animal les bandes jaunes longitudinales de sa face dorsale , les dix yeux ou points noirs placés sur sa tête et disposés en fer à cheval , ainsi que les petites taches ventrales qui la caractérisent. Craignant de fatiguer l'attention de l'Académie par de trop, longs détails sur l'organisation de ces animaux à cet âge , je me bornerai aujourd'hui à quelques remarques gé- nérales. 1°. Les petites Sangsues, contenues dans, leurs capsu- les , sont d'autant plus rouges et moins allongées , qu'elles sont encore plus éloignées du moment où elles sortiront de la cavité de cette membrane. 2". Le pigment de la peau se développe de très-bonne heure sur ces Sangsues. Jamais je ne les ai trouvées entiè- rement incolores, circonstance d'autant plus remarquable que VHirudo vulgaris de Muller, qui , parvenue à son en- tier développement , ofl're une couleur ti es- foncée , est ( 198 ) au contraire parfaitement incolore au moment où elle sort de sa capsule. 3°. Les Sangsues vertes et les Sangsues grises, comme les petits de \ Himdo -vulgaris , sortent ordinairement de la capsule par la petite extrémité du cocon, qui présente alors une petite ouverture circulaire, vers le point opa- que qui termine l'extrémité correspondante de son grand diamètre. • 4°. Après avoir percé la capsule , les petites Sangsues s'engagent dans le tissu spongieux ; elles serpentent dans son intérieur , sortent par divers points de sa surface et quelquefois se logent de nouveau momentanément dans ce tissu. 5*^. A cette époque, elles nagent déjà avec une très- grande agilité. Elles vivent dans l'eau de Seine filtrée , et s'y développent; phénomène d'autant plus remarquable que les Sangsues, parvenues à leur entier accroissement, finissent , au bout de quelques mois , par y perdre de leur poids. § i6. En terminant cette première partie de mon Mé- moire , j'avais également formé le projet d'examiner s'il ne conviendrait pas d'interdiie la pèclie des Sangsues mé- dicinales pendant certaine saison de l'année, c'est-à-diro à Vépoque de la ponte. Je m'étais aussi proposé de re- chercher si des milliers de Sangsues , consommées dans les hôpitaux de la capitale, et dont on ne tire aucun parti après leur application, ne pourraient pas être uti- ■ lement employées à la reproduction de ces animaux, qu'on déposerait dans des marais artificiels, et si ces ani- maux ne pourraient pas eux-mêmes, après un anlques-unes sont plus fortes et plus saillantes. La grande uniformité que nous offre l'organisation des feuil- les des Zamia et des Cycas doit nous faire présumer que des plantes dont la végétation était si différente devaient présenter des caractères génériques distincts -, nous nous permettrons donc d'en former un genre particulier dans ■ la famille des Cycadées , et nous lui donnerons le nom de NiLSOSiA , en riionuejir du savant professeur auquel on ( 211 ) 4oit )a découverte et la premiôre pr.blicaiiop ^e e ia fôtttiaiîon hottillière ou dotnfndpfus anciea qu'elle. On ne trns ions les Organes qui âccom- ( 220 ) pagnent une modilication dans un organe principal, ont parfailemenl été sentis depuis les belles observations de M. Desfontaines sur l'organisation des tiges des Mono- cotylédones et des Dicotylédones. On a vu que les dif- férences de structure de 1 embryon entraînaient de gran des dilTérences dans la structure des tiges, des feuilles, et l'on peut même dire dans celle des organes de la fruc- tification des trois grandes divisions du règne végétal ; mais si l'on veut aller plus loin on n'aperçoit plus de relations semblables entre les divers organes des végétaux qu'on réunit dans les classes fondées sur Tinserlion des étamines ou sur l'organisation des enveloppes florales, et qui servent à établir des coupes dans ces grandes di- visions : c'est que ces classes sont loin d'être parfaitement naturelles; si nous descendons plus bas jusqu'aux familles ou aux genres, nous voyons certaines formes dans la tige ou dans les feuilles accompagner constaumient un mode particulier d'organisation florale dont nous trou- vons l'expression dans le caractère de la famille ou du genre. Mais nous observons que ces liaisons entre les deux grands systèmes d'organes des végétaux , ceux de la nutrition et ceux de la génération, sont bien plus in- times dans certaines classes de plantes que dans d'autres, et il est assez remarquable que c'est dans les classes où les organes de la fructification paraissent avoir acquis le moins de développeniens que ces rapports entre les divers organes sont le plus sensibles. En elî'et , parmi les Aco- tylédones, ou Cryptogames celluleuses, ces relations sont si intimes qu'au premier coup-d'œil l'homme le moins exercé reconnaît non-seulement la famille mais le genre auquel une de ces plantes appartient d'après la forme de la fronde, du chapeau ou de toute autre partie qui ^ ( 29.1 ) dépend des organes de la végétation. Dans les Monoco- Ivlédones cryptogames, ces rapports sont déjà moins évideus. En effet, on parvient facilement à la connais- sance do la famille par l'examen d'un organe quelconque, mais on ne peut que rarement déterminer le genre d'a- près les organes qui n'ont pas servi pour les caractériser. Dans les Monocotvlédones phanérogames, les relations entre les organes de la végétation et de la fructification de- viennent encore moins constantes; cependantune même famille (fondée, comme toutes celles qu'on a établies parmi les plantes phanérogames, d'après la considération seule des organes de la fructification ), présente presque fou- jours la même forme dans les feuilles, dans les tiges; mais cette même forme se présente dans plusieurs autres familles; ainsi la distribution des nervures est presque la même dans toutes les Graminées, dans toutes les Cv- péracées, dans toutes les Liliacées; on peut en dire au- tant des Balisiers, des Bananiers, des Wayades, des Or- chidées ; elle varie davantage dans les Aroïdes et les Hy- drocharidées; mais on retrouve souvent le même mode de structure dans plusieurs familles , tels sont les Bali- siers et les Bananiers , les Liliacées et les Asparagées , etc. Si nous passons à une classe plus élevée du règne vé- gétal , aux Dicotylédones , ces relations n'existent plus d'une manière constante que dans quelques familles, ou du moins on ne les y a pas encore bien distinguées, et de plus l'analogie des organes de la végétation dans des lamilles très-éloignées est extrêmement fréquente. Jl résulte de ces règles qu'on observe dans l'organisa- lion des Végétaux , que parmi les Acolylédom's nous pourrons toujours arriver à la connaissance de la famille et même souvent à celle du genre, d'après les organes ( aaa ) Je la végétalion, que parmi les Monocotylédones nous pourrons très-sou veut , au moyen de ces mêmes organes, déterminer la famille et rarement le genre, et que parmi les Dicotylédones , ils ne nous fourniront que rarement des indications même sur la famille. Parmi les Mono-r cotylédones , nous pourrons déterminer le genre , lors- (jue la famille sera peu nombreuse , et que les organes de la v<îgét3tion seront assez variés , d'un genre à l'autre , et assez constans dans le même genre pour nous iii'^ «îiquer des rapports intimes entre ces organes et ceux de la fructification', c'est le cas des Cycadées , et c'est c<ç qui nous a engagé à regarder les genres que nous dé-' cri vous dans ce Mémoire comme nouveaux. Nous voyons , d'après cela , qu'un organe isolé ne peut nous conduire, que dans un petit nombre de cas , à dé- terminer un genre , c'est-à-dire à recpnnaître un genre encore existant, ou à distinguer un genre nouveau de tous ceux qu'on connaît actuellement , mais que ces cas sç présentent cependant quelquefois , et qu'alors on peut Ifl faire avec certitude. Mais on objecte que nous pour- rious être conduits à considérer , comme appartenant à des plantes diifférentes , les divers organes d'une même plante; cela est vrai dans beaucoup de cas, et nous pa- rait impossible à éviter dans l'état actuel de la scienpe, lorsque ces organeç ne peuvent se rapporter k Utt genre connu; ainsi nous pourrions découvrir, soit 9 Hoer , soit dans un terrain d'époque analogue , des tiges ou des fruits que nous reconnaîtrions bien, il est vrai, pour appartenir à la famille des Cycadées comme les feuilles que saous avons décrites dans ce Mémoire , spiiç qu'il nous fût cependant possible d'affirm-er qu'elles o»i fait partie de la même plante. ( 223 ) Cet inconvénient nous paraît impossible à éviter, mais il n'est pas d'une grande importance, car la chose es-» sentielle sous le point de vue botanique et géologique, c'est la détermination des espèces et leur distribution dans les familles naturelles qui ne sont réellement que de grands genres. En e(Vet les corps organisés fossiles, et particulièrement les végétaux, nous paraissent pouvoir servir de deux ma- nières à caractériser les formations; tantôt c'est une cst pèce qui , se trouvant fréquemment dans une couche et ne se trouvant que dans cette couche, en est un carac- tère essentiel ; tels sont le Chara niedicaginula ( gyrogo- nite) pour les terrains d'eau douce supérieure, le Ce- rithium giganteum pour les couches inférieures du cal- caire grossier, la Grjphea arcuata pour les couches inférieures du calcaire jurassique, et dans ce cas le ca- ractère spécifique est la chose la plus importante ; la po- sition de l'espèce, son genre, sa famille, ne sont pour ainsi dire rien ; celte espèce n'est plus qu'une sorte d« marque de la couche qui l'enveloppe \ tantôt au contraire les caractères spécifiques deviennent de p«|i d'impor^ lance -, c'est la prédominance de certains genres, de cer-» taines familles , de certaine classe même , qui devient le faractèrc essentiel d'une couche OJJ plutôt dans ce cas de toute une formation •, c'est la relation numérique des diverses formes et du nombre de leurs individus, et non le t:aractère des espères , qui devient important. Cette manière de considérer par exemple la végétation de l'an- cien monde donne lieu à de grandes divisions qui em- brassent souvent plusieurs formations, et que nous dé- sifjnerons sous le nom de Périodes de Végétation -, on peut l( .s ri'garder comme analogues à ce qu'on a nommé ré- ( '^'> ) gions on géographie botanique. Ainsi la première pé- riode qui embrasse les terrains do transition et les ter- rains secondaires jusqu'au Grès rouge , et peut-être jus- qu'au Grès bigarré, est caractérisée par la prédominance des ÎNIonocolvlédones cryptogames qui forment plus des neuf dixièmes de la végétation; la seconde période qui s'étend depuis le Quadersaudstein jusqu'à la Craie , se distingue par une proportion à peu près égale de Mo- nocotylédones phanérogames et de Dicotylédones. Enfin la troisième période qui embrasse toute l'étendue des ter- rains tertiaires, est caractérisée par la prédominance des Dicotylédones et par l'absence pi'esque complète des Monocotylédones cryptogames, (]f'tte manière de considérer la végétation du globe à diverses époques a cet avantage, que les différences dé- pendantes des localités disparaissent presque entièrement, et que les faits rares qui pourraient se présenter par la suite ne changeraient rien aux proportions générales déjà établies-, ainsi on viendi-ait à découvrir quelques débris de Dicotylédones dans les terrains houilliers , qu'il n'en serait pas moins certain que ces végétaux formaient la moindre partie de la végétation de celte époqiie , et que les Monocotvlédones cryptogames en formaient au con- traire la partie dominante. On conçoit que dans cette manière d'étudier les vé- gétaux fossiles, la détermination des familles , et ensuite celle des espèces , pour pouvoir en fixer le nombre, sont les deux choses essentielles. ( 225 ) De quelques phénomènes physiques et géologiques quaf" fient les Cordillères des Andes de Quito et la partie occidentale de T Himalaya; Par m. Alexandre de Humboldt. (Lu à l'Académie des Sciences, séances des 'j et 14 mars i8a5. ) Première partie. J'ai exposé , dans le dernier Mémoire que j'ai eu l'honneur de soumettre à l'Académie , les procédés géométriques d'après lesquels on trace les sections ver- ticales qui représentent une grande étendue de pays. J'ai rappelé qu'en exprimant , par projection , la position re- lative des points dont les divers systèmes déterminent la forme polyédrique de la surface de la terre , on peut ou projeter ces points sur un môme plan , ou les x'épartir en plusieurs profils partiels qui sont orientés selon la direction des routes qu'a suivies le voyageur. Ces métho- des graphiques , ces sections verticales d'un pays d'une vaste étendue , dont je crois avoir donné le premier exemple dans mon Atlas du Mexique , complètent les notions anciennement acquises sur \g figuré géométrique du terrain. Fondées sur des procédés exlrêmemeiu sim- ples , elles exigent à la fois la connaissance des courbes dp niveau et l'emploi des instrumens propres à fixer as- tronomiquement , en longitude et en latitude , les inter- sections des profils partiels qui servent à'axes de rota- tion, et qui indiquent autant de points dans lesquels a changé la direction de la roule parcourue. J'ai publié une suite de sentions verticales qui , toutes tracées dans l'esprit d'une même méthode, ont néces- ToME IV. — Mars. iS • ( aîi6 ) sairement aussi la même conformité d'aspect que pré- sentent les cartes trop exclusivement appelées géogra- phiques , celles qui figurent la situation n^peclive des lieux projetés sur un plan horizontal. Dans ces der- nières , le rapport entre les échelles de latitude et de longitude , entre les divisions des méridiens et des pa- rallèles , est invariablement déterminé par la nature de la projection que Ton a choisie. Au contraire, dans les coupes géographiques ou sections verticales , le rapport des échelles de distance et de hauteur est variable. Les dimensions auxquelles est assujetti le tracé , permettent rarement de donner la même valeur aux deux échelles, et de représenter les inclinaisons des pentes comme elles existent dans la nature. La plupart dos profds défigurent lescontoars, mais elles les défigurent également dans toutes leurs parties , avantage que n'offre guère la pro- jection de Mercator dans les cartes géographiques. Les coupes, tout en indiquant numériquement le rapport des échelles de hauteur et de distance , offrent des données précises d'après lesquelles on peut calculer l'in- clinaison réelle des pentes. Il résulte de ces considéra- tions , que l'aspect plus ou moins agréable que présmite le tracé de la section verticale d'un vaste pays, dépend entièrement du rapport entre les deux échelles de hau- teur et de distance. ■ J'ai cru devoir rappeler, dans l'introduction de ce Mémoire , les fondemens principaux d'une méthode graphique , qui , à ^'imilation de mes profils mexicains et du iahleau de la géographie des plantes équinoxia- Ics , a été appliquée successivement à la chaine du Cau- case, par MM. Parrot et d'Engelhardt ; aux Alpes ds la Suisse et aux Carpathes , par M. Wahleuberg •, aux mon- ( 227 ) lagnes de l'Allemagne , par MM. Scliùbler et Hofmann ; à celles de la France , par MM. d'Oeynhausen et Dechen ; à la Capitania de Minas Geraes , par M. d'Eschwege ; et au plateau du Mysore et aux Gates de Malabar (i) , parles officiers ingénieurs attachés à la triangulation du major Lanibton , dans l'Inde. Les élémens de celte méthode graphique sont les résultats d'un nivellement baro- métrique ou géodésique , la connaissance précise des distances , la détermination astronomique des points d'intersection ou axes de rotation des profils partiels , enfin l'orientation de plans sécans , c'est-à-dire l'angle que chaque plan de projection fait avec le méridien. De même que les cartes topographiques proprement dites peuvent embrasser nue surface plns^ ou moins grande en projection horizontale , de même aussi le figuré du terrain en profil oITre un tableau physique général ou spécial. C'est à cette dernière classe qu'ap- partient le travail que j'ai l'honneur de présenter à (l) Cette coupe lîu plateau de IMysftre dont le s;tv;int Hatiiraliste , M. Leschcnault, a rapporté une copie manuscrite, s'étend depuis l'em- bouchure de la rivière Palaur par Velore , les Gales de Coromandel , Mysore (au sud de Seringapatam), jusqu'aui Gales du /il/iLibar et au mont Dily par les parallèles de 12" i' à 12° 5o' do latitude et 72° 53' à 770 9' de longitude à l'est de Paris. Le plateau de Mysore a une hau- teur moyenne de 4*0 à 4^" toises au-dessus du niveau de la mer , et ••st par conséquent de pi'ès de 100 toises plus élevé que lu plateau di; l'Kspagne entre Almansa et Aslorga; mais la longueur de ce dernier i:st dfiUK fois plus grande. Pour se former une idée précise de la hau- teur moyenne des contincns européens , je consigne ici les données suivantes : basses plaines de l'intérieur de lu France et de la Lombardie, 80 foiscs ; plateau de la Russie centrale autour de Moscou , i.j5 toises ; de la Souabe, i5o toises; de l'Auvergne, 174 toises ; de la Suisse, aao toises; d ^^ '«"^g- ^'° 2' ^ l'est de Green- wich. )) (^ylsint. lies., tom. 14 ,' p. 189). Ces habiles observateurs ex- cluent par conséquent les mesures trigonomttriqucs qui ne sont pas fondées sur drs bases directement mesurées. ( ^33 ) mière c'asse appartient le Jawahir, situé par les 3o" 11' 19" de latitude au sud-ouest du lac sacré de Ma- nassarowar ; à la seconde classe le Dhawalagiri ou Mont-Blanc ( car en sanscrit dhawala signifie blanc, et giri montagne), au sud-est du lac sacré par les 28" 4o' de latitude. Le Jawahir a ^848 mètres ( 4026 toises), le DJiawalagiri S556 mètres (4390 toises) de hauteur. En adoptant le résultat de ma mesure du Cliinibora70 ( 653o mètres ), on trouve que le som- met de l'Himalaya , mesuré avec le plus de précision , est de t3i8 mètres; le sommet mi^suré par approxi- mation de 2026 mètres, plus élevé que le Chimborazo. Dans la mesure du Jawahir ( qui est le Pic A. n" 2 , relevé de la plate -forme du temple de Surkandra , et le Pic n" i4 du tableau de hauteurs publié par le capitaine Webb ) (i) , les résultats obtenus par MM. Hodgson et Herbert ne changeraient encore que de i36 mètres , si la réfraction oscillait dans les limites extrêmes de tt *^^ T~> tandis que des obser- (1) Le capifaini; Webb donne à ce Pic, n" 14, la hauteur de aSjGGg pieds anglais, en le plaçant lat. 30° 21' 5i" , long. 79" /j8' 3i" à Test de Grecnwich. (yïsuit. Hes. , toI. ;3 , p. 3o6). MIVl. Herbert et Hodgson le font lat. Su" 22' 19 ', long. 790 5-/ 22". On lui attribuait d'abord 25,58g pieds anglais. {Asiat. lies., tom. 14, p. 3ii-3i6), et puis 20,749 pieds anglais. =4026 toises parce que la Iiauteur du I)latenu de Belville fut d'abord suppose'e de 853 pieds, et par des obser- vations baroniétriques plus exactes de loiS pieds au-dessus du niveau de la mer. Il y a trois Tics d'une hauteur prodigieuse qui se suivent dans la direction du sud-ouest au nord-est que l'on voit de la plate- forme du temple de Surkandra. Ces Pics sont désignes dans la carte de M. Hi-rlicrt, par les noms de Jawahir Peahs A n" 1 , A n* a et A n» 3 ou P. C'est le Pic intermédiaire qui est le jiliis élevé de tous. Plu» au nord-'jucst paraissent les montagnes colossales de Kedarnath et de lamnautri. ( ^-34 ) valions directes ont prouvé qvie , sous celte zone et à cette hauteur, elles se soutiennent assez généralement entre ~ à -^. La hauteur du Dhawalagiri est dépen- dante d'un plus grand nombre d'élémens incertains , de la position astronomique des lieux en longitude et en latitude, des azimulhs et de la réfraction ; cepen- dant deux mesures successives des capitaiues Webb et Blake dont nous possédons tous les détails, oflrent à peine une difFérence de i5o mètres. / Le Dhawalagiri, appelé aussi par corruption Dhoula- gir ou Gasakoti , donne naissance, sur sa pente méridio- nale, à la rivière Ghandaki (i). C'est sur les bords de .cette rivière qu'on recueillit dans un schiste de transition, les fameuses cornes d'Ammon ( salagrana ) que les croyans parmi les Hindous regardent comme des images de l'incarnation de Vishnou pendant le cataclysme des grandes eaux. En plaçant le Puy-de-Dôme sur le Chim- borazo on aura la hauteur du Jawahir; en plaçant le Saint-Gothard sur le Chimborazo on aura la hauteur du Dhawalagiri. En contemplant du fond des plaines et des sillons que couvrent nos cultures, les sommets des Alpes et des Cordillères, nous sommes d'abord frappes de la dif- férence prodigieuse qu'oOre la hauteur des montagnes ; nous oublions quiiue planète voisine dont le nivellement du sol a été entreprise dans toute la surface visible aux liabitans de la terre , présente ces mêmes mer- veilles et de plus grandes encore. Fondés sur des ana- (i) Asiat. lies. , t/o\. 12, p. 266. — Journ. of tlie Royal Insl. , vol. II, p. 240. La longitude du Dhawalagiri est de 83° 20' à l'est de Greenwichj sa hauteur est de 28,057 pieds anglais = 8556 mètres = 4390 toisej. Les premiers rclèvemens avaient doont;, dans les hypo- thèses de distance et de réfraction les plus défavorables , un minimum de 26,862 pitils anglais. ( 235 ) îogies qui ne sont qu'apparentes, nous nous formons une idée vague du maximum de hauteur que les cimes de notre globe peuvent atteindre, comme s'il nous était donné de mesurer les forces élastiques qui ont soulevé la croûte oxidée de notre planète ; comme si l'action qui a produit , sur des crevasses , ces murs rocheux que nous appelons les Alpes et les Pyrénées , avait limité les forces qui ont agi sous la chaîne des Andes et de l'Himalaya, sous Mowna-E.oa et le Pic de Ténérifle. Pourquoi ne découvrirait-on pas un jour, au nord de l'Himalaya, entre cette chaîne et celle du Zungling ou entre la chaîne du Zungling et celle de Thianschan ou Montagnes cé- îostfis , des sommets qui seraient supérieurs au Dhawa- lagiri comme celui-ci l'est au Chimborazo, et le Chim- borazo au jNIont-Blanc ? Même les êtres organisés nous offrent cette variété prodigieuse de grandeur. Lorsque je fis connaître la fleur de V Aristolochia cordiflora de i8 pouces de diamètre , on ne se doutait pas de l'exis- tence du Rajflesia dont la fleur a 3 pieds d'ouverture. Aux yeux du géologue qui ne perd pas de vue les masses et la configuration générale du sphéroïde terrestre , la hauteur des montagnes est un phénomène peu impor- tant : il ne voit dans les maxim.a de faîtes des Pyrénées,, des Alpes, des Cordillères et de l'Himalaya , qu'une série de termes qui croissent comme les nombres i. i -. 1 et 2 -. Je m'arrête Siux points Culminans de chaque système , car la hauteur moyenne des lignes défaites, déterminée par la hauteur moyenne des cols et des passages, est une idée abstraite, et nuMne assez vague lorsqu'il y a groupennnt de inontngncs et non une chaîne continue. M. Ramond , qui , dans toutes les branches des sciences C 236 ) j)hysiques qu'il a traitées, s'est toujours élevé fi des vues générales, avait déjà observé que le faîte des Pyrénées n'est guère pins bas que la liauleur moyenne des Alpes, et que ce qui caractérise cette dernière cliaîne est la grande élévation relative de ses sommets, c'est-à-dire le l'apport de ces sommets à la hauteur moyenne de la ligne de faîte. D'après mes recherches cette hauteur moyenne égale dans les Andes les points culminans des Pyrénées; dans l'Himalaya, les points culminans des Alpes. La géognosie a ses elémens numériques comme toutes les sciences qui traitent de la configuration et de l'éten- due des chaînes de montagnes et des bassins, de la dis- tribution des êtres organisés , des causes cpii modifient les inflexions des lignes isothermes. Dans un Mémoire géologique, que j'aurai bientôt l'honneur de présenter à l'Académie, j'exposerai cjuelques propriétés remarqua- bh's de ces élémens numériques , relatives aux points cul- minans et à l'aire de la section horizontale àe& chaînes. 11 suffit d'annoncer ici que le rapport de la hauteur moyenne des crêtes est à celle des cimes les plus élevées dans les Pyrénées comme i : i ^, dans les Alpes = 1:2, dans les Andes et THimalava =: i : 1 •^. En Amé- rique un seul système de montagnes, celui des An- des, réunit dans une zone étroite et longue de trois mille lieues, tous les sommets qui ont plus de 2^00 mètres de hauteur , tandis qu'en Europe, même en con- sidérant (d'après des vues trop systématiques) les Alpes et les Pyrénées comme mie seule ligne de faite , on trouve encore sporadiquement bien loin de celte ligne ou arête principale ( dans la Sierra-Nevada de Grenade, en Sicile , en Grèce , dans les Apennins , peut-être aussi ] ( *37 ) en Portugal) , des cimes de 1900 et 35oo mètr'es de hau- teur. Cette distribuliou inégale des points cuîminans, tantôt isolés ou sporadiques au milieu des bassins des mers et des plaines continentales, tantôt réunis en groupes ou alignés par files , a des rapports avec la forme et la masse des terres qui ( en les comparant au fond de l'O- céan ) ne sont elles-mêmes que de vastes plateaux. Si la hauteur des pics offre peu d'intérêt au géologue , il n'en est pas de même des évaluations du volume des arêtes comparé à l'étendue de la surface des basses régions. Cette partie de l'Orographie , sur laquelle mes sections verticales jettent quelque jour, est même de beaucoup d'importance dans les recherches de la Mé- canique céleste. M. de Laplace a fait voir récemment K que l'harmonie qu'oflVent les expériences du pendule avec 1 aplatissement donné par les mesures des degrés ter- restres et les inégalités lunaires, prouve que la surface serait à peu près celle de l'équilibre, si cette surface devenait fluide. Il suit de cette concordance des résultîits que la pe- tite profondeur moyenne des mers doit être du même ordre que la hauteur moyenne des coutinens et des îles (i). « Or cette hauteur moyenne dépend bien moins de ces chaî- nons ou arêtes longitudinales de peu de largeur, de ces points culminans ou dômes (jui attirent la curiosité du vulgaire, «pie de la configuration générale des plateaux, de ces plaines doucement ondulées et à pentes alterna- tives, qui influent, par ItMU- étendue et leur masse, sur la position d'une surface moyenne , c'est-à-dire sur la hauteur d'un plan placé de manière que la somme des ordonnées positives soit égale à la somme des ordonnées (ij iMccaniquc cales le , toiii. V., [t. i.(. ( ^38) uégatives. La géograpliie pliysique , de même que la mé- téorologie et la connaissance des climats, ne peuvent faire des progrès qu'à mesure que l'on considère les phéno- mènes dans leur ensemble , et que l'on se déshabitue d'attacher trop d'importance soit aux points culminans qui se trouvent isolés sur une ligne de faites , soit à ces extrêmes de température qu'atteint le thermomètre pen- dant un seul jour de l'année. Seconde partie. J'ai exposé dans la première partie de ce Mémoire les avantages que présente la méthode graphique des sec- tions verticales lorsqu'on l'applique à une grande étendue de pays-, j'ai rappelé que ce genre de projection seul, trop long-temps négligé , peut fournir une connaissance précise de la hauteur moyenne des continens et des îles , élément qui n'est pas sans intérêt pour la Mécanique céleste, et que les observations du pendule semblent lier à la connaissance du maximum de la profondeur de la mer. J'ai fait voir en même temps : i". Que celte hauteur moyenne des continens, d'a- près les recherches que j'ai pu faire jusqu'aujourd'hui , a pour nombres limites 120 et 160 mètres-, 2°. Que les opérations géodésiques faites sur le pla- teau du Seharanpoor prouvent indubitablement qu'un des sommets de la ligne de faite de l'Himalaya (le pic Ja- wahir), situé à l'ouest du Lac Manassarowar, surpasse de 676 toises le point culminant des Andes \ 3». Qu'il existe dans la même chaîne de l'Himalaya, mais au sud-est du Lac Manassarovsar, un autre sommet, appelé par les indigènes la Montagne-Blanche ( Dhawa- lagiri), qui t^st plus élevé encore que le Jawahir ( 2% ) 4**. Qne deux mesures de ce Mont-Blanc de t Inde, faites en diU'érentes stations et à diverses époques, ont ° . Que dans plusieurs parties de l'Inde la valeur du coefficient de réfraction a été déterminée par des observations réciproques ; que ce coefficient , dans les basses latitudes et sur les plateaux du Nepaul, est gé- néralement àe — h -pj, et qu'en supposant les li- mites extrêmes de -1^ et de — ' - , la hauteur du Pic Ja- wahir ne changerait encore que de i36 mètres, c'est-à- dire de j- de la hauteur totale, erreur qu'on ne peut considérer comme très-considérable, si l'on se rappelle que les opérations faîtes par des astronomes justement célèbres à dillérentes époques et à didéi^entes distances, pour déterminer la hauteur du Mont-Rose, varient de -^ de la hauteur (i) mesurée, et sV-loignent par con- séquent de beaucoup, malgré l'habileté des observateurs. de la grande concordance trouvée récemment pour le Mont-Blanc entre les observations de MM. Trallcs, Car- lini , Corabœuf et L'Ostende. 7<*. Que toute mesure géodésique d'une chaîne de (1) tVf.lde.n, Mnnot'raphir. des Mont- Rosa , i8a4, pag. ao. ( ^4o ) montagnes située dans l'intérieur d'un continent, étant par sa nature en partie géométrique , en partie baromé- trique, il est important de connaître le rapport de ces deux* élémens , qui varie généralement avec la petitesse des angles de hauteur ; mais que dans la détermination des sommets dfc l'Himalaya, la mesure barométrique, fondée sur 4'emploi simultané de six baromètres et d'un grand nombre d'observations correspondantes (à Seha- ranpoor et à Calcutta), ne porte que 3ur une- hauteur de 3oo mètres. 8°. Que les points culminans ou les maxima des lignes de faîte des principales chaînes de montagnes en Eu- rope , en Amérique et en Asie , sont comme les nombres lo, 14? 18, 24 1 c'est-à-dire qu'ils suivent à peu près une progression par différences dont la raison est un demi, mais que dans les sept chaînes des Alpes, des Andes, de l'Himalaya , du Caucase , des Alleghanis et de Venezuela , le rapport des crêtes aux sommets, c'est-à-Jire le rap- port entre la hauteur moyenne des faîtes et les points culminans, est très-régulièrement comme i à i -^ ou comme un à deux. La masse des Hautes-Pyrénées est généralement plus élevée que celle des Hautes-Alpes, quoique la hauteur des pics dont les Pyrénées sont do- minées soit de beaucoup inférieure. En calculant la hau- teur moyenne de Vingt-trois passages mesurés avec beau- coup de précision, j'ai trouvé pour les Pyrénées 121^ toises, pour les Alpes seulement 1168 toises ou 49 toises de moins. Les passages ou cols appelés points ou hour- ques dans les Pyrénées, sont de faibles échancrures ou dépressions locales des faîtes. Ils donnent un nombre limite^ un minimum de la hauteur du faîte; tandis que la ligne des neiges éternelles qui n'atteint pas la hauteur ( 24ï ) moyenne de la crête, fournit un autre «o/7/Z>/'e limite pour le maxiVnM^. La hauteur moyenne des faites estpar con- séquent contenue entre ces deux extrêmes. Or les soni'- mets des Pyrénées sont si peu élevés que le rapport des • crêtes à ces sommets y est de i à i i, au lieu de i à 2, comme donnent six autres chaînes principales des deux continens. Il est presque superflu d'ajouter que les rap- ports numériques que nous venons d'annoncer ne seront plus les mêmes, si le niveau des mers venait à changer, ou si on comparait les sommets des courbes au centre de la terre. Après avoir rappelé ces résultats généraux qui ne sont pas sans intérêt pour la géographie physique, je vais passer à la seconde partie de ce Mémoire qui peut être considéré comme un Mémoire justificatif de la nou- velle carte en section verticale que j'ai eu l'honneur de présenter à l'Académie dans sa dernière séance. Constitution géognostique. La chaîne de l'Himalaya sur laquelle le capitaine Gérard s'est élevé à la même hauteur (près de 5goo ' mètres) à laquelle MM, Bon.plaud , Carlos Montufar et moi, nous sommes parvenus à la pente du Chimborazo, est composée , autant qu'on a pu l'examiner jusqu'ici, non de roches porphyriques , comme le Caucase, mais de granité , de gneiss , de micaschiste avec disthène , et de ces amphibolites que l'on désigne vulgairement sons le nom de diorites ou grunstein primitif. Les mesures des montagnes de l'Inde dont les plus précises ne datent que de l'année 1816, ont restitué par conséquent les points culminans de la surface du globe au domaine des formations primitives, et ceux parmi les géognosles qui regardent les Cordillères comme soulevées par des forces- Tome IV. xG ( 24a ) élastiques à travers des crevasses ou sillons ouverts plus ou moins ramifiés , croient trouver dans la prodigieuse hauteur des montagnes de l'Inde, une preuve de l'as- sertion que les premiers ou plus anciens soulèvemens de la croûte oxidce de notre planète , ont été les plus considérables et les plus violens. Lorsqu'on examine la constitution géognostique de l'Himalaya entre les méri- diens du Lac Manasarowar et le glacier des sources du Gange , on est frappé de la ressemblance parfaite qu'elle offre avec la constitution géognostique des Alpes, dans les environs du Saint-Golhard. Au contraire , la partie des Andes de Quito , dont j'ai tracé la section verticale, est presque entièrement composée de trachyte. C'est une éruption de trachyles qui , sur la pente occidentale des Andes, atteint une épaisseur de plus de 65oo mètres, à travers des formations de micaschiste et de gneiss , de- venu talqueux. J'ai déterminé avec soin , en appuyant les angles de position à une base mesurée dans la plaine de Riobamba- Nuevo , le volume du Cliimborazo , et j'ai trouvé le dia- mètre du dôme de trachyte , là où commencent les neiges perpétuelles de 6700 mètres , et à la grande hau- teur de 5900 mètres, par conséquent près du sommet encore de i3oo mètres. Il serait à désirer que l'on eût déterminé d'une manière analogue le volume du Mont- Blanc et de quelques pics de l'Himalaya. Lorsque des forêts de Cinchona qui ayoisinent la ville de Loxa, on avance vers le nord , on franchit d'aboi'd le nœud des montagnes de l'Assuay, groupe de roches tracliytiques , qui offre un passage des Andes très-fréquenté. J'ai trouvé le point culminant du col à 24 ^^ toises de hauteur : c'est une échancrure, une dépression du faîte des Andes I ( ^43 ) dont le fond égale à peu près la hauteur du soniniel dit Mont-Blanc. A ce nœud surcède le passage de la Cor- dillère, devenu célèbre par les travaux des académiciens français, qui ont placé leurs signaux tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre des deux chaînons. L'occidental est le chaînon du Chimborazo , du Carguairazo et d'Iliniza ; l'oriental, le chaînon du volcan de Sangay, des Col- lanes et du Tungurahua. Le dernier est brisé par le Rio Paslaza, car en dépit des dogmes surannés des géogra- phes, les plus hautes Cordillères du monde , l'Himalaya et les Andes, donnent passage à des rivières.. Le bassin que limitent les chaînons du Chimborazo et du Tungu- rahua est fermé vers le nord par le noeud de montagnes de Chisinche , espèce de digue trachytique de peu de hauteur , qui divise les eaux entre l'Océan Atlantique et la Mer du Sud. Dans celte région le système des roches trachytiqucs est cnlièretricnt séparé du système des roches basalti- ques. Celui-ci est très-rare dans la provihce de Quito, et ne se trouve qu'à son extrémité-septentrionale 5 il est caractérisé par la présence de l'olivine qui manque en- tièrement dans les trachytcs des Andes, riches à la fois en cristaux allongés et fendillés de feldspath vitreux, d'amphibole et de pyroxènc. Les trachytes sont sou- vent très-régulièrement stratifiés , par exemple au Chim- borazo et à l'Assuay , mais ils varient par groupes dans la direction et dans l'inclinaison de leurs couches, comme font les phonolilcs du système basaltique. C'est à la jiente orientale du Chimborazo que la structure colon- naire des trachytes est la [)lus cornmune ; j'y ai vu à 2180 toises de hauteur des prismes pentagones et heptagones, de trachytes gris-verdàlres extrêmement minces , et de C 244 ) 5o pieds de longueur. Ces trnchytes donnaient dos mar- ques très-sensibles de polarité, l'axe magnétique étant perpendiculaire à l'axe longitudinal des prismes. Dans les Andes comme dans l'ancien continent, chaque cône ou dôme trachytique offre des roches différentes dans leur composition, selon que l'un des élémens pré- domine sur les autres. Le mica noir est le plus commun dans les trachyles du Cotopaxi qui abondent en même temps en masses semi-vitreuses et en obsidiennes : l'am- phibole domine dans les trachyles d'Antisana ; le pyroxène dans les régions moyenne et inférieure du Chimboi azo. Les trachytes de cette dernière montagne renferment en même temps des pyrites, un peu de quarz , deux va- riétés de feldspath, le vitreux et le commun, et ce qui est très-remarquable, des grenats. J'ai recueilli ces grenats près de la bouche latérale du Yanaurcu , colline que j'ai figurée sur mon profil , et qui , d'après un mythe local très-répandu parmi les montagnards de race indienne, a été enflammée par la chute d'un aérolilhe. M. Beudant a également trouvé des grenats, non dans les trachytes , mais au milieu des brèches trachytiques de la Hongrie. Une roche dans laquelle le feldspath compacte atteint le maximum de son développement, la phonolithe, se montre au milieu des trachytes du Chimborazo : car' il y a des phonolites de trachyte, comme il y a des phono- lithes du terrain basaltique. Les derniers forment les plus grandes masses dans les deux continens, et ils sont toujoui's superposés aux basaltes. Une partie du chaînon qui est opposé au chaînon tra- chytique du Chimborazo présente une formation de gneiss-micaschiste, traversée par de riches filons d'argent rouge et d'argent sulfur^. En montant sur le volcan ( M5 ) constamment enilammé du Tungurahua, j'ai même vn apposés, sinon superposés, des tracliytes noirs et semi- vitreux à un micaschiste verdâtre à surface striée et soyeuse, renfermant des grenats. Ge micaschiste repose sur un granité stéaliteux composé de feldspath lamelleux verdâtre et à gros grains, de peu de quarz blanc, de tables hexagones de mica noir et de quelques cristaux effilés d'amphibole. C'est sur ce point seul que l'on voit des trachytes percer les roches vulgairement appelées primitives. Décroissement du caloiique. Température des différentes zones superposées. L'échelle climatérique placée à gauche du profil des Andes de Quito difïere entièrement de celle que pré- sente le tableau physique qui accompagne V Essai sur la Géograpliie des Plantes. Il se fonde sur l'ensemble des observations que j'ai faites à différentes hauteurs (i) de- puis les côtes de la Mer du Sud jusqu'à aSSo toises. J'ai indiqué les températures moyennes et les variations do température du jour et de la nuit. Ce tableau prouve, comme M. Oriani l'avait soupçonné depuis long-temps, que dans l'étal moyen de l'atmosphère, la température ne décroît pas uniformément en progression arithmétique. J'ai fait voir dans un autre endroit (dans le Mémoire sur les lignes isothermes^ , que le décroissement de la chaleur (et ce fait est bien digne d'attention^ se rallen lit entre looo (i) Température moyenne : au niveau de la mer du sud "J^",,') Ibcrm. cent.; à ^uio toises de liautrur 210,8; à 1000 toises 18"; à i5oo toiles i4°.3; à aooo toises 70 ; à 2600 toisen lo, 5. Ce dernier résultat ne se fonde que sur un petit nombre d'observations. ( ^46) et 3ooo mètres, surtout entre looo et 25oo mètres Je hauteur, là où est placée la première couche de nuages , et qu'ensuite il s'accélère de nouveau. Le Docteur Young a récemment examiné les influences de cette accélération sur les réfractions atmosphériques (i). Malheureusement toutes les observations de température que l'on peut employer dans ce genre de calcul, ont été faites sur la pente raôme dés Andes ou de l'Himalaya, et non dans des aérostats. Elles sont modifiées localement par les effets de la radiation du sol dont l'influence est difficile à apprécier. Positions astronomiques propres àjîxer les limites ex- trêmes de la section verticale. Ces limites extrêmes sont le village indien de Calpi et Tile de la Punà (2) sur les côtes de la Mer du Sud près de Guayaquil. J'ai lié Calpi par le transport du temps à la ville de Quito , dont la longitude, avant mon voyage, était indiquée, sur toutes les cartes et dans tous les tableaux de positions géographiques , trop à l'est de près d'un degré. La position de Guayaquil se fonde sur deux occultations d'étoiles et sur mon obser- vation du passage de mercure sur le disqufc du soleil, faite au Callao de Lima , en supposant la différence de la longitude entre le Callao et.Fîle Sauta-Clara (au S. S. O. du port de Guayaquil) telle qu'elle a été déterminée (i) Journ. ofthe llnyal Inst. , ■vol. XI, p. 3Go. (■1) La poîilion de cette île est d'après les cartes du Deposito hidm- ^rafico de Madrid, 82» 35' 0"; d'après mon clironomèlre [lier, d^obs. flj(/-. , tom. Il, p. 439)1 82° 3^' 4'l"> d'aprcs le capitaine Baîil-Hall {Extracts from n journal written on tlie coaats of Chili, Peni , etc. , lom. II, p. 379}, 8a* .'4' 48' ^ l'occident du indridien de Paris (maximum des diflcrfnccs 11" en temps}. ( =»47 ) clironométri({uetnenl par l'expédilion de Malaspina, par moi et récemment par le capitaine Basil Hall. Un tableau dépositions que ce navigateur a ajouté à son intéressant voyage aux côtes du Cliili et du Mexique, semblait jeter de nouveau quelques doutes sur les longitudes du Callao et de Valparaiso. Ces doutes devaient d'autant plus fixer l'attention des géographes , que M. Givry , ingénieur hydrographe de la marine royale, dans une lumineuse discussion insérée dans la Connaissance des temps pour tannée 1827, avait confirmé le résultat de mon obser- vation du passage de mercure par des nombreuses séries de distances lunaires, et qu'il avait réduit Valparaiso, Arica et les points principaux de la côte de l'Océan Pacifique , à la longitude de Callao (i) (L'auteur a cru devoir supprimer ici des développe- mens qui n'auraient eu de l'intérêt que pour un très-petit nombre de lecteurs de ce Journal.) La géographie astronomique d'une grande partie des côtes de l'Amérique du sud est aujourd'hui tellement avancée (la limite des erreurs étant au-dessous de l\ à 5' en arc) , que dans les points les plus importans elle ne peut être que faiblement perfectionnée par des détermi- nations chronométriques , ou par des distances lunaires prises avec des instrument de petites dimensions, mais qu'elle exige, pour ne pas rester stalionnaire , des obser- vations nombreuses d'occultations d'étoiles , d'éclipsés du soleil , de passages de planètes cl d'immersions ou d'é- mersions des deux premiers satellites du Jupiter. (i) L'cDScmble de ces distances lunaires orientales et occidentales prises par M. Lnrtij;ue, enseigne de vaisseau , donne au Callao ^9" 29'; mon passage de Mercure -/f 34' 3o". {Conn, des icnipi ftour 1837, p. 2.'J7.) ( 248 ) T^égétatiùn de la province de Quito. La coupe dont je donne une description succincte oilre l'esquisse de la géographie des plantes dans les Andes de Quito, depuis l'équateur jusqu'à 4° de latitude aus- trale. C'est une carte spéciale dans laquelle j'ai inscrit les noms des espèces les plus remarquables d'après la hauteur à laquelle nous les avons recueillies, M. Bon- pland et moi. Nous n'avons pu herboriser avec soin que dans les parties tempérées et froides de celle légion des Tropiques. Depuis les recherches laborieuses faites au Brésil par M. Auguste de Saint-Hilaire, nos herbiers ne renferment peut-être pas le plus grand nombre d'es- pèces équinoxiales qu'on ait rapporté en Europe ^ mais le travail immense de M. Kunth entièrement terminé aujourd'hui et formant sept volumes des iVoi^a Gênera, présente non-seulement la plus grande masse de plantes tropicales qu'on ait jamais publiées ou illustrées par l'a- nalyse des parties de la fructiGcation; cet ouvrage est aussi le seul dans lequel la Géographie des plantes ait été fixée par des mesures précises relativement à la sta- tion de quatre mille cinq cents espèces phanérogames. Dans mon traité de Distributione geographicâ planta- rum, sccundiim cœli tempeiiem sf altitudinem montium, je n'ai pu me servir que de résultats approximatifs : c'est depuis que M, Kunlh a terminé les Nova Gênera, avec cette supériorité de talent dont les grands maîtres de l'art lui ont rendu les témoignages les plus honorables, que nous avons pu concevoir le projet d'employer un si grand nombre de matériaux entièrement nouveaux , pour trouver les coeflSciens (i) numériques de chaque groupe. (i) M. de Humboltlt a de'vcloiipe le phénomène siogiilicr tle la cons- C ^49) pour diviser les pianles par flores, qui se succèdent comme par étages les unes aux ,iutres , pour les con- signer dans des cartes spéciales, et pour publier en- semble , dans le courant de cette année même , nn ou- vrage général sur la Géographie des plantes dans les deux conlinens. Ce traité sera précédé par mon Essai sur les climats , considérés dans leurs rappoits avec les inflexions des lignes isothermes. La Géographie des plantes est , pour ainsi dire , une science mixte. Placée lance des rapports numériques , dans iin mémoire insëié dans le dix- liuitième volume du Dictionnaire des Sciences Naturelles, ayant pour titre : Noui'eUes recherches sur les lois que Pon observe dans la distri- bution des formes -végétales. « Les formes des êtres organisés, dit-il, se trouvent dans une dépendance mutuelle. L'unité de la nature est telle, que les formes se sont limitées les unes les autres d'après des lois cons- tantes et immuables. Lorsqu'on connaît sur uiï point quelconque du globe, le nombre despices qu'oITro une grande famille (p. ex., celle desGlumacées, des Composées ou des Légumineuses ) , on peut évaluer avec beaucoup de probabilité, et le nombre total des plantes phané- rosames, et le nombre des espèces qui composent les autres familles végétales. C'est ainsi qu'en connaissant , sous la zone tempérée , le nombre des Cypéracées ou des Composées, on peut deviner celui des Graminées ou des Légumineuses. Ces évaluations nous font voir dans quelles tribus de végétaux les Flores dun pays sont encore incom- plètes : elles sont d'autant moins incertaines que l'on évite de confondre ilcsquoticns qui appartiennent à diflérens sjstémesde vcgélation. Letra- vad que j'ai tenté sur les plantes, sera sans doute appliqué un jour avec succès aux difTérentcs classes des animaux vertébré». Dans le» zones tempérées, par exemple, il y a près de cinq fois autant d'oiseaux que de mammifères, et ceux-ci augmentent beaucoup moins en avançant v.rs lequateur, qûc les oiseaux et les reptiles. Nous concevons com- ment , surun espace de terrain donné, les indiuidus appartenant à .liffé- rcntes tr.busde plantes ctd'aninKiux peuvent sclimilcr numdru,uemant; comment, après une lutle opiniâtre et après de longues oscillation.-- .1 «ctabl.t un état d'équilibre qui résulte des besoins de la nourriture et des l.ul,.t,.des de la vie ; mais les causes qui ont limité ks formes sont cchees «ou, ce voile impénétrable qui dérobe à nos yeux tout ce qui tient ù l'origine des choses, au p.rmi.r dévcloj.pement delà ^i,. or- '^^""l"'^^- • {Note des Itcdaclcurs.) C 25o ) sur la liinile de la botanique descriptive et de la clima- tologie, elle emprunte des secours à chacune de ces deux branches des sciences physiques. Les bornes de ce Mémoire ne me permettent pas d'en- trer dans le détail des considérations que fait naître le tableau de la végétation sur la pente occidentale des Cor- dillères de Quito. Il suffit de rappeler ici que les neiges éternelles y commencent à la hauteur du Mont-Blanc , c'est-à-dire à 24^0 toises, tandis que sur la pente bo- réale de l'Himalaya, sous le 3o" à 3i° de latitude, elles se trouvent 1^0 toises plus haut. Cette circonstance rend habitable, à un grand nombre de peuples de races tar- tare et mongole , de vastes pays qui , sans l'heureux ef- fet du rayonnement de la chaleur dans les plateaux d'A- sie , seraient ensevelis , même pendant l'été , sous une couche épaisse de glaces et de neiges. M. Colbrooke a reçu très-récemment de l'Inde, de nouvelles mesures géodésiques qui confirment ce que j'ai exposé ailleurs, sur la diOérence de hauteur à laquelle se soutiennent les neiges sur les pentes méridionales et septentrionales de l'Himalaya. Quoique dans le plateau des Cordillères de Quito on trouve la même température annuelle que dans les hautes latitudes , il ne faut pas trop généraliser ces analogies entre les climats tempérés des. montagnes équatorinles, et ceux des basses régions de la zone circompolaire. Ces analogies sont modifiées par l'influence de la distribu- tion partielle de la chaleur dans les différentes parties de l'année. Considérées en masse , les formes des plantes alpines du Chimborazo et de l'Antisana ont une physionomie que l'on pourrait appeler européenne. Je ne citerai que les genres Plantagu , Géranium , Aic- naria , Banuiiculus et les Saxifrages. Les Malvacécs, les ] ( 25i ) Rubiaréos et les Labiées diminuent, tandis que les Com- posées , les Onibellifères et les Crucifères augmentent. Dans les Andes de la Nouvelle-Grenade et de Quito, le peuple reconnaît la proximité de la région des neiges éternelles , par des touffes éparses de deux plantes à feuilles cotonneuses de la famille des Composées. C'est le Fraylejon appartenant aux deux genres Culcitium et jFi^pe/e/îfl. Très-près des neiges végètent \es Stereocaulon botrjoides, Brfum argenleum, Polyliichum jumperinum, Eudema rupestris, Gentîana rupestris , Culcitium nit^ale, CuJcilium jufescens , L/sipomia reniformis , Ranuncvlus Ousmajini , Géranium acaule, Sida piohinchensis , Eu- dema nuhigena , Cenomyce vermicularis , Stellaria ser- pyllifolia , Festuca das/anlha, Deyeuxia rigida,et.c. Parmi les piaules que nous avons recueillies dans la ré- gion froide du volcan d'Anlisana , M. Kuntli a reconnu le Montia fonlana que l'on trouve dans toute l'Europe tempérée. C'est la réunion des pbénomènes physiques et des productions végétales qu'offre le dessin que j'ai l'hon- neur de soumettre à 1 Académie. L'enchaînement des causes et des effets est tel , qu'aucun phénomène ne peut être considéré isolément. L'équilibre général qui règne au milieu des perturbations et d'un trouble apparent , est le résultat d'une infinité de forces mécaniques et d'attractions chimiques qui se balancent les unes les au- tres (i), et s'il est utile d'envisager séparément chaque série des faits pour y reconnaître une loi particulière , l'étude de la nature, qui est le grand problème de la Physicpie générale, ne peut se perfectionner (|ue par la (i) Humholdt .1 DnnpIaDil , Auai sur la Géo^rapliie des Plantes ct/uinoiiales , ifoj, j>ag. i{ ?• / ( 252 ) réunion do toutes les connaissances qui ont rapport aux modifications de la matière. La coupe de la partie occidentale des Andes de Quito qui accompagne ce Mémoire, ne pouvant être réduite aux petites dimensions de notre Atlas , nous nous sommes bornés à ajouter au travail de M. de Humboldt, la section verticale qui représente le rapport des crêtes et des som- mets dans les Pyrénées , les Alpes , les Andes et l'Hima- laya. Voici les données numériques sur lesquelles se fonde le dessin de M. de Humboldt. PYRENEES. Passages. Toises. Port de Rat Il6q Col de la Couillade. 1016 Port de la Vieillat. . . J286 Port de la Picade." . 1243 Port de Benasque. . 1255 Port de la Glère. . 1192 Port de Plan. . . ii5i Port de Vieil . . . i3i4 Port de Pinède. . . 1280 Col de Pi mené. . . 1291 Port de Gavarnie. • 1190 Port de Campbiel. . . ]333 Col de ïourinalet. . . 1126 Hauteur moyenne des passages 1217 ANDES. Passâmes. Toises. Quindiu. 179^ Giianacas 25oo Guamani 171 3 Micuipampa 1817 Monlnn 1780 De Men.loza à Valpa- raiso 1987 ALPES. Passages. Col de Seigne. Col de Terret. Point culminant {m). . 1787 Crête («). . .' . . . i25o n : m : : 1 : 1,4. Mont-Cenis. Petit Saint -Bernird Grand Saint-Bernard Simplon. Saint-Gothard. Col de la Fourche. G'imsel. Julier-pass. Toises . 1260 1191 1060 112.'! 1246 1129 106.5 1 J^W i3i4 ii58 Hauteur moyenne des Passages 1178 Point culminant (m). . 2462 Crête (n) 1200 n : m. : : 1 : 2. HIMALAYA. Passages. Toises. Bamsaru 24i6 Nitce Gbaut 2629 Rol-Ghati 234.') Gunass 24i5 Baspa 256o Hauteur moyenne des Passages 2452 ( 253 ) Hauteur moyenne ( sans Point culminant. . . . 4390? Guanacas) 1819 Crête 2432 Point culminant (m;. 355o Crête (n) i85o n : m : : 1 : 1,8. CHAINE DE VENEZUELA. Totes. Maximum -. Silla de Ca- racas i55o Crête 760 n : m : : 1 : 1,8. CAUCASE. n : m = 1 : i,8. ALLEGHANIS. Toises . Maximum : M'.Washington. io4o Crête 56o n : m : : 1 : 1,8. Pyrénées 1 : i,5 Maximum : Elburz. . . 278S Alpes. Crête i33o n : m : :/l : 2. Andes. . . Venezuela. AUèglianis. Caucase. Himalaya. : 2 : 1,8 : 1,8 :i,8 : 2 :l,8 PYRENEES. Sommets. . 1,0 A peu près. 1 ALPES. ANDES. HIMALAYA. 1.4 11/2 1,8 a 2,4 2 1/2 Lettre adressée à M. Boue sur la constitution géologique des environs de Boston^ Par m. le docteur W. Webster. La ville de Boston est située sur une presqu'île com- posée de gravier , d'argile et de sable ; les agglomérats anciens de Roxburgh s'éteudeiit de 4 à 5 milles de tous les côtés; ces roches sont stratifiées, elles sont compo- sées de fragmens de Quarz , de Feldspath compacte , lie Syénite , etc. , et ont une pâte formée des mêmes débiis. Les fragmens ont quelquefois deux pieds de dia- mètre, et ils sont si fortement cimentés qu'ils ne tom- Vicnt pas lorscju'on casse la roche. Ces roches sont Ira- ( ^■'54 ) versées d'une foule de fentes d'une ligne à un pied de largeur, et les murs de ces fentes sont toul-à-fait unis. Elles ressemblent aux poudingûcs compaeles ou à pâte graniloïde du lac Ness eu Ecosse , et paj-aissent appar- tenir aux derniers terrains de transition. La surface de leurs masses laisse apercevoir des traces d'une grande débâcle , car elle est couverte de blocs et sillonnée dans une certaine direction vers l'Océan. Ces roches, si gros- sières à Roxburgh, deviennent plus fines vers Brigliton où. elles passent au Schiste argileux ou à une Grauwacke. Plus loin à Brighlon cette dernière passe à l'amygdaloïde, qui accompagne la roche prédominante. Il y a là de petits filons d'Epidote , de Quarz et de Chaux carbonatée , et le Quartz est coloré par la Chlorile et contient du Cuivre sulfuré (i). A Roxburgh , l'agglomérat est traversé par quatre à cinq filons de Grunstein divisé en prismes ir- réguliers horizontaux. Les Syénites y abondent , et ces concrétions prismatiques se décomposent à la manière des Basaltes et des Gruensteins intermédiaires. Le Schiste argileux domine autour de Cliarlestown , où on l'exploite pour les toitures, et où il est traversé (i) D'après les échantillons , les agglomérats interme'diaires de Brighton ont des rapports avec les poutlingues de Pisse-Vaclie et de Valorsinej les roches les plus grossières ont une pâledeScliisteargileos, talqueus, verdâtre, et renferment de gros fragmens de roches granitnïdes et porphyriques, tandis que les Granwackcs ou les grès de cette même localité sont les mêmes roches à plus petits grains , ou le plus souvent c'est une pâte de Schiste argileux brun noirâtre qui enveloppe surtout des grains de Quarz ; ou bien encore, comme à Mdion , des fragmens de Schistes argileux. 'l'outes ces roches se revoient dans le terrain schisteux et porphyrique de transition' du Cumberland, où l'on retrouve aussi ces amygdaloïdes épidotiques. Nous élevons des doutes sur un [•assage réel de ces dernières roches aux agglomérats. (. 255 ) de petits filous spatliiques ; la Syénite y forme des couches qui présentent quelquefois des veines de Préhnite et de Feldspath. Le Schiste argileux contenu sous Boston ressort à Quincy. Les roches des environs de Malden sont feldspathiques et porphyriques ; ces beaux porphyres Lrun-violàtres , vioicàtres ou rougeâtres, y sont accompagnés du grandes masses de brèches porphyriques ; à Dorchester l'on peut observer une espèce de passage ou d'union entre les ag- glomérats et les Fcldspaths compactes, gris, rougos ou verdàtres et à dentrites de Manganèse (i); ces dernières roches s'étendent de-là aux montagnes appelées les mon- tagnes bleues et qui sont à douze milles de Boston. Le porphyre les constitue aussi et y présente , vraiment , des indices d'une origine ignée. La Syénite forme une masse qui ressort dans beaucoup d'endroits autour de Boston, sur une étendue de vingt à trente milles. On l'exploite cl on l'emploie comme pierre à paver et à bâtir. Cette roche existe par des amygdaloïdes de Quincy , il y a des roches amphiboliqucs près de Hingham et peut- être des roches pyroxéniques dans l'île de Nuham. M. Webster a joint à cette lettre un envoi de beaux (i) Le passage rëel des porphyres aux brèches ou agglomérats por- phyriques se retrouve partout en Allemagne aussi bien quVn Ecosse, et en Korwége aussi bien que dans le Tyrol méridional. Les por- phyres lors de 'leur élévation ont dft soulever avec eux une masse considéiable de débris des roches traversées; ces fragment ont été em- plîtes par la masse extérieure des porphyres, voilà toute réui^mc 's ou des liions porphy- riques ; l'on distingue assez farilement ces brèches dis po.udingucs et de» grès de transition ou du terrain secondaire, parce (|ue ces premières roches n'emp.ltent que des fragtnens angulaires et ne renferment ja- mais des cailloux roulés. ( 356 ) morceaux géologiques 5 entre ecux des localités que nous venons de citer, nous signalerons encore : 1°. Des échantillons grauitoïdes à Tourmaline , Béril , Cymopliane, Grenat, Pinite, Columbium et Talc de Had- ham. Cette roche, formée comme celle de Bodenmais en Bayreuth ou de Portsoy en Ecosse, est en filous de six pieds d'épaisseur au milieu du micaschiste ; 2<'. Des échantillons des Grauwackes schisteuses à Pro- ductus et du calcaire à encrines de Carsiille. Ces roches sont exactement celles de l'Eiffel et du calcaire métal- lifère d'Angleterre ; 3*. Des échantillons du calcaire à encrines anglais des bords du lac Huron et de Charlotte-Head sur le lac Champlain. Ces calcaires sont gris - noirâtres ou noirs , présentent des Madrépores branchus , des Productus , des Trilobiles, etc., et sont minéralogiquement les mêmes ro- ches que celles du calcaire à encrines d'Angleterre. Il paraît que cette formation intermédiaire récente est très- répandue dans le nord des Etats-Unis, et près de plu- sieurs des grands lacs américains (i). Néanmoins quelques géologues paraissent enclins à y annexer, à tort, quelques parties des calcaires jurassiques du grand bassin du Mississipi. (i) F'oyez à ce sujet les excellensMe'moires de Bigsby dans le journal Silliman. — 1824. I (.57) Mémoire sur le mode (faction des nerfs pneumo-gcis-' triques dans la production des phénomènes de la Digestion ,• Par mm. Breschet et H. Milne Edwards. (La à la société Philomatique dans la séance du 19 février 189.5. ) Dans un Mémoire que nous avons présenté à la so^ ciéte , il y a environ un an , nous avons cherclié à dé- terminer quelles pouvaient être les causes des différences d'opinion relativement à l'influence du système nerveux sur la production des phénomènes de la digestion. Cette question nous parait être maintenant décidée; car d'a- près les résultats que nous avons obtenus , il devient facile d'expliquer comment des physiologistes , dont les talens pour l'observation sont trop bien connus , pour qu'on puisse les soupçonner de s'être trompés sur les faits qu'ils avaient constatés , ont cependant déduit de leurs expériences, des conclusions diamétralement op- posées. En effet , M. de Blainville , à qui nous devons les premières recherches sur ce sujet, pense que la section des nerfs de la huitième paire anéantit les forces di- gesiives ; MM. Legallois , Dupuy, Wilson Philip, Mac- donald , Clarkc, Abel , Hastings , etc. , adoptent tons cette opinion , d'après des expériences dans lesquelles chacun de ces physiologistes avait vu la section de ces nerfs être suivie de la cessation des phénomènes de la digestion. La proposition contraire semblait être tout aussi bien établie, car M. Magcndic, ainsi que plusieurs autres ToMR IV. 17 ,( ^58 ) expérimentateurs, ont vu les animaux sur lesquels on avait pratiqué celte opération , digérer complètement les aîimens qu'on leur avait fait manger immédiatement avant de couper les pneumo-gastriques de l'un et de l'au- tre côté du cou. Tel était à peu près l'état de la question, lorsque nous fîmes, conjointement avec le docteur Vavasseur , une série d'expériences, qui parait fournir une .explication satisfaisante de ces différences. En effet nous avons cons- taté que la section des nerfs de la huitième paire avec perte de substance, de même que la deslruclion d'une certaine portion delamoelle épinière, lenarcotisme, etc., ralentissent considérablement le travail digestif, mais ne l'arrêtent pas complètement. Ainsi lorsqu'on fait l ex- périence sans avoir, pour servir de terme de comparai- son, «n autre animal de la même espèce, qu'on fait manger en même temps, et qu'on place autant que pos- sible dans des conditions semblables, mais sans lu. cou- per les pneumo-gastriques, il est bien difficile d'appré- cier d'une manière exacte l'influence de cette section sur la digestion ; et suivant qu'on tue l'animal sur lequel on l'a pratiquée plus ou moins long-temps après l'opération on trouve les alimens contenus dans son estomac, ou dans leur état naturel , ou ayant déjà subi les modifi- cations qui caractérisent la cbymification. Par exemple, si après avoir fait manger de la viande à un clnen, on lui fait la section avec perte de substance des deux nerfs pneumo-gastriques , et que six heures après cette ope- ration on le tue, on trouve les alimens dans son estomac à peu près tels qu'ils étaient avant d'y être ingères. Il ne faut pas cependant conclure de-là , que la section de ces cordons nerveux arrête tout travail digestif, car si i ( ^59 ) ■ on a eu la précaution de faire l'espériencé compuralive dont nous venons de parler , on trouve que dans l'ani- mal sain, la viande, quoique plus altérée que dans le cas précédent, est loin d'être digérée. Si on répèle ces deux expériences, mais seulement en laissant vivre les animaux quelques heures de plus, on trouve des diffé- rences bien plus grandes ; car il est probable que dans l'animal sain l'estomac sera vide et la digestion com- plètement terminée, tandis que dans celui dont on a coupé les nerfs de la huitième paire, le bol alimentaire «era altéré à la vérité; mais c'est principalement à sa surface et vers le pilore qu'il sera converti en une subs- tance pulpeuse et homogène : les morceaux qui se trou- vent au centre de la masse conserveront encore leur aspect fibreux et leur couleur naturelle. EnOn , si on laisse écouler un espace de temps plus grand encore en- tre l'opération et la mort des animaux, on pourra trouver cpie la digestion est complètement achevée dans l'un comme dans l'autre cas. Cette dernière expérience prouve certainement que la section des nerfs pneumo-gastriques avec perte de substance, n'arrête pas complètement la chymifîcation , ainsi que le pense M. Wilson Philip , etc. ; mais d'un autre côté, il ne faut pas en conclure que ces nerfs n'exercent pas une influence très-marquée sur la pro- duction des phénomène; de la digestion. Il est au con- traire évident que celte opération de môme que toute autre cause susceptible de diminuer la somme de l'in- fluence nerveuse transmise à l'estomac, ralentit le tra- vail dont c(^l organe est le siège. Mais les di/ïérences sur lesquelles celte proposition est fondée, ne pouvaient êirc r;onsiatécs qu'au moyen des expériences compara- •7'^ ( 26o ) tives dont nous venons de parler, et que nous avons faites en grand nombre sur des chiens , des lapins, des codions d'Inde , des chevaux , etc. En examinant au contraire la question d'tine manière absolue, comme on l'avait fait jusqu'ici , il était presque impossible de les apprécier. On avait cherché à déterminer si la section de ces nerfs dé- truisait la faculté digestive ou ne la détruisait pas. D'après nos expériences nous sommes arrivés à un ré- sultat qui tient le milieu entre ceux déjà obtenus, car, ainsi que nous l'avons dit, ce travail est considérable- ment ralenti , lors de cette opération, sans être complète- ment arrêté. Ce fait une fois bien établi, il devenait nécessaire d'examiner la nature de l'influence qu'exercent les nerfs de la huitième paire sur la digestion ; dans cette vue nous avons cherché d'abord jusqu'à quel point un cou- rant électrique peut contrebalancer les effets résultans de leur section avec perte de substance. M. Wilson Phi- lip , qui le premier fit ce genre d'expérience , avança que par ce moyen on peut rétablir le travail digestif. Mais comme ce physiologiste pensait que la section de ces nerfs arrêtait complètement les phénomènes qu'elle ne fait réellement que ralentir, nous avons cru devoir revenir sur ces expériences, ayant soin d'avoir toujours , pour servir de terme de comparaison , des animaux dont on avait seulement coupé les nerfs pneumo-gastriques , et d'autres sur lesquels nous n'avions pas pratiqué cette opération, mais qui du reste étaient placés les uns et les autres dans les mêmes circonstances : nous espérions par ce moyen pouvoir mieux apprécier jusqu'à quel point un courant électrique transmis à l'estomac par l'extré- mité inférieure du nerf coupé, pouvait suppléer à l'in- ( 26l 1 fluence nerveuse : question qui se rattache à des consi- dérations d'une trop haute importance en physiologie pour ne pas mériter toute notre attention. La série d'expériences que nous avons faites à cette occasion confirme encore ce que nous avions déjà ob- servé , savoir : que la section des nerfs de la huitième paire avec perte de substance , diminue considérable- ment l'action digeslive de l'estomac. Elle nous a égale- ment démontré qu'au moyen de l'influence électrique on peut rétablir l'activité de cette action, et convertir en chyme les alimens contenus dans l'estomac , avec presqu'autant de rapidité que dans l'état naturel. Enfin nous avons reconnu aussi que la position des pôles de la pile n'influe pas sur le résultat obtenu. Ces expériences , ainsi que celles faites par plusieurs savans sur la contraction musculaire, semblaient mon- trer une analogie des plus grandes entre les effets pro- duits par l'influence nerveuse et ceux qu'on obtient à l'aide d'une pile galvanique. Et comme on est toujours porté à attribuer la production de phénomènes sembla- bles à la même cause , ces expériences paraissent devoir rendre encore plus probable qu'elle ne l'était déjà , l'o- pinion que l'influence nerveuse est de la nature de l'é- lectricité. Dans l'intention de voir jusqu'à quel point il était pos- sible de pousser cette analogie, et tant que cela était du ressort de notre sujet principal , nous avons essayé si après la section avec perte de substance des nerfs pneu- mo-gastriqucs , ce qui diminue beaucoup l'activité des forces digestives, on pouvait rétablir dans son état nor- mal ce travail ainsi ralenti, en établissant la communi- alion entre les extrémités supérieures et inférieures. ( ■iG'i ) des nerfs coupés, à l'aide des corps, bous couducleurs de réleclricité. Après plusieurs essais rendus infructueux par la difficulté de fixer convenablement les conducteurs • cliez des animaux de la taille des chiens ordinaires, nous sommes parvenus à surmonter ces obstacles dans Tex- pcrience suivante, pour laquelle nous avions eu le soin de cboisir des chiens de la plus grande taille. Ayant fait jeûner trois de ces animaux pendant vingt- quatre heures , afin que leur estomac ne put plus con- tenir des restes de la digestion précédente, nous avons fait manger à chacun une quantité à peu près égale de tripes cuites, coupées en gros morceaux. Sur l'un de ces chiens nous avons fait seulement la section avec perte de substance des deux nerfs de la huitième paire à la ré- gion du cou. Sur le second nous avons pratiqué la même opération, et ensuite nous avons introduit les deux eX" trémités de chaque nerf dans des cylindres faits avec du fil de cuivre tourné en spirale. Pour empêcher le déplacement de cet appareil , et des extrémités des nerfs, nous avons fixé ces derniers aux conducteurs métalliques en les traversant de part en part à plusieurs reprises avec un fil du même métal, mais phis mince, et ensuite nous avons réuni les bords de la plaie à l'aide de quelques points de suture. Enfin le troisième chien fut laissé in- tact pour servir de terme de comparaison. Douze heures après l'opération on tua ces animaux. Celui sur lequel on avait pratiqué la section avec perte de substance des deux pnoumo-gastriques, sans avoir ensuite rétabli la continuité au moyen de conduc- teurs métalliques, avait dans l'estomac une masse con- sidérable d'alimens , présentant presque le même aspect qu'avant d'avoir été manges, et dont la surface seule- ( 263 ) ment était couverte d'une couche mince de substance pulpeuse et grisâtre. Les morceaux de tripes qui se trou- vaient au centre de la masse , quoique ramollis , étaient assez secs et avaient encore leur couleur et leur forme naturelles. Les parois de l'estomac étaient lisses et sans plis. Enfin les vaisseaux chylifères étaient vides. Dans le chien qu'on avait laissé intact , et qui servait de terme de comparaison , l'estomac contenait une pe- tite quantité d'alimens Irès-ramassés , et xinc grande quantité de chyme mêlé à de la bile. Les parois de ce viscère étaient ridées et contractées. Les vaisseaux lactés étaient gorgés de chyle. L'animal sur lequel nous avions rétabli la continuité entre les deux extrémités des nerfs coupés à l'aide de fils bons conducteurs de l'électricité , avait dans l'estomac un peu de tripes ramollies et très-altérées , et beaucoup d'alimens réduits en une substance pulpeuse et homo- gène. Les parois de ce viscère étaient également ridées, et couvertes d'une couche épaisse de chyme. Enfin les vaisseaux lymphatiques du mésentèi'e étaient remplis de chyle. Nous voyons donc que dans cette expérience la diges- tion n'avait fait que peu de progrès dans le chien dont on avait coupé les nerfs pneumo-gastriques , avec perte de substance , sans établir entre les deux extrémités une continuité artificielle 5 tandis que dans celui auquel on avait adapté des conducteurs métalliques, qui se por- taient des extrémités supérieures de ces nerfs à leurs bouts inférieurs, la digestion était presque complète , et paraissait être tout aussi avancée que celle du chien qu'on n'avait point opéré , et qui , par conséquent , était «ians l'état naturel. ( ^(34 ) Pour nous assuier que ce phénomèue curieux n'était point l'effet du hasard , nous avons répété ces expérien- ces un grand nombre de fois , et nous en avons rendu témoins plusieurs personnes accoutumées à ce genre de recherches. MM. Prévost de Genève , Ségalas , Bo- gros , etc., assistèrent à une de ces séries d'expériences , et confirmèrent, par leur assentiment, le jugement que nous avions déjà porté. 11 est dont évident qu'en réunissant, par l'intermé- diaire d'un corps métallique , les deux extrémités cou- pées des nerfs de la huitième paire , on peut activer le travail de la digestion au point de rendre la chymifica- tion presqu'aussi rapide que dans l'état naturel , tandis que sans cela il aurait été considérablement ralenti par suite de la section : effet semblable à celui qu'on obtient en faisant passer à travers l'extrémité inférieure de ces nerfs un courant électrique. Pour expliquer ce phénomène , il fallait supposer que l'influence nerveuse peut être transmise par des conduc- teurs métalliques, de même qu'un courant électrique -, ou que ces mêmes conducteurs , placés en contact avec les parties de l'animal, agissaient en développant de l'électri- cité j ou enfin, que l'irritation occasionée par la présence de ces fils métalliques , dans le bout inférieur du nerf, est la cause de ce phénomène , de même qu'un stimulant chimique ou mécanique, agissant sur un nerf qui se rend aux muscles de la locomotion , détermine la con- traction de ces derniers. C'était ce qu'il fallait décider par la voie expérimentale. Pour y parvenir, nous avons comparé dans une nou- velle série d'expériences les effets qu'on obtient, i" par la section avec perle de substance des nerfs pneumo- ( 265 ) gastriques ; 2° par le rétablissement de la continuité après cette opération , au moyen de corps bons conduc- teurs de l'électricité ^ et 3* par le même procédé , en employant seulement comme corps intermédiaire uu des plus mauvais conducteurs de l'électricité , tels que de la baleine ou du verre. Dans toutes ces expériences , nous avons constamment observé des différences très- marquées entre les progrès de la digestion , chez les animaux dont les pneumo -gastriques avaient été seule- ment coupés avec perte de substance, et ceux chez les- quels on avait réuni les extrémités des nerfs coupés à l'aide d'une substance intermédiaire. Mais il n'y avait aucune différence sensible , lorsqu'on employait à cet usage des fils de platine ou de cuivre , des lames d'étain , ou bien des tiges de verre fixées avec des fils de soie. Il paraissait donc probable que les phénomènes que nous avons signalés plus haut , ne dépendaient point de la transmission de l'influence nerveuse à travers ces corps, comparativement bons et mauvais conducteurs de l'é- lectricité. Mais afin de ne laisser aucun doute à cet égard, nous avons répété encore une fois ces expérien- ces , en les modifiant de la manière suivante : après avoir placé les conducteurs métalliques , et y avoir fixé les extrémités des nerfs coupés , nous avons pratiqué de chaque côté une seconde section entre l'extrémité supé- rieure du nerf et le cerveau , de manière à intercepter toute communication entre ce centre nerveux et la pe- tite portion du nerf fixée à l'extrémité supérieure du < onductcur. Si dans ce cas la digestion était ralentie , comme lors de la simple section avec perte de substance de ces nerfs, il en résulterait que le rétablissement de ce travail dans toute son activité , ainsi que nous l'avons vu ( 266 ) dans les expérieuces précédentes, dépendrait de la trans- mission de l'influence nerveuse à travers ces corps étran- gers , tandis que si cette seconde section n'apportait aucune différence dans le résultat de l'expérience , cette explication deviendrait aussitôt inadmissible. C'est en effet ce que nous avons constaté à plusieurs reprises. Ainsi , il ne nous reste qu'à savoir si les phé- nomènes que nous avons observés, et qui ressemblent exactement à ceux qu'on obtient en employant la pile galvanique , dépendent de l'électricité développée par le contact des conducteurs sur le nerf, ou bien de l'excita- tion mécanique de ce dernier. Pour résoudre cette ques-' tion , il importait de comparer les effets obtenus par l'é- lectricité et l'application des fils métalliques, avec ceux qu'ofi obtiendrait en irritant mécaniquement l'extrémité inférieure du nerf coupé. Pour remplir cette dernière condition , nous avons attaché quelques brins de/fil au- tour des nerfs au-dessous de la section , et nous les avons fixés par ce moyen aux muscles voisins , de manière à les tirailler un peu , surtout lorsque l'animal faisait quel- que mouvement. Ayant tué les animaux sur lesquels nous avions fait ces expériences comparatives , un certain nombre d'heu- res après l'opération , nous avons trouvé que dans celui dont nous avions simplement coupé les pneumo-j;astri- ques avec perte de substance, les alimens n'étaient ré- duits en pulpe qu'à la surface, les parois de l'estomac étaient flasques et lisses, et les vaisseaux chylifères étaient vides. Dans l'autre, chez lequel les extrémités inférieures des nerfs coupés étaient fixées aux muscles voisins , de manière à les tirailler continuellement, sans cependant changer leurs rapports naturels , la digestion était au ( ^G7 ) contraire aussi avancée que lorsqu'on emploie la pile gal- vanique. En effet, la masse alimentaire était en grande partie réduite en pulpe, et les vaisseaux lactés étaient remplis de chyle 5 enfin, les parois de l'eslomac étaient contractées et froncées. Cette expérience , qui nous parait concluante , a été répétée plusieurs fois avec le même succès. Toujours l'irritation mécanique du bout inférieur du nerf déter- minait, mais d'une manière moins prononcée , les effets que nous avions déjà obtenus à l'aide de l'électricité. Tels sont les faits que nous nous proposions de com- muniquer aujourd'hui à la société, mais avant de ter- miner ce mémoire, nous nous arrêterons un instant sur les conséquences qu'on peut en tirer. JNous voyons que la section des nerfs pneumo-gastri- ques avec perte de substance, ralentit le travail digestif sans l'arrètev complètement ; et qu'après cette section on peut rétablir l'activité normale de l'estomac et rendre les altérations que subissent les alimens aussi rapides que dans l'étal naturel , à l'aide d'un courant électrique. Mais nous voyons aussi que cela ne dépend pas de Finfluence chimi- que de cet agent sur les alimens 5 car les phénomènes qu'il détermine peuvent également être produits par un stimulant purement mécanique, et les résultats que l'on obtient par l'un et Vautre de ces moyens sont ideuliqucs. Il en est de même ici que pour la contraction des mus- cles qui peut être déterminée par l'application de sti- mulans chimiques ou mécaniques sur les nerfs qui se rendent à ces parties, ainsi que par le contact de corps qui produisent un courant électrique. Aussi pouvons - nous conclure que toujours ces divers stimulans agis-, sent de In même manière. ( 268 ) Quant à la nature de l'influence qu'exercent les nerfs pneumo-gastriques sur les phénomènes de la digestion , il me parait bien probable que leur action détermine la contraction des fibres musculaires de l'estomac, etc., et que les mouvemens ainsi produits activent la chymifica- tion en renouvelant la surface du bol alimentaire qui se trouve en contact avec les parois de l'estomac. Lorsqu'on fait la section de ces nerfs on paralyse la couche mus- *. culaire de ce viscère , et par suite du défaut de mouve- mens qui en résulte , les alimens conservent toujours les mêmes rapports , et ne peuvent être transformés en chyme que successivement de la surface de la masse vers son centre. Lorsqu'après cette section on irrite le bout inférieur du nerf soit à l'aide de l'électricité , soit à l'aide d'un sti- mulant mécanique, on détermine la contraction des fibres musculaires de l'estomac, de même qu'on détermine celle des muscles de la locomotion en agissant de la même manière sur les nerfs de ces organes. C'est à ce phéno- mène que l'on doit attribuer l'accélération du travail di- gestif qui résulte de l'emploi de ces divers moyens. Dans ces cas, ainsi que nous l'avons observé plus haut, on trouve , après la mort des animaux , les parois de l'esto- mac contractées et rugueuses, de même que chez les ani- maux sains, tandis que dans ceux à qui on a seulement ooupé les nerfs de la huitième paire , ces mêmes parois sont flasques , lisses et sans plis. Une expérience que nous avons faite sur des chevaux et qui est consignée dans notre premier Mémoire , vient encore à l'appui de cette opinion. Ayant fait manger de l'avoine à trois chevaux , nous fîmes sur l'un d'eux la section des nerfs de la huitième paire ; sur un autre ( 269 ) nous pratiquâmes la même opération , et ensuite nous fîmes passer, par l'extrémité inférieure du nerf coupé , un courant électrique continu pendant toute la durée de l'expérience ; le troisième cheval fut laissé intact. Huit heures après l'opération on tua ces trois animaux. Celui a qui on avait seulement fait la section des pneumo-gas- triques avait l'estomac distendu par des alimens très-peu altérés, et on n'en trouvait point dans les intestins grêles ni dans le cœcum. Dans les deux autres, au contraire, il n'y avait presque plus d'avoine dans l'estomac; mais on en trouva dans le cœcum une grande quantité mêlée avec des débris de la même substance. Si l'on attribuait l'accélération de la digestion pro- duite par le passage d'un courant électrique à travers le bout inférieur du nerf à l'action chimique de cet agent sur les alimens , il serait assez difficile d'expliquer comment la position des pôles delà pile n'influerait pas sur le résultat de l'expérience, fait que nous avons cons- taté , et dont il a été fait mention plus haut. En effet, si la séparation des principes qui constituent le chyme dépendait alors de l'action électrique, comment se fe- jait-il que les mêmes phénomènes se produisent lors- qu'on place soit le pôle négatif, soit le pôle positif, en communication avec le nerf, et re pôle opposé en com- munication avec les intestins ou d'autres parties voisines. En attribuant au contraire les effets dont nous venons de parler à l'excitation de la contraction des fibres mus- culaires de l'estomac, cette difficulté n'existe plus. Cette manière d'envisager la question nous explique aussi la cause des vomissemens qui surviennent si fré- quemment après la section des nerfs de la huitième paire , «ans qu'il soit nécessaire, pour le faire, d'avoir recours ( ^70 ) aux sympathies dont on parle tant en médecine, et qu'on connaît si peu. En effet les fibres musculaires de l'œso- pliage , de même que celles de l'estomac , reçoivent des filets de ces nerfs 5 anssi doivent-elles être également paralysées par suite de l'opération. Or, il est évident qu'a- lors les alimens ne trouvant pas d'obstacle à leur sortie par l'ouverture cardiaque, doivent être rejetés au-deliors, pour peu que l'animal contracte avec force les muscles de l'abdomeu : ce qui, d'après les expériences de M. Ma- gendie sur le vomissement, suffit même dans l'état ordi- naire pour vaincre la résistance que l'œsophage oppose à la sortie des matières contenues dans l'estomac. Cette compression peut donc à plus forte raison suffire pour dé:r terminer le vomissement lorsque cet obstacle n'existe plus. Les expériences dans lesquelles nous avons fait passer nn courant électrique à travers l'extrémité infé- rieure du nerf coupé , confirment ce que nous venons de dire , car alors nous n'avons jamais observé de vomisse- mens. Du reste la paralysie de l'oesophage, à la suite de celte opération, avait déjà été constatée par M. Dupuy. Nous croyons donc pouvoir conclure : 1°. Que la section des nerfs de la huitième paire re- tarde considérablement la transformation des alimens en chyme sans l'arrêter. 3°. Que ce ralentissement dans le travail digestif dé- pend principalement de la paralysie des fibres muscu- laires de l'estomac. 3°. Que les vomissemens qui surviennent souvent après celte section , dépendent de la paralysie des fibres mus- culaires de l'œsophage. 4°. Que le rétablissement de l'activité de la chymifi- cation après celte section , à l'aide d'un courant électri- ( 271 ) que, ne dépend pas de raction chimique de cet agent, mais bien de ce qu'il détermine les mouvemens néces- saires pour renouveler la surface du bol alimentaire , et mettre tour à tour toutes les parties qui le composent en contact avec les parois de l'estomac. 5°. Qu'à l'aide de Tirritation mécanique du bout in- férieur du nerf, on obtient des résultats analogues. Nous sommes donc portés à croire qu'une des fonc- tions principales des nerfs pneumo-gastriques, considérés seulement comme faisant partie de l'appareil digestif, est de présider aux mouvemens de l'estomac , mouvemens qui accélèrent la digestion en facilitant le contact du suc gastrique avec les diverses parties du bol alimen- taire. Sur la formation de V Embryon dans les Graminées ; Par m. Raspail. (Lu à rAcade'mie royale des Scieqces , séance du 2 novembre 1824.) En m'occupant spécialement de l'étude des Grami- nées , je n'avais ni le projet de faire un travail sur la germination, ni par conséquent l'ambition de parvenir à une découverte quelconque , sur un sujet tant Je fois exploité. Je m'étais imposé la tâche de ne rien préjuger, mais de prendre note de tout; de ne me tracer aucune route , mais de m'orienter à chaque instant , et de reve- nir sur mes pas autant de fois que l'exigerait le besoin de vérifier un fait , ou de constater un nouveau rapport. Ne connaissant les savans qui ont illustré cette partie de la science que par leurs ouvrages , c'est-à-dire que par leurs bienfaits, je me trouvais ainsi à l'abri du dan- ( ^7^ ) ger de me créer d'avance , soit un adversaire à com- battre , soit une doctrine à professer ; de sorte que je suis d'autant plus en droit de réclamer l'indulgence et la bonne foi de la critique , que les erreurs que l'on pourrait trouver dans ce travail , ne sauraient être au- cunement attribuées ni aux illusions de l'esprit de sys- tème , ni aux écarts de l'une ou l'autre passion. J'aurais pu grossir ce Mémoire eu multipliant les ci- talions des ailleurs , et en décrivant les faits avec des dé- tails qui étaient inutiles à mon sujet :, je suis persuadé que mes lecteurs me sauront gré de la concision avec laquelle j'ai procédé à l'exposition des faits, et qu'ils ne pèseront que l'importance des preuves. § I. Paillette supérieure de la fleur des Graminées. (PI. i3, fig. I. a. ) On ne s'étonnera pas, je pense, de me voir com- mencer par une bractée , lorsque je dois parler de l'em- bryon. Les savans sont bien persuadés qu'aucune partie d'un être organisé n'est étrangère à une autre de ses parties , et que les organes qui semblent être placés à des distances énormes dans l'échelle des fonctions , sont souvent ceux qui ont entre eux la plus grande analogie, et qui s'expliquent le mieux les uns par les autres. La paillette supérieure des Graminées , c'est-à-dire celle qui alterne avec les écailles ou avec l'appareil des étamines , quand les écailles n'existent pas , est l'organe qui m'a fourni les premiers faits , et qui m'a , pour ainsi dire, tracé la route que j'ai suivie pour arriver à la solution du problème que je soumets à la critique des physiologistes. Cete paillette (pi. i3 , fig. t. a. ) est le plus ordinai- ( ^73' >) renient marquée de deux nervures placées plus près des bords que du centre , ou à une égale distance des uns et de l'autre. Quand ces deux nervures se sont présen- tées sous une forme bien prononcée et d'une couleur verte, la paillette a reçu le nom de bicarinée, dans les Bromus, Festiica, Trâicum, etc. On a cessé de lui donner ce nom toutes les fois que les nervures ; moins visibles et moins fortes , n'ont pas imprimé à la paillette (pi. i3, fig. 27 ) la forme désignée par la dénomination ; et on a dit qu'alors elle n'était pas bicarinée, par ex. : dans les Phleum, P liai ans ^ Âgrostis , Lagurus , etc. 5 de sorte que le mot bicariné tendait moins à exprimer la cawsft qui , dans certaines circonstances , pouvait produire celte forme, qu'un effet accidentel d'une cause réelle et in- dépendante de ces circonstances. En conséquence , et comme la distinction introduite ne me semblait qu'une distinction du plus au moins , fentrepris d'observer cette paillette dans tous les genres , et même sur toutes les espèces que j'avais sous la main-, pour pouvoir mieux peser toute l'importance de ce caractère. (A.) Les Phalaris, les Phleum, les ^grostis, etc., en- fin tdus 1(!S genres qu'on croyait n'avoir point de paillette bicarinée , furent bien reconnus comme possédant , ainsi que les Bronius el les Fesluca , une paillette supérieure à deux nervures, qui, quoique non berbacées (pi. i3, f. •a^), n'en occupaient pas moins les deux parties latérale», ainsi qu'on le remarque dans lès espèces qu'on appelait 'auparavant hicarinécs . Il est vrai fpi'ayanl à subir une pression moindre ou une pression nulle de la part de l'axe destiné à supporter une ileur supérieure ( pi. i j, fig. c),lcs paillolles de ces genres ne s'étaient pas com- primées ; et c'est là ce qui avait principalement servi à Tome IV. t8 - ( 274 ) induire en erreur. Je crus donc devoir changer cette dé- nomination comme ne désignant qu'une forme infini- ment variable, et en prendre une qui exprimât une organisation qui ne varie pas. J'ai nommé cette paillette non pas imemee , mais parinerviée , par opposition avec les autres bractées des Graminées , qui toutes sont munies d'une nervure impaire ou médiane. (B.) J'observai un autre groupe de genres disséminés dans les classifications , dont la paillette supérieure pos- sédait une nervure médiane verte et souvent carinée, soit sans autres nervures latérales, le Crjpsis; soit avec deux nervures latérales, le Cinna, YAsprella.> etc. J'appelai ce groupe à paillette supérieure impariner- viée ; ce qui , dans la classification que je méditais , for- mait deux ordres bien distincts et bien faciles à saisir. (C.) Il me restait à connaître la cause qui , dans une famille aussi homogène que la grande famille des Gra- minées, produisait pourtant dans les enveloppes florales une telle dlflërence d'organisation. A force d'examiner minutieusement la foule des individus que je décrivais , je constatai que toutes les fois que la locuste est mulli- flore (pi. i3 , f. I ) , la paillette supérieure (a) de chaque fleur est parinerviée; que dans le plus grand nombre ^ des locustes décrites dans les auteurs comme uniflores , on rencontrait , à la base de la paillette supérieure , qui dans ce cas est parinerviée , le pédoncule d'une fleur -avortée, par exemple : \ Jgrosds spica venti L., le Dejeuxia montana Palis, etc. Que dans les locustes à paillettes supérieures imparinerviées , on ne trouve ja- mais, à la base de la paillette, ni pédoncule avorté, ni pédoncule florifère : les genres Crypsis , Mibora , Cinna , Oryza, Zoysia, Jnthoxanlhum , Asprella. C 27^ ) (D.) Il me paraissait naturel de conclure de tous ces faits, que le pédoncule , soit avorté , soit florifère, était pris au détriment de la nervure médiane qui , par con-. séquent, manquait dans la substance de la paillette pari- nerviée ; que cette nervure , au contraire, ne s'étant pas détachée dans les Crypsis , Cinna, etc., non-seulement ces espèces étaient restées à paillette supérieure impari- nerviée , mais encore essentiellement uniflores. Ce n'était là qu'un aperçu ; il fallait le poursuivre poiir en faire une démonstration. Or, ces sortes de dé- tachement de nervures ne sont pas un fait inusité dans les autres bractées de Graminées; l'arête en est une preuve convaincante. Dans les espèces du même genre , on la voit se détacher de la substance de la valve ou paillette à des distances plus ou moins grandes. Cette arête est évidemment le prolongement d'une nervure médiane ; car , au-dessous de ce qu'on appelle l'insertion de l'arête, on voit l'existence d'une nervure bien caractérisée; au-dessus de l'insertion , au contraire, on ne voit plus qu'une lacune membraneuse. Or[ qu'on examine deux individus de la même espèce , Yun à paillette mutique , et l'autre à paillette aristée (' 1'^- i^na satiwadans ses deux variétés ); la paillette mutique sera partout imparinerviée , elle aura partout sept ner- vures; la paillette' aristée, au contraire, ne sera impa- rinerviée qu'au- dessous de l'insertion de l'arête; et au- dessus de son insertion elle n'aura plus que six ner- vures. Sur le même individu, qui plus est, il m'a été fat^^le d'observer que cette arête pouvait se détacher de plus en plus , à mesure que la fleur avançait en âge. Cette observation a été faite sur Vyfira cœspitosa Lin. (pi. i8' { r>.7G ) i5 , r. r7).Siir certaîues llcnirs de cette espèce , l'aréle se détachait à peine au sommet, et alors à travers le jonr, oïl comptait cinq nervures sur tonte la paillette. Dans d'autres fleurs plus avancées {(ta), l'arête se détachait depuis le sommet jusqu'au milieu, et dans cet état on ne comptait cinq nervures qu'au-dessous de l'aréle ; dans d'aulres enfin, encore plus avancées, l'arête était basi- laire (a), et en la coupant, on ne voyait plus dans la paillette que quatre nervures. Cette paillette jouait ici évidemment le rôle d'une paillette supérieure qui aurait eu à sa base un pédoncule avorté. Elle avait la plus grande analogie avec la paillette supérieure de Y Avenu sitbspicala^ qui possède quatre nervures et un pédon- cule avorté. (PI. i3, fig. t^ bis a. ) (E.) Cette première induction me conduisait même un peu au-delà de ce que j'avais prévu; j'étais en droit de conclure que l'arête elle-même n'était qu'un avor- temeut d'un axe qui aurait été pris aux dépens de la ner- vure médiane , et qu'un jour je pourrais rencontrer des fleurs dont la paillette inférieure, ainsi que la paillette supérieure, fournirait par sa nervure médiane un axe à d'aulres fleurs. L'arête de VAira cariescens L. ne me paraît pas bien éloignée de cet élat (pi. i3 , f. 16 ). Vue à une lentille de deux lignes de foyer , sa partie inférieure («) paraît dure et cassante, non tordue, et assez semblable aux pédoncules des fleurs ou balles. L'articulation (h) , que jusqu'à présent on avait regardée comme hérissée de poils, n'est autre chose qu'une collerette de bractées triangulaires , et la parlie supérieure à cette collerette (c) est transparente , en massue , assez comparable par sa forme et sa consistance à la plupart des balles restées à l'état rudimentaire. ( 277 ) J'avais besoiu pourtant d'une pi'euvj plus dirtcle. Un Lolium composiliun IL, vint m'oflTrir l'occasion de vé- rifier ma conjecture; et j'avouerai franchement cjue ce fut un beau jour pour moi que celui où je rencontrai cette yaiiétc du Lolium perenne à l'état frais. On sait que les individus de cette variété , sans per- dre les caractères du genre , semblent cependant se rap- procher des genres paniculés; et voici le mécanisme par lequel ils passent à cet état. Tantôt c'est la glume ex- terne qui se change en un axe qui supporte d'atiires lo- custes j tantôt l'axe principal donne naissance à d'autres axes •, et le plus souvent enfin, on voit du fond des lo- custes même partir des axes qui supportent des locus- tes supérieures , du fond desquelles partent encore d'au- tres locustes, et ainsi de suite. Or, si on examine avec soin le point de départ de ces derniers axes , on verra facilement que leur base est insérée à la base d'une pail- lette. Si c'est à la base de la paillette inférieure , on n'a qu'à enlever cet axe de surcroît, pour s'apercevoir que la paillette qui le supporte a perdu sa nervure médiane, •et que cette nervure est remplacée par une large lacune membraneuse. Je donne ce fait comme un fait constant sur tous les épis qui se composent , les Lolium , les Tri- ticum, les Iloi'dcuni , les RoUbœlla, etc., ainsi que je m'en suis convaincu par une foule d'observations qui ne manqueront pas de se représenter aux yeux des bota- nistes qui voudront les vérifier. Toute nervure médiane peut donc devenir axe ou pédoncule florifère. Je ne dois pas laisser sans réponse une objection peu imporlanle , il est vrai , mais pourtant (pae certaines jier- scmucs pourraient pcut-èire encon; me (';iire. ils attri- biifionl Tabsenccî de la nervure médiane dans la paillette ( '^78 ) inférieure dont j'ai déjà parlé , et dans toutes les pail- lettes parinerviées , à la pression exercée par le nouvel axe qui part de leur base (i). Je répondrai preraièremenl : la pression dans les Vé-- gétaux peut produire des empreintes , mais ne (.détruit jamais un vaisseau. Secondement : dans la supposition de l'objection , il arriverait une cliose assez singulière 5 c'est que l'organe le plus faible exercerait une plus grande pi-ession que l'organe le plus robuste. Car le pédoncule que l'on voit à la base de la paillette pariner- viée ne se développe jamais que postérieurement à la paillette de la base de laquelle il part , ainsi qu'on peut s'en convaincre à la simple inspection des som- mités des locustes , dans lesquelles on voit des pédon- cules à l'état rudimentaire , quand la paillette qui les supporte a acquis tout son développement. Il serait bien plus nalui'cl de penser que si une pression devait dé- truire un organe , c'est la pression exercée par la ner- f{ vure médiane de la paillette , qui eût dû détruire le pédoncule avorté. D'ailleurs lorsque la panicule est en- fermée dans la gaine de la feuille supérieure du chaume, elle éprouve des pressions de tous les genres, et cepen- dant, une fois étalée et parvenue à la floraison , on n'observe aucune anomalie dans le nombre des nervures de ses paillettes. Enfin , et Ce qui est péremploire , vous trouverez des axes qui exercent des pressions fortes et non interrom- pues sur des paillettes , de la base desquelles ils ne par- j tant pas \ par exemple : l'axe des Lolium, des Rotlbœlla, (i) IVI. Cassini avail adopté uue ciplication iieii diii'érenle ( Journ. île iHiysitl"'' ) ; '^s raisons que jVxpjsi; lu réfutent également. ( ^79 ) sur la paillelle inférieure qui est adossée contre eux 5 l'axe du Phams contre la glume supérieure de la locuste -, l'axe du Tragus contre la paillette infé- rieure , etc. Eh bien ! qu'on examine toutes ces pail- lettes ou glumes , et on leur trouvera toujours une nervure médiane. J'ose avouer ici que je n'ai pas en- core rencontré un fait contradictoire à ces preuves. Il est une objection plus plausible , et que j'ai plus à cœur de réfuter. En vérifiant la forme des paillettes des fleurs qu'on avait regardées comme uniflores , on m'opposera sans doute les paillettes supérieures des Agrostis vulgaris, des Phleum , des Panicum, des Pas- palum, Stipa, etc., qui sont parinerviées, et à la base desquelles pourtant on ne trouve point le pédoncule avorté qui se trouve à la base de V Agrostis spica venti Lin. , et qui devient florifère à la base des paillettes des Poa, Bromus, etc. Je répondrai que , d'un côté , il devient prouvé , sans crainte d'être démenti, que dans aucune fleur à paillette supérieure imoarinerviée , on ne rencontre un pédon- cule à la base de la paillette. Que d'un autre côlé , toutes les fois qu'on trouve un pédoncule soit avorté , soit florifère , la paillette qui le supporte est parinerviée. Qu'il est donc tout naturel de conclure que l'ab- sence du pédoncule sur certaines paillettes parinerviées doit s'attribuer , soit à un avortement complet , soit à la tendance qu'ont les fleurs de ce genre à se développer sur de très-courts pédoncules , et à paraître presque ses- siles. Les preuves de la solidité de celte explication se sont présentées en assez grand nombre dans le cours de l'é- tude que je poursuivais. ( 28o ), Je, oùçrai : 1° an Achnodonion tenue Palis., pris l'été passé au jardin de l'Ecole de Paris \ chaque lo- custe renfermait deux fleurs semblables , également sessiles , la supérieure partant de la base de la paillette parinerviée de la fleur inférieure. 2°. Des individus de Panicutn viride, pris aux en- virous de Paris, qui, outre la fleur inférieure unipa- léacée, et la supérieure hermaphrodite , en possédaient une troisième hermaphrodite exactement semblable à la première, sessile comme elle, et insérée à sa base. 3°. Enfin un Paspalum, qui existe dans VHerb. maurit. de M. Delesserl, sous l'étiquette Panicuni^îJe de France^ mil. ^>. Agrost., Lamk. Cet individu possède deux fleurs également conformées et également sessiles ; la supé- rieure n'a d'autre diûerence que la forme des étamines qui ont avorté. Je ne grossirai . pas la liste de mes ci- tations 5 et je me crois en droit de réduire mes résul- tats à ces trois théorèmes. 1°. Il n'y a de locustes essentiellement uniflbres, que celles dont toutes les paillettes sont imparinerviées. 2°. La paillette parinerviée des fleurs de Graminées v'est pa& un organe diflérent des autres enveloppes cali- cinales , et toute paillette peut devenir parinerviée comme elle. , 3°. Enfin la paillette parinerviée dans les Graminées , provient du développement de sa nervure médiane, sous la forme d'arête ou d'axe florifère. § ïl. Des feuilles caulinaires. U n'est plus possible de révoquer en doute aujour- d'hui l'identité des glumes et des paillettes avec les feuil- les qui entourent le chaume. La dilïérencc que l'on re- ( -8i ) marque entre leurs formes , ne vieiat que du plus ou moins de développement, et n'a d'autre origine que la plus ou moins grande proximité dos organes de la fruc- tification; car toutes les fois que la locuste devient vi- vipare, on voit les paillettes s'allonger, multiplier le nombre de leurs nervures , et représenter parfaitement, dan» cet état, un chaume quelconque commençant à pousser hors de terre. On voit même ces paillettes se munir d'une lame à l'instar des feuilles caulinaires : ce que j'ai particulièrement observé sur un Dactjlis re- pens, conservé dans la belle collection que la noble obli- geance de M. Delessert lient ouverte à quiconque s'oc- cupe de botanique. Il est donc évident que les lois qui président à l'or- ganisation des paillettes, doivent présider aussi à l'orga- nisation des feuilles caulinaires-, et que toutes les fois que je trouverai une feuille parinerviée, je serai en droit d'expliquer ce phénomène par la transformation de sa nqrvure médiane en axe ( ou , si l'on veut, en chaume qui n'est qu'un axe plus développé ). La première feuille du bourgeon caulinaire , dont MM. Poiteau et Turpin avaient déjà aperçu l'analogie avec la paillette supérieure ( pi. i3 , lig. i ,«), cette feuille , dis-je, ne sera parinerviée que parce que sa nervuie mé- diane se sera transfoimée en axe, lequel aura acquis un plus grand développement d'organe , t-n acquérant un plus grand développement d'action. (lelle vérité devient d'une évidence palpable dans les Graminées d'une certaine proportion. Dans le Zetx mayx y où cette feuille parinerviée acquiert un énorme développement , et reçoit dans une large rainure le chaume qui s'en est détaché , cette feuille et ce chaume , ainsi aJossés l'un contre l'autre, présentent admirable- ( 28a ) ment l'image d'une feuille dont la nervure médiane ne se serait pas détachée, et qui alternerait avec la feuille inférieure. Car il faut bien remarquer que le chaume (a, pi. i3 , f. 4 ) alterne toujours avec la nervure mé- diane de la feuille inférieure (d), et que la gemme (6) se trouve placée entre la nervure médiane de la feuille in'» férieure (d) , et l'axe ou chaume qui est inséré à sa base (a), ainsi que la pailleté parinerviée (pi. i3 , f. i , a), se trouve toujours placée entre la paillette inférieure (6) et le pédoncule de la fleur suivante (c d). Que serait-il donc arrivé si la nervure médiane de la feuille primordiale de la gemme , au lieu de devenir chaume , était resiée confondue avec la substance de la feuille même ? Il serait ari^ivé que le bourgeon se serait développé seul , qu'il n'y aurait pas eu de feuille pari- nerviée , mais bien une feuille imparinerviée alternant avec la feuille inférieure au bourgeon , et qu'enfln l'épi ou la panicule serait sortie du bourgeon seul , «u lieu de sortir de la nervure médiane développée en chaume (i). Or , c'est précisément ce que l'on observe sur la por- tion du chaume qui supporte immédiatement l'épi fe- melle du Zea mays. Dans l'aisselle des feuilles nombreuses qui recouvrent l'épi en forme de spathe , on ne trouve aucun bourgeon , toutes ces feuilles se sont conservées dans leur intégi^ilé: nulle nervure médiane n'a crû aux dépens de la tige- mère ^ et l'épi renfermé dans les feuilles du bourgeon a pu se développer tout entier et sans obstacle. (i) M. Turpin , dans son Mémoire ingénieux sur les Graminées , avait expliqué la forme de la feuille bicarinée , par la soudure de deiiK feuilles; l'ordre seul d'alternation , invariable dans cette famille, suffit pour détruire cette explication. i ( =»83) Me voilà arrivé à l'objet principal de ce Mémoire 5 car l'organisation des bourgeons caulinaires doit néces- sairement nous amener à Télude du bourgeon primitif., je veux dire de celui de la graine. § III. Bourgeon de la graine ( pi. i3, f. 5, 3 d'). Entraîné par la force des principes que j'ai dévelop- pés plus haut , je présumai d'avance que la feuille pari- nerviée (h) qui parait la première hors de la graine dans l'acte de la germination , ne devait être telle que paice que sa nervure médiane était employée ailleurs. Mes soupçons ne pouvaient raisonnablement tomber que sur le cotylédon lui-même (a) , et c'est cet organe qu'il fal- lait analyser. (A.) Mes premiers essais furent faits sur des graines à^ Avenu sativa. J'attendis , pour les examiner , que la plumule eût poussé plusieurs feuilles , et je dépouillai le cotylédon (a) (extrémité du corps radiculaire, Rich. ) de tout le mucilage périspermatique qui pouvait l'en- tourer encore. Sans trop me fier à la ligne médiane qui saillit sur la face postérieure de cet organe , je l'exami- nai à un faible microscope , et je découvris sans peine, dans la substance de ce cotylédon ( f . 3), une (a) ner- vure grosse, herbacée, qui aboutissait à la base de la feuille parinerviée , et exactement entre les deux ner- vures de cette feuille (Cg. 5 ). Je découvris la môme ner- vure sur une foule d'autres graines de genres bien diffé- rens, tels que YEchinana , les Phleum, etc., et je ne ren- contrai pas la moindre exception , toutes les fois pour- ifuit que j'observai le cotylédon dans un état avancé , état où ses parois sont devenues plus minces et plus transpa- rentes. Pour l'iipercevoir sur le Zea , il faut couper ( 284 ) longiludinalement le cotylédon , et l'on y voit <;elle ner- . vure s'insérer sur l'arliculatioa elle-même Cpl. i4, fig. g, c). Si l'on fait près de rarliculation de celte graine une coupe transversale , on aperçoit l'empreinte cje trois ner- vures réunies (pi. i4 , fig. lo , a bb) ■, ei on peut , par des coupes transversales successives , s'assurer du point où la nervure médiane se détache des deux autres pour passer la médiane (c) dans le cotylédon , et les deux au- tres (bb) dans la feuille parinerviée. (PI. i4) ^g- ^i- ) he cotylédon Juss. ( hypobJaste ou extrémité du corps radicutaire, Rich.5 caiTiode, Cassini) tientdonc, à l'égard de la première feuille , le même rang que le chaume à l'égard de la première feuille du bourgeon , et que le pé- doncule de la seconde fleur à l'égard de la paillette pari- nerviée de la fleur inférieure dans une locuste, c'est-à- dire , que le cotylédon était , dans le principe , une atle- nance de la feuille parinerviée, attenance qui s'en est détachée , tantôt en n'entraînant avec elle que !» partie correspondante de la substance de la feuille . corome dans les Avenu, trilicum, Bromiis, Echinaria , etc. , et tantôt en entraînant, outre la majeure partie de la substance médiane de la feuille , l'épiderme de la portion restante , comme dans le Zea, où le cotylédon forme une espèce de gaîne à la plumule. (PI. i4j f- 4- ) (B.) Un fait aussi important ne pouvait pas rester isolé , et je le regardais déjà comme le germe d'une vé- rité nouvelle. Cette nervure médiane représentait , au milieu du pé- risperme , le chaume encore renfermé (pi. i3 , f. 4 ? ^ ) dans la feuille qui lui sert de spalhe (e). Mais cette ner- vure étail-cUc ainsi tronquée avant la maturité de la graine , cl n'avait-cllc jamais eu d'autre développement .' ( 285 ) L'analogie ne rendait pas à mes yeux ce fait croyable. Si Ton examine l'ovaire encore jeune même à l'état sec, au microscope , on s'apercevra facilement qu'il est tra- versé par une ligne qui part du sommet de ( f . 19) l'embryon , et qui se bifurque tantôt à sa sortie , tantôt plus ou moins près du sommet de l'ovaire pour fournir un vaisseau à chaque style , ou enfin qui ne se bifurque pas, mais qui passe tout entier, dans un seul style, dans \e Nardus stricta L. (pi. i3, f. 20). Celle ligne mé- diane, me diiais-je , ce conducteur du fluide fécondant, doit aboutir au sommet de la nervure médiane du coty- lflu:Ion. Le style, ainsi que ses stigmates, ne seront qti'une panicule restée à l'état rudimentaire , à peu près comme elle doit l'être dans les gaines des feuilles encore très- jeunes , et avant que la plante ait acquis sou développe- ment intégral. De même que la panicule de la même plante peut varier depuis l'état le plus simple jusqu'à l'état le plus composé; de même la nervure pourra res- ter simple dans le Nardus ( f • 50 ) , se diviser dans la substance d'un seul style dans le Zea (pi. i4 , f. 7 ), se diviser en deux stvles dans les Brotmis et dans le DactjUs hispanica (pi. i3 , f. 19 ) , ou bien en cinq et sept styles même , ainsi que je l'ai rencontré sur une foule d'ovaires d'un DacLylis glomerata L. pris dans les prairies du Canal. Ajoutez à cela que les fibrilles stigmaliques hérissées de papilles distinctes (pi. ï3, f. 28) et très-souvent altern<îs , représentent bien des rudimens de ramcatix. D un autre côté , si l'on veut suivre le développenuml du style dans le Zea, ce qui est très-facile A faire en cherchant dans le» feuilles âpathiformes des épis encore Irès-jcuucb (pi. li , f. 7 ) , on verra qae les deux styles ( a86 ) (a) soulèvent peu à peu la substance de l'ovaire (hb), qu'ils l'entraînent, ou pour mieux dire, qu'ils la dis- tendent en s'allongeant et en restent enveloppés 5 qu'ainsi le style s'est formé par un accroissement des conducteurs de bas en haut , ainsi que les axes et pédon- cules 5 accroissement qui pexit atteindre jusqu'à quinze centimètres de long. (C.) Cependant, quelque satisfaisante que fût à mes yeux cette explication , il était nécessaire de trouver mé- caniquement l'insertion du style sur le sommet de cette nervure médiane du cotylédon , ou bien même sur le sommet de l'embryon lui-même , dans le cas où le c<^ tylédon ne serait pas encore séparé de la feuille infé- rieure. J'avais , à cet instant , à ma disposition beaucoup d'épis jeunes de Maïs, et je m'occupais à en analyser les ovaires. Sur un ovaire très-jeune , mais fécondé (pi. i4i f. i3 ), en soulevant le péricarpe, organe qui n'adhère pas au tégument propre (a) , je m'aperçus d'une résis- tance à la base du style lui-même , qui , là , forme une espèce de cône (pi. i^, f. i , a ) ; cette résistance me parut produite par l'adhérence du péricarpe au sommet d'une protubérance (pi. i4, f. i3, b ,) du tégument propre , et sous cette protubérance adhérait le sommet du cotylédon lui-même. Je dois faire observer que les modes de pression exer- cés par les spathes sur l'épi , sont si variés dans ie 3Iaïs , que le sommet des ovaires varie aussi beaucoup; que ce soulèvement produit par le cotylédon varie à son tour , et que l'observateur doit tenir compte de ces variations et régler sur celte donnée la marche de son analyse. En mûrissant , le tégument propre coule contre les conduc- teurs du style , et le sommet de l'embryon est placé à ( ^87 ) l'époque de la maturité, immédiatement au-dessous du point où ces deux conducteurs se rapprochent pour foi'- mer le style 5 ce n'est donc point à cette époque qu'on doit chercber à vérifier les faits dont je parle. Mais avant la fécondation (pi. i4, f. 2 ), çt à l'instant où l'ovaire commence à épaissir , si l'on fait une coupe longitudi- nale entre les deux styles , on voit qu'ils partent du som- met Ça) de l'embryon , qui , à cette époque, est adhérent et peu développé; que ces deux conducteurs (pi. i4 , f. 3 , 5 ) , après avoir divergé en soulevant le péricarpe , viennent se réunir presque en un point (c) , et que dès- lors ils marchent parallèlement pour former le style. Je ne me suis point contenté de cette observation , et j'ai cherché à la vérifier sur des ovaires d'une moindre consistance : ceux des Bromus et ceux des Hordeum. Dans les Bromus, ainsi que je l'ai constaté (pi. 1 3, f.22), sur une foule d'espèces, les stigmates sont toujours insé- rés au-dessous du sommet de l'ovaire (Jb) ; en saisissant avec deux pinces , sans intéresser les stigmates , les deux côtés du sommet, on parvient à diviser l'ovaire en deux moitiés , et à mettre à nu les deux moitiés de la cavité (c) où se trouve logé l'embryon (b) , dont on distingue bien, à toutes les époques, le cône radiculaire (è). Or , si l'on obserye ces ovaires avant la fécondation , ce que l'on reconnaît à l'agglutination des fibrilles stig- matiques qui n'offrent alors qu'une espèce de stigmate membraneux, on verra que l'embryon tient, par son sommet , au sommet de cette cavité , et que le point d'adhérence correspond exactement au point d'insertion des styles (a) 5 l'embryon adhère encore alors à la par- tie antérieure de la cavité par son articulation. Sur V Hordeum , dont les stigmates sont insérés au ( f . 24 ) ( -^88 ) sommet , on ne voit pas toujours aussi facilement l'in- sertion des styles au-dessus de l'embryon môme. Sur un ovaire de cette espèce , j'ai pourtant mis à nu , par l'effet du déchirement , l'étui de l'un des conducteurs (a) qui aboutissait évidemment au sommet de l'embryoti. Après la fécondation, l'adhérence organique de la partie antérieure finit par s'oblitérer , mais elle existe encore quelque temps, ainsi qu'on le remarque bien sur les ovaires de Zea. L'adhérence des conducteurs sur le som- met de l'embryon s'oblitère à mesure que les stigmates se flétrissent, et à une certaine époque, on trouve l'em- bryon entièrement isolé , et n'adhérant à aucune surface ambiante (pi. i3 , fig. 25 , 26) , quoiqu'il soit pressé de toute part. Lorsque je présentai ce travail au jugement de l'Aca- démie , je »G m'attendais pas à ce que l'on élevât des doutes sur la nature de ce corps vert ( fig. 28 ) que je nomme l'embryon , corps que depuis M. A/jV&eZ jusqu'à M. /?. Brown , on a toujours désigné sous ce nom , quoi- qu'on n'ait point cherché à l'extraire de l'ovaire avant la maturité. Je suis donc forcé d'entrer dans quelques détails pour fixer les idées à ce sujet; et je dois expri- mer, en passant , ma reconnaissance envers mes juges , dont la critique s'étant portée sur ce point, m'a révélé, sinon l'existence d'une erreur, du moins la nécessité d'une preuve. On sait qu'à sa maturité on distingue, dans la graine des Graminées , un péricarpe , un tégu- ment propre qu'on ne peut séparer du périsperme (or- ganes sur la nature desquels je vais m'expliquer plus bas ), et enfin l'embryon. Ot , à l'époque de mes obser- vations , l'ovaire présente de même un péricarpe qui alors est vert et se détache facilement du périsperme C 289 ) { pi. j3, f. 2a, d), un tégument fortement injecté d'une substance sacchaiine qui doit se changer en péri- sperme , et enfin ce corps vert, qui par conséquent ne peut être que l'embryon (f. 22 , b; f. 24, c). Mais ce qui ne laisse plus aucun doute, et ce que les physiologistes pourront vérifier l'été prochain sur les Bromus et les Hordeum , c'est qu'en continuant d'exa- miner l'embrj'oii dans la cavité qui le renferme, on le voit successivement passer à la forme ( f . 28), présenter un commencement de cotylédon (a), de plnmule (b) et de cône radiculaire (c) , et arriver enfin aux formes (fig. 25 , fig. 26 ) qui sont incontestablement celles des em- • ' bryons de Bromus. Pendant ce laps de temps , la cavité ne change point de forme , le périsperme seul prend une plus grande extension. Je n'ai pas besoin, je pense, de preuves plus positives, et le corps (fig. 28) que l'on trouve toujours dans la cavité (c, pi. i3, f. 22), est le véritable embryon. Ces faits sont susceptibles d'une explication différente, il est vrai, mais qui nous conduit à un but semblable, et qui ne dérange en rien l'état de la question. ^ On peut supposer que le style et les stigmates, au lieu d'être le prolongement de la nervure médiane du coty- lédon , soient celui de la nervure médiane de la feuille inférieure à l'embryon, c'est-à-dire, de la feuille desti- née à devenir tégument propre et périsperme.. L'em- bryon adhérerait, par sa face antérieure, à la nervure de celte feuille, de sorte que le cotylédon n'étant pas encore détaché, semblerait alors supporter le style. Dans la suite , la nervure médiane de la première feuille de l'em- bryon se détacherait de la feuille dès-lors parinerviée, pour se conlinuer à sor, tour en axe ou chaume. Mais Tome IV. ( ago ) elle serait arrêtée dans son développement par la masse du périsperme déjà à demi-formé-, et le tissu cellulaire qui entoure cette nervure , emploierait à son accroisse- ment en largeur les fluides qui ne pourraient lui servir pour son accroissement en longueur, et formerait ainsi le cotjlédon ou hjpoblaste. Au reste , un fort microscope décidera, je le pense , la question. Replaçons maintenant la graine dans les enveloppes calicinales, afin que l'analogie de sa position achève de nous éclairer sur l'analogie de sa nature. g IV. Ecailles et étamines. Je n'ai pas besoin de rappeler ici qu'à la base des étamines , dans les Graminées , se trouvent deux ou trois écailles ordinairement assez courtes , sur la nature et la forme desquelles les savans ont émis les opinions les plus opposées. J'ai présenté à l'Académie d«s sciences un tra- vail spécial sur ces organes, je me contenterai ici d'en emprunter les principes les plus indispensables à mon sujet. 1°. Si les écailles pouvaient être regardées comme des organes à part et indépendans, elles devraient alterner, d'après les lois invariables que la nature suit à l'égard des Graminées , et qu'elle ne contredit pas dans les au- tres monocotylédones , d'une part avec l'organe infé- rieur, et d'une autre part avec l'organe supérieur. Or , il arrive, tout le contraire 5 car elles alternent bien avec la paillette supérieure (pi. i3, fig. i, a), qui est pour elles l'organe inférieur. Mais elles sont en- tièrement parallèles (pi. i3, fig. 6 , 9 ) aux étamines, et insérées au-dessous des fîlamens. D'un autre côté elles alternent avec la partie postérieure de l'ovaire , au moins ( ^90 quand elles sont au nombre de deux * et si elles sont au nombre de trois , celle qui est adossée sur la partie pos- térieure de l'ovaire est toujours la plus courte et la moins considérable (pi. i3, fig. lo, d). Mais alors même qu'on ne tomberait pas d'accord avec moi sur le point des écailles, qui doit être considéré comme le point d'alternation , il n'en serait pas moins vrai que les élamines , dont la médiane alterne toujours avec la partie postérieure de l'ovaire , alternent aussi avec la paillette qui leur est inférieure, et que , par con- séquent , l'ordre d'alternation se trouverait interrompu à l'égai'd des écailles ou à l'égard des étamines. 2°. Ces écailles n'existent pas dans tous les genres ; elles manquent enlièrement dans les Alopecurus , le Mi-^ hora, V Anthoxanthum ^ le Cenchrus , le Crypsis , etc.; elles manquent même dans certaines espèces apparte- nant par tous leurs caractères aux genres qui sont mu- nis ordinairement de ces organes. Je puis donner ces faits comme le résultat des dissections les plus nom- breuses. 3°. On trouve au Jardin du Roi, et dans beaucoup d'herbiers , sous l'étiquette du Roltbœlla monandraCuv. ViiiNardus qui, entre autres formes peu ordinaires aux N ardus , tels que deux styles et deux fleurs dans la même locuste (pi. i3 , f. 8 ) , possède deux écailles (h) et une seule étamine (a) , tandis que, dans le Nardus à l'état sauvage, on ne trouve jamais d'écaillés, mais trois étamines à filamens très-dilatés à la base (pi. i3, fig. 1%, a). 4». Si l'on fait bien attention au point d'insertion (pi. i3, fig. 9) des filamens des étamines , dans les espèces à deux écailles et à trois étamines, on s'assurera que ^9" ( 292 ) rétaraine impaire (a) part du milieu des deux écailles, et les deux autres étamincs (h c) des deux côtés 5 dans les espèces à trois écailles et à trois (pi. i3 , f. 10 ) éta- mines , le point d'insertion de chaque filament corres- pond à cliacua des interstices des écailles, et, dans tous les cas, ces, étamincs ne font qu'un seul corps à leur base et se soudent avec les écailles. 5°. En décrivant les formes des écailles , je m'étais aperçu que les unes étaient membraneuses au sommet , et les autres épaisses, tronquées, et comme marquées d'impressions digitales, si je puis m'exprimer ainsi ( pi. i3, f. II , ^)*, par exemple : celles des Melica, An- dropogon^ Pan'icum , etc. Je ne savais à quelle cause attribuer cette uifl'érence d'organisation , lorsque la dis- section de quelques fleurs de panicuni 'virgntum L. à l'état frais, et fort éloignées de l'instant de la fécon- dation , servit à m'expliquer ce phénomène. Les anthères des étamines serrées l'une contre l'autre et placées sur un seul plan, s'appuyaient , par leur ( pi, i3, f. Il) extrémité inférieure, sur le sommet des écailles, et faisaient presque corps avec elles, La ligne médiane des deux lobes de l'anthère (a) du milieu cor- respondait à la ligne qui sépare les deux écailles (à). Chaque lobe de celte anthère (bb) s'appuyait sur chaque côté correspondant de l'écaillé. Chaque lobe interne des deux anthères extrêmes s'appuyait sur chaque côté cor- respondant de l'écallle placée au-dessous d'eux, et les lobes externes de ces (ce) deux dernières anthères se trouvaient en dehors. En enlevant les trois anthères , on s'apercevait que chaque écaille était marquée de deux impressions lobaircs (d), ce qui devait être. Ce fait servit plus qu'à m'éclairer sur l'origine de ces ( ^93 ) impressions; à lui seul il m'indiqua les rapports des écailles et des étamines. Je supposai que les anthères qui , dans le fait , s'étaient trouvées et n'étaient pas ve- nues se placer sur ces écailles, fussent restées agglutinées avec elles, et que ne s'injectant pas de pollen , et par conséquent avortant, elles eussent été examinées dans cet état; elles n'auraient constitué qu'un seul corps qui , se colorant par le progrès de la végétation, eût présenté des nervures au nombre de trois principales : en un mot, c'eût élé une véritable valve calicinale. Dans cette ex- plication , l'anthère ne serait autre chose que l'ensemble de deux portions (injectées de pollen) , qui partiraient du sommet d'une nervure, laquelle deviendrait conducteur ou filament ; et les grains de pollen ne seraient que des cellules injectées et isolées. Les écailles ne seraient que des débris en plus ou moins grand nombre , et à qui les anthères animaient laissé plus ou moins de substance en se détachant. Dans les espèces sans écailles, il n'y aurait pas eu de ces sortes de débris ; de-là la dilatation de la base des filamens des étamines dans ces espèces (pi. i3 , f. 12 ). Dans le Nardus (pi. i3, f. 8) à une seule étamine et à deux écailles , les deux autres étamines seraient res- tées à l'état rudimentaire dans la substance des deux écailles. Enfin les différentes formes d'écaillés ne seraient dues qu'à des différences de déchirement. Or, quant à l'origine et à la formation de l'anthère, il est facile de voir que l'cîxplication que j'en ai donnée est raisonnable , en examinant une étamine restée à l'é- tat rudimentaire (pi. i3, f. i5). A ime forte lentille même , on voit le filament traversé (b) par deux ner- ( »94 ) viires qui aboulisseiit aux points de contact des lobes de l'anthère (aa), ainsi que le style est traversé quelque- fois par deux conducteurs. Quant à l'identilc du point d'insertion des écailles et des étamines , je me contenterai de citer deux preu* ves. La première est prise d'un Tripsacum dactjloï- Je5 L. ( pi. i3 , f. i4 ); les étamines de la fleur femelle ' étaient avortées (d), mais on voyait leurs filamens tra- verser les écailles (i), et faire corps avec elles (c). La seconde est tirée d'un Orjza sativa L. On sait que VOryza a deux écailles et six étamines. Or, dans une locuste (pi. i3,f, i3), j'ai trouvé une écaille libre (J), cinq étamines fertiles (a), et une sixième avortée (r/) , insérée au sommet de la seconde écaille (c) , et fai- sant tellement corps avec elle , qu'il eût été impossible d'assigner les portions qui appartenaient à l'un et à l'au- tre de ces deux organes -, enfin, dans ce cas , l'écaillé ne paraissait être que la base du filament , mais une base très-élargie. Je dois avertir que j'opérais dans les deux cas sur le frais , et qu'on ne saurait attribuer l'adhérence de ces organes à l'effet de la dessicaiion artificielle. Il devient donc constant C[ue les étamines elles écailles tirent leur origine de la même articulation , qu'elles n'é- taient destinées primitivement qu'à composer de concert le tissu d'une paillette, et que l'infiltralion de la som- mité des nervures a seule produit leur séparation (i). fi) D'où Ton doit conclure que de toutes les de'nominations données jusqu'à ce jour à ces e'cailles, de'nominations qui tendaient à leur faire jouer un rôle d'une plus ou moins grande importance , telle que nectaire, lodicide , glumeUe , phycoslème , la moins impropre est encore celle di'écailles, qui n'exprime que des débris. Je ne parle pas du mot de corolle , qui serait peut-être le Trai mot, si nous avions une bonne dëQnitiori de la corolle. J'ai développé cette idée dans le second Mémoire dont j'ai déjà parlé. ( >95 ) § V. Ovaire. L'appareil réuni des écailles et des étamines ne coni- tituant qu'un seul et même appareil , et pouvant être considéré comme une paillette, la loi d'alternation n'offre plus d'exceptions. Au-dessus des étamines , et toujours dans l'ordre al- terne , se trouve l'ovaire. A. Si l'on examine un ovaire d'un assez fort calibre avant l'entière maturité de la graine , on pourra déta- cher le péricarpe , qui alors offre une consistance assez forte , et n'adhère point avec le tégument propre des auteurs. Dans le Zea , même jusqu'à la maturité, il res- semble à une exfoliation plus ou moins distante du té- gument (pi. i4, f- 5, d). Sur le péricarpe des Bromus et d'autres (pi. t4, f- i6) Graminées, on remarque la nervure médiane et deux nervures latérales; et la nervure médiane alterne avec l'étamine médiane. A la maturité de la graine , il faut l'humecter pour enlever le péricarpe avec sa nervure médiane , qui , par l'effet de la pression du pédoncule de la fleur supérieure , semble adhérer au tégument. Sur le Festuca diandra, le péricarpe affecte la même ( pi. i3, f. 18) organisation que la paillette inférieure de la fleur. Il est muni de trois nervures (aa) qui se réu- nissent au sommet, et y forment un bourrelet cartila- gineux c|u'on enlève avec elles (è). Dans les ovaires avortés (pi. i3, fig. 21), ce péri- carpe reste isolé et ressemble à une feuille à l'état ru- dimentaire et non percée par le développement des feuilles qu'elle renferme. En l'ouvrant on s'aperçoit de l'existence de ces feuilles qui adhèrent fortement à sa base y nul périsperme n'y parait. Cette observation est ( ^96 ) faite sur VHolcus spicalus Lin. à l'élut frais. Des échan- tillons à l'état sec de Soi'ghum saccharatwn m'ont otî'ert des ovaires d'un assez fort calibre ^ dont le péricarpe ovoïde, vésiculeux , rougeàtre et coriace, possédait dans une grande cavité, une poche blanchâtre, membraneuse, plissée , adhérente à sa base , et à travers laquelle se dessinait un corps opaque adhérent, qui occupait la place de l'embryon. Le péricarpe est donc une véritable pail- lette qui n'a point été fendue par le développenietit des paillettes ou feuilles qu'elle renferme, et qui alterne avec les étamines. B. Quant au tégument propre que les auteurs nous disent faire corps avec le périsperme, la formation du périsperme dans la graine est sans doute le moyen le plus sûr de nous éclairer à cet égard. i". Observons d'abord qu'à aucun âge de l'ovaire, ou ne saurait séparer le prétendu tégument du périsperme, et que ce n'est que par analogie que Richard en a admis la séparation dans la graine des Graminées. Or l'analogie est un guide fort trompeur toutes les fois qu'il s'agit d'énumérer les enveloppes d'une graine; et Ton n'est pas plus autorisé à s'étayer de son secours pour supposer un tégument propre dansles grainesde celte famille , qu'on ne le serait pour y supposer xme ou plusieurs capsules. 1°. En coupant longitudinalcment un jeune ovaire de Mays 1 on y distingue (pL i4, f- 5. d. ) le péricarpe dont la substance jaune se dessine tout autour de l'ovaire , ensuite une autre enveloppe distincte (c) assez épaisse, dans la cavité de laquelle se trouve l'embryon (a) qui alors adhère par sa partie antérieure à la partie antérieure de cette enveloppe. En ouvrant de la même manière et successivement ( 297 ) des ovaires plus avancés, ou voit la substance de cette enveloppe (c) se distendre (et cela premièrement dans sa partie supérieure) ; on la voit s'approcher de plus en plus • du péricarpe (i/) ; et en même temps les parois de la cavité (c) où se trouve logé l'embryon, se rap- prochent (fi g. 6) déplus en plus ce l'embryon lui-même, et finissent par l'enfermer tout-à-fait. S'il reste quel- ques traces de cette cavité, c'est toujours à la base qu'on les remarque-, ce qui n'arriverait pourtant pas si le pé- risperme était un organe nouveau qui se développât en- tre l'embryon et ce qu'on appellerait alors le tégument propre. Le périsperme ne peut donc être que le tissu d'une feuille non fendue, dont le tissu cellulaire, se trouvant infiltré d'une surabondance de liquides saccharins de- venus sans emploi dans la végétation, a vu passer, par l'évaporation et une combinaison chimique particulière à cet organe, les liquides à l'état de fécule amylacée. Il est arrivé à ce tissu cellulaire ce qui arrive souvent aux autres organes de Graminées, ce qui arrive toujours aux feuilles basilaires du Poa bulbosa Lin. , qui s'injectent de celte matière, s'épaississent, et. en s'imbriquant mutuel- lement , produisent ce bulbe qu'on serait tenté d'attri- buer au renllemenl de la base du chaume. Il est arrivé à cette feuille ce qui arrive quelquefois dans toute sa longueur au chaume qui rampe sous terre, et dont le tissu cellulaire se remplit de substance amylacée avec tant d'abondance , que dans V Avenu bulbosa Lin» et le Cjperus esculcnlus Lin., elle y forme des tuber- cules assez gros et comestibles. Je vais plus loin , et je dis que chaque articulation de ce chaume souterrain, en conservant son bourgeon cl ( ^98 ) une fraction quelconque du chaume supérieur , est une véritable graine, avec l'unique différence que, dans la graine, c'est le tissu de la feuille qui s'est injecté (pi. l'i , fig. 2 bb)'^ au lieu que dans le chaume rampant, c'est le chaume lui-même, et que la feuille engainante y est restée (fig. 4- e)à l'état de feuille, et par conséquent sans nul emploi dans l'acte de la germination. Le chaume ici (pi. i3, fig. 4> «) est le véritable cotylédon, mais assez rempli de substance amylacée pour n'avoir pas besoin de la richesse d'un corps ambiant; le bourgeon est le même que dans la graine ; la radicule ou le corps radi- culaire est facile à apercevoir par une coupe longitudi- nale (fig. 4* s)» et c'est du point (e) que doivent partir les radicelles. Or chacun sait que lorsqu'il s'agit de faire lever des Graminées à chaume souterrain , il est indifférent de se- mer des graines ou une portion du chaume munie de ses bourgeons; et dans les départemens méridionaux, on n'a pas d'autre moyen de faire reproduire V^nindo do- nax dont on forme de larges rideaux contre les vents du nord , fléaux de la végétation de ces contrées. J'ai dit que le périsperme commençait à se former dans la partie supérieure de la feuille. La raison en est simple : si la formation avait commencé à la base , le périsperme n'étant qu'un tissu infiltré de fécule, les premières cou- ches de la fécule, ce principe insoluble, se seraient op- posées à ce que les liquides arrivassent plus haut, et la graine n'en eût pas été fournie. Je reviens à mon sujet. C. J'ai fait voir dans le péricarpe la nervure qui alterne avec l'étamine médiane ; on s'attendra sans doute à ce que je montre dans le périsperme la nervure qui alterne pvec la médiane du péricarpe, et peut-être attachera-t- ( 299 ) on une si grande importance à la voir, qu'on ne m'ac- cordera ma définition du périsperme qu'après q\ie j'au- rai indiqué la localité de la nervure du milieu. Or deux circonstances s'opposent d'abord à une pareille indica- tion : 1°. La feuille s'injecte de bonne heure de la subs- tance qui doit se métamorphoser en périsperme, et il serait impossible d'apercevoir des nervures au milieu d'une substance aussi opaque, i". Il est certain que plus une feuille est à l'abri du contact immédiat de la lumière, et plus elle s'étiole : de-là la consistance membraneuse et presque anerviée des paillettes des Andropogon et sur- tout de celles du Zea dont l'épi est toujours revêtu d'une foule de feuilles caulinaires. Or ici la feuille qui s'injecte est totalement revêtue d'un péricarpe d'abord herbacé et épais; cette feuille doit donc s'étioler et les nervures n'y doivent pas être visibles. Cependant à l'aide du raisonnement appuyé sur la dissection et sur l'ad- hérence primitive de l'embryon lui-même , il devient, je pense, très-facile d'indiquer la nervure du milieu. § VI. Embryon. A. Nous avons déjà dit que l'embryon adhérait à la cavité qui le renferme par sa face antérieure, c'est-à- dire par celle qui est opposée à son cotylédon (pi. i4, fig. 6 a). Si Ton coupe longitudinalement un embryon de Zea, on remarquera d'abord qUe la partie qui adhère aux pa- rois de la cavité (pi. i4, Gg. 8\ (3i6) Fig. 5. DissectioD idéale d'une graine en germination, destine'e à dé- montrer les rapports d"identitc des trois espèces de bourgeons ; celui de la locuste fig. i , ]e caulinaire fig. 4» et celui de la graine, (a) cotjk'don correspond, à (c) fig. i. - à («) fig. 4 j (i) feuille pari- nerviée correspond, à {a fig. i ) et à la première feuille du bourgeon (b fig. 4); (i) tégument propre ou perisperme correspond, à {h fîg. i et à ed fig. 4), (c) péricarpe représentant ici une seconde feuille in- férieure qui alternerait avec (_/"fig. • ) > ^^ a^^c {e fig. 4); (d) feuilles de la plumule emboîtées et qui sont mises à nu par une coupe lon- gitudinale correspond, à l'ovaire, fig. i, et à la plumule (i fig. 4); (e) épiblaste, {f) radiculode, (/i) portion du péricarpe qui s'exfolie sur les deux côtés, {g) radicelle principale. ^ Fig. 6. Locuste fertile, à une seule fleur. Fig. j. Locuste vivipare propre à démontrer le mécanisme par lequel une locuste ordinairement fertile passe à cet état j les mêmes lettres marquent les mêmes organes dans leurs deux états ; ( fig. 6 e ) pédon- cule avorté ou florifère qui, restant sous la forme d'une nervure agglutinée à la paillette parinerviée {d) , forme la bractée ( ed fig. ^ ) dans la locuste vivipare. Fig. 8, 9 , 10. Insertion des étamines entre les écailles. Fig. II. Écailles et authères agglutinées dans le jeune âge des Pani- cum, Paspalum et de tous les genres à écailles impressionnées au sommet; (d) représente les deux impressions que l'on remarque au sommet de ces écailles , impressions qui peuvent varier de forme. Fig. 12. Etamines des JVardus , Alopecurus , enfin de tous les genres sans écailles: la base des filaraens en est très-dilatée. Fig. i3. Appareil des écailles et étamines trouvé dans une locuste d'un Oryza sativa à l'état frais. Fig. 14. Écailles adhérentes aux filamens des étamines, trouvées dans le Tripiacum dactyloijes, L., à l'état frais. ■>■ Fig. i5. Étamine avortée, le filament (b) est traversé de deux con- ducteurs qui arrivent aux deux lobes des anthères {aa). Fig. 16. Arête AeYAira canescens , Li. Fig. 17. Paillette inférieure de Vu4ira cœspitosa, L. a'a jeune , (a) plus avancée en âge. Fig. T] bis. Paillette supérieure de V Auena subspicata à quatre ner- vures , et un pédoncule avorté (a). Fig. 18. Ovaire du Festuca diandra, Mich. , dont le péricarpe est tra- versé de trois nervures saillantes qui se réunissent en un cône car- tilagineux au sommet (b). Fig. 19. Ovaire du Dactylis hispanica, L. (317) Fig. ao. Ovaire du JVardus stricla ; le style en est simple. Fig. ai. Ovaire a\OTié de Vfiofcus spicatus , Li. (a) Cavité sèche for- mée par le péricarpe, (b) cône des feuilles emboîtées dont la su- périeure n'est pas devenue périsperme, et dont l'inférieure n'a pas fourni par sa nervure médiane un cotylédon. Fig. 22. Ovaire de Bromus ouvert , avant la fécondation , en deux moitiés , pour laisser voir l'embryon qui adhère au point de l'inser- tion des stigmates («) , et que l'on retrouve toujours ensuite, mais sous différentes formes dans la cavité (c) ; le cône (è) est le cône radiculaire Fig. 23. Embryon plus avancé en âge, (a) rudiment de cotylédon qui commence à se détacher, (6) plumule, (c) cône radiculaire. Fig. 24. Ovaire iTIIordeum avant la fécondation , l'étui du conducteur y est mis à découvert. Fig. aS. Ovaire pris quelque temps après la fécondation , l'embryon n'adhère plus, (a) cotylédon, (b) plumule, (c) cône radiculaire. Fig. 26. Embryon encore plus avancé, (abc) mêmes organes que dans le précédent. Fig. 1"]. Paillelte parinerviée des ^grostis, etc. Fig. 28. Fibrille stigmatique , vue à Une assez forte lentille. Planc/ie i4. Fig. I. Ovaire de Zea maïs plus avancé que l'ovaire de la fîg. 9 , mais pourtant non encore fécondé. Fig. 2. Coupe verticale de cet ovaire ( fig. ï) aa , embryon adhérent fortement à cette époque, {b) deux esfoliations formées par la partie antérieure du péricarpe et du tégument propre , (c) périsperme commençant à se former, et affectant une forme aplatie par la pression qu'exercent sur la graine les feuilles spathiformes qui re- couvrent l'épi femelle de Zea; {d} un des styles qui, après avoir erré dans la substance du péricarde qu'ils soulèvent , viennent se . réunir sur le sommet («) de l'embryon, (c) péricarpe souleva' et non adhérent au tégument propre. Fig. 3. Fiagracnt antérieur du péricarpe , destiné à laisser voir la marche des deux styles qui , après s'être séparés au sortir du sommet de l'embryon (a) , s'éloignent l'im de Tautre, se rapprochent en (b) , et se réunissent en (c) , pour, former un seul style. Fig. 4- Embryon mûr, détache' mécaniquement de la graine du Zea maïs , (a) sommet de l'embryon , (b) base du cylindre formé par la plumule et la radicule , (c) point que la plumule a légèrement per- foré avant la germination , (d) partie postérieure de l'embryon. ( 3x8 ) Fig. 5. Coupe verticale d'une graine .8 ) qu'un corps brillniil dans l'eau. L'on fait en conséquence une espèce de petit fuseau en plomb , qu'on suspend par une extrémité à la ligne, et qui a son extrémité opposée garnie tout autour d'épingles recourbées en crochet de bas en haut. L'on nomme turlut ce petit instrument qui est long d'un décimètre au plus. Les Basques en ont été les inventeurs en i^83 , et s'en sont servis les premiers à l'ile Saint-Pierre comme appât pour l'Encornet : c'est ce qui leur a donné un grand avantage sur tous les autres pêcheurs, auxquels ils ont tenu caché bien soigneusement leur secret, le plus long-temps possible. Quant à l'u- sage de l'Encornet pour prendre la Morue , c'est une vieille femme française, née à la lîaie -de-Plaisance, qui est la première qui l'ait employé comme appât, ayant )ugé que la Morue devait en être très-friande puisqu'elle en trouvait dans l'estomac du plus grand nombre. Aucun pêcheur avant elle n'avait tenu compte de cette observa- lion journalière. Pour prendre l'Encornet , il no suffit que de descendre le turlut au milieu de ses innombrables légions. L'éclat de ce petit fuseau en plomb qu'on a soin de tenir le mieux poli possible, est aperçu par ces animaux, lesquels af- fluent de toute part pour voir ce corps étrange qui brille au milieu de leur élément. En le retirant un moment après, l'on enlève plusieurs Encornets à la fois, qui se sont accrochés au verticille d'épingles recourbées, soit par le corps on parleurs tentacules. Comme cet animal parait extrêmement curieux, l'on peut amener ses légions à la surface des eaux par le moyen le plus simple, même lorsqu'elles sont par cinq ou six brasses de profondeur. Il suffit de descendre le turlut au milieu d'elles et de rélever successivement eu (3a9) retirant la corde. LesEncornets poursuivent ce corps bril- lant, remontent et viennent jusque sur l'eau, où il n'y a plus qu'à les prendre avec la main. Quand l'Encornet abonde , un homme peut en prendre 1,200 par heure, mais il faut se borner à la quantité dont on peut avoir besoin pour pécher pen- dant deux à trois iours, car il ne peut se conserver da- vantage. PutréGé, ^sou odeur est insupportable par sa fétidité. Lorsque l'Encornet est rare , il faut recourir à des corps qui brillent plus d<»ns l'eau que le plomb, quelque soin que l'on mette à gratter celui-ci pour le rendre le plus éclatant possible , en enlevant l'oxide qui se forme à sa surface. L'on a substitué quelquefois avantageusement des turluts d'argent à celui de plomb , mais l'on préfère encore à ce moyen une petite bouteille de verre que l'on remplit de mercure. Quelquefois ce mollusque se ren- contre dans différens golfes autour de l'ile Saint-Pierre mais c'est toujours dans la rade qu'il afflue de préférence , peut-être en raison de ses deux entrées, et sa pêche est négligée sur les autres points. La pêche de ce mollusque se fait toujours dans le plus morne silence , surtout lorsqu'il est à fleur d'eau. J'ai vu la rade de l'ile Saint-Pierre remplie de chaloupes françaises et anglaises, sans entendre une seule parole des gens d'équi- page. Lesbàtimens anglais seuls se trouvaient au nombre de 3oo ou davantage; les habitans de notre colonie en avaient au moins un nombre égal, de manière que le port entier n'avait l'aspect que d'une forêt. Comme c'est du succès de cette pêche que dépend celle de la Morue, les navires ne tirent jamais le canon soir et matin, ni même le jour de la fête du roi, le aS août, si la pcH.hc ( 33o) Jure «-ncorc à celte époque , afin de ne pas efl'rayer rEncornct et le faire fuir ces parages. C'est avec l'Encornet qu'on complète et termine la pêche de la Morue, à laquelle neuf à dix mille Français sout occupés tous les ans. L'on a fait la remarque que dès que les troupes de Capelans arrivent autour de Terre-Neuve , la Morue, selon l'expression des pécheurs , ne veut plus manger que de ce petit poisson, et refuse entièrement la chair de la Coque , jMya Arenana , avec laquelle on commence la pèche. Il faut par conséquent ne plus lui présenter que du Capclan , lequel vient ordinairement vers} le niilieu de juin. Cette période de la pèche finit au mois de juillet, où paraissent les Encornets sur lesquels se déchaîne de nouveau toute la voiacité de la Moruç d'une manière non moins exclusive; et comme ce serait en vain qu'on lui présenterait alors toute autre espèce d'appât , il faut faire la meilleure provision possihle d'En- cornets aûn de continuer la pêche jusqu'à la (in de sep- tembre , époque où elle se termine. Description de V Encornet des pêcheurs (Loljgo Piscatorum.) Loligo corpore cylindrico subœquali punctis fusco-purpuras- centibus crehris adsperso , inque dorso medio lineam obscur riorem formantibus : capitis parte occipilali , dorsique cutis externes in parte média, acuminata : oculis ellypticis , su- pernè macula fuscescente instructis : cruribus , corpore et bra~ chiis , dimidio brevioribus : scyphulis adharentibus , per am- bitus dimidium tantum denticulatls : pinna gemina basiliari latè cordato-acuta. La longueur totale de l'animal est de 53 centimètres, depuis l'extrémité de ses deux bras jusqu'à celle de la partie inférieure du corps. Celui-ci est cylindrique , gros ( 33I ) transversalement de (5 centimètres, el revêtu d'un man- teau, en forme d'étui cylindrique qui se resserre en pointe postérieurement, où il se trouve garni de deux nageoires molles, solides, assez épaisses, mais amincies vers leurs boids. Leur ensemble représente assez exac- tement la forme d'un cœur très-évasé latéralement, dont le diamètre est de i 3 centimètres et qui se termine in- férieurement en pointe , ainsi que le corps. Ces nageoires sont de la nature et de la consistance du manteau, éga- lement lisses et parsemées d'une multitude de points arrondis ou comme ocellés , inégaux , d'une couleur pour- prée rembrunie ; mais ils sont plus uniformes sur le dos, où ils deviennent en outre irréguliers et serrés de ma- nière à former une bande très -rembrunie , qui se pro- longe même un peu sur la partie supérieure des nageoires. Le corps constitue une espèce d'étui cylindrique dont la longueur égale celle de la tête depuis sa base jusqu'à l'extrémité de deux grands bras; il est assez flexible quoi- qu'il renferme un osselet mince, cartilagineux, qui se rend d'un bout à l'autre et se sent, par la pression, dans toute sa longueur. * La lôte trouve la facilité de se mouvoir h volonté et de s'incliner en avant, en arrière ou de chaque côté, l'extrémité supérieure du manteau n'étant pas exactement remplie par le corps. Le bord du manteau se trouve coupé droit transversalement, excepté du côté qui ré- pond à la région occipitale où il s'avance un peu eu pointe. Le col est comme nul 5 il se réduit à la contraction par laquelle le haut du tronc se joint à la tête 5 celle-ci «•si tourte, large de 4 centimètres sur 3 et demi de lon- gjieui-, un peu aplatie en dessus, où elle oflie deux la- C 332 ) ches rembrunies de chaque côlé en dessus des yeux, les- quels sont un peu allongés, assez grands, à peine saillans. Ils ont leur prunelle noire et entourée d'un petit cordon blanchâtre qui se trouve en dedans d'un cercle étroit et d'un bleu noirâtre. Le reste de l'orbite, qui est d'un blanc nacré, ne se découvre qu'antérieurement, parcequeleur ouverture est transversale, afin de faciliter l'extension des pieds par la dilatation de la paupière supérieure. Le sommet de la tête présente huit pieds et deux bras placés circulairement autour de la bouche; ils sont un peu anguleux étant comprimes latéralement , arrondis en dehors et plais sur leur face interne, laquelle porte seule les suçoirs. Los pieds ainsi que les bras vont en s'amincissant vers leur extrémité supérieure qui se ter- mine en pointe. Il règne toujours un ordre symétrique dans la distribution de ces pieds , par lequel les deux de dessus et ceux du dessous de la tête , qui sont contigus , sont les plus petits ; le suivant de chaque côté est plus long que ceux-ci et plus épais à sa base. Ces derniers sont séparés des deux bras par un autre pied qui tient le mi- lieu entre les proportions des quatre petits et des deux intermédiaires. Ces huit pieds sont garnis dans toute leur longueur de suçoirs cupuliformes, mais les deux bras n'en offrent que dans leur extrémité supérieure : du reste ils sont plus menus que les huit pieds et même de moitié plus à leur orifice , d'un tiers plus longs que ceux-ci , et d'une grosseur à peu près égale jusqu'à la partie qui porte les suçoirs , laquelle est un peu renflée en forme de massue allongée. Les suçoirs consistent en capsules larges de 3 à 4 mil- limètres, dont le bord est garni, sur la moitié seulement de la circonférence , de petites dents circulaires d'un as- ( 333 ) pect argenté dont la poiutc est un peu rentrante en de- dans. Tantôt ces denticules se trouvent latéralement, ou tantôt du côté du sommet des pieds ou des bras ; en général elles n'ont point de position fixe. Ces capsules sont d'une nature ferme et cartilagineuse , quoique très- minces, portées sur un pied court , toujours excentrique et placé vers leur partie intérieure. Les pieds et les bras étant tous réunis ensemble inté- rieurement forment l'étoile lorsque l'animal les tient étalés; ils adlièrent entre eux par une membrane qui se prolonge ordinairement en sept pointes en devant. Les deux bras sont placés un peu plus en arrière , et d'après leur adhérence à la membrane qui se trouve décurrente en dessous de son bord , il est très-facile de reconnaître qu'ils ne peuvent agir pour ainsi dire qu'en avant et fort peu se rapporter en arrière, parallèlement au corps, ainsi que cela se voit dans le Calmar ordinaire. ' Un bourrelet charnu, circulaire, large de 8 millimè- tres et couvert de papilles très-obtuses , s'élève au centre de la membrane dont nous venons de parler ; il entoure immédiatement le bec corné qui constitue la bouche , et le recouvre à la volonté de l'animal. Ce bec est fort tran- chant, mince, dans une position inverse de celui des oiseaux, du noir le plus intense, composé de deux man- dibules qui sont d'une consistance très-ferme. La supé- rieure en s'abaissant se trouve reçue dans l'inférieure qui se recourbe en crochets de bas en haut. Dans l'éîat or- dinaire , la poijjte seule excède le niveau du bourrelet qui l'entoure. 11 y a une très-grande .analogie dans la forme de ce bec et celui des congénères de cet animal , avec celui du perroquet-, il tranche vivement par sa cou- ( 334 ) leur du noir le plus intense , avec la Icintc blanchàlre de toutes les parties voisines. Si l'on ne considérait la tête qu'avec tous ses pieds et les deux bras allongés dans la dii eclion du torps , l'on n'hésiterait pas à croire la bouche de l'Encornet située dans le sillon courbé en arc qui se trouve en dessous, à l'endroit même où la bouche existe dans la conforma- tion ordinaire des animaux. Il serait même d'autant plus naturel de l'y supposer, qu'on rencontre en cet endroit une valvule ou soupape qui vient clore une cavité dans laquelle on croirait trouver l'orifice de l'œsophage, mais qui n'aboutit nulle part. Au reste c'est par cette valvule elle-mèmo que l'Encornet vivant lance avec force toute l'eau et la liqueur noire que son corps renferme inté- rieurement. Peut-être sert-elle encore à quelques au- tres évacuations. J'ai rencontré parmi les Calmars de l'Amérique sep- tentrionale décrits par le Sueur , une espèce qu'il nomme Loligo îllecebrosa, qui me paraît assez analogue à celle que je viens de décrire : mais celui-ci dillêrc du nôtre par la partie 'postérieure de sa tête qui se coupe trans- versalement en ligne droite , au lieu de former à sa partie moyenne une pointe correspondante à celle qui est au sommet du manteau. Il en diilere encore par ses nageoi- res dont le bord supérieur est coupé d'une manière plus rectiligne -, en outre ses deux bras se trouvent plus grêles. Ce Calmar sert également d'amorce ou d'appât aux pê- cheurs de la baie de Saude ( Saudy ), pour prendre la Morue. Il reste maintenant à constster , sur nombre d'indivi- dus, si ce sont deux espèces distinctes, ou plutôt, comme ( 335 ) je le présume, deux motlifications du lypc qui consliluc l'espèce proprement dite. Ayant décrit et figuré ce Lo- ligo en 1816 , je suis le premier naturaliste qui s'en soit occupé; le Sueur ne l'a publié qu'en 1821. EXPLICATION DE LA PLANCHE l6. Fig. I. Loligo piscalnrum vu en dessus. — Fig. 2. Le même vu en des- sous. — Fig. 3. Le sommet, de la tête ayant les pieds et les bras ttale's en étoile, afin de découvrir le bec corne' qui forme la bouche. Fig. 4- Portion de l'anim.al vue en dessous pour faire voir la valvule par le sommet de laquelle sort la liqueur noire, et que l'on a abais- sée pour découvrir une cavité demi-circulaire qgi forme un cul-de- sac . et qu'on pourrait prendre pour la bouche au premier abord. — A. Une des ventouses ou suçoirs, vue latéralement. — B. La même, vue de face, aQn de découvrir l'orifice par lequel l'air est aspiré. — C. Le cristalin. — D. Le même grossi. Notice suj- un Insecte hyménoptère , de la fandlle des Diploptères , connu dans quelques parties du Brésil et du Paraguay , sous le nom de Lecheguaha , et récoltant du miel; Par m. Latrkille. Lue à l'Académie royale des Sciences. D'APRiiS nos connaissances sur les habitudes des in- sectes, les abeilles semblaient jusqu'à ce jour posséder exclusivement la faculté de recueillir le miel et de le con- server dans des alvéoles. Cette opinion me paraissait même tellement fondée que quoiqu'un observateur, dont la vé- racité et rexariiiude ne peuvent être révoquées en doute, don Félix d'Azzara , nous eiit dit, dans la relation de ses voyages dans l'Amériquo méridionale , que certaines gué- ])es de (;es contrées faisaient du miel, j'avais pensé avec M. Walckenaer(Traduct. de ces voyages, t. I, pag. iG-li) i\\xc. ce voyageur, peu versé en entomologie, s'était mé- ( 336 ) pris à l'égard de ces insectes , et qu'on devait les ranger, soit avec les Mélipones , soit avec les Trigones, hyménop- tères analogues sous ce rapport à nos Abeilles et aux Bourdons. (Voyez le Recueil d'Observations et de Zoo- logie et d'Anat. comparées de MM. Alexandre de Hum- boldt et Aimé Bonpland , et la seconde édition du Dict. d'hist. nalur. , article Mélipone. ) Cependant les faits re- cueillis par M.deSainl-Hilaire, dans son voyage au Brésil, au sujet de l'une de ces guêpes , celle que d'Azzara nomme Lechegitana , prouvent incontestablement que cet auteur avait bien jugé les rapports naturels de cet insecte, et que des espèces de guêpes de l'Amérique méridionale, en employant pour la construction de leurs nids les mê- mes matériaux et essentiellement le même genre d'ar- cliitecture que les nôtres , destinent néanmoins une partie de leurs gâteaux à recevoir un miel excellent, ayant plus de consistance que celui des Abeilles , et dont M. de Saint- Hilaire nous a donné une quantité suffisante pour en con- naître la nature. Au premier examen des gâteaux apportés par ce savant botaniste, je n'ai pas hésité à reconnaître mon erreur et à déclarer que l'insecte qui les avait construits devait ap- partenir à ma sous -famille des guêpiaires et se rapprocher des Guêpes cartonnières et autres espèces composant aujourd'hui mon genre Poliste. Cet hyménoptère est aussi désigné sous le norn de LecJieguana dans la belle collec- tion zoologique formée au Brésil par M. de Saint-Hilairc , collection d'autant plus précieuse pour le Muséum d'his- toire naturelle , qu'elle offre un très-grand nombre d'es- pèces recueillies dans des provinces qui n'avaient pas été explorées. J'ai eu la facilité d'en étudier les carac- tères. Le résultat de cet examen a été que l'insecte était réellement de ce genre, et qu'il n'était pas indiqué ou ( 337 ) décrit dans les auteurs systématiques. D'autres natura- listes ou voyageurs , anlérieui's à d'Azzara , tels que Pison, Marcgrave, Hernandez , etc., en ont-ils fait mention? c'est ce qui est plus problématique. En comparant les descriptions que fait d'Azzara des guêpiers construits par les insectes qu'il appelle Lecheguana et Camuatis, avec ce que le deinier , dans son Histoire naturelle de la Nou- velle-Espagne , liv. 9, page i33, nous dit de deux es»- pèces d'Abeilles , dont il figure les nids sous les noms de Micatzonteco, Mimiaoatl et Y zaxalagmitl , figures que j'ai reproduites dans mon Mémoire sur les Abeilles de l'Amérique (Rec. d'Observat. et de Zoolog. et d'Anat. comp. de MM. de Humboldt et Bonpland), j'ai lieu de soupçonner que ces insectes sont identiques ou peu dif- férens. La première de ces ruches serait celle de la guêpe Lecheguana. L'abeille dont, selon Marcgrave, le miel est appelé kitshaara , et dont la ruche longue d'une demi- aune , et formée d'une espèce de papier grossier , est sus- pendue à des arbrisseaux ou à des petits arbres , pourrait bien encore ne pas différer de l'insecte précédent. Les observations que m'a communiquées , à l'égard de celui- ci , M. de Saint-Hilaire , concordent assez bien avec celles de Marcgrave. Les sociétés de nos Guêpes indigènes finissent aux ap- proches de l'hiver 5 mais il est probable qu'il n'en est pas ainsi de celles des Guêpes propres à des pays dont la température atmosphérique est beaucoup plus élevée, et où celte saison n'est tout au plus distincte que par le repos de la végétation ou moins d'activité dans ses dévelop- pemens. C'est peut-être pour mettre à profit ce luxe de végétation qui caractérise les contrées équatoriales ou avoi- sinant les tropiques, et. pour se précautionucr contre Tome IV. 22 ( 338 ) ]es temps de disettes, que ces Guêpes recueillent du miel. Celle que les Brasiliens appellent Lecheguana se rap- proche beaucoup , ainsi que j'en ai prévenu plus haut , de la Guêpe cartonnière de Réaumur, que Fabricius place avec les Guêpes proprement dites, en la désignant sous le nom de Nidulans (S)stem.piezatorum, pag. a66), et que j'avais d'abord séparée dans un genre propre, celui (VEpipone (Epipona). ïMais il est évident que l'épis- tome ou le chaperon et les organes masticatoires de cet insecte, sont les mêmes que ceux des Polistes, et qu'il doit être rapporté à cette première division du genre que j'ai caractérisé ainsi : ( Gênera crustaceorum et msecto- 7-um, T. IV, p. 1 4 1 )■ tnetathoirix postice et nhdomeii antice abrupte triincata ,• hoc brevissiiiie pediculato ; illius seg- mento antico in pediculum elongatuni non angiistato. Les formes de ces parties sont communes tant aux Guêpes proprement dites ou à celles de notre genre Fespa , qu'à plusieurs Guêpes solitaires. Voilà pourquoi Fabricius , ne consultant que ces analogies , a confondu générique- mentces hyménoptères. Ses Guêpes sericea et sctitellaris paraissent avoir une grande affinité avec notre Poliste lecheguana ; mais la première s'en éloigne par la couleur de l'écusson, et la seconde par celle des pieds. Les mandibules de ce poliste sont terminées par quatre dents, dont les trois supérieures très-aiguës, diminuant peu à peu de grandeur , et dont la quatrième ou l'infé- rieure comme tronquée est échancrée. Le thorax est plus fortement tronqué à son extrémité postérieure que dans d'autres espèces de la même division, la nidulans no- tamment, de manière que l'écusson , en forme de carré transversal , un peu échancré ou concave au milieu de son bord postérieur, s'avance un peu au-delà du meta- ( 339 ) ihorax, et qu'une portion supérieure de la base de l'ab- domen peut s'appliquer contre lui. Le second anneau de cette partie du corps étant fort grand et pouvant re- cevoir les suivans, elle se présente sous une forme pres- que globuleuse , mais se terminant en pointe. Ce n'est qu'en entrant dans ces moindres détails de formes, que l'on pourra distinguer rigoureusement et sans équivoque les espèces très-nombreuses du genre F espa de Linné. En admettant la division exposée ci-dessus, les carac- tères spécifiques dû Poliste lecheguana , Polistes lèche- guana , deviennent très-simples et peuvent être exprimés ainsi ; Corps noir , un peu soyeux , ponctué ; écusson avance ; tête, thorax et pieds sans taches -, métathorax unidenté de chaque côté; bord postérieur des cinq premiers an- neaux de l'abdomen jaune 5 ailes supérieures enfumées à leur base. Corpore nigro , subsericeo , punctalo , scutello pro- minulo ,• capiie ^ thorace pedihusque inunaculaiis ; ine- ihathorace utrinque unidentato ; ahdominis segmeniis qidnque priniis posteriùs Jlavo marginatis ; alis superis basi obscuro-favida. L'abdomen est plus luisant et plus finement ponctué que les autres parties du corps. Le jaune qui borde pos- térieurement ses cinq premiers anneaux tire un peu vers l'orangé. Les deux dénis du raélliatorax sont formées par le prolongement de ses angles postérieurs. Le duvet soyeux est généralement obscur : mais sur les côiés infé- rieurs du mésothorax et près des angles du mélathorax il est un peu luisant et semble y former des espèces de taches. Je n'ai vu que des individus neutres. La longueur du ( Ho ) corps est d'environ huit milHmètres. M. Langsdorff m'a- vait envoyé cet insecte , mais sans indication particulière. Rëlatiom d'un empoisonnement causé par le miel de la guêpe Lecheguana ; ( Elirait, ) Par m. Auguste de Saint-Hilaire. Lue à TAcadémie des Sciences. Aristote , Pline et Dioscoride ont assuré qu'en un certain temps de l'année le miel des contrées voisines du Caucase rendait insensés ceux qui en mangeaient , et Xénopbon raconte qu'aux approches de Trébizonde , des soldats de l'armée des d-ix mille furent très-incommodés pour avoir goûté à du miel qu'ils trouvèrent dans ïa campague. Ces récits ont été confirmés par plusieurs modernes, par le P. Lambert, par Tournefort , surtout par Guldenstaedt, le compagnon de Pallas, et ces voya- geurs ont reconnu que c'étaient les fleurs de VAzalea Pontica , et peut-èlie aussi celles àuRliododendrum Pon- iicwn, qui communiquaient au miel de la Mingrelie des propriétés délétères. Ce n'est pas seulement dans l'Asie-Mineure que l'on a trouvé du miel d'une qualité dangereuse. Seringe ra- conte l'histoire de deux pâtres suisses qui furent victimes d'un affreux empoisonnement, causé par du miel que le Bourdon commun avait sucé sur les Aconitum. napcllus et Ljcoctonum. Celui que les Abeilles de la Pensylvanie , de la Caroline méridionale, de la Géorgie et des deux Florides, recueillent sur les Kalmia angusùfolia , lati- folia et hirsuta, et sur VAndromeda mariana , cause souvent, selon Benjamin Smiih Barton, des maux d'es- I ( 34. ) tomac, des vertiges et du délire. Enfin Azzara rapporte que le miel de deux espèces d'Abeilles communes au Pa- raguay, occasione l'ivresse la plus complète, des con- vulsions et de violentes douleurs. Malgré tant d'autorités réunies, de nos jours encore plusieurs écrivains ont traité de fabuleux les récits de l'historien des dix mille ^ mais si ces récits avaient besoin d'une confirmation nouvelle, on la trouverait dans un événement qui est arrivé à M. Auguste de Sainl-Hilairé pendant le cours de ses voyages. Après avoir suivi long-temps les bords du Rio-de-la- Plata et ceux de l'Uruguay, il était arrivé dans un vaste désert , uniquement peuplé par des jaguars et d'immenses troupeaux de jumens sauvages, de cerfs et d'autruches. Obligé de rester quelques jours sur les bords, du Rio- de-Santa-Anna, en attendant un guide qui devait lui être envoyé de fort loin , il profitait de ce séjour pour aller faire de longues herborisations dans la campagne. Dans l'une de ces excursions, il vit un guêpier qui était suspendu, à environ un pied de terre, à l'une des branches d'un petit arbrisseau, et qui avait une forme à peu près ovale , de la grosseur de la tête, une couleur grise, et une consistance cartacée comme les guêpiers d'Europe. Deux hommes qui l'accompagnaient, un soldat et un chasseur, détruisirent le guêpier, et ils en tirèrent le miel. M. de Saint-Hilaire mangea environ deux cuil- lerées de ce miel-, le soldat et le chasseur on goûtèrent également, et tous s'accordèrent à. le trouver d'une dou- ceur agréable, et absolument exempt de cette savoir pharmaceutique qu'a si souvent ccîlui de nos abeilles. M. de Saint-Hilaire éprouva bientôt une; douleur d'es- tomac plus incommode ([ue vive, il se coucha sous sa f'Iiarrelte et s'endormit. A son réveil il se trouva d'une C 340 telle faiblesse , qu'il lui fut impossible de faire plus de cinquante pas; il retourna sous la charrette, et sentit son visage baigné de larmes, auxquelles succéda un rire convulsif qui se prolongea quelques inslans. Sur ces entrefaites arriva sou chasseur . qui lui dit d'un air égaré, que depuis une demi-heure il errait dans la campagne, sans savoir où il allait. Cet homme s'assit sous la charrette à côté de son maiire, et ce fut alors que commença pour celui-ci l'agonie la plus cruelle. Il ne ressentait point de grandes douleurs , mais il était tombé dans le dernier affaiblissement, et éprouvait toutes les angoisses de la mort ^ un niiage épais obscurcit sea yeux, et il ne lui fut plus possible de distinguer que les traits de ses gens et l'azur du ciel. Il demanda de l'eau tiède, et s'étant aperçu que toutes les fois qu'il en avalait le nuage qui lui couvrait les yeux s'élevait pour quelques înstans, il se mit à boire presque sans interruption. Cependant le chasseur se leva tout-à-coup , déchira ses vêtcmens, les ^eta loin de lui, prit un fusil, le fit partir, et se mit à courir dans la campagne, en criant que tout était en feu autour de lui. Le soldat, qui avait pris sa part du miel vénéneux, avait commencé par être fort malade,* mais comme il avait vomi très-promptement, il avait bientôt repris des forces. Il s'en faut cependant qu'il fût eutièrement ré- tabli 5 après avoir donné pendant quelque temps des soins à M. de Saint-Hilaire , il monta tout-à-coup à cheval , se mit à galopper dans la campagne-, mais bientôt il tomba, et quelques heures après on le trouva yjrofondément en- dormi dans l'endroit même où il s'était laissé tomber. Cependant l'eau chaude dont M. de Saint-Hilaire avait bu une quantité prodigieuse, finit par produire l'effet qu'il en avait espéré, et il vomit avec beaucoup de K- b ( 343 ) quide une partie des alimens et du miel qu'il avait pris le matin. Alors il commença à se sentir soulagé, il put distinguer sa charrette , les pâturages et les arbres voi- sins ; il indiqua à ses gens où ils trouveraient un vomitif; il le prit en trois portions, et après avoir rendu la troi- sième, il se trouva dans son état naturel. A peu près dans le même moment la raison revint tout-à-coup au chasseur, et il prit de nouveaux vête- mens. Le lendemain M. de Saint-Hilaire était encore un peu faible 5 le soldat se plaignait d'être sourd d'une oreille ; le chasseur assura qu'il n'avait point encore recouvré ses forces, et que tout son corps lui paraissait enduit d'une matière gluante. M. de Saint-Hilaire, s'étant remis eu l'oute, dît à ses gens qu'il serait bit;n aise d'avoir quelques guêpes de l'espèce qui produit le miel dont il avait failli être la vic- time. Bientôt il aperçut un guêpier absolument semblable à celui de la veille, et ce guêpier fut reconnu par lui, et par toutes les personnes de la suite, pour appartenir également à la guêpe appelée dans le pays Lechegiiana. Malgré ce qui était arrivé le jour précédent , quelques Indiens qui accompagnaient M. de Saint-Hilaire eurent l'imprudence de manger le miel de ce dernier guêpier, mais ils furent assez heureux pour n'en point être in- commodés. Aussitôt que M. de Saint-Hilaire fut sorti du désert où il était alors, et qu'il entra dans la province des Mis- sions, il interrogea beaucoup de gens sur le mîél du Lè- chcguana. Tous, Portugais , Guaranis , Espagnols, s'ac- cordèrent à lui dire que le miel de la guêpe Lecheguana n'était pas toujours dangereux , mais que, lorsqu'il in- commodait, il occasionait une sorte d'iviesse et de délire ( 344 ) dont on ne se délivrait que par des vomissemens , et qui allait quelquefois jusqu'à donner la mort. On lui assura que l 'on connaissait parfaitement la plante sur laquelle la guêpe Lecheguana va souvent sucer un miel empoisonné , mais comme on ne la lui montra pas, il se trouva malheureusement réduit à former de simples conjectures. Sur la nouvelle famille de plantes fondée sur le genre Tamarix; Par m. Des vaux. D'aprîîs la communication que nous avions faite à la classe des sciences de l'Institut de France, de l'établis- sement d'une famille de plantes sous la dénomination de Tamaiiscinées , on a cru devoir adopter la création de ce groupe naturel , et bien que ce travail soit fait depuis plus de huit ans (i) , il n'a pas encore été publié , nous croyons donc utile de faire connaître en détail le résultat de nos observalions , en y joignant la mono- graphie de cette petite famille de végétaux. Le savant Gaertner ayant prouvé , par l'analyse , que le genre TamArix avait les graines dépourvues d'albumen, dès-lors , quel que soit le rapport de la capsule de ce genre avec celle du Telephium, près duquel il était placé, il n'est plus possible de le ranger parmi les Portula- cées ^ d'ailleurs le dernier de ces genres, ainsi que nous nous en sommes assurés , oiiVe un albumen très-déve loppé. (l) Cette fainille de plantes a été proposée pn i8i5, et le trayail lu i l'Institut. \ ( 345 ) Ayant eu occasion d'étudier une série d'espèces nou- velles ou peu connues , que l'on peut grouper de ma- nière à former deux genres distincts, nous avons cru par- là pouvoir donner encore plus de consistance à la fa- mille des Tamariscinées , dont voici le caractère ; « Calice libre , profondément divisé , rarement tubu- » leux à sa base , et à divisions imbriquées ; 5 pétales » (^rarement 4)> saillans hors du calice et marcescens, » fixés à la base du calice; 4^5 ou 10 étamines un peu M réunies à la base ou monadelphes; ovaire simple , Iri- » gone; style sessile , à 3 sillons ou 3 styles ; fruit cap- M sulaire , trigone, trivalve, uniloculaire , polysperme 5 » graine aigrettée , à aigrette simple ou composée , fixée » au haut ou au bas des valves ». Dans un Mémoire présenté à l'Institut, M. Auguste de Saint -Hilaire propose de placer le Taniarix dans les Lythraires , en faisant pressentir qu'il peut donner lieu à l'établissement d'une famille particulière , d'après la comparaison qu'il annonce avoir faite des deux espèces généralement connues. Les différences des fleurs de ces deux arbustes nous étaient bien connues, et depuis un grand nombre d'an- nées, nous avions tracé leurs caractères respectifs. Les doutes de M. Auguste de Saint-Iiilaire nous engagèrent alors à étudier ce groupe avec un nouveau soin. Quels que soient les rapports que l'on trouve entre le genre Tamarix et les Lythraires, il est certain qu'il en diffère par plusieurs points essentiels. Le calice paraitbien un peu lubuleux vers la base , dans le Tamarix d'Alle- magne, ainsi que dans les Lythraires, mais dans quatre espèces congénères , nous avons observé que les divisions • ( 346 ) du calice se prolongent presque jusque vers la base: L'insertion des étamines, placées au bas du calice, dans le Tamarix , ne ressemblent point à celles des Lythrai- tes, qui ont les filets adnés au calice. De plus, il n'y a point, dans le Tamarix, le placentaire (ou placenta) central que l'on trouve dans le Lythrum, et les graines, qui sont appendiculées , sont fixées au milieu ou au bas des valves. Les différences entre les Taniariscinces et les Lythrai- res sont d'une plus grande importance que les rapports qu'elles peuvent avoir , si l'on en excepte l'absence de l'albumen dans les deux familles. Lorsque l'on ne connaissait que deux espèces de Ta- marix, il eût peut-être été inconvenant de constituer une famille de plantes sur deux espèces-, mais comme, d'après les observations qui suivent, on trouve une réu- nion de quatorze espèces, qui peuvent être divisées en deux genres , il n'est plus aussi extraordinaire d'établir la famille que nous proposons. Nous n'ignorons pas que ces sortes de créations doi- vent être faites avec une prudente circonspection , parce que de fausses considérations entravent les progrès de la science, et d'un autre côté il faut éviter l'établissement d'une famille , sur chaque genre de plantes , qui n'a pu ou ne pourrait être classé, parce que l'on multiplierait, au détriment de la science , le nombre des familles. C'est après nous être bien pénétrés de principes aussi utiles , que nous croyons cependant nécessaire de conserver distincte la famille des Tamariscinées. Ces créations ne sont pas toujours une addition au nombre de celles con- nues, parce qu'il n'y a pas de doute que plusieurs de celles que l'on a proposées, ne sont pas établies sur des ( 347 ) bases solides , et que même quelques-unes de celles an- ciennement établies doivent être réduites : par exemple ce n'est que par une sorte de préjugé de l'école que l'on a fait trois familles dans les Composées , qui n'en for- ment qu'un seule, très-naturelle, bien loin d'en faire quinze à vingt , comme on le propose aujourd'hui. S'il est une circonstance où l'on puisse proposer l'éta- blissement d'une nouvelle famille de plantes , c'est celle où un genre bien connu dans tous ses détails d'organi- sation , est prouvé cependant n'avoir aucun rapport pro- noncé avec une de» familles de plantes déjà établie , et c'est ce qui a lieu, au moins nous le pensons, pour le genre Tamarix ,• surlout lorsque le genre , tel que nous le supposons , est susceptible de former , ainsi que le Tamarix, divers genres. Au surplus c'est aux botanistes à peser la valeur des caractères que nous avons signalés, car c'est l'assentiment général et non l'opinion particu- lière qui fait régie. Dans le genre Tamarix se trouvent léunies neuf es- ^ces. Le second genre, qui en est détaché, n'est composé jusqu'à présent, d'après nos recherches, que de cinq espèces, et nous le désignons par le nom de Myricaria, mot par lequel Camerarius signalait le Tamarix ger- manica. Nous soupçonnons d'après des fragmens incom- plets, vus dans les herbiers , qu'il sera possible d'élever encore le nombre des espèces plus que nous ne l'avons fait. Si ce ne sont pas des espèces telles que l'on peut s'en faire l'idée , ce sont au moins des modifications qui peuvent être énumérées , et dont les caractères sont aussi mafqués que dans un grand nombre de végétaux que l'on est convenu d'élever au rang d'espèces, bien ( 348 ) qiie des observations plus réfléchies puissent plus tard les replacer dans l'ordre des variations. TAMARISCINE^. Ca/ù: inferus , profundè parti tus , rariùs basi tubu-- losus : laciniis subimbricatis. Petala 5 . interdùm 4 > exserta , marcescentia , basi calycisadlîxa. Slamina 5-io, rarissime 4 -, monadelpha aut tantum basi coalita. Ova- rium superum , simplrx , triaugulare. iSfj/u5sessilis, tri- sulcus , aut styli 3. Fructus capsuîaris , trigonus , tri- valvis , unilocularis , polyspermus. Smmina apice papposa aut unisetosa , imis aut sœpiùs mediis valvarum basi affixa. Embryo erectus absque albumine. Herhœ , fru- tîces aut arbusculœ ferè Juniperi fade ; folia alterna quandoque squamiformia aut -vaginantîa. Flores hrac- teolati, spicati : spicis simplicibus aut paniculatis. TAMARIX. Cal'ix 4-5 partitns, persistens : Isciniis subimbricatis. Petala 4-5. Sfaniina 4-5 , quandocjuè lo basi coalit^ Styli 5 , elorigati.. divaricaii. Stigniata subspathulata , glandulosa. Semina basi valvarum aiîixa subunis«;tosa. Flores spicati , spicis paniculatim dispositis. I. T. Gallica , L. ( Tamariscus Narhonensis , Lobel. — T. gallicus, AU. — T pentandra , Moenrh. Lam. — 'J'. gallica, a Willd), foliis glaberrimis amplexicaulibus. subremotis, minutis , adpressis, .icutisj spicis gracilibus , latcralibus; floribus sublaxis, 5-andris ; petalis mi- nutis , patentlbus. Habitat in Galjiâ , Euiopeâque australi. ( v. v. ) a. T. ArnicAWA, Poir. Voy. ( T. gaUica y Willd. ) Foliis glabiirimis amplexicaulibus, imbncaMs, adpressis, miniitissimis, subaristuiatis , spicis crassis, densis; floriijus 5-andris ; petalis magnis patentissimîs. Creicit in Barbariae arenosis inque Galliâ australi. fv. s.) 3. T Caiîescens, Nob. ( T. pentandra, var. Pall. FI. Ross. 2, p. 72 ( 349) ^9 B. — T. gallica (i Willd. ) Foliis caulibusque tomentoso-incanis. Habitat io desertibus saisuginosis maris Caspici. (v. s.) 4.' T. PAi,LAsii,]Nob. (T'.pe/i p* ^oo> ) Lias bleu et blanc de Lymc et d'AxminsterCDevon.shire) : a espèces. M. de la Bêche, Traiia. Oéol. of Lond., a» série, i" vol., p. -jô, pi. 7 , fig. 2 , 3. Lias ou ( Alum shalc de Witby, Yorcksbire. ) MM. Young et Bird : 23* ( 356 ) neux . et plus rarement dans quelques couclies supérieu- res à la Craie , elles y paraissent jusqu'ici infiniment moins communes, et pour ainsi dire plus étrangères que dans le terrain houiller, leur véritable sol naturel. De plus, ce ne sont point les mêmes espèces que celles ij^néc à cliaqi;e d('[)ôt n'est p;is tout-à-fait celle qu'on observerait sur lu loute môme de Paris à Aliuçon ; ['(JolUe de iMortagne occu|ier;iit trop d'espace : celle coupe ollVe plutôt le résullat d un gri.nd noiiiljre iVobscrvalions isolées recueillies sur d'autres points (364) 35 lieues de la mer, entre Bellesme et Alençon , et tra- verse les couclies dans un sens pamllèle aux falaises, c'est-à-dire de TE. S. E. k VO. N. O. , sur une largeur ' de 8 à g lieues. Aux deux extrémités , deux forêts en dominent l'ensemble, la forêt de Bellesme et celle de Perseigne, dont le sol est géolngiquement très -diffé- rent: la première, ainsi que la plupart des nombreuses forêts de la partie orientale du département, occupe un grand dépôt argilo-sablonneux,avec silex brisés et mines de fer hydraté, argiles évidemment supérieures à la for- mation crayeuse , et conséquemment bien plus nouvelles que les couches qui nous occupent; la forêt de Perseigne au contraire, comme celles situées plus à l'ouest dans cette partie de la France, repose sur des terrains beau- coup plus anciens, terrains de transition composés de grès, de phyllades, d'eurites porphyritiques, de grani- tés, dont la masse constitue un îlot qui sépare cette con- trée ondulée de la plaine d'Alençon égalemeot calcaire, mais plus uniforme. La physionomie de cette petite ré- gion physique ainsi limitée, contraste vivement avec l'aspect de celles qui l'environnent, surtout avec la partie orientale du Bocage Percheron (i). compris dans le même intervalle. L'inclinaison des couches est très- le'gère , mais dans le sens indique' ; d'autres coupes prises sur des points difierens du départ, de l'Orne, et particulièrement entre Mortagne et Alençon, entre Echauflbur et Argentan , et dans le Calvados entre Lisieux et Caen, montreraient la même stratification. (i) M. Omalius d'Haltoy, qui faisait souvent ressortir d'une manière si inte'ressante et si ingénieuse les rapports de la géographie physique avec la géognosie, avait ge'ncralement indique' les difTe'rens aspects du Perche, de la Beauce, de la Touraine, de la Sologne et autres petites re'gions naturelles environnantes , mais il n'avait point parlé du con- traste que présente la première avec les terrains décrits dans ce Mé- moire. ( Anu. des Mines, t. i, i8i6.) ( 365 ) Au Hou des inégalités muliipliées, des coteaux à pentes rapides, des plateaux en partie couronnés de bois, des vallons étroits et nombreux , se terminant à des golfes, ou conduisant des eaux abondantes aux rivières des vallées à prairies; au lieu de ces changemens si fréquens de niveaux, desol et de culture, dont l'agréable diversité caractérise les paysages du Perche, on ne voit plus ici qu'une seule terre végétale presque constamment rouge ou brunâtre, une surface légèrement ondulée, découverte , presque sèche, surtout sur les Calcaires, généralement à culture céréale, et qui, sans offrir toute l'uniformité des plaines, ne montre quelques vallons un peu profonds qu'aux points où deux systèmes de couches se remplacent. A la vérité, en remontant au nord, ces mêmes zones, entre Mortagne et Alençon , présentent, ainsi que l'a déjà re- marqué M. Defrance, plus de verdure, et surtout de fort beaux arbres fruitiers. Cette différence d'aspect ex- térieur est en rapport parfait avec la différence des ter- rains: le sol du Perche est formé des couches de la craie ancienne et du sable vert, recouvertes çà et là par des dunes sableuses mamelonnées, ou en traînées irréguliè- res, par des argiles ochreuses avec silex, formant pres- que tous les plateaux boisés, et çà et là par quelques lambeaux de terrains lacustres j l'autre région au con- traire est formée des ditlércns systèmes ooli tiques dont nous allons parler. On voit se recouvrir surcessivement , et se remplacer selon Tàge de leur ancienneté relative (de l'E. à l'O. ), ces conciles que j'essaierai de comparer aux strates cor- rcspondans qui, dans le comté d'Oxford, entre la vallée d'Aylesbury et Charbury (du S. S. E. au N. N. O.) pré' sentent la même succession géologique et géographique, depuis YOachtrée-clay de Shotover ( S. E. d'Oxford ) ( 366 ) jusqu'au Calcaire s cîiisteux de SlonesGeld (5 lieues N. O. de la môme ville) j comme depuis l'argile bleue supé- rieure de Bellesme , jusqu'à ÏOolite à Fougères de Ma- mcrs. La superposition immédiate des couches recou- vrant, les deux terrains compares , s'observe d'une part à Hcaddinglon près Oxford, et de l'autre à Courgeoust près Mortagne. Ce rapprocliement qui m'avait vivement frappé dans l'étude de l'intéressant tableau de M. Buck- land sur la stratification de l'Angleterre, et dans la lec- ture de l'ouvrage do MM. Couybeare et Philipps, m'est devenu bien plus certain depuis les nombreuses et obli- geantes communications de M. Constant -Prévost, et après un examen attentif des séries de roches recueillies par cet habile géologue en Angleterre , ainsi que de celles rassemblées à l'Ecole des mines par les soins de MM. Bro- chant, Elie de Beaumont et Dufrenoy. Je décrirai donc , en commençant par le plus nou- veau, les deuxième , quatrième, cinquième et sixième des systèmes ci - dessous énumérés , plus particu- lièrement d'après les caractères que présentent les couclies du département de l'Orne. Mais afin de mieux préciser leur place au milieu de la grande forma- lion oolitique , tellement variée et développée dans le N. O. delà France, j'ai essayé d'en présenter l'ensem- ble dans un tableau très-imparfait , et sans doute incom- plet encore, en réunissant les caractères les plus saillans de cliaque terrain d'après les observations comparées de MM. C.Prévost, de la Bêche, Hérault, de Mangneville, de Caumont, et après avoir observé moi-même en place toutes les couches indiquées. Ce n'est encore qu'un som- maire qui ne peut que faire désirer plus impatiemment le grand tableau et les descriptions plus complètes que, de- puis plusieurs années, M. G. Prévost a promis à la science. 1 I CA DE SKC' •e c le. ^ com ees- -Sa itaL caL pati . pouc st ra icarif ijbn ESQUISSE DE LA STRATIFICATION DE LA FOKMATIOiN OOLITIQUE (calc. jurassique) DANS LA PARTIE NORD-OCCIDENTALE DE LA FRANCE (DKPARTE.MEiNS DE LA MANCHE, DU CALVADOS, DE L'ORNE, ET UNE PARTIE DE LA SARTHE); PAR n. J. DESNOYERS. Les tlini-rcns systè SYSTÈME SUPÉRIEUR. . mes , et autant que possible , les couches de chaque système , sont indiqués dans lordie de leur superposition, du plus nouveau au plus IVl t dcndriliquc; à cassure polyédiiriue ou scliisti - Argiles bleues très- SYSTÈME MOYEN. iNBs AnciLEiSES DE HosPLEuR OU DE Belleshe, { i5 mètrcs , la plus grande «épaisseur connue. 1. Cale â paie fine, de couleur plutôt bise qtie bleuâtre, soit tendre et lâchant, soit faiblement compacte altérables, — Lumacliclle. — Bièclie à fiaç^mcns et à pâte de calc. bleu. Colite de MonTAcnE ou de Lisieux. (4'' ^- '' Calc oolilique blanc, jaune ou rouKsatre, à gros grains pisolitiformes, en masses imparf. slratiHies. — Petites Dicérales; Kérincs; Mêlanies ; Polypiers Umellifères. Colite plus fine sans ï „ _ coquilles. — Lits subordouut^â de calc. poreuxj — de calc. compacte^ — de silex cornés blancs. — Sables silicco-calcaircs verdâtres ocbreux et bigarrés. ^CiORal Hai /MAR^ES Aitr.iLEusss DE DiVES (p. sup.l, 00 i>E Mamers. f 4^ ^ ^^ °>- ) Galelî de calc. oolilique Argiles bleues ïi Pernes, i Trieonies, Ammonites; Gryphœa dilatata — Lumaclicllc. — AfRÎleî jaunâtres. — Ludus de c;dc. brun compacte. —Colite brune, bleue, roussâtre. — Calcaires durs argUifères ( calc. du pays d'Auge). — Sables et grès, calcarifèrcs nvcc Écbinilcs (de Courgeoust, O. ; de Chauffoui-, S.). I Colite de MameiiSjOi; Colite a FoutJÊnEs ( 36 à 4o m. ) -\ Oolile finement grenue, ou lamello- graveleuse , avec nodules de calc. marneux. Fougères, cto Calc compacte bleu, jaune et rose, à concrétions spatliiques. — Colite uniforme, tendre ou lohéreate. — Sables et grés à ciment calc. (Calc. dur grenu, un peu sableux, schisteux, de Moult ( Calv. ), la plupart des calc. ooUtiques du dép. dclaSarlhc). iCALcAins BAnvTiFÊnË D'ALE^■çf^^ Calcaire dcmî-coinpacte. — Colite jaune et blanchâtre. — Marne jaune dendrilique. — Colite spatfaique à taclics bleues et jaunes Baryte crétée lamell. disséminée dans l'Colito. — J\otn. Ce Syilemcost accompagné d'une argile avec baryte , et repose sur un psammile et un poudJini;ue à grains et ciment quartzeux, également barylifères- L'idenlitéminéralogique de ce dépôt ^vcc le IciTain d.'^r/i6se , de Bourgogne, décrit par M. de Bonnard, comme inférieur au calc. à giyphées arquées, est si Complète , que je n'ose réunir le dépôt oohtique et le congloihcrat de la plaine d'Alençon. JCalcaihe de VALoc^ES. i:OUCnrS CORRtSPONDA^TES EN A>GLtTERlU,. Kimmebidge-Claï. [Cxi Cornl-i-ag. Calcarceus-grU. l Bluc-Cla/. ' I Kvlloway rocA. \ Cofii-lrash. ' ( Stonesjield oolitc ? ? )' BEAT Colite. ; ULLEHï EAIlTli. SYSTÈME INFÉRIEUR. Couctics alternatives de glaise diversement colorée, surtout bleuâtre — Lumanbelle. — Calc. cristallin et grenu. — Calc. poreus. — Colite sublamcUaire, bigarrée de bleu, de jaune, de grisâlrc. — Grès calcaréo-sableux et pouddiugue , avec spath calcaire disséminé. ( Ce calc. est rapproché du ctilc. d'CsmanvitIc par M. de Caumont, qui les croit antérieurs au Lias. ) ICALCAinE A POLVpiEns, DE Caen ET d'Abcextan ( 3o m ?) Calc. oolitico-gravcleux ( Sallenclles,etc. 1. — Colite brune (Sanerville, Bavent, C. ). — Glaise ralcarifcrc avec encrinilcs, coquilles, polypiers, surtout pol. foraminés et ii réseau; éponges. — Sable calc. — Calc. dur, jaunâtre, à lamelles spalhîques (var. dominante). Oollte blanche uniforme d'Argenian. — Sables au contact des terrains anciens. I Calcaire DE Caen. [:)5 à 3o m.) Galets d'Colîte (Falaise ). — Calc. dur finement cristallin. — Strates calc, alternant apcc des lits, ou contenant des noyaux de silex corné- — Calc- luffacé jaunâtre, â grains lîns, avec nœuds [dus cohércns ( var. dominante v. — Calc. poreux. — Sables de Falaise et d'Écouché, C. f CaLCAIRR MAR^ECX DE PoRT EN BeSSIK. ( 5o m. ) )- Argiles grises, jaunes ou bleues ( étit habituel ) ; schisteuses ou compactes, alternaDt une ou deux fois avec un calc de même couleur. > I'ul \ Colite BLA>f;iiE aitéhée de Mcsiay, de Cboisiiles, ctc , Calv. ( la m. ) .-..., Calc. le plus souvent tendre et crayeux, se brisant aisément ; faiblement et irrégulièrement oolilique, sans silex. \ lOoLiTE et Calcaire abciledx ferrifébes de Baveux, d'Évrecv , etc. , Calv UKFEnioR Colite, Colite lenticulaire ferrugineuse, avec prodigieux amas de coquilles ( i mètre 1. Concrétions également ferrugineuses, concentriques plus grosses. — Calc. jaune peu cohérent, avec \ silex bleus ou blancs altérés. — Calc. argileux, ochreux, avec Gryphœa cymbium. Plagias lama giga s. — Sables, grès et pouddingue à ciment calc. ou ferrugineux. j ICalcaire sauleux n'OsMAhViLLE (près Isignv ) ? ? , I Lits alternans de calc dur, aigre, sublaincllaire, dendritique , bleu et jaune. — Sables de même couleur peu cohércns. Coquilles difTérentes de celles des autres systèmes. j ( Calcaire A GnvPHÉES ARQDÉES DE Carentan, LoKGJEAO , etc. (C-, M. ) i- i ' ' /■ ' Couches d argile et marne bleues, brunes ou jaunes, feuilletées ou endurcies, alternant jusqu'à vingt fois avec des strates minces de calc. compacte, hlhngraphiqui fForesl-iiiarùle . lirad/brt-cfa/. Bath oolitc. l Dundryjervuginotis colite. I Sand et Marlstone. de II c couleur. J Lias. re été classés, cet essai de tableau n'est probablement ni complet, ni complèlc- s, entre Tiouvillc et Villerville, un calcaire appartenant, sans aucun doute, ;'. :he au Calcaire de Portland, dont il a toutes les apparences ; mais .la relation caractérisé : SYSTEME lout-â-fail SUPÉRIEUR. (rK PED D0UTED\. ) Quoique présentant la réunion de tiei/e systc-mes de couches bien distinctes , dont sis n'avaient point enc ment esact, snrluut pour les iiartîes supérieures qui ont été omises à dessein. Il existe en effet sur liis falai> cotte formation, et qui, paraissant plus nouveau que YOoliie de Mortagne , a été rapporté par fil. de la Bi incertaine encore avec les Argiles de lionjleur m' empêche de l'introduuc dans l'ensemble. Il peut être ain [Calcaire he Hennequeville (Calv. ) ; ' i' /^ i ' V ' ■', li- Calc. grenu blanc jaunâtre, à grains fins , alternant avec des strates parallèles, non feuilletés, de Calc. légèrement oohtique et sableux; de Laïc, dur crislallm raaques, ( 11 ressemble au Calcaire de Caen. ). Peut-être le Calcaire d'Écouché ( Orne). _ Un autre système , oolilique encore en partie , et supérieur évidemment à tous les autres , est le sable brun et le grès bleu calcarifère de Glos. près Li«cux ; du Havre , de Tro^villc (_Ca|. IdEconimoy [S. 1, d« Ballon , de In FcrlÉ-Bernnrd (S. i. Li- ftr qui cntio si abnnd, jJcrnigiitettT d'Angleterre; mais sa structure fréquemment oolilique, ainsi qi •on. Aussije mebaiDc à ' " ' . .— .- i iv iCrAIE INFÉniECnB. • Isadle Fii. , siliceux, blanc, jaune ou rouge, contenant des lits ou blocs ovoïdes de grés calcarifére brun, bleuâtre, avec coquilles et fragmens de hgnile .plac idci t d'abord A y i de silex cornés et pyio- [ L- l'un des Aoir^saùles PoRTl.AAD-Lrm: imeni oouunue , a...,, que la ressemblance de quelques coquilles avec celles des couches inférieures , laissent des doutes sur cette compii- indiquer le nive.iu "par la stratification de l'intéressante colline de Glos , qui montre de grands rapporU avec celle de Shotover, près Uïtord. ICalcaire silicedx pareillement coloré, souvent oolitique, surtout ayecjer lenticulaire coquillier I Calcaire MAll^E^Jx bled , représentant les argiles de Honjleur I Colite EL^^cHE ( Col. de il/orffl^/itfff i('ji>Hjr} — Lits de silex calcédonicux calcarifére. . ÎRoa SASD? !AïLESBUBll-Ll au calcaire de KlMMKlllDCt-C CukAl-Rao. 1ESTOWE ?, Analogue en Oifiird*liirc PortLind. II n'est pas inutile d'ajoulei larties inférieures, ctappart' arrachés aux mêmes roclies : I ensemble du tahleaii Ic^ corrections suivantci !uscs nui occupent d'oi-dinairc la partie inférieure de chaque syslêm sable? , de Croisillcs, subordoi , .. . V .''s *"°t''"'-"orc très-peu VonUrivV'îïérâuitV^"^^^^^^ v.».., ... , - - loit noter eu outre que phisienrs des couches sablonneuses aui occupent'dol-dinaire la partie inférieure de chaque système , nexi.tent pas lorsque ces dilTércns systèmes sont en ,^^^'^^\\'^:::^X 'Jlt "^S/r-iari/e el ^SrTà^/^lj^hrs . Sous la réserve de ce* cireclions , les i sur de grandes surfaces ils »c succèdent tous eu se recoii- ralcojre de (.aen, m calcmre « poljpm-s et i looliie ùi/nieure. Pluiicurs couches dllooHu de Mamers se lient , par de forles ressemblances minéraloB.nncs, a quelques auti a„„:„,i, dittérens syslemos allcrnalivcracnl formis , eoiumc en Anglelen-c , de calcaires oolilinucs , de calcaires compactes, de s.iWcs , de grès calcaréo-sUiceux et d'argiles calcariferes, ne sont point de» équivale luts de contact J -• ----■.. v.j,v,.,. 11. ut- tu iiuticierre, ne calcaires oolilinucs, de calcaires compj Trant dans nn^ ordre constant et reeidier , etnalterucnt que par quelques couches i leurs poin' ' ' - celle A'Jlençon sont entièrement liées ; d'un autre côte' ■ ■■' "une' - ' ' '- ' :— '- .lit A: de la grande oolitc, /ôrejf-marii livalens l'un de I autr cellc- ^ .,.. ... -- - .„„ec„„,.s s,.,v,u,e. : La place d„ cah-aire dO„.anMle est un peu incertaine; Xoolhe A Ma.„e,-> cl celle d^/tefo» sont entièrement iije, iTlSSct 'dlnf îeVr"S.Ts''Sm';ri^^ partie, inférieures, et açparlienucnl ilasin.iA ooUie . q„ ilsrcprcscnleul comme scdLens litlorau». Il, ont clé en effet déposés sOr les bords de l«,«,>,.;« pa^- i^)- ( 391 ) en France , et ceux des environs de Stonesfield et d'Ox- £ord en Angleterre ; il nous reste des doutes que nous ne saurions dissimuler. Nous devons déclarer avec une égale franchise que ni rautorilé de M. Cuvier ni celle de M. Brongniart ne sont les motifs de nos doutes. Ls respect inaltérable que nous professons avoir pour la personne de ces savans , ne s'étend à leurs opinions qu'autant que les faits nous semblent d'accord avec elles. On pensera peut-être que l'intérêt seul de la science nous dirige, puisqu'en rompant le silence pour n'émet- tre qu'un doute, nous sacrifions la crainte de nous tromper, à un résultat ordinairement peu envié. Le Mémoire de M. J. Desnoyers a pour objet f'e dé- crire et de faire connaître les divers terrains que l'on rencontre successivement en parcourant une ligne qui s'éloigne de Paris à l'ouest depuis Rellesme jusqu'à Alençon, et notamment d'indiquer d'une manière pré- cise dans quel rapport de position se trouve placée une couche particulière de Calcaire oolitique qui renferme auprès de Mamers une grande quantité d'empreintes de végétaux dont plusieurs ont appartenu à des Fougères. L'auteur du Mémoire a mis dans ses descriptions autant de soins que de clarté , il a heureusement lié les ter- rains qu'il décrit, non-seulement à ceux qui composent en général le sol de la Normandie et de la côte, mais en- core à ceux de l'Angleterre. M. Desnoyers nous parait être parvenu h établir d'tine manière incontestable les rapports qui existent entre les terrains des environs de iMamers et ceux des environs d'Oxford: le même ordre relatif de superposition, la na- ture minéralogique , les espèces de fossiles et \e faciès gé- néral ne laissent aucun doute sur ce rapprochement. ( 39^ ) Les argiles de Honfleur et de Bellesme sont évidemment celles qui couronnent les hauteurs des environs d'Ox- ford, la pierre à bâtir de Mortagne est bien le Coral-rag et rOolite des environs d'Oxford 5 l'argile de Mamers est bien la même que celle qui forme le sol de la plaine de cette ville de l'Auglelerre; l'Oolile de Mamers et celle d'Alencon correspondent parfaitement à ce que les Anglais appellent grande Oolite ouOolite de Bath.Nous avons essayé de confirmer le rapprochement établi par M. Desnoyers, en ajoutant à la coupe qu'il a donnée des terrains compris entre Bellesme et Alençon, pi. 17, fîg. 2, celle des terrains analogues compris entre Oxford et Charlbury, pi. 17, fîg. 3 , nous avons essayé aussi de faire voir comment les deux coupes prises en France et en Angleterre sur deux points éloignés se lient entre elles par des lignes intermédiaires , et nous avons donné ici un extrait, pi. 17, fig. i, d'une carte géologique qui se rapporte à notre travail sur les falaises de la Norman- die (i). En considérant dans ce travail les terrains en couches presque horizontales au centre desquelles est situé Paris , comme remplissant un vaste bassin dont les bords seraient formés au nord et à l'est par les ter- rains plus anciens et en couches inclinées des Arden- nes et des Vosges , au midi par ceux du Morvan et du Limousin, à l'ouest par ceux de la Bretagne et du Co- tenlin, nous avons annoncé que pour compléter l'en- ceiote il fallait passer en Angleterre pour trouver dans (i) Les bandes de terrains de la même nature et colores de même, ne se voient pas dVne manière continue à la surface du sol depuis Oxford jusqu'à la côte d'Angleterre. Les diveises formations que nous avons supposées dénudées siu- toute celle étendue sont , dans un grand nombre de points, recouvertes par des lambeaux des formation» plus récentes. ( 39-3 ) le Cornouailles et le pays de Galles les bords nord-ouest de ce vaste bassin, coupé accidentellement et postérieu- rement peut-être par le canal de la Manche. Nous avons dit aussi que les terrains horizontaux se relevaient de toutes parts en s'approchaut des bords sur lesquels ils s'appuient; les deux coupes faites, l'une de Bellesme à Alençon, l'autre d'Oxford à Charlbury, confirment ce qu'avaient fait voir la coupe des falaises du Calvados, et celles de Paris aux Ardennes et au Jura. Mais si l'identité entre les terrains des environs âq Mamers et ceux-des environs d'Oxford, considérés d'une manière générale, ne peut être contestée, il ne nous semble pas devoir en être de même du rapprochement que M. J. Desnoyers cherche à établir entre le banc particulier qui, à Mamers, renferme des Fougères fos- siles , et le banc qui, à Stonesfield, contient avec quel- ques plantes, il est vrai , de même famille , des ossemens brisés de mammifères, d'oiseaux, de reptiles gigantes- ques, des dents et palais de poissons., des élitres d'insec- les coléoptères, tous fossiles, qui ne se trouvent pas à Mamers , et qui n'ont jamais été rencontrés réunis qu'à Stonesfield dans des couches auxquelles on puisse assi- gner une aussi haute antiquité. M. J. Desnoyers en pro- posant ce rapprochement l'a fait avec toute la sagesse, toute la réserve que commande une question semblable , et nous pouvons dire que les présomptions qu'il a fait valoir sont peut-être les plus difficiles à combattre dans une opinion contraire à la sienne. Pour procéder avec ordre sur un sujet qui nous sem- ble devoir mériter le plus grand intérêt, nous ne pou- vons nous dispenser de donner une courte description de la localité de Stonesfield , d'examiner successivement ( -^94 ) si les ossemens trouvés sont bien ceuxd'uu mammifère, si ces ossemens appariieunenl bien aux schistes calcaires ooliiiques de Sti.nesfield, et enfin s'il est incontestable que ces schistes eux-mêmes sont enclavés dans la série des terrains oolitiques dont ils semblent faire partie, et auxquels on les a rapportés. Sur les Schistes calcaires de Stonesjield. Stonesfield est un village situé à environ six lieues au nord-ouest d'Oxford. Cette dernière ville est dans une plaino argileuse basse de laquelle on s'élève graduelle- ment sur un plateau uni et calcaire formé par les cou- ches de la formation oolitiqne que les géologues anglais ont désigné sous le nom de Cornbrasch ; on exploite celle pierre , pour les constructions , à la furface du plateau dans des carrières peu profondes et à ciel ouvert. Après s'être cru long-temps dans une plaine élevée et continue, on arrive au bord d'un escarpement rapide du haut du- quel on aperçoit une vallée assez profonde , sinueuse, et au-delà on voit se continuer le plateau sur lequel on est placé. C'est dans la vallée intermédiaire qu'est situé Je village de Stonesfield; la vallée élargie ou pour mieux dire le bassin au milieu duquel il est bâti, ne présente pas un fond uni , mais des collines basses et arrondies dont la surface originaire est au surplus masquée parles nonbreux décombres que produisent les exploitations; celles-ci se font par des puits verticaux dont la profon- deur varie de trente à quarante pieds. C'est après avoir traversé une roclie grossière nommée Rag par les ou- vriers , et quelques lits d'argile sablonneuse, que l'on ar- rive aux couches que l'on doit extraire pour les trans- former en plaques minces propres à couvrir les maisons; (395) ce; couches nommées Pendle sont au nombre de deux; leur épaisseur est d'environ deux pieds , et elles sont sé- parées par un banc de pareille épaisseur de <^rès silicéo- calcaire friable {^racé) , qui n'est pas employé et qui con- tient des espèces d'ellipsoïdes aplatis, plus durs et partiel- lement ooliliques (JVhim-Stones ou Potlids)-^ la pierre extraite, exposée à la gelée pendant l'hiver, devient fls- silc, et c'est entre ses feuillets que l'on rencontre les nombreux fossiles qui caractérisent cette localité. Si l'on compare les matériaux extraits des puits avec les diffé- rens lits que l'on peut étudier en descendant dans la val- lée , et dont nous avons pris une coupe que nous joi- gnons ici pi. 17, fig. 4, ils ne présentent aucune analogie avec eux ; les bancs qui se voient dans l'escarpement sont homogènes, à grains plus ou moins Gus, à ciment rristallin^ils ne di/fèrent pas de ceux que l'on rapporte, dans un grand nombre d'autres lieux de l'Angleterre et en France , à la même époque de la série oolitique i les blocs que l'on extrait des puits offrent au contraire l'as- pect d'un mélange que l'on ne connaît que dans ce seul point*, on voit dans le même morceau des grains oolili- ques blancs , rougeâtres, noirs, de différentes grosseurs, disséminés inégalement dans un sable calcaire on mar- neux, blanc ou jaune, micacé par place, avec des frag- mens roulés ou au moins usés par le frottement d'une espèce di- grès calcaire à grains fins ou de calcaire ooli- tique dur; tous ces matériaux sont pêle-mêle souvent dans le même échantillon. Avec toutes ces substances différentes, et comme étrangères les unes aux autres quant au mode de leur formation , se trouvent les nom- breux fossiles qui rendejit Stonesficld si célèbre pour les géologues. Les fossiles sont aussi des fragmens qui , ( 396) avant d'avoir été réunis et enveloppés dans les matières minérales , ont été brisés ; les ossemens que l'on croit pouvoir rapportera une môme espèce d'animal sont iso- lés; ici on trouve une seule dent, là une écaille , plus loin une seule élitre d'insecte , tine seule plaque du palais d'un poisson ; enfin les débris organiques sont entassés sans ordre comme les substances pierreuses qui les en- veloppent; ils ont appartenu à des animaux maiins , à des animaux terrestres, à des plantes marines, à des plantes terrestres , etc. C'est au milieu d'un bloc qui présente tous les caractères de confusion que nous ve- nons d'énoncer, que l'on a dit avoir trouvé une portion de la mâchoire d'un Mammifère ; cette pièce imique était conservée dans la collection de l'université d'Oxford , lorsque M. Cuvier la vit en 1818. Une inspection ra- pide fit dire à ce savant anatomisle qu'elle avait des rap- ports avec la mâclioire de quelque Didelphe , et cette opinion fut adoptée par la plupart des géologues an- glais qui depuis inscrivirent les ossemens de Didelplies dans le catalogue des fossiles des schistes de Stonesfield et dans ceux par conséquent de la formation oolitique 5 résultat qui apportait une importante exception aux ob- servations de M. Cuvier qui , jusqu'alors , n'avait com- mencé à rencontrer les débris de mammifères qu'au-des- sus de la Craie; les conséquences déduites par cet ana- tomisle de faits purement négatifs pouvaient, il est vrai, être regardés comme hypothétiques, et il ne pouvait pas paraître impossible qu'un fait nouveau vint détruire ces conséquences ; c'est ce que l'on crut être arrivé. On avait indiqué des ossemens de Ruminant dans la Craie, en Au- triche; on fut à peine étonne de la rencontre d'un Di- delphe dans le terrain oolitique d'Angleterre ; cependant 1 (397 ) les faits négatifs qui avaient servi de base à l'hypothèse que l'on renversait, étaient nombreux, et bien plus ils se liaient à une considération générale qui semblait leur donner plus de valeur; il avait paru généralement vrai que plus les fossiles se trouvaient dans des couches an- ciennes et moins ils présentaient d'analogie avec les êtres actuellement vivans. Cet aperçu appliqué à l'étude com- parée des reptiles, des poissons, des mollusques fossiles et vivans, semble encore raisonnablement fondé, et sous ce rapport l'existence dans la formation oolitique d'un Didelphe , d'un Opossum , espèce qui habite encore l'A- mérique, aurait dû plus surpendre que celle d'un mam- mifère inconnu. Conduit en Angleterre par le désir de connaître les terrains si bien observés et décrits par les géolof^ues anglais, et de les comparer à ceux que j'avais étudiés sur le continent, j'étais empressé de visiter Stonesfield, et de voir le fameux Didelphe ; le professeur Buckland , dont la libéralité scientifique n'est comparable qu'à son profond savoir et à l'obligeante affabilité de ses maniè- res , me permit de dessiner les fragmens précieux qu'il possédait-, il m'offrit même, dans l'intérêt de la science , de me les confier quoique uniques, pour que M. Cuvier pût les examiner en détail 5 je me contentai de faire un dessin exact et quatre fois plus grand que nature, que j'envoyai de suite à l'illustre auteur des recherches sur les ossemens fossiles , qui alors publiait le dernier vo- lume de la seconde édition de son ouvrage. Voici ce que M. Cuvier disait en parlant des ossemens de reptiles recueillis à SlonesCeld. « Parmi ces innombrables fos- » siles marins sont toutefois quelques os longs qui ont » paru venir d'oiseaux de l'ordre des Échassiers , et ( -^98 ) » m<':mc, à ce qu'on assure, deux iVagmensde mâchoire , » qui , lors d'une inspection rapide que j'en pris à Ox- » ford, en 1818, me semblèrent de quelque Didelphe. » Et il ajoute en note : « M. Prévost , qui voyage dans ce » moment en Angleterre , vient de m'envoyer le dessin M d'une de ces mâchoires 5 il me confirme dans l'idée )) que la première inspection m'en avait donnée. C'est » celle d'un petit carnassier rposition des strktes dont se compose le sol de lAglc. f.,aM.GreenoirgK.danslaLg^^^ belle càiteéeolog,que du n.ème pays , placent distin^- J^"™!f^.'^^ Stone^eld, entre le Forest-marbl et la grande Oo'ite. a.tl,„^ ..f rh Goolo,, of Kcfilaod and Wales . et. . pag. ,6«. ( 4o2 ) MM. Coi/ybeare et Pliillips , page 2o3 , avant de dé- crire en détail i?s exploitations de la vallée de Stone.sfiehl\ disent : On peut douter qtjelque peu que le calcaire schisteux de Stonesfield, si célèbre, etc. (i), doive être rapporté à la même série que le Forest-marble. El plus loin encore , pag. o.o'j , on retrouve la môme expression de doute. « Si , est-il dit (2) , le calcaire schisteux de Sto- » nesfield peut être exactement assigné à cette partie de M la séi'ie , ce qui est rendu encore plus probable par la » rencontre des mêmes dents et palais de poisson dans le » Forest-marble et dans les schistes, ici se présente le seul )) exemple connu de l'existence de débris fossiles d'oi- » seaux et d'animaux terrestres , dans des bancs d'une •>t semblable antiquité, w Il résulte évidemment , à co qu'il me semble , des citations que nous venons de faire , que M!\I. Cony- lieare et Phillips n'avaient pas acquis, sur les rapports de position des schistes à fossiles anomaux de Stpnesfield, une conviction parfaite, comme celle que donne une su- perposition évidente observée sur plusieurs points. En efiet , nous verrons bientôt que ces auteurs n'indiquent pas , sans quelque défiance , les rapprochemens, qui donneraientauxmêroescouches une étendue considérable. Je ferai observer , par esemple',"dès à présefnt / que , page 220 , après avoir plusieiu's fois fait remai'q.uer' com- bien il est difficile de distinguer !a grande Qoljtti des sous-formations qui la recouvrent, MM. Conybekrc et Phillips citent Cherwell un peu plus au noyd du pont (iVrhere can belittle doubt that the calcareous slateof Stonesfield. beloD''s to the same part of the sories with the forest maible. (i) If the calcareous slate of Stonesfield be correctly assigned to Ihis part of thu séries ( 4o3 ) dCEnslow , localité à peine distante d'un mille de Sto- nesfield , comme l'un des points où la ligne, de sépara- tion des bancs supérieurs peut être le mieux tracée. Le calcaire exploité dans lés environs se rapporte au Coro- brasli , disent-ils , et une section très-belle , qui est vi- sible auprès de Blenheini , fait voir soixante-dix pieds environ de roche calcaire qui reposent sur dix pieds d'uue argile qu'ils regardent comme étant l'argile qui ordinairement recouvre immédiatement la grande Oolite, et qui , par conséquent, serait inférieure au ForesL- marhle et au Slonesjield-slate. Ils pensent que celte même argile se retrouve, d'une part, le long de la ravine entre Ditcjiloy et le parc de Blenheim , et de l'autre , dans une ravine analogue qui passe au nord .du village de Slonesfield , pour aller s'ouvrir au midi de Cliarl- buiy danp la vallée à'E\'e?ilode. Dans aucun de ces points , qui circonscrivent, pour ainsi dire, la localité de Stonesfield , on ne parait pas avoir reconnu entre le Corn-brash et l'argile supérieure à la grande Oolite des couches se^nblables à celles qui , r dès obscrvatioas directes soffisammcnt exactes ; nous en appelons aux doutes de Miyi. Conybeare, Pliillipg et IM&nlell. ■ On pourrait croire, il est vrai, d'après les détails inléressans qui accompagnent , dans Je dernier numéro des Trans.- de la Socie'te' Géologique de Londres , les descriptions des plantes trouvées par M. Mantell dans les couches delà forêt de Tilgatc , rpie ce savant géologue n'a j)as conservé l'opinion par lui émise dans «a Géologie de !>n8scz, puisqu'il résulte de ces détails que les bancs qui renferment les plantes et les animaux vertébrés fossiles sortent de dessous les bancs supérieurs de VIron snndstnne ( j)robableraent le Green Sond de M. Fitlon, Ann. of Philo», nov. 1824)1 «"t qu'ils recouvrent une ar- ç^\\e {ff^ eald clay) qui est elle-même supérieure aux sables ferrugi- neux de jUasling { Jlftslings sand , I''ilton1. ( 4io ) très, on pourrait, jusqu'à un certain point, ue pas les regarder comme étrangers au système oolitique, et l'on pourrait concevoir quelques circonstances qui les auraient rassembles après coup dans des dépôts très -modernes. Nous essayerons de rendre sensibles quelques-unes de ces circonstances possibles par une supposition que l'on de- vra regarder comme purement gratuite, dont nous ne prétendons nullement faire l'application aux Schistes de Stonesfield , mais que nous pourrions employer à l'ex- plication de pbénomcnes géologiques que noua avons étudiés avec plus de soin. Lorsque des couches de sédiment sont évidemment composées de matériaux dénature difféi'ente, amalgamés sans ordre, que des coquilles marines, que des os brisés de poissons marins et d'animaux terrestres, que des frag- mens de plantes qui ont vécu dans l'eau ou sur la terre, sont entassés avec des cailloux roulés de roches diffé- rentes , des Sables, des Argiles, des grains ooliliques; on doit supposer que ces matériaux ont été enlevés non- seulement à des couches plus anciennes, mais à des couches différentes, par une cause qui les a rassemblés dans le lieu où on les trouve 5 on peut encore supposer que leur transport secondaire a eu lieu plus ou moins de temps après l'époque de leur dépôt originaire, et qu'ils pourraient ainsi savoir été fournis par des terrains d'âge très-différent. Pour prendre un exemple frappant, voyons ce qui arriverait aujourd'hui si un cours. d'eau comme la Seine acquérait assez de volumeiCt de rapi- dité pour détruire et entraîner une partie du sol sur le- quel il court, avant que de se rendre à la mer 5 ne por- terait-il pas pêle-mêle dans les abimes de l'Océan des sédimens enlevés au Calcaire du Jura, à la Craie, à (4" ) toutes les couches du terrain parisien? Ne confondrait-il pas les fragmens de fossiles détachés de ces divers ter- rains avec les dépouilles des êtres dont les espèces vi- vent sur les terres environnantes ou dans la mer qui recevrait cr.t amalgame confus? Ces singuliers dépôts ne pourraient-ils pas se faire au fond des mers dans des ca- vités très-difféi^entes par leur nature et par leur forme? Les uns pourraient recouvrir le granit et les autres les alluvions les plus modernes*, les uns rempliraient de lar- ges vallées, des bassins circonscrits; d'autres comble- raient des puits verticaux, pénétreraient, par des ouver- tures plus ou moins larges , dans des cavernes spacieuses analogues à celles que l'on voit dans presque toutes les formations, et notamment dans les terrains calcaires, telles que celles qui, en Angleterre, en Allemagne, en Carniole et dans tant d'autres lieux, sont maintenant remplies d'ossemens d'Hyènes et d'autres Mammifères, et comblées de débris diluviens. Si le fond des mers ac- tuelles venait à être mis à sec, combien de conjectures ne pourraient pas être faites par les géologues futurs avant qu'ils vinssent à découvrir la véritable cause de pareils elfcts , et l'époque relative de leur production ! Nous pensons que dans l'état actuel de la question relative aux schistes de Stonesfield , on peut faire en- coteiln grand nombre de suppositions du même genre, et sur leur âge véritable et sur la manière dont ils ont été formés. Nous n'eti ferons cependant aucune ; nous nous bouicTiterons de faire observer que si on voulait leur appliquer celle que nous avons mise en avant, il faudrait concevoir que le cours d'oau qui aurait Joué un rôle analogue à celui que nous avons fait remplir à la Seine, eût agi dn sud-ouest au nord-est , ou dans le ( 4«->- ) sens opposé , direction suivant laquelle le sol de l'An- gleterre a été violemment sillonné. Ce cours d'eau n'au- rait alors rencontré sur sa route , depuis le canal de Bristol jusqu'au havre de Boston , que des sables cal- caires , des couches oolitiqncs et argileuses, dont le fond du terrain est exclusivement composé sur toute cette ligne, et, par conséquent, ce seraient les seuls maté- riaux anciens qu'il aurait pu entraîner et confondre avec des matériaux plus nouveaux qui les recouvraient. Nous avons de nombreux exemples du transport après coup de matériaux et de fossiles d'un volume considérable et accumulés sur une grande épaisseur, qui pourraient jusqu'à un certain point être con- fondus avec les couches anciennes auxquelles ils ont été enlevés. Déjà dans notre travail sur les côtes de la Normandie nous avons fait remarquer que les couches puissantes d'Argile, presque plastique, qui constituent le sol de la ville du Havre, et dans l'épaisseur desquelle'f^ les bassins de ce port ont été creusés , sont minéraro- giquement les mêmes que les Argiles du cap de la Hêve et de Honfleur , mais qui ont été enlevées successivement aux falaises détruites par la mer qui les a portées â l'em- bouchure de la Seine. Les lits modernes sont placés au même niveau pliysiqne que les bancs anciens dont pro- vient l'Argile dont ils se composent, et l'on pourrait les regarder comme une dénudation de la dernière, sî 'fivec quelques fossiles réellement anciens on ne trouvait pas aussi dans les mêmes assises des ossemens de cerfs , des arbres entiers et des lits de coquilles semblables à celles des animaux qui vivent encore sur la côte. Peut-être pourrions-nous citer un exemple plus rapproché de Slo- nesficld en rappelant la formation du gravier , quelque- ( 4^3 ) fois en bancs très-solidès., qui se voit dans la plaine d'Ox- ford 5 ce graviei* n'est-il pas en grande partie composé de matériaux dérives des couches de la formation ooli- tique, mêlés avec des fossiles de l'Argile d'Oxford qu'il recouvre, avec des Silex, de la Craie et des Cailloux roulés de Quarz? Quelques échantillons solides de ce gravier ont toute l'apparence de certaines couches de rOolite ferrugineuse iuféneure, et ils renferment des fossiles brisés qui ont étë'pris à des couches bien cer- tainement plus anciennes que la Craie dont ils renfer- rhent aussi les Silex; tels que des Trigonies ,'des Bélem- nites, la Gryphée dilatée, élr. La cause violente qui a réuni ces matériaux étrangeis les uns aux autres dans la vallée d'Oxford, ne pourrait-elle pas avoir quelqu'analogie avec celle qui aurait entraîné et laissé dans Ici vallée de StonesGeld et sur les Sables ferrugineux de Tilgale , les fossiles que les géologues y, rencontrent avec tant de sur- prise? Il est assez remarquable que bien que dans le Sus- sex la dénudation du Sable ferrugineux et des Argiles des Weald ait eu lieu au cercle, cependant les couches qui contiennent les ossemens fossiles à Cuckiîeld sont, d'après iVJ. Mantell , sur une ligne qui se dirige direc- tement du nord-est au sud-ouest ,, direction générale des vallées modernes qui sillonnent la partie centiale de l'Angleterre ainsi que noiis .l'avons précédemment fait remarquer (i). (i) On trouve dans le dernier liiimëro des Tiarisactions de la Sociétd Ge'ologiqiitî de Londius, uû ûoiivcl exiTupli; bien rcmur<|iiiil>le de lu réunion dans les mêmes ciiiches ilè Fossiles d'âges li és-difl'e'rcns, et de là préBence de foUilcs dnbie'n^ «latis' des couche., trés-moderni-s. M. K. ïâylor, en décrivarlt lés strates dès clnpols diluviens qui cons- tituent en yiande piiitij le sol du» comtés de Sullolk. et de Norlbik,' (4i4) Nous devons répéter que nous ne cherchons nullement à expliquer la formation des Schistes de Slonesfield-, no- tre seul désir est d'appeler de nouveau l'attention sur le fait anomal qu'ils présentent, et qui a peut-être été présenté trop tôt comme certain, afin d'engager les géo- logues qui ont l'occasion de visiter ce lieu célèbre , à ne rien négliger pour mettre leur opinion à l'abri des con- jectures des incrédules. Il est sans doute superflu de rappeler, après tout ce que nous avons dit, que l'exis- tence des Fougères dans l'Oolite de Mamers et dans les Schistes de Slonesûeld , ne peut fournir à nos yeux une pieuve suffisante de rapprochemens entre les deux assises qui renferment ces plantes,., puisque celles-ci ne sont pas les mêmes quant aux espèces, et que la famille des Fougères qui existait sur la terre avant l'époque de la énuraère paituii les FosSlIeS (!jui se rencontrent dans les couches argi- leuses de ces dépôts do grandes De'Iemiiites couvertes de Serpnles , le GrypJiœa dilatata (de rilri;i!e d'Oxford) , ïOstrea deltoidea (du Kim- incridge-clay ) , des fragraens d'Ammonites et des vertèbres; il dil qu'à Eve en Sufl'oVk, les Bélemnitcs se trouvent avec des dents d'ÉJe'phant. Auprès de Diss au nord dd la rivière Waveocy , il a trouve' re'unis des Bélemniles , Ammonites, Oursins , Scrpulcs , Cardiiims , Mies, Tellines, Huîtres, Peigne.s, Plagiostomes, Térébratules , Inore'r^mes, des fragmens de Pentacrinites, etc. , avec des ossemens, et ayec YOstrca sregarea , VAslarle planata , la f^erius lurgiJa, VUnio Listeri. Dans des puits ouverts dans l'argile supérieure à la craie, on a rencontre dans plusieurs lieux de gros h'ocs ou rognons {Boidders ) d'un Grès verdâtre remarquable par plusieurs Fossiles particuliers, tels que de petites Bélemnites , TetebratuLt ovoidea^ T. plicata , T. giganten , j4uicula média , et plusieurs espèces des genres Troc/ius , Onio , yistirle, f^eniis, TelUna , Cardiuiu , Isocardium cl Pecten. A Marham , IVI. A. Taylor a encore trouvé dans le dépôt diluvien solide et au milieu des Argiles, des blocs de sable vert contenant les Pecten or- hicularis et cornea , Terehratula lata et ovoides , Trigonia alœforuiis, plusieurs espèces ds Pétoncles et de Bélemnites. (4i5) formation des premiers dépôts du charbon de terre, vé- gète encore dans nos campagnes, circonstance qui peut faire croire que l'on pourra rencontrer des Fougères fos- siles dans toutes les formations postérieures aux terrains primitifs ; nous pourrions ajouter même que dans des coucbes supérieures de la grande Oolite qui, par leur nature minéralogique, ressemblent beaucoup aux assises de Mamers , on voit souvent des empreintes de végétaux qui pourraient bien être analogues à ceux que M. J, Des- noyers a décrits 5 nous avons recueilli de, telles em- preintes, il est vrai peu reconnaissables , dans les car- rières exploitées auprès de Bath. CONCLUSION. Il nous semble résulter de la discussion dans laquelle nous sommes entrés que : i° les portions de mâchoire trouvées à Stonesfield ont appartenu à un Mammifère carnassier insectivore qui pouvait oifrir quelque analogie avec les Didelphes , mais qui appartiendrait à un genre inconnu. 2*. Ces ossemens ont sans aucun doute fait par lie du dépôt des Schistes oolitiques calcaiies exploités à Sto- nesfield. 3°. La position géologique de ces Schistes ne peut pas être encore regardée comme certaine, et de nouvelles observations deviennent nécessaires pour qu'il soit prouvé qu'ils appartiennent à la formation oqliijque moyenne. LèV 'raisons de douter dérivent de ce que, d'après MM. Conybcare et Phillips et d'après, nos propres ob- servations, ces Schistes ne sont pas évidemment recou- verts par les formations que l'on dit être plus récentes que la leur; qu'ils occupent une localité circonscrite; ( 4'6 ) qu^à pen de distauce là cohpe des terrains qui forment les IJords de la vallée dans laquelle les exploitations ont lieu par des puits, présente le Cornhrash que l'on re- garde comme plus nouveau , placé immédiatement sur les Argiles de la grande Oolite sans que les Schistes se voient entre deux 5 que le caractère de fissilité et la propriété de servir à couvrir les maisons , sont communs à un grand nombre de coucbes ditFérentes du système ooliti- que; que jointe à toutes les incertitudes sur la position di- recte , la composition des Schistes eux-mêmes est parti- culière à une localité; qu'ils sont formés de matériaux dillérens amalgamés sans ordre , et que la plus grande partie des fossiles extraordinaires qui les caractérisent et qui ne sont que des fragmens brisés, n'ont encore été trouvés réunis dans aucune assise des formations ooliti- ques, tandis que les mêmes fossiles abondent en Sussex dans des couches plus nouvelles. 4°. Enfin la présence des Fougères ne peut être un motif de rapprochement entre l'Oolite de Mamers et les Schistes de Stouesfield, parce que ces Fougères ne sont pas de la même espèce , et que la famille à laquelle ces plantes appartiennent existent encore à la surface de la terre. JN^oïa. Avecles portions de mâchoires de Mammifère, nous avons fait représenter quelques-uns des fossiles que nous nous sommes procurés à Stonesfield, et qui, étant adhéreus au Schiste nriêine,. appartiennent sans aucun doute aux mêmes couches : nous avons voulu mettre sous les veux dés géol'>gues l'esquisse des caractères zoologi- ques de ces coiicnes eu attendant que le professeur Buc- kiahd , dont nous avons vu la niagnilique collection à Oxford, accomplisse la promesse qu il a faite de donner (4^7 ) la description de tous les objets qui ont été recueillis par ses soins à Stonesfield. Explication des Planches. PI. 17. Fig. I. Carte de la partie méridionale de l'Angleterre, et du nord-ouest de la France, montrant la continuations des mêmes couches dans ces deux pays. Fig. 3. Coupe des divers terrains composant la formation ooli- tique entre Charlbury et Aylesbury dans le comté d'Oxford. Fig. 4- Coupe particulière des terrains de la vallée de StoncsCeld. PI. 18. Corps organisés fossiles de Stonesfield. Fig. I. Mâchoire d'un Mammifère insectivore voisin des Didelphes , de grandeur naturelle. Fig. 2. Idem quatre fois plus grande. Fig. 3. Os long d'Oiseau. Fig. 4- Côlc de Megalosaurus de 22 pouces de long. Fig. 6,7,8. Dents de Megalosaurus. Fig. 5,9, 10. Diverses dents de Squales. Fig. II — 18. Dents et palais de Poissons. . Fig. 19. Dent. Fig. 20. Opercule. Fig. ai. Ecaille de Poisson. Fig. 22, 23. Espèce de ï'rigonie très-abondante dans ce terrain. Fig. 24» 25. Coquilles univalves. Fig. 26. Élitre d'insecte Coléoptère du genre Bupreste? Note sur les T^égétaux fossiles de TOolite à Fougères de Mamers; Par m. Ad. Brongniart. Les végétaux découverts par M. Desnoyers à Mamers appartiennent presque tous, comme l'indique le nom qu'il a donné à cette couche , à la famille des Fougères ; mais les plantes de cette famille tiouvées dans cette for- mation diUèrent essentiellement des espèces des ter- rains plus anciens, et diffèrent également beaucoup des e.spèces vivantes. ToMF, IV. ay ( 4»8 ) (^es Fougères forment deux groupes distincts ; deux espèces auxquelles nous avons donné les noms de Filicites Desnoyersiïel de Filicites Reglei ,nppnrùennentk\a. sec- tion des Pecoptei'is , ô en juger d'après les contours de leur fronde , car on n'y voit aucune trace de nervure ; l'absence complète de la nervure médiane, (jui est très- marquée dans la plupart des espèces de cette section , doit faire présumer que si elle existait sur la plante vi- vante , elle était du moins peu marqiiée, et pem nous .feire penser que ces espèces avaient la fronde épaisse et coriace , comme quelques Fnngères d("S genres Ceterach. Cheilanthes, Notholœna, etc. Quant à l'analogie spécifique de ces plantes fossiles, elles nous paraissent ne pouvoir se rapporter à aucune epèce des terrains houillers, ni aux Fougères vivantes que nous connaissons. Le second groupe de Fougères diOere beaucoup plus des espèces déjà connues et devra probablement former une section particulière voisine de celle des N'evropleris. Celle section est propre jusqu'à présent aux terrains secondaires •, en efl'et, deux des espèces trouvées à Ma- mers ont été découvertes depuis quelque temps en An- gleterre dans le Lias de Lime et d'Axminster, et figu- rées par M. de la Bêche-, l'une de ces espèces a offert une disposition de nervures qu'on n'a pu observer sur les échantillons de Mamers , et qui , combinée avec la forme générale , annonce une structure assez particulière. Dans cette section les pinnules , au lieu d'être toutes disposées dans un même plan , et de s'insérer parallèlement à l'axe du pétiole commun ou rachis, comme cela a lieu dans r toutes les Fougères connues , s'attaclient obliquement sur ce rachis , et adhèrent par une partie assez étendue de leur base, à sa face supérieure. Lorsque ces pinnules, ( 4i9 ^ insérées ainsi obliquement, sont plus larges que l'espace qui les sépare , elles se recouvrent mutuellement comme des sortes d'écaillés. Cette disposition et ce mode d'in- sertion ne s'observent dans aucune autre espèce vivante ou fossile i on doit ajouter à ces caractères la disposi- tion des nervures ; la nervure moyenne manque entiè- rement,* toutes l«!s nervures partent en rayonnant et en se dichotoinaut , non pas d'un seul point comme dans les Sphenopleris et dans les Nevropteris ^ mais de tout<; la partie adhérente de la pinnule , si toutefois le dessin qui nous a été communiqué par M. Buckland est exeact ; enfin , les pinnules des trois espèces de cette section pré- sentent à leur base une dilatation ou sorte d'oreillette qui leur donne une forme non symétrique assez remarquable. Tous ces caractères réunis établissent bien la grande différence qui existe entre les Fougères de ces terrains et celles des autres formations, l/insertion oblique des pinnules et l'absence de nervure moyenne, établit même quelques points d'analogie entre ces plantes et certaines espèces de Zamia. Outre les Fougères, on a trouvé dans rOolite de Mamers quelques portions de feuilles mo- nocotylcdcmes, et des tiges qui n'ont laissé dans cette roche que leur empreinte en creux, mais dont la forme est très-particulière, et qui n'ont, je crois, encore été décrites nulle part. . Ces tiges, en général simples, qu'on n'a suivies que dans une petite étendue , paraissent cependant quel- ojuefois se diviser en deux ou trois rameaux. Leur gros- seur varie depuis un peu moins d'un centimètre jus- qu'à deux ou trois centimètres de diamètre ; leur tissu est complètement détruit, et la place qu'elles occu- paient n'<;si plus qt/une cavité enduite d'une légère ^7* ( 4^0 ) poussière brune. Le moule produit par ces tiges montre que leur surface était entièrement couverte de tubercu- les à base hexagone, formant des sortes de pyramides obtuses à arêtes quelquefois très-marquées. Ces tuber- cules sont disposés en séries longitudinales très-régu- lières , lorsque la compression ne les a pas déformées , et l'on voit que ces séries ne sont pas parfaitement pa- rallèles à l'axe de la tige, mais forment une sorte de spirale très-allongée. Dans les tiges les plus petites , ces tubercules parais- sent terminés supérieurement par un sommet arrondi sans aîrcunc cicatrice 5 mais dans les plus grosses on voit toujours que leur sommet était creusé d'une fossette bémispbérique , qui était probablement îa cicatrice d'un point d'insertion de feuilles ou d'aiguillons. Parmi les plantes vivantes , les seules qui nous paraissent ofTrir une grande analogie avec ces fossiles , sont quelques esr pèces d'Euphorbes arborescentes , telles que les Eu- phorlia mamillans et poljgona; ces plantes ont des tiges cylindriques , dont les jeunes rameaux ont à peu près la grosseur des tiges fossiles de Mamers , c'est-à- dire deux à trois centimètres 5 leur surface est cou- verte de tubercules à peu près bexagones , disposés en six, buit , dix ou douze séries longitudinales parallèles à l'axe, caractère qui seul les ferait diflérer des liges fossiles, s'il était certain que l'obliquité de ces séries , dans quelques fossiles , ne fut pas un accident. Ces tubercules , dans Y Euphorbia mamillans , sont hexa- gones , plus larges que longs , légèrement pyramidaux ; ils présentent à leur sommet une cicatrice arrondie , produite parla chute des fleurs ou des feuilles qui s'in- séraient au sommet de ces tubercules^ de l'intervalle de ( 4^ï ) deux tubercules, il sort une épine simple, roide, qui, après sa chute , ne laisse qu'une marque de peu de durée, (jui se perd dans le sillon qui sépare les tubercules. On voit qu'il existe une analogie presque complète entre les tiges fossiles de Mamers et ces Euphorbes , surtout si on ajoute que ces plantes, étant assez grasses et charnues , expliquent facilement la déformation que les tiges fossiles paraissent avoir éprouvée. Ces fossiles diffèrent de tous ceux qui ont été décrits jusqu'à pré- sent -, nous en formerons un genre particulier sous le nom de Mamillaiia , qui indique leur forme et leur ana- logie avec VEupliorhia niamillaris. D'après ce que nous venons de dire, il est évident que ces tiges diffèrent beaucoup des plantes de Stonesfield figurées par M. de Sternberg sous le nom de Hiiiytes ^ dans lesquelles il existe de véritables feuilles ou écailles très-courtes et imbriquées. Explication de la Planche 19. Fi^. i. FilicUes Desiioyersii. Fronde pinnatifide , rachislarge, aplati; pinnules courtes, arrondies , à peu près demi-circulaires , per- pendiculaires au rachis , sans nervures distinctes , égales entre elles et à peine réunies par leur base. ' Cette espèce paraîtrait se rapprocher, par la forme de sa fronde et l'absence de nervure mojenne visible dans les pinnules, des espèces du genre Ceterach. Elle a aussi quelque ressemblance avec le Polypodium suspensum et les espèces voisines, surtout par ses pinnules qui ne sont pas du tout obliques sur le rachis. Fig. 2. Filicites lieglei. Frondi; profonde'mcnt pinnatilide; rachis large et épais; pinnules obliques égales, adhérentes par toute leur largeur, oblougues, courtes , arrondies au sommet, libres jusqu'à la base, sans nervures distinctes. Cette espèce a été trouvée aux environs d'Alençon, par M. Regley, daas un Calcair« Oolitique analogue à celui où on trouve la précédente ( 42λ ) ef les suivantes j rëchantillou est trop incomplet pour qu'on puisse discuter ses aIBnites, Fig. 3. Filicites Bucktandii. Fronde pinn^e ; pinnules obliques égales , oblongues, obtuses au sommet (d'une largeur presque uniforme dans la var. a, plus dilatées à la base et diminuant insensiblement de largeur vers l'extréniité dans la var. /S) , dilatées près de l'angle supérieur de la base en une oreillette arrondie, se<;siles, insérées obliquement suf la face supérieure du rachis par une base assez étendue, arquée; nervures dichotonies? rayonnantes delà base, sans nervure moy. nue. Var. a. Britannica. Pinnulos plus petites, plus obtuses, d'une lar- geur presque égale dans toute leur longueur. Var. yS. Gallica. Pinnules plus grandes, élargies à la base, rétrécies vers l'extrémité. La variété a, a été trouvée dans le Lias , à Lime et à Axminster, et figurée par M. de la Bêche (Tians. Géol. , 2« série, vol. i , tab. 7, fig. a); j'en dois des dessins très-exacts à M. Buckland, qui a bien voulu me les communiquer ainsi que ceux de plusieurs autres- Fossiles végétaux de S'onesfielil. La variété fi a été trouvée à Mamers, par M. Desnoyer* , et dans le Calcaire Oolitique de Valogne, par M. de Gerville. Fig. 4. Filicites Bechït. Fronde pinnée , pinnules oblongues allongées, obtuses, rapprochées, courbées vers l'extrémité de la fronde, égales, insérées obliquement sur le rachis et presque imbriquées , sans nervures distinctes, légèrement auriculées à l'angle supérieur de leur base. Celte espèce a été trouvée à Mamers et dans le Lias à Axminsttr. M. de la Bêche en ;i donné une figure dans les Transactions Géologi- ques (vol. 1 , tab. 7, fig. 3). Fig. 5. Filicites Lagotis. Fronde pinnée; pinnules oblongues ellip- tiques, arrondies à l'extrémité, élargies à la base , insf-rés oblique- ment par une base lunulée sur un racbi$ épais et cylindrique ; nervures non distinctes. Fig. 6. Filicites? hastala. Pinnules arrondies à la base, insérées au rachis par une partie assez étendue de cette base, présentant un lobe triangulaire arrondi très-marqué , à leur bord inférieur et supérieur. Point de nervures distinctes. Cet échantillon n'étant qu'une portion , même incomplète , d'une pinnule , le caractère de cette espèce est nécessairement imparfait ; cependant l'absence de nervure moyenne et la forme du point d'in- i ( 4^3 ) sertion la rapprochent des précéilentes dont elle diffère par ces deux lobes saillaDS. Fig. 7. Phyllites ? Echantillon très-imparfait , mais dont les traces de nervures parais- sent indiquer une feuille dicolylédcne. Fig. 8. Poacites Ytucn'foHa . Feuilles line'aires larges de trois centi- mètres environ , longues de deux à trois décimètres, ne s'élargis- sant pas à la base, légèrement concave en forme deigoultiére ; nervure moyenne bien marquée; nervures latérales parallèles à la nervure moyenne, à peine marquées, plus vijibles vers la base. Pig. 9 — 10. fllamilleiria Desnoyersii. Tige d'un à trois centimètres de diamètre , couverte de tubercules hexagones en forme de pyra- mi.les déprimées , dispose'es en séries longitudinales, légèrement contournées en spimle. Var. et. Major ( fig. g. ) Tiges de deux à trois centimètres de diamètre ; tubercules larges d'environ six millimètres à arêtes assez aiguè's, marqués au sommet d'une cicatrice concave circulaire. Var. jS. Minor (fig. 10. ) Tiges d'un centimètre de large au plus; tu- bercules larges de trois millimètres environ; arêtes à peine mar- quées ; point de cicatrices distinctes. Si les caractères qui distinguent ces deux variétés ne sont pas dues à l'âge des rameaux , ils suffiraient pour former deux espèces ; mais il nous parait assez probable que la var. /S n'est que l'âge plus jeune de la var. a. Fig. II. Mamillaria Desnoyersii. Var. et, restituée d'après les moule» laissés en creux et représentés fig. g. Essl^i d'une classification générale des Graminées^ fondée sur t étude physiologique des caractères de cette fa- mille ,• Par m. Raspail. ( Extrait d'un Mémoire lu à l'Institut , séance du a4 janvier i8a5.) Cet Essai est le résultat d'un travail comparatif du deux ans. Six cents espèces de Graminées ont été ana- lysées , décrites et comparées avec le plus grand soin. Les , ( 4^4 ) écailles mcraes , ces organes si généralemenl négligés par les auteurs, autres que Schreber, Palisot de Beauvois et M.R. Brown, ont été recliercViées avec uneopiniàtretéqùi tiendrait de la minutie, si l'on n'admettait pas avec moi que les objets les plus petiis deviennent importans quand on les groupe et qu'on les compare , et que les plus grands deviennent minutieux quand on les isole. Des résultats heureux ont couronné ma patience , et je vais les ex- poser. Ils se réduiront à peu de pages , mais ils seront clairs et précis. En botanique, d'ailleurs, on commence à s'apercevoir que ce ne sont pas les plus longs travaux qui enfantent les plus gros volumes , et que ce ne sont pas les plus courts qui nous donnent les volumes les moins épais .^ § I. Racine. Nous avons exposé dans notre premier Mémoire les modifications que pouvait subir la racine des Grami-, nées. Nous avons oublié d'y ajouter que les cônes de la radicule restant emboîtés et s'allongeant en racine prin- cipale , peuvent jeter çà et là des radicelles et parfois des cliaumes traçans 5 ce que l'on observe encore quelque- fois sur la partie inférieure , au premier nœud de h tisje. Nous sommes déjà en mesure d'expliquer ces faits dans un prochain Mémoire. Toutes ces modifications se ren- contrent sur les individus de la même espèce , et eu général elles ne sauraient pas même fournir de bons caractères spécifiques. Cependant les modifications indiquent presque tou- jours la nature du terrain. Ainsi, les Gramens venus dans l'eau courante prennent en général les racines af- fectées à ce genre d'habilation , c'est-à-dire des racines I ( 425 ) blanchâtres, succulentes, longues, aplaties et comme pennées. Dans les eaux stagnantes et les prairies hu- mides , les Gramens ont plutôt des chaumes tracans. Dans les terrains gras et meubles, ou les trouve in- différemment , soit avec des chaumes traçans , soit avec un chevelu ; il en est de même des décombres. Dans les terrains arides et sablonneux , au contraire, et dans les terrains absolument calcaires , ils ont un riche chevelu , mais, à radicelles filiformes et grêles. Enfin, dans les terrains rocailleux, les radicelles semblent devenir un peu fusiformes ; elles sont peu nombreuses, et n'ont point de chaume traçant. Ce que nous établissons à l'égard du cône radiculaire de l'em- bryon , s'observe aussi à l'égard des cônes j-adicnlaires de tous les bourgeons de la tige, c'est-à-dire que ces derniers peuvent devenir ou racine principale, ou chevelu^ ou chaume traçant , et prendre toutes les modifications de l'un et de l'autre. Nous pensons que le genre Centro- phojrim.de M. Trinius n'est qu^un ^ndropogon, dont le cône radiculaire des locustes s'est développé hors le chaume au lieu de descendre dans son intérieur, et par le contact de l'air a pris la forme d'une arête descendante. Enfin les racines adoptent la couleur des terrains dans lequel elles croissent. > § II. Chaume ou tige. i". On a cru que les chaumes d'un genre ou d'une espèce possédaient constamment le môme nombre d'ar- ticulations. Cette assertion est loin d'être exacte. L'on voit tel Gramen prolonger dans un climat son chaume d'une manière indéfinie, et étaler sa panicule dans d'autres , après quelques articulations. Il serait du reste assez difficile de compter avec csactlludc le nombre des ( 4^6 ) aiiîculatîons d'un chaume, et de bien détciminer son véritable point de départ. Dans VEnodiiim on n'a sou- vent décrit qu une articulation ; quant à moi, j'en ai trouvé deux et quelquefois trois. 1°. Les entre-nœuds du chaume sont invariablement plus courts vers la base , et plus longs vers le sommet dé la plante. Ces proportions sont moins sensibles sur les individus qui n'ont point de bourgeon dans l'aisselle des feuilles , c'esl-à-dire , d'après nos principes , toutes les fois que nulle nervure médiane né s'est changée en chaume. Dans ces derniers cas, les entre-nœuds sont toujours très-rapprochés. 3°. La partie du chaume renfermée dans une gaine est lisse et peu colorée. Celle qui est en contact avec l'air est verdàtre ou violette , velue , hispide ou lisse. Ces caractères ue sont pas même des caractères véritablement spécifiques, et dépendent du terrain et de l'exposition. § III. Feuilles. On distingue dans la feuille des Graminées i trois portions : la gaine Çuagina) qui est la partie qui en- toure le chaume et qui est couronnée de la ligule ( li- gula , âg. 8, g, a); enfin , la lame (limbus) qui part de la base de la ligule. 1°. Les feuilles manquent très-souvent de lame à la base du chaume , et ressemUent , pour le port, a la feuille parincrviée qui paraît la première dans l'acte dé la germination. 2°. A la base du chaume on trouve encore très-sou- vent quelques gaines qui ne sont pas fendues par-de- vant , mais seulement au sommet , et cela s'observe ( 4*7 ) .principalement dans les chaumes simples , et dont les Lonrgeons ne se. sont pas développés. 3". Il en est de la gaîne comme des entre-nœuds. Elle est toujours plus longue vers le sommet de la lige qu à la hase. A la base, elle est quelquefois si courte qu'il est difficile de la distinguer de la lame. 4°. Le contraire arrive à l'égard de la lame. Elle est en général toujours plus courte sur les gaines supérieu- res que dans les inférieures. On trouve des lames infé- rieures de deux pieds de lojigueur , quand la supérieure n'a pas un pouce. Je donnerai plus tard la raison de ce phénomène. On ne doit pas tenir compte en ceci des feuilles qui se sont desséchées avant d'avoir atteint leur entier accroissement. S'*. Les gaines glabres, hispides ou velues, sont pro- pres à distinguer les variétés , mais ne fournissent point de caractères génériques. Dans les prairies humides la gaine velue devient glabre quelquefois: le contraire arrive dans les champs arides. 6*. La lame est ou plane et lancéolée (Phai'us, Ofyra), ou plar.e et ensiforme ÇJVastus, Penicillaria) , ou ca- naliculée (^ Miboi'a) , ou roulée {^^ira canescens) , ou filiforme , c'est-à-dire ayant si peu de nervures qu'elle semble n'être plus qu'une arête canaliculée {^Festuca heterophj Ha). Aucune de ces formes n'est affectée ex- clusivement à un genre. ^°. La ligule (fig. 8, Qrt , lo), au lontraire, est un caractère générique , sinon invariable , du moins assez constant pour ne comporter que des exceptions. Il est vrai que nous n'adoptons pour les genres que deux de ses formes : la membraneuse (fig. 8, a), (Z/Z- gula niembranacea ) , et la ligule divisée ou en poils C 4^8 } (^pilosa, fig. 9 , « ) , ou en lanières {denticidata ) ( fig., lo ). La ligule est tellement exiguë sur certaines es- pèces , qu'elle ne présente plus de traces du caractère générique ; mais , en cet étal , elle est un bon caractère spécifique. Cette dernière forme se présente plus sou- vent sur les espèces des genres à ligule divisée en poils que sur les ligules membraneuses. La ligule membra- neuse est ou tronquée Çtj'uncata) , quand sa substance étalée a la forme d'un carré long, ou entière (intégra), toutes les fois que sa substance étalée a le sommet ar- rondi ou en voûte. Je n'admets point de ligule mem- braneuse laciniée , parce que ce caractère est trompeur sur le sec , et variable sur le frais. Cependant, dans les descriptions spécifiques, on ne doit oublier aucune des modifications que la ligule peut présenter. La ligule peut être encore membraneuse et velue sur sa face pos- térieure ,• elle appartient dans cet état aux ligules divi- sées en poils (pilosa). 8°. Nous insistons sur cette expression divisée en poils-, car cette dernière forme (pilosa) n'est que la décomposition de la forme membraneuse (^membrana- cea) ; et les exceptions dans certains genres provien- nent de ce qu'alors il y a eu ou il n'y a pas eu de dé- composition. § IV. Inflorescence. Bien des genres sont fondés par les auteurs sur l'in- florescence , et cependant l'inflorescence n'a pas été définie. Cette anomalie avait conduit des agrostogra- phes à nier l'importance de ce caractère 5 car enfin il existe tant d'espèces auxquelles les uns donnent une pa- nicule , et les autres un épi 5 et ensuite on rencontre I (4^9) dans de!» genres à panicule tant d'espèces qui prennent les formes de l'épi , qu'en vérité on était en droit de ne voir plus que des différences de mots et non de formes dans celte distinction. Ajoutez à cela que , d'après les définitions, la seule différence qui existât entre l'épi et la panicule , ne consistait que dans le plus ou moins de pro- longement des pédoncules. Or , le même individu , selon les terrains et l'exposition , présente quelquefois des pédoncules beaucoup plus courts qu'à l'ordinaire 5 le Bromus sterilis, venu à l'ombre , prend des pédoncules fort courts , uniflores -, et si les locustes se redressaient ce Bromus aurait le port d'un Triticuni. Cependant , à la simple vue , il existe une si grande différence entre le port d'un Tnticum et celui d'un Poa par exemple , qu'il n'était pas probable que cette diffé- rence n'eût pas une expression dans les organes de la floraison -, et il ne s'agissait que de la trouver. Or, voici par quels résultats nous y sommes parvenus. Il est bon de dire que c'est notre principe du détacbement des nervures médianes en arête ou axe, qui nous a révélé ce que nous allons établir. 1°. On sait que certains épis, par exemple : les Lo- lium , les Rottbœlla , les Monemia , etc. , dont les lo- custes inférieures n'ont qu'une glume, portent toujours à leur sommet ( Gg. 12, ab') une locuste à deux glumes également conformées entre elles. Or , je prends deux individus de ces genres , l'un dont le rachis est à onze locustes , et l'autre dont le rachis est à douze lo- custes. Il est évident ici que la onzième locuste, qui est biglumée ( db' ) dans le premier individu , correspond à la onzième locuste du second, locuste qui est uniglu- mée (aô)*, c'est-à-dire, en d'autres termes, que la on- ( 43o ) zième locuste du premier qui est bitjlumée («'&') , si elle était surmontée d'une locuste supérieure, ne serait plus qu'unigliimée , comme la onzième du second individu à douze locustes. Or, comment aurait-elle passé au nom- bre douze, si ce n'est parce que la glume (b) aurait produit la locuste (ab') , et jouerait alors le rôle de rachis. Que pourrait-on opposer à cette explication? Serait- ce que les glumes sont des feuilles , et que les feuilles ne produisent jamais rien ? On serait démenti par Tana- lo<^ie de certaines dicotylédones mêmes. Serait-ce parce -j J . M. que les vaisseaux ou nervures dans le chaume ou axe sont disposées circulairement, et que, dans les feuilles, elles le sont sur un seul rang et en croissant. Mais nous avons le contraire sous la main. Car , enfin , quand même on ne voudrait pas admettre que le rachis des Lolium , Rottbœlla^ soit une feuille ou glume, on admettra du moins que c'est un rachis. Or , les nervures ou vaisseaux de ces rachis sont disposés sur un seul rang on croissant , et non circulairement. Serait-ce enfin que le chaume a des organes diflérens des gluraes ? Cela ne saurait se soutenir -, car les glumes comme le chaume n'ont que du parenchyme et des nervures ou vaisseaux de la même nature. D'ailleurs , si nous avons prouvé par les faits que la nervure médiane d'une paillette peut devenir axe pourquoi refuserait-on cette propriété à la réunion de ses nervures ? Il est évident que le tout est capable de ce dont la partie est capable. M. Trinius (de Graminibus uni et sesquifloris') a fait représenter une organisation d'épi , qui rend cette ex- plication accessible à la vue. Les locustes supérieures de son Eviphjsles ophiuros sont pédonculées et parlent delà glume supérieure , qui alors joui' le rôle de rachis. (43i ) -L'auteur adopte cette explication , mais au lieu de la poursuivre , il s'est jeté dans des théories du reste in génieuses , et il n'est point arrivé aux résultats que nous exposons. Sou travail ne nous a été •communiqué que long-temps après la lecture de notre Mémoire, et l'i- dentité des deux explications faites isolément semble leur prêter une nouvelle force. Je vais poursuivre l'ap- plication de mon principe. 2°. Si la glume qui reste avec sa forme primitive ne se développe que sous une forme grêle et s'agglutine avec le rachis ffig. n), on aura l'inflorescence du Nardus , dont chaque locuste semble être nichée à sa base dans un godet. 3°. SI elle se développe de la longueur du rachis , on aura l'inflorescence des Loliiim^ Monerina ^ de plusieurs Rotthœlla (Cg. 1 1 , rtj et du Tragus. 4°. Si cette même glume se divise en deux parties jusqu'à la base, ces deux portions ressembleront à deux glunies parallèles; et, dans cet état, on aura rit:flores- cence des T/iticum, Secale , et de quelques Rottbœlla (fig. II, b). 5". Si l'une des portions de glume se change en axe , soit stérile, soit fertile, et que le rachis ou l'autre glume changée en rachis conserve la forme glnmi- ff)rme,on aura l'inflorescence des Tripsacum et de tous les genres que nous réunissons aux Tripsacum (fig. ii , c). 6". Si la glume-rachis se divise en trois, et que chacune de ces divisions donne naissance à une locuste, ou aura (fig- if , d) VHordmim hexastichon; si trois locustes sont sessiles et fertiles, Vhordeuin distichon; Yhordeum murinunt, si deux locustes latérales devien- nent stériles et pédicellée». Ce genre d'inflorescence se ( 43^ ) perd quand l'épi se ramifie , et alors on ne trouve sou- vent qu'une locuste sur chaque articulation. •j". Si la glume qui devient rachis se partage en deux axes , dont l'un deviendra stérile , et l'autre portera une locuste semblable à l'inférieure, on aura l'inflorescence des y4ndropogon(ÛQ- ii , e), qui se continuera jusqu'à ce que les deux axes ne portent plus que des locustes stériles (fig. ii , f). Si les deux axes portent partout des locustes fertiles , et de la base desquelles partent toujours deux autres axes , on aura une succession de bifurcations ou de dichotomies , et par conséquent l'in- florescence des Soighum et des Andropogon cultivés -, in- florescence qui se tcrmineia comme la première quand les glumes cesseront de se convertir en axes (fig. 1 1 , f). Toutes ces inflorescences sont donc des épis,- et l'épi a beau se composer et se ramifier , son caractère est ineflaçable. 8°. Je suppose maintenant que dans l'aisselle du ra- chis et de la glume (fig. 12 , ia ) , il ne se développe point de locuste , et que la glume (ci) supporte une locuste comme la glume {b)\ que ces deux glumes, non distendues par la locuste qui aurait dû se former dans leur aisselle , prennent la forme d'un axe 5 qu'il arrive le même phénomène aux glumes de la locuste supé- rieure : on aura pour inflorescence le rameau (fig. i3), qui pourra ensuite se modifier d'une foule de manières , et voilà la panicule. Si chaque nervure de la glume (a) devient un axe, on aura alors un sémi-verticille alternant avec le sémi- verticille supérieur , et dont chaque pédicelle pourra se ramifier plus ou moins. Le pédicelle du milieu de ce verticille sera même constamment plus long que les (433 ) latéraux , ainsi que la nervure médiane est plus longue que les autres. 9°* En réduisant en définition ces résultats : l'épi est une inflorescence dont toutes les locustes , excepté celles de la sommité, fournissent, par une de leurs glumes , un ou plusieurs axes floriières. Les modifica- tions de cette inflorescence sont représentés (fig. ii). La panicule , au contraire, existera lorsque toutes les locustes auront leurs glumes entières , et qu'aucune de leurs glumes ne servira d'axe à d'autres locustes. On conçoit que la différence essentielle entre l'épi et la panicule se réduit à dire que les locustes de la panicule ne sont que des sommités d'épi , et que l'épi existe , parce que ses locustes n'ont avorté dans l'ais- selle d'aucune de ses glumes. De-là dans l'épi les lo- custes paraîtront sessiles , tandis qu'elles sont pédon- culées dans la panicule. 10°. Il arrive pourtant des cas où , dans des espèces à genre panicule , le pédoncule se raccourcit de telle sorte que la locuste devient absolument sessile ; et dès- lors on ne saurait distinguer de l'épi véritable celte nouvelle sorte d'inflorescence. Nous allons donner les caractères évidemment propres à parvenir facilement à les distinguer. 1 1°. Dans une panicule la glume inférieure enve- loppe toujours la glume supérieure, et n'est jamais placée avec elle sur un plan parallèle. Dans un épi au contraire , quand la glume qui ne s'est pas changée en rachisse divise à présenter deux gl urnes ( Z/'i/icuw^ -^à''~ lop.s), ces deux divisions de la glume sout insérées pa- rallèlement sur le plan opposé au racliis , et nulle d'en- tre elles n'enveloppe l'autre. Ujiuena gracilis, L. , le Tome IV. 28 ( 434 ) Spaitina cynosuroides, Schveh. ,1e Trach-) notia pungens ne sont donc pas dos épis, mais des panicules à pédoncule irès-raccnurci. Si la glu me externe ne se divise pas dans l'épi en deux glumes , la différence des espèces panicu- lées que nous venons de citer est plus visible , parce qu'alors la gliime unique de l'épi paraît évidemment en face du rachis , tandis que dans le Sparlina la glume inférieure est en face de la supérieure et presse de côté le rachis. 12°. Il est une organisation qui n'admet peut-être pas une exception constante; c'est que dans les pani- cules la glume inférieure , quand même elle serait plus longue et plus large que la supérieure , a un nombre moins grand de nervures que la supérieure ; ou enfin que le nombre de ses nervures est égal , mais jamais plus grand que celui des nervures de la supérieure. N'oublions pas ce principe, nous allons l'appliquer. On trouve des épis (le Tripsacum par exemple ) dans lesquels la glume inférieure regarde de face le rachis (fig. 1 1 , e ) ; au-dessus de cette glume inférieure et dans l'or- dre alterne , on voit une autre glume qui presse du dos le rachis, et dans l'ordre alterne avec cette dernière viennent les balles ou fleurs. Dans les genres panicules, on rencontre de même des espèces à locustes sessiles et dont la glume inférieure regarde de face le rachis et semble alterner avec lui; au-dessus de laquelle glume parait une glume supérieure qui presse du dos le rachis en alternant avec l'inférieure, et ensuite arrive la fleur, les Paspalum par exemple, ainsi que les espèces qui avaient servi de type au genre Synthei'isma; mais dans ce der- nier exemple la glume inférieure n'a qu'un nombre égal de nervures, au nombre des nervures de la glume supérieure. ( 435 ) Dans le premier, au contraire , la glume inférieure a toujours un nombre bien plus grand de nervures que la prétendue glume supérieure, laquelle alors doit être physiologiquemeut regardée comme une fleur unipa- léacée -, de sorte que la véritable glume inférieure n'est autre que le rachis. 16". Il arrive quelquefois qu'on rencontre soudée à la base du racliis une membrane plus ou moins forte qu'on prendrait alors pour la glume inférieure, dans le Lolium et le Tragus; rhais dans le Lolium cette membrane est binerviée avec une large lacune membraneuse 5 elle allerne bien avec la glume externe , mais non avec les balles. Elle appartient donc au racliis et n'est qu'un débri échappé à la glume inférieure qui s'en est détachée pour devenir axe. Dans le Tragus cette membrane est tellement adossée contre le rachis et fait à la base tellement corps avec lui , qu'il est évident qu'on doit dire de cet organe ce que nous avons dit pour la membrane du Lolium. La disproportion du reste de cette prétendue glume doit être une règle pour l'épi , toutes les fois qu'on en rencontrera de telles adossées contre l'axe. i4°' En résumé il faut, pour constituer un épi , que la locuste soit sessile, que la glume externe ouïes deux di- visions de la glume externe regardent de face le racliis. S'il se trouve une paillette supérieure qu'on puisse ap- peler du nom de glume , il fiut du moins que cette pail- lette ait un nombre moindre de nervures que la glume inférieure. Dans le Pharus cette paillette prend la cou- leur et la forme de la glume inférieure. Dans ma classification, pour ne point trop m'écarter de l'usage, je l'appelle glume, quoiqu'il fût plus conve- a8* ( 436 ) nable de l'appeler fleur unipaléacée. Je ne donne ce der- nier nom qu'à la paillette qui se trouve quelquefois au- dessus d'elle , et alternant avec la paillette inférieure de la fleur fertile, dans \cs ^ndropogonYinr exemple, qui dans la première supposition devraient avoir deux fleurs nnipaléacées. i5°. Quant aux modes d'inflorescence autres que l'épi et la panicule , je n'en admets aucune comme caractère générique, parce qu'il faudrait alors faire autant degenres souvent que d'individus. Ces modes me serviront pour- tant à établir des coupes dans les genres. Ainsi j'appellerai panicule simple (panicuîa simplex) celle dont les pédoncules ne portent qu'une locuste et sont plus courts qu'elle 5 panicule sous-simple (subsimpJex) celle dont le pédoncule se ramifie de manière pourtant que chaque entre-noeud soit plus court que la locuste •, enGn panicule composée [composita) , celle dont les pé- doncules sont plus longs que la locuste, soit qu'ils se ra- mifient ou qu'ils restent iniiflores. L'expression spiciforme (^spicœformis) désigne une panicule qui au premier coup-d'œil ressemble par le port à un épi , par exemple un yilopecurus. § V. Eni>eloppes de la fleur. 1^. A l'égard de la nomenclature de ces organies , je pars de l'ovaire. Les étamines et les écailles appar|tien- nent à la même articulation. Inférieurement et ^^l,t^rJJflnt avec cet organe se trouve la paillette supérieure, q,uj., est ou parinerviée ou imparinerviée. Liférieuremenl a^^ive la paillette inférieure-: si au-dessous de cet,l8 paillette il ne se trouve que deux ou trois paillettes, ces deux der- nières je les appelle glume; si entre ces deux dernières (437 ) il y en a une autre, je l'appelle fleur uuipaléacée ; s il y en a deux ou plusieurs autres, ce sont tout autant de fleurs unipaléacées. Si au-dessous des étamines on ne compte que trois paillettes, la locuste n'aura qu'une fleur fertile uuipaléacée , et les deux autres paillettes se nommeront gluraes : ^lopecurus , Mibora. Les glumes sont ordinairement libres à la base , c'est- à-dire que l'inférieure entoure la base de la supérieure. Mais il est des cas où ces deux glumes se soudent plus ou moins près de la hRse (Phalaris , Phleum , Alopecurus , Lygeiun , Poljpogon ) -, alors elles sont presque toujours égales entre elles. Pour reconnaître l'ordre d'alternation, il faut ne considérer que les nervures médianes-, ainsi dans VAlopecurus la nervure médiane de la paillette qui enve- loppe la graine alterne avec la nervure médiane de l'une des glumes. Cette glume est donc la supérieure et l'autre l'inférieure. Nous venons de supposer que la locuste est uniflore j mais s'il arrive que la nervure médiane de la paillette supérieure (f. i4 , a) se détache et devient florifère , et que chaque nervure médiane des paillettes supérieures subisse la même métamorphose , tout ce que suppor- tent ces axes , sont tout autant de fleurs dont l'extrême avorte ordinairement. Nous rappelons que toutes les locustes dont les paillettes sont parinerviées ont un élé- ment pour devenir multiflorcs ; qu'il n'y a d'essentielle- ment uniflores que les locustes à paillette supérieure im- parinerviée, c'est-à-dire à paillette dont la nervure mé- diane ne s'est pas détachée. •j.'. A la base des glumes se voient souvent des brac- tées ou feuilles beaucoup plus longues que la locuste, et qui l'enveloppent plus ou moins, ce qu'on observa dans (438 ) quelques Andropogon. On trouve aussi des espèces d'a- rôtes qui semblent lui former une collerette , par exem- ple dans \es Setaria. Enfin on trouve aussi à côté ou au- devant des locustes, des espèces d'éventails, dans les Cynosurus par exemple. Ces trois sortes d'organes ont été décorés du nom d'involucre. Ce n'est dans aucun de ces deux cas que nous admettons cette dénomination. Dans le premier cas , c'est une simple feuille inférieure dans l'aisselle de laquelle s'est développée la fleur; feuille qu'on peut trouver fréquemment sur les Dactylis, les Sesleria à la base des épis partiels , et dont la culture peut changer le caractère et la place. Dans le second ce sont de simples pédoncules avortés partant de diffé- rens points, et s'élevant plus haut que les pédoncules fertiles. Dans le troisième ce sont des locustes à balles unipaléacées, et qui, se comprimant plus ou moins, ont présenté une forme anomale. Dans les espèces de l'ancien genre Cynosurus , on avait aperça des passag<^s de ce mode d'inflorescence , et on en avait fait des genres. Il fallait conserver le genre en entier et changer simple- ment le caractère générique. Qu'une feuille se décom- pose en poils ou en nervures à la base d'une locuste , qu'une locuste avorte, que l'épi se développe dans une feuille inférieure au lieu de se développer sur un long axe-, ce ne sont point là des caractères, puisque dans une exposition différente le contraire peut arriver. J'ai été donc très-réservé sur l'emploi de ce caractère: je n'en ai- fait usage que dans trois circonstances : la pre- mière à l'égard des Saccharum dont les trois locustes sont enveloppées à la base d'une collerette de poils qui les dépasse. Je sens toute la faiblesse de ce caractère ; mais je ne pouvais pas les distinguer autrement des Àndvo- 1 (4:^9) pogon, et pour ménager la routine je voulais conserver ce genre. J'ai encore admis le caractère de l'involucre à Tégard des Cenchrus, parce que plusieurs locustes sessiles se trouvent renfermées dans une feuille plus ou moins dé- composée qui n'alterne avec aucune d'elles, et qui fait corps à la base avec le racbis, de manière que le genre appartient évidemment aux épis, puisque l'involucre a fourni à la formation du rachis une partie de sa substance. J'ai conservé surtout pour le Coix le caractère tiré de l'involucre , parce que l'involucre, ici turbiné et per- foré au sommet, n'a pi us aucun rapport de ressemblance avec tout autre organe des Graminées. Au reste je n'ai fait emploi de ce caractère que dans les épis , parce que là seulement il est invariable. ^ 3°. Quant à la forme des paillettes ou glumes, je n'ad- mets point la forme des sommets , parce que rien n'est {)lus changeant et plus facile à s'altérer. J'ose même dire ena qui n'ont aucun rapport entre eux. On dirait qu'on n'a été économe de grnres , que pour les genres qui ne ré- clamaient aucunement une telle économie. La forme de la graine provenant presque toujours de la forme des paillettes qui l'enveloppent, comme nous avons noté la cause, nous nous sommes dispensés dans le tableau de noter l'effet: mais nous n'oublierons pas ce caractère dans la description générique. Dan-s la division à paillette supérieure imparinerviée y la graine n'a point de sillon , parce qu'il n'y a pas eu pression'exercée par un axe vigoureux (0/y5a, Leersia). Dans les parinerviées , plus les genres ont été multi- tlores et à fleurs pédonculées (Poa, Festuca, etc. ) , plus ce sillon a été profond. Dans les genres à fleurs sessiles, au lieu du sillon se remarque une large mais légère compression (Panicum). Dans les fleurs où le pédoncule ne s'est pas développé, le sillon est moins profond et ( 447 ) quelquefois peu visible {Agrostis , Phalaris , Andro- pogon, Sorghum). § X. Stigmates, 1°. Le nombre des stigmates est aussi variable que celui des étamines. Je le note dans la description géné- rique , comme caractère du second ordre. 2°. Les formes en sont uncaraclère invariable. Je nedis point les formes qu'on désignait par les mots aspero^il U- Jbnnia, subaspergilliformia , etc. *, formes qui ne dépen- dent que du plus ou moins de prolongement du pédon- cule-, mais seulement celles que je vais décrire ci-après. 3°. Ou les fibrilles stigmatiques sont rangées sur deux rangs comme les barbes d'une plume. J'appelle alors les stigmates distiques (stigmata disticha) , (fig. i , a, 3). 4o- Ou bien les fibrilles stigmatiques sont parsemées autour du style comme autour d'un axe; et j'appelle ces stigmates épars (stigmata sparsa),(G^. 5, 6,7). 5°. Ou bien les fibrilles ne sont éparses qu'une fois et à la base du stigmate , et j'appelle cette forme stigma- tes épars à la base ou semi-épars (basi tantùm sparsa aut send-sparsa)^ (fig- 4)- 60. Les stigmates distiqiies peuvent avoir des fibrilles très-courtes, sans papilles distinctes-, et je nomme ces stigmates qui sont en général très-longs , stigmates toe- niaeformes (tœniœfoi'mia) ; (j\s,. 1). Ces stigmates peuvent avoir des fibrilles à papilles nombreuses, fibrilles fort longues quoique simples, et je nomme ces stigmates plumeux (plumosa), (fig. a). Ces stigmates distiques peuvent posséder des fibrilles ramifiées et couvertes de papilles ; et je nomme ces stig- mates plumoso - ramenx (plumoso-ramosa), (fig. 3). ( 448 ) M. R. Brown a le premier fait usage de ce caractère. Quant à moi, je ne le place que dans les caractères se- condaires , parce qu'il est fort trompeur , et que les stigmates plumeux odrent très-souvent cette forme , lorsque leurs fibrilles se superposent sur le porte-objet. 'f. Les stigmates épars varient à rinfini sous le rap- port du prolongement des styles qui les supportent , et des formes qu'ils prennent eux - mêmes. J'indique dans les fig. 5, 6, 7, leurs types généraux; mais je n'emploie aucun d'eux comme caractère générique. Ce- pendant on peut dire que la forme 6 convient davan- tage à mes Tripsacum; la forme 7 aux u4ndropogon ; la forme 5 aux Paspalum , Panicum, Cynodon. 8°. Me voilà arrivé au point où je pourrai- réunir d'une manière claire et intelligible trois caractères déjà décrits , et faire voir la sympathie qui existe entre eux. Ces trois caractères sont : la forme des stigmates , celle de la lisfule et celle des écailles. Les stigmates distiques, i, 2,3, 4? existent tou- jours avec les écailles membraneuses. Les ramoso-plu- nieux (3) existent avec les écailles membraneuses et avec les écailles impressionnées (n , o). Le Maïs fait exception par son stigmate tœnicqforme et ses écailles impressionnées. Les stigmates épars existent toujours avec les écailles impressionnées, lorsque la paillette supérieure est pari- Tierviée. Dans les paillettes imparinerviées ils existent avec les écailles membraneuses. La ligule membraneuse convient aux écailles mem- braneuses, et se trouve par exception avec les écailles impressionnées ÇMelica , Paspalum). La ligule en poils ou en lanières, au contraire , ne se I ( 449 ) trouve jamais qu'avec les écailles impressionnées. La planche jointe à ce Mémoire est disposée de manière à peindre aux yeux ces rapports. Deux ans d'observations non interrompues en constatent la vérité. 9". J'ai découvert un autre caractère que peuvent fournir les stigmates : c'est leur insertion. Ou les stigmates sont insérés sous le sommet de l'o- vaire ( Poa , Triticum , Avenu, Festuca , etc. ) j ou bien ils sont insérés sur la face antérieure de l'o- vaire. Ce dernier caractère ne se rencontre que sur les Bromus et les Lolium, mais il est constant. Palisot de Beauvois avait aperçu ce caractère sur son CeratocJiloa , et il en avait fait un genre; le Ceratochloa uéta\t qu'un véritable ^romiw, genre sur lequel ou n'avait point remar- qué ce caractère , tant il est vraique les travaux faits en courant, et page par page, ne sauraient jamais être compa- ratifs. Il faut noter encore qu'il n'avait pas remarqué l'in- sertion des stigmates , mais seulf^ment la forme du som- met de 1 ovaire, que la dessiccation avait exagérée, et qui n'est due qu'au genre d'insertion des stigmates. Ce caractère tiré de l'insertion, joint à la forme des écailles et au nombre des nervures , empêchera désor- mais de confondre un Festuca avec un Bromus. § XI. Distinction des sexes. Mes caractères ne doivent être cherchés que dans les locustes fertiles et hermaphrodites , à moins que je ne note le contraire dans le tableau. Je néglige toujours la fleur stérile du sommet , parce que , dans toutes les espè- ces, la dernière fleur, quand elle existe, avorte plus ou moins. Je ne liens compte, comme fleurs neutres ou mâles, Tome IV. 29 ( 45o ) que de celles qui sont inférieures à la fleur fertile (y7o.c- culus Jertilis). Quant à la monœcie, c'est un caractère si variable, qu'il serait impossible, avant d'avoir analysé un individu, d'indiquer le rameau stérile et le rameau femelle. Ces sortes d'avortemens ne sont donc point des caractères , et l'on doit se montrer réservé dans leur emploi. 11 n'en est pas de même des ditTérences d'inflorescence qui entraînent avec elles des différences de sexe, par exem- ple , dans le Maïs où les panicules sont ordinairement toutes mâles elles épis tous femelles. J'ai employé ce ca- ractère dans le tableau : je le décrirai plus au long dans le genre. Dans la diœcic je n'emploie que les caractères de l'in- dividu bermaphrodite. L'existence de l'autre est cons- tatée dans la description du genre. Au reste , ce carac- tère ne convenant qu'à deux genres , le Spinifex et le Gjncn'um, son omission ne jettera aucune obscurité dans les recherches. Observons encore que dans les Spinifex et Gjnerium qu'on plaçait dans la diœcie, ce n'est qu'une diœcie impropre, puisque l'individu fertile est herma- phrodite , et peut se passer du mâle , et qu'ainsi le màle est une forme pins ou moins avortée, une véritable sinécure dans l'ordre de celte végétation. C'est donc un accident qu'il faut noter; ce n'est pas un caractère générique. Ces notions abrégées qui se composent de résultats longuement constatés, suffisent pour l'intelligence du tableau des genres. Dans un prochain extrait je donne- rai les caractères génériques détaillés avec les caractères secondaires , j'y joindrai la liste des genres modernes, dont les types doivent rentrer comme espèces dans les miens , ainsi que la liste des espèces qui m'ont servi à .'P culis sculif ferii f.p. img mgl TABULA METHODICA GENERUM AGROSÏOGRAPHI^. AUCT. RASPAIL. PALE.E PMNES IMPARIKEBV1;E.J fc-, r Q:„n ,.1..™:^ t Paie» concavœ. . . Sùpnata spam ; rSmeglum.s [ Palca. carioate. . . / (Cumglumis ( Flosculus fertjlis unîpaleaceus j t"'li""-'c l'as' libéra:. \StigTDaU disticha. ... Stîfmala basi lantum sparsa. [ Paniculx. 1 Spicx. [Flosculus ferlilis bipaleaceus. Sine (losculîs infcrioribus steiilibus n, -' r , I l'alc.1 ml. i nema. . Cum floBcuIis inferioribus steri- ( ï'^osc"'' bîni inferiorcs unipaleacci. Q|y™^ flo^^! raiom'-" libus • iFloscuIi bini infcrîores bipalcacci Cum floseulo înferiori masculo, ncutro aut unipaleaceo. Sine floseulo inferiori ncutro, unipaleaceo aut masculo. . ^Palca infcrior mullinervia. '. pauciuervia. . {Palca inf( Palea iaf. "jÙnik 1 Binis < f Pal. infer concava. , (Palea iaf. carinata. ! Nervi apice confluenles. Neivi apice divergentes. cum glumâ. cum elumis. fGlumœ floseulo minores. • (Gluma: ilosculo majores. PALEA SUPEIUORJ PARIKEKVU, [ Sine involucro . ISinc flosc. infer. unipaleaceo. Cum tlose. infcr. unipaleaceo. IInvolucra partialia et ptlosa. . liivolucra partialia etberbacea. . Involucrum ucicum et générale. , . ^ï>aciiis ( iQcroineaî stirpis scilicet) unitlorus /SpicaeetpaniLulœ m eadem slirpc simul. Zoyaia, jiàprella. Onza. Mibora. Mopecurus. Crtpsis. Cinna . jinlhoxanikum. Microlœna. Hierochloa. Eltvharta. Panicum. Eriachne, Paspaliim. Pnjpophorus. Cynoaon. Luziola . Moncrma. Phavtis. 7'ripsacum. jândropogon . Sacchoriim, Ce ne hr us. Coïx. Spica;. iOvarium pilosum. Ovarium glabrum ,n t • i- ■ I Iiocusiaî latere axim prcmentCîi. (Palcainfmorconcava | Locuslai dorso axim prcmctes. iSligmata lui Stigmata ap, ifra apicem ovarii ïnserta. apice ovarii inserta. . . . (Palca iarerior carinata. Racliis peduncuiiformis. Uacliis glumifoi'mis. . j" Ovarium pilosui fGluma floseulo major ( Gluma floseulo minor f Stigmata iufra apicem ovarii ipscrla - tom. I , tab. 141 , p. 1 II. 5. P. anceps (De Cand.) , foliis lanceolato-obtusis; floribus termiualibus corymbosis ; stiiminibus non exscilis. 6. P. eleagnifolium , foliis linearibus , oblongis ; floribus axillaribus et terminalibtis , subumbellalis; staminibus exsertis. 7. P. squamulosum (Vent.), foliis brevibus , lineari-lanceolatisj flo- ribus tci-rainaiibus , subumbcllatis ; staminibus exsertis. •j"i"}- Spec. dubia , pilis siniplicibus. 8. P. diosmeum , foliis brevibus, acerosis ; floribus terminalibus su- bumbellatim congestis. (1) M. de Jussieu entend par celte expression une disposition des pe'tales interme'Jiaire entre la préfloraisoti tordue et celle qu'il a de'- signée par le mot de convolutive (ce mode de préfloraison nous paraît le même que R. Brown a nommé imbriqué, qui comprend plusieurs modifications distinguées par M. De Candolle sous les noms de quin- conciale , d'alternative et d'imbricative). Des quatre ou cinq pétales il y -en a un tout-à-fait extérieur, un toui^à-fait intériaar, lesiautrcs sy recouvrent par un bord et sont recouverts par raut;r^.;)_,''. , ( 473 ) ?( OTE sur un noui'eau genre de Reptile fossile ,• Par m. Gideon Mantell. (Cotumuriiijuëe à la Société Géologique do Londres, le lo février iSaS.) C'est dans le grès de la forêt de Tilgate , près de Cuckfîeld , dans le Susscx , grès qui appartient à la for- mation du sable ferrugineux (Jron-Sand) et qui com- pose en partie la chaîne de collines qui s'étend de Has- ting à Horshain , qu'ont été trouvés les dents et le peu d'ossemons qui font le sujet de cette Notice , ainsi que ceux d'une espèce gigantesque de Crocodile , du Mega- losaurus et du Plesiosaurus , et des restes de tortues , d'oiseaux et de végétaux. L'auteur a envoyé depuis quelque temps des échan- tillons de ces dents à dilférens naturalistes et particu- lièrement à M. Cuvier. Leur opiiîion , d'accord avec la sienne, fut qu'ils provenaient d'un reptile herbivore dont la race est détruite , et qui n'a pas encore été décrit. Avec l'aide de M. Clist, il les a depuis comparés avec celles d'un squelette de l'Iguane des Indes-Occidentales , existant au Muséum du collège royal des chirurgiens; il leur a trouvé beaucoup d'affinité avec les dents de cet animal ; il expose avec détail dans cette Notice les résultats particuliers de cette comparaison, et détermine ainsi la place que cet animal détruit doit probable- ment occuper dans l'ordre des Sauriens. L'analogie que nous 1 venons d'indiquer a engagé M. Mantell à lui donner le nom d'IguanodQn. Kn .sup- posant que les proportions de l'animal foissile fussent les mêmes <|ue celles de l'animal vivant , M- Mantell établit que l'Iguanodon . devait avoir une taille supé- ( 474 .) rieure même à celle du Megalosaurus , et qu'il devait surpasser soixante jjieds (anglais) de long. D'après les fossiles qui sont associés avec ces débris , il conclut que si cet animal était amphiLie, il ne devait pas ha- biter la mer, mais les rivières et les lacs d'eau douce. Remarques sur quelques Oiseaux de la province de Rio- de-Janeiro et des environs de Montevideo ,• sur leurs mœurs et leur distribution géographique ^ Par mm. Quot et Gaimard , Médecins de la Marine royale , Naturalistes de l'expe'dition de découvertes autour du nlonde, commandée par M. le capitaine de t'reycinel. (Lues à_la Socie'té d'Histoire Naturelle de Paris, le 4 juillet iSaS. ) Le nom de Brésil rappelle tout ce que la nature a de plus beau et de plus fécond. Aux limites de la Zone torride, et là où commence la Zone tempérée de l'iié- misphère austral, un sol granitique, alternativement abaissé en plaines ou s'élevant en montagnes , parcouru, fertilisé par des ruisseaux, des torrens ou des fleuves, est couvert de la plus riche végétation. Les Oiseaux qui peuplent les forêts presque impéné- trables de cette vaste contrée , comme ceux que l'on ren- contre dans le voisinage de l'immense baie de Rio-*de- Janeiro , et sur les nombreuses îles qu'elle contient , sont ornés des plus belles couleurs. Chaque famille a ses loca- lités propres , où elle semble se plaire davantage. Ainsi l(^s alentours de la baie , où les montagnes sont peu éle- vées , les bois moins touffus, le terrain cultivé, et où l'on voit dos fermes éparses , sont habités par les jolis Guit-Guits bleus, les Pit-Pits verts, lesTangaras, dont le plumage d'un beau rouge contraste avec la sombre verdure du feuillage ; ceux non moins brillans qu'o» ( 4?5 ) nomme Evéques et Archevêques-, les très-petites Tour- terelles ; et dans les jardins , autour des bananiers et des passiflores, bourdonnent de cliarman s Oiseaux- Mouches j parmi lesquels se distingue le Huppe-Col, qu'à sa peti- tesse on prendrait pour un insecte. Les clairières recèlent le Coucou Guira-Cantara, très- rare aux environs de Kio-de-Janéiro ; le Coucou Piaye, auquel les nègres attachent des idées soperslilieuses : cet oiseau peu crainlif se laisse facilement approcher. Il en est de même des nichées d'Anis, qui, vivant en famille, s'exposent, à la file sur une même branche , aux coups du chasseur. La Pie-rGrièche à manteau, plus défiante, se lient toujours dans les buissons bas et épais, d'où elle fait entendre son cri fort et répété -, tandis que le Jaca- rini , d'un noir bronzé, perché à la cime des Mimosa, s'exerce à faire des bonds verticaux qu'il exécute brus- quement, en retombant toujours à la même place. Là où les bois sont le plus touffus , le Manakin goi- treux s'agite avec rapidité et fait entendre un bruit sem- blable à de fortes pétarades. Le Toucan, dévastateur des bananiers , fréquente les plaines cultivées ; les Vangas et les Tyrans, les bords des prairies. Lorsque, dans nos courses, nous arrivions près de petites mares couvertes de plantes aquatiques , nous étions sûrs d'y trouver des Jacanas , et, dans les haies des alentours , des Tinamous , qui sont les Perdrix du Brésil. Le irjngdes ruisseaux, nous surprenions les Mar- tins-Pécheurs, qui aiment aussi à se percher an-dessus des torrens;et partout nous rencontrions le Percnoptère Urubu, animal craintif et vorace, exhalant l'odeur in- fecte des cadavres dont il fait sa proie. On le voit dans la rade voler en troupes nombreuses , planer des heures (476) entières à perle de vue, ou bien tournoyer avec dé- fiance autour des immondices que la mer rejette sur le rivage. ( '' i"»' Un autre oiseau de proie , habitant de la plaine, est TEpervier anomal (Chimani^o de d'Azara) dont le cri est aigre et irès-prolongé. Ce singulier oiseau ne paraît pas participer des mœurs féroces de la {iunille à laquelle il appartient. Compagnon parasite des troupeaux, tou- jours sur le dos des boeufs, il les débarrasse des ricins incommodes qui leur sucent le sang : excessivement craintif, il fni.t l'homme de très-loin 5 et ce n'est qu'avec beaucoup de peine et d'adresse que ndlhe compagnon de voyage, le maître-canonnier de tUranie , 31. Rolland, nous en procura deux, dans l'estomac desquels nous trouvâmes en abondance les animaux dont nous venons déparier. Tous ces oiseaux recherchent les lieux cviltivés par l'homme et que modifie son industrie , parce qu'ils y trouvent sans peine de quoi se nourrir et élever leurs petits : aussi y sont-ils très-nombreux. Quand, abandonnant la plaine et les petites monta- gnes des environs de Rio-de-Janeiro, on s'élève sur la chaîne des Orgues, la scène change. Aux effets majes- tueux que produisent les cimes élevées, les ravins, les précipices et les torrens qui -bondissent dans leurs pro- fondeurs, se joint ce luxe admirable d'une végétation perpétuelle, d'autant plus vigoureuse et plus fraîche, qu'elle est sans cesse humectée par les nuages qu'elle même attire et produit. • f-i'^nn: - . Là les espèces d'oiseaux,,devenaes moins nombreuses, ne sont pas les mêmes quecelles que nous venons de laisser. On ne trouve plus que le Cotinga jaune , le Cas- (477 ) siquc Jupiipa remarquable par son croupion rouge, le fjros-Bec plombé, le Picucule à gorge blanche et celui dont le bec est singulièrement recourbé comme une faucille. Le joli Manakin aux longues pennes y fait en- tendre ses espèces de roucoulemens amoureux. Aux bords des torrens, où la végélalion se trouve moins pressée, apparaît quc4quefois le Colibri tacbeté, être aérien, qui, par la vivacité de ses monvemens, semble se reproduire dans mille lieux à la fois. Sur la pente opposée, à l'en- droit où Ton vient de fonder une colonie de Suisses, ha- bite rOîscau-Mouche dont le nom de Rubis-Emeraude exprime l'éclat de ses couleurs. C'est aussi le séjour des Tangaras variés de diverses nuances : ces charmans oi- seaux vivent en petites troupes et paraissent aimer l'om- brage des grands bois et les lieux humides 5 c'est là du moins que, souvent au milieu des nuages, nous avons rencontré surtout les espèces nommées Tricolor et Sep- ticolor. Les Tamatias se plaisent aussi dans la solitude : le brun- peu fuyard , jouit de la faculté toute particu- lière d'imprimer à sa queue des mouvemens latéraux aussi forts que ceux que la plupart des autres oiseaux exécutent de haut en bas. Si dans ces lieux se trouve une ferme isolée qui ait étendu ses cultures aux alentours , on est certain d'y voir arriver des Cassiques huppés, des PiesGrièches , des lé- gions d'Aras, d'Amazones et d'autres Perroquets , fléaux des plantations. Enfin, lorsqu'on est parvenu au point le plus élevé des montagnes , vers le second regislo ou corps-de-g;ude des douanes, établi dans le seul lieu où l'on puisse passer pour pénétrer dans le district de Canla-Gallo, on est frappé de la solitude profonde qui règne autour de soi. (478 ) C'est là que s'opère le partage des eaux , qui ne sont encore que de simples filets glissant sur la surface des rochers , mais qui , promptement grossis par leur réu- nion, ne tardent pas à tomber en cataractes, à mugir en torrens , et, bientôt libres Je tout obstacle, coulent paisiblement en larges rivières. Vers le nord descendent les sources do Ribeiro , de Sant-Antonio , de Rio-do-Co- nego, formant la rivière das Bengalas, qui augmente les eaux de Rio-Grande -, et au sud , celles de Rio-Macacu , dont l'embouchure est dans la grande baie de Rio-de- Janeiro. A ces hauteurs, les oiseaux deviennent plus rares, et il faut parcourir de grands espaces pour rencontrer la Pie à gorge ensanglantée d'Azara, l'élégant Couroucou ou bien quelques Pénélopes. On entend de temps à au- tre , dans la profondeur des bois , le Pic solitaire frapper de son bec l'écorce des arbres ; tandis que l'Autour huppé elle roi des Vautours planent au-dessus des aiguilles de granité , qui , semblables à d'immenses tuyaux d'orgues , en ont fait donner le nom à ces monts sourcilleux. C'est aussi la demeure des Singes •, et là , par les sommités seu- les des forêts , ces animaux peuvent traverser des espaces considérables sans toucher la terre. Ceux qu'on y trouve le plus ordinairement, et dont le Brésilien se nourrit, sont l'Atèle arachnoïde , une autre espèce noire , le gentil Tamarin, le Sajou, et, dans les régions plus infé- rieures et plus chaudes , le Marikina doré. Nous y avons aussi entendu, sur le soir, les eflVoyables hurlemens de r Alouate : renvoyés et augmentés par les échos , ils épou- vanteraient le voyageur le plus intrépide qui ne connaî- trait pas l'animal qui le produit. Voilà pour les Oiseaux les remarques principales que - ( 479 ) nous ayons été à portée de Faire au Brésil. Nous commu- niquerons incessamment à la Société un Mémoire assez étendu sur les Oiseaux pélagiens, spécialement considères sour les rapports de leurs mœurs et de leur distribution géographique sur les grandes mers du globe. Mais nous devons dire un mot des rives de la Plata. Si , du vingt-troisième parallèle sud on s'avance vers le trente-sixième, la scène change au point qu'il semble que ce n'est plus le même continent ; et après la traversée qui sépare le Nouveau-Monde de l'Afrique, les regards ne sont pas frappés par une plus grande métamorpliose. Aux Alpes du Brésil on voit succéder, de chaque côté du grand fleuve , un sol aplati ; aux vastes forêts et à leurs gigantesques végétaux , d'immenses plaines ver- doyantes , couvertes de graminées *, aux fréquens coups de tonnerre des montagnes des Orgues , ces vents furieux venant du pôle, nommés Pampéi'os, qui rendent la na- vigation si dangereuse. Dans quelques endroits de cette terre d'alluvion per- cent des monticules de granité et de schiste , seuls indi- ces qui rappellent au voyageur qu'il n'a point encore quitté le sol de l'Amérique. Les espèces d'oiseaux les plus remarquables de ces contrées sont nomades comme les mammifères. Ce sont des Autruches, dont les troupes vagabondes semblent établir davantage les rapports qui existent entre les dé- serts du Nouveau-Monde et ceux de l'ancien-, des Ca- rouges et des Tronpiales couvrant de leurs volées in- nombrables les prairies dont ils fouillent la terre pour v trouver des insectes. Nous avons remarqué tant de variété dans leur parure , que plusieurs différences individuelles pourraient bien ne tenir qu'à des disproportions d'âge. ( 48o ) Une espèce plus petite, le Carouge à épaulette , nous a paru avoir les liabiludes et le ramage de notre Etoijr- neau. Comme lui il se plaît dans les roseaux et sur les bords des marais fangeux que couvrent les eaux limo- neuses de Rio de la Plata, On rencontre aussi l'Elour- neau militaire dont la poitrine est rouge, et le Carouge Gasquet, vivant en petites troupes isolées. Le Gobe-Mouche leucomèle, leTraquet à lunette, dont l'oeil est entouré d'une menibrane jaune licliénoïde, que l'on ne voit bien distinctement et dans tout son éclat que pendant l'état de vie, habitent des halliers de faux arti- chauts épineux: car aucun massif d'arbres ne vient borner l'horizon de ces solitudes san3fîn,pouren rompre la mono- tonie •, seulement d'énormes Cactus étalés en candélabres forment des haies épineuses impénétrables, d'une cou- leur glauque, sur laquelle contraste le beau jaune de leurs fleurs. Dans les lieux arides et'rocailleux , entre les blocs de grRuite, se montre le Cactus opuntia , dont les fruits violets, hérissés de milliers de piquans imperceptibles, sont les seuls que cette terre ingrate puisse offrir à l'homme. Sur les rives de la rade de Montevideo, le Tyran à ventre jaune, le même que celui du Brésil, dispute à des légions de Mauves et de Goélands les nombreux cadavres de bœufs et de chevaux jetés à la voirie. L'Ibis des bois , avec ses longues pâtes et son grand cou , do- mine par-dfssns toutes ces troupes voraces : sa défiance, que sert parfaitement sou organisation, est extrême, et il s'envole long-temps avant qu'on ait pu l'apercevoir. Une grosse espèce de Tinamou à long cou et dont le corps est arrondi, y est très-commune,- sur le rivage, nous n'avons fait. qu'entrevoir des Oies blanches qui ont le bout des ailes noir. (481) > Nous devons ajouter que nous n'avons pas ru VOmero {^Turdus Jiguliis) sur les mœurs duquel le célèbre Com- merson a donné des détails fort intéressans dans ses manuscrits. Il raconte que cet oiseau est quelquefois si familier, qu'à Montevideo on en a vu un établir son nid sur une charrette qui voyageait. Ce nid , fait en terre, a la forme d'un four. II parait que VOrnero habite tout le Brésil; nous en avons rapporté un de Rio-deJaneiro qui nous fut donné par M. Olfers, secrétaire de la légation prussienne. Note sur la Digestion ^ Par mm. Prévost et Le Roteb. L'on entend par digestion l'allération que le canal alimentaire fait subir aux substances qui y sont ingérées^ altération en vertu de laquelle les principes nutritifs qui y sont renfermés , s'exlrayent , se modifient , de manière à réparer chez l'animal les pertes journalières que le corps éprouve. Les ruminans , par la division de leur estomac en quatre parties distinctes , offrent un grand avantage pour apprécier les changemens successifs qji'éprouvent les végétaux dont ils se nourrissent; aussi le mouton est-il le sujet dont nous avons fait choix pour cet essai. Le bol alimentaire, mâché et insalivé dans la bouche, passe, au travers de l'œsophage, dans l'herbier ou panse , vaste cavité qui occupe la plus grande partie de l'abdomen à gauche ; la surface interne dece réservoir est garnie de papilles formées par la tunique mamelonnée; Tome IV. 3l ( 48^ ) elles sont revêtues d'un épiderme qui s'en sépare en lambeaux et très-aisément. L'herbier communique lar- gement avec la seconde division ; le bonnet , c'est ainsi qu'on la nomme , est placé à droite de l'cesophagG via tunique mamelonnée présente ici des replis cannelés , fort saillans, qui circonscrivent des polygones dont l'aire est aussi l.érissée de papilles, mais celles-ci sont plus fines. L'aliment dans le bonnet semble moins solide que dans la panse ; ramené à plusieurs reprises dans la bou- che par la rumination , il forme enfin une pâte qm passe directement de l'oesophage dans le troisième es- tomac, c'est-à-dire le feuillet, au moyen d'une rainure dirigée de l'ouverture cardiaque de l'herbier à l'orifice supérieur du feuillet ; les bourrelets charnus qui for- ment cette rainure la changent en se rapprochant l'un de l'autre en un véritable conduit. Les contenus de la panse et du bonnet sont tout-à- fait semblables-, la masse iriturée qu'ils présentent est sensiblement alcaline^ qualité qu'elle doit à la soude non saturée des sucs salivaires et vraisemblablement a celle des sécrétions des deux premiers eston^acs -, nous les avons pressés ensemble , et de cette manière nous avons obtenu un liquide débarrassé de débris et un ré- sidu fort dur. Le liquide bouilli , afin de déterminer la séparation de l'albumine, a été évaporé à siccité , ce ré- sidu a été repris à l'eau chaude-, l'albumine coagulée ne s'est pas redissoute-, Von a filtré et examiné les eaux mères-, pendant qu'elles évaporaient, il s'est formé à leur surface une pellicule qui se dissolvait en remuant le liquide , comme aurait fait celle de la gélatine en pareil cas. Convenablement rapprochées , ces eaux mè- res , après leur refroidissement, se sont piises en ge- (483) 1 e|cella-c, pan le desséche„,e,„ a bruni, .a cassure T "'""" " ''"'' ''-'1- f-^parenc . PIusieurT .les carac. nés de 1, gélatine conviennent â cette obs ance : eUe est i,,s„,„b,e dans l'alcool on , et: ubie dans Pcan froide e. davantage dans l'ean chan'de . 1- »e,des nnne-ranx , le snblin,é ne l'en précip ,e„; ro.n. a froid, ^als lor^n'on la fait bcilbr av' ce denner agent, il se forme des flocons qni ne se redis! -Ivent pins , et le liquide perd son ap'.nJe , g"! - mer par le refroidissement. Ce dernier résultat ne di^ fcrence pas, autant c,„on pourrai, le croire, 1, gelée do I» ge,a„ne ; car ccll..-cl, lorsqu'on la retire des o sa precp,.., de la prennere par le tannin ne se réunit pas en ^ sses conrme celui de la gélatine; et dissoute dans 'en f f°™.e .ne gelée bien moins abondante. La p r „" du restdu tnsolublc A leau n'était „„c de l'alCn i coagulée plus un peu de mueus-qui^'est disons ^I au acdule et pris en lame, au fond de la capsule levaporatton. Ces essais et quelques autres ' „oL »e rapportons point ici nous engagent à croirl ,„ elemens nutnnfs du bol alimentaire sont : ,. Il" »..ne des végétaux ingérés, extraite et retenue en si "on par les ,ucs alcalins propres àl'animal.e.; gelée dont nous tndiquons les propriétés ; plus une ce «me quantue de nuteus. Kous „e prétendons d nner nen d arrête quant aux quantités de ces élémens l„ conçott qu'elles doivent varier et par,. état rvX'é, a". Fttvenc en offrir plus ou moins, et par les „ uons souvent trés^itlérentes de boissnl v „t '•'°''" U-es. Le résultat suivant en donnera toulfor:::;;;: 3i' (484) f ,, Bol alimentaire de la panse et du bonnet. . . 5,a3 t Liquide obtenu par expression 2i75^t / Résidu de l'expression 2,478 grammes. L'on a retiré du (Crf^ ée desséchée : 16,78 liquide ( Albumine et mucus desséchés. 27,52 L'on a retiré du résidu 1 Gelée sèche 8,10 de l'expression. . .( Albumine et mucus secs. 4j82 L'albumine a été lavée à l'alcool aussi bien que la gelée , pour les débarrasser Tune et l'autre de la chloro- phyle et des sels- , Le feuillet fait suite à la panse ; sa cavité est remplie par les plis nombreux de la membrane mamelonnée j ces plis sont minces, assez larges, et juxtaposés les uns aux autres , comme les feuillets d'un livre 5 ils* compriment fortement entre eux l'aliment qui s'y en- gage •, le liquide que ce dernier contient est ainsi sé- paré et s'écoule dans la caillette ou quatrième estomac 5 placé comnie le précédent à la droite de la panse, ce dernier oÛVe une plus grande capacité , et communique inférieure ment avec le duodénutn , pat" utie ouverture qui répond au pylore des estomacs uniques; une mem- brane muqueuse très-délicate le révèt intérieurement, et présente de grosses valvules disposées dans le sens longitudinal ; les liquides qui du feuillet arrivent dans la caillette éprouvent un changement bien remarquable, ils deviennent acides d'alcalins qu'ils étaient , et il «'en précipite une matière floconneuse d'un blanc opalin, qui se dépose sur les valvules, où elle adhère, comme ferait une fausse membrane. Ce précipité est Ife chyme ^ ( 485 ) ses caractères indiquent qu'il n'est qu'une albumine presque pure et globuleuse 5 soumis à raclion de l'eau froide ou bouillante , il ne se dissout ni dans l'une ni dans l'autre et sembL; durcir par l'action de la dernière ; il est Irès-soluble dans les alcalis , insoluble dans les acides minéraux ou Talcool. Le cliyme et les parties du bol, pressées dans le feuillet, s'évacuent dans le duo- dénum et entrent en contact avec les sécrétions alcalines du foie et du pancréas. Le chyme se change en une émulsion globuleuse ; l'albumine encore engagée dans le végétal est extraite, tandis que celui-ci parcourt le trajet des intestins; les chylifères, spécialement destinés à absorber les substances nutritives, les transportent dans le canal thoracique , qui les transmet directement au système sanguin. Le chyle qui coule dans ces vaisseaux est d'un blanc opalin chez le mouton et le clieval 5 il se coagule bientôt dans le vase où on le recueille, et le caillot nage dans le sérum qui s'en sépare quelque temps après 5 l'air le rougit légèrement. Nous avons ob- tenu une once de chyle très -pur, sur un mouton assez fort. Le caillot lavé et comprimé dans un linge , puis parfaitement séché , a pesé 0,4^4 grammes ; il était plus soluble que la fibriae dans les alcalis , mais composé comme eUe de globules blancs adhérens entre eux et ;de o,oo33 tmn. di; diamètre 5 il donnait les mêmes résul- tats avec les divers réactifs. Le sérum, séparé et évaporé doucement, a pesé après sa dessiccation 2,332 gram. ; lavé à l'eau chaude, il s'en est dissous o,ro6 gram. d'une jnatlèie identitjue avec la gelée. Remarquons ici , en passant , que nous relrouvous dans le chyle les élémens nutritifs que nous avons cxliails de l'aliment ingéré. Après avoir tracé la marche des phénomènes, cherchons (486 ) à nous faire une idée de la manière dont ils ont eu lieu. La soude que contiennent les sucs qu'on renrontre dans les deux premiers estomacs , extrait des végétaux l'albumine , et change une partie de celle-ci en gelée. L'expérience suivante nous confirme dans celte opiiiiou. Nous avons pris des blancs d'œufs dépouillés des mem- branes d'enveloppe, nous y avons ajouté une solution de soude caustique : le mélange , bien remué et laissé en contact avec l'air extérieur, s'est pris en une gelée transparente et jaunâtre. Vingt-quatre heures après , la gelée est redevenue fluide ^ exposée à un feu modéré , elle a bruni en se rapprochant 5 quelques croûtes trans- parentes et insolubles se sont formées, et lorsque leur apparition a cessé , l'on a passé le liquide, il a présenté à sa surface une pellicule qui se redissolvait de suite par l'immersion 5 après une concentration suffisante , il s'est pris.en une masse tout-à-fait semblable aux gelées qu'on relire du bol alimentaire ou des végétaux traités par l'alkali. L'albumine en solution rencontre dans la caillette un acide libre, que Prout a pris pour de l'acide bydrochlo- riqne (i). Son apparition est la seconde condition es- sentielle à la digestion chez tous les vertébrés ; sans lui , les globules du chyle ne se formeraient pas. Nous avons cherché à connaître le lieu où il se sécrétait dans les animaux à estomac unique. Après avoir vidé l'es- tomac d'un lapin de ses contenus et l'avoir rempli à plusieurs repiises , avec une solution de soude , pour neuiraliser l'acide qui pouvait y rester , nous avons în- (i) Le iloctc'.ir Prout a soumis le liquiile à l'ebullilion , ct-il s'est de'- gage' de l'acide hydroclilorijjne. Mais la même chose arriverait à Un nic'IaDge d'acidi; lactique ou phosphorique et de sej marin. Son ex - 1 érien(^' esl donc slius riisultat. (R.) ( 4B7 ) troduil dans sa cavité un linge bleui par une solution végétale 5 après six heures de séjour , il s'est trouvé rougi principalement dans la partie en contact avec la région moyenne de Teslomac -, l'on sait que le tissu en esttrès- diflerent de celui des portions cardiaque et pylorique ; cette expérience répétée et variée nous a montré posi- tivement que c'était là le lieu de la sécrétion acide. Des moyens analogues ont prouvé le même fait relativement à la caillette chez le mouton, et quant aux oiseaux, c'est le ventricule succenturié qui joue le même rôle. Il était encore intéressant de voir si l'émission d'acide hydrochlorique se trouvait sous l'influence des nerfs de la huitième paire ; nous les avons coupés ; le linge réactif a rougi, mais moins que dans les autres cas, ce qui paraîtrait décider la question en faveur de la né- gative. En récapitulant les faits contenus dans ce Mémoire , l'on voit : 1". Que les actes de la digestion sont des altérations purement chimiques auxquelles la vitalité des organes où elles se passent , n'a point de part immédiate -, elles peuvent toutes , à l'exception de celle des vaisseaux absorbans, s'imiter artificiellement au moyen des fluides que les excréteurs fournissent , savoir , la soude et l'acide. 2*. La soude est l'agent auquel le suc gastrique doit ces propriétés dissolvantes qui étonnaient Spallanzani {' 3°. Les globules albumineux , dont la réunion formé le chyme, sont précipités par l'acide hydrocliloriquc ^ celui-ci est une sécrétion de la caillette chez les rumi- nans ,'dii ventricule succenturié chez les oisejiùx , èl de- là région moyenne de l'estomac chez les vertébrés où ce viscère n'est pas subdivisé. ( 488 ) Sur le caractère et les habitudes du Lion de V Afrique australe {^article extrait du Soiuh african journal , imprimé au Cap de Bonne-Espérance . ) Ok dislingue dans cette partie de l'Afrique deux var riélés de Lions , l'une jaune, l'autre brune, ou , commu disent les colons hollandais , noire ou niême bleuâtre. Les individus de cette seconde variété sont les plus forts et les plus féroces. Peut-êtjre la différence qu'on remar- que dans la couleur de ces animaux est-elle purement ac- cidentelle et dépend-elle du climat propre aux divers cantons qu'ils habitent , et de la nourriture qu'ils y trouvent. On regarde comme les plus dangereux de tous les Lions , ceux qui occupent le pays des Bosjemans au-delà des limites de la colonie 5 c'est que n'ayant à combattre que ces malheureux indigènes dont les faibles flèches de roseau leur inspirent peu de frayeur, et ne connaissant pas les redoutables carabines des colons , ils sont accou^- tumés à regarder les hommes comme des adversaires peu dangereux. Lorsqu'un Lion a réussi à enlever quelque habitant d'un kraal, il ne manque pas de revenir toutes les nuits pour se procurer quelque autre victime hu- maine. Ces visites nocturnes finissent par devenir telle- ment à charge aux Bosjemans , qu'on les a vu abandonner leurs habitations pour aller s'établir ailleurs : heureux encore si, pendant Içut' retraite ^ çç terrible ennemi ne se met pas à leut poursuite, et ne parvient pas à les dévorer les uns après les autres. On prétend même que ces pau- vres sauvages sont dans l'usage d« faire la part an Lion, et de lui laisser les plus âgés pi les plus infirmes d'enlrç ( 489 ) eux. en les logeant à Tendroit le plus exposé, dans l'es* pérance de uauver an moins par-là les individus dont l'existence a le plus de prix à leurs yeux. Ce qu'on a dit de la force prodigieuse de cet animal ne paraît pas exagéré 5 il est certain qu'il peut traîner sans peine le plus gros bœuf à une grande distance , et lorsqu'il s'agit d'une proie moins pesante il la charge sur ses épaules et l'eniporie au loin; l'auteur de cet ar- ticle a vu un Lion encore très-jeune transporter un che- val à environ huits cents toises du lieu où il l'avait tué; il a même entendu dire à des personnes dignes de foi que des chasseurs à cheval suivirent l'espace de dix lieues la trace d'un Lion tjui emportait à la hâte une génisse de deux ans , et que le corps de la genis"£ ne paraissait avoir louché la terre qu'en un ou deux en- droits. Le Lion, comme tous les animaux du genre Felisy a besoin de recourir à la ruse pour se l'endre maître des animaux dont il se nourrit. Il peut à la vérité franchir d'un seul saut une dixaine de mètres, et continuer à s'élancer ainsi par bonds successifs, de manière à sur*- passer en vitesse le meilleur cheval; mais il ne pourrait soutenir long-temps de telseftbrts, et il arrive rarement qu'il le lente. S'il ne parvient pas à saisir sa proie après un petit nombre de sauts, il renonce à la poursuivre, sentant qu'il ne réussirait pas à l'atteindre. Ce n'est donc ni par lâcheté ni par perfidie, comme le dit Barrow» mais par une conséquence nécessaire de son organisa- tion, que le Lion de l'Afrique méridionale dresse des embûches aux Antilopes, en se cachant parmi les lon- gues herbes et les roseaux au bord des eaux où les ani- maux viennent boire. Il mourrait de faim s'il chassait (490) auiremcnt, et c'est en effet dans des situations pareilles qu'on trouve les cornes et les os de ses victimes. Quant aux hommes, le Lion les attaque rarement, à moins qu'il ne soit provoqué par eux, ou qu'il ne re- marque dans leur contenance quelque apparence de frayeur. Le plus souvent il se contente de les fixer at- tentivement à une petite distance, comme pour observer leur contenance, et s'il n'y remarque rien d'hostile ni de timide, il se retire à pas lents; mais cela n'est vrai que lorsque le lion n'est pas affamé ou occupé à manger, et lorsqu'on n'a point affaire à un animal qui ait déjà goûté de la chair humaine. Nous ajouterons une couple d'anecdotes prises parmi celles que rapporte notre auteur. Un colon hollandais nommé Gert Schapen, étant à la chasse avec un de ses coni- patriotes, s'approche pour puiser de l'eau à une source entourée, comme elles le sont ordinairement , de grands roseaux; à peine fut-il au bord de la fontaine, qu'un énorme Lion s'élança sur lui et le saisit par le bras; au lieu de se débattre , ce qui n'eût fait que hâter sa perle, cet homme conserva assez de sang-froid pour demeurer immobile,- le Lion en fit autant, ne lui serrant le bras entre les dents qu'autant qu'il le fallait pour le retenir , et fermant en même temps les yeux comme s'il n'avait pu supporter les i^egards de sa victime ; il laissa même Gert appeler plusieurs fois son compagnon à son secours, mais celui-ci quoique armé ne songea qu'à sa propre sûreté, et grimpa au haut d'un rocher voisin. Se voyant ainsi abandonné, le malheuieux chasseur tira de sa gaine un couteau pointu que les hommes de ces parties recu- lées dé la colonie portent toujours pendu à leur cein- ture, et il en frappa le Lion avec tant de forcequ'il lui ( 49» ; porta un coup mortel ; mais l'animal en luttant avec la mort, lui décliira avec sos terribles griffes les bras et la poitrine , et tous deux tombèrent baignés dans leur salig. Gert survécut peu à ses blessures, et mourut du tétanos. Les chasseurs de Lions prétendent qu'il eut tort de per- dre paiience, et ijue s'il fût resté encore quelque temps immobile, le Lion aurait fini par lui lâcher le bras. Un autre colon, nommé Lucas Van-Vuuren, traversait à cheval à la pointe du jour les plaines qui avoisinent la petite Fish-river , lorsqu'il aperçut un Lion à quelque distance; il chercha à l'éviter, en prenant un grand dé- tour*, niais le Lion qui peut-être élait à jeun, se dispo- sait à lui disputer le passage. Lucas le voyant avancer ra- pidement, et n'ayant pas ses armes à feu, tenta de fuir à toute bride; mais le cheval, déjii fatigué et chargé du poids d'un homme corpulent, fut bientôt atteint par le Lion à qui la faim donnait des ailes; ce ternie animal , s'élançant par derrière , renversa'en un instant le cava- lier et sa monture; heureusement l'homme ne fut pas blessé, et il se mit à fuir jusqu'à l'habitation la plus rapprochée pendant que le Lion mettait en pièces le cheval. Je tiens ces détails de Lucas lui-même, dit l'auteur, •et cet honnête paysan ne trouvait rien de remarquable dans celle aventure si ce; n'est qu'un Lion eiîl eu l'audace d'attaquer en plein jour un chrétien qui ne l'a- vail pas provoqué. Ce qu'il regrettait plus que son che- val , c'était sa selle. Il retourna au lieu de la scène leh'n- demain avec quelques amis, dans l'espérance de la re- trouver, mais elle avait disparu ainsi que le Lion. Il ne restait plus sur la place que les os du cheval con)plète- mcjit rongés. C. M. ( 490 Mémoire géologique sur les environs de Bordeaux r première partie , comprenant les Observations géné- rales sur les Mollusques fossiles , et la description particulière de ceux qu'on rencontre dans ce bassin ; Par m. de Basterot. (Lu à rAcademie des Sciences , le 17 janvier 1825. ) (Esfr. du rapport fait sur ce Mémoire par MM. Browgsiart et Beudawt.) Ce Mémoire a pour objet la description géologique du bassin tertiaire du sud-ouest de la Frmoe; mais la première partie , la seule que Tauteur ait présentée , ne renferme que les observations générales sur les mollus- ques fossiles,' et la description particulière de ceux que l'on rencontre dans les environs de Bordeaux. Les observations que M. de Basterot met en tête de son travail peuvent être considérées comme une utile et fort bonneWntroduction à l'étude des mollusques fossi- les , et à la recherche des conséquences géologiques que l'on peut tirer de leur présence dans les différentes cou- ches du globe. On savait, par suite des observations faites dans des lieux assez éloignés les uns des autres , que les mêmes espèces de coquilles fossiles qu'on y rencontrait, pré- sentaient toujours quelques différences dans leurs for- mes, dans la profondeur de leurs stries, la saillie de leurs tubercules , etc. Mais M. de Basterot croit pou- voir affirmer , par suite de ses recherches , que les mêmes modifications se rencontrent dans les espèces vivantes^ que ces espèces no sont jamais parfaitement identiques dans des lieux séparés par des distances considérables , ou même dans des localités voisines où les circonstances de chaleur, d'humidité, de nourriture , etc. , etc. , sont ( 493 ) différentes. Il fait observer, avec raison, qu'on a généra- lement fait peu d'attention à ces diflerences locales , d'où il est résulté qu'on a souvent établi des espèces là où on ne devait voir qne des variétés pins ou moins re- marquables de la même coquille, produites accidentel- lement. M- de Basierot fait remarquer aussi que dans des dé- pôts de même époque séparés les uns des autres, soit par des distances considérables, soit seulement par des chaînes de montagnes , si on trouve des espèces identi- ques, ou ne présentant que des différences accideniel- les , on observe qu'elles ne sont pas partout associées de même; c'est-à-dire, qu'en parlant d'une localité dont les espèces associées sont bien reconnues , et se portant sur une autre , ou observe dans celle-ci un certain nombre des espèces de la première qui sont alors associées avec des espèces différentes. Ce fait est aussi généralement connu des naturalistes quoique non publié. Mais M. de Basterot lui donne plus de précision. En prenant pour centre le bassin de la Gironde, il fait voir que les coquilles -de même espèce sont d'autaut plus nombreuses dans les autres bassins de même époque, que ces bassins sont moins éloignés. En elfet , sur trois cent trente espèces qu il a reconnues dans les environs de Bordeaux , il ne s'en retrouve que quatre-vingt-onze dans les dépôts d'I- talie , soixante -six dans ceux des environs de Paris, vingt-quatre dans les bassins tertiaires de l'Angleterre, et diî£-huit seulement dans le bassin de Vienne en Autriche, Enfin, comme lîous l'avons annoncé, M. de liasterot a réellement enrichi par ses recherches le catalogue de fioi faits. Il a été conduit à reconnaître, ce que nous croyons parfaitement eîjact, que les espèces de débris ( 494) fossiles qu'on trouve dans les dépôts anciens offrent plus de constance dans leurs caractères et dans leurs associa- tions d'une localité à une autre, même très -éloignée, que celles qu'on trouve dans les dépôts plus modernes. Il fait voir d'abord, ce que l'un de nous a déjà publié , que la môme espèce de trilobile sans variation se re- trouve dans les calcaires intermédiaires de la France, de l'Angleterre, de l'Amérique septentrionale; mais en outre il fait observer que d'autres débris fossiles de di-- verses sortes se retrouvent avec des caractères absolu- ment iJenliques , dans les schistes intermédiaires du pays de Galle, du JNorihumberland, du Finistère, du Cotenlin, des Ardennes, du Hundsruck, du Harlz, du comté .de La Marck , de Colombie, de New^-York, de Pensjlvanie , du lac Oneïda dans l'Amérique septentrio- nale. Cette dernière comparaison avait pu être faite dans, les débris fossiles de quelques localités peu éloignées, mais elle ne l'avait pas été sur une échelle aussi étendue et par conséquent aussi capable de donner à l'observa- tionle caractère d'un fait positif. Après les détails généraux dont nous venons d'esquis- ser les plus remarquables , M. de Basterot donne la des- cription des, coquilles fossiles qui se trouvent dans les environs de Bordeaux ; le nombre des genres qu'il décrit est de cent quatre , dont soixante-cinq de coquilles uni- valves et trente-neuf de bivalves. Il y rapporte trois, cent trente espèces, dont plus de cent n'avaient pas été décrites. Soixante-six de ces espèces ont leurs analogues vivans, savoir , quarante-cinq dajis la Méditerranée, l'O- céan , la Manche, et vingt-une dans les autres mers; de ces dernières observations, il résulte évidemment que les dépôts qui constituent les landes sont très-différens ( 495 ) des sables qui s'amoncellent journellement en bulles mouvantes, ou dunes, sur l'un des bords du bassin, puisque sur trois ceut trente espèces que présente le sable des landes, quarante-cinq seulement ont leurs ana- logues dans les mers voisines , en y comprenant même la Méditerranée. Les espèces nouvelles sont figurées avec beaucoup d'exactitude dans des planches d'une belle exécution, qui sont jointes au Mémoire. Note sur V yirgonaute ou Vanîmal du Nautile , Par m. Poli. Le chevalier Poli, dans la séance du 1 4 décembre 1824» aluà l'Académie des sciences deîNaples, un Mémoire sur le Nautile ou V Argonauta Argo de Linné. Ce mollusque connu depuis la plus haute antiquité, etqu'Aristote a par- faitement décrit , quant à la manière dont il navigue à la surface de la mer dans les temps calmes, afixé l'attention des naturalistes de toutes les époques, et a été pour eux un problème bien difficile à comprendre, et qu'ils se sont essayé à l'envi de résoudre. Tout récemment en- core , M. de Férussac a lu à l'Académie des Sciences de Paris (séance du 6 décembre 1824) un Mémoire dans le- quel il combat l'idée émise et renouvelée par M. de IMainville (Journal de physique, tom, 86) , que ce mol- lusque n'a pas construit la coquille dans laquelle il vit , et qu'il l'habite accidentellement. Déjà Duvernoy ( arti- cle ^r^o^au^e du Dictionnaire des sciences naturelles) avait dit positivement que les embryons contenus dans les œufs présentaient une coquille distincte à l'aide du microscope. Mais Everard Home avait présenté une observation négative faite dans les mêmes circonstances. ( 496 ) Ces divers Mémoires étaient plus riches d'hypothèses que de faits ^ on n'avait ton jours entrevu que quelques points isolés de la question, et personne ne s'était trouvé dans la circonstance favorable Je pouvoir l'étu- dier sous toutes les faces. M. Poli, observateur très-exercé et célèbre conchyliogiste, a été plus heureux qu'aucun de ses prédécesseurs. Le roi Ferdinand ayant fait pêcher des Argonautes, et ayant mis à sa disposition la piscine de Portici , il a pu observer l'animal vivant et les parti- cularités curieuses de sa reproduction; il a vu par quel mécanisme les œufs chassés de l'utérus sont attachés im- médiatement à la coquille, et il s'est convaincu, en sui- vant jour par jour leur développement, que la coquille existait dès la naissance; il reste donc prouvé, mieux que par aucun raisonnement , que l'Argonaute sécrète la coquille qu'il habite. Cependant il n'adhère en aucune manière à celte coquille , et celte opinion ancienne, émise par Aristote, est parfaitement vraie. M. Poli explique comment il conçoit que malgré cet état Ubre il peut pro- duire le test qui le protège et le recouvre. Dans un se- cond mémoire l'auteur traitera anatomiqucment des di- verses parties du corps de l'Argonaute. Ce travail est accompagne de fort belles planches déjà gravées. .^jj. Note sur le genre Prevostea , Par m. Cnoisr. Le savant botaniste, qur fait connaître au public les richesses végétales recueillies par MM. Humboldt et Bon- pland, a établi sous le nom de Dufourea uii genre non. veau delà famille des Convolvulacées; le but de la note présente est d'ajouter deux espèces à ce genre , comme aussi de proposer un autre nom , puisque celui de Du- ( 497 ) fourea , donné par Acharius à des Lichens , a été adopté dans le Synopsis du bel ouvrage de M. Kunth; j'espère être généralement approuvé en le dédiant soit à feu M. Bénédict Prévost, professeur à Montauban , auteur de plusieui's observations pliysico- botaniques , soit à M. Pierre Prévost, professeur-émérite de philosopliie et de physique générale dans l'Académie de Genève, soit à mon excellent ami M. J.-L. Prévost, déjà célèbre par ses travaux physiologiques; ce genre entièrement origi- naire de TAmérique méridionale a pour caractère princi- pal un style entièrement ou profondément bifide, et les deux lobes extérieurs du calice beaucoup plus grands que les autres, et enveloppant la fleur avant son épanouis- sement. Prevostea. Caljcoholiis. Willd. , mss. Dufourea. Kunth. Char. gen. Calix qiiinquepartitus , laciniis duabus exterioribus maximis florem invclucrantibus. Ovarium 2-locuIare , loculis a-spermis. Styll duo aut stylus pro- fundè biparlitus. Stigmala globosa. Capsula bilocularis, loculis i-tî-spermis. — SuUrulices volubiles. I. p. umballata. Foliis glabris , oblongo-subcor- datis , apice oblusis mucronulatis ; peduncuhs axillari- bus multifloris ; laciniis calycinis exterioribus ovato- orbiculatis , mucronulatis, viridibus. Caulis teres virescens glaber aut raris brevibiis pilis munitus ; ramuli obliqui. Fo!ia oblongo-subcordafa sinu auriculisque obtusis , apice obtusa, tnucronulafa ; mar;;ine intégra, i-3 pollices louga, i-i-i;'( lata, \iiidia , glabra aut sub lente adprcssis intricatis brevibus pilis strigosa, avenia, pelioluta ; peliolus angiilatus 3-4 lineas longus villosiis. Pe- duoculi axillarcs patuli teretcs glabri aut subpubcscentes, foliis paulè breviores. Flores bifariam unibellati, pedicellis 3-4 lineas longis villo- sis tcnuibus ai liculatis munili , l)i'ucteisque ad basim acutis sqiiamoso- flliformibus minimis. Lacinix culycis i cxteriores ovato-orbiculata; , mucronulatx, oppositx , patulae, viridcs , subviilosce , 4 lineas longs, Tom. IV. 3a ( 4d8 ) 3 ip latae jntegrse ; très intcriores luteo-membranaceœ, corollss adpres- sse, convexœ , ovatœ , decicluœ , aciitiusculae , margine ciliato-villosse , 3/4 lineas longae. Corolla lutea infiindibuliforaiis, apice intégra, basi tubulosa , supra calycem extus pilis longis miinita , i5 lineaslonga. Stamina 5 œquaiia ; Clamenta glabra aniheris adniita elongatis. Stylus stamina paulo superans apicc bifidus glabcr; stigmata cnpitala minima. Hah. in Brasilia prope Rio-Janeiro. 4- (V. s. sp. in h. Mus. Par. , à dom. I.candro de Sacrameuto et à dom. Gaudirhaud lepcilam.) 2. P. glahra. Foliis glabris., ovatis, basi cordatis , obtnsis , mucronatis ; peduuculis axillaribus mullifloris j laciniis calycinis exterioribus reniformibus , viridibus , polliccm fere lalis. Dufourea glabra, Kunth. nov. gen. ^,p. ii^ ,Syn. a , p. 227 Calycoboltis pulchellus. TFilld. mss. ex Bœm. etSch. S) st. 5 , ^. 4- Crescit prope San-Francisco Solano , ad ripam Cas- siquiares. ( Missiones del Oriiiocco. ) Floret majo. 3. P. sencea. Foliis subtus serlceis ; pauiculis ler- ntinalibus ; laciniis calycinis exterioribus coloratis. Dufourea scricca, Kunth., loc. cit. Calycobolus emargiuaius. TFilld., mss., loc. cit. Crescit in regno Novse-Granalaî , juxta urbem Mari- quila ; ait. 4oo liex. Floret julio. 4- P. ferruginea. Tota tomentoso-ferruginea , fo- liis ovato-oblongis , basi subcordatis , apice aculis , niu- cronulatis ; pedunculis axillaribus niultifloris ; laciniis calycinis exterioribus ovato-suborbiculatis, obtusiusculis. Caulis tares crassus nt et tota planta tomentoso-ferriigineus , sim- plex. Folia ovato-obionga, apice acuta, tnucroniilata, basi subcordata, margine intégra, venis pinnatis miinita , a-4 pollices longa , 2 lata, pctiolafa ; (etiolus compressus 6-12 lineas Icngiis aureo-fernigineiis j internodia foliis miilto breviora. Pcdunculi gemini axillarcs brevissimi feretes , floribus fasciculato-suLumbellalis ; pedicelli 3-4 lineaslongi, bracteis lineari-filiforoiibus , ciliato-liirsutis , 4-6 lineas longis inter- (499) mixti. Calycis Jacinise a cxteriore-i ovato-suborbiculatre , obtusius- culae, 4 lineas longœ , 3 latae, involucrantes , tomenloso-ferriiginc;c ; 3 interiores orbiculatae, 2 lineas longaerata;qiie, margine meaibraiiacooe, glabiae adt medio tanttiin subferrujjinea;. CoroUa 9 lineas longa , in- fiindibuliformis estas villosa , apice intégra. Stamina oequalia a/3 lon- gitudinis corollce atlingentia ; ûlamenta tenuia, glabra. Styli 3 a;quales, filiformes ; sligmata capitata ; ovarium coDictin] parvum , apice vil- losum. Capsula ovato-globosa , calyce ioteriorc major, glabra , 4-val- vis , 2-locularis , lociilis a-sperniis. Semina ovato-compressa, i lineam longa subcano- lomentosa. Hab. in Brasilia. ( V. s. sp. in h. Mus. Par. ) Note sur le sang du fœtus dans les animaux vertébrés. ( Extrait d'une lettre de M. Prévost , D. M. ) . . . . Les communications sanguines de la mère et du foe- tus dans les animaux vivipares ont occupé tous les méde- cins et un grand nombre d'anatomistes. C'est en efletunc des questions piquantes de la physiologie. Les reclierclies que nous avions laites, M. Dumas et moi, sur la formation du sang dans le poulet, nous avaient appris que pendant les premiers jours de l'incubation , les globules du sang différaient par la forme et le volume de ceux de l'animal adulte. S'il en était de même pour les foetus des animaux vivipares, la question des communications sanguines de- venait facile à résoudre. J'ai tenté cette expérience sur des fœtus de clièvre^e quatre à cinq pouces , et j'ai pu m'assurer que les globules de leur sang ont un volume double de celui que nous avions observé dans le temps, pour les globules du sang de la chèvre adulte. 11 y a donc une différence matérielle, incontestable entre le sang du foetus et celui de la mère, différence qui ne se conçoit bien qu'en supposant que l'embryon opère lui- même , et pour son compte , la sanguificalion , en em- ployant des matériaux fournis par la mère. Je vous en- verrai prochainement tous les détails de cette intéres- sante observation. ( 5oo ) TABLE DES PLANCHES RELATIVES AUX MÉMOIRES CONTENUS DANS CE VOLUME. PI. I. IcTiDES ALBiFRONS, nouvcau genre de Mammifères. PL II. Végétaux fossiles du terrain houiller, appartenant au genre Sigillaire. PL III. Arenaria tetraquetra, var. u uniflora. PI. IV. Arenaria tetraqdetua, var. (3 aggregata. PL V. Oiganes de la digestion de I'Anthribcs albinos (fig. i), du LiXOS ANGCSTATCS (fig. 2 , 3 , 4 , 5 et G), du TOMICPS TY- POGRAPHICUS (fig. 7), du BOSTRICHUS CAPUCINUS (fig. 8), de I'Uleiota flavipes (fig. 9). PL VI. Oiganes de la digestion du Prionus coriarius (fig. 1}, du Prioncs faber ( fig. 2), du Lamia textor ( fig. 3 ) , du Cerambyx MOscHATus ( fig. 4 ) , de I'Hamaticherds cerdo (fig.5> PL VII. Organes de la digestion du Calidium bajdlcs (fig. i), de la Leptura hastata (fig. 2), du Crioceris merdigera ( fig. 3 , 4) 5 , 6 ), de la D0NACIA simples (fig. 7 ), de la DONACIA DISCOLOR (fig. 8). PL VIII. Organes delà digestion de la Cassida viridis( fig. i), de la Timarcha tenebricosa ( fig. 2 , 3 ) , de la Galleruca LDsiTANiCA (fig. 4 tt 5 ) , de Li Gallerdca tanaceti (fig. 6), de la CocciNELLA septem-punctata (fig. 7 et 8), de la Coc- CmELLA ARGLS ( fig. 9 ). PL IX. Laminaires des côtes de France et de Terre-Neuve. PL X. Développement des œufs de Sangsues- PL XI. Végétaux fossiles de Hoer enScanie; Filicites menis- CIOIDES. PL XII. Végétaux fossiles de Hoer en Scanie ; fig. i , Fili- cites nilsoniana ; fig. 2 , Filicitfs agardhiana ; fig. 3 , NiLsoMA elongata ; fig. 4 et 5 , Nilsonia brevis ; fig. 6 , NiLSONiA jEqualis ; fig. 7, Pterophyllum majcs ; fig. 8, Pterophyllum minus. i 5oi ) PI. Xllf. Organisation de la fleur et formation de l'Embryon dans les Graminées. PI. XIV. Formation de l'Embryon dans les Graminées. PI. XV. Coupe idéale représentant les points culminans et les hauteurs moyennes des chaînes principales d'Europe, d'Amérique et d'Asie. PI. XVI. Encornet des pêcheurs (LoLiGOPiscATORCM, La Pyl-)* PI. XVII. Carte et coupes représentant la disposition des terrains composans la formation Oolitique dans le comté d'Oxford en Angleterre, et dans le nord-ouest de la France entre Bellesmc et Alençon. PI. XVIII. Corps organisés fossiles de Stonesfield, près Oxford. PI. XIX. Végétaux fossiles del'Oolite à Fougères de Maraers. PI. XX. Caraclcres servant de base à la classification des Graminées; par M. Raspail. PI. XXI. Monstre humain du genre Aspalasome de M. Geof- froy Saint-Hilaire. TABLE METHODIQUE DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE VOLUME. ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALE. p.grl. Mémoire sur le mode d'action des nerfs pneumogastri- ques dans la production des phénomènes de la diges- tion; oar MM. Breschet et H. Milne Edwards 267 Note sur la digestion ; par MM. Prévost et Le Royer. 48 1 Note sur le changement de poids que les œufs éprou- vent peniliintl'incubal'ion;parMM. Prévost et Dumas. 47 Considérations générales sur la monstruosité , et descrip- tion d'un genre nouveau observé dans l'espèce humaine ( 502 ) r's"- et nommé Aspalasome ; par M. Geoffroy Satnt-Hl- lairc. 45o Note sur un Hcmatoccphale observé à l'école royale d'Alfort ; par M. Geoffroy Saint-Hilaire. 468 Note sur le sang du fœtus dans les animaux vertébrés, extraite d'une lettre de M. Préi'ost , D. M. 499 ZOOLOGIE. Recherches sur l'origine et les différences caractérisa tiques des races humaines qui habitent la partie aus- trale de VAù-\(iue; par Bol/ei-t Knox. 33 Mémoire sur le genre Ictides; par Al. V alenciennes . 5y Sur le caractère et les habitudes du Lion de l'Afrique australe. ,, 488 Remarques sur quelques oiseaux de la province de Monlé^ vidéo et sur leur distribution géographique ; par M. Qiioy et Gaiinard. 474 Notice sur l'Encornet des pêcheurs -.LoUgo piscatorum ; ' par M. de La P y laie. 3i9 Note sur l'Argonaute ou l'animal du Nautile;/3ar M. Poli. 49^ Observations sur la disposition et le développement des œufs de plusieurs espèces ovipares appartenant au genre Hirddo; par il-/. Le Rayer. i84 Notice sur un insecte hyménoptère , de la famille des Diploptères, connu dans quelques parties du Rrésil et du Paraguay sous le nom de Lecheguana et récoltant du m'ieX; par M . Latreille. 335 Relation d'un empoisonnement causé par le miel de la guêpe Lecheguana; par M. Auguste Saint-Hilaire. 34© Observations sur quelques Mollusques et Zoophytes envisagés comme causes de la phosphorescence de la mer; par MM. Quoy et Gaiinard. 5 Note sur un nouveau genre de reptiles fossiles; par M. Gideon Mantell. Ay^ BOTANIQUE. Recherches microscopiques sur le Pollen, et considé- ( 5o3 ) pages. rations sur la génération des plantes j^a/iï/. Guille- miii. ( Extrait. ) 35o Sur la formation de l'Embryon dans les graminées; pa/- M. Raspail. 271 Essai d'une classification générale des graminées fon- dée sur l'étude physiologique des caractères de cette iixm'xWe ; par M . Raspail. 423 Quelques observations sur les productions de Terre- Neuve et sur quelques algues de la côte de France appartenant au genre Laminaire ; par M. de La Py- laie. 1 74 Observations sur le genre Chara; par 31. Âgardh. 61 Sur la nouvelle famille de plantes fondée sur le genre TAmar'xx; par M. Desuaux. 344 Monographie du genre Phebalium; par M. Adrien de Jussieu. (^Extrait.) Aji Notice de quelques genres et espèces nouvelles de Lé- gumineuses, extraite de divers mémoires présentés à la Société d'histoire naturelle de Genève pendant le cours des années 1823 et 1824; par M. DeCandolle. 90 Note sur le Trifolium magellanicum s par M. De Can ■ dollc. 21 Extrait d'une lettre adressée aux rédacteurs sxxvVAre- naria tctraquetra ; par M. Gay. 88 Note sur le genre Prevostea ; par M. Choisy. 496 MINÉRALOGIE hT GÉOLOGIE. Analyse de l'eau du Rio-Vinagre dans les andes de Po- payan ;/^«r M. Mariano de Rivero, avec des éclaircis- seniens géognostiques et physicjues sur quelques phé- nomènes que présentent le soufre, l'hydrogène sulfuré et l'eau dans les volcans; par i^/. Alexandre de Hum- boldt. C6 De quelques phénomènes physiques etgéologiques qu'of- frent les Cordillièrcs des Andes de Quito et la partie occidentale de l'Himalaya ; par M. Alexandre de Humboldt. 225 cr;' M. J. Desnoyers. Observations sur les Sctistes calcaires Oolitiques de Stonesfield en Angleterre , dans lesquels ont été Irou- vés plusieurs ossemens fossiles de Mammifères ; par M. Constant Préi'ost. Lettre adressée à M. Boue sur la constitution géologique des environs de Boston ; par M. W. TVehster. Mémoire géologique sur les environs de Bordeaux. Première partie comprenant les observations généra- les sur les mollusques fossiles, et la description par- ticulière de ceux qu'on rencontre dans ce bassin ;^ar M. de Basterot. Observations sur les végétaux fossiles du terrain bouil- 1er , et sur leurs rapports avec les végétaux vivans , par M. Àd. Brongniart. - Observations sur les végétaux fossiles renfermés dans les Grès de Hoer en Scanie; par M. Ad. Brongniart, Note sur les végétaux fossiles de l'Oolite à Fougères, de Mamers y par M. Ad. Brongniart. i4 135 353 389 253 49» 23 200 4i6 Errata du tome quatrième. Page 176, ligne 2.'i; se compose ici par quatre degrés Je latitude, Usez : quarante-six. i'e;au lieu de : jiar l'étendue de la famille qu'ils constirucnt, lisez : par l'étendue de la feuille qui les constitue. i3 ; ( Cg. 4 e ) et c'est du point (e) , lUez : (£ig. 4 c) et c'eil du point ( c). ay effacez (i) péricarpe. 8 (ffig. I ), lisez : (bfig. I ). i5 ovaire, lisez : embryon. H£RON-ALL£n" iSi 298 3i5 3i6 317 J-'^y. ffltECTinn ^«-A '•'. w\%\i